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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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4 mars 2020 3 04 /03 /mars /2020 22:34

 

L’orientalisme dans notre littérature a pris son essor au XIXe, même s’il était déjà apparu  dans les  Lettres persanes  de Montesquieu publiées en 1721. L’implication des grandes puissances en Asie du sud-est développa ce goût pour les mystères de l’Orient et ses fastes présumés qui suscita un véritable fantasme romantique en sus bien  sûr des récits de voyages illustrés par Pierre Loti.

 

 

Nous connaissons le mythique éléphant blanc omni présent dans la culture de cette région du monde, Birmanie, Laos et Siam. Il resta longtemps présent sur les drapeaux siamois

 

 

et lao.

 

 

Il fut aussi responsable de guerres sanglantes (1).

 

 

Les romanciers s’y intéressèrent: Nous avons avec amusement rappelé le roman burlesque de Robida daté de 1879 parlant de Saturnin Farandoul  parti à sa recherche ....

 

 

 

...qui nous semble sauf erreur ne pas avoir été le premier en date puisqu’il fut précédé en 1877 d’une comédie en un acte de L. Vaucher «L’éléphant blanc» (2).

 

 

Nous lui devons un conte de Villiers de l‘Isle-Adam, également un conte cruel daté de 1886 « La Légende de l'Éléphant blanc  » (3).

 

 

Citons encore le roman de Jacques Lermont «Siribeddi : mémoires d'un éléphant»  publié en 1896 qui nous narre l’histoire de Sibreddi qui découvre ce singulier animal (4).

 

 

Ce sont les «Mémoires d’un éléphant blanc» de Judith Gautier, fille de Théophile Gautier que Baudelaire appelait  «le parfait magicien des lettres françaises», qui nous intéresse. Elle est aujourd’hui injustement tombée dans l’oubli. Son roman qui a retenu notre attention  amusée fut publié en 1894 (5).

 

 

MÉMOIRES D’UN ÉLÉPHANT BLANC

 

C’est un roman remarquablement écrit et agréable à lire, destiné à la jeunesse mais peut-être pas seulement, dans le même esprit que Les Mémoires d’un âne de la Comtesse de Ségur, avec l’exotisme en plus.

 

 

Cette histoire est celle d’un éléphant d’une intelligence hors du commun, comme nous allons le voir. «Les anciens racontent que les éléphants ont écrit des sentences en grec et que l'un d'eux, même, a parlé. Il n'y a donc rien d'invraisemblable à ce que l'éléphant blanc dont il s'agit ici, le fameux Iravata, si célèbre dans toute l'Asie, ait pu écrire ses mémoires» (6).

 

 

Essayons de résumer cette historie sans trahir dans les trésors de son imagination mais sans la splendeur de son style car il est difficile de rivaliser avec cette plume (7).

 

DES FORÊTS DU LAOS AUX FASTES DE BANGKOK

 

Il est né dans les forêts du Laos. Il était humilié par ses congénères pour la couleur de sa peau: «Ma  peau, au lieu d'être grise et terreuse, comme celle de tous les éléphants,  était d'une couleur blanchâtre, rose par endroits. D'où cela  pouvait-il venir? Une sorte de honte s'empara de moi, et je pris l'habitude de m'écarter du troupeau, qui me repoussait, et de vivre en solitaire». Mais il s’aperçut vite que les hommes le énéraient et s’inclinaient devant lui.

 

 

Il les fréquenta beaucoup et apprit plusieurs langues: l’hindoustani, le siamois et un peu d’anglais. A 60 ans, la jeunesse pour un éléphant, il apprit à lire et à écrire.

 

 Il se retrouva après diverses péripéties au palais du roi de Siam et y fut salué par le roi lui-même. Celui-ci lui donna le nom de « Roi magnanime », avec le titre de mandarin de première classe, puis il posa sur son front une chaîne d'or et de pierres précieuses. Il fut ensuite conduit dans son propre palais. Il y est accueilli par le dernier éléphant blanc alors au Siam et nourri délicatement dans une vaisselle d’or et d’argent. Il fut béni par les bonzes. Il ne regretta plus la liberté de sa chère forêt. Le vieil éléphant qui l’accueille, Prince formidable, lui apprit qu’il était le dernier de sa couleur et que la  population siamoise s'en désolait. La raison de cette vénération était simple: « es hommes, lorsqu'ils meurent, se transforment en animaux; les plus nobles, en éléphants, et les rois, en éléphants blancs. Nous sommes donc d'anciens rois humains». Il passa dans ce luxe des années agréables avant le mort de Prince formidable suivie de l’arrivée d’autres éléphants blancs.

