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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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28 février 2020 5 28 /02 /février /2020 22:01

Voilà  une œuvre étrange, fruit d’une imagination débridée, à une époque où ces réécritures de l’histoire n’étaient pas fréquentes. Napoléon, parti à la conquête du monde, s’empare du Siam en 1824. Elle est l’œuvre d’un austère magistrat aussi érudit que pieux. Qui était-il?

 

 

 

 

LES ORIGINES

 

 

Sa famille de bonne bourgeoisie est originaire d’Étampes. Son père le rapproche de Napoléon: Marc-Antoine Geoffroy-Château naquit à Étampes d’un père avocat au parlement de Paris le 18 août 1774 et mourut à Augsbourg le 23 février 1806. Officier dans le génie à 25 ans et chef de bataillon lorsqu’il partit avec son frère aîné, le savant naturaliste Geoffroy-Saint-Hilaire, pour la campagne d’Égypte, où il se distingua par son talent et sa bravoure. Bonaparte lui confia la direction des travaux de Damiette et d’Alexandrie. De retour en France, il fut nommé sous-directeur des fortifications de Givet, puis major du génie à la campagne d’Austerlitz. Il mourut à Augsbourg des suites d’un duel selon les uns, et selon d’autres épuisé par la fatigue d’une reconnaissance militaire. Il se faisait appeler Geoffroy Château pour se distinguer de ses frères parce qu’il demeurait à Étampes, rue du Château (1).

 

 

Un mot illustre sa mémoire rappelé dans le paragraphe que lui consacre Larousse dans son Dictionnaire du XIXe siècle: «Lorsque  Napoléon, créant sa maison militaire, eut à choisir  un aide-de-camp dans l'armée du génie,  il se rappela le brave et   savant officier de l'armée d'Orient, et dit avec une de ces réticences significatives qui lui étaient familières  «Si Geoffroy était là! »» (2).

 

 

 

 

 

Il trouve le temps de se marier à Étampes le 26 juillet 1802 avec Louis Angélique Champigny qui lui survécut jusqu’en 1839. Elle lui donna deux enfants, Louis-Napoléon, notre auteur, né le 11 mai 1803,  son parrain est Napoléon, et Hippolyte-Napoléon né en 1806. Lorsque l’empereur apprit le décès de Marc-Antoine, il adopta ses deux fils par décret du 6 mai 1806, une faveur qu’il accordait à tous les enfants de «ses braves». Il mourut à Paris le 11 juillet 1858. Nous ignorons tout de leur enfance et de leur éducation.

 

 

 

 

Toujours est-il qu’ils n’eurent pas la vocation militaire de leur père, peut-être dissuadé par leur mère devenue veuve à 31 ans et choisirent la carrière du droit peut-être aussi sur les traces de leur grand-père? Après l’écroulement de l’Empire Napoléonien en 1815, l’ambiance générale n’était pas aux aventures guerrières. Nous trouvons son jeune frère Hippolyte procureur du Roi à Bernay dans l'Eure en 1838 (3).

 

 

 

 

LA CARRIÈRE DE LOUIS-NAPOLÉON GEOFFROY-CHÂTEAU

 

 

Le juriste

 

 

Il suit une carrière de juriste sans faste. Entré dans la magistrature en 1825, il fut successivement juge auditeur à Épernay et à Versailles puis juge suppléant au Tribunal de première instance de la Seine. Il est titularisé en 1835 et devient l’un des 56 juges de cette juridiction jusqu’à sa mort (4). Nous le trouvons de temps à autre cité pour ses jugements dans les revues de jurisprudence de l’époque. Il ne chercha manifestement pas à s’élever probablement plus intéressé par ses occupations érudites.

 

 

Il reçut dans le «Monde illustré» du 24 juillet 1858 un hommage appuyé! «intègre, impartial, inaccessible aux influences... sous le magistrat, il y avait un chrétien..

 

 

 

L’érudit

 

 

Amoureux des livres, il aurait acquis chez ses camarades de collège le surnom de «bibliophile» (5).

