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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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9 avril 2020 4 09 /04 /avril /2020 02:12

 

Nous avons dans un précédent article A 358 parlé de « l’arrivée du  bouddhisme de part et d’autre du Mékong » au vu d’un article portant la signature du  Capitaine Achard et la présentation de Philippe Drillien, portant le titre « Le Bouddhisme au Laos à travers la philatélie» publié dans un numéro spécial de la revue Philao, le bulletin de l’Association Internationale des collectionneurs de timbres-poste du Laos.  Nous vous disions que ce titre n’était qu’en apparence réducteur puisque la philatélie n’est que l’illustration d’un texte qui ne concerne pas seulement le Laos mais également pour une immense partie, l’Isan et pour une grande partie l’ancien Siam. Nous continuons la publication de la suite de la synthèse du Capitaine Achard, une description vivante du bouddhisme en deux chapitres, ses fêtes religieuses et les bonzes et les fidèles. Tout cela date de plus de 60 ans, et depuis, il a coulé beaucoup d’eau dans le Mékong et nous allons portant retrouver des descriptions qui sont toujours au moins partiellement valables au XXIe siècle.

 

 

Tout a donc changé au Laos?

 

Le pays est devenu indépendant en 1954 et a basculé dans le communisme il y a 45 ans. Les gouvernements communistes ont la mauvaise habitude de ratifier des constitutions qui garantissent la liberté des religions avant de les ignorer. Le 5 juillet 2002, le gouvernement lao a publié un décret intitulé «Sur le contrôle et la protection des activités religieuses». Le statut des religions dans la société y est clairement défini dans le texte : «L'unique but des activités d'une religion en République démocratique du Laos ne peut être que d'appuyer et servir le développement du pays» dans la ligne des politiques religieuses chinoise et vietnamienne qui subordonnent les religions aux objectifs définis par l'Etat. Le  bouddhisme toutefois qui représente entre 55 et 60 % de la population ne semble pas pâtir de ces mesures contraignantes. Les Laos dominent la vie politique nationale, et les dirigeants politiques laos appartiennent de fait, au moins sur le plan culturel, au bouddhisme theravada. En pratique, cela signifie que les moines bouddhistes et les pagodes ne sont pas soumis aux mêmes restrictions que les membres d’autres religions et autres lieux de culte. Au niveau national, cette proximité entre le bouddhisme et l’État signifie que Sangkharat, le patriarche suprême du bouddhisme au Laos, entretient des relations étroites avec les dirigeants politiques du pays. De même, dans les provinces, il n’est pas rare que des représentants du gouvernement invitent des moines bouddhistes pour bénir de nouveaux bâtiments. Il y aurait dans un pays de 7 millions d’habitants 22.000 moines et plus de 6.000 temples en activité. En dehors de communautés très marginales de chrétiens et de musulmans, les populations des ethnies – nombreuses au Laos sont pour l’essentiel animistes pratiquent des cultes tribaux. Bouddhisme et animisme font bon ménage comme en Isan.

 

 

En comparaison, dans la Thaïlande de 70 millions d’habitants et selon l’office national du  bouddhisme (สำนักงานพระพุทธศาสนาแห่งชาติ) il y a 41.205 temples bouddhistes dont 33.902 ayant une activité monastique. En 2014 elle comptait 290.015 moines et 58.418 novices. Dans la province de Mahasarakham qui passe pour être la plus profonde de l’Isan profond et qui comporte un moins de 1 million d’habitants répartis dans 1804 villages, il y a 873 temples inventoriés pour 4.679 moines et 701 novices.

 

 

Tout a donc changé en Isan?             

 

Région déshéritée il y a 60 ans, dépourvue de moyens de communication, le chemin de fer ne l’a jamais atteinte, les chemins de terre étaient impraticables en saison des pluies, l’électrification n’a commencé que dans le début des années 80, la région vivait en économie de subsistance. Ne la décrivons pas aujourd’hui oú les moindres villages ont accès au Wi-Fi rapide, oú tous pianotent sur leur tablette et tous ont accès pratiquement gratuitement à des dizaines de chaînes de télévision. Cela ne les empêche pas de croire aux fantômes.

 

Et pourtant, nous retrouvons il y a 60 ans cet aspect du bouddhisme comme nous le connaissons.

 

Cette omniprésence du bouddhisme explique au moins pour partie même s’il y a d’autres causes,  l’échec cuisant de l’insurrection communiste en Isan entre 1965 et 1980 (1) et en corollaire la bienveillance manifestée par les dirigeants communistes du Laos à l’égard du bouddhisme.

