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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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18 mars 2020 3 18 /03 /mars /2020 22:14

 

Les Contes d'une grand’mère de Georges Sand furent publiés en deux volumes, en 1873 le premier sous le titre «Le château de Pictordu»

 

 

et la second en 1876 sous le titre «Le chêne parlant».

 

 

 

L’auteure était née en 1804, elle mourut en 1876. Elle était au crépuscule de sa vie. L’ouvrage était ainsi dédié à sa petite fille Aurore, née en 1866:

 

«A mademoiselle Aurore Sand,

 

Puisque à présent tu sais lire, ma chérie, je t'écris les contes que je te disais pour t'instruire un tout petit peu en t'amusant le plus possible. Tu apprends ainsi des mots, des choses qui sont nouvelles pour toi. Je me décide à publier un de ces contes pour que d'autres enfants puissent en profiter aussi : leurs parents ne m'en sauront point mauvais gré. Ta grand’mère» (1).

 

Cet ouvrage était-il la dernière étape du cheminement spirituel de Georges Sand qui fut aussi chaotique que sa vie? Il est pour l’un d’entre eux «Le chien et la fleur sacrée», assez énigmatique. Etait-il bien destiné à une petite fille de 10 ans? Le dogme de la transmigration des âmes et l’hypothèse de nos vies antérieures était-il à sa portée? Curieux ouvrage dans lequel, panthéiste dans son âme d’artiste elle n’est plus loin de  croire en la métempsychose en y faisant parler dans l’un de ces contes en deux épisodes un premier narrateur qui se rappelle avoir été chien, la dernière étape de ses existences vers l’humanité après qu’il avait été pierre, fleur, papillon puis poisson et ensuite un homme qui se souvient avoir été Fleur Sacrée, l’éléphant blanc.

 

 

MONSIEUR LECHIEN QUI FUT CHIEN

 

Georges Sand manifeste avec l’histoire de ce chien une merveilleuse connaissance des mœurs et de la capacité d’affection de cet animal si attaché. Le cadre du premier récit est un dîner qui a lieu chez un nommé Lechien, auquel assistent des amis et voisins, dont plusieurs enfants. Monsieur Lechien y raconte sa précédente  vie oú il fut un bouledogue blanc appelé Fadet. Ce fut sa dernière forme avant la forme humaine. Cet épisode du faire la joie non seulement des enfants mais aussi des amis des chiens comme l’était par exemple Victor Hugo.

 

 

Ces souvenirs merveilleusement contés sont évidemment exceptionnels car, comme nous le dit l’ancien chien qui ne se souvient plus de sa vie comme pierre, la mort a cela d'excellent qu'elle brise le lien entre l'existence qui finit et celle qui lui succède. Elle étend un nuage épais où le moi s'évanouit pour se transformer sans que nous ayons conscience de l'opération.

 

 

 

SIR WILLIAM QUI FUT ÉLÉPHANT BLANC.

 

Quelques jours après que Monsieur Lechien eut raconté son histoire, nous nous retrouvons avec lui chez un riche Anglais, Sir William qui parlait volontiers de ses souvenirs d’Asie où il avait beaucoup voyagé. Questionné par Monsieur Lechien s’il avait pratiqué la chasse à l’éléphant au Laos: «Jamais ! Je ne me le serais point pardonné. L'éléphant m'a toujours paru si près de l'homme par l'intelligence et le raisonnement que j'aurais craint d'interrompre la carrière d'une âme en voie de transformation».  La conversation dévie alors sur la migration des âmes exposée la quelques jours auparavant par Monsieur Lechien. Sir William se dit «bouddhiste d’une certaine façon». Les enfants s’intéressent alors à la conversation et, dit une petite fille, «Moi, cela m'intéresse et me plaît. Pourriez-vous me dire ce que j'ai été avant d'être une petite fille?». «Vous avez été un petit ange » répondit-il avec galanterie. «Pas de compliments ! Je crois que j'ai été tout bonnement un oiseau, car il me semble que je regrette toujours le temps où je volais sur les arbres et ne faisais que ce que je voulais» répondit l’enfant. «Eh bien, ce regret serait une preuve de souvenir. Chacun de nous a une préférence pour un animal quelconque et se sent porté à s'identifier à ses impressions comme s'il les avait déjà ressenties pour son propre compte» rétorqua l’Anglais. Et faisant référence à sa dilection pour l’éléphant qu’il estime supérieur en intelligence au cheval. Il rappelle alors que l’éléphant blanc est encore regardé comme un symbole et un palladium et que celui des temples de Siam est toujours considéré comme un animal sacré. Ce fut en contemplant cet animal au milieu des fêtes triomphales qu'il semblait présider, qu’il lui arriva une aventure singulière «En contemplant la majesté de l'éléphant sacré marchant d'un pas mesuré au son des instruments et marquant le rythme avec sa trompe, tandis que les Indiens, qui semblaient être bien réellement les esclaves de ce monarque, balançaient au-dessus de sa tête des parasols rouge et or, j'ai fait un effort d'esprit pour saisir sa pensée dans son œil tranquille, et tout à coup il m'a semblé qu'une série d'existences passées, insaisissables à la mémoire de l'homme, venait de rentrer dans la mienne».

