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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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25 novembre 2019 1 25 /11 /novembre /2019 22:05
A 338 -  LUCIEN DE REINACH, UN ADMINISTRATEUR COLONIAL IDÉALISTE(1864-1909)

Ce personnage est atypique parmi nos « coloniaux ». Les vicissitudes de son existence familiale le firent arriver par hasard au Laos devenu français depuis peu dans une région qui était encore siamoise quelques années auparavant.  Il  aurait tout aussi bien pu se retrouver à Madagascar ou au Maroc. Tombé très vite comme beaucoup d’autres avant lui et après lui sous le charme de ce pays, il nous livre sans passion partisane et encore moins politique ses réflexions sur l’avenir de cette partie de la France coloniale, non seulement le Laos devenu français mais toute la rive droite que l’on appelait alors le laos siamois - l’Isan d’aujourd’hui – qui aurait également pu devenir française en 1893 si l’Angleterre n’y avait mis le hola !

 

 

 

Il naquit à Saint-Germain-en-Laye le 30 juin 1864 de Jacques-Joseph Reinach, banquier âgé de 24 ans

 

 

 

...qui, le 12 octobre 1908 obtint un acte rectificatif qui le nomme non plus Jacob mais Jacques Adolphe Joseph de Reinach, et de Fanny Emden, sans profession et âgée de 23 ans. Ces origines seront pour lui – nous le verrons – lourdes à porter. Nous ignorons tout de son enfance et de son cursus scolaire.

 

 

Le 27 novembre 1881, il a 17 ans, il s'engage dans le 10e régiment d'artillerie comme canonnier. Ceci suppose – l'artillerie est une science – qu'il avait quelques connaissances scientifiques.

 

 

 

Entré à Saint-Cyr en 1884,  il y est élève-officier  le 28 octobre 1885, sous-lieutenant-élève  le 1er octobre 1887. Par un  singulier hasard, sa promotion est la promotion « Annam », celle du futur  Général Weygan Il suit les cours de l’école d’application de cavalerie, et devient sous-lieutenant le 12 septembre 1888 et est affecté au 19e régiment de chasseurs à cheval, puis sous-lieutenant au 2e régiment de hussards le 22 mars 1889, régiment prestigieux s'il en est, et est lieutenant au même régiment le 1er juillet 1881. Il échouera toutefois en 1893 au concours d’entrée à l’école de guerre de quelques points.

 

 

 

 

Les officiers des régiments de cavalerie se considèrent alors à juste titre comme l'élite de notre armée. C'est le corps que choisissent en priorité les élèves de Saint Cyr sortis dans les premiers rangs, plutôt que de croupir comme sapeur dans le Génie. Faute d'autres précisions, il est permis de penser que ses études y furent brillantes. Le 23 mars 1893, toujours appartenant au même régiment puis ensuite au 5e régiment de hussards, celui tout aussi prestigieux des hussards de Lauzun, il est mis à disposition du gouvernement général de l’Indochine.

 

 

Ainsi commence son aventure coloniale qui se terminera en 1899 après qu'il se soit embarqué pour le Tonkin le 27 avril de la même année. Il devient Capitaine (chef d'escadron) le 12 juillet 1901 après 30 ans de service, et est mis en activité hors cadre, il fut dès son retour en France mis à la disposition du Ministère des colonies et démissionna le 27 novembre 1908. Il mourut à Compiègne le 9 septembre 1909 à 45 ans.

 

 

 

 

Ce bref rappel de son cursus appelle les observations suivantes :

 

Dans la préface à l'édition de 1911 de son ouvrage sur le Laos, Paul Doumer écrit : « Ce jeune officier de cavalerie avait quitté la vie brillante et facile, les plaisirs de la métropole, pour aller, simplement et vaillamment, au plus loin possible, servir son pays encore » (1)

 

Cette vision angélique se heurte à une réalité plus triste même si sa passion coloniale a incontestablement suivi mais non précédé son départ pour l'Indochine française qui s’apparentait à une fuite.

