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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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23 septembre 2019 1 23 /09 /septembre /2019 22:06

 

 

En feuilletant par pure nostalgie un ancien catalogue de « Manufrance », l’un de nous a eu la surprise d’y découvrir avec émotion une trace de l’implantation de cette société à Bangkok. Sans conter l’histoire de ce fleuron de l’arquebuserie française, on pouvait s'interroger sur cette présence depuis Saint -Étienne jusqu’à l’autre bout du monde.

 

 

 

LA FONDATION ET LA CHUTE

 

 

Le 10 novembre 1887, Étienne Mimard  ...

 

 

 

 

....   et Pierre Blanchon qui avaient déposé le 27 octobre 1887 plusieurs brevets concernant le fusil Idéal, achètent la « Manufacture Française d’Armes et de Tir » à un certain Martinier-Collin pour 50.000 pièces-or. Deux ans auparavant, en 1885, ils avaient créé le mensuel « Le Chasseur français »,  un périodique sur le monde rural.

 

 

En 1892, ils ouvrent leur premier magasin de vente à Paris au 42 rue du Louvre. Peu de temps après le développement de la bicyclette, l'entreprise lance sa marque sous le nom d'Hirondelle et devient en 1901 Manufacture française d'armes et de cycles de Saint-Étienne.

 

 

Elle sera la première entreprise française de vente par correspondance sur catalogue. Des années de gloire vont suivre, en particulier avec la multiplication de la création d’armes nouvelles, l'attribution du marché pour la construction du revolver réglementaire de 8mm pour nos officiers et encore de cycles d’avant-garde pour l’époque. En 1900, elle a déjà ouvert 80 succursales dans nos colonies, 367 agences ou points de vente à l’étranger, bientôt au Siam et de nombreux points de vente en France (1),

 

 

Survient la crise du début des années 30 qui rendit les affaires difficiles. L’un des fondateurs transfère la moitié des actions à la ville de Saint-Étienne après des grèves sauvages en 1937 alors qu’il voulait les transférer à ses ouvriers. La guerre de 1939 a un lourd impact, les dirigeants refusent de collaborer et sont privés de matières premières. Le durcissement de la législation sur les armes par Daladier en 1939 lui avait déjà causé un choc.

 

 

 

Elle atteint toutefois son apogée en 1970. A cette date elle fabrique plus de 70 % des armes de chasse françaises. Elle dispose de 125.000 m2 d'usines à Saint-Étienne et expédie chaque année 20.000 tonnes de marchandises en France et dans le monde entier. 48 puis 64 magasins sont répartis dans toute la France. 1.500.000 foyers reçoivent le catalogue. Le Chasseur Français est vendu à plus de 815.000 exemplaires. Manufrance a une dimension internationale produisant plus de 80.000 fusils par an, avec plus de 4.000 salariés. De lourdes difficultés la conduisent toutefois à la liquidation judiciaire en 1979. La municipalité communiste de Saint-Étienne a hérité d’un cadeau devenu empoisonné et ne réussit pas à créer une Coopérative ouvrière. Si elle a bénéficié de reprises partielles, elle n’est plus qu’une modeste PME de Province. Elle a au moins échappé à la cupidité de Bernard Tapie mais disparut par la totale incurie de deux ministres de l’époque, Barre et Durafour dans le seul but de mettre en difficulté le Maire de la Commune qui avait TOUT fait pour sauver 4.000 emplois.

 

 

 

Tout Saint-Étienne se souvient probablement encore du mot inopportun de Raymond Barre « Manufrance, c’est fini ».

 

 

LE MYTHIQUE CATALOGUE

 

 

 

Dans notre France rurale et au moins jusque dans les années 50, il était le livre de chevet dans nos campagnes, le seul de la maison et la seule littérature, tiré à 700.000 exemplaires. Comme le fait Fernandel devenu Jules, modeste berger des collines des Basses-Alpes, on le feuilletait le soir devant la cheminée.