 

 

LE DÉPART POUR GOLCONDE

 

Une vie nouvelle va commencer: le roi siamois marie sa fille Saphir du ciel au prince de Golconde et notre ami fait partie de la dot en compagnie de son inséparable mahout. Avant le départ, on fit une station dans  «la pagode la plus riche de la ville, celle où l'on vénère un Bouddha taillé dans une émeraude qui n'a pas sa pareille au monde, car elle est haute de près d'un mètre et épaisse comme le corps d'un homme». Mais il ne sait encore s‘il doit rire et pleurer avec son mahout qui lui est attaché pour la vie.

 

 

 

«Le rajah de Golconde, mon nouveau maître, s'appelait Alemguir, ce qui signifie la Lumière du Monde. Il n'avait certes pas pour moi les égards auxquels j'étais accoutumé : il ne se prosternait pas, ne me saluait même pas ; mais il faisait mieux que tout cela : il m'aimait». Son nom est alors changé en celui d’Iravata, (Airavata) le nom de la monture du Dieu Indra.

 

 

Il n’est plus traité en idole mais en ami!  : «Je fus vite consolé de ne plus être traité en idole par le plaisir d'être traité en ami».

 

 

C’est la première des leçons de vie – il y en a d’autres - que Madame Judith Gautier donne à ses lecteurs. L’épouse siamoise du Rajah par contre qui a conservé les mœurs de son pays, se refuse à le monter considérant que ce serait un sacrilège puisqu’il était la réincarnation de l’un de ses arrière-grands-pères! Iravata devient la monture favorite du Rajah qu’il promène, conduit à la chasse au tigre

 

 

et qui lui apprend aussi l’art de la guerre.

 

 

Celle-ci va éclater avec le Rajah de Mysore. Il est alors équipé et caparaçonné en éléphant de guerre. La bataille fut terrible.

 

 

L’armée de Golconde fut défaite et Iravata blessé comme son maître. Le mahout y laissa la vie. La valeur d’un éléphant blanc était immense. Il fut merveilleusement soigné. Prisonnier, il n’était que légèrement entravé mais réussit à s’évader après avoir sauvé son maître en échappant aux poursuivants dont il fit grand massacre.

 

 

Dépourvus de tout, ils se réfugièrent dans une chapelle dédiée au Dieu Ganéça (Ganesh), ils y trouvèrent les vivres qui leur faisaient cruellement défaut, Ganéça n’est-il pas le dieu des éléphants ?

 

 

Ils se réfugièrent à Beejapour sans ressources. Le roi Alemguir  n’avait conservé que son sceau. Beejapour était alors aux mains des Anglais. L’état lamentable dans lequel se trouvait Alemguir en haillons, le firent accuser d’avoir volé l’éléphant blanc. Les barrissements indignés d’Iravata répondirent à cette méprise. Alemguir fut toutefois retenu prisonnier mais obtint de rencontre le gouverneur anglais: « Sir Percy Murray était un homme maigre et long, à barbe blanche, avec des yeux bleus, gais et vifs, des manières affables et un air de bonté et de franchise». L’hospitalité devint cordiale. Alemguir, par son sceau, avait pu justifier de son identité qui fut confirmée par des notables venus de Golconde. Le voyage de retour s’effectua en chemin de fer.

 

 

RETOUR A GOLCONDE

 

Saphir–du-ciel avait donné naissance à une petite princesse appelée Parvati, du nom de la déesse de la fertilité. La princesse apprenant la part prise par Iravata au retour de son mari et le décès du mahout déclara que puisqu’il était mort à la bataille, Iravata n'aurait plus que des serviteurs, Il s'était montré d'une intelligence trop supérieure pour avoir besoin d'être dirigé, et devrait être laissé absolument libre partout où il lui plairait de se promener.

 

 

Commence alors une nouvelle vie de rêve. Iravata est en admiration devant Parvati toujours de plus en plus belle et la surveille comme si elle était sa fille. Celle-ci échappa un jour à la surveillance de ses gouvernantes et tomba dans un lac d’où Iravata le sauva. Pour échapper au courroux de Saphir-du-ciel, les gouvernantes, deux négresses, accusèrent Iravata d’avoir jeté la petite princesse à l’eau. Iravata dénonça cet odieux mensonge et les deux coupables furent emprisonnées. Saphir–du-ciel poussa un cri du cœur : «O toi, mon aïeul inconnu!, toi, qui si manifestement nous protèges, accepte la garde de ma fille; je te la confie, que  toi seul veilles sur elle, et jamais alors l'angoisse ni l'inquiétude ne mordront mon cœur».

