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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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21 août 2019 3 21 /08 /août /2019 22:10
H 43 - ASPECTS DE L'HISTOIRE DU SIAM AUX  XVIIe-XVIIIe SIÈCLES. 2.

 

De la révolution de Siam à la chute d'Ayutthaya. (1688-1767) 

 

 

In la 2e partie du livre 1 d'Alain Forest,  « Les missionnaires français au Tonkin et au Siam. XVIIe- XVIIIe siècles ». (pp.81-164).  (1)

 

 

Nous poursuivons notre lecture  de la 2e partie du livre 1 d'Alain Forest, en abordant cette fois-ci le chapitre d'une trentaine de pages (pp. 105-134), intitulé « De la révolution de Siam à la chute d'Ayutthaya (1688-1767) » qui  se présente sous  la forme de 4 sous-chapitres : En 1er,  il présente les règnes des rois Petracha (1688-1703), Sorasak, le « roi-tigre » (1703-1709) et Phra Chao Thai Sa (1709-1733),  Borommakot (1733-1758), le roi lépreux (Ekkatat) et le prince talapoin (Uthumpon) (1758-1767), pour ensuite exposer quelques aspects  de cette période vue comme un Siam en  crise et de repli, mais où les souverains vont essayer de revitaliser le bouddhisme, de reprendre en main  les moines, ce qui ne se fera pas  sans purges, conflits, rivalités ; Et en 3, de proposer une description de la chute d'Ayutthaya en 1767, qui se fera en deux temps avec la première attaque des Birmans en 1760, puis une seconde de 1765 à 1767 ; pour terminer sur un aperçu d'après Ayutthaya en deux pages et demie. (Cf. Les sous-chapitres (2))

 

 

 

Il faut préciser que notre lecture suppose un pacte. Elle n'est pas un résumé et reprend souvent les mots d'A. Forest, sans que nous le précisions, sauf quand il s'agit de phrases entières. Elle n'est pas non plus une lecture critique, même si parfois elle s'accompagne de commentaires, que nous avons mis en italiques. Elle invite à prolonger votre lecture en vous proposant en notes nos propres articles sur cette période que nous avons traitée en une dizaine d'articles dans « Notre Histoire de la Thaïlande », incluant notre lecture des 213 pages des « Chroniques royales d'Ayutthaya », traduites par Cushman . (3)

 

 

 

A. Forest commence donc avec le règne de Petracha (1688-1703), en précisant que si le règne du roi Narai a bénéficié de nombreuses études, il n'en fut pas de même pour les règnes suivants. Son livre étant sur les missionnaires, il ne peut qu'évoquer le désenchantement des missionnaires qui après la «révolution» de 1688 sont placés dans l'incapacité de convertir les Siamois et en 1730 dans l'interdiction de prosélytisme, ce  qui les mènera à se désintéresser des affaires du royaume.

 

 

 

 

D'ailleurs, estime-t-il, seuls les successions royales sont matières à relation. Toute succession est le « moment de tous les dangers » où s'affrontent les prétendants « dans un combat qui s'annonce à mort ». (Il va consacrer 2 pages sur 3 et demie à cette question. Cf. Nos deux articles sur ce sujet (4)))

 

 

Il n'y a de fait pas de règle de succession qui s'impose dans le bouddhisme theravada, mais une croyance qui donne le trône en vertu du karma, des mérites accumulés dans les renaissances antérieures auxquels s'ajoute, selon le peuple, des puissances particulières (individuelles, clientèle, magiques).

 

 

 

 

(Cf. Son étude in « Le processus traditionnel de légitimation du pouvoir royal dans les pays de bouddhisme theravada » , cité dans notre article 92. Le processus de légitimation du pouvoir du roi Naraï, in « Les Chroniques royales d’Ayutthaya ». (5) 

 

 

 

 

En principe, dit-il, (jusqu'à la loi successorale de 1924 (4)), le roi désigne son frère comme son successeur (l'uparat), mais si le règne durait les préférences du roi pouvait se fixer sur un autre prétendant, soutenu par une puissante faction, au milieu des intrigues, qui se traduisaient par des luttes, qui dans leur phase finale se concrétisaient en des combats brefs et sanglants.

 

 

(Petracha fera exécuter, entre autres,  les deux frères du roi Narai, comme celui-ci  avait pris la couronne, après avoir aidé son oncle Phra Si Sutham Racha (frère de Phrasat Thong) à prendre le pouvoir en exécutant le roi Chao Fa Nai, et en l’exécutant deux mois et vingt jours plus tard.)

 

 

Toutefois  un héritier possible qui se sent en danger a la possibilité de prendre l'habit de moine et d'intégrer un monastère, se mettant ainsi  à  l'abri du vainqueur et pouvant éventuellement devenir un recours. (Il y reviendra en évoquant l'accession sanglante au trône de Borommakot (1733-1758) pendant laquelle la vie du fils aîné de Phra Chao Thai Sa fut épargné en prenant l'habit de moine.)

 

 

 

 

Les changements de règne  sont souvent accompagnés de révoltes. (Soit par des mueang  qui veulent rompre leur vassalité, soit par d'autres prétendants qui se déclarent)

 

 

Ainsi A. Forest signale que Phra Petracha est confronté à ne série de révoltes fin 1688-début 1689 initiées par « un moine qui se présente comme l'un des deux frères du défunt souverain -frère que Petracha a fait exécuter juste avant la la mort de Narai-  qui ont lieu dans les provinces de Ligor et Tenasserim. Révoltes qui seront mâtées avec la capture et l'exécution du moine.  Phra Petracha pourra alors le 19 février 1690 procéder aux funérailles solennelles de son prédécesseur.

 

 

Ensuite, A. Forest évoque un événement marquant du règne de Petracha: la révolte de Korat en 1699. (Cf. Notre article 100 sur Petrâcha.(3) )

 

 

 

Nous la connaissons,  par la relation qu’en fait le père Braud alors au Siam. Il faut savoir que Korat était à l’époque une place stratégique, la « frontière » avec le Cambodge et le Laos.

 

 

 

 

Le révolté (Laotien pour certains, frère du roi Naraï pour d’autres) était parvenu à convaincre le gouverneur de Korat d’entrer en dissidence et de s’armer en vue d’attaquer Ayutthaya. Mais il fut assiégé par les troupes royales pendant 10 mois. Il put s’enfuir et sévir encore dans la région avant d’être capturé après juin 1700.

