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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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25 septembre 2019 3 25 /09 /septembre /2019 22:22

 

 

 

In la 2e partie intitulée « Aspects de l’histoire du Siam aux XVIIe-XVIIIe siècles », livre 1 d'Alain Forest, « Les missionnaires français au Tonkin et au Siam. XVIIe- XVIIIe siècles ». (pp.81-164).  (1)

 

Nous poursuivons notre lecture  de la 2e partie du livre 1 d'Alain Forest, en terminant cette fois-ci avec le chapitre 6 d'une trentaine de pages (pp. 135-164), intitulé « Pouvoir et société au Siam » qui se présente sous la forme de 3 sections : La bonne administration ; De l'absolutisme et de la faiblesse du roi ; De la troupe à la clientèle.

 

 (En sachant que nous avons déjà écrit sur le sujet en reprenant des études d'auteurs éminents tels  que Georges Condominas, Suthavadee Nunbhakdi,  Andrew Turton et bien d'autres, que nous vous invitons à lire ou relire pour confronter leurs points de vue avec celui de A. Forest.) (Cf. Nos articles (2) )

 

 

 

A. Forest d'entrée souligne le problème des sources très insuffisantes sur le  Siam pour appréhender  le fonctionnement « réel » des principales institutions. Elles s'arrêtent  le plus souvent à une description  « idéale » de l'administration. Aussi, A. Forest n'hésitera pas à souligner que les données qu'il avance pour décrire les compétences de chaque niveau et de chacun sont à prendre pour des hypothèses, des extrapolations. De plus, il n'hésite pas à indiquer certaines contradictions qu'il peut y avoir entre certaines représentations, ou bien encore de nombreuses variations sur l'organisation de base de la société par exemple. Mais il nous aide à la comprendre en proposant certains grands traits, que nous essayerons de retranscrire. Bref, nous avons là une étude qui a puisé aux meilleures sources disponibles, comme celles d' E. G. Quaritch-Wales, N. Gervaise, S. de la Loubère, G. Condominas,Y. Ishii, M. Braud, R. Lingat, etc., au moment où il écrit (1998).

 

 

I- LA BONNE ADMINISTRATION.

 

I- L'administration centrale.

 

Nous avons là une organisation qui se veut bonne et harmonieuse qui se diffuse à partir d'un centre, avec le pouvoir absolu du roi qui s'exerce “dans un cadre institutionnel précis, formé, d'une part, par un gouvernement de six ministres, quatre d'entre eux composant le groupe des « quatre tuteurs »  du royaume; d'autre part, par les Conseils du roi.

 

Les quatre ministres « tuteurs » sont :

 

Le vang, ministre du Palais royal. Il doit principalement assurer l'intendance au quotidien,   et faire respecter l'étiquette et rituels, l'ordre et l'entente. (Notamment dans les appartements des femmes).

 

Le yomrat (ou muang), ministre de la justice. Il est chargé évidemment de la justice, des enquêtes, et de la prison dans la capitale et  des villes autour qui relèvent du domaine royal. Les gouverneurs assurent la justice dans leur province.

 

Le na (Ou polethep, vorethep, pollatap, ou baladeba chez Quarich-Wales), ministre des terres. (na étant la rizière). Il est chargé de la mise valeur des domaines agricoles du roi, des esclaves qui y travaillent, et de la levée des corvées des hommes libres.

 

Le khlang, inexactement, nous dit A. Forest, qualifié ministre du Trésor et des affaires étrangères. Il administre les magasins et entrepôts royaux et il contrôle le gouvernement des provinces “d'en bas”. Il est responsable du commerce et de la levée des taxes, droits ...

 

Au-dessus (ou à côté) de ces 4 ministres tuteurs, les deux postes prestigieux : le chakri et le kalahom.

 

Le chakri, que l'on peut qualifier de 1er ministre. Il est le chef de l'administration civile, ministre de l'intérieur et de la police et de la sécurité hors de la capitale. Il contrôle également l'administration des provinces du nord.