 

 

 

 

Nous le trouvons collaborer aux «Annales de la Société historique et archéologique du Gâtinais» dont il était membre (6).  Membre également de la «société  impériale zoologique d’acclimatation» fondée par son oncle Saint-Hilaire, le bulletin de 1858 qui annonce son décès et nous dit «son concours éclairé et plein de zèle n’avait jamais fait défaut à la société depuis sa création en 1854»

 

 

 

 

 

Il publie en 1853 «La Farce de Pathelin - monuments de l'ancienne langue française» qui est en réalité une savante analyse de la littérature française du moyen-âge avant 1500. La langue de l’époque n’a pas de secret pour lui puisqu’il traduit de nombreux textes en français contemporain.

 

 

 

On lui attribue encore, mais l’ouvrage ne semble pas avoir été publié, une continuation du Dom Juan de Byron.

 

 

 

 

C’est probablement la tradition familiale qui a dicté la rédaction de sa «Carte des expéditions militaires et historiques de l'empereur Napoléon, Comprenant les limites de l'Empire français et de la domination impériale en 1812» publiée en 1846.

 

 

 

Le fervent catholique

 

 

Ses obsèques furent organisées par sa veuve, Eugénie Voizot. Le discours prononcé par son ami, le Comte Franz de Champagny, nous apprend qu’il était fervent lecteur de «L'imitation de Jésus-Christ», ce manuel de piété en latin, datant probablement du XVe siècle qui fut l’ouvrage le plus imprimé après la bible, et jusqu’à l’époque contemporaine, en éditions populaires sans parler de sa traduction par le grand Pierre Corneille (7).  Mais c’est probablement dans sa foi profonde qu’il faut chercher au moins partiellement l’idée profonde de ce roman qui fait de Napoléon le grand Empereur du monde devenu catholique sous le pontificat d’un grand Pape. L’idée prophétique de la venue dans le monde d’«un grand Pape et d’un grand roi» est omni présente dans le monde catholique français au XIXe siècle en particulier:

 

 

 

 

«Prophetias nolite spernere, ornnia probate; quod bonum est tenete» Ne méprisez pas les phrophéties, n'examinez les et retenez ce qui est bon» écrit Saint Paul aux Thessaloniciens (V – 19-22). On en fait remonter l’origine à l’Apocalypse de Saint-Jean, qui sorti de l’huile bouillante fut relégué dans l’île de Pathmos d’où il l’écrivit. Cette croyance fut reprise par de nombreux prophètes ou visionnaires. La plus proche dans le temps de notre époque – mais il y en eut beaucoup d’autres - et l’une des plus connues, est celle de l’abbaye d’Orval qui fut répandue en France au début du XIXe. Notre pieux magistrat en eut de toute évidence connaissance (8).

 

 

LE «NAPOLEON APOCRYPHE»

 

 

 

Il est permis de se demander quelles furent les intentions de ce magistrat lettré dans la rédaction de cette fiction où nous le trouvons non plus austère, mais souvent pince sans rire? La première édition sous le titre de «Napoléon et la conquête du monde - 1812 – 1832» est de 1836 parue sans nom d’auteur.

 

 

 

Elle passa complètement inaperçue. Ce n’est qu'en 1841, après le retour des cendres, lorsqu'il eut vu la France émue se lever, comme un seul homme, pour saluer la dépouille mortelle de l'empereur qu'il remit son volume en vente chez Paulin, sous le titre de «Napoléon apocryphe. Histoire de la conquête du monde et de la monarchie universelle, 1812-1832 » et cette fois avec son nom. Le succès fut fulgurant. L’ouvrage sera de son vivant réédité en 1851 et probablement d’autre fois encore (9). Les commentaires de la presse furent à  la limite de la flagornerie  (10).

 

 

 

 

L’histoire commence à Moscou en 1812. Avant la conquête du Siam en 1824, la partie qui nous intéresse directement, Napoléon soumit l’Europe entière, le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord et éradiqua le mahométanisme qu’il considérait comme un obstacle majeur à son projet de conquête du monde. Voilà bien une question qui est d’une actualité brûlante au XXIe siècle!

 

 

Cette épopée le plus souvent sanglante occupe les deux tiers de son ouvrage qui comprend plus de 500 pages. Nous la résumons rapidement en notes (11).

 

 

 

 

La conquête du Siam

 

 

Le roman commence en 1812. Nous y trouvons quelques signes significatifs d’un ego démesuré et d’incontestables délires de mégalomane  jusqu’à la conquête de «notre Siam» par la Maréchal Gérard.

