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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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2 octobre 2019 3 02 /10 /octobre /2019 22:19

 

Une curieuse commémoration en septembre 2019 pour  « le fondement de l’amitié de longue date entre la Thaïlande et la France » nous propose encore cette singulière vision de l'Histoire. Jugez plutôt.

 

 

« L’année 2019 marque le 333e anniversaire de l’arrivée en France de l’une des premières missions diplomatiques du Royaume de Siam conduite par Ok-phra Wisut Sunthon (Kosa Pan) en 1686. Bien que les premiers contacts remontent quelques années plus tôt, les autorités thaïlandaises et françaises considèrent l’événement comme le « fondement de l’amitié de longue date entre la Thaïlande et la France », soulignait le ministère thaïlandais des Affaires étrangères dans une conférence de presse ce lundi 2 septembre organisée pour annoncer ces commémorations et présenter le programme des événements. » (In « Le Petit Journal » (1))

 

 

Certes, l'ambassade siamoise menée par Kosapan fut reçue en audience solennelle par le roi Louis XIV le 1er septembre 1686 à Versailles, mais nous avons été étonnés d'apprendre que cet événement devait être considéré comme  « le fondement de l’amitié de longue date entre la Thaïlande et la France » et qu'il fallait le commémorer 333 ans plus tard. 

 

 

 

C'est à la suite de cette ambassade que Louis XIV décida de convertir à la religion catholique le Siam et peut-être de le coloniser par l'envoi de ses missionnaires et de ses propres ambassadeurs accompagnés d'une force militaire alors que les plénipotentiaires siamois n'avaient pas d'escorte.

 

 

Nous avons consacré une quarantaine d'articles aux relations franco-thaïes, dont les ambassades échangées entre le roi Naraï (1656-1688) et le roi Louis XIV. Ils s'appuyaient sur de nombreuses sources : mémoires (Certains écrits par les acteurs eux-mêmes avec des points de vue très différents), livres d'historiens et d'érudits, correspondances, études universitaires, le site de l'ambassade de France en Thaïlande, et même des romans. On ne peut pas dire qu'ils furent nombreux à  signaler l'amitié entre la France et le Siam !

 

 

 

 

La première ambassade fut à l'initiative du roi Naraï. Elle était composée de Opra Pipatracha Maytri, Luang Seri Vissan Senton et Khun Nakola Vichay, et était accompagnée par le missionnaire Claude Gayme et de vingt mandarins. Ils s'embarquèrent à Banten le 6 septembre 1681 à bord du Soleil d'Orient, le fleuron de la Compagnie des Indes, porteurs d'une lettre pour le roi Louis XIV et une autre pour le pape, et de multiples présents (On parle de plus de 800.000 livres d’étoffes de coton, de soie, d’épices, d’or, d’argent, de pierres précieuses et des trésors des pagodes et de deux éléphants) . Mais ils échouèrent fin 1681 au large de Madagascar. (Cf. Nos deux articles sur ce que l'on peut savoir avec ses rumeurs sur le « Soleit d'Orient » et son échouage.) (2) (On peut consulter la lettre que le roi Naraï avait envoyée au roi Louis XIV grâce à Mgr Lanneau, évêque de Metéllopolis, qui en avait conservé une copie.) (3)

 

 

 

Étant sans nouvelle de ses envoyés, le roi Naraï enverra  quatre ans plus tard,  en 1684, une nouvelle délégation avec Khun Pichaï Walit et Khun Pichit Maïtri et à la demande du roi, Mgr Laneau, évêque de Métellopolis, désignera deux ecclésiastiques, M. Pascot et Benigne Vachet  pour l'accompagner. Monsieur Constance (Phaulkon), alors second  du barcalon  (« ministre du milieu » équivalent d’un 1er ministre)  organisera le voyage à bord d'un vaisseau interlope anglais qui devait rallier Londres. 

