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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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18 décembre 2019 3 18 /12 /décembre /2019 22:09

 

Nous avons consacré plusieurs articles aux représentations essentiellement statuaires de Bouddha omniprésentes dans notre univers quotidien. Nous ne fîmes qu’une brève allusion à une époque qui ne concerne pas spécifiquement le Siam, à savoir la période grecque du Gandhara (สมัยคันธาระ) que l’on situe au tout début de notre ère,  alors pourtant  que  ce sont les Grecs de cette période qui nous ont dotés des premières représentations anthropomorphes du Bienheureux et lui donnèrent un visage (1).

 

 

L’un des exemples les plus connus est une statuette sur ardoise datée d’entre le deuxième et le quatrième siècle de notre ère, présentement au Musée de Bangkok et probablement l’une des premières représentations iconiques de Bouddha. Son origine est incertaine. Elle a été offerte au Roi Rama V par une compagnie anglaise  la Bombay-Burmah company qui exploitait le bois de teck en Birmanie et au Siam.

 

Bouddha y est assis en position de lotus,  sur un trône recouvert de tissu, délimité par de petites colonnes ornementales. Les deux épaules et son corps sont recouverts d’un vêtement et de sous-vêtements à plis, la main gauche tient en les soulevant les plis du vêtement, le bras droit est levé, la paume de la main tournée vers l’avant, les doigts tendus vers le haut dans le geste rituel  du réconfort, le geste qui rassure mais impatient de révéler sa Loi au monde... l’aimable humanité, noble bonté et infinie bienveillance de Bouddha.

 

 

Bouddha a quitté son enveloppe terrestre en 543 avant Jésus-Christ. Le grand empereur Açoka, se convertit au  bouddhisme probablement aux environs de 261-260  avant Jésus-Christ,  son aura a défié les siècles et il s’employa à faire diffuser partout cette religion.

 

 

Mais à l’origine, il n'y eut point de représentation matérielle de Bouddha. Peut-on représenter l’irreprésentable ? L'art bouddhique, comme tout autre art religieux et sacré, a été confronté au problème de la représentation de ses symboles et, au premier chef, de « celui » qui incarnait la réalisation la plus haute de son Enseignement, Bouddha lui-même. Bien que les bouddhistes n'aient pas connu d'interdiction particulière concernant la représentation « personnelle » de Bouddha (comme le judaïsme ou l'islam refusent la représentation de Dieu), ils se sont trouvés confrontés à un problème tout à fait difficile à résoudre : comment figurer, sous forme « humaine », celui qui, par sa réalisation spirituelle, dépasse toute catégorie humaine ?  Il ne fut dès lors  représenté  qu’au travers des symboles : trône vide,

 

 

arbre de Bodhi,

 

 

empreintes de pied du Bouddha,

 

 

roue de prière...

 

 

 

... Il faudra attendre plusieurs siècles avant que la question ne soit finalement résolue avec l’apparition d’une école de sculpture dans le royaume grec du Gandhara définissant des principes de représentation de Bouddha développés et reproduits ensuite dans d’autres écoles en tous temps et en tous lieux, donnant ainsi à l'art bouddhique des bases communes encore aujourd'hui préservées et appliquées, qui lui assurent une unité de style tout à fait remarquable. Telle fut la réponse apportée par les Grecs à ce défi qui pouvait sembler insurmontable : comment donner une forme conventionnelle à celui qui, par excellence, a dépassé toute forme et toute convention en atteignant le nirvana ?

 

 

Ainsi naquirent les premières représentations anthropomorphiques de Bouddha nées avec l’art gréco-bouddhique du Gandhara au début de l’ère chrétienne (2).

 

 

Certes, à l’époque hellénistique, concrètement la période de l'Antiquité qui suit la conquête d’une partie du monde méditerranéen et de l’Asie par Alexandre le Grand  en 323 avant notre ère, le monde de l’Inde n’était pas – et depuis des siècles -  inconnu des Grecs (3).

 

 

Mais les Grecs restés dans leur pays ne bénéficiaient pas apriori des mêmes informations que leurs contemporains installés en Inde à la suite des bouleversements de l'époque hellénistique. Athènes est le symbole par excellence du rayonnement culturel de la Grèce.