 

 

Petracha croit à la trahison et opère  une terrible épuration. « Six mois après le début du siège, les mandarins qui opèrent devant Korat sont rappelés à la cour où ils se dénoncent les uns les autres et sont atrocement exécutés. Quelques-unes des plus hautes personnalités du royaume, quelques « grands Malais », « deux premiers chefs des Japonais, se voient ainsi appliqués « les cruautés de l’enfer telles que  se les représentent les gens du pays » ». Leurs femmes et leurs enfants sont réduits en esclavage.

 

 

 

 

 

 

Deux mois auparavant, le fameux Kosapan, l’ancien premier ambassadeur thai en France en 1686-1687, et qui était devenu le phra klang de Petracha disparait. Braud, nous dit Forest, relate les circonstances de sa mort, comment il fut suspecté par le roi, vu ses biens confisqués et conduit à se suicider ou fut empoisonné. Il nous apprend également que c’est son successeur au poste, le Chinois Oya Sombat Thiban, qui « serait rentré dans la faveur de Petracha en interceptant des lettres adressées par les révoltés de Korat à de « grands talapoins ». Curieux, non ?

 

 

 

Surtout qu’à la mort de Petracha, ce phra klang sera soupçonné par Sorasak de soutenir l’aîné des fils -le petit-fils de Naraï- et le fera exécuter et le remplacera par un Malais.

 

 

 

 

Les courriers des missionnaires des années 1702-1703, nous dit Forest, nous apprennent que le roi sera touché par la sénilité. Il occupait, par exemple « ses mandarins à vider et à nettoyer l’étang du palais, en leur faisant donner de la « rote » le cas échéant, pour y organiser des régates de jeunes gens, garçons et filles ; leur apprenant à ramer et se faisant gloire de tenir lui-même le gouvernail ; ou encore, à l’instar de son fils Sorasak, il ordonne qu’on lui cherche des filles qui sachent danser et chanter … ».


 

 

 

(Les « Chroniques royales d'Ayutthaya » décrivent en 11 pages  la rébellion et la prise de Nakhon Ratchasima (Korat), qui se poursuit avec la  rébellion et la prise de  Nakhon Si Thammarat (Ligor). (pp. 344- 354). )

 

 

Sorasak, le « roi-tigre » (1703-1709)

 

 

(pp. 108-110) Phetracha meurt le 5 février 1703. On va retrouver le schéma d'une nouvelle succession sanglante, suivie de révoltes.

 

 

 

 

 

 

Sorasak, le fils de Petracha, laisse courir la rumeur pendant un mois qu'il va se contenter d'être le tuteur des petits-fils de Phra Narai, afin que ses concurrents se dévoilent. Il fera exécuter l'aîné de ces princes -et, peut-être le second- et leurs partisans (le phra klang et une vingtaine de mandarins).  Un autre prince survivra en prenant l'habit de moine jusqu'à sa mort (Pas de noms donnés). Sorasak reprend pour épouse en tant que « reine de gauche » la fille de Phra Narai. Son pouvoir sera contesté par les gouverneurs du Sud et le gouverneur de Ligor refusera de le reconnaître, et se révoltera  jusqu'en juin 1704. Nous n'en saurons pas plus sur les événements de son règne.

 

 

 

 

 

 

A.  Forest expliquera néanmoins  que son surnom de « roi-tigre »  est dû à la crainte qu'il inspire, sa brutalité, ses exigences en jeunes filles et garçons qu'il fait enlever, ses incessantes réquisitions  de main-d’œuvre. (A. Forest est ici un peu court, car  les Chroniques le critiquent durement en 10 pages, comme  « « D’esprit vulgaire et incivil, égoïste et tyrannique, sauvage et cruel, il n’avait jamais le moindre geste charitable contrairement à la tradition royale. Il était coutumier de l’abus d’alcool », voire comme  un  assassin et un pédophile, elles consacrent également 20 pages à son courage. (Cf. Notre article 101 de « Notre Histoire ». (6))

 

 

Et il terminera en mettant en doute  le fait qu'il soit le fils inavoué de Phra Narai et d'une princesse de Chiangmai que Petracha aurait adopté. Interprétation, dit-il, qui a été créé pour établir une continuité  dynastique.

 

 

(Cette mission manichéenne de ce « roi tigre », si elle est celle des Chroniques, est sérieusement mise en doute par les Thaïs eux-mêmes sur la foi de sources qui proviennent probablement des Annales régionales, celles de Phichit en particulier, oú  il est censé être né.  Ces Annales locales ont été imprimées à l’initiative du Prince Damrong à la fin du XIXe et au début du XXe siècle, mais jamais traduites.

 

 

 

 

Incontestablement « père de la boxe thaïe » dont il a normalisé les règles. Le Ministère de la culture a défini la date du 6 février, le jour de sa naissance, comme « le jour de la boxe thaïe » ("วันมวยไทย").

 

 

 

 

Sa férocité valait largement celle de ses prédécesseurs et de ses successeurs, les écarts de sa vie privée avait certes de quoi choquer Monseigneur Pallegoix  mais cependant pas ses contemporains. Roi tigre pour sa férocité  ou roi tigre pour son courage ? Mérite-il d’être réhabilité ? Dans l’article que nous lui avons consacré nous avons tenté de donner quelques éléments de réponse que nous résumons en fin de note.) (6).

 

 

 

Phra Thai Sa (1709-1733)

 

 

 

 

 

 

Sorasak meurt en février 1709. Son fils Phra Thai Sa lui succède, cette fois-ci, sans problème. A. Forest lui consacrera 17 lignes. (Pour un règne de 24 ans!) Il est vrai que les sources missionnaires sont très laconiques sur son règne. Il signale les inévitables troubles dans le Sud en 1712, avec Mergui attaqué par la ville de Tavoy. Son règne fut marqué « à la fin des années 1710 et au début des années 20 » par son implication dans la lutte des prétendants au royaume du Cambodge (Là encore aucun nom n'est donné). Les uns  soutenu par Ayutthaya et les autres par les Annamites, les seigneurs Nguyen. A. Forest ne dit même pas que le roi  Phra Chao  Thai  Sa envoya en 1717 au Cambodge, une puissante armée. (Les Chroniques nous disent une armée de terre de  50 000 hommes sous les ordres du Phraya Chakri et une  flotte sous les ordres d’un amiral chinois nommé Phra Khosathibodi à la tête de 20.000 combattants). Les Annamites furent vainqueurs sur mer, mais finalement vaincus sur terre et durent quitter le pays. Le nouveau roi reconnut alors sa vassalité. (Est-ce Satha II ? (1722-1729 )).