 

 

 

 

Elle avait une triple mission «  S'informer des Siamois partis en 1680 ; prier Messieurs les ministres de congratuler Sa Majesté, de la part du roi de Siam, sur la naissance de M. le duc de Bourgogne ; engager les mêmes ministres à s'appliquer de découvrir les voies les plus courtes et les plus solides pour lier une ferme amitié et correspondance entre les deux Couronnes » et également « faire travailler à quelques ouvrages de curiosité que le roi de Siam souhaite du royaume de France ». Ils seront reçus le 27 novembre 1684 par le roi Louis XIV. Ensuite le père Vachet, dit-on souvent,  arrivera à convaincre Louis XIV que  le roi du Siam pouvait être converti au catholicisme. Mais c'est surtout Jean-Baptiste Colbert de Seignelay (1651-1690), fils de Jean-Baptiste Colbert, secrétaire d'État de la Marine de Louis XIV, 

 

 

 

 

et le père jésuite de la Chaise, confesseur du roi, qui réussirent à convaincre le Roi que la grandeur de la France, le bien du commerce et l'intérêt de la religion exigeaient l’investissement d’une expédition.

 

 

 

 

La délégation siamoise et le père Vachet repartiront le 3 mars 1685 avec l'ambassade du chevalier de Chaumont et son coadjuteur l’abbé de Choisy, accompagnés par le jésuite Guy Tachard qui sera  le principal acteur politique de cette ambassade.   L'abbé de Choisy le dira dans ses mémoires, « Chaumont et moi nous sommes des personnages de théâtre ; le père Tachard a en mains le secret de la négociation » avec  les instructions secrètes de Louis XIV.

 

 

Nous vous avons raconté cette ambassade du point de vue de l'abbé de Choisy, qui dans son journal du Siam, qui au jour le jour, note ses impressions et « activités » de son arrivée au Siam du 23 septembre 1685  à son départ le 22 décembre 1685.  «L’Abbé de Choisy reste en fait, disions-nous, un mondain séduit par les fêtes, la magnificence des présents du roi, le faste des repas organisés par M. Constance. « Cet homme-là a du grand », précise-t-il. Il est « impressionné » par l’ascension de cet étranger grec, qui a su devenir l’adjoint du barcalon, puis le remplacer, éliminer tous ses rivaux, devenir le confident du roi, assurer le commerce royal.  (Cf. Notre article (4)).

 

 

 

(Il va bien sûr raconter l’audience royale du 18 octobre 1685 et  du 19  novembre 1685, et son plaisir, après trois mois  de séjour siamois, d’avoir réussi sa mission en revenant en France avec un traité qui autorise la conversion chrétienne des sujets siamois et la protection des convertis, en apprenant que le roi  a promis des terres pour la construction d’églises. et en ayant joué un rôle dans l’acceptation du Chevalier de Forbin de rester pour organiser l’armée siamoise et devenir « gouverneur »de Bangkok. Il signale que le chevalier de Chaumont peut faire signer un « Mémorial » pour le commerce (sans en donner le contenu), et que le père Tachard est prié de revenir avec douze mathématiciens.) (In (4))

 

 

 

 

Mais la vision idéaliste et mondaine de l'abbé de Choisy, n'est pas celle du Comte  de Forbin, qui, dans ses « Mémoires »  nous apprend fort peu de choses sur le Siam et sur les objectifs de l 'Ambassade mais beaucoup sur sa clairvoyance politique et sur son courage. Il nous  raconte- lui aussi - l'extraordinaire ascension de M. Constance (ou  Phaulkon),  éliminant tous ses rivaux potentiels pour devenir  le  barcalon et « confident » du roi et prendre en main tout le commerce du Siam. Il dévoile son  projet politique, sa nécessité d'obtenir l’appui des Français, pour faire face à tous ses ennemis (Anglais,  Hollandais et Siamois). Son récit devient alors un long réquisitoire contre les manœuvres de M. Constance qui a su manipuler les missionnaires et les envoyés de Louis XIV.   

 

 

 

 

Mais sa pensée sur le Siam est sans appel et lui vaut une réplique savoureuse de Louis XIV lui-même, qui l’interrogeait sur la richesse du Pays : « Sire, lui répondis-je, le royaume ne produit rien et ne consomme rien  ». « C’est beaucoup dire en peu de mots », répliqua le roi. Et quant aux chances de convertir le roi Naraï : « Sire, ce prince n'y a jamais pensé, et aucun mortel ne serait assez hardi pour lui en faire la proposition ». (Pour en savoir plus : Cf. Notre article (5) consacré à ses « Mémoires ».