 

Le  kalahom, est le ministre de la guerre. Il est le chef de l'administration militaire du royaume, en sachant qu'elle n'est pas une administration distincte. Les gouverneurs et les nai (maîtres d'hommes ou patrons) sont à la fois responsables civils et militaires. Il est le ministre de « l'extérieur », c'est-à-dire, le responsable de la défense du royaume face aux attaques extérieures et aux interventions militaires contre les pays tributaires. Il est évidemment responsable de l'armement (Artillerie, canons, munitions, galères).

Chaque ministre a donc une compétence centrale et une compétence territoriale « extérieure ».

 

Mais il ne s'agit ici, nous dit A. Forest, que d'un schéma « idéal », qui peut varier selon la période et les circonstances. Ainsi, sous Prasat Thong et Narai, le khlang avait plus d'influence que le chakri. Sous Petracha, les pouvoirs des ministres  sont captés par son fils Sorasak, le « roi tigre »

 

 

.

 

 

Les départements royaux.

 

Chaque ministère dispose de ses propres départements spécialisés, avec une relative autonomie financière (impôts, taxes, corvées, amendes), et  le roi a des départements  spécifiques, à savoir :

 

Le département des pages royaux (krom mahathlek); Le département des  scribes (Tous les ordres, actes, conversations sont notés, enregistrés et archivés);

Le département des Affaires ecclésiastiques, institution importante dans la mesure où le roi est le protecteur de la religion bouddhique. Il est chargé de l'administration et du tribunal de la sangha (La communauté des moines);

 

Et le département des éléphants. (Le responsable est appelé phra Petracha). Un département important qui a permis à Phra Petracha par exemple  d'accéder au sommet du pouvoir. (A. Forest rappelle l'importance des éléphants en termes de pouvoir, de force pendant la guerre, de prestige, avec la place particulière accordée à la possession des éléphants blancs, considérée comme présage de prospérité et de victoire). (Cf. Notre article 55. « Ayutthaya en guerre pour deux éléphants blancs” pour comprendre ce que pouvait représenter un éléphant blanc. » (4))

 

 

 

Les ministres et leurs seconds ainsi que les chefs des départements royaux composent le conseil royal (luk khun sala), qui joue un rôle dans la décision royale. Mais il  est une autre instance dans un royaume 'sacré' qui joue un rôle important, une sorte de « conseil suprême » qui est composé de brahmanes et des supérieurs du sangha bouddhique. Il aide le roi à décider de l'opportunité et du moment où il faut agir (Surtout pour les grands événements (guerres par ex.)  ou à comprendre la signification de tel ou tel présage, de tel échec.

 

 

 

2. L'organisation provinciale. (pp. 141-149)

 

Il s'agit nous dit A. Forest, de comprendre l'organisation de l'espace  du pays hors de la capitale en terme de ville (muang) (ou müang  ou meuang), en distinguant les villes qui relèvent de la capitale et donc du domaine royal (vang ratchathani) et celles qui relèvent de 12 grands mueang  qui chacun exerce leur autorité sur d'autres villes secondaires. (Sur le mueang, Cf.(5))

 

 Ce chiffre 12 pourrait correspondre à un chiffre idéal de 12 principautés gouvernées par des princes, qui au long du XVIIe siècle se seraient transformées en « mueang-province » administrées par des gouverneurs (Et des fonctionnaires), les uns, les mueang du nord, du haut ou de gauche, relevant du chakri, les autres, les mueang du sud, de bas ou de droite relevant du khlang. En sachant que chaque gouverneur est supervisé  par des commissaires royaux, ou par des « délégations » du ministre de tutelle (chakri ou khlang) voire du yomrat  pour une affaire de justice.

 

Quels sont ces mueang ?