 

Il est tout d'abord issu d'une famille de juifs allemands et son père, établi en France en 1850, fut naturalisé en 1871, changeant alors son prénom de Jacob en celui de Jaques après s'être affublé d'une titre de baron et d'une particule de pure fantaisie ce qui dut faire sourire les salons du Faubourg-Saint-Germain (2).

 

 

 

Quelle importance, direz-vous ? Il faut se replacer dans le contexte de l'époque qui baigne dans un antisémitisme non pas larvé mais officiel.

 

 

En 1886, le livre de Drumont  « La France juive » connait un succès retentissant.

 

 

 


 

 La Presse est par ailleurs libres depuis 1881. La presse antisémite, « la Libre parole » en particulier fondée en 1892 se déchaine.

 

 

 

Nulle part ce journal n’était plus populaire que dans le corps des officiers de l’armée française, et plus encore dans le  corps des cavaliers au sein duquel on trouvait plus d'authentiques marquis que des israélites français de fraiche date. Un officier israélite dans un régiment de hussards subissait alors des avanies quotidiennes. L'armée française dans son immense majorité fut incontestablement antidreyfusarde lors du déclenchement de l'affaire. Le généralissime Weygand lui-même fut jusqu'à sa mort partisan inconditionnel de la culpabilité de l'officier Dreyfus.

 

 

 

A ces considérations d'ordre général, il faut en rajouter une qui lui fut propre : Son père, mort dans des circonstances douteuses en 1892 fut impliqué jusqu'au cou et plus encore lors du scandale de Panama (2). Ce fut pour lui une catastrophe à laquelle il resta totalement étranger.

 

 

 

Juif et fils d'un incontestable escroc dont parla toute la presse, avait-il d'autres ressources que de se réfugier dans les colonies où ces considérations passionnelles étaient probablement moins pesantes.

 

Relevons enfin qu'il n'atteignit son grade de Capitaine qu'au terme de 30 ans passés sous les drapeaux (à l'âge ou les officiers sont mis à la retraite d'office) alors que tous ses camarades de Saint-Cyr devaient tous peu ou prou se trouver colonels à la tête d'un régiment ou généraux de brigade. Il y a deux sortes de procédures pour gravir les échelons de la hiérarchie militaire, à l'ancienneté et au mérite c'est à dire au choix. Pour la filière de l'ancienneté, il fallait alors à un Saint-Cyrien 12 ans pour devenir Capitaine et 22 pour devenir chef d'escadron (commandant). C'est bien là, la caractéristique d'une carrière sinon brisée du moins bridée, au choix. Son cursus lui aurait valu beaucoup mieux (3).

 

Il ne reçut malgré ses services la légion d'honneur au titre du Ministère des armées que le 10 juillet 1908 au terme de 27 ans de service sous la signature du Général Marie-Georges Picquart, « doublement coupable d’une double innocence : celle de Dreyfus et la sienne »

 

 

 

 

l'antisémitisme forcené n'était alors plus de mise au sein de l’armée. Du moins eut-il le mérité de devoir la décoration à ses seuls mérites alors que celle de son père avait été probablement honteusement achetée (4).

 

 

 

SA CARRIÈRE

 

Embarqué avons-nous dit  le 27 avril pour le Tonkin, il fut désigné en 1894, pour faire partie de la mission que le lieutenant-colonel Albert Bouinais emmenait au Laos, et il en prit le commandement au départ du lieutenant-colonel, tombé malade à Ban Mouang en décembre, et reconnut le pays des Bolovens.

 

 

 

 

Le 27 juillet de l'année  suivante, il est mis à la disposition de M. Boulloche résident supérieur en mission au Laos et demeura à Ban Mouang, dont il reçoit l'administration qu'il conserva jusqu'à sa rentrée en France en 1899. En 1903, il est le 26 mars attaché à l'Office colonial, section de l'Indochine.