 

 

Au Gandhara, où la communauté grecque manifeste une grande habitude du bouddhisme, ce n’est pas une connaissance purement abstraite des religions indiennes motivée par une simple curiosité intellectuelle mais une pratique fondée sur l'expérience. Les Grecs du Gandhara sont familiers du bouddhisme   Les Grecs des couches les plus populaires moins érudites n'ont sans doute pas du bouddhisme une connaissance aussi théorique et intellectuelle, mais ils bénéficient d'un privilège que n'ont pas les Athéniens : celui de se trouver en contact direct avec cette religion. Ils n’eurent probablement aucune difficulté à incorporer un nouveau venu dans l’immense panthéon de leurs dieux, demi-dieux, déesses et héros, et à le représenter sous les formes spécifiques de leur art qui ne craignait pas de donner une représentation humaine à ses créatures célestes. Tout est venu du Gandhara, une région située dans le nord-ouest de l'actuel Pakistan 

 

 

autour de l’actuelle ville de Peshawar qui  fut le siège de l’un de ces États indo-grecs  consécutif aux conquêtes d’Alexandre, ayant perduré du deuxième siècle avant notre ère jusqu’au troisième de notre ère avant de tomber dans les griffes mahométanes. Royaume bouddhiste, ses missionnaires exportèrent la religion – et son art - vers l’Est.

 

 

Quelles furent alors  les origines du passage à ces représentations anthropomorphes ? Les datations sont aléatoires et plus encore. Il est toutefois difficile, ce n’est qu’une question de bon sens,  de ne pas y voir un legs de la conquête hellénique et de l'occupation gréco-bactrienne. Dans les vestiges de l’art du Gandhara, nous ne trouvons pas seulement de multiples représentations anthropomorphes de Bouddha mais encore – par exemple – une statuette d’Athéna « la déesse aux yeux pers »

 

 

ou une représentation sculptée de l’épisode du cheval de Troie ! (4).

 

 

Ainsi y apparurent dans les ateliers hellénistiques ces Bouddhas aux traits occidentalisés, aux allures d'Apollon,

 

 

... à la fin de l'époque hellénistique au début de notre ère, bouddhas hellénisés, visage ovale aux cheveux ondoyants et aux manteaux monastiques, dans des décors faits de lotus, de manguiers, d'églantiers, mais aussi de feuilles d'acanthe, de colonnes doriques,  ioniques ou corinthiennes,

 

 

Voilà bien le signe d’une longue maturation, d'une  grande entente intellectuelle et spirituelle entre Grecs et Indiens,  fruit des contacts intenses que les deux peuples ont noué pendant de nombreuses générations. Ce type hiératique de Bouddha nimbé, véritable marque de fabrique de l'école gréco-bouddhique et ces figures de Bodhisattvas,

 

 

Devattha

 

 

et Thevadas de toute espèce, différenciés en type,

 

 

...vont entreprendre un long voyage  qui les conduisit au travers de la péninsule indochinoise jusque dans la  Chine septentrionale, en Corée, puis au Japon.

L’histoire de ces royaumes grecs des Indes est évidemment inséparable de l’épopée alexandrine. Au cours de cette campagne de 10 ans, Alexandre mena à la victoire ses cavaliers macédoniens comme roi héréditaire; il commandait les contingents grecs comme « Chef » et Généralissime de ses troupes bénéficiant au demeurant d’une ascendance divine puisque sa mère Olympias, épouse de Philippe II de Macédoine aurait conçu Alexandre des œuvres des Zeus dont elle avait été prêtresse, ce dont elle avait fait l’aveu à son fils nous apprend Plutarque ?

 

 

Après sa conquête de l'Empire Perse et sa mort prématurée à Babylone en 323 A.J.C,

 

 

...plusieurs Empires et Royaumes Grecs perdurèrent en Asie pendant plusieurs centaines d'années et ont vu se succéder plus d'une trentaine de souverains Indo-Grecs. Roi-bâtisseur, le Macédonien portait l'hellénisme  dans ses bagages

 

Alexandre ne fut pas un destructeur en effet mais un bâtisseur cherchant à assimiler les élites asiatiques avec pour objectif d'assurer la pérennité de l'empire qu'il avait créé. Ses Macédoniens d'ailleurs s’assimilèrent aux populations locales dont ils adoptèrent sans difficultés les croyances religieuses après leur avoir apporté leurs connaissances artistiques.