 

 

Et tout comme au Laos, coexistent deux structures religieuses différentes, l'une animiste ancienne, l'autre bouddhiste.

 

Reprenons le texte du  Capitaine Achard

 

LES FÊTES RELIGIEUSES

 

Aujourd’hui, le calme et la prospérité revenus, le villageois tranquille règle sa vie sur le calendrier bouddhique. Qu’il me soit permis de montrer, sur la période d’une année, la vie d’un bon Lao. Commençons à le prendre le jour du Boun Pi May, le nouvel An lao qui se situe entre le 6e jour de la lune décroissante du 5ème mois et le 5ème jour de la lune croissante du 6e mois, c’est-à-dire, aux environs du 14 avril. Grande fête, s’il en est, puisqu’elle dure trois  jours en province et huit jours à Luang Prabang. Le Lao l’inaugure en accomplissant, avant toute chose, l’œuvre  pie et ardemment souhaitée de laver, nettoyer et parfumer les innombrables statues du Bouddha dans les maisons et  les pagodes ; ensuite, se joignant au village, il va au fleuve proche, transporter du sable et édifier des that, geste propitiatoire entre tous puisque chaque grain lave un péché et exauce un vœu (2).

 

 

Aussitôt après, c’est la pleine lune du 6e mois, date importante entre toutes, puisqu’elle vit la  naissance, l’illumination et la mort du Bouddha. C’est la fête du Boun Bang Faï ou fête des fusées (3). Qui n’a assisté au défilé des fusées et aux danses carnavalesques, frisant, il faut le dire, la pornographie, ne se doute pas de la ferveur qui, alors, transporte les esprits. Il faut, en ce même jour, voir les pieuses processions, conduisant des Naga à l’ordination ou des bonzes à l’ondoiement.  (Les Nak ou naga sont des génies ophidiens. Les Lao leur ont consacré de nombreuses légendes et, dans le calendrier Lao, l’Année du Naga remplace celle du Dragon. Le naga est souvent utilisé comme élément décoratif, notamment dans les rampes d’escalier de pagode, dans les hang lin et dans les faitières de toits de pagode) (4).

 

 

Il faut regarder à l’intérieur des pagodes les hommes et les femmes accroupis, répéter les Saints Commandements et se prosterner dévotement après chaque péroraison du bonze qui prêche. Dehors, certes, la foule crie et les fusées partent dans des explosions de joie populaire, mais il faut comprendre que ce furent ces fusées qui mirent le feu au bûcher du Très Saint, qu’elles sont signe de joie, car aussi bien la mort est la délivrance et le Bouddha ne fut véritablement paravirvané qu’en se consumant dans le feu. Peu après, c’est le début de la saison des pluies, rappelant aux hommes le prochain recommencement des travaux du cycle agricole.

 

 

Par égard pour mes amis Lao, je voudrais rectifier ici la croyance répandue du « dolce farniente » laotien (5). Au Laos, l’industrie est encore inexistante ; chacun doit subvenir à tous ses besoins et dans les campagnes, où les villages vivent en pleine autarcie, la division du travail et la spécialisation sont inconnus. Le Lao forge ou rétame le soc de sa charrue ; c’est lui-même qui en redresse le manche, qui  confectionne les brancards et les jougs ; c’est lui qui répare la charrette héritée directement des Khmers d’Angkor et dont la forme n’a pas varié depuis le IIIe siècle ; c’est lui qui fabrique herses et couteaux ; c’est lui qui va dans la forêt chercher les fibres si solides et dont seul il connaît l’essence – dont il fera des cordes pour ses bœufs ou ses buffles ; c’est lui qui en vue des poissons que la pluie rappelle à la vie, doit fabriquer des engins de pêche en bambou, chanvre et ramie. Et c’est encore lui qui répare la toiture qui s’effrite, qui va chercher la paillote de remplacement nécessaire, qui répare le métier à tisser et soigne le buffle malade… Cependant qu’il faut chercher les repas de chaque jour, qu’il faut encore nourrir les enfants et les  bonzes.

 

 

Or, il n’y a pas de marché au village lao, et domestiques et ouvriers y sont inconnus ; chacun ne peut compter que sur soi-même, tant pour son entretien que pour sa subsistance. J’ajoute que le Lao considérerait comme un péché de manquer de servir un repas à son bonze ou de ne pas lui offrir le padèk (saumure de poisson) des ordinaires misérables (6).