 

 

 

 

 « Tant qu'il resta à Ban-Muong, il n'y eut aucune rébellion, aucun trouble dans la région sur laquelle son autorité s’étendait. Il y fut un administrateur intelligent et actif, se dépensant, se prodiguant, tirant d'une population apathique et veule tout ce qu'elle était capable de produire, s’efforçant d'aménager le vaste domaine qui lui était imparti, où la nature offrait à profusion les richesses sans que l’homme sût ou voulût en profiter. Pendant plusieurs années, Lucien de Reinach se consacra tout entier, de façon exclusive, à cette tâche. Il rentra en France, affaibli par le climat tropical, portant en lui, comme tant d'autres, les germes du mal qui devait l’enlever, si jeune encore, aux affections qui l'entouraient, aux sympathies qui allaient à lui pour ce qu’il avait fait d’utile et pour ce qu’il devait  faire encore de bon et peut-être de grand. Ici même, il donne une bonne part de son activité au pays lointain où il avait vécu et qu’il aimait ardemment. Il s’attacha à le connaître complètement dans le passé comme dans le présent, à prévoir et a préparer son avenir. Il voulut le faire connaître à tous, car tous l’ignoraient. De là ses études, ses publications sur le Laos... De là ce livre que précèdent ces lignes si brèves. Je m’excuserais de les avoir écrites si elles n’avaient pour seul objet de payer le tribut de reconnaissance des Français d'Indo-Chine à Lucien de Reinach, de saluer la mémoire d'un modeste, utile et vaillant serviteur de notre patrie »

 


Ainsi fut-il salué en termes un peu emphatiques par Paul Doumer en 1911. Contentons-nous de dire qu'il a laissé au Laos le souvenir d'un administrateur excellent, passionné pour ce pays dont le charme l'avait séduit, et à l'avenir duquel il croyait profondément.

 

 

SES  ÉCRITS

 

Ne nous attardons pas sur une carrière qui concerne le Laos plus que notre Siam même si elle le mit en rapports directs avec le Siam et disons quelques mots de ses écrits :

 

Les lettres d’Indochine

 

 

 

Les premiers de  ces écrits dans le temps, quoique publiées tardivement et post -mortem sont ses « Lettres d'Indochine – 1893 - 1899 », celles qu'il adressait à sa famille, essentiellement sa mère et sa sœur Juliette, sans les destiner à la publication. Il apparaît tour à tour faisant  œuvre de militaire, d'explorateur, de juge, d'ingénieur, voire même de vaccinateur. Il sera en même temps l'observateur des mœurs des indigènes dont il étudie la langue pour les connaître davantage.

 

 

La première est du 12 mai 1893, il est sur le bateau, la dernière du 18 janvier 1899 : Le trajet est mortellement long, 22 mai à Singapour, il atteint Saigon le 5 juin qu’il quitte le même jour pour Haiphong (même lettre) et il est à Don-Son accueilli par le gouverneur général de Lanessan.

 

 

 

 

Nous vous épargnons les péripéties de ce voyage. Nous apprenons qu’il doit participer à la commission de délimitation des frontières entre le Yunnan, le Tonkin, le Siam et les Etats Shans, tâche « difficile, ingrate et longue ». Quittant le Tonkin, il arrive au Laos le 11 novembre 1894 pour participer à la mission Bouinais pour la délimitation frontalière entre le Laos français et le Siam. Il remonte le Mékong jusqu’à Bassac, passe par Strung-Treng avant de rejoindre Khône jusqu’à Ban Muong.  Considérant que le Mékong n’est pas une véritable frontière, il estime alors nécessaire pour les Français d’occuper les îles pour combattre ce qu’il appelle les empiétements siamois. Le Mékong pour lui est une « bien mauvaises frontière » plus un trait d’union entre les deux pays  : Ainsi il est basé à Ban Muong sur la rive gauche alors un  village misérable face à Bassac alors siamois sur la rive droite, ville active et peuplée. Nous y trouvons l’affirmation que beaucoup des habitants devenus français par la vertu du traité de 1893 étaient en réalité beaucoup plus Siamois que Français même s’ils « boivent l’eau du roi de France au lieu de l’eau du roi de Siam ». Il n’y a en réalité aucune considération de haute politique, il dit bien se garder d’en émettre. Ces correspondances dont beaucoup auraient disparu étaient destinées à décrire à sa famille sa vie quotidienne d’administrateur. Le style en est libre et familier, elles ne nous éclairent pas ou peu sur les rapports entre la France et le Siam (6).

