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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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19 février 2020 3 19 /02 /février /2020 22:59

 

L’humanité a connu une phénoménale révolution techno-linguistique avec l’apparition de l’écriture, il y a plus de 5300 ans, en Mésopotamie probablement et se trouve en passe d’en connaître une autre, l’automatisation du langage. L’humanité a ainsi connu les pictogrammes (อกษรภาพ), ces dessins que l’on  retrouve sur les parois des grottes comme à Phu Pan Noi (ภูพานน้อย) dans le district de Ban Phu (บ้านผื) de la province d’Udonthani (อุดรธานี) qui seraient datés de  3 ou 4000 ans, 

 

 

les idéogrammes (อกษรแทนความคิด) qui permettent d’entrer dans l’abstraction; on les trouve en Asie chez les Chinois, les Japonais et les Coréens.

 

 

Ils devinrent les hiéroglyphes (อีโรกลิฝ) des Égyptiens.

 

 

Vint ensuite le passage au cunéiforme, peut-être 4000 ans avant Jésus-Christ (อกษรรูปลื่ม).

 

 

Vinrent encore le démotique,

 

 

le hiératique

 

 

et le sémitique (เดโมติก -  อิราติก เซมิติก). Les Phéniciens créèrent ensuite leur alphabet (อกษรฟินิเซยีน) beaucoup plus élaboré et à l’origine de nos alphabets européens mais dont l’on peut penser – ce que font nombre de spécialistes - qu’il a pu déborder vers l’Asie aux Indes!

 

 

LES ORIGINES : LES ALPHABETS INDIENS?

 

L'alphabet brahmi  (อักษรพระหมี) et l’alphabet Kharoshti   อักษรขโรษี

 

L'alphabet brahmi a été utilisé pour la première fois à l'époque d’Ashoka le Grand entre 272-232 avant JC. Trouvé sur les «piliers d'Ashoka». Il contenait 64 caractères composés à la fois de consonnes et de voyelles.

 

 

A la même époque, l'alphabet Kharoshthi  fut utilisé dans le nord-est de l'Inde, mais dans un territoire plus restreint. Les formes du kharoshthi sont similaires à celles du Brahmi, mais ce dernier s’écrit de gauche à droite, tandis que le Kharoshthi s’écrit de droite à gauche. Ces deux écritures ont été utilisées jusqu'au 4e siècle de notre ère

 

.

L'alphabet brahmi  était utilisé dans le Nord, le centre et le  sud de l'Inde. La première utilisation enregistrée apparut au 3e siècle avant Jésus-Christ (342-243). Composé de consonnes et de voyelles il fut utilisé pour transcrire la  langue Prakrit (ภาษา ปรากฤ). Les inscriptions d’Ashoka le grand sont en écriture brahmi et en langue Prakrit. Cette dernière a ensuite évolué pour devenir la langue Makhot (ภาษา มคธ) puis le Pali. (ภาษา บาลี)

 

 

L’alphabet  Grantha (อักษรคฤนถะ)

 

Naturellement, l'alphabet brahmi a évolué en diverses formes compte tenu d’une longue utilisation et des longues distances entre les territoires de l’Inde. Le sud de l’Inde était plus spécialement attaché au Brahmi. Au nord, l’alphabet devint le Devanagari (เทวนาครี). Dans les régions du sud, elles prirent le nom d’alphabet Grantha (อักษรคฤนถะ) ou alphabet Pallava (อักษรปาละวะ). Le Devanagari s’écrivait sur papier, le Grantha et le Pallava sur les feuilles de palmier. L'alphabet brahmi devint l'alphabet Grantha sous l’ère du roi Narasimhavarman de l’Empire Pala au 6e siècle de notre ère (558-657). L’alphabet Brahmi assimilé au Pallava se répandit dans divers régions du sud de l’Inde et devint le lointain ancêtre du Tamoul, du Malayala, et du Cinghalais.