 

 

Quoique réticent, l’Anglais va revenir sur les souvenirs brusquement réveillés par sa rencontre avec l’animal sacré, ce n’était plus un rêve!

 

«J’avais été éléphant, éléphant blanc, qui plus est, éléphant sacré par conséquent, et je revoyais mon existence entière à partir de ma première enfance dans les jungles et les forêts de la presqu'île de Malacca». Il y vivait heureux et libre bien avant la domination européenne dans les forêts du Mont Ophir. «Nous vivions seuls, ma mère et moi, ne nous mêlant pas aux troupes nombreuses des éléphants vulgaires, plus petits et d'un pelage différent du nôtre. Étions-nous d'une race différente? Je ne l'ai jamais su. L'éléphant blanc est si rare, qu'on le regarde comme une anomalie, et les Indiens le considèrent comme une incarnation divine».

 

Descendant de leur montagne à la recherche d’eau en saison sèche, les sources du Mont Ophir étant taries, ils rencontrent pour la première fois des hommes, une troupe à cheval. Pour s’emparer de l’enfant, ils tuent la mère. Il se retrouva dans un enclos en bambous et fut dompté par un homme qui avait manifestement de l’affection pour lui. La tribu qui s’était emparé de lui essayait d’en tirer le meilleur prix. Son gardien s’appelait Aor, «il était réputé le plus habile de tous dans l'art d'apprivoiser et de soigner les êtres de mon espèce. Il n'était pas chasseur, il n'avait pas aidé au meurtre de ma mère. Je pouvais l'aimer sans remords». Il arriva rapidement à comprendre son langage. Ils se trouvèrent dans la province de Tenasserim, dans la partie la plus déserte des montagnes en face de l'archipel de Mergui. Il reçut alors le nom de Fleur sacrée  et ne fit plus qu’un avec Aor.  « J 'avais environ quinze ans, et ma taille dépassait déjà de beaucoup celle des éléphants adultes de l'Inde, lorsque nos députés revinrent annonçant que, le radjah des Birmans ayant fait les plus belles offres, le marché était conclu. On avait agi avec prudence. On ne s'était adressé à aucun des souverains du royaume de Siam, parce qu'ils eussent pu me revendiquer comme étant né sur leurs terres et ne vouloir rien payer pour m'acquérir. Je fus donc adjugé au roi de Pagan et conduit de nuit très-mystérieusement le long des côtes de Tenasserim jusqu'à Martaban, d'où, après avoir traversé les monts Karens, nous gagnâmes les rives du beau fleuve Iraouaddy». Il marchait vers la gloire et le bonheur en compagnie d’Aor. Ils furent accueillis à la frontière birmane par une députation du souverain qui lui lit la lettre que lui destinait le roi: « Très-puissant, très-aimé et très-vénéré éléphant, du nom de Fleur sacrée, daignez venir résider dans la capitale de mon empire, où un palais digne de vous est déjà préparé. Par la présente lettre royale, moi, le roi des Birmans, je vous alloue un fief qui vous appartiendra en  propre, un ministre pour vous obéir, une maison de deux cents personnes, une suite de cinquante éléphants, autant de chevaux et de bœufs que nécessitera votre service, six ombrelles d'or, un corps de musique, et tous les honneurs qui sont dus à l'éléphant sacré, joie et gloire des peuples». Il lui fut confirmé qu’il ne serait pas séparé d’Aor son mahout. La marche vers la capitale Pagan fut triomphale. «Voilà ton empire. Oublie les forêts et les jungles, te voici dans un monde d'or et de pierreries!» lui dit Aor.

 

«Entre mes yeux brillait un croissant de pierreries et une plaque d'or où se lisaient tous mes titres. Des glands d'argent du plus beau travail furent suspendus à mes oreilles, des anneaux d'or et d'émeraudes, saphirs et diamants, furent passés dans mes défenses, dont la blancheur et le brillant attestaient ma jeunesse et ma pureté... et je vis avec joie que mon cher Aor avait un sarong de soie blanche brochée d'argent, des bracelets de bras et de jambes en or fin et un léger châle du cachemire blanc le plus moelleux roulé autour de la tête...»

 

 

Cette vie de rêve en compagnie de son fidèle mahout dura plusieurs années.

 

«Le roi me chérissait et veillait avec soin à ce que ma maison fût toujours tenue sur le même pied que la sienne. Mais aucun bonheur terrestre ne peut durer».