 

 

Pour le bonze, il élèvera des poulets et des canards ; les meilleurs fruits et primeurs sont pour le représentant du Bouddha, pour celui qui est la source de tous les mérites entre les morts et les vivants. Faut-il enfin, parodiant La Fontaine, pour faire du Laotien une peinture achevée, outre sa femme, ses enfants et ses moines, invoquer les impôts, les corvées et les travaux de route, les  coups de main à donner aux voisins en toutes circonstances, dans l’érection d’une maison comme dans les actes importants des travaux agricoles ? Voilà bien des travaux dont ne se doutent guère ceux qui accusent notre homme de paresse. Toujours avec le sourire le Lao en vient à bout, se levant avec le coq et rentrant à la nuit. N’a-t-il pas, en compensation, le droit, ainsi qu’il l’affirme, de rester à contempler son riz qui pousse au souffle de la brise, en prenant mille coloris suivant les heures du jour ? N’a-t-il pas, non plus, le droit de rêver parfois à la lune ou de musarder au soleil quand ses provisions sont faites, sa maison réparée et son grenier rempli ?

 

 

Mais voici le retour des fêtes des disparus, précédé par une cérémonie grandiose qui met tout le village en émoi. Les hommes en pérégrination ont réintégré les pagodes ; celles-ci sont nettoyées, et aussi les maisons et les ruelles des villages. En ce début de saison au cours de laquelle, empêché par la pluie, le Bouddha s’était retiré dans le jardin de Jétavana, chacun tient à faire un retour sur soi-même et, comme les Bonzes qui vont hebdomadairement se livrer à la confession générale, ainsi chaque habitant veille sur sa conscience et travaille à son salut. Je passe sous silence le jour solennel - la pleine lune du 8ème mois - du défilé des cierges et des habits d’offrandes, à l’achat desquels tout le monde a contribué ; mais j’insisterai sur les trois mois de ce carême, ou Vatna, pendant lesquels régulièrement, toutes les semaines, chacun vient faire ses offrandes à la pagode, écouter les prônes et pratiquer les huit Commandements :

• ne tuer ni homme ni bête.

• ne pas prendre ce qui est à autrui.

• ne pas toucher à la femme d’un autre.

• ne pas dire ce qui n’est pas vérité.

• ne pas abuser de ce qui peut enivrer.

• ne pas se nourrir l’après-midi.

• ne pas s’orner ni se parfumer.

• ne pas se coucher sur des matelas ou des lits trop hauts.

 

 

C’est au cours du carême qu’ont lieu les deux fêtes des morts, le Ho Khao Pachap Dinh (fin du 9e mois) et le Ho Khao Slak, à la pleine lune du 10e mois.

 

C’est aussi la période la plus digne, celle où les Lao gardent le plus de retenue. C’est le moment des défilés hebdomadaires des hommes et des femmes de tous âges se rendant à la pagode pour entendre le récit monotone des leçons de morale et la relation des vies du Boddhisatva. Fête des morts, débauche d’offrandes ; cigarettes et chiques de bétel, gâteaux et fruits ; depuis longtemps on est allé chercher les uns, depuis longtemps on a confectionné les autres. En vain la gourmandise des enfants pleure-t-elle après tant de bonnes choses. Leurs mères répondant qu’il ne faut pas se servir avant les bonzes et que toutes ces choses excellentes sont destinées à la soeur ou au frère disparu, aux grands oncles et aux grands-pères qui ne sont plus. Pour comprendre la joie des enfants et la liesse générale de ces deux jours mémorables, il faut se reporter au calendrier chrétien, à Pâques et à Noël. Partout friandises et gâteaux de toutes sortes  sont accrochés dans un poudroiement de poussière, il y en a à l’entrée des maisons, dans les pagodes, sur les barrières et même jusque sur les tombeaux…Le Lao en ces deux jours a suspendu tous les travaux champêtres et, mettant en pratique les Commandements du Parfait, médite sur le sens profond de la vie en se livrant à des occupations anodines (7).

 

Puis c’est la sortie du Carême marqué surtout à Vientiane par les courses de pirogues sur le Mékong (8).

 

 

Ensuite vient la fête des reliquaires qui marque l’époque heureuse de la moisson, c’est la fête du 3e mois enfin, pendant laquelle l’homme, libre de tous travaux urgents, se livre sans réserve au plaisir et à la dévotion. Et le quatrième mois arrive, qui ouvre l’époque de la grande charité, les fêtes du Phra Vêt (ou Pravet) le Boddhisatva qui abandonna sa  femme, ses enfants et son cheval.