 

 

 

 

Nous sommes au début de l’année 1824. Rama II règne sur le Siam. La politique «coloniale» de Napoléon ne joue pas dans la finesse:

 

«Dans tous ces pays, l'empereur persistait dans le même système de conquête politique et religieuse ; il anéantissait la trace de l'ancienne domination en faisant enlever et transporter en Europe les rois et les familles royales entières, et partout aussi, sur la crête des pagodes et des forteresses, il plantait la croix avec son drapeau tricolore».

 

«Au moment d'être ainsi transporté sur un vaisseau français, le roi d'Anam fit demander  une audience au conquérant. « Que me voulez-vous? » lui dit Napoléon en entrant dans la salle  de l'entrevue. Le roi d'Annam, sans se servir d'un interprète, se dressa avec fierté, et lui dit en mauvais français : « Que vous me traitiez en roi. »  - « Vous avez lu l'histoire» lui répondit l'empereur avec un sourire railleur ; et lui tournant le dos, il s'adressa à ses généraux et dit : « Cet imbécile croit que j'ai fait trois mille lieues pour jouer une parodie ! » Et il sortit sans parler davantage au malheureux prince, qui fut en effet traité comme le reste des rois vaincus, traîné à bord d'un vaisseau et conduit en Europe».

 

 

 

 

Nous ignorons si le roi du Siam subit le sort de celui de l’Annam, on peut le supposer!

 

 

 

 

Toute l’Asie est conquise à l’exception de la Chine et du Japon qui le seront plus tard. Au retour d'une de ses expéditions en Asie, l'Empereur, saisi d'un pressentiment inconnu, fait disparaître, à l'aide de puissances destructives nouvellement découvertes, l'île de Sainte-Hélène au fond de l'Océan!

 

 

 

 

L'empire de Napoléon dépassait en étendue et en puissance les célèbres et passagers empires de Tamerlan et de Gengis-Kan. Calcutta est la capitale de la partie asiatique de l’empire.

 

 

 

LE LONG SÉJOUR AU SIAM

 

 

De tous les pays de l’Asie du Sud-est fraîchement conquise, c’est au Siam que l’empereur s’arrêta le plus longtemps, une année entière.  Cette étape fut-elle pour lui celle des délices de Capoue? L’intempérance de son tempérament était incontestablement à la limite de l’obsession sexuelle. La stricte religion de Geoffroy-Château et la pudibonderie de la bourgeoise France Louis Philliparde nous épargne les détails sur ce point.

 

 

 

 

Nous savons que, oú qu’il se trouve l'empereur n'oubliait  pas l'Europe et surtout la France. L'administration de l'empire était partout où il était lui-même datant ses décrets de Téhéran, de Samarkand, de Delhi, de Bangkok ou de Calcutta. Les décisions les plus obscures arrivaient d'une ville de l’immense empire (12). «Un grand nombre furent rendus à Siam». Notre magistrat – historien ne nous en cite malheureusement que deux. Ils valent d’être cités.

 

 

 

Le décret concernant la destruction de la mendicité.

 

.

Compte tenu de l’immense publicité qui fut faite à l’ouvrage lors de sa publication en 1841, on peut se demander si Louis-Napoléon Bonaparte, le futur Napoléon III n’y trouva pas quelques idées dans la rédaction de son célèbre pamphlet sur le paupérisme qui fut publié en 1844? (13). Quelles en étaient les dispositions principale, il est peut-être à l’heure où nous écrivons (2020) d’une actualité brûlante.

 

 

 

 

Il était tenu un registre des pauvres comportant soit ceux qui se reconnaissaient comme tels soit ceux qui étaient reconnus comme pauvres par les tribunaux. Ils étaient dès lors  mis à la disposition du gouvernement, qui pouvait le transporter à son gré sur tous les divers points de l'empire et même dans les colonies. L'État, le plus souvent, les répartissait dans les diverses communes de l'empire où ils étaient, avec leurs familles, entretenus, dans un rapport fixé, aux frais de l'État et de la commune. Chaque ville ou village était, selon ses revenus, chargé d'un nombre proportionnel  de pauvres, et obligé de les loger, vêtir et nourrir.  En contrepartie, les pauvres, ainsi sauvés de la misère et de la faim, demeuraient sous la surveillance de l'administration; ils restaient à sa disposition, ne pouvaient s'éloigner, sans permission et sous des peines sévères, de cette résidence; ils étaient enfin, dans certain cas, obligés à divers travaux d'utilité publique comme l'entretien des routes, des canaux et des propriétés de l'État ou des communes.