 

A. Forest va nous révéler l'étonnante source  « Instructions données aux mandarins siamois pour le Portugal » (s. d.  mais ca fin 1684. AME 854, fo721-727), sorte de manuel destiné aux diplomates et aux missionnaires, qu'il retranscrit dans son annexe 2. Ses instructions  donnent le nom des 12 mueang avec les villes qui en dépendent, et les villes  du domaine royal (van râtchathâni),  tout en mettant en garde sur les erreurs et la difficile lisibilité de ce document utilisé par les missionnaires de l'époque.

 

On y voit la liste des 7 mueang du nord avec le nombre de villes qui dépend de chaque (Ici entre parenthèses) : Phitsalunok (10), Sawankhalok (5), Sukhotai (7), Kampheang Phet (9), Nakhon Ratchasima (Korat) (5), Petchabun (2), Pichai (7) et des 5 principaux mueang du sud : Phatthalung (8), Nakhon Si Thammarat ( Ligor) (20), Chaya (2), Tenasserim (12 dont Mergui), au sud-est Chantabun (7) (de Ban Lamung à Trat). Les instructions intègrent la principauté de Pattani tributaire (8) et le royaume de Johore. Entre le nord et le sud, s'étendent au centre les 34 villes du domaine royal, toutes placées selon le rang modeste de 4e classe, en sachant que certaines sont plus prestigieuses que d'autres. (Il faut noter que cette énumération est a-historique et donc ne dit rien des conflits et des révoltes contre Ayutthaya

 

Les gouverneurs des mueang sont soumis aux mêmes obligations. On peut citer : Doivent  deux fois par an aller à la capitale pour rendre compte auprès de leurs administrations centrale, de leur ministre de tutelle  et du ministre du Palais, entre autres, de l' état des habitants et de leur statut avec la liste des hommes valides pour la guerre; signaler les abandons de  maison et de « patrons » et en donner les raisons; la liste des éléphants avec leur signalement. (A. Forest ne dit rien sur les finances!) Bien entendu, les gouverneurs doivent assurer la paix, l'ordre et la justice; veiller à la régularité des passeports, demandés à chaque douane, signaler les rassemblements et leur cause. Un fonctionnaire nommé par le Palais contrôle l'action du gouverneur. Il y a peu de dénonciations de la corruption des juges et des fonctionnaires, du simple fait que la justice coûte cher, qu'elle est tatillonne, que toute plainte jugée infondée est sanctionnée, et que le plus souvent le plus offrant l'emporte. Aussi préfère-t-on régler les conflits à l'amiable. Mais note A. Forest, la situation des gouverneurs n'est pas aisée, car ils subissent des plaintes et des dénonciations adressées à la Cour, par des fonctionnaires qui désirent rejoindre la capitale où les carrières sont plus assurées. D'ailleurs la place de gouverneur n'est pas enviée par tous si l'on en juge par un édit royal de 1727 qui stipule qu’ils doivent avoir une autorisation royale pour se rendre à la capitale. Surtout au sud où la situation politique est souvent troublée. Certains phra khlang ont vu leurs intérêts à nommer des gouverneurs étrangers. A l'inverse, A. Forest donne des exemples dans lesquels des gouverneurs sont sévèrement punis par des phra khlang qui viennent sur place régler le problème sérieux. Si une affaire est jugée importante, elle peut être réglée par le roi lui-même. A. Forest donne l'exemple de brigands voleurs qui dans la nuit du 1er mars 1699 entrent au séminaire d'Ayutthaya, provoquent des bagarres et tuent le vieux cuisinier et un jeune garçon. Une procédure est rapidement engagée : le lendemain des officiers de police dépendant du yomrat viennent enquêter; Le soir même, le procès-verbal des fonctionnaires est présenté au roi Petracha; Le 3 mars l'enquête prend de l'ampleur, avec la venue de mandarins du Palais et du prince Surasak qui s'informent, interrogent, inspectent, notent, envoient des ordres à toutes les douanes. Un édit royal est publié promettant « 25 écus » de récompense à tous ceux qui découvriront les voleurs, une perquisition de tous les quartiers est faite. Le 3 mars au soir, les enquêteurs envoient un récit au roi. L'enquête dure 9 jours, pendant laquelle on continue les perquisitions, on interroge tous les suspects et finalement on arrête les coupables, des gens de Ligor, des Malais, des esclaves et leurs “maîtres” condamnés, selon les lois, à une amende de 160 écus en dédommagement des blessures et des morts. On peut deviner que cela ne se passe pas toujours ainsi, surtout que les contrôles de l'administration sont suivis de sanctions expéditives.