 

 

A son exemple, chacun se dépouille et ces fêtes  de village n’ont d’équivalent que le Kan Thin, au cours duquel on offre aux bonzes  des effets d’habillement. Le Bouddha l’a dit : « La richesse sur terre  ne doit être recherchée que juste pour la nourriture de l’individu et les aumônes à faire… à la mort, nul n’emporte avec soi ces biens matériels qu’il serait déraisonnable de trop rechercher ». Fidèle pratiquant, le Lao se contente de peu et fait beaucoup d’aumônes ; à l’envi,  il cite des exemples de justice immanente  prouvant que le bien mal acquis ne profite jamais.

 

 

LES BONZES ET LES FIDÈLES

 

Mais qui sont donc ces bonzes, si vénérés au Laos ? Ce n’est ni plus ni moins qu’une confrérie de moines ou religieux, vivant selon les règles du Sangha (ou Communauté) qui furent établies au Concile bouddhique de Rajagriha, tenu sitôt après la mort du Maître, Concile qui fut présidé par son disciple favori Ananda, lequel a, par ailleurs, de nombreux traits de ressemblance, avec le saint Jean de l’Evangile. Ces bonzes ne se distinguent des laïcs que par leur tête entièrement rasée ainsi que les sourcils.

 

 

Leur costume est composé de trois pièces de cotonnade jaune vif. La première est nouée à la ceinture en long pagne, la deuxième tendue en écharpe sur une épaule, la troisième drapée en toge sur la même épaule tandis que l’autre épaule reste nue. Si les plus vieux, les Chao houa samret ont choisi de rester moine jusqu’à la fin de leurs jours, la plupart n’ont pris l’habit que pour un temps plus ou moins long : de tradition, tout Lao se doit de porter la robe jaune au moins quelques mois. Il s’ensuit qu’un Lao, environ sur dix, est moine. Si l’on met à part une élite qui s’adonne à l’étude des textes en pali, la langue sacrée, celle-là même que, paraît-il, parlaient le Bouddha et quelques bons maîtres d’école, la majorité reste formée d’honnêtes campagnards, qui ont de l’instruction. Pour ce qui est des bonzes temporaires, l’échelle des valeurs vaut à peu près celle des militaires du contingent. Il y a un peu de tout : des princes, des fonctionnaires grands ou petits, des paysans, des citadins et des coolies ; il y en a qui sont munis de titres ou de diplômes européens, d’autres qui ne lisent pas sans peine les paroles du Maître. Il y en a qui s’efforcent d’observer strictement la règle, d’autres qui se contentent de ne pas enfreindre les grandes défenses. Il y a même de doux rêveurs qui, dans les régions riches, se tournent les pouces en attendant qu’on les nourrisse. Le monastère ou Vat  est parfois le refuge de pauvres campagnards qui n’ont même pas un lopin de terre - et il n’est pas d’usage au Laos que le paysan se loue, il sert aussi d’abri au citadin chômeur. Nourri, logé, ne payant pas l’impôt, celui-ci attend, pour quitter la robe, de trouver un emploi de  gratte-papier ou de planton. S’il a la possibilité de travailler la terre, il croirait déchoir en le faisant ; il attend une place de bureaucrate, poussant à l’extrême la patience bouddhique, satisfait s’il  mange à sa faim. Etant donné le nombre accru des monastères et leur encombrement depuis quelques années, il en est, en effet beaucoup où, malgré la générosité des fidèles, le bonze se serre un peu la ceinture.

 

Il s’agit donc, en ce qui concerne les bonzes, de savoir distinguer non seulement les moines temporaires mais aussi moines volontaires et moines par nécessité. De toute façon il faut reconnaître qu’une fois rentré à la pagode chacun s’efforce de respecter pour le mieux les règles bouddhiques.

 

 

Il est vrai aussi que si le Lao a le plus grand respect pour ses bonzes et assure leur subsistance, il les surveille aussi fort étroitement et n’admettrait pas de leur part le moindre manquement à la règle. Le Code Lao est également fort sévère pour les religieux puisque en cas de crime ou délit de leur part, la peine est double de celle d’un laïc et entraîne obligatoirement le dépouillement de l’habit religieux et l’expulsion de la pagode. Pour ne citer qu’un exemple, tout bonze qui aura eu des rapports sexuels avec une femme ou une jeune fille est puni de cinq ans de prison ferme avec la même peine pour sa partenaire. Le clergé est fortement hiérarchisé. Chaque monastère est sous l’autorité d’un supérieur, le chao vat ou chao atikan lequel relève d’un chef provincial, le chao lasakhana lequel relève à son tour d’un chef suprême, dont le siège est à Vientiane. Il existe au Laos deux sectes distinctes : la grande secte Mahanikay et la petite secte Thammayut.