 

 

L’alphabet Devanagari (อักษรเทวนาครี)

 

L'alphabet brahmi a été diffusé et utilisé  dans le nord de l'Inde jusqu'au 9e ou 10e siècle de notre ère avant d’évoluer par l’intervention d’une ligne horizontale au-dessus des consonnes dans une forme différente de celle qu’il avait sous Ashoka le grand

 

 

Ce sont les inscriptions qui subsistent de l’Empire Gupta. 

 

 

Cette nouvelle forme est devenue l’alphabet Devanagari devenu ensuite l’alphabet indien actuel et a donné naissance au tibétain, au népalais et au cachemire. Il a été utilisé pour écrire le sanskrit dans les classes érudites de la société jusqu’au XVe siècle de notre ère.

 

 

L’alphabet Pallava (อักษรปัลลวา)

 

Ainsi, les alphabets anciens se développèrent  à partir du Grantha et du Pallava et furent plus largement utilisés dans le sud de l'Inde autour du neuvième au onzième siècle.

 

 

Ils se sont probablement ensuite transmis par la propagation religieuse des moines et des  brahmanes. Les premiers ensembles d'alphabet découverts en Thaïlande étaient enracinés dans le Grantha ou le Pallava. Plusieurs inscriptions en pierre, certaines portant une date, furent découvertes en particulier dans le site de Si Thep (ศรีทพ) dans la province de Phetchabun

 

 

...ou dans la province de Sa Kaeo (สระแก้ว) et sont datées des 6e ou 7e siècles. Elles sont en écriture Pallava mais tantôt en langage Sanskrit tantôt en langage Pali. Les découvertes épigraphiques dans d’autres provinces établissent qu’elles étaient en relation malgré leur éloignement. Le Pallava évolua vers ce que les érudits appellent le post-Pallava qui serait à l’origine de l‘ancien alphabet  môn (อักษรมอณโบราณ)

 

 

et de l’ancien alphabet khom  (khmer) khmer (อักษรขอมโบราณ) ?

 

 

LES DÉBUTS DE L’ALPHABET THAÏ  (อักษรไทย)

 

L’écriture thaie a été influencé par la culture du sud de l'Inde au vu d’éléments bouddhistes et brahmanistes et ce, avant la création de l'alphabet thaï unique. Les écritures du sous-continent indien furent les premières introduites en Asie du Sud-Est probablement au 4e siècle de notre ère. Ces écritures que l’on ne connaît que par l’épigraphie vont évoluer vers l'alphabet thaï du royaume de Sukhothai créé par le roi Sri Indrathit (ศรีอินทราทิตย์) vers 1238.

 

 

Le roi Ramkhamhaeng le Grand, (รามคำแหง) son fils et le troisième roi, aurait créé en 1283 l'ancien alphabet thaï appelé Lai Sue (อักษรไทยโบราณ: ลายสือ) basé sur les anciennes écritures khmère et môn et au vu des connaissances précédemment accumulées par ses scribes. Il n’y a pas à cette heure d’inscription antérieure à la datation de la stèle.

 

 

Mais l’attribution de l’invention de cette écriture unique à cette époque est tout à fait plausible. Avant la fondation du royaume de Sukhothai, les Thaïs n’avaient pas encore stabilisé leur territoire. Sukhothai fut leur premier royaume significatif. La fondation de ce royaume a de toute évidence nécessité une écriture unique. C’est en ce sens que les querelles sur l’authenticité de la stèle ne présentent guère d’intérêt sinon aucun. Elle est de toutes façons très proche de celle employée dans les d’autres inscriptions les plus anciennes de Sukhothai datant de la première moitié du XIVe siècle).

 

 

Les caractéristiques de l’alphabet de Sukhothai

 

Nous ne donnons que quelques précisions, la réalité est plus complexe.