«Une pareille organisation des pauvres, qui  les jetait dans une classe aussi inférieure tout en pourvoyant à leurs besoins et à leur existence,  détruisit peu à peu la  mendicité, en excitant au travail. La honte d'être reconnu pauvre s'augmenta à ce point qu'il fallait être descendu aux  derniers degrés de la misère pour solliciter son inscription sur le registre. La paresse, qui s'accommodait si bien de l'aumône recula devant cette position nouvelle, car, si, dans cet ordre de choses, on trouvait les ressources de la vie, on y perdait la liberté. Le travail et l'exil du pays  natal y devenaient obligatoires, au gré de l'administration; les familles, si souvent insouciantes des misères de leurs membres, redoutaient cet  ilotisme dont l'opprobre eût rejailli sur elles, et  s'empressaient de venir à leur secours. Bientôt, les choses en vinrent à ce point que la mendicité  fut presque entièrement éteinte sur la surface de l'empire, et que le nombre des pauvres, qui, dans le premier recensement fait par le gouvernement, s'élevait à neuf millions cinq  cent mille , était, au bout de deux années, diminué de plus de moitié». Ce décret fut étendu à tout l’empire, Napoléon n’y voulait pas de pauvres.

 

 

 

Le décret sur la destruction de l’Égypte.

 

 

Ce texte extraordinaire est consécutif à des mouvements de révolte en Égypte. Napoléon par ailleurs voulait relier la méditerranée et la mer rouge pour ouvrir le route des Indes. L’Égypte se révolta et l’empereur dont le caractère rancunier est une constante lui voua une haine  féroce:

 

 «Ingrate Égypte ! s'écriait-il, terre sans foi et sans patrie, qui ne valait pas même la peine d'être conquise, et qui devait périr après une pareille trahison ». «Ce fut alors qu'il accomplit cet étrange châtiment  d'une nation condamnée à mort sans  retour, et qui allait être effacée de la surface de la terre».

 

«Il ordonna que le Nil fût détourné au-dessus  de Thèbes, et que, refoulé dans un lit nouveau,  il vint se jeter désormais à travers le désert  dans la mer Rouge. Ainsi détourné, le fleuve,  depuis Thèbes jusqu'à la Méditerranée, abandonna son vieux lit desséché et pestilentiel; bientôt les vents de l'ouest y amenèrent leurs tourbillons  de sable, et rétablirent dans ces plaines, qui  depuis la création leur étaient arrachées, le droit  du désert et de la mort; il n'y eut plus de vie et de fleurs dans ces contrées naguère si florissantes, et devenues désolées et brûlantes. Et tandis qu'une nouvelle Égypte se créait sur les nouveaux bords du grand fleuve depuis Thèbes jusqu'à la mer Rouge, l'ancienne, disparaissait de  plus en plus, s'abîmant dans des flots de sable  et de stérilité sous lesquels au bout de quelques années elle fut entièrement engloutie».

 

L’ancienne Égypte est donc devenue un désert mais la mégalomanie de Napoléon perdura:

 

«Après quoi Napoléon fit couper l'isthme de Suez; il rappela ces nations d'ouvriers qu'il  avait employées à la découverte de Babylone, et sous une pareille force ces travaux immenses furent bientôt achevés. En 1825 le détroit de Suez avait remplacé l'isthme de Suez; sa largeur était considérable, Napoléon ayant voulu creuser une mer et non un canal avec ses écluses comme on le lui conseillait: en vain lui disait-on que les élévations des eaux des deux mers étaient inégales, il dit qu'il les  aplanirait. Et en effet, lorsque les dernières barrières furent enlevées, et que les deux mers mugissantes se  précipitèrent l'une contre l'autre  leur furie fut courte; mariant leurs ondes, elles se firent  un niveau, et avec les vagues arrivèrent bientôt les flottes de l'Inde et de l'Europe qui traversèrent  à voiles déployées, et avec leur proues superbes, le nouveau détroit Napoléonien. L'Afrique se trouva être la plus grande île du monde».

 

Ainsi se termine l’aventure siamoise que ne concerne pas la suite de l’ouvrage.