 

 

Cette dernière, d’origine siamoise et aristocratique, qui prétend revenir à la lettre des vieux textes sacrés au détriment des spéculations métaphysiques se distingue surtout par une admiration sans borne de tout ce qui vient du Siam, une grande vénération de quiconque porte un titre de noblesse  et un parfait mépris de la secte traditionnelle Mahanikay, « le grand tas », la secte du vulgaire, celle du peuple. A l’heure actuelle, il faut reconnaître que la grande masse est restée fidèle à la secte Mahanikay qui constitue la grande masse des bouddhistes Lao.

 

La religion imprègne entièrement la vie quotidienne du Lao. Tous les jours il se lève au chant du coq. Son riz est cuit à l’appel des gongs annonçant la prochaine quête des bonzes et quand ceux-ci arrivent au village, tout le monde est prêt à remplir leur écuelle de riz bien chaud. Cependant que ceux qui viennent faire leur première aumône de la journée, font des libations pour attester la déesse de la terre et formuler leur souhait, les domestiques, les vieilles personnes ou la jeune fille de la maison portent à la pagode le  repas matinal des bonzes. Sur ces sentiers uniques des villages lao, ils partent en file, s’appelant les  uns les autres, le fléau sur l’épaule, ayant accroché, derrière la corbeille de vivres et devant, les paniers de riz. Eux aussi, font acte méritoire et recevront peu après la quotidienne bénédiction traduite ainsi pour Thao Nhouy Abhay (9) :

 

Gna’Tha : « Les fleuves sont pleins, ils alimentent et remplissent les océans. Ainsi les aumônes que vous faites en ce moment parviendront à ceux qui ne sont plus.

Les récompenses que vous souhaitez, puissent-elles vous être accordées rapidement. Puissent tous vos désirs être exaucés – pleins comme la lune du quinzième jour. Et puissent-ils briller comme la pierre précieuse qui resplendit toujours de son plus brillant éclat ».

Sapphi : « Disparaissent toutes les malignités. Disparaissent les maladies et les fièvres. Disparaissent  les dangers. Ayez une longue vie. Seront votre apanage les quatre joyaux de l’enseignement : vieillesse, santé, bonheur, force, à vous qui avez toujours agi avec humilité et douceur à l’égard   des vieillards ».

Phavatou Sab : « De par la puissance du Bouddha, de son enseignement et de la Communauté,  puissent tous les bonheurs vous échoir. Puissent les divinités vous protéger et puissiez-vous être toujours en bonne santé ».

 

 

Alors, eux aussi font la libation, attestant Nang Thorani, la déesse Terre. Ils transmettent leur aumône à ceux qui ne sont plus, leurs morts et les morts errants, sans famille et sans entretien ; ils  leur souhaitent de bientôt renaître, demandant pour eux-mêmes une meilleure vie humaine à défaut de la condition suprême d’arahat, la condition du Bienheureux qui ne renaîtra qu’avec le  futur Bouddha.

 

 

 

Alors, et alors seulement, le laotien prend son petit déjeuner et se rend à ses occupations. Le soir, à nouveau, avant de se coucher, tout seul ou réuni avec les membres de sa famille, il va fleurir les statues du Maître, sur l’autel placé au haut de sa couche, et réciter la prière par laquelle il place sa confiance et son salut dans le Bouddha, sa doctrine (Dharma) et sa Communauté (Sangha). Une fois tous les huit jours, il observe, suivant ses possibilités, les cinq ou huit Commandements que nous avons vus plus haut. Ainsi s’écoule la vie du fidèle pratiquant, mais sa ferveur religieuse saisit encore toutes les circonstances pour se manifester : à la naissance, à l’adolescence, au mariage et à la mort. Si le bonze ne se rend pas dans les maisons aux premiers vagissements d’une vie nouvelle, s’il n’y a pas, chez les Lao, de cérémonies semblables au baptême chrétien, c’est le plus souvent le bonze qui est consulté pour le nom donné à l’enfant. Car le bonze est presque seul à savoir combiner et à  faire correspondre les conjonctions des astres, les jours et les heures de la naissance avec les lettres et les syllabes. Comme les fées des contes européens, seul il sait lire l’avenir dans les menottes et insuffler l’optimisme dans les cœurs des mères ; seul il sait indiquer les remèdes et les mesures à prendre pour assurer bonheur et longévité à l’être nouveau-né. Avec les petits bijoux offerts par les parents, et que l’on accroche au cou de l’enfant, ou à son poignet, il y a toujours une plaque d’or ou d’argent enroulée, où le bonze a tracé quelques caractères sacrés ou même un gatha entier. (Un gatha est un texte religieux, écrit en pâli, réputé porte bonheur. Ce texte est souvent tracé sur une plaque d’or ou d’argent enroulée) L’enfant appartient au bonze.