 

Toutefois, les gouverneurs qui reçoivent des instructions de la capitale doivent s'assurer, qu’elles soient légales, dans le respect des coutumes, lois et décrets. S'ils ont des doutes, ils les expriment et renvoient le porteur du document. L'exigence de vigilance et d'exactitude se traduit également par un lourd et formel système de transmission des ordres : ordre du roi, chambellan, département des pages, « gardien de la porte », département de la garde, département des scribes, chacun les recopiant, puis les archives. Les scribes par ailleurs notent tout ce que fait et décide le roi, et ces documents sont conservés aux archives. Chacun devant se conformer à la procédure, dans le respect des appellations et des titres sous peine de sanctions lourdes et parfois disproportionnées. Un système qui n'encourage aucune initiative personnelle, et qui ne manque pas de blocages et de faiblesses, d'où le titre du sous-chapitre suivant :

 

 

 

II- DE L'ABSOLUTISME ET DE LA FAIBLESSE DU ROI. (pp. 149-158)

 

 

1- Représentation du souverain: un pouvoir limité.

 

 

Les récits des occidentaux de l'époque ont surtout remarqué le pouvoir absolu du roi, qui peut nommer, rétrograder, destituer tous les hauts personnages et les officiers du royaume à son gré. La Loubère note que le roi peut même faire bastonner ses ministres sous le moindre prétexte. Quel que soit le rang, on peut non seulement être bastonné, mais mis à la cangue, mutilé, exécuté. Mais de façon paradoxale, une fois la sanction donnée, la faute est effacée, et le souverain peut redonner au fautif des charges importantes.

 

 

 

 

Le roi d'Ayutthaya est « le maître des existences ». Tout est fait pour  rappeler sa puissance à ses sujets: des rites, une étiquette, des gestes, un langage particulier, des interdits. Le roi, dans le faste,  est toujours en position élevée, ses sujets sont quasi allongés devant lui et ne peuvent croiser son regard. 

 

 

 

 

Mais A. Forest estime que l'assimilation du roi à un dieu n'est qu'une projection occidentale, même si lors du sacre sa représentation en « souverain universel » joue un rôle pour sa légitimité. (Cf. (6) nos articles sur les légitimations du pouvoir du roi Naraï.) Par contre, beaucoup sont convaincus que le roi est roi en vertu de son kamma (ou karma), des mérites acquis dans les vies antérieures, et qu'il est appelé à devenir un futur bouddha. Le populaire cycle des 550  vies antérieures de bouddha, les jataka, donnent d'ailleurs espoir à tous. Ces mêmes jataka imposent aussi un modèle de conduite des rois.

 

 

 

 

Toutefois ensuite, de façon un peu contradictoire, A. Forest nous dit qu'il s'apparente aux dieux et en premier lieu à l'Indra bouddhique, juge suprême et impartial, celui qui doit incarner la cohésion, établir la justice, garantir  la paix, le calme et la prospérité, etc. (comme le rappelle la stèle de Rama Kamheng de 1292, précise-t-il en note). Mais l'incarnation est une chose, les rapports que le roi entretient avec le clergé, la sangha, en est une autre.  (Cf. Les purges de moines,  in H 43. Les souverains bouddhiques.)