 

 

 

 

Certaines familles se regroupaient pour s’abonner collectivement au Chasseur Français. Il faisait évidemment rêver car beaucoup de choses était hors de portée des paysans mais leur donnait souvent des idées pour fabriquer les choses soit même. Plus modestement et après avoir rêvé devant des chefs d’œuvre d’armurerie, les agriculteurs, les vignerons, apiculteurs, chasseurs, campeurs, pécheurs, jardiniers, couturières, coiffeurs, trouvaient tout le matériel nécessaire à leurs besoins. Les achats se faisaient soit sur commande, soit en se présentant au moins de vente le plus proche pour y trouver ce qui était en stock et commander ce qui ne l’était pas.

 

 

 

LA VENUE DE MANUFRANCE AU SIAM

 

 

Nous sources sont malheureusement restreintes, provenant essentiellement des catalogues actuellement numérisés par la Bibliothèque nationale (2). Le premier point de vente se situe en 1901 à Bangkok. En 1909, il se crée un autre à Korat jusqu’en 1914, avec temporairement un point de vente à Lakhon en 1911. Vient la guerre, les concessionnaires sont probablement partis au front. Un  point de vente revient en 1922 à Bangkok jusqu’en 1925 avec une création temporaire à Ubon en 1924. Nous n’en savons malheureusement pas plus. Ce fut probablement les vente de ses armes qui constituèrent le gros du chiffre d’affaire de Manufrance au Siam. On peut penser que le chapitre des vêtements coloniaux était marginal !

 

 

 

 

La première législation siamoise sur les armes résulte d’une loi tardive dite RS 131 du 15 juillet 1913, certes contraignante mais applicable seulement à Bangkok. L’importation est soumise à autorisation et la détention accordée sans difficultés aux personnes honorables sans restrictions à l’égard des étrangers soit pour le sport, c’est-à-dire la chasse soit pour assurer leur défense. Elle resta sauf erreur en vigueur jusqu’en 1947

 

 

 

Les armes de chasse.

 

 

Voici donc bien évidemment une double raison de la présence de Manufrance au Siam. Le sport, c’est évidemment la chasse. Nous avons rencontré Camille Notton, le très érudit vice-consul de Chiangmaï qui occupait ses loisirs à chasser le lièvre et la bécasse,  chasse difficile qui nécessite une arme parfaite (3). Manufrance tient sur le marché des armes de chasse une position exceptionnelle avec ses armes « Hammerless » (sans chiens extérieurs). A partir de 450 francs en 1925 pour son Robust « Hammerless » le moins onéreux et à partir de 1.000 pour le fameux Idéal, jusqu’à 6.000 pour le plus luxueusement décoré et damasquiné ce qui n’a jamais aidé personne à plomber une grive.

 

 

 

 

Si l’on en  croit les statistiques de l’INSEE, un franc de cette époque  (1925) correspond à 0,873 euros 2018, faites donc le compte. Manufrance n’était pas à cette époque la seule entreprise européenne à fabriquer des fusils hammerless, loin de là, les Anglais étaient aussi réputés mais le premier créateur du fusil sans chiens « Hammerless » Anson et Deeley avait des difficultés avec la sécurité et leur pérennité. Le fin du fin était la possession d’un célèbre Purdey  qui atteint, comme l’Idéal  la perfection, mais elle se paye au prix exorbitant d’une signature, elle est l’arme des têtes couronnées et de l‘élite de la chambre des Lords. (On roule aussi bien en Mercédès qu’en Rolls et l’on joue aussi bien du piano sur un Yamaha  que sur un Steinway !)  En outre Manufrance avait coiffé les Anglais au poteau sur un certain nombre de perfectionnements. Nos compatriotes étaient donc en excellent position au Siam pour les armes de chasse du petit et du moyen gibier. Pour la chasse au gros gibier et aux grands fauves, elle avait aussi créé une carabine Rival tirant des munitions de gros calibre, comme celle du fusil militaire Lebel  susceptible d’arrêter la charge d’un éléphant, le tout pour 630 francs.

 

 

 

Les armes de défense

 

 

Pour la défense, Manufrance diffusait un certain nombre d’armes de poing. Si son pistolet à répétition automatique Le Français, créé en 1913 ne passa pas le cap de l’homologation pour être l’arme réglementaire de nos officiers, le calibre étant jugé insuffisant (6,35 mm) son modèle dit Policeman fut en tous cas choisi pour ses remarquables qualités et sa fiabilité qui firent l’objet de nombreux brevets, par l’Office national des forêts pour équiper les gardes forestiers et les gardes fédéraux et par de nombreuses municipalités à destination des gardes champêtres pour un prix variant de 120 francs à 265.