 

 

 

Le recueil des traités conclus par la France  en Extrême-Orient – 1684 – 1902 

 

 

 

 

L’ouvrage a été publié en 1902. Il s’agit tout simplement, nous dit-il dans son introduction, de faciliter le travail des chercheurs en classant ces traités à la fois par ordre chronologique et ensuite par ordre alphabétique en s’interdisant « toute critique et tout commentaire ». Cette compilation que nul n’avait effectuée avant lui et nul après d’ailleurs est précieuse car nous y trouvons le texte intégrale de traités qui ne sont pas toujours faciles sinon impossibles à trouver réunis sous un même volume. Nous allons y trouver successivement :

 

Le traité du 3 décembre 1684 passé entre Phaulkon et le général Deslandes,

Le traité du 10 décembre 1685 passé par le chevalier de Chaumont  et Phaulkon,

Les accords du 16 octobre 1687 passés entre La Loubère, Cerberet et le père Tachard au nom de Phaulkon en ce compris l’article secret,

Le traité de commerce du 11 décembre 1687 passé entre La Loubère et Cerberet et le barcalon,

Le traité passé le 1er mars 1689 entre le roi de Siam et le père Tachard, envoyé extraordinaire du roi de Siam et les mêmes,

 

Le texte intégral de ces cinq premiers traités est difficile à trouver, il n’en est pas de même des autres mais il est intéressant de les avoir tout réunis dans un même volume :

 

Le traité de commerce du 15 août 1856 entre la France et le Siam complété par le règlement auquel sera soumis le commerce français,

Le traité du 11 août 1868 plaçant le Cambodge jusque-là tributaire du Siam sous protectorat français et son acte additionnel du même jour, ainsi que les ordonnances subséquentes du roi Norodom,

Le traité du 15 juillet 1867 entre la France et le Siam sur les délimitations frontalières avec le Cambodge consécutif au traité franco cambodgien du  11 août 1863 accompagné de ses longues annexes, et l’acte additionnel du même jour,

Convention franco-siamoise du 7 août 1867 relative au négoce des alcools,

Acte d’accession du Siam du 1er juillet 1881 à l’Union postale universelle,

 

 

 

Accord du 23 mai 1882 entre la France et le Siam sur le commerce et la vente des boissons et ses annexes,

Convention du 15 octobre 1882 entre la France et le Siam pour l’établissement d’une ligne télégraphique entre Battambang et Bangkok,

Convention franco-siamoise du 7 mai 1886 relative au développement du commerce entre l’Annam et Luang-Prabang,

Traité du 3 octobre 1893 entre la France et le Siam et ses nombreuses annexes,

Déclaration de Londres au sujet du Siam du 15 janvier 1896 et ses annexes,

 

« LE LAOS »

 

 

 

 

Il s’agit d’une édition posthume de 1911  publiée sous l’égide de sa sœur Juliette,  complétant une précédente de 1901 à très petit tirage (quelques centaines) à laquelle nous n’avons pas accès (1). La philosophie qui s’en dégage est celle du souhait d’une conquête pacifique de populations qui s'étaient données à une grande nation à laquelle elles demandaient protection après avoir été soumises à la dictature de la bonté. Nous nous y sommes intéressés car le Siam n’est pas étranger à cette étude. La région dont il fut administrateur dévoué était en réalité une région antérieurement incontestablement siamoise, ce qui ne lui échappa pas. L’ouvrage fut bien  accueilli par la critique  (7).