 

 

 

 

Les rois bénéficient aussi des mythes, contes, légendes, récits populaires oraux  qui racontent les extraordinaires aventures, les exploits des princes, l'usage de pouvoirs magiques. Mais les actions du roi peuvent faire germer le doute, que son kamma a changé de cours, que d'autres  sont devenus plus “méritants”. Mais on ne doit pas négliger, nous dit A. Forest, que l'histoire des rois d'Ayutthaya du XVIIe et XVIIIe siècle ont montré que certains rois ont mis en œuvre leurs propres desseins. (Aucun exemple n'est donné) Bref, de nombreuses représentations sont liées à la personne du souverain et elles sont souvent malmenées, surtout dans celles qui concernent la succession sur le trône qui, nous l'avons vu, sont souvent sanglantes.

 

2- Un souverain isolé.

 

Toutes les représentations semblent confirmer l'absolutisme, le pouvoir absolu du roi, mais celui-ci s'exerce à travers une organisation, des structures qui en limitent quelque peu la puissance. Ainsi l'appareil rituel, ou la nécessité, comme l'avons dit de passer par des ministres “tuteurs”, le conseil du roi, celui des brahmanes, les hauts dignitaires du clergé bouddhique... Le roi est certes puissant, il peut sanctionner lourdement à chaque instant de façon imprévue, aléatoire. Il est de plus informé par  des espions secrets qu'il interroge séparément.  Mais cette puissance l'isole, car elle  implique pour  les hauts personnages de l'État d'avoir un  profil bas: ne rien voir, ne rien entendre, ne rien dire sont de rigueur. On s'épie, on dénonce mais par la rumeur. Il vaut mieux flatter le souverain, les favoris s'y emploient. On est dans le consensus apparent.

 

 

Mais chaque roi aura une attitude différente dans l'exercice du pouvoir. Narai par exemple va mettre en place deux pôles du pouvoir.  A  Ayutthaya, il l'exerce de façon traditionnelle en faisant sentir sa toute puissance et à Lopburi, il s'entoure de gens à sa convenance, s'intéresse au commerce et s'ouvre aux étrangers tel Phaulkon, qui lui donnent l'impression de vivre comme les grands souverains du monde.

 

 

 

 

Petracha par contre, va opérer un retour sur la tradition, surveillant étroitement sa haute administration, “l'épurant” même sérieusement en 1699-1700, puis impulsant une nouvelle ferveur bouddhique en  reprenant en main  le clergé. Son fils Sorasak poursuivra cette politique. Le pouvoir absolu s'exerce donc selon la personnalité du roi, le contexte politique, et les contraintes de l'appareil d'Etat, et dans les limites de ce qu'il sait (On ne lui dit pas tout), et du respect de ses ordres par son administration et des autorités provinciales.

 

 

III. DE LA TROUPE À LA CLIENTÈLE. (pp. 159-163)

 

 

 Une organisation de la société hiérarchisée, mais dont l'organisation de base, bien que variable selon les moments et les lieux, est fondée sur le système de patronat, à savoir que «  Tous les Siamois et assimilés  -  Pégouans, Laos et Khmers- s'ils sont « libres » sont organisés en krom, en troupes, et placés sous l'autorité de nai, les patrons. » Ceux-ci sont placés sous la juridiction de fonctionnaires locaux, les nai amphoe, relevant du gouverneur. On attend  de celui-ci avant tout un rôle de surveillance et de comptage des habitants. Il doit donc tenir la liste des habitants, celle des krom sous la direction  des nai.

 

 

Le nai est en effet la dernière courroie de transmission de l'administration. Il  procède au recrutement pour la guerre et les corvées (6 mois par an), et est chargée de la levée des taxes et des impôts, organise les gardes de nuit, met en œuvre les mesures de protection contre le brigandage, surveille les allées et venues, etc. Il est responsable de ses « clients » devant l'administration. Il peut donc être condamné au même titre que les fautifs. On comprend que dans ces conditions, il veillera à ce que les conflits se règlent à l'amiable. Une organisation similaire se retrouve pour les quartiers étrangers.

Par contre les moines et les « engagés » (Ceux qui se mettent au service d'un maître et qui peuvent retrouver la liberté s'ils remboursent leur dette) échappent à cette organisation, ainsi que les esclaves.