 

 

 

 

 

L'ambassade  repartira le 22 décembre 1685 avec l’ambassade siamoise composée de Kosapan, de Kanlaya Ratchamaïtri et de Siwivan Wacha, après avoir signé le 10 décembre 1685 à Lopburi avec Constantin Phaulkon un traité qui accorde  des privilèges aux missionnaires apostoliques et le droit d'établir des garnisons à Bangkok et Mergui.

 

 

 

L'ambassade siamoise composée de  Kosapan, de Kanlaya Ratchamaïtri et de Siwivan Wacha arrive donc à Brest le 18 juin 1686, est reçue par Louis XIV le 24 juin,  et demeure en France jusqu'au 1er mars 1687, date à laquelle ils repartiront pour le Siam avec l'ambassade  Simon de La Loubère et Claude Céberet du Boullay. 

 

 

  

Les « Chroniques royales d'Ayutthaya » nous donneront le récit de Kosapan de cette ambassade, mais qui n'est qu'un récit fabuleux, fantastique, magique, surnaturel, sans aucun rapport avec la moindre réalité. (Cf. Notre article « L’ambassade siamoise de Kosapan à la cour de Louis XIV en 1686 vue par les « Chroniques royales d’Ayutthaya » (6)).

 

 

 

 

L'ambassade Kosapan sera bien reçue en France et par le roi Louis XIV, mais Kosapan ne participera pas aux discussions politiques qui seront du ressort du père Tachard et du marquis de Seignelay. Mais il apprendra et désapprouvera la décision française d'envoyer un corps d'armée à Bangkok et à Mergui.

 

  

 

D'ailleurs, lors du voyage retour, les tensions seront vives entre Kosapan et le père Tachard, car Kosapan est convaincu de la traîtrise de Phaulkon et craint pour sa vie. Le  père Tachard n'hésitera pas à l'escale de Batavia, de changer de bateau afin d'arriver avant l'ambassade de La Loubère et Céberet pour prévenir Phaulkon des décisions prises par la France.  Kosapan, dès son arrivée va informer Petracha  de la trahison de Phaulkon et de la nécessité de lever des troupes. 

 

 

Nous étions déjà  loin d'une relation amicale ! 

 

 

D'ailleurs Phaulkon est conscient que l’arrivée des soldats et l’exigence d’obtenir Bangkok et Mergui le feront accuser de traîtrise par les mandarins et les bonzes, et le discréditeront auprès du roi. Il n’aura donc de cesse de contrer la mission française et ce d'autant plus que son plan était d'obtenir 70 personnes de qualité pour noyauter le Pouvoir et l’Administration,  car « il comptait mettre en place aux postes clefs du royaume des hommes à lui, intelligents, fidèles, obéissants » et offrir la couronne au fils adoptif du roi, « dépossédant ainsi les héritiers légitimes qui, à Siam sont les frères du roi : lesquels haïssaient Phaulkon ». (In (7))

 

 

Bref, l'ambassade française, menée conjointement par Simon de La Loubère et Claude Céberet du Boullay partie le 1er mars 1687 arrive en rade de Siam le 27 septembre 1687,  avec cinq navires transportant 1300 personnes, dont 630 militaires commandés par le général Desfarges, et comprend également 12 jésuites chargés d’enseigner l’astronomie et les mathématiques au roi du Siam et les pères des Missions étrangères (le père Verniaud, le supérieur l’abbé de Lionne) et divers artisans ( peintres, sculpteurs, ingénieurs, jardiniers, miroitiers, etc...) destinés au service du roi de Siam ou de Phaulkon et l'ingénieur Vollant de Verquains chargé de diriger les travaux de fortification de Bangkok, qui ont dû être mis en œuvre par le chevalier de Forbin, de la 1ère ambassade il y a 2 ans et du Laric, capitaine des bombardiers … Elle est chargée “officiellement” d'établir de bonnes relations avec le roi afin de le convertir  et de négocier un  traité de commerce. (Qui sera signé le 11 décembre 1687 avec le roi Naraï). (Cf. Notre article (8) sur Simon de La Loubère et son livre  « Du Royaume de Siam») 