 

 

Il commence par une histoire des rapports franco-siamois relatifs au Laos. Sa vision, ne le critiquons pas, est celle de l’opinion dominante dans le monde colonial qui fait peser sur le Siam la responsabilité des événements ayant conduit au traité de 1893 en faisant en outre allusion à des manouvres souterraines des Anglais. Référence est naturellement faire aux droits historiques de l’Annam sur les provinces du Laos. Nous savons ce que cette conception avait de fuligineux. Toujours dans la ligne du parti colonial, il écrit « Seule l’annexion pure et simple du Siam, outre qu’elle aurait agrandi de beaucoup notre empire colonial, nous aurait permis de faire échec aux Anglais et aux Allemands, nos rivaux en matière commerciale ». Traité de 1893, accords franco-anglais de 1896, traité avorté de 1902, accords de 1904, traité du 263 mars 1907,  l’histoire de nos rapports avec le Siam occupent le premier chapitre de son ouvrage.

 

 

La description géographique du Laos qui suit est précise sans être bien originale, référence est souvent faite à Pavie et Francis Garnier mais du moins a-t-il connu les difficultés de navigation sur le grand fleuve qu’il nous décrit avec force de détails. Son souci majeur est celui de l’état sanitaire des populations qui est à cette époque déplorable, ce qui soit dit en passant concernait les deux rives du fleuve. N’oublions pas que ces missions d’exploration au Laos ne concernaient pas seulement le « Laos français » (la rive gauche), mais aussi « à minima » la bande démilitarisée de 25 kilomètres le lond de la rive droite – aujourd’hui faisant partie de l’Isan – démilitarisaion qui constituait en réalité une annexion pous ou moins déguisée de l’ensemble du cours du Mékong.

 

 

La description des populations qui suit fait évidemment référence à la triste pratique antérieure des Siamois de déporter les populations pour les faire passer sur la rive droite du Mékong : « Heureusement l’occupation française a assuré les populations contre le retour des anciennes invasions; de même l’équité de notre administration permet aux indigènes de compter sur la tranquillité intérieure et sur le produit de leur travail ». Nous découvrons avec amusement une référence à l’origine des populations thaïes du Laos, celle de la courge de Dien-Bien-Phu !

 

 

 

 

L’étude de la langue thaïe qu’il considère comme parlée majoritairement au Laos est précise, il est certain qu’il en avait connaissance  plus que de la langue lao proprement dite qui n’était pas parlée dans son secteur administratif.

 

 

Sa description des races peuplant le pays est précise également,  avec toutefois des considérations singulières : « Ia race Thaïe - Laotiens : Le Laotien est de tous les Thaïs   celui qui s'est conservé le plus pur, avec toutefois une proportion de sang aryen beaucou plus considérable que dans les autres variétés... ». Laissons-lui la responsabilité de l’ « aryanisme » de ces populations !

 

 

Son étude qui suit sur la flore, la faune, la géologie, les ressources économiques, minières et agricoles à développer est solide dans le seul souci de développer le bien-être des populations locales hors toutes considérations de cupidité capitaliste et s’appliquent d’ailleurs tout autant à la rive droite, ce que les Français appelaient alors le « Laos siamois » et nous l’Isan.

 

 

C’est le même souci qui anime son chapitre sur le commerce et celui sur les voies de communication  ou plutôt leur absence. Décrivant les difficultés de circulation sur des chemins de terre notamment en saison des pluies, il lance l’idée originale s’il en est à une époque qui ignore les transports aériens de développer les déplacement par aérostats.

 

Ce triste état du Laos était directement imputable, au moins pour partie, au Siam : « Depuis un siècle surtout, cet infortuné Laos a été la proie de voisins rapaces qui l’ont dépouillé. Il n’est pas étonnant qu’à la suite de ces événements les habitants aient conservé un triste souvenir du passé, qu’ils soient incertains du présent et qu’ils redoutent l’avenir. C’est ainsi qu’ils ont été amenés, par une sorte de fatalisme, à ne produire au-delà de ce qui leur est indispensable ».

 

 

Il se dégage de cet ouvrage une vision idéale et idyllique du « colonisateur » dont le rôle n’est pas ou ne devrait pas être d’extirper les richesses du pays au profit de la métropole dominante et encore moins d’en faire une « colonie d’affaire » ce que fit en réalité la France de l’Indochine. Reinach est de ceux qui prônaient sans arrières pensées la « mission civilisatrice de la France ».

 

 

 

 Cette philosophie se retrouve dans la fondation qui porte son nom.