 

Contentons- nous de faire référence à une autre question intimement liée à celle de l’éradication de l’Islam, celle de la question juive, d’une actualité tout aussi brûlante au XXIe siècle. Elle sera réglée de la même façon que Napoléon règle ses aventures amoureuses, à la hussarde. La religion fut éradiquée et faute d’obtenir la création d’un État juif à Jérusalem, l’empereur leur concèda l’île de Chypre qui devient la nouvelle Judée (14).

 

«Ainsi, tout fut fini; l'idolâtrie et le mahométisme avaient disparu, les protestantismes

étaient soumis, les schismes s'étaient ralliés, et la religion chrétienne, une et   réformée, régna sans partage sur l'univers et dans tous les cœurs».

 

 

Le drapeau tricolore portant la croix du Christ domina le monde entier. 

 

 

 

Napoléon va même imposer sa présence dans les cieux; «Deux étoiles avaient disparu ; la constellation  d'Orion n'existait plus : une nouvelle s'était formée de ses restes, et il fallait la reconnaître et la nommer. Les peuples voulurent encore voir là quelque  chose de Napoléon, et le monarque universel ne fut pas éloigné de prendre ce désordre de l'univers pour l'acte d'alliance de Dieu avec lui. Et lorsque quelques jours après  la science vint lui rendre compte de cette catastrophe, et lui demander ce qu'il fallait faire de cette constellation détruite, Napoléon s'arrogea ses débris, et, fier d'avoir quelque chose à démêler aux cieux, il lui donna son nom, Napoléon».

 

 

 

 

Parvenu au faîte de la toute-puissance terrestre, le héros est cependant impuissant contre la mort qui lui enlève un enfant chéri et qui bientôt le frappe lui-même, quand il ne voit plus au-dessus de sa grandeur que Dieu, et à ses côtés que le vide et les misères humaines dans une affreuse solitude d’âme. Il meurt le 25 juillet 1832.

 

Il faut bien évidemment voir dans cet ouvrage – avec nos yeux d’hommes de XXIe siècle – le tableau des égarements d'une ambition sans limites  et la démonstration que la puissance d'un seul homme est le pire des fléaux.

 

Ne peut-on aussi penser que la réalité fut plus grandiose que la fiction, en forçant  Napoléon, par le malheur et la souffrance, à se retrouver simplement un homme?

 

 

 

 

L’auteur d’ailleurs dit en tête de son ouvrage ce qui aurait pu être sa conclusion: «J'ai fini par croire à ce livre après l'avoir achevé. Ainsi, le sculpteur qui vient de terminer son marbre y voit un dieu, s'agenouille et adore» (15).

 

 

 

NOTES

 

 

(1) Voir Jean Hippolyte Daniel de Saint-Anthoine « Biographie des hommes remarquables de Seine-et-Oise » 1837.

 

 

 

(2) Plusieurs allusions sont faites à ses exploits dans le monumental ouvrage de Louis Reybaud « Histoire scientifique et militaire de l'expédition française en Égypte... » Publiée en 10 volumes à partir de 1830. Nous le trouvons également souvent cité dans « Vie, travaux et doctrine scientifique d’Étienne Geoffroy Saint Hilaire » par son fils M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire » 1847. Son fils en fait par ailleurs état dans son « Napoléon Apocryphe ». C’est la seule allusion qu’il fait à la mémoire de son père.

 

 

 

 

(3) Il fut l’un des contributeurs au « Formulaire général de procédure civile » publié en 1832 par Lenoir.

 

 

(4) Nous trouvons évidemment sa trace dans les diverses éditions de l’ « Almanach Impérial ».

 

 

(5) Voir le « bulletin de la société de l’histoire de France », 1859.

 

 

(6) Voir le bulletin de 1909 qui fait l’inventaire de ses apports.

 

 

(7) « Discours prononcé, le 13 juillet 1858, par M. le comte Franz de Chamagny aux funérailles de M. Louis-Napoléon Geoffroy-Château, juge au Tribunal de 1re instance de la Seine ». Celui-ci, royaliste et d’un cléricalisme virulent, né en 1804  était son contemporain.

 

 

 

(8) « Le grand pape et le grand roi ou Traditions historiques et dernier  mot des prophéties » 1871.

 

 

 

 

(9) Il fera l’objet de rééditions récentes (2007, 2009 et 2013).Il fut traduit en anglais dès 1842 sous le titre « Apocryphal Napoleon » et réédité en 1994 et 2016.