 

Il comporte 39 consonnes. Les cinq qui manquent sont ณ ฑ ฒ ฬ  ฮ qui ne seront introduites que tardivement. Il comporte 12 voyelles simples et 8 diphtongues mais les voyelles comme aujourd’hui peuvent s’écrire de façon différente. Il n’y a que deux marques de tonalité, mai ek (ไม้เอก: อ่) et mai tho (ไม้โท: อ้) peut-être car la langue parlée à cette époque ne comporait pas cint tonalités comme aujourd'hui ?

 

Il n’y a que -à ce jour- cinq chiffres, 1, 2, 4, 5,7 et 0.

 

Il y a quatre types de lettres: consonnes, voyelles, chiffres et signes de tonalité.

 

Les consonnes, les voyelles et les chiffres ont la même taille, écrits sur la même ligne, tandis que les marques tonales sont placées au-dessus des consonnes.

 

 

 

L’évolution sous le roi Li Thai (ลิไทย)

 

Celui-ci régna de 1347 à 1368.  L’usage de l’écriture de Ramkhamhaeng le Grand se généralisa. Mais beaucoup d’utilisateurs de l’écriture restèrent attachés aux anciennes écritures khmers ou mon, qui plaçaient les voyelles à la fois devant, derrière, au-dessus et au-dessous des consonnes. Il leur fut difficile de passer à une écriture dans laquelle les voyelles et les consonnes étaient placées sur la même ligne. Le nombre des consonnes est le même avec parfois des différences de forme. Il y a toujours deux signes de tonalité seulement et 22 voyelles qui peuvent s’écrire sous des formes différentes.

 

On introduit enfin quatre lettres singulières directement venues du sanskrit, qui sont considérées grammaticalement comme des voyelles, l’une longue et l’autre courte  ( court et ฤๅ long – court et ฦๅ long) mais se prononcent selon des règles aussi complexes que précises dont nous allons parler plus bas.

 

 

La période d’Ayutthaya

 

Le royaume d'Ayutthaya fut établi vers 1350 par le roi U Thong (พระเจ้าอู่ทอง) alias Ramathibodi Ier (สมเด็จพระรามาธิบดีที่ 1). Il fut un royaume prospère avec une religion, des arts et une culture florissants, et une littérature en particulier. Le royaume d'Ayutthaya n'a pas créé d’écriture spécifique ayant  hérité sa culture du royaume de Sukhothai et de l'ancien alphabet du roi Lithai.

 

 

Cependant les formes alphabétiques peuvent varier jusqu’à se stabiliser sous le roi Narai oú elles deviendront le modèle de l'alphabet thaï utilisé par les  générations suivantes à la période Rattanakosin. Le royaume a duré de 1350 jusqu’à sa destruction en 1767. L’on voit toutefois apparaître les deux signes de tonalité manquant mai tri (ไม้ตริ อ๊)  et mai jattawa (ไม้จัตวา -  อ๋) (1). Les consonnes sont désormais 44. L’écriture est très similaire à celle du thaï contemporain.

 

 

La période Rattanakosin (รัตนโกสินทร์)

 

La dynastie est établie en 1782 par le roi Rama Ier. Elle a hérité de la culture de la période précédente et l'alphabet de la période d’Ayutthaya reste la règle mais l'alphabet khmer est utilisé pour les écrits bouddhistes en langue pali. On voit apparaître la liste actuelle des 32 voyelles. Avec l'essor du commerce avec l'ouest sous le règne du roi Rama III, de nombreux occidentaux, marchands et les missionnaires s’installèrent au Siam et en pratiquèrent la langue en particulier les Missionnaires évangélisateurs. En 1828 -l’événement est important sur le plan linguistique- le capitaine James Low écrit un livre de grammaire thaï intitulé «A Grammar of The Thai or Siamese Language» («Grammaire de la langue thaïe ou siamoise»). Elle est la première. Avant lui certes, Monseigneur Lanneau, arrivé au Siam en 1664 aurait été l’auteur d’un Dictionarium siamense et peguense et d’une Grammatica siamensis et bali, vraisemblablement de toute évidence destinés à promouvoir et faciliter l’apprentissage du siamois et du pâli mais ces ouvrages ont disparu.