 

 

LA FONDATION LUCIEN DE REINACH

 

 

Le père richissime à millions de francs n'avait  apparemment pas laissé des héritiers démunis. Sa sœur Juliette-Emilienne de Reinach  fut à l'origine de la création de la fondation qui porte son nom, qui fut reconnue d'utilité publique en 1912 et dont elle fut la première présidente. Disposant d’une somme de 50.000 francs par an (équivalent d’environ 200.000 euros de 2019) elle a pour but de distribue prix et médailles par l’intermédiaire de  l'Académie des sciences morales et politiques pour une œuvre écrite en français sur l’Outre-Mer (8). La première médaille d’or fut attribuée à Auguste Pavie  qui prétendait – comme Reinach  - conquérir les cœurs mais dont les intentions – au moins vues du côté siamois – étaient moins pures que celle de notre capitaine. Elle fut placée sous le patronage de l'Union coloniale française  devenue Comité de l'Empire français puis Comité central de la France d'Outre-mer puis Comité central du rayonnement français.

 

 

 

 

Etait-ce le meilleur des parrains ? Organe du parti colonial, son but plus ou moins officiel étaut de favoriser les affaites commerciales de ses adhérents. Contentons-nous de citer ses trois premiers présidents, leurs fonctions  dans la très haute finance sont significatives  :

Emile Mercet,  banquier et président du Comptoir national d'escompte de Paris.

Jules Charles-Roux, industriel et armateur.

Julien Le Cesne, président de la Compagnie française de l'Afrique occidentale.

Le prix, en dehors de la première médaille d’or décernée à Pavie n’a plus récompensé un  ouvrage concernant ni le Laos, ni le Siam, ni l’Indochine française.

 

 

 

 

Le souci de commercer, de  creuser,  de miner et de charogner n’avait qu’un lointain rapport avec l’image de la mission civilisatrice de la France que donne Reinach.

 

 

Il est comme chacun  sait des bonnes intentions dont l’enfer est pavé.

 

 

 

 

 

La disparition prématurée de Reinach passa pratiquement inaperçue. Il n’eut droit qu’à quelques lignes dans la presse à l’occasion  d’obsèques célébrées dans l’intimité et de son inhumation au Père Lachaise (9).

 

 

 

Ce fut en 1922 seulement que la ville de Hanoï baptisa de son nom une rue de la ville qui a probablement été débaptisée depuis longtemps (10).  

 

 

 

NOTES

 

 

(1) Lucien de Reinach -  Capitaine de Cavalerie  - Ancien Commissaire du Gouvernement au Laos : « LE LAOS » - EDITION POSTHUME, REVUE ET MISE A JOUR PAR P. CHEMIN- DUPONTÈS » - Préface de M. Paul Doumer Ancien Gouverneur général de L’Indo-Chine.  1911. Cet ouvrage complète celui du Capitaine Tournier qui fut son supérieur hiérarchique « Notice sur le Laos français » publié en 1901.

 

 

(2) Né à Francfort le 17 avril 1840 comme « Jacobus Von Reinach » et mort à Paris le 19 novembre 1892, banquier français d'origine juive allemande, il fut impliqué dans de nombreuses et sordides opérations financières majeures avant d'être renversé par les scandales du Panama. Il était le fils de Clémentine Oppenheim (1822-1899) et de son mari, Adolf de Reinach (1814-1879), lui-même consul de Belgique à Francfort, anobli en Italie par Victor-Emmanuel en 1866 puis confirmé comme noble par Guillaume Ier en Allemagne. Inculpé de corruption le 4 novembre 1892, il obtient de rester en liberté contre la promesse de livrer ses livres de comptes, et séjourna  alors sur la Côte d’AzurLes journaux nationalistes et antisémites de l'époque, comme La Libre Parole d'Édouard Drumont et La Cocarde de Maurice BarrèHYPERLINK "https://fr.wikipedia.org/wiki/Maurice_Barrès"s, mènent alors une violente campagne de presse contre lui. Pour Barrès, « le fameux, influent et actif banquier juif, baron Jacques de Reinach, est un produit de la République parlementaire ».