 

Alexandre fut incontestablement un génie militaire bénéficiant d’un immense charisme, qui le conduisit à la tête de 40.000 macédoniens dont les parents n’étaient que des éleveurs de chèvres, à écraser les centaines de milliers des soldats de Darius.  Mais il fut aussi – en quelque sorte – à la « conquête des cœurs » comme en témoigne son mariage avec Roxane, une princesse afghane qui resta stérile.

 

 

Nous le voyons encore - même si ce n’est qu’une anecdote dont l’historicité reste discutée-  en passe de devenir maître de l’Asie face au roi Porus et c’est le signe des valeurs qu’il véhiculait : Celui-ci fut vaincu par Alexandre en combat loyal, et blessé, ne fuit pas le champ de bataille quand tous les autres refluaient en désordre : « Comment dois-je agir avec toi ? » demanda Alexandre à l'ennemi vaincu. « Traite moi en roi » fut la réponse. « Rien de plus ?» dit alors le Macédonien. « Dans le terme de roi, il y a tout » répond-il  simplement. Et Alexandre agrandit le royaume de Porus, qui depuis ce jour lui fut un ami fidèle. Que ce récit soit historique ou non, importe peu. Il révèle l'échelle des valeurs  qui animaient le maître de l’Asie.

 

 

Cette attitude de la part d’un conquérant singulière dans l’antiquité nous explique comment les Grecs, totalement imprégnés de la culture religieuse des pays qu’ils occupaient,  furent à la fois à l’origine des premières images anthropomorphiques de Bouddha et aussi des premières tentatives qui semblent contemporaines,  d’un récit quasi historique de sa vie aux environs du IIe siècle après Jésus-Christ. Il n’est pas facile d’expliquer la naissance de cette volonté de posséder une image manifestée de Bouddha ainsi qu’une biographie complète alors que, pendant plus de cinq siècles, le besoin ne s’en était pas fait sentir. Sous l’incontestable influence de la culture grecque, la dévotion envers un idéal transcendant s’est peu à peu muée en une dévotion plus personnelle, exprimée dans l’art et la littérature.

 

 

Alfred Foucher (5) est l’inventeur du terme oxymore d’art « gréco-bouddhique ». Il découvrit lors d’une mission de fouilles dans le district de Peshawar au début du XXe siècle ces pilastres dotés de chapiteaux corinthiens, ces motifs décoratifs tournant autour de guirlandes soutenues par des amours et Bouddha représenté avec des traits occidentalisés.

 

 

« On ne s’attendait guère de voir Ulysse en cette affaire » (6).  Le sous-titre de son ouvrage est significatif : « ÉTUDE SUR LES ORIGINES DE L'INFLUENCE CLASSIQUE DANS L'ART BOUDDHIQUE DE L'INDE ET DE L'EXTRÊME-ORIENT »

Pour Foucher, l’artiste du Gandhara était grec par son père, par là même sculpteur, héritier de Phidias, auteur des frises du Parthénon

 

 

et Praxitèle, auteur de cette statue d'Hermès

 

 

et Indien par son mère, par là même bouddhiste ! C’est à ces artistes que nous devons les premières représentations du visage de Bouddha, celui d’un Dieu grec hiératique

 

 

...qui s’est ensuite répandu dans toute l’Asie bouddhiste et qui n’a pas totalement disparu au XXIe siècle même si à chaque étape vers l'Orient, l’art bouddhique s'orientalisera davantage  à chaque étape.

 

 

Nous devons au Musée Guimet d’avoir popularisé et fait découvrir au grand public l’art du Gandhara lors d’une exposition intitulée « Les arts du Gandhara – Pakistan, terre de rencontre » l’été 2010. Elle fut malheureusement muette sur le fait que ces artistes grecs furent les premiers à nous dévoiler le visage de Bouddha sous la forme d’un Dieu grec.