 

 

Dès qu’il peut se rendre utile, c’est lui le compagnon de sa mère,  lorsque celle-ci s’entretient avec l’image du Bouddha ; c’est lui le lat qui présente eau, cigarettes et chiques de bétel, et quand il atteint environ dix ans, il quitte ses parents pour vivre à la pagode au service du bonze devenu son instituteur. En cette occasion, le père dit toujours au Maître : « Faites de lui ce que vous voudrez. Traitez-le (entendez : maltraitez-le) comme il vous plaira,  pourvu toutefois que vous ne le rendiez pas infirme ».

 

 

Et, en même temps que les lettres de l’alphabet, l’enfant fait son apprentissage de domestique et,  inconsciemment ou non, connaît par cœur les sutra (ou versets) élémentaires.  L’enfant placé entre les mains du bonze, les parents sont tranquilles, non seulement pour son avenir proche, mais encore pour ses vies futures.

 

Au Laos, l’honnête homme est celui qui écoute les conseils des bonzes. Le bonze est en effet le gourou dont la parole fait autorité, dont l’avis, même novateur est préféré à la tradition. Chaque Lao, ainsi, grandit sous le contrôle d’un bonze, son khrou  qui restera pour lui, même quand il aura quitté la pagode, le guide et l’ami, le consolateur et parfois le confident. Car il ne faut pas oublier que le bonze – et tout Lao l’a été – a servi trois maîtres : le bonze (oupaja) qui présida la cérémonie de son ordination et les deux témoins (kammavacha) qui répondirent de lui en la même circonstance.

 

 

Je passerai sous silence la participation des bonzes au mariage et à la mort, car cela constituerait la  matière d’un autre exposé.  Je crois avoir montré comment le Bouddhisme imprègne entièrement le peuple lao, et comme tout  gravite dans ce doux pays autour de l’enseignement du Maître, cela se manifeste même dans la conversation. Le mot qu’emploie le Laotien pour se désigner, quand il converse avec un égal est khoy et khanoy (petit esclave) quand il s’adresse à un supérieur. Dans le langage administratif ou quand il parle à la foule, le Lao emploie le terme kha phra chao qui signifie « esclave du Bouddha ».

 

Le Laotien est profondément pieux. De tout son cœur et de toute son âme, il s’est livré au Bouddha  et croit très sincèrement que, tous les jours, il conforme tous les actes de sa vie aux préceptes de  celui qui plus jamais ne renaîtra. Mais le Laotien s’est fait un Bouddhisme à son image. Le climat du Laos, la nature aimable et facile, inclinant à la douceur et à la paix, et l’histoire ont conduit le peuple lao à chercher réconfort et consolation au sein d’un bouddhisme tranquille et bon enfant. Je ne terminerai pas cet exposé sans mentionner, à côté du  Bouddhisme orthodoxe, les croyances héritées de l’ancien fonds  thaï et qui gravitent autour du culte des phi ou esprits divers de la terre, de l’eau, des rivières et des montagnes… et que le laotien voit partout. Il entremêle d’ailleurs inconsciemment ses croyances avec le Bouddhisme. Il n’est qu’à voir à Luang Prabang,  au moment des fêtes du nouvel an la participation des Phou Gneu Gna Gneu accompagnés du lion Sing, énormes mannequins grotesques représentant les Ho Tévada Luang (les grands ancêtres) ou encore les  cultes rendus à tous les Ho phi ou maisons de génies que l’on  trouve partout au Laos. Cela mériterait aussi un exposé particulier, sinon un livre entier. Le sujet a d’ailleurs été traité par  Henri Deydier, de l’Ecole Française d’Extrême-Orient, en ce qui concerne le Nord Laos (10).

 

 

Ce mélange de Bouddhisme et de superstitions animistes ne choque nullement le bon peuple lao qui continue et continuera sans doute encore longtemps à pratiquer la bonne doctrine et le Dharmaçakraparvatana du sermon de Bénarès quand, pour la première fois, le Bouddha Gautama fit « tourner la roue de la Loi » pour sauver le monde de la douleur (11) (12).