 

 

 

 

Cité à comparaître devant le  Tribunal correctionnel de Paris  le 21 novembre, il revient à Paris le 19, mais il est retrouvé mort dans son hôtel particulier du 20, rue Murillo le matin du  20 novembre 1892 tandis que son  gendre Joseph  (Reinach sans particule) brûlait ses documents. Après autopsie, l’enquête officielle conclut à une congestion cérébrale, mais des articles de presse parlèrent de de suicide ou d'empoisonnement. Ce fut le véritable coup d’envoi du scandale de Panama. La commission d'enquête établit que sur les 9,8 millions de francs que Reinach avait reçus pour soudoyer la presse et les députés, il n'en avait dépensé que 3 pour frais de publicité!

 

 

Tout au long de l’affaire, les membres de la très vieille, très catholique et très noble famille de Reinach-Hirtzbach firent savoir par l’intermédiaire de la presse qu’il n’appartenait pas à leur fratrie.

 

 

(3) Voir l’article « l’Avancement des Officiers » in La Revue de Paris, tome 2, Mars-Avril, 1905 (p. 361-372)

 

 

(4) Il fut fait chevalier de la Légion d’honneur le 20 décembre 1881 au titre du Ministère des finances sous un gouvernement Gambetta au vu de « nombreux écrits » dont il aurait été rédacteur sur les finances, l’économie et l’agriculture et, la dernière référence est suave, « auteur d’un traité de calcul transcendant ». Il était difficile de faire mieux mais nous sommes sous la présidence de Grévy dont le gendre Wilson vendait purement et simplement les médailles. Les seuls écrits dont la bibliothèque nationale garde une trace sont un artice de 30 pages sur la « crise agricole » paru dans le Journal des débats du 14 septembre 1881 et un ouvrage intitulé « la crise économique et financières » publié ... en 1898 par son épouse après sa mort !

 

 

 

(5) « Lettres d’Indochine » publiées après sa mort par sa sœur Juliette.

 

 

(6) Les archives personnelles de Lucien de Reinach se trouvent actuellement – non numérisées – aux archives nationales de la France d’outre-mer (ANIFOM) à Aix-en-Provence probablement déposées par la sa sœur Juliette ainsi inventoriées mais non exploitées à ce jour

- Carnet de route (délimitation de la frontière franco-siamoise) [1894-1895].

- Lettres de Lucien de Reinach à sa famille (1893-1901).

- Portraits photographiques

- Épreuves corrigées de la deuxième édition de son ouvrage, Le Laos [1908].

 (htpt "://anom.archivesnationales.culture.gouv.fr/ark:/61561/jb523mlfmg.num=20.q=REINACH:

 

(7)  Société normande de géographie ; bulletin de 1911 : « Le Laos, par le capitaine Lucien de Reinach ; édition posthume, revue et mise à jour  par P. Chemin Dupontès, avec  préface de  Paul Doumer,  Paris :   Commissaire du Gouvernement au moment de l'occupation du pays par la France, l'auteur a été mêlé à la constitution de sa formation territoriale, et le chapitre qu'il a consacré dans son livre au côté historique présente de ce chef un intérêt tout particulier. On y trouvera la suite des négociations entre la France et le Siam, et les textes complets des différents traités passés entre les deux nations. Un long contact avec les habitants, une étude approfondie des diverses races qui peuplent le Laos,   a permis au capitaine de Reinach de tracer de leurs mœurs et coutumes un tableau des plus intéressants, qui tient la première place dans son livre. Les ressources du pays, les conditions de sa mise en valeur et de son commerce, son administration, ses finances, en un mot tout ce qui concerne son activité et son développement a été étudié avec le souci de donner  sur cette partie de notre Indochine un ouvrage complet et précis »

 

(8) Voir Jules Charles-Roux «  Fondation Lucien de Reinach / Union coloniale française ». 1912.

 

(9) « L’aurore » du 12 septembre 1909.

 

(10) « Bulletin municipal » de janvier 1923

 

 

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