 

 

Les informations données par A. Forest sur les esclaves sont assez sommaires. Il nous dit qu'ils sont  en grand nombre sans donner une idée de ce nombre. Il distingue les Siamois punis des esclaves qui proviennent surtout des guerres et  sont attribués aux domaines royaux, aux princes, aux grands fonctionnaires, aux monastères, ou regroupés en communautés ethniques. On apprend qu'il existe aussi des esclaves achetés sur les marchés étrangers, notamment en Inde, dit-il. Ils alimentent surtout la domesticité des palais  (Importance du trafic ?).

 

 

 

 (Si vous voulez en savoir plus sur l'esclavage nous ne pouvons que vous inviter à lire l'article de   Suthavadee Nunbhakdi,  « Etude sur le système de sakdina  en Thaïlande » (pp. 460- 481). qui nous indique que pour comprendre l’esclavage au Siam, il est  nécessaire d’étudier le système de sakdina; et celle d'Andrew Turton « Thai institutions of slavery », in le livre « Formes extrêmes de dépendance, Contributions à l’étude de l’esclavage en Asie du Sud-est »,  sous la direction de Georges Condominas, dont nous avons rendu compte dans nos articles 110 et 111.) (2)

 

 

 

 

Toutefois A. Forest consacre 22 lignes au sakdina. Il indique le grade et le degré de puissance. Il s'exprime en nombre de rai (1600 m2 env.) revenant au titulaire de telle ou telle fonction, mais surtout ce qui compte, ce qui donne prestige et pouvoir,  est le nombre d'hommes nécessaire pour cultiver la superficie attribuée. La puissance se mesurant en nombre de clients et d'esclaves. Mais A. Forest ne donne aucun chiffre et se demande même s'il y avait sur ce point des règles précises. Il ne donne comme exemple de la hiérarchie que celle des ministres “tuteurs” qui avaient un sakdina de 10 000 rai et ceux qui avaient un sakdina de 400 rai, ligne de partage avec les gens du commun.

 

Suthavadee Nunbhakdi nous apprend que « le système est complexe car il s’applique selon une grille hiérarchique, distinguant les titres, les grades, et cinq classes sociales (ou catégories); les Princes, les fonctionnaires civils, les militaires, les moines et les ascètes et le peuple connu sous le nom de phrat. Chaque classe ayant son propre système hiérarchique ». On peut observer 9 grades pour les Princes, 8 pour les fonctionnaires civils, 7 pour les militaires, 10 pour les moines, et 5 pour le peuple (phrat), la dernière étant celle des mendiants et des esclaves (les that), qui eux-mêmes se distinguent aussi en 7 statuts différents. Cf. Notre article 110) (2))

 

 

Mais ce qui est important pour A. Forest est de mettre en évidence la relation clients/patrons, avec ses réseaux qui doublent l'organisation administrative du royaume. Chacun, à sa place, selon les circonstances,  cherchent des protections. Il cite la grande épuration des fonctionnaires opérée par le roi Petracha en 1699-1700, pour reprendre le pouvoir sur ses subordonnées et aussi pour casser des réseaux qui étaient devenus trop puissants. Sous le règne suivant on observera des groupes recherchant la protection de grands princes et du phra khlang, tant il est nécessaire d'avoir des relations personnelles avec des puissants, qui reposent sur des obligations réciproques,  pour se ”protéger” de l'administration. On peut dire que « tout le système siamois tend à s'organiser en un vaste réseau de réseaux de relations personnelles se conciliant plus ou moins bien avec l'administration ».  Une administration qui contraint l'individu à se soumettre à son patron.

 

 

A. Forest nous avait prévenus. Au vu des sources disponibles, il est difficile d'appréhender  le fonctionnement “réel” des principales institutions du Siam  aux XVII-XVIII siècles. Les représentations, les variations, les contradictions sont multiples selon les auteurs, aussi -modestement- nous a-t-il présenté quelques traits essentiels. Qu'il en soit remercié.