 

 

 

 

 

Les courriers des missionnaires lui attribuent un caractère doux et paisible. A la fin du règne, son frère Phra Pon - le futur roi Borommakot - est  nommé comme son successeur (uparat). Mais de fait il se comporte comme un second roi, avec sa cour, édictant des ordres, et à partir de 1730, il aurait dirigé les affaires du royaume.  Phra Chao  Thai  Sa décède au début de janvier 1733.

 

 

 

 

Borommakot (1733-1758)

 

 

De nouveau, nous avons une succession mouvementée et sanglante.

 

 

 

 

Deux versions. La 1ère nous apprend que le fils aîné de  Phra Chao  Thai  Sa est épargné, car il a pris l'habit de moine, mais le cadet et le phra klang sont éliminés. Les sources missionnaires divergent. M. Lemaire écrit que les partisans de Borommakot étaient moins nombreux (4 000) que ceux d'Aphai et du phra klang (20 à 30 000), mais la mort de celui-ci dû à un cancer renversa le rapport de force. Mgr Tessier confirme que les  forces d'Aphai étaient plus nombreuses (40 000 contre 5 000), et de plus, soutenues  par quatre grands ministres, mais qui  ensuite se sont ralliés à Boromakot. Le phra khlang se serait réfugié dans un monastère et aurait été sauvé pat les Malais. (Les Chroniques quant-à-elles ne nous épargnent pas les détails sanglants d'une guerre civile, pendant laquelle les vaincus furent massacrés.) (8)

 

 

Le trait suivant révèle que le roi ne s'installera pas dans le palais royal croyant à la prédiction qu'il mourrait aussitôt qu'il y entrerait. Et même en novembre 1744 quand son palais brûlera, il préférera se réfugier dans un monastère avec sa cour installée sous des tentes. (Ceci dit, tous les Siamois croyaient (Et croient encore) aux présages et prédictions

 

 

 

 

Il régnera 25 ans laissant un souvenir de grandeur dans les mémoires siamoises, avec un règne marqué par « une apogée de l'influence bouddhique sur le gouvernement du royaume. »  (Forest fera un sous-chapitre (pp. 119-124) plus loin sur  « les souverains bouddhiques.) Un seul événement marquant durant ce règne fut la révolte des Chinois en 1735 (?). Forest ne nous dit rien sur cette révolte. [Les annales de même,  nous en disent peu, si ce n'est que  300 chinois voulurent s’emparer du palais royal, qu’ils furent dispersés, et les meneurs exécutés.) Il meurt le 24 avril 1758.

 

 

Entre roi lépreux et prince talapoin (1758-1767)

 

 

La succession sera de nouveau confuse et sanglante.

 

 

 

 

Thammathibet, le fils ainé, avait été désigné uparât en 1741 par son père, mais en 1757 il est accusé par des demi-frères d'avoir couché avec une des premières concubines dur roi, ce qui lui valut  la mort et d'être enterré sans cérémonies. Uthumpon, -un fils « légitime »- qui a toujours été élevé dans les pagodes, sort de son monastére et s'impose face à son frère aîné Ekathat, qu'on dit être lépreux. Après avoir fait exécuter les trois demi-frères responsables de l'élimination de Thammathiket, et procédé à des « épurations », il reprend l'habit de moine le 1er juin 1758, en cédant son trône à  son frère aîné Ekathat. Celui-ci fin 1759 fait châtier tous les grands officiers du royaume qui avaient tenté de rétablir le « moine ». Mais curieusement, rajoute-t-il, le moine  Uthumpon revint sur le trône du 24 mars au 17 juillet 1760 (Quelle précision!) pour céder le pouvoir de nouveau à son frère et regagner son monastère, une fois les Birmans repartis. (9) (En fait  le roi est dépassé par l'attaque des Birmans et cède aux pressions. Uthumphon est rappelé pour reprendre les rênes du pouvoir, mais il était trop tard pour faire quoi que ce soit sinon des préparatifs hâtifs pour préparer la ville à un siège.)

 

 

 

 

 

De fait le règne d'Ekathat fut surtout marqué par les attaques birmanes de 1760 et de 1765-1567. (Qu' il abordera ensuite en 5 pages dans le sous-chapitre, « III-  LA CHUTE D'AYUTTHAYA  (1767).  (pp. 125-133))(Cf. Infra

 

 

 

 II- LA CRISE, LE REPLI ET LE RESSOURCEMENT.

 

 

(Aspects de la crise et les souverains bouddhiques)

A. Forest, souligne le point de vue différent voire opposé des Siamois et des courriers des missionnaires sur la période de 1688 jusqu'à la chute d'Ayuutthaya en 1767, la présentant comme une période sans grandeur, vivotante au jour le jour.  Les Siamois ont gardé quant-à eux de bons souvenirs du roi Borommakot qui a su exalter le bouddhisme et mettre à l'honneur la littérature, fixant ainsi « certains traits de l'identité culturelle siamoise ». Mais un dynamisme culturel et religieux n'exclut pas, dit-il,  une crise économique, qu'il va présenter dans le sous-chapitre suivant.

 

 

 

 

« Aspects de la crise ».

 

 

Pour les missionnaires, le principal indicateur de la crise est le fait que les navires occidentaux et particulièrement français ne viennent plus au Siam. A. Forest rappelle alors le contexte en un paragraphe, renvoyant à son  chapitre précédent (Traité dans notre article H 42-  Du carrefour à l’écart (1660-1688)) Pourtant, dit-il, le roi Sorasak fit des efforts pour relancer le commerce mais en vain, et « Seule la Compagnie hollandaise maintiendra un établissement à Ayutthaya jusqu'en 1765 », tout en cédant en grande partie dès 1740 la ligne Batavia-Siam aux Chinois.