 

Engagé dans une guerre désastreuse, le roi Birman fut vaincu et exilé et le vainqueur garda l’éléphant blanc «comme un signe de sa puissance et un gage de son alliance avec le Bouddha ; mais il n'avait pour moi ni amitié ni vénération, et mon service fut bientôt négligé». Maltraité ainsi qu’Aor, Fleur sacrée voulut fuir avec lui vers les forêts de son enfance. Pour échapper à la rapacité d’éventuels  poursuivants, Fleur sacrée avait convaincu Aor de la couvrir de boue pour qu’il ressembla à un éléphant ordinaire! Ils réussissent et gagnèrent les forêts sauvages et inexplorées des monts Karens oú ils retrouvèrent santé et forces. «Nous n'approchâmes de nos anciennes demeures qu'avec circonspection. Il nous fallait vivre seuls et en liberté complète. Nous fûmes servis à souhait. La tribu, enrichie par la vente de ma personne à l'ancien roi des Birmans, avait quitté ses villages de roseaux, et nos forêts, dépeuplées d'animaux à la suite d'une terrible sécheresse, avaient été abandonnées par les chasseurs. Nous pûmes y faire un établissement plus libre et plus sûr encore que par le passé» (…) Nous passâmes de longues années dans les délices de la délivrance. Aor était devenu bouddhiste fervent en Birmanie et ne vivait plus que de végétaux. Notre subsistance était assurée, et nous ne connaissions plus ni la souffrance ni la maladie». Mais au fil des ans, vint la mort d’Aor dont les cheveux avaient blanchi. «Un jour, il me pria de lui creuser une fosse parce qu'il se sentait mourir. J'obéis, il s'y coucha sur un lit d'herbages, enlaça ses bras autour de ma trompe et me dit adieu. Puis ses bras retombèrent, il resta immobile, et son corps se raidit. Il n'était plus».

 

Fleur sacrée se laissa alors mourir sur la tombe qu’il lui avait creusée.

 

La prospérité de Pagan avait disparu avec Fleur sacrée. «Le Bouddha était irrité du peu de soin qu'on avait eu de moi, ma fuite témoignait de son mécontentement... Pagam avait été le séjour et l'orgueil de quarante-cinq rois consécutifs, je l'avais condamnée en la quittant, elle n'est plus aujourd'hui qu'un grandiose amas de ruines».

 

 

Cette belle histoire pleine de charme rappelle les meilleurs temps de l’auteur de la Mare au diable. Anatole France qui n’était plus un enfant parle d’une œuvre «toute d’amour, d’intelligence et de beauté» (2).

 

 

 

Nous avons tenté de la résumer, elle fait une soixantaine de pages. Elle captiva évidemment les enfants pendus aux lèvres de Sir William. Il ne pouvait en être autrement. Les très longues descriptions ont la méticuleuse précision d’un explorateur attentif, le talent poétique en supplément. Elles dénotent une parfaite connaissance des lieux et des us et coutumes en vigueur en Asie du sud-est à cette époque décrits de façon surabondante dans les multiples récits de cette époque mais de façon plus austère!

 

 

La fin de l’histoire toutefois va faire de ce conte pour enfants un conte philosophique et nous permettre de retrouver la philosophie de Georges Sand: «A présent, puisque nous avons tous été des bêtes avant d'être des personnes, je voudrais savoir ce que nous serons plus tard, car enfin tout ce que l'on raconte aux enfants doit avoir une moralité à la fin, et je ne vois pas venir la vôtre» dit une petite fille. Son frère ajouta «Si c'est une récompense d'être homme après avoir été chien honnête ou éléphant vertueux, l'homme honnête et vertueux doit avoir aussi la sienne en ce monde».

 

Elle n’oublie naturellement pas sa foi végétarienne par la voix de l’Anglais: «J'ai vu des races entières s'abstenir de manger la chair des animaux, un grand progrès de la race entière sera de devenir frugivore, et les carnassiers disparaîtront. Alors fleurira la grande association universelle, l'enfant jouera avec le tigre comme le jeune Bacchus, l'éléphant sera l'ami de l'homme, les oiseaux de haut vol conduiront dans les airs nos chars ovoïdes, la baleine transportera nos messages. Que sais-je ! Tout devient possible sur notre planète dès que nous supprimons le carnage et la guerre».

 

 

C’est la foi en un avenir meilleur de l’humanité.

 

 

NOTES

 

(1) La petite-fille de G. Sand à qui elle s'adresse, devenue Aurore Lauth-Sand, évoqua l'enchantement que furent pour elle et sa sœur Gabrielle les contes que leur grand'mère leur contait pour les endormir dans ses « Souvenirs de Nohant », Revue de Paris, 1er septembre 1916, pp 81-109.

 

 

(2) «Le Temps» du 18 avril 1876.

 

 

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commentaires

Shana 19/03/2020 17:56

J’aime beaucoup votre blog. Un plaisir de venir flâner sur vos pages. Une belle découverte et un blog très intéressant. Je reviendrai m’y poser. N’hésitez pas à visiter mon univers (lien sur pseudo) Au plaisir.

grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b 21/03/2020 05:07

Merci