 

 

 

Mais le père jésuite Tachard a une mission secrète établie de concert avec le père jésuite de la Chaise, confesseur du roi Louis XIV, et avec le secrétaire d’Etat à la marine, Jean-Baptiste Cobert de Seignelay, lui accordant de fait tout pouvoir de négociation, auprès de Phaulkon, et d'une autre confiée au général Desfarges, le chef militaire de l’expédition, qui a reçu  des consignes précises de  messieurs de Seignelay, secrétaire d’Etat à la Marine, et de Croissy, ministre des affaires étrangères (respectivement fils et frère du défunt Colbert)

 

 

 

 

...qui lui ordonnent que les troupes françaises  s’installent aux deux points stratégiques du royaume : Bangkok et Mergui et d'attaquer Bangkok  en cas de refus.

 

 

L’Ambassade repart le 3 janvier 1688, après un séjour de 3 mois au royaume de Siam, mais  les militaires, commandés par le général Desfarges restent. Ils inscriront une triste page des relations franco-thaïes jusqu’à la révolution de Petratcha de 1688 qui chassera les Français du royaume pour plus de cent cinquante ans  et soumettra les missionnaires français à de féroces persécutions.

 

 

Le roman de Morgan Sportès  « Pour la plus grande gloire de Dieu » raconte les tristes péripéties de cette ambassade qui finira dans la tragédie pour les Français. Un roman qui s'appuie, dit- il, sur 10 ans de recherche, la lecture de 20 000 pages d’un manuscrit écrit à la plume d’oie afin de comprendre cette tentative de Louis XIV de mettre la main sur le Siam. (Cf. Notre article (7) sur ce roman)

 

 

Vous y lirez que les causes de cet échec sont multiples car les différents acteurs ont des intérêts divergents et sont en conflit.  (de La Loubère, Céberet, le général Desfarges, et Tachard; Véret, chef du comptoir français d’Ayutthaya, les jésuites et les missionnaires,  Du côté siamois le roi Naraï et le général en chef Petracha, les mandarins et les moines, et Phaulkon qui veut se maintenir au pouvoir … )

 

 

L'ambassade arrive dans un contexte explosif et incertain: Le chevalier de Forbin a fui le Siam il y a 6 mois, après un conflit ouvert avec Phaulkon (Constance) (et tentatives d’assassinat), la Révolte des Macassars de 1686, la révolte des Anglais de Mergui, avec un jeune Français de 20 ans, M. de Beauregard, fidèle de Constance qui y a été nommé gouverneur. Tout le monde veut la peau de Constance (Anglais, Hollandais, Portugais, Maures, mandarins, bonzes, Petracha) avec la crise de succession déclenchée par un roi très malade.

 

 

Le réquisitoire de La Loubère est clair : « Desfarges, la pièce maîtresse sur l’échiquier de Siam ; Desfarges, l’épée de Damoclès qu’il pouvait faire peser sur la tête de Phaulkon et de son roi en brandissant la menace d’une intervention militaire ; Desfarges, le chef  des armées, le protecteur de la Mission et des Chrétiens du pays, Desfarges, au lieu de planter sa tente à Bangkok, de s’y fortifier avec les troupes, d’y verrouiller le fleuve, d’y tenir dans ses griffes toute la vie économique du pays, Desfarges, ce gros benêt, qu’on avait dû séduire, acheter peut-être, allait rester à Lopburi, pour jouer les « courtisans du roi et du grec ! » (p.410) Sportès décrira la situation catastrophique.