 

 

 

 

Les Anglais se contenteront de passer à Mergui et les Français jusque dans les années 1750 n'enverront qu'un bateau annuel surtout d'ailleurs pour approvisionner la mission. Dèjà, dès la fin du règne du roi Narai, on observe que la présence accrue des Anglais et des Français en Inde entraine une restriction du commerce entre le monde indo-persan et le Siam pour se faire désormais avec la Malaisie, même si celui-ci est souvent conflictuel (Avec les principautés vassales malaises). Les « Malais » d'ailleurs occupent toujours une place importante dans le dispositif militaire siamois et certains ont des charges officielles, remplaçant les Indo-Persans, ainsi un  phra khlang sous Sorasak et dans  les gouvernements  de Mergui et de Tenasserim en alternance avec une famille chinoise. (Aucun nom n'est donné) Mais à l'influence  indo-persane du XVIIe siècle succède surtout au XVIIIe siècle la présence et l'influence chinoise au niveau politique et économique. Pourtant dans les années 1690-1710, le commerce entre Chine et Siam plonge dans le marasme avec une piraterie chinoise importante sur les côtes du Cambodge, entre bouches du Mékong et Chantabun. Le Siam connait la disette à la fin du XVIIe siècle, avec des troubles intérieurs comme ceux de Korat  qui n'arrangent rien. Ainsi en juin 1700, 3 ou 4 sommes chinoises sont arrivés au Siam et ont peine à vendre leurs produits. En juin 1702, aucun navire chinois n'est encore venu, seule l'unique somme du roi de Siam va partir pour Canton.

 

 

 

 

 

Toutefois la situation va s'améliorer quand le « maître des pirates» (Mac Cuu?) va pouvoir créé sa compagnie de commerce dans l'île de Ha-tiên (Au Cambodge). Quand exactement? On sait que  ce fut après un « accord » obtenu avec  la Cour Nguyêne de Phu-xuân dans les années 1710 et vers 1706-1707, quand le « maître des pirates » fut envoyé par le roi du Cambodge à Ayutthaya pour négocier et que  celui-ci fut d'abord emprisonné puis relâché par des protections chinoises à la cour, repartant, on suppose, avec une garantie du roi.

 

 

Le parti chinois est en effet puissant à la cour. En 1690, le ministre de la justice qui  administre également la capitale est chinois ; Après les événements de Korat en 1699-1700, un phra klang chinois est nommé ; Des sources indiquent un autre phra klang chinois sous Phra Chao Thai Sa, et plus tard des Chinois deviendront gouverneurs de Mergui ou de Tenasserim (Quand?). Mgr de Circé constate que les Chinois font tout le commerce du royaume. D'ailleurs, à cette époque, le commerce entre le sud de la Chine et le Siam semble se rétablir peu à peu. Et dans les années 1740, les Chinois contrôlent les principales voies d'échanges entre l'extérieur et le Siam. Leur implantation dans le royaume est croissante ; On estime leur nombre à 20 000 lors de la révolte chinoise de 1735. Le missionnaire Corre leur attribue l'essor d'Ayutthaya après la chute d'Ayutthaya en 1767, dû en partie au pillage systématique des monastères et des chédis. (Cf. Notre article sur ce sujet (10))

 

 

 

Mais les crises du commerce extérieur ne doit pas faire oublier la situation concrète du peuple. Malheureusement, nous dit A. Forest, les sources sont presque inexistantes sur ce sujet. Ce n'est qu'incidemment, qu'on apprend par exemple, l'existence de la petite vérole en 1681 ; De La Loubère en signalera les ravages effroyables. En 1696, elle fera plus de 40 000 morts rien qu'entre janvier et mai. Les courriers missionnaires  évoquent des catastrophes comme la sécheresse de 1695-1696 qui se prolonge jusqu'en 1713, les réquisitions royales, la famine de 1707 ; une autre épidémie en 1712. Ils constatent en ces années le triste état du royaume. En 1759, on signale encore une grande sécheresse à la veille de l'attaque birmane de 1760. Bref, du début du siècle à la chute d'Ayutthaya en 1767, on a l'impression que « le Siam est entré dans une situation d'endémie- où la petite vérole opère régulièrement ses ponctions en hommes-, favorisée par disette et famine  chroniques », ce qui entraîne une sévère chute démographique.

On peut voir un autre facteur d'affaiblissement d'Ayutthaya en faveur de Bangkok et sa région, qui va bénéficier de nouveaux projets agricoles royaux s'ouvrant à une intensive riziculture avec des creusements de canaux et d'endiguement, et donc d'une main-d’œuvre corvéable, et d'une forte installation de commerçants chinois. Le choix de Bangkok comme nouvelle capitale après 1767 « suggère » (Le mot est de Forest) une telle évolution.

 

 

 

Les souverains bouddhiques. (sic)

 

 

Des années 1720 à la chute d'Ayutthaya, les Siamois se replient sur les affaires intérieures. Dès l'avènement de Petracha en 1688, les rois siamois ne sont plus fascinés par le modèle des rois étrangers pour affirmer un retour énergique au bouddhisme. Ce qui ne veut pas dire, nous dit A. Forest que le roi Narai ait été un mauvais souverain bouddhiste, si l'on en juge par « les importants examens et épurations de clergé, avec renvoi de plusieurs milliers de moines à la vie laïque, en 1675 et 1687 ». « En 1687, l'examinateur des moines, qui en fait sortir 3 ou 4 000 des monastères, est d'ailleurs Sorasak, le fils de Petracha », qui affichera un bouddhisme militant en obligeant les moines à approfondir l'étude des textes sacrés et d'avoir une attitude exemplaire. Il multiplie les dons, les tambons, fait visiter les malades par ses médecins.  A l'occasion des terribles sécheresses et épidémies de 1695-1696, les missionnaires vont louer le soin paternel et la bonté avec lesquels il vient en aide à son peuple. Une ferveur nouvelle arrive sous le règne du roi Phra Chao Thai Sa (1709-1733) qui se consacre à édifier et restaurer des monastères. Une ferveur qui va se prolonger  sous le règne de Borommakot (1733-1758) qui veut apparaître comme un nouveau Bouddha. Ce qui leur vaudra de  garder un certain prestige auprès des Siamois. Ce rayonnement du bouddhisme siamois se manifestera par exemple par « les  demandes du roi Kirti Sri Rajasimha (1747-1782) de Kandy à Ceylan, patrie du bouddhisme theravada, pour que des moines du Siam soient envoyés dans son royaume afin d'y régénérer la religion bouddhique ». (Il y aurait eu au moins  4 missions).

 

 

 

 

A cette identité religieuse affirmée se manifestera aussi une identité culturelle marquée par une forte activité de création littéraire, poursuivant en cela les goûts de la cour et du roi Narai lui-même pour la poésie en particulier. (Et de signaler  l'œuvre de Sri Prat, poète majeur de l'histoire littéraire siamoise)) La poésie sera toujours à l'honneur à la cour. Borommakot et le prince héritier Thammathithet s'y essayeront, ainsi que ses filles Kunthon et Mongkut qui composeront deux célèbres pièces de théâtre. Le thème du voyage et de la séparation avec les êtres aimés, inspiré par le Ramayana, avec les récits des vies antérieures de Bouddha  fourniront l'essentiel des trames des  récits produits. (Il faut reconnaître que cette page « littéraire » d'A. Forest est trop laconique pour être informative )

 

 

 

III-  LA CHUTE D'AYUTTHAYA (1767).