 

 

En 1836, le Dr Dan Bleach Bradley, Missionnaire protestant, va publier dans son imprimerie des livres en langue thaïe avec une presse importée de Singapour. Le roi Rama III lui commande la publication de plus de 9 000 exemplaires de son décret sur l'interdiction de fumer l'opium. Les formes de l'alphabet thaï à cette période sont restées les mêmes que celles du début de la période Rattanakosin.

 

 

Le roi Rama IV

 

Après son long séjour au temple sous la robe safran, il monta sur le trône en 1851. Nous connaissons déjà son invention d’une écriture spécifique pour transcrire les textes religieux en pali, laquelle langue n’a pas d’écriture spécifique (2).

 

 

 

Comme son prédécesseur, il comprit l’usage qu’il pouvait faire de la presse à imprimer que Dan Beach Bradley avait apporté de Singapour en 1836.  Une fois sur le trône, il installa une presse dans le grand palais  pour imprimer et diffuser ses publications dans tout le royaume sous la forme de  feuilles volantes distribuées à tous les ministères et institutions de l’état et affichées dans les lieux publics» avec le souci que la bureaucratie ne puisse tirer avantage de l’ignorance du peuple. Cette espèce de «journal officiel» n’est pas notre sujet mais le roi publia une trentaine de décrets concernant l’usage de la langue thaï. Ainsi par exemple, réglementa-t-il l’usage des prépositions  suivantes: กับ, « avec » ; แก่ « pour »; แด่ « à »; แต่ «depuis » ; ต่อ «envers »; ใน « dans »; ยัง, « encore ». Ces traductions ainsi données sont basiques car elles peuvent varier en fonction du contexte, ainsi ยัง peut aussi signifier « pas encore ». Sans doute voulut-il donner à la langue thaïe les « definite grammatical rules » que James Low lui reprochait de ne pas avoir! «The Siamese have no definite grammatical rules; and, perhaps, from their holding a lower scale in civilization than the Chinese, they have not yet found it expedient to embody their language in a dictionary» («Les Siamois n'ont pas de règles grammaticales définies; et, peut-être, de par leur tenue dans la civilisation d'une échelle inférieure à celle des Chinois, ils n'ont pas encore trouvé opportun d'incarner leur langue dans un dictionnaire»). On reconnaît là l’incommensurable fatuité des missionaires ou colonisateurs anglicans contre laquelle s’est élevé Phya Anuman Rajadhon, qui manifesta sa réticence à l’égard d’une classification des mots de la langue thaïe selon les traditions issues de notre culture gréco-latine (3).

 

 

Mais cette culture n’était pas étrangère au roi puisqu’un  des professeurs de latin du jeune prince Mongkut ne fut autre que Monseigneur Jean-Baptiste Pallegoix lui-même !

 

 

Y a-t-il eu sous ce 4e règne d’autres innovations en matière d’écriture que celle de la création d’une écriture «aryenne» et le roi a-t-il créé de nouvelles consonnes? Nous lisons avec quelque intérêt dans Maspero Junior qui écrit en 1911 que deux consonnes et auraient été ajoutées «il y a une cinquantaine d’années pour la transcription des mots européens», ce qui situe cette création en 1861 (4). Ces deux consonnes sont, pour la première un doublon de la consonne régulière L (ล) et pour la seconde un doublon de la consonne régulière H (ห). Cette affirmation est irritante. Nous habitons tous deux la province de Kalasin dont le nom s’écrit au moins depuis sa fondation  en 1793 กาสินธุ์ à l’aide de cette lettre irrégulière. Par ailleurs et n’en déplaise à l’expert Maspero ces deux lettres sont bien  mentionnées dans la première grammaire de Low en 1828, pour reste de besoin dans la grammaire de Taylor qui est de 1842 («Brief grammatical notice of the siamese language»)

 

 

et enfin dans celle de Monseigneur Pallegoix en latin qui est de 1850 («Grammtica linguae thai»).