 

 

 

 L’Ambassade arrivée le 26 septembre 1687 au Siam, repart le 3 janvier 1688, avec le bilan que l’on connait par la voix de la Loubère : « Qu’avaient-ils obtenu : rien. Pas de privilèges pour les Chrétiens ; les travaux de fortification de Bangkok piétinaient, les troupes siamoises étaient toujours présentes dans la place ; Du Bruant n’était pas à Mergui, Desfarges roucoulait à Lopburi ; le roi ne serait jamais converti et … pour couronner le tout, selon les informateurs des missionnaires, Phaulkon essayait de se réconcilier avec les Anglais » (p. 454). Il ne se faisait plus d’illusion sur la suite de la mission commandée par le général Desfarges, surtout que les prochains renforts avec  l’Oriflamme, - un des plus puissants navires de guerre de la marine de Louis XIV- avec 64 canons, 750 tonneaux, 200 fantassins , n’étaient prévus que dans 7 mois.

 

 

Mais il ne pouvait deviner qu'après son départ, Phaulkon échouerait dans sa tentative de prendre le pouvoir avec l'aide espérée des militaires français, que Petracha  réussirait son  coup d'Etat en arrêtant  Phaulkon le 18 mai et en prenant le contrôle du Palais, en l'exécutant le 5 juin, en éliminant tous les prétendants au trône (les deux frères du roi exécutés le 9 juillet, et son fils « adoptif ».), en se faisant roi le 1er août après la mort déclarée du roi Naraï le 11 juillet 1688.  

 

 

Il sera faire face à la menace française après la décision du général Desfargues de s’enfermer dans la forteresse de Bangkok et d'organiser le siège. Les troupes siamoises les vaincront. Petracha négociera leur départ par le  traité du 18 octobre 1688,  qui consentait  à prêter aux Français le Siam et le Lopburi avec 45 000 livres de vivres avec comme garantie l’évêque et Véret en otages, ainsi que les Chrétiens du pays comme  caution des 300 000 écus investis par Phaulkon dans la Cie des Indes. Après avoir rendu aux Siamois madame Phaulkon qui s’était réfugiée auprès des Français, que  Véret réussit à s'enfuir, Kosapan refusa de livrer l’évêque contre trois mandarins pris en otage.

 

 

Il ne restait plus ensuite à Petracha que de s’assurer du départ des Français, qui rejoindront les 1er et 2 novembre le navire français L’oriflamme qui était arrivé à la barre de Siam le 7 (ou 9) septembre avec 200 hommes pour incorporer les forces françaises du Siam, et les deux navires Le Louvo et Le Siam, pour l’achat desquels Petracha avait prêté de l’argent. On passera sur les bévues, querelles et infamies qui se succéderont lors de ce départ, avant que le 13 novembre les trois bateaux puissent prendre le large

 

 

Jean Vollant des Verquains, officier ingénieur sous les ordres du général Desfarges, « maréchal des camps et armées du Roi » dans ses mémoires  « Particularités de la révolution de Siam arrivée en l’année 1688 », aura cette conclusion  : « et on s'éloigna d'une terre où l'on avait couru tant de fortunes en moins d'une année, au commencement de laquelle on s'était vu élevé au point de la plus glorieuse prospérité, et ensuite presque anéanti dans la plus humiliante disgrâce ; c'est ce que l'avenir aura peine à croire, s'il juge de cet événement selon les lois »  (9))

 

 

Mais le général Desfarges n'était pas à une forfaiture prêt. Donc après sa fuite précipitée de Bangkok, le général Desfarges arriva à Pondichéry (Comptoir français), où il retrouva les débris de la garnison de Mergui, commandée par M. Du Bruant. Lors d'un Conseil le 6 février 1689, le général Desfarges appuyé par M.Véret  décida une expédition punitive sur l’île de Joncelang (Phuket), avec cinq navires et plus de 300 hommes.