 

 

Notes et références.

 

 

(1) Alain Forest, « Les missionnaires français au Tonkin et au Siam. XVIIe- XVIIIe siècles, Analyse comparée d’un relatif succès et d’un total échec », préface de Georges Condominas, Livre I, Histoires du Siam, Livre II, Histoires du Tonkin, et  Livre III, Organiser une Église Convertir les infidèles »,  L’ Harmattan, 1998.

Annexe 1 du Livre 1-  Aperçu sur les relations franco-siamoises au temps de Phra Narai. (pp. 325-428)

 

Les « Chroniques royales d’Ayutthaya » ne s’arrêtent jamais sur les conditions de vie des Siamois, encore moins sur celles des esclaves, qui furent présents dès la fondation du 1er royaume thaï de Sukhothai en 1238 jusqu’au règne du roi Chulalongkorn (Rama V, 1868-1910). Son étude est complexe car elle nécessite d’en connaître les aspects historiques, politiques, juridiques, économiques, sociales et même idéologiques. Le livre « Formes extrêmes de dépendance », Contributions à l’étude de l’esclavage en Asie du Sud-est »*, sous la direction de Georges Condominas, ((Editions de l’Ecole des Hautes Etudes en Science sociales, (EHESS), Paris 1998.) propose en 20 articles, d’en cerner toutes les composantes, dont deux études écrites par Andrew Turton et Suthavadee Nunbhakdi consacrées spécifiquement au Siam**.

 

Nous vous avons présenté ces deux études. Cf. (2) et (3)

 

(2) Notre lecture de l'article de  Suthavadee Nunbhakdi, Etude sur le système de sakdina en Thaïlande, pp. 459-482.

110. La place du  peuple et des esclaves au Siam.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-110-la-place-du-peuple-et-des-esclaves-au-siam-121390588.html

L’étude de Suthavadee Nunbhakdi indique que pour comprendre l’esclavage au Siam, il est nécessaire d’étudier le système de sakdina,

 

(3) Notre lecture de l'article d'Andrew Turton, Thai institutions of slavery, pp. 411-458.

111. L’esclavage au Siam.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-111-l-esclavage-au-siam-121488465.html

 

A. Turton reconnait au début sa dette au travail monumental de Lingat, qui a recensé entre autres, toutes les lois ayant trait à l’esclavage de 1805 (« L’esclavage privé dans le vieux droit siamois », publié en 1931), qu’il considère comme la source étrangère la plus importante. Mais Lingat dit-il, a surtout considéré les esclaves achetés, en omettant les esclaves acquis par le commerce, la capture, la donation, la naissance, la décision judiciaire. Turton ensuite signale que de nombreux auteurs travaillant sur le XIXe siècle ne considèrent pas comme esclaves ceux que l’on classe dans la catégorie des esclaves pour dette. Cette nécessaire distinction implique  d’examiner l’esclavage, non pas seulement en terme de légalité et de politique, mais davantage en terme économique, social et idéologique … et historique, pourrait-on rajouter.

 

Cf. Encore :141. « L'esclavage est aboli définitivement au Siam en 1905 ».

http://www.alainbernardenthailande.com/article-141-l-esclavage-est-aboli-definitivement-au-siam-en-1905-123721727.html

142. « La suppression de la corvée royale au Siam ».

http://www.alainbernardenthailande.com/article-142-la-suppression-de-la-corvee-royale-au-siam-123823027.html

 

Ou encore :

 H 23- L’ESCLAVAGE AU SIAM AU XIXe SIÈCLE JUSQU’À  SON  ABOLITION EN 1905.

http://www.alainbernardenthailande.com/2018/09/h-23-l-esclavage-au-siam-au-xixe-siecle-jusqu-a-son-aboliton-en-1905.htmlH

SECONDE PARTIE

24- L’ESCLAVAGE AU SIAM AU XIXe SIÈCLE JUSQU’À  SON  ABOLITION  EN 1905.

http://www.alainbernardenthailande.com/2018/09/h-24-l-esclavage-au-siam-au-xixe-siecle-jusqu-a-son-abolition-en-1905.html

 

 A 324. NOTES DE LECTURE DE L' « ESSAI SUR L'ÉVOLUTION DES SYSTÈMES POLITIQUES THAIS », DE GEORGES CONDOMINAS.