 

 

 

 

(10) De son vivant, citons, la liste n’est pas limitative : Le commerce du 28 octobre 1841 - Le Charivari du 29 octobre 1841 - Le journal des débats politiques et littéraires du 29 octobre 1841 -  Le courrier  français du 6 novembre 1841 - L'écho de la fabrique du 15 décembre 1841 - La démocratie pacifique du 11 mai1851.

 

A l’occasion de rééditions ou de lectures plus tardives : Le Figaro supplément littéraire du dimanche du 5 aout 1882 - Le Petit journal  du 27 avril 1896 -  L’intransigeant du 3 mai 1896 -  Le grand écho du nord de la France du 21 mai 1896 -  Le monde illustré du 23 mai 1896 - L'attaque 14 juin 1896 - Le XIXe siècle du 1er mai 1872 - L'Univers du 17 mai 1878 - Le Temps du 20 mars 1900 - L'œuvre du 10 mai 1921.

(11) Il commence son roman en 1812, après l'incendie de Moscou. Le 20 septembre, l’incendie est éteint. Il substitue à la désastreuse retraite une suite de victoires nouvelles jusqu’à  Saint Petersburg. Les armées russes et celle de Bernadotte leur allié sont anéanties. La victoire finale a lieu le 8 octobre et annoncée dans le Bulletin de la grande armée du 9. Il entre dans la ville sainte le 15. La Pologne est rétablie et Poniatowski en devient roi tributaire et le régime électif est supprimé.  La Suède et la Russie ne sont plus que des états tributaires qui doivent payer rançon et livrer leur flotte. En 1813 et de Saint Petersburg oú il s’attarde – maître de l’Europe entière – il prépare l’attaque de l’Angleterre après que l’Espagne et le Portugal aient été entièrement soumis et quitte la Russie en avril 1813. L’impératrice Marie-Louise lui ayant donné un second fils, Gabriel-Charles-Napoléon, il est désigné roi d’Angleterre le 22 avril 1814. L’Angleterre est anéantie le 4 juin 1814. « Napoléon se rendit à Westminster; il entra froidement dans la salle des séances de la chambre des communes auxquelles s'étaient joints les lords, il marcha rapidement jusqu'au fauteuil de l'orateur, et là, il déclara d'une voix retentissante que le parlement était dissous, et  détruit, ajouta-t-il. En même temps, les troupes qui le suivaient firent évacuer la salle, après quoi l'empereur ayant fait fermer les portes, en prit lui-même les clés, et ayant poussé son cheval jusqu'au milieu du pont de Westminster, il jeta avec force ces clés dans la Tamise, en s'écriant : « Il n'y a plus de parlement ! Il n'y a plus d'Angleterre ! »

 

Province française, elle est divisée en 22 départements et le drapeau tricolore flotte sur la tour. Le monarque déchu se voir attribuer comme feudataire l’Écosse et l’Irlande. Les colonies anglaises d’Amérique sont réunies à l’Empire qui dominait déjà les colonies espagnoles et portugaises et l’Alaska alors russe. Le malheureux Louis XVIII est expulsé de son refuge anglais et reçoit en piètre compensation l’île de Man. Le 15 août 1815, jour de sa fête, Napoléon revient à Paris et crée une fournée de ducs et de prince pour récompenser ses féaux.

 

Nous allons alors apprendre un incident significatif qui laisse apparaître un égo complètement démesuré s’il ne l’était déjà. Les habitants de Marseille voulaient faire élever une statue à son père Charles Bonaparte. Le refus est cinglant, il n’y a rien dans le passé qui le concerne. L’histoire commence avec lui.

 

 

 

 

Les délires mégalomaniaques vont alors continuer. A la mort du Pape Pie VII le 5 septembre 1815, après avoir pensé un instant se déclarer souverain de la chrétienté, se déifier en quelque sorte comme le fit Alexandre, il eut toutefois un éclair de lucidité et aussi ne voulut pas devoir ce titre suprême à une élection ! Il recommanda donc aux membres du Sacré Collège l’élection de son oncle, le cardinal Fesch. Le conclave s’y soumit plus ou moins bien et l’oncle devint souverain pontife. Il pensa un moment lui faire choisir le nom de Pape de Napoléon Ier mais comme il ne pouvait y avoir qu’un Napoléon Ier, le Pape soliveau devint Clément XV !