 

 

Le règne de Rama V

 

S’il n’y a pas eu – à notre connaissance du moins – d’innovation en matière d‘écriture sous ce règne qui s’écoula de 1868 à 1910, il fut celui du développement fulgurant de l’éducation ce qui entraîné évidement la publication d’ouvrages normatifs vernaculaires. Si en effet le dictionnaire de Low ou celui de Monseigneur Pallegoix sont destinés à l’apprentissage de l’écriture, ce n’est pas à l’intention des Siamois mais des étrangers.

 

En 1870, il avait fondé dans l’enceinte du palais une école destinée à ’enseignement des enfants de la famille royale et de la noblesse. Phraya Sunthorn Wohan (พระสุนทรโวหาร) alias  Noi Achayangkun (น้อย อาจารยางกูร) fut chargé de la rédaction de nouveaux manuels royaux pour l’enseignement de la lecture et de l’écriture. Nous lui devons les 6 volumes du Munbot Bapkit (มูลบทบรรพกิจ) publié en 1870 que l’on peut traduire par «fondements» (5).

 

 

Le département de l’éducation fut créé en 1887 et à l’instigation du Prince Damrong fut édité en 1888 un baep rian reo (แบบเรียนเร็ว) («manuel pour apprendre vite») qui permettait d’apprendre la lecture et l’écriture en un an ou un an et demi.

 

 

Il est toujours réédité sous des formes contemporaines plus attrayantes!

 

 

Notons toutefois pour respecter l’histoire que sous le règne du roi Narai et peut-être de sa plume - avait été publié un manuel appelé Chindamani (จินดามณี), probablement le premier, qui fut utilisé jusque sous le règne de Rama V (6).

 

 

Les tentatives du roi Rama VI.

 

Celui-ci, nous le savons, avait déjà envisagé une romanisation du thaï qui a donné lieu à de forts érudits échanges dans le Journal de la Siam Society (7).

 

Il en reste le système  de la "transcription du palais" et l romanisation officielle (Royal Thai General Système RTGS) dont nous avons longuement parlé (8),  est un pis-aller mais toutefois indispensable pour les retranscriptions des noms de lieux, même si elle est respectée de façon aléatoire. Elle est utilisée (et apparemment bien respectée) dans la transcription des noms propres sur les passeports en particulier. Elle a au moins le mérite de n’utiliser que les lettres de notre alphabet en évitant les diacritiques et autres signes cabalistiques.

 

Il est à l’origine de l’édition en 1927 du premier dictionnaire normatif thaï qui contient en son  introduction de solides explications sur le mécanisme de l’écriture (9).

 

 

Le roi – anglomane s’il en fut - tenta par ailleurs une nouvelle méthode d'écriture après avoir observé que dans l'écriture existante les consonnes étaient entourées de voyelles, devant, derrière, dessus, dessous, que certains mots n'étaient pas prononcés tels qu'ils étaient écrits, surtout les mots sans voyelles, ce qui rendait l’apprentissage de l’écriture difficile aux étrangers. Il voulut alors modifier l'alphabet en plaçant la voyelle derrière la consonne initiale, toutes deux sur la même ligne et créa de nouvelles formes de voyelle qui pouvaient être placés sur la même ligne que les consonnes. Les formes de consonnes et les marques de tonalités restèrent toutefois inchangées. Par ailleurs, c’est une difficulté majeure pour celui qui apprend l’écriture, elle ne sépare pas les mots entre eux mais seulement les paragraphes et les phrases mais sans signes de ponctuation:

 

lireunelanguequineséparepaslesmotsestuncalvaire

 

Il souhaita donc que, comme en anglais, un espace soit mis entre chaque mot. Cependant, ce nouveau style d'écriture ne fut jamais utilisé dans les documents officiels. Le Roi se livra à une enquête dans la presse pour connaître l’opinion des lecteurs. La réponse fut négative et la méthode ne fut pratiquement jamais utilisée.