 

 

NOTES

 

(1) Nous avons consacré plusieurs articles aux représentations de Bouddha ;

A 328 A 328 - « L’HISTOIRE DES MONUMENTS BOUDDHISTES DU SIAM », UNE ŒUVRE MAJEURE MAIS MÉCONNUE DU PRINCE DAMRONG ».

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/09/a-328-l-histoire-des-monuments-bouddhistes-du-siam-une-oeuvre-majeure-mais-meconnue-du-prince-damrong.html

A 237 – « LES SOIXANTE-SIX REPRÉSENTATIONS RITUELLES DE BOUDDHA ».

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/08/a-237-les-soixante-six-representations-rituelles-de-bouddha.html

 A 332 - 1 – « LES SOIXANTE-SIX REPRÉSENTATIONS RITUELLES DE BOUDDHA. (DEUXIÈME PARTIE) »

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/09/a-332-les-soixante-six-representations-rituelles-de-bouddha.deuxieme-partie.html

 

A 332 - 2 – « LES SOIXANTE-SIX REPRÉSENTATIONS RITUELLES DE BOUDDHA. (TROISIÈME PARTIE) »

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/09/a-332-2-les-soixante-six-representations-rituelles-de-bouddha.deuxieme-partie.html

 

A 332-3 « LES SOIXANTE-SIX REPRÉSENTATIONS RITUELLES DE BOUDDHA. (FIN) »

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/10/a-332-3-les-soixante-six-representations-rituelles-de-bouddha.troisieme-partie.html

 

Cet article  consacre quelques lignes aux premières représentations anthropomorphiques de Bouddha.

 

 

 

A 330 – «  QUI EST LE « BOUDDHA RIEUR » QUE L'ON PEUT VOIR EN THAÏLANDE ? »

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/09/a-330-qui-est-le-bouddha-rieur-que-l-on-peut-voir-en-thailande.html

(2) Simple coïncidence ? Au tout début du christianisme, le Christ n'est pas représenté physiquement mais est évoqué d'abord par le chrisme et par des symboles comme celui de l'ichtus ou de l'agneau, puis par des métaphores comme le  Bon Pasteur.  À partir du IIe siècle, l'iconographie de Jésus emprunte en Occident ses traits aux divinités païennes et privilégie le type hellénistique : il est généralement représenté comme un jeune homme imberbe (pour le différencier des philosophes grecs, des devins et des dieux païens, tous barbus), aux cheveux courts et bouclés, vêtu d'une toge ou d'une tunique, reprenant le modèle de l'Orateur, avec le bras droit enroulé dans les plis de son manteau et la main posée sur la poitrine, le bras gauche appuyé sur la hanche. Les artistes en Orient privilégient le type syro-palestinien, un personnage majestueux, barbu et aux cheveux longs. Le Christ hellénistique et le Christ sémitique coexistent jusqu'au XIe siècle, période qui voit les artistes choisir sa physionomie définitive : « visage méditerranéen, aux traits aryens pour le distinguer du type juif de ses persécuteurs, longue chevelure noire partagée par une raie centrale, retombant sur les épaules, yeux noirs, le tout animé d'une expression profondément humaine.

 

 

 

(3) Voir  Marie-Pierre Delaygue «  Les Grecs connaissent-ils les religions de l'Inde à l'époque hellénistique ? » In: Bulletin de  l'Association Guillaume Budé, n°2, juin 1995. pp. 152-172;

 

(4) Voir  Alfred  Foucher  : «  Le cheval de Troie au Gandhâra ». In: Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles- Lettres, 94 année, N. 4, 1950. pp. 407-412;

 

(5) L'art du Gandhara a fait l'objet d’une étude majeure d’Alfred Foucher en trois épais volumes publiés à partir de 1905 jusqu’en 1922, qui fait toujours autorité : «  L''art gréco-bouddhique du Gandhâra. Étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient ».

 

 

(6)  La Fontaine « la Tortue et les deux canards ».

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commentaires

de barbeyrac 20/12/2019 09:36

Passionnant... J'apprends que ce rapprochement ne date pas d'hier!
Joyeux Noël aux "bénédictins" de l'Isan! Cécile

grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b 20/12/2019 10:43

Ah ! pour l’amour du grec, souffrez qu’on vous embrasse !