 

« La « Cour du Siam » apprenant l’arrivée du général Desfarges à Phuket sût rapidement ce qu’il fallait faire pour faire plier le général en menaçant d’exécuter tous les Français détenus dans les prisons de Siam . On mit aussitôt  Mgr de Métellopolis en prison chargé d’une chaîne et d'une cangue. On ordonna à  l’évêque d’écrire au général une lettre dont la conclusion était explicite : « Nous périrons tous misérablement si vous n’accommodez les affaires, et vous seul serez la cause de notre perte. Prêtez-vous à tout, et je ne doute pas que le roi de Siam et ses ministres ne fassent ce qui convient pour entretenir l’amitié royale. (...) Le message devait être suffisamment convaincant. Le général libéra ses propres otages et  fit voile sur Pondichéry avant de rentrer en France  (…) Le général Desfarges ne put même pas réussir son retour en France : il mourut de maladie pendant son voyage de retour. Son navire, l’Oriflamme, n’arriva jamais en France. Il disparut corps et biens dans une tempête au large de la Bretagne le 27 février 1691 » (…) « Les missionnaires et séminaristes durent attendre le jour de l’Assomption de1 690, pour être tirés de prison et conduits sur une petite île insalubre.  MM. Gefrard, Monestier, Chevalier et Paumard, missionnaires, et cinq séminaristes, succombèrent en peu de jours ». « On ne se contenta pas de faire souffrir les missionnaires, les séminaristes et les Français, plusieurs chrétiens de différentes nations, furent mis en prison, exposés à des traitements barbares, et plusieurs payèrent de leur vie leur fidélité à la religion chrétienne. Un volume entier ne suffirait pas pour faire le détail des maux que souffrirent, dans toutes les provinces, tant de chrétiens français, siamois, portugais, chinois, cafres, malabres, tonkinois et cochinchinois. L’avarice des mandarins leur enleva tous leurs biens et leur fit souffrir mille tourments pour les contraindre à donner ce qu’ils n’avaient pas. Il y en eut qui se rachetèrent jusqu’à cinq fois, et furent ensuite réduits à l’esclavage ». (IMonseigneur Pallegoix, dans un « Extrait de l'Histoire de la mission de Siam », in notre article (10))

 

On imagine que Kosapan, rallié à Petracha, et devenu son phra klang  participera à cette politique hostile contre les Français.

 

Si vous n'êtes pas convaincu par notre récit, vous pouvez encore lire l'article de Michel Jacq-Hercoualch, l'un des meilleurs spécialistes sur le Siam intitulé justement « La France et le Siam de 1685 à 1688 : Histoire d'un échec » (Outre-Mers, Revue d'histoire, 1997, pp. 71-91.

 https://www.persee.fr/doc/outre_0300-9513_1997_num_84_317_3587)

Après cette évocation succincte de la  période 1685-1688 des relations franco-thaïes, vous comprenez pourquoi nous avons pu être étonnés par cette commémoration de l'ambassade siamoise menée par Kosapan en 1686 vue comme « le fondement de  l'amitié entre la France et la Thaïlande».

 

Il faudra attendre 168 ans pour que de nouvelles relations officielles puissent être établies entre la France de Napoléon III  et le Siam du  roi Mongkut (Rama IV, 1851-1868) et qu'un traité du 15 août 1856 instaure la « paix perpétuelle » entre l'Empire français et le royaume du Siam »  (In Notre article  « le Traité de 1856 » (11).

 

Quelle fut la suite de cette « paix perpétuelle » ?

 

Ce traité de 1856 empiétait déjà sur la souveraineté siamoise. Il est le prélude à celui du 15 juillet 1867. La France s’est déjà emparée de la Cochinchine par la force en 1862. N’ayant pas la capacité de résister à une guerre coloniale,  le Siam dont le Cambodge était incontestablement  tributaire cède tout simplement ses droits sur ce pays à la France le 15 juillet 1867. C’est l’archétype de ces traités inégaux qui permirent à la France et l’Angleterre de coloniser l’Afrique et l’Asie. Cette histoire tumultueuse conduira par deux fois à un conflit armé, une première fois en 1893 conduisant au traité du 13 octobre 1893 signé  par le Siam sous la menace des canonnières dont le résultat fut  l’abandon de la rive gauche du Mékong devenue le Laos français

 

 

et ensuite la guerre franco-thaïlandaise d'octobre 1940 au 9 mai 1941. A l’époque coloniale, l’amitié n’avait aucune place même si les traités inégaux devenaient des traités d’amitié.