 

 

(La première attaque (1760). La deuxième attaque d'Ayutthaya (1765-1767).  La fin d'Ayutthaya) (pp. 125-130)   (Cf. Nos articles sur ces événements (11))

 

 

 La première attaque (1760).

 

 

En 1754, le chef birman Alaungpraya chasse d'Ava les Môns du Pégou qui avaient investi le royaume birman d'Ava et occupé la capitale en 1752.

 

 

 

 

Il va poursuivre sa conquête au Sud, prendre ville après ville, pour détruire Pégou en mai 1757. Il peut désormais contourner la principauté thaïe de Chiengmai. En 1760, il s'empare au sud de la petite prinicpauté de Tavoy, et détruit ensuite  Mergui et Tenanasserim et se dirige vers le golfe du Siam, pendant qu'une partie de l'armée birmane attaque au nord, du côté de Tak et Kamphaeng mettant en déroute une armée siamoise de 15 000 hommes. Fin mars, le troupes birmanes sont à Ayutthaya, c'est la panique. On cherche des responsables., la consternation règne alors. On rappelle le prêtre-roi, Uthumphon depuis son temple pour reprendre les rênes du pouvoir. L'attaque birmane est déclenchée le 8 avril 1760. « Les 14-16 avril, les Birmans « battent à coups de canons » les fortifications qui défendaient l'île centrale. Mais ils lèvent brusquement le siège, le 16 avril 1760, non sans brûler derrière eux nombre des villages des alentours. ». Le roi birman est malade et la saison des pluies approche. Ils laissent une garnison dans la ville de Kamphaeng qui contrôle la route de Pégou. Sur le retour vers Ava, le roi birman meurt. Le roi Ekhatat retrouve son trône le 17 juillet et  Uthumphon retourne à son monastère.

 

 

On aurait pu s'attendre à une autre attaque birmane l'année d'après, mais les Birmans doivent faire face à de sérieux problèmes intérieurs depuis la mort d' Alaungpraya. Ekhatat quant-à-lui, doit faire face  à une révolte des réfugiés pégouans vers février 1761, et régler le retour de son demi-frère Tep Pipit qui avait été exilé à Ceylan en 1759. Il  a débarqué à Mergui et a demandé au roi la permission de rentrer à la capitale. Le cour s'y oppose. Le gouverneur de Phetchaburi, qui aurait pris le parti de Tep Pipit, se révolte. (A. Forest ne dit pas comment et quand elle fut mâtée. Pour les détails, Cf. Nos articles (11))

 

 

 

 

 

La deuxième attaque d'Ayutthaya (1765-1767).

 

 

(Naungdawgyi, après des conflits succède à Alaungpaya, mais il meurt à 29 ans en novembre 1763 après avoir difficilement repris le contrôle de son royaume à l’exception de Tavoy resté en dissidence. Son frère cadet Hsinbyushin lui succéde, bien décidé à reprendre les velléités conquérantes de son père. )

 

 

Hsinbyushin fin 1764 a planifié de prendre le royaume d'Ayutthaya et procède aux préparatifs en tirant les leçons de l'attaque de 1760. (Déjà cette même année, il avait lançé une première expédition à l'est, au cours de laquelle il pilla Chiengmai et Vientiane et s'empara de Luang Prabang. » In Notre article 115.) Les Birmans investissent Mergui et Tenasserim les 10-11 janvier 1765 ; les populations sont déportées vers le Pégou. Les réactions à Ayutthaya sont confuses,  où un petit clan de favoris dirigent le pays. On publie même un édit dans lequel on écrit que les Siamois n'ont rien à craindre des Birmans et on renvoie même les milices.

 

 

 

 

Pendant ce temps les Birmans, durant la saison des pluies s'implantent solidement au Sud, renforcent leurs fortifications à Tenasserim et édifient une « ville » garnison  à Chactret (Près de Kanchanaburi). En avril-mai 1765, des troupes birmanes font quelques apparitions dans les environs immédiats d'Ayutthaya , mais surtout sur le sud et sur la région de Bangkok obligeant la population à se réfugier à Ayutthaya. Les Hollandais -quant-à eux- quittent Ayutthaya le 1er novembre 1765, malgré l'interdiction. En décembre 1765, les Birmans s'emparent de Bangkok. En 1766, de Kuiburi à Chantabun toutes les provinces côtières sont investies. Au cours du 3e trimestre 1766, les Birmans coupent les digues afin d'inonder le pays. Ils resserrent leur étau et s'installent à proximité d'Ayutthaya en transformant trois monastères en forts.

 

 

Ils lancent leur attaque finale en mars 1767. Une résistance va s'organiser dans certains quartiers. Il leur faudra 18 jours pour réduire les 2 000 Chinois et Malais, pour obtenir la reddition du quartier portugais le 21 mars et prendre, piller, incendier le 23 mars 1767, le quartier du séminaire.

 

 

 

La fin d'Ayutthaya.

 

 

« Ayutthaya est prise et incendiée les 7-8 avril 1767. La plupart des habitants faits prisonniers à Ayutthaya, dont l'évêque, les missionnaires et leurs chrétiens, sont emmenés vers Pégou et la Birmanie. » « Les rois Uthumphon et Ekatat disparaissent dans la tourmente », nous dit A. Forest. (Les Chroniques royales sont plus précises . Cf. 12) Leur repli est précipité, «sans doute motivé par des menaces chinoises sur Ava.». Mais ils s'installent solidement à Mergui et Tenasserim et confient à des auxiliaires siamois la garde de quelques  places fortes. Certaines n'hésiteront pas à se rebelller comme celle de Ban Xang (Kanchanaburi?) en octobre 1767.