 

 

 

AU SERVICE DE LA PRINCESSE

 

Passèrent des années pendant lesquelles Iravata fut le gardien et aussi l’esclave de cette enfant. Elle lui apprit sa langue, l’hindoustani. Mais elle entra à l’âge où elle devait être éduquée par les Brahmanes et Iravata devait rester à la porte de la salle d’études. La petite princesse devint rapidement «belle comme le soleil et jolie comme la lune». Iravata assistait à sa toilette et à sa parure.

 

 

Mais l’étiquette pesait à la princesse. «Ah! disait-elle, être libre, n'être qu'une simple mortelle, faire seulement ce que l'on veut, sans souci de paraître sous un masque, sans être forcée de sourire quand on voudrait pleurer, d'être grave quand on voudrait rire.».

 

 

Iravata lui avait appris la nostalgie de sa forêt. Il s’enfuit alors avec elle dans des régions inconnues dans une forêt merveilleuse remplie de fleurs. Mais Parvati fut menacée par un serpent dangereux tapi dans l’herbe. Iravata réussit à l’écraser de sa masse mais hélas, la princesse resta étendue sur le sol sans mouvements.

 

 

L’ANACHORÈTE

 

Etait-elle morte? Les pleurs d’Iravata attirèrent un vieil anachorète qui lui apprit qu’elle n’était qu’évanouie. Il les conduisit dans sa modeste cabane et soigna la princesse avec des herbes dont il avait le secret.  Il lui donna aussi une leçon de vie: «O saint homme ! Se peut-il que vous viviez tout seul au  milieu de la forêt? Combien  vous devez être triste et malheureux ! — Non, enfant, répondit- il, ceux qui vivent avec leurs pensées ne sont pas seuls. Au lieu de regarder, comme vous, la vie qui passe ou est passée, je regarde en avant, vers le mystère d'après la mort, et il y a là de quoi occuper toutes les minutes du jour et de la nuit»...

 

Et il en donna une autre à Iravata: «Qu'il prenne garde cet éléphant, en se rapprochant de l'homme par la raison et la pensée, il gagnera aussi les défauts et les passions de l'homme. Je vois dans la suite de sa vie, je vois qu'il sera malheureux, et l'artisan de son malheur, à cause d'un sentiment trop humain».

 

 

LE MARIAGE DE LA PRINCESSE

 

Celle- ci apprit un jour à Iravata que pour des raisons de haute politique on voulut  la marier au prince Baladji-Rao, le fils du Rajah de Mysore qui avait fait la guerre à son père: «Je suis princesse. J'ai cru longtemps que cela signifiait que j'étais plus puissante, plus riche, plus libre que les autres mortelles. J'ai appris que ce n'est pas cela seulement. Nous nous devons, paraît-il, au bonheur du peuple, dont nous sommes les chefs, et notre devoir est, quelquefois, de leur sacrifier notre propre bonheur». La princesse lui montra une miniature de l’homme auquel elle devait se sacrifier, il était laid et avait l’air sournois bien que le portrait ait probablement été embelli La jalousie entra dans le cœur d’Iravata.

 

 

LA JALOUSIE

 

 A la première rencontre, le godelureau se montra odieux: «Tiens, disait-il, vous avez un éléphant blanc ? Je sais que dans certains pays on a beaucoup de vénération pour les animaux de cette espèce, à Siam, entre autres, la patrie de la reine votre mère. Chez nous, on est moins naïf, on aime les éléphants blancs pour la parade; mais on les estime moins que les autres, parce qu'ils sont moins robustes».

 

 

Un seul regard d’Iravata fit fuir le prétendant «Il avait bien fait de partir, je n'aurais pu me maîtriser, l'idée de l'écraser sous mes pieds, de le pétrir en bouillie m'était venue un instant, et malgré la honte que j'éprouvais d'un sentiment aussi coupable, je ne pouvais le chasser».

 

 

 

LA FUITE

 

Le jour de la noce approchait. Iravata, malgré son désir de tuer le prince, prit la décision de fuir. Il n’avait plus revu sa princesse. Mais une fois dans la forêt « les oiseaux ne voulaient plus y chanter et les fleurs ne voulaient plus s'y épanouir». Il alla  alors chercher refuge et conseils auprès de l’anachorète mais celui-ci avait disparu. Dans sa hâte de fuir, pas une seconde il n’avait pensé à la peine que son absence causerait à la princesse.