 

 

Les tentatives du Maréchal Phibun.

 

Nous en avons parlé précédemment (2). Il s’agissait en réalité non pas de modifier l’alphabet mais de le simplifier. Parmi les 44 consonnes, pouvaient être éliminées celles qui faisaient - et font toujours – double sinon triple voire quadruple emploi, elles sont 13. Il y a par exemple 4 consonnes marquant le son th et quatre marquant le son s! Leur suppression n’interdirait pas l’écriture des 20 sons consonantiques fondamentaux avec celles qui sont conservées. Mais ces consonnes venues du sanskrit se retrouvent dans beaucoup de noms propres, noms de lieux en particulier eux-mêmes d’origine sanskrit. Les éradiquer aurait entraîné un gigantesque travail de réécriture de la géographie! Deux d’entre elles d’ailleurs avaient déjà disparu de la circulation mais sont toujours présentes dans les alphabets, en étant mentionnées comme obsolètes.

 

 

Parmi les voyelles, certaines font également double emploi par exemple le son qui s’écrit ไอ mais ใอ dans une vingtaine de mots seulement dont tous les petits thaïs continuent à apprendre la liste par cœur. Il a également souhaité la disparition de  ces étranges voyelles venus du sanscrit et ฤๅ et ฦๅ avec toutefois des sons consonantiques. Les deux dernières et ฦๅ ne se trouvaient déjà plus que dans des textes archaïques et se prononçaient lu court ou long. Par contre et ฤๅ malgré les souhaits du Maréchal ont la vie longue. ฤๅ avec le son long se prononce toujours ru. avec le son court se prononce non pas au gré des circonstances mais selon des règles bien  précises, ri, ru ou re. Le Maréchal considéra qu’il était beaucoup plus simple d’utiliser la consonne r (ร) en l’accompagnant d’une voyelle. Las! Les deux consonnes-voyelles et ฤๅ sont toujours présentes dans les abécédaires et se retrouvent dans des mots utilisés au quotidien (10). Elles sont également présentes sur les claviers de nos ordinateurs. Reste à savoir si l’on compte une faute d’orthographe aux petits thaïs qui utilisent la forme moderne au lieu de la forme sanskrite?

 

 

Le Roi Rama IX

 

Sans porter atteinte à l’écriture traditionnelle, celui-ci s’est intéressé à son informatisation à partir des années 80 et aux programmes de création de fontes fontastic et ressource editor. Ces programmes lui ont permis de concevoir des polices thaïes et anglaises de différentes tailles, incluant la police Bhubing (แบบภูพิงค์) et la police Chitralada (แบบภจิตรลตา). Elles ne sont apparemment pas dans le domaine public.

 

 

Notons surtout que l’écriture a parfaitement passé le cap de l’informatisation dans le dernier quart du XXe siècle. Le fait qu’elle ne comporte pas de majuscules double évidemment les possibilités d’enregistrement des glyphes.

 

Notons encore, ce qui est à mettre à l’actif des informaticiens locaux, qu’ils ont résolu les difficultés de segmentation. C’’est un challenge: Le nom de la  ville de Bangkok qui n’est que pour les imbéciles le plus iong nom d’une ville au monde réagit à merveille au compteur de mots des traitements de texte les plus courants (11).