 

 

 

 

« Si les incendies allumés par les Birmans ont ravagé Ayutthaya », A. Forest tient  à préciser qu'ils ne furent pas les seuls à la piller. Les habitants restants et les Chinois vont fouiller les palais, monastères, chédis, statues de Bouddha, jardins, tous les lieux où de l'argent et de l'or étaient susceptibles d'être présents. A. Forest terminera avec « Du malheur peut sortir un bien. M. Corre attribue aux richesses retirées de ce pillage, le rapide relèvement des affaires des Chinois (et) la reprise du commerce. »

 (Cf. Notre article « Qui a  détruit Ayutthaya en 1767, les Birmans mais pas qu'eux. (10))

 

 

Enfin A. Forest  termine sun survol  « De la révolution de Siam à la chute d'Ayutthaya. (1688-1767) » par un  APERÇU SUR L'APRÈS-AYUTTHAYA.  (pp. 130-133)  Il consacre une petite page à Phya Tak (ou Taksin) qui va restaurer le royaume. Phya Tak, un général (Métis de père chinois et de mère siamoise) qui va avec quelques centaines hommes après la chute d'Ayutthaya se réfugier dans la province de Chantabun et remonter vers Chonburi, puis Bangkok (Actuelle Thonburi).

 

 

 

 

(Il faut reconnaître qu'A. Forest est un peu court sur cette reconquête, sur les batailles que Phya Tak a  dû mener, depuis  la prise de la citadelle siamoise de Chantabun, qui était la clé de la côte et son port le plus sûr, pour  se sentir suffisamment fort pour se proclamer roi fin mai 1767, en annonçant à ses  troupes son projet de former une immense armée,  et de reprendre la capitale, ; ce qu'il fera le 7 novembre 1767, après seulement 2 jours de combat. Cf. Nos 2 articles (13))

 

 

Si A. Forest dit peu sur la reconquête, il signale que Tak dût combattre pour instaurer son autorité sur tout le royaume. Il fera exécuter Tep Pipit, un  prétendant à la couronne qui s'était réfugié à Korat. Il en poursuivra un autre, le fils de l'uparât Thammathibet, intervenant à Ha -tiên  (fin1768 début 1769) et au Cambodge (mars 1769). Il dut réduire des révoltes : Phetchaburi, Ligor, et Jongselan (Phuket) qui ont fait sécession avec le soutien du sultan de Queddha. Vers Phitsalunok en 1770, où un moine bouddhique aux visions millénaristes a des velléités royales. 

 

 

 

 

 

Les expéditions guerrières répondaient aussi à la nécessité de repeupler le royaume par des transferts de prisonniers.  Ainsi en fut-il après la prise de  Ha -tiên en 1771 ; En 1775, contre les Birmans (Où ? Circonstances?) ; En 1778, contre le royaume de Vientiane qui permit de répartir 3 000 prisonniers dans la région de Bangkok . 6 lignes pour signaler que le général Phya Chakri, le vainqueur de Vientiane, en route de nouveau vers le Cambodge, retourne rapidement vers Bangkok où des troubles ont éclaté contre Tak, qu'il fera exécuter le 7 avril 1782, et montera sur le trône le 13 juin 1782. Une nouvelle dynastie était fondée, qui règne encore à ce jour.

 

 

 

 

Toutefois A. Forest reviendra et terminera sur Phya Tak « hanté par les questions religieuses ». S'il eut soin,  de rechercher et de faire recopier tous les écrits bouddhiques détruits lors du sac d'Ayutthaya, il eut le tort (A. Forest ajoute « semble-t-il ») de s'instaurer en chef absolu de la communauté des moines en n'hésitant pas en 1769, à emprisonner et remplacer le Patriarche ; puis plus tard, en exigeant que les moines s'inclinent devant lui. Une opposition se forma, le  Patriarche fut remplacé et  500 moines furent défroqués et réduits en esclavage.

 

 

Il est vrai que sa santé mentale s'altéra, au point qu'il se prit pour Bouddha, exigea qu'on l'appelle ainsi, prétendit qu'avec des exercices mystiques, il pouvait s'élever au-dessus de la terre et  voler dans les airs. A. Forest rapporte un extrait de lettre de Mgr Le Bon « C'est alors un homme qui n'est plus de ce monde ; malheur à tout profane qui vient se présenter devant lui dans ces moments mystérieux. ». (Il est vrai, qu'A. Forest s'appuie essentiellement sur les courriers des missionnaires, mais il aurait pu rajouter bien des crises de folie de Tak qui s'accompagnaient de  mesures extrêmes et de décapitations. Cf. Notre  article 115.2 (13)) A. Forest se contente de dire «que « les interventions de Tak  dans le domaine religieux ont été pour beaucoup dans sa chute », là où il aurait fallu donner des exemples de sa folie.

 

 

Il faut avouer que nous avons été déçus par ce chapitre d'A.Forest laissant de côté trop d'événements. Mais en voulant évoquer une période aussi grande qui va « De la révolution de Siam à la chute d'Ayutthaya (1688-1767) », et les  règnes de  7 rois en une trentaine de pages, il s'aventurait dans une mission impossible. Nous aborderons dans le prochain article son chapitre 6, intitulé « Pouvoir et société ».

 

 

 

Notes et références.

 

(1) Alain Forest, « Les missionnaires français au Tonkin et au Siam. XVIIe- XVIIIe siècles, Analyse comparée d’un relatif succès et d’un total échec », préface de Georges Condominas, Livre I, Histoires du Siam, Livre II, Histoires du Tonkin, et  Livre III, Organiser une Église Convertir les infidèles »,  L’ Harmattan, 1998.

Annexe 1 du Livre 1-  Aperçu sur les relations franco-siamoises au temps de Phra Narai. (pp. 325-428)

 

(2) Chap. 5 – De la révolution de Siam à la chute d'Ayutthaya (1688-1767) (pp. 105-134)

 

I- LES RÈGNES DE PETRÂCHA  À   EKHATHAT

1.1 Petrâcha (1688-1703)

1.2 Suraçak, le « roi-tigre » (1703-1709) et Phra Chao Thai Sa (1709-1733)

1.3 Borommokot (1733-1758)

1.4 Entre roi lépreux et prince talapoin (1758-1767)

 

II- LA CRISE, LE REPLI ET LE RESSOURCEMENT   

2.1 Aspects de la crise

2.2 Les souverains bouddhiques

 

III-  LA CHUTE D'AYUTTHAYA  (1767).