 

 

 

NOTES

 

(1) Voir nos deux articles

H 28 « LA GUÉRILLA COMMUNISTE DANS LE NORD-EST DE LA THAÏLANDE (ISAN) DU 7 AOÛT 1965 AU 23 AVRIL 1980 - PREMIÈRE PARTIE ».

http://www.alainbernardenthailande.com/2018/12/h-28-la-guerilla-communiste-dans-le-nord-est-de-la-thailande-isan-du-7-aout-1965-au-23-avril-1980-premiere-partie-4.html

H 29 « LA GUÉRILLA COMMUNISTE DANS LE NORD-EST DE LA THAÏLANDE (ISAN) DU 7 AOÛT 1965 AU 23 AVRIL 1980. LA FIN ».

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/01/h-29-la-guerilla-communiste-dans-le-nord-est-de-la-thailande-isan-du-7-aout-1965-au-23-avril-1980.la-fin.html

 

(2) Nous avons traité à plusieurs reprises le sujet des fêtes de nouvel an (pi maï) que nous connaissons aussi sous le nom de Songkran, la fête de l’eau. Il intervient en fonction du calendrier lunaire traditionnel, il est le jour le plus chaud de la saison sèche et varie selon les années du 12 au 15 avril, 5e mois du calendrier lunaire. Il est également le jour de passage du soleil dans le signe zodiacal du bélier.

 

Voir nos articles :

 

A103 « SONGKRAN, LE NOUVEL AN THAÏ ENTRE TRADITION ET MODERNITÉ »

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a103-songhran-le-nouvel-an-thailandais-entre-tradition-et-modernite-117050328.html

 

A146 « Les fêtes de Songkran ... Il Y A 100 Ans ».

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a146-les-fetes-de-songkran-il-y-a-100-ans-123270061.html

 

A 215 « เจ็ดนางสงกรานต์ : LA LÉGENDE DES « SEPT DÉESSES DE SONGKRAN »

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/05/a-215-la-legende-des-sept-deesses-de-songkran.html

 

A 308 « LES DESSERTS DE SONGKRAN (NOUVEL AN BOUDDHISTE) EN THAÏLANDE ET AU LAOS - ขนมส่งความสุขรับขวัญปีใหม่ »

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/03/a-308-les-desserts-de-songkran-nouvel-an-bouddhiste-en-thailande-et-au-laos.html

 

(3) Nous avons également parlé de cette fête traditionnelle en Isan

 

Madame Dominique Geay-Drillien, épouse de Philippe, a consacré un article à ce rituel dans le numéro 113 du 4e trimestre 2018 de la revue Philao : « Les liens entre rites et mythe d’origine - Le rituel associé à la fête des fusées » numérisé : https://www.academia.edu/37789270/Les_liens_entre_rites_et_mythe_dorigine

 

 

 

Voir nos articles

 

A 233 « LE FESTIVAL DES FUSÉES EN ISAN, RITUEL MAGIQUE OU TECHNOLOGIE D’AVANT-GARDE POUR PROVOQUER LA PLUIE ? »

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/07/a-233-le-festival-des-fusees-en-isan-rituel-magique-ou-technologie-d-avant-garde.html

 

A 299 « LES RITES D’OBTENTION DE LA PLUIE EN ISAN (NORD-EST DE LA THAÏLANDE) »

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/01/a-299-les-rites-d-obtention-de-la-pluie-en-isan-nord-est-de-la-thailande.html

 

(4) Nous avons consacré un article à ces mystérieux nagas reprenant un article de Philippe Drillien « Les nâgas et les boules de feu » dans le numéro 106 du Ier trimestre 2017 de la revue Philao. Nous disions en introduction : Enfin ! Un article sérieux que nous reproduisons avec son amiable autorisation d’autant plus volontiers qu’il concerne tout autant la partie nord de l’Isan que le Laos, qu’il en soit remercié.

 

A 240 « LES MYSTÉRIEUX NAGAS DU MÉKONG CRACHEURS DE BOULES DE FEU »

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/09/a-240-les-mysterieux-nagas-du-mekong-cracheurs-de-boules-de-feu.html

 

(5) Il faut remercier le capitaine Achard qui répond à suffisance a tout ce qui a été écrit – souvent dans la littérature coloniale – sur la nonchalance des thaï-lao comparée aux industrieux chinois et vietnamiens. Il circulait chez les coloniaux le brocard « Les Laos écoutent pousser le riz, les Siamois le regardent pousser, les Vietnamiens le cultivent et les Chinois le mangent ».

 

Nous avons un tableau de ce qu’était l’Isan en 1950 à l’époque où le capitaine Achard écrivait sur le Laos. Elle est l’œuvre d’un ethnologue américain, John E. de Young « Village life in modern Thailand ».