 

On peut toutefois noter une certaine tendance à la simplification, citons-en quelques exemples significatifs:

 

Les chiffres dits arabes sont utilisés de préférence aux chiffres thaïs d’origine sanskrite ce qui est un peu dommage car ils sont lourds de symboles: le zéro (Sun  -  ศูนย์) noté sur les claviers par le signe qui diffère de notre 0 est le symbole du néant philosophique. Le chiffre un (๑) symbolise la spirale qui conduit à l’infini. Les chiffres traditionnels subsistent dans de nombreux documlents officiels et - ne croyez pas que les Thaïs les ignorent  - dans les établissements qui pratiquent deux tarifs, celui pour les touristes - chiffres arabes - et celui pour les autochetones, chiffres thaïs. Ils sont nombreux. 

 

Nous trouvons souvent utilisés dans la presse en particulier les signes de ponctuation occidentaux mais toujours sans séparation des mots.

 

Un exemple amusant enfin: certaines syllabes se terminent par une consonne écrite qui ne doit pas être prononcée. Elle est alors surmontée d’un signe appela «karan» qui s’écrit en thaï การันต์ soit karan(t), le t final est surmonté du signe qui le tue! On trouve souvent, dans la presse en particulier, la dernière consonne surmontée de karan purement et simplement éradiquée comme dans การันต์!

 

Ne croyez pas que l’apprentissage de cette écriture soit un  chemin de croix! Lunet de la Jonquières écrivait en 1904 en parlant des idéogrammes chinois  «Il faut, disait M. Kleczkowski,  professeur de chinois à l’École des langues orientales, de trois à quatre années d'étude journalière pour apprendre les quatre mille caractères qui constituent le premier bagage littéraire d'un étudiant ... Ceux qui sont appelés à se servir de la langue thaï ont, à mon avis, un   intérêt de premier ordre à apprendre tout d'abord l'écriture propre du dialecte qu'ils voudront étudier. L'étude des écritures thaï (et des écritures cambodgiennes) ne présente pas de pareilles difficultés. Quelques jours de travail suffisent pour en comprendre le mécanisme, et un ou deux mois pour déchiffrer passablement les imprimés et les manuscrits soignés. Le matériel phonique de ces langues est  très complet et très approprié; à quoi sert de le remplacer par un autre moins  parfait? Apprenons les dialectes thaï comme nous apprenons l'allemand, le grec, le russe, l'arabe, etc., en commençant tout simplement par étudier leur écriture propre» (12).

 

 

LES ORIGINES?

 

D’où vient donc l’écriture thaïe contemporaine? Elle est avec évidence une forme évolutive de celle utilisée à Sukhothai à la fin du XIIIe ou au début du XIVe siècle

 

 

et nous pouvons suivre cette évolution au fil des siècles. Tout comme le français écrit au XIIIe siècle diffère quelque peu de celui de Voltaire ou d’Anatole France ! L’origine de cette écriture archaïque, celle de Rama Khamhaeng ou celle des de Li Thai reste incertaine. La thèse officielle la considère comme une dérivation directe de l’écriture khom, c’est-à-dire khmère archaïque et d’une écriture mône?  Celles-ci dérivaient-elles directement ou indirectement des écritures d’origine indienne l’Asie en usage dans l’Inde du Sud du IIIe au Ve siècle de notre ère? Dans un premier temps, ces écritures n’étaient utilisées que pour noter le sanskrit et furent aux siècles suivants utilisées par les langues locales.

 

Et celles-ci ont-elles été inspirées directement ou indirectement par les écritures du Moyen-Orient?

 

Des érudits dont il nous est difficile de nier les compétences ont vu ou cru voir de singulières similitudes entre les alphabets indiens et l’alphabet grec archaïque issu lui-même de l'ancêtre commun de toutes les écritures alphabétiques, l'alphabet phénicien qui aurait été introduit par voie de mer bien avant la venue d’Alexandre-le-grand aux Indes à l’époque oú celles-ci auraient été régulièrement visitée par la flotte marchande du roi Salomon qui régna de 970 à 931 avant Jésus-Christ. Cette thèse trouva naturellement des contradicteurs résolus tout autant d’ailleurs que la réalité des voyages du dit Salomon (13).