 

 

RETOUR  À LA HARDE

 

Le hasard lui fit alors rencontrer une harde d’éléphants sauvages. Il venait troubler leur quiétude et ils le regardèrent sans sympathie. Celui qui semblait leur chef s’écria: «Il ne faut jamais accueillir les étrangers; défions-nous des nouveaux venus, et loin de leur être favorables, chassons-les. Quand même cet éléphant serait noir, il faudrait le repousser puisqu'il n'est pas né dans cette clairière. Il est blanc, donc, à plus forte raison, nous devons le renvoyer d'ici. Et tous reprirent : — Oui! Oui ! qu'il s'en aille». Iravata prit donc la fuite.

 

 

RENCONTRE AVEC LE BRAHMANE

 

Il rencontra alors un brahmane endormi et  le réveilla de sa trompe. «Je ne sais d'où tu  viens. Mais bah! Qu’importe? Ne devons-nous pas accueillir les animaux aussi bien que les hommes? On dirait que tu veux devenir mon compagnon. Je baissai la tête, en signe d'assentiment, comme les humains».  Celui-ci se hissa alors sur son dos et les voilà partis à l‘aventure. Il va alors traîner une vie de misère avec son nouveau maître appelé Moukounji qui ne vivait que de charité. Grâce à Iravata la vie de Moukounji fut un peu moins misérable; il le louait pour transporter de lourds fardeaux, il se louait lui-même pour en porter de légers et le nourrissait de grossiers légumes. Cette vie monotone dura plusieurs années mais Iravata n’avait pas oublié sa princesse à laquelle il repensait souvent.

 

 

ÉLÉPHANT DE CIRQUE

 

Les voilà arrivés à Calcutta. Le malheur ou la chance d’Iravata voulut qu’y débarque un bateau de passages occidentaux dont l’un d’entre eux fut frappé par son intelligence en le voyant jouer avec un anneau de fer.

 

 

Il s’agissait de John Harlwick, directeur unique du Grand Cirque des Deux  Mondes.   Le brahmane accepta de faire partie du spectacle avec Iravata auquel le personnel de la troupe ne plut qu’à moitié. Voilà alors Iravata rebaptisé sur les affiches du cirque «le fameux éléphant Devadatta. frère de Ganéça, dans ses divers exercices, éléphant jongleur». Iravata eut grand succès mais aurait aux applaudissements préféré les caresses de Parvati. La vie de cirque dura quatre ans.

 

 

LE RETOUR AU PARADIS

 

Cette belle histoire se devait de connaître, en doutiez-vous,  une belle fin.

 

«Un jour, le Grand Cirque des Deux Mondes arriva à Bombay.  J'étais ce jour-là à bout de courage, écrasé de honte. Moi, le Boi-Magnanime, devant qui tout un peuple s'était prosterné, moi le guerrier farouche qui avais versé tant de sang ennemi, rendu le trône à un prince, été le compagnon aimé de la plus belle des princesses, j'en étais réduit à me montrer dans de grotesques parades, pour étonner et divertir des foules !». Dans la salle, une loge luxueuse était réservée pour de hautes personnalités dont Iravata ignorait qui elles étaient C’étaient le prince Alemguirm,  Saphir-du-Ciel et la belle Parvati. Celle-ci reprocha à Iravata sa fuite de Golconde mais lui apprit qu’elle était désormais veuve. Le Rajah traita avec le directeur du cirque  qui se montra à la fois digne et humble, devant le roi et la reine de Golconde et, avec beaucoup de loyauté, il déclara qu’Iravata ne lui appartenait pas, qu’il était engagé avec la troupe  avec son maître actuel, et que, d'ailleurs, il avait fait affluer tant de roupies dans la caisse qu'il ne devait que de la reconnaissance, tandis que le roi ne lui devait rien. Il quitta pour toujours le cirque avec  Moukounji qu’il  désira ne pas abandonner pour retourner aux côtés de sa princesse.

 

 

L’accueil de cet ouvrage par la presse littéraire fut particulièrement élogieux. N’en  citons qu’un qui fut de poids : «Madame Judith Gautier a voulu prodiguer les trésors de son imagination et les splendeurs de son style dans ces Mémoires d'un Éléphant blanc, qui nous promènent, à la suite de l'honnête Iravata, dans les fastueux décors du Siam mystérieux et de l'Inde. Tour dramatique et touchant,  ironique et tendre, ce récit passionnera enfants et jeunes gens; il enchantera aussi, nous en sommes certains, tous ceux, quel que soit leur âge, qui aiment les beaux contes pleins de poésie et de couleur, tous ceux qui savent quelle part exquise Mme Judith Gautier a recueillie dans l'héritage paternel. Il n'était pas aisé de rivaliser par le crayon avec le  style prestigieux de l'écrivain. Quel plus bel éloge faire du talent de MM. Mucha et Ruty que de reconnaître qu'ils n'ont pas été vaincus dans cette lutte et que leurs belles illustrations ajoutent au charme et à l’intérêt du livre» (8).