 

 

En 1986, le langage diplomatique fut plus subtil.  La France émit un timbre-poste célébrant le « tricentenaire des relations diplomatiques avec la Thaïlande » 

 

 

.....et la Thaïlande deux vignettes célébrant plus simplement « Trois centième anniversaire des relations entre la Thaïlande et la France » (สัมพันธภาพพระหว่างประเทศไทยกับประเทศฝรั่งเศส).

 

 

 

Pour quelles mystérieuses raisons cette longue histoire devient trente-trois ans plus tard celle d’une longue amitié ?

 

 

 

NOTES ET RÉFÉRENCES

 

 

(1) https://lepetitjournal.com/bangkok/il-y-333-ans-lambassade-siamoise-de-kosa-pan-recue-par-louis-xiv-264252

 

(2) Voir notre article

84. La 1ère ambassade du roi Naraï auprès de Louis XIV en 1681.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-84-la-1ere-ambassade-du-roi-narai-aupres-de-louis-xiv-en-1681-118035147.html

 

(3) Voir nos articles

 

R2. 84. Le trésor englouti de la 1ère Ambassade du Roi Naraï auprès de Louis XIV en 1681 ?

http://www.alainbernardenthailande.com/article-84-la-1ere-ambassade-du-roi-narai-aupres-de-louis-xiv-en-1681-118035147.html

 

86. Histoire du vaisseau « Le Soleil d’Orient ». Un mauvais karma. 1671-1681 ( ?). http://www.alainbernardenthailande.com/article-86-le-soleil-d-orient-un-mauvais-karma-1671-1681-118604263.html

 

(3)  Citons la Gazette n° 13. De Paris, le 17 mars 1685 (p. 144). :« On a eu avis que le 1er de ce mois, le chevalier de Chaumont, ambassadeur du roi vers le roi de Siam, s'embarqua à Brest sur l'Oiseau, vaisseau de guerre de Sa Majesté, de 46 pièces de canon, et que le 3, il mit à la voile pour Siam, aux fanfares des trompettes et au bruit du canon. L'abbé de Choisy s'est embarqué sur le même vaisseau, avec pouvoir du roi de faire les fonctions de l'ambassade au défaut du chevalier de Chaumont, et de demeurer auprès du roi de Siam s'il y a encore quelque chose à traiter, après que le chevalier de Chaumont aura pris son audience de congé pour revenir en France. Ils ont été suivis par une frégate du roi, de 24 pièces de canon, qui porte une partie de leur équipage. Le vaisseau est commandé par le sieur de Vaudricourt. Le sieur de Coriton est capitaine en second. Les chevaliers de Forbin et de Cibois en sont lieutenants, et le sieur de Chammoreau en est enseigne. La frégate est commandée par le sieur Joyeux et par le sieur du Tertre, enseigne. Les sieurs de Cintré et de Francine, lieutenants, et les sieurs de Fretteville, Compiègne, Joncous, du Fay, d'Erbouville, de Palu, de Benneville et de La Forest, gardes de la marine, sont à la suite de l'ambassade. »

 

(4) L'ambassade de 1685 envoyée par Louis XIV à la Cour de Siam, vue par l’Abbé de Choisy, tirée de son« Journal de voyage au Siam ».

http://www.alainbernardenthailande.com/article-8-les-relations-franco-thaies-la-1ere-ambassade-de-1685-63771005.html

 

(5) Les deux ambassades envoyées par Louis XIV à la Cour de Siam en 1685 et 1687, vues par le Comte de Forbin.  

http://www.alainbernardenthailande.com/article-6-les-relations-franco-thaies-les-deux-ambassades-de-louis-xiv-63639892.html

 

(6) 97. L’ambassade siamoise de Kosapan à la cour de Louis XIV en 1686, vue par les « Chroniques royales d’Ayutthaya ».

http://www.alainbernardenthailande.com/article-97-l-ambassade-siamoise-de-kosapan-a-la-cour-de-louis-xiv-en-1686-120151119.html

 

(7) A89. Louis XIV a voulu coloniser le Siam ?