3.1 La première attaque (1760)

3.2 La deuxième attaque d'Ayutthaya (1765-1767)

3.3 La fin d'Ayutthaya

 

IV- APERÇU SUR L'APRÈS-AYUTTHAYA

 

(3)  Table des matières :  des « Chroniques royales d'Ayutthaya » :

 

Ch. 8. Le roi Phetracha, 1688-1703, 59p., 75 s/sc, 15 ans

Ch. 9.  Luang Sorasak (le roi Süa) et le roi Thai Sa. Le roi Süa, « le roi tigre »1703-1709, et le roi Sa 1709- 1733, 35p., 53s/c, 30ans

Ch. 10 Le roi Borommakot, 1733-1758. 59p., 51s/c, 25 ans

Ch11. Les derniers rois d’Ayutthaya, 1758-1767. Le roi Uthumphon (13 avril-mai 1758), roi Suriyamarin (mai 1758- 7 avril 1767), 60p., 76s/c, 19 ans.

 

 

(3) 41. LA RÉFÉRENCE.  Les « Chroniques royales d’Ayutthaya » de Richard D. Cushman.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-41-la-reference-les-chroniques-royales-d-ayutthaya-de-richard-cushman-107938358.html

 

Cf. par exemple  env. 30 pages pour le  Le roi Phetracha. (1688-1703)

http://www.alainbernardenthailande.com/article-100-le-roi-phetracha-1688-1703-120558749.html

100. Suite.  Le règne de Phetracha. (1688-1703).

http://www.alainbernardenthailande.com/article-100-suite-le-regne-de-phetracha-1688-1703-120596112.html

 

(4) Cf. 175. La « loi du palais » pour la succession royale en 1924.

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/03/175-la-loi-du-palais-pour-la-succession-royale-en-1924.html

Et

RH 44 - EN 1656, NARAI PREND LE POUVOIR APRÈS DEUX RÉGICIDES. http://www.alainbernardenthailande.com/2019/04/rh-44-en-1656-narai-prend-le-pouvoir-apres-deux-regicides.html

« Quid de ces successions sanglantes.

Nous avions dans notre article « 175. La « loi du palais » pour la succession royale en 1924. » indiqué qu'il avait fallu attendre le 10 novembre 1924, pour que le roi Rama VI  (Vajiravudh) promulgue la loi de succession du Palais applicable dès le lendemain.

Auparavant  aucun système clair n’existait  pour déterminer qui devait  être le successeur du roi défunt. Le nouveau roi pouvait être le fils du roi défunt né d'une reine principale ou consort, ou l’un de ses frères ou encore une personne qui n'était ni fils ni frère du roi défunt, si la situation ou les « circonstances » l'exigeaient, comme nous venons de le voir. Ainsi une dizaine de successions furent sanglantes lors des 34 successions du royaume d'Ayutthaya (1351-1767), qui n'ont manqué ni d'usurpations, ni  de coups d'État. »

 

(5) 92. Le processus de légitimation du pouvoir du roi Naraï, in « Les Chroniques royales d’Ayutthaya ».

http://www.alainbernardenthailande.com/article-92-le-processus-de-legitimation-du-pouvoir-du-roi-narai-in-les-chroniques-royales-d-ayutthaya-119264251.html

 

Nous y citions déjà Alain Forest in Le processus traditionnel de légitimation du pouvoir royal dans les pays de bouddhisme theravada :

« Dans le Siam des XVIIe-XVIIIe siècles, le moment de la succession est particulièrement périlleux et il n’est pas rare que les habitants, notamment les commerçants, quittent la capitale d’Ayutthaya au moment où s’annonce la mort du roi. Les combats ne durent généralement pas mais ils sont d’une terrible violence, se terminant fréquemment par l’élimination de tous ceux qui peuvent constituer un danger pour le vainqueur : autres princes et chefs (ministres notamment) de leur parti ».

 

Mais une fois la victoire acquise, le nouveau pouvoir doit légitimer son accession au trône en suivant un processus traditionnel qui ne peut se comprendre  que dans le cadre mythico-religieux du bouddhisme theravada, (avec les divinités indiennes Brahma, Vishnu, Shiva) avec la cérémonie d’intronisation du nouveau roi et les funérailles solennelles du roi précédent.

 

 

 

 

Ainsi les Chroniques royales vont commencer le récit du règne du roi  Naraï, en justifiant le  nouveau titre royal de Naraï,  par sa victoire acquise contre ses royaux adversaires et par les mérites acquis, et en donnant une date exacte pour le début de son règne, pour la cérémonie du couronnement. »

 

 

Alors que les successions sont souvent sanglantes (5 voire 6 rois exécutés de 1605 à 1656). Le roi Naraï lui-même disions-nous, avait pris la couronne, après avoir aidé son oncle Phra Si Sutham Racha (frère de Phrasat Thong) à prendre le pouvoir en exécutant le roi Chao Fa Nai, et en l’exécutant deux mois et vingt jours plus tard.

 

(6) 101. Le roi Luang Sorasak. (1703-1709)

 

 

http://www.alainbernardenthailande.com/article-101-le-roi-luang-sorasak-1703-1709-120614322.html

« Il se complaisait à avoir des rapports sexuels avec des enfants de sexe féminin impubères. Si l’une d’entre elle ne supportait pas ses assauts et se tordait de douleur, furieux, il la punissait en la piétinant jusqu’à la mort. Mais celles qui le satisfaisaient étaient comblées de riches présents. Il pratiquait également le péché contre nature. En outre, lorsqu’il voyageait sur des canaux, des rivières ou en mer, sur des eaux peuplées de poissons féroces, de requins, de poisson-scie ou d’autres créatures aquatiques, qu’il était sous le coup d’un excès de boisson, et qu’un passager quelconque de sa barge royale (concubine, dame, page, fonctionnaire) faisait un mouvement quelconque et l’irritait, furieux et sans la moindre pitié, il ordonnait qu’il – ou elle - soit liée à un crochet accroché par une corde à son embarcation, jetée dans l'eau pour servir de pâture aux requins, crocodiles, poissons scies ou autres créatures aquatiques féroces. Peu soucieux de respecter les cinq préceptes, il avait des relations sexuelles avec les femmes de ses fonctionnaires. Tous les jours des cercueils quittaient le palais royal en passant par ce que peuple appelait « la porte des fantômes ». C’est à partir de là qu’il fut surnommé « le roi tigre ».

 

 

Toutefois ses  exploits sont toujours exaltés et glorifiés dans une littérature populaire, des bandes dessinées à l’usage des enfants (et pas seulement) que l’on trouve dans les rayons de toutes les librairies. Son titre de « roi tigre » ne nous y semble pas alors utilisé de façon négative, bien au contraire. Il lui fallait une force certaine et non moins de courage pour attaquer le gibier avec les moyens de l’époque. Et n’oublions pas que la boxe thaïe alors  n’était pas un jeu d’enfant, elle était une technique de combat faite pour tuer.