Certes, le succès des nombreux ouvrages de Judith Gautier s’est surtout répandu parmi l'élite intellectuelle charmée de ses œuvres originales dont le plus grand nombre tiraient leurs inspirations de l'Extrême-Orient, de la Chine et du Japon. Elle connut en  effet  de son vivant un vif succès qui n’était pas dû à la gloire de son père. Point n’est toutefois besoin d’être lettré orientaliste pour apprécier ses Mémoires d'un Eléphant blanc,

 

L’ouvrage est un peu décousu dans le récit de ces aventures débridées, mais le propos de son auteur n’était pas d’écrire une tragédie classique selon les règles définies par Boileau!

 

Judith Gautier appartenait à la catégorie de ces femmes érudites héritière de ces femmes lettrés qui, comme Madame de Sévigné qui ne parlait ni le chinois ni le japonais mais parfaitement le latin et le grec, savaient se mettre à la portée d’un grand public. L’Académie Goncourt s’honora de la recevoir en son sein.

 

 

Elle fut malheureusement victime de ces Infortunes littéraires qui font tomber dans l’oubli des auteurs qui ne le méritent pas.

NOTES

 

(1) Voir notre article 55  «Ayutthaya en guerre pour deux éléphants blancs. (1568?) »

http://www.alainbernardenthailande.com/article-55-ayutthaya-en-guerre-pour-deux-elephants-blancs-1568-112218606.html

Et notre article  RH 32 «LA TROISIÈME GUERRE CONTRE LES BIRMANS POUR DEUX ÉLÉPHANTS BLANCS EN 1563 (?)»

http://www.alainbernardenthailande.com/2018/07/rh-32.la-troisieme-guerre-contre-les-birmans-pour-deux-elephants-blancs-en-1563.1.html

(2) Voir notre article A 262 « VOYAGES TRÈS EXTRAORDINAIRES DE SATURNIN FARANDOUL À LA RECHERCHE L'ÉLÉPHANT BLANC »

http://www.alainbernardenthailande.com/2018/06/a-262-voyages-tres-extraordinaires-de-saturnin-farandoul-a-la-recherche-l-elephant-blanc.html

Louis. Vaucher ne semble avoir lassé de trace marquante dans la littérature française.

(3) La Légende de l'éléphant blanc  parut pour la première fois dans La Revue illustrée le 1er août 1886. C’est la triste histoire d’un riche anglais qui  résolut de doter le Zoological Garden d'un véritable éléphant blanc et envoie une expédition en Birmanie et engage à cette fin une équipe d’aventuriers. Il fut inséré dans son recueil «L’amour suprême» publié la même année.

(4)  Jacques Lermont est le nom de plume de Jeanne de Sobol, auteur de nombreux ouvrages pour la jeunesse que l’on retrouvait souvent dans les distribuions de prix des écoles.

(5) Née en 1845, elle fut mariée à Catulle Mendès, et s’en sépara, puis eut une  liaison avec Richard Wagner. Elle collabora avec Pierre Loti pour écrire la pièce «La fille du cie ». Elle était surtout une universitaire orientaliste de haut niveau connaissant le japonais et le chinois (mais pas le siamois) faisant par ses traductions de la poésie chinoise et japonaise la découvrir aux érudits européens. Elle devint en 1910 membre de l’Académie Goncourt. Ils étaient 10, ils devinrent 9 plus une! Elle y succéda à Jules Renard.

 

 

(6) Judith Gautier ignorait de toute évidence les recherches modernes sur l’intelligence de pachyderme mais n’ignorait probablement pas qu’Aristote considérait qu’il dépassait les autres animaux en compréhension.

 

 

(7) L’ouvrage est remarquablement illustra par Alphonse Marius Mucha et P. Ruty. Leurs gravures illustrent pour l'essentiel cet article.

(8) Journal des débats politiques et littéraires du 20 décembre 1893.

 

 

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commentaires

de barbeyrac 05/03/2020 08:33

Merci pour cette belle histoire romanesque!!!

de barbeyrac 05/03/2020 08:33

Merci pour cette belle histoire romanesque….