In  Morgan Sportès,  « Pour la plus grande gloire de Dieu »

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a89-louis-xiv-a-t-il-voulu-coloniser-le-siam-113692980.html

 

(8) La deuxième ambassade envoyée par Louis XIV en 1687 au Siam, vue par Simon de la Loubère, In « Du Royaume de Siam ».

http://www.alainbernardenthailande.com/article-10-les-relations-franco-thaies-la-2eme-ambassade-de-1687-63771843.htm

 

(9) La fin du règne du roi Naraï et la « révolution » de 1688.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-99-la-fin-du-regne-du-roi-narai-et-la-revolution-de-1688-120200350.html

 

(10)  14. Les relations franco-thaïes : L’expédition de Phuket de 1689 du général Desfarges. 

http://www.alainbernardenthailande.com/article-14-les-relations-franco-thaies-l-expedition-de-phuket-de-1689-64176809.html

 

(11) Cf. Entre autres, In  « Notre Histoire » :  Les relations franco-thaïes : Le traité de 1856 ? http://www.alainbernardenthailande.com/article-22-les-relations-franco-thaies-le-traite-de-1856-65362144.html

31. L’ambassade  siamoise de 1861 en France.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-131-l-ambassade-du-siam-de-1861-en-france-123390953.html

 

132. Le Traité de 1867 entre le Siam et la France.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-132-le-traite-de-1867-entre-le-siam-et-la-france-123423031.html

 

Les relations franco-thaïes : Le traité du 13 octobre 1893.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-24-les-relations-franco-thaies-le-traite-de-1893-66280285.html

Le roi Rama V accepte alors sans réserve les conditions de l’ultimatum le 29 juillet 1893. Un Traité de 10 articles et une convention sont signés le 3 octobre 1893.

L’Article 1 était le plus important : « Le Gouvernement siamois renonce à toute prétention sur l’ensemble des territoires de la rive gauche du Mékong et sur les îles du fleuve ».

L’Article  2  portait sur « L’évacuation des postes siamois établis sur la rive gauche du Mékong… ». Des indemnités importantes devaient être payées…

 

Une nouvelle période conflictuelle de 10 ans commençait dans les relations franco-thaïes, jusqu'au  traité du 23 mars 1907.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-27-les-relations-franco-thaies-1907-67452375.html

 

Le Traité du 23 mars 1907. Le gouvernement siamois cédait à la France les Territoires de Battambang, Siemréap et Sisophon (article 1). Le Gouvernement français cédait au Siam les Territoires de  Dan-Sai et de Trat (article 2).Des délais, une commission étaient établis (articles 3 et 4). Les articles 5 et 6 établissaient les statuts juridiques des Asiatiques sujets et protégés des Français.

Le Siam entrait dans une nouvelle période de son Histoire. Certes il avait perdu sa suzeraineté sur le Laos et le Cambodge, quatre territoires « malais » (Kedah, Perlis, Kelantan, et Trengganu) (1909), mais avait conservé son indépendance, grâce à « L’Entente Cordiale » franco-anglaise du 8 avril 1904, définissant leurs zones d’influence.

 

Cf. aussi A 38. La Thaïlande n’a jamais été colonisée ?

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a38-la-thailande-n-a-jamais-ete-colonisee-vous-en-etes-sur-81581652.html

 

199. LA GUERRE FRANCO-THAILANDAISE D’OCTOBRE 1940  AU 9 MAI 1941.

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/08/199-la-guerre-franco-thailandaise-d-octobre-1940-au-9-mai-1941.html

« En novembre 1940, les Thaïlandais, profitant que l’Armée française est occupée à mater une révolte paysanne animée par Tran Van Giau, multiplient leurs incursions en territoire cambodgien. L’aviation thaïlandaise mène aussi  des raids de représailles sur les villes de Thakhek et Savannakhet au Laos. Le Gouverneur Decoux est autorisé à répondre aux provocations thaïlandaises.............. La bataille de Ko Chang.... Le traité du 9 mai 1941 où la France, il est vrai sous « l’injonction  » du Japon « triomphant », doit restituer à la Thaïlande, les territoires situés au Laos et au Cambodge, qui lui furent ravis en 1867, 1893, 1902, 1904, 1907. (Le 27 novembre 1947, un nouveau traité restituait ces mêmes territoires à la France.)

 

 

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