 

 

 

 

Nous savons qu’il se déguisait en homme ordinaire pour se rendre dans les villages et s’inquiéter des besoins de son peuple. Il s’y rendait aussi pour participer de façon anonyme à des combats de boxe et affronter les champions locaux qu’il couvrait de richesses quand il ne pouvait les vaincre. Il est une histoire que connaissent tous les petits thaïs et qu'oublient les historiens : Vaincu par un modeste boxeur de village phanthai norasing (พันท้ายนรสิงห์) il en fit le pilote de sa barge royale.

 

 

 

 

Survint un jour un incident imprévu, un courant inhabituel et un écueil, les occupants de la barge tombent à l’eau. La Loi était cruelle, le pilote de la barge était  passible de la peine mort. Le roi, dans sa « grande compassion » lui fit grâce de la vie. Mais l’héroïque timonier préféra le respect de la loi et de la tradition à sa propre vie. Il supplia le roi de se conformer à cette tradition, faute de quoi, dans l’avenir, tous se permettraient de la transgresser.  Le roi dut céder à ses objurgations et le fit décapiter.

 

 

 

 
Mais il entreprit immédiatement des travaux pharaoniques pour améliorer la navigation sur le khlong et lui en donna s
ymboliquement le nom. C’est aujourd’hui le khlongmahachaï (คลองมหาชัย) qui relie l’embouchure de la rivière Tha Chin à la  Chaophraya. Il lui fit faire des funérailles royales, il couvrit d’or sa famille, et fit construire sur les lieux de son exécution un temple et un monument à sa gloire,

 

 

 

(7) 103. Les rois Borommakot (1733 – 1758) et Uthumphon. (13 avril 1758 – mai 1758)

http://www.alainbernardenthailande.com/article-103-les-rois-borommakot-1733-1758-et-uthumphon-1758-120704153.html105. Le dernier roi d’Ayutthaya. Ekkathat (mai 1758-7 avril 1767)

http://www.alainbernardenthailande.com/article-105-le-dernier-roi-d-ayutthaya-le-roi-ekkatat-mai-1758-avril-1767-120770682.html

 

(8) « Elle se termine par le triomphe de l’oncle, l’Uparat, héritier « légitime ». Celui-ci fait allégrement massacrer la famille de son jeune neveu mais si du sang a coulé, nous dit toujours Turpin « c’est moins dans les combats que sous le glaive des bourreaux ».  La poursuite fut longue avant que ses troupes ne les appréhendent, nous disent les annales. De rage, le roi voulut les faire périr par où ils avaient péché : amateurs de pêche à la ligne (tradition familiale ?), c’est-à-dire les accrocher par le menton avec un hameçon et les pendre à une branche jusqu’à ce que mort s’ensuive. Heureusement pour eux, les poursuivants se contentèrent de les massacrer de façon plus traditionnelle. » (In notre article 103 de « notre Histoire »)

 

(9)105. Le dernier roi d’Ayutthaya. Ekkathat (mai 1758-7 avril 1767)

http://www.alainbernardenthailande.com/article-105-le-dernier-roi-d-ayutthaya-le-roi-ekkatat-mai-1758-avril-1767-120770682.html

 

(10) H 35- QUI A DÉTRUIT AYUTTHAYA  EN 1767 ? LES BIRMANS,    MAIS PAS QU'EUX ? http://www.alainbernardenthailande.com/2019/06/h-35-qui-a-detruit-ayutthaya-en-1767-les-birmans-mais-pas-qu-eux.html

 

(11) Cf. Notre récit sur ces événements in « 105. Le dernier roi d’Ayutthaya. Ekkathat (mai 1758-7 avril 1767) » http://www.alainbernardenthailande.com/article-105-le-dernier-roi-d-ayutthaya-le-roi-ekkatat-mai-1758-avril-1767-120770682.html

 

Et : 109. La chute d’Ayutthaya vue par Monseigneur Brigot et racontée par M. Turpin.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-109-la-chute-d-ayutthaya-de-1767-121330085.html

 

Et encore :Prince Damrong Rajanubhab, « Our Wars with the Burmese. Thai-Burmese Conflicts 1539-1767 », White Lotus, 2001.

Sa presentation: 107. “Le Prince Damrong explique les guerres entre les Siamois et les Birmans, entre 1539 et 1767.”

http://www.alainbernardenthailande.com/article-107-le-prince-damrong-explique-les-guerres-entre-les-siamois-et-les-birmans-entre-1539-et-1767-121187300.html

 

(12) In 105. Le roi réussit à s’échapper sur un petit bateau, mais, nous apprennent les annales, mourut de faim quelques jours plus tard, caché dans la forêt de Ban Chik (ป่าบ้านจิก), à côté du temple de Sangkhawat (วัด สังฆาวาส). Son cadavre y fut alors découvert par un moine et aurait été incinéré au sommet d’une colline appelée « Khok Phramen » (โคก พระเมรุ), face à un temple vénéré appelé «Phra Wihan Phra Mongkhonlabophit » (พระวิหาร พระมงคลบพิตร) dans les environs d’Ayutthaya. Une fin misérable pour le successeur même indigne de tant de grands rois.

 

De rage de n’avoir pu le capturer, le roi birman se vengea indignement : L'ex-roi Uthumphon fut arraché du refuge de l'abri de son temple et déporté en Birmanie, où il finit ses jours en captivité en 1796. Le Birman s’empara de tous les membres de la famille royale, de centaines de militaires, de fonctionnaires et de 20 ou 30.000 « gens du commun ». »

 

(13) 113. Le roi Taksin, « Taksin le Grand ». (1768-1782).

http://www.alainbernardenthailande.com/article-113-le-roi-taksin-taksin-le-grand-1768-1782-122163306.html

Et 114. Le roi Taksin , le chef d'Etat. (1768-1782)

http://www.alainbernardenthailande.com/article-114-le-roi-taksin-le-chef-d-etat-1768-1782-122246092.html

 

115.1 et 115.2 : La représentation romanesque du règne du roi Taksin  (1768-1782).

Selon le roman « Le roi des rizières » de Claire Keefe-Fox.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-115-1-la-representation-romanesque-du-regne-du-roi-taksin-1768-1782-122246116.html

http://www.alainbernardenthailande.com/article-115-2-la-representation-romanesque-du-regne-du-roi-taksin-1768-1782-122246151.html

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