 

 

Les années 1815 er 1816 seront consacrées à l’aménagement de l’Empire par des travaux pharaoniques et la répression jusqu’en 1817 de mouvements centrifuges chez ses feudataires. Le triomphe est complet et même son frère Lucien, le seul qui osait encore sa qualifier de Bonaparte devient désormais roi de Suisse, républicain devenu roi d’une république !

 

 

L’Europe ne suffit plus alors et Alger est occupée en juin 1818 ainsi que toute l’Afrique du nord et ses trésors. Elle devint une colonie de peuplement ou furent transplantés plus de deux millions de français. Ce furent les premiers départements de la France africaine.  L’intérieur du continent fut conquis par la suite. Tombouctou en fut la capitale.

 

 

En 1821, il se lance à la conquête de l’Égypte, ce n’est qu’une promenade. Mais les  Turcs sont vainqueurs à Saint-Jean-D’acre. La riposte ne se fait pas attendre, le 20 juillet 1821 les Turcs sont anéantis. Le règne de Mahomet est terminé. L’empereur entre dans Jérusalem oú pourrissent des centaines de milliers de cadavres turcs. On marche ensuite sur Médine el La Mecque, les deux derniers foyers de l’Islam. C’est Eugène, roi d’Italie qui est chargé de la destruction totale des lieux les plus saints. Tout fut anéanti dans le sang et les flammes et la fameuse pierre noire fut adressée au Musée Impérial de Paris. « Cet événement fut le plus considérable dans les expéditions et les conquêtes de l'empereur ; le mahométisme était la seule force qui pût lutter au monde contre la sienne : elle brisée, Napoléon était bientôt le maître de la terre ». Il ne reste plus que l’Asie pour assouvir les ambitions napoléoniennes.

 

 

En décembre 1821, Napoléon est sur les rives de l’Euphrate. Il a commencé la reconstruction de Babylone plus conquérir difficilement l’Afghanistan. Partout où il passe, il détruit tous les symboles du mahométanisme, les mosquées et les prêtres. En 1822, il est au Cachemire après avoir conquis la Perse et le Béloutchistan en juillet 1822. La Tartarie est soumise en décembre.

 

 

En sortant de la Tartarie, il soumet partie du Tibet et de l’Hindoustan, traverse le Bengale et se trouve aux Indes en 1823. Il soumet la Birmanie après une brève résistance et le Maréchal Gérard conquiert sans difficultés la Cochinchine, le Siam, l’Annam et la péninsule de Malaga.

(12) C’est ainsi à Schönbrunn que fut pris le décret créant un Tribunal de commerce dans l’obscur département des Basses-Alpes, celui de Manosque, très cher à l’un d’entre nous !

 

 

(13) « L’extinction du paupérisme » fut publié depuis le fort de Ham oú Bonaparte était détenu à la suite de son complot manqué de Strasbourg. Nous y retrouvons une idée de Geoffroy-Château sur le lien entre le paupérisme et le vice. L’enfer étant, comme chacun sait, pavé de bonnes intentions, celles de Napoléon III ne furent jamais mises en application et son règne n’éradiqua pas le paupérisme.

 

 

(14) « Après avoir réuni les chefs religieux à Varsovie dans un sanhédrin qui dura un mois, tous les juifs de façon unanime abjurèrent leur religion et tous acceptèrent la foi catholique. L'île de Chypre venait d'être dévastée par  la peste, les habitants que ce fléau n'avait pas atteint avaient abandonné l'île avec effroi pour se retirer dans l'Asie mineure. L'empereur accorda cette île aux juifs, ils la repeuplèrent bientôt, et en firent le centre  de leur commerce et de leurs richesses. C'était la première fois, depuis leur dispersion, qu'ils se réunissaient sur une terre nationale ; ils y bâtirent une nouvelle Jérusalem, et l'île, appelée Nouvelle-Judée, ne cessa pas de faire partie de l'empire français, et d'être soumise directement à l'administration impériale ».

 

 

(15)  C’est un rappel de l'histoire de Pygmalion et Galatée  née de la mythologie grecque. Le sculpteur Pygmalion tomba amoureux de sa création, Galatée, une statue rendue vivante grâce à Aphrodite, la déesse de l'amour.

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