 

 

La transition avec l’écriture de Sukhothai du XIIIe ou du XIVe siècle reste inconnue   et la porte est donc encore ouverte à toutes sortes d’hypothèses.

 

La question ne pourrait être résolue que par les découvertes archéologiques à venir, découvertes d’inscriptions sur des matériaux solides (pierre, métaux). Les premiers textes ont sans doute été rédigés sur des feuilles de latanier que l’on ne peut raisonnablement espérer trouver.

NOTES

 

(1) Ces deux signes de tonalité ont probablement été introduits pour permettre la transcription avec le bon ton de mors d’importation, probablement chinois?

 

(2) Voir notre article A 352 «อักษร​อริยกะ - LE ROI RAMA IV CRÉE L’ALPHABET ARIAKA – L’« ALPHABET DES ARYENS » – POUR TRANSCRIRE LES TEXTES SACRÉS DU PALI».

 

(3)  Phraya Anuman RAJADHON «The Nature and Development of the Thai Language» the Fine Arts Department, Bangkok, 1954, L’ouvrage est numérisé : finearts.go.th/parameters/search/หนังสืออิเล็กทรอนิกส์/book/104-the-thai-language-no10/2-2013-01-26-21-11-08.html

 

(4) Henri Maspero «Contribution à l'étude du système phonétique des langues thaï»  In : Bulletin de l’École française d'Extrême-Orient. Tome 11, 1911. pp. 153-169.

 

(5) L’ouvrage est numérisé»:

http://www.finearts.go.th/nakhonsithammaratlibrary/component/smilebook/book/27.html

(6) Voir de Jean Philippe BABU «L’influence de la tradition grammaticale gréco-latine sur la grammaire du thaï» publié en 2007 et numérisé sur le site https://www.academia.edu/

 

(7) Voir notre article 165 «Le Roi Rama VI et la romanisation du thaï»:  http://www.alainbernardenthailande.com/article-165-le-roi-rama-vi-et-la-romanisation-du-thai-125174362.html

 

(8) Voir notre article A 91 «La romanisation du thaï ?» http://www.alainbernardenthailande.com/article-a91-la-romanisation-du-thai-114100330.html

 

(9)  Voir notre article A 204 «LE DICTIONNAIRE DE L’ « INSTITUT ROYAL » AU SERVICE DE LA LANGUE THAÏE, DU BON SENS … ET DE LA POLITIQUE :

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/11/a-204-le-dictionnaire-de-l-institut-royal-au-service-de-la-langue-thaie-du-bon-sens-et-de-la-politique.html

 

(10) Voir notre article « NOTRE DICTIONNAIRE » : B – LE NOM DE BANGKOK N’EST PAS LE PLUS LONG NOM D'UNE VILLE AU MONDE .

http://www.alainbernardenthailande.com/2018/06/notre-dictionnaire-b-le-nom-de-bangkok-n-est-pas-le-plus-long-nom-d-une-ville-au-monde.html

114 mots nous dit Word, vous pouvez vérifier!

กรุงเทพมหานครอมรรัตนโกสินทร์มหินทรายุธยามหาดิลกภพนพรัตน์ราชธานีบุรีรมย์อุดมราชนิเวศน์มหาสถานอมรพิมานอวตารสถิตสักกะทัตติยะวิษณุกรรมประสิทธิ์.

 

(11) Citons simplement rudou la saison qui s’écrit toujours ฤดู, angkrit anglais que l’on continue à écrire อังกฤษ. Il y en a beaucoup d’autres exemples.

 

(12) «Dictionnaire français-siamois, précédé de quelques notes sur la langue et la grammaire siamoises», 1904. Son analyse de l’écriture sur une trentaine de page est remarquable et complète et en permets l’apprentissage aussi bien sinon mieux que des méthodes contemporaines.

 

(13) J. Halévy «Résumé d'un mémoire sur l'origine des écritures indiennes»  In: Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 28 année, N. 2, 1884. pp. 214-223;

 

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