 

 

Voir notre article

 

A 278 « LES MAISONS TRADITIONNELLES DU NORD-EST DE LA THAILANDE– UN ASPECT DE LA VIE DANS NOS VILLAGES EN 1950. (บ้านแบบดั้งเดิมของอีสาน - ปี 2493) »

http://www.alainbernardenthailande.com/2018/10/a-278-les-maisons-traditionnelles-du-nord-est-de-la-thailande-un-aspect-de-la-vie-dans-nos-villages-en-1950.2493.html

 

Nous retrouvons les mêmes constatations dans l’article de Georges Condominas daté de 1968 : « Notes sur le Bouddhisme populaire en milieu rural lao ». In: Archives de sociologie des religions, n°25, 1968. pp. 81-110;

 

(6) Nous avons consacré un article à ce condiment volcanique qui est – nous avait confirmé notre ami Jean-Michel Strobino - toujours un élément essentiel de la gastronomie traditionnelle de Nice

 

A 339 « LE « PLA RA » (ปลาร้า) DE L’ISAN, UN CONDIMENT VENU DE L’ANTIQUITÉ GRÉCO-ROMAINE? »

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/11/a-339-le-pla-ra-de-l-isan-un-condiment-venu-de-l-antiquite-greco-romaine.html

 

(7) Voir au sujet des commandements bouddhistes notre article :

 

A 320 « LES CINQ PRÉCEPTES BOUDDHISTES DANS LES PROVINCES RURALES DU NORD-EST ET LEUR INCIDENCE SUR LA VIE EN SOCIÉTÉ. (ปัญจ ศีล - Pancasila) »

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/06/a-320-les-cinq-preceptes-bouddhistes-dans-les-provinces-rurales-du-nord-est-et-leur-incidence-sur-la-vie-en-societe.pancasila.html

 

(8) Madame Dominique Geay-Drillien, a consacré un article à ce rituel dans le numéro 114 du 1er trimestre 2019 de la revue Philao : « Les liens entre rites et mythe d’origine - Le rituel associé à la course des pirogues», numérisé

https://www.academia.edu/38131919/rites_et_mythe_la_course_des_pirogues_au_Laos_.pdf 

 

 

 

](9)  Cet écrivain et homme d’état né en 1909 fut  Président du Comité littéraire lao (en 1943). - Ministre des affaires étrangères (1951-1954), Ministre de l'éducation dans le gouvernement de Souvanna Phouma en 1960. Il mourut en 1963. Nous connaissons de lui une brochure ronéotypée datée de 1958 « Buddhism in Laos »

 

 

(10) Cet érudit a passé une quinzaine de mois au Laos. Auteur de nombreux ouvrages d’érudition, nous lui devons, publié en 1954, année de sa mort « Lokapâla : Génies totems et sorciers du Nord Laos ». Parlant la langue et la lisant, il a décrit un « bouddhisme particulier » ; « Au Laos, on nage encore dans le merveilleux ».

 

 

(11)  Georges Condominas écrit en 1968 (4)

« Au déclin du bouddhisme a correspondu une recrudescence du culte des Phi des Génies que la religion du Sage avait jamais réussi à faire entièrement disparaître malgré édit pris par le roi Pothisarath en 1527 Celui-ci proscrivait leur culte et ordonnait la destruction de tous leurs sanctuaires compris celui du génie tutélaire de la capitale alors Louang-Prabang sur emplacement duquel il fit construire une pagode. On a affaire dans ce culte des Phi au vieux fonds animiste thaï enrichi de celui des premiers occupants proto-indochinois et assimilé par leurs conquérants. Non seulement ces Phi sont communs aux populations de langue thaï et correspondent aux Yang des Proto-Indochinois orientaux) mais on retrouve leurs équivalents chez les Vietnamiens les Cambodgiens les Birmans »

 

(12) Vivant en Isan, c’est un sujet que  nous avons abordé à diverses reprises

 

A151 « EN THAILANDE, NOUS VIVONS AU MILIEU DES "PHi" »

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a150-nous-vivons-au-milieu-des-phi-en-thailande-123529919.html

 

INSOLITE 4 « THAÏLANDE : BOUDDHISME, HINDOUISME ET … ANIMISME AVEC LE CULTE DES ESPRITS ET AUTRES CROYANCES MYTHIQUES ET LÉGENDAIRES » …

 

INSOLITE 14 «  QUELQUES HISTOIRES DE PHI (FANTÔMES) ». http://www.alainbernardenthailande.com/2017/01/insolite-14.quelques-histoires-de-phi-fantomes.html

A 331 « LE CHAMANISME TOUJOURS PRÉSENT DANS LE BOUDDHISME DE L’ISAN ».

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/09/a-331-le-chamanisme-toujours-present-dans-le-bouddhime-de-l-isan.html

 

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