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/07/a-324.notes-de-lecture-de-l-essai-sur-l-evolution-des-systemes-politiques-thais-de-georges-condominas.html

In chapitre 3 du livre « L'Espace social. À propos de l'Asie du Sud-Est », (pp. 259-316)

 (Les Indes savantes, 2006.)

 

Et pour les XXe et XXI  siècles : A 298. « LE SYSTÈME ROYAL »  DU POUVOIR EN THAÏLANDE.

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/02/a-298.le-systeme-royal-du-pouvoir-en-thailande.html

D'après le livre de Marie-Sybille de Vienne, « Thaïlande, une royauté bouddhique aux XXe et XXIe siècles. »  Les Indes Savantes, 2008.

 

(4) Cf. 55. Ayutthaya en guerre pour deux éléphants blancs.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-55-ayutthaya-en-guerre-pour-deux-elephants-blancs-1568-112218606.html

 

Article dans lequel, nous proposons une interprétation  pour comprendre ce que pouvait représenter (et représente encore) un éléphant blanc.

 

(5) Sur le  mueang, maintes fois rappelé, voir :

http://www.alainbernardenthailande.com/article-15-notre-histoire-de-la-thailande-le-muang-99007801.html

Un concept essentiel pour comprendre l’Histoire de la Thaïlande. Nous avions alors tenté une définition : « Un mueang est un système pyramidal politico-religieux hiérarchisé, de type féodal et esclavagiste, exerçant son pouvoir sur tous les sous-systèmes connus définissant la représentation de l’espace des Tai, à savoir : le cosmos, la Nature, le Royaume (et/ou l’Etat), région, le district, le village … sans oublier les « marges », et les  nouveaux « territoires et peuples conquis » sur lesquels s’exercera une « intégration » ou un rapport de vassalité … »

La conquête du « Siam » par les mueang.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-16-notre-histoire-la-conquete-du-siam-par-les-muang-99006690.html

 

(6) 92. Le processus de légitimation du pouvoir du roi Naraï, in « Les Chroniques royales d’Ayutthaya ».

http://www.alainbernardenthailande.com/article-92-le-processus-de-legitimation-du-pouvoir-du-roi-narai-in-les-chroniques-royales-d-ayutthaya-119264251.html

93. Les légitimations du pouvoir du roi Naraï, in « Les chroniques royales d’Ayutthaya ».

http://www.alainbernardenthailande.com/article-93-les-legitimations-du-pouvoir-du-roi-narai-119264382.html

L. Gabaude, in  « 1.3. Les légitimations secondaires : stupa, images et ordination royale », in  « Revue d’études comparatives Est-Ouest », Vol. 32, n°1 (mars 2001), pp.141-173) nous apprend que :

« La légitimation bouddhiste des dirigeants politiques d’Asie du Sud-Est ne passait pas simplement par l’acceptation du fait accompli expliqué par la commune loi du karma et par des traités plus ou moins savants relayés par la prédication populaire. Elle était de surcroît visualisée, matérialisée, cristallisée par » ; et il évoque : la « grande relique », le grand stupa ou maha-dhatu, les statues de Bouddha que l’on fait sculpter et que l’on  pare d’habits royaux, ou que l’on va « prendre » chez l’ennemi, pour ses pouvoirs. Une liste non limitative, dit-il, car  toute action royale participe d’un tel processus de légitimation et de citer : « découverte d’une trace de pied de Bouddha, d’un éléphant blanc, copie ou impression du Canon bouddhique, œuvres de bienfaisance, paix – mais aussi guerre victorieuse -, tout peut concourir à la grandeur d’un prince ».

 

 

 

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