 

 

 

Le fleuron de la production d’armes de poing reste le revolver  « 8 réglementaire » (« 8 réglo » pour les amateurs) arme réglementaire des officiers de l’armée française depuis 1892 jusqu’en 1935, d’autant plus séduisante que son prix catalogue n’était que de 220 francs de l’époque ! Elle  commercialise également une version civile de cette belle arme sous le nom de « revolver le municipal » qui n’en diffère que par les marques gravées et le prix qui n’est de de 150 francs !

 

 

 

Arme de poing favorite des révolutionnaires indochinois, il est possible qu’un grand nombre soient passé par le Siam puisqu’il leur était difficile d’en fait l’emplette dans les points de vente Manufrance du Laos ou de l’Indochine. On la retrouvera tout au long de la première guerre du Vietnam et encore de celle des Américains !

 

Extrait de "Voyage au bout de l'enfer"

 

 

Dans son bel ouvrage, le bollénois spécialiste incontesté, Raymond Carenta, signale la présence de contrefaçons (ou reproductions ?) de fabrication « locale » sans autres précisions.  Contrefaçons siamoises ou Viets ?  Connaissant l’incontestable talent des Thaïs pour la reproduction, la question doit être posée. Il se pose encore une dernière question, in cauda venenum, sur la présence à Ubon d’une agence de Manufrance pour la seule année de 1924. A cette date il est une coïncidence au moins troublante : le docteur Raymond Vergès, le père de l’avocat Jacques et du politicien Paul, était à la fois médecin à Savannakhet au Laos et vice-consul de France à Ubon. Nous savons qu’il a très probablement falsifié – comme vice-consul - les actes de naissance de ses deux garçons au détriment de son épouse légitime et au profit de sa maîtresse en exercice (5). Il fut un militant communiste et anti colonialiste de la première heure. A-t-il profité de ses qualités consulaires pour faire franchir le Mékong à quelques caisses de ce bijou de l’armurerie française ?

 

 

 

Bien que nos informations sont évidemment parcellaires,  on peut s'interroger sur  l’importance  réelle de la présence de Manufrance au Siam ? La réponse dort encore dans les Archives de la Loire qui ont récupéré 150 mètres cubes d’archives représentant 2 kilomètres linéaires de cartons. Le tout est en cours d’investigations, de classement et plus tard de numérisation. (Mais pour quand ?) Dans l’immédiat, elle est responsable d’une analyse très complète « Manufrance, histoire et archives » qui insiste sur l’importance des exportations de la société stéphanoise dans le monde et les colonies.  Mais que nous apprendra-t-elle sur son implantation au Siam ? (6).

 

 

 

NOTES

 

(1)  à  Paris, un très grand magasin 42 rue du Louvre,  à Aix-en-Provence, Avignon, Bordeaux, Cannes, Clermont-Ferrand, Dijon, Grenoble, Lille, Lyon, Marseille, Nancy, Nantes, Nice, Rouen, Saint-Étienne, Toulon, Toulouse, Tours, Troyes, Valence pour ne citer que les plus importants.

 

 

 

 

(2)  26 seulement sont numérisés entre 1890 et 1925.

 

(3) Voir notre article A 249  « LA VIE DE CAMILLE NOTTON, L’ÉRUDIT CONSUL DE FRANCE AU SIAM IL Y A 100 ANS …VUE DE L’AUTRE CÔTÉ DU MIROIR »

http://www.alainbernardenthailande.com/2018/01/a-249-la-vie-de-camille-notton-l-erudit-consul-de-france-au-siam-il-y-a-100-ans-vue-de-l-autre-cote-du-miroir.html

 

(4)  Raymond Caranta et  Yves Cadiou « Le guide du collectionneur d’armes de poing », 1971.

 

 

 

(5) Voir notre article A126 « Jacques Vergés et l’état civil siamois ? » :

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a126-jacques-verges-et-l-etat-civil-siamois-119724616.html

 

(6) https://www.loire.fr/jcms/c_819765/manufrance-nous-devoile-ses-archives

 

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