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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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22 avril 2020 3 22 /04 /avril /2020 22:02

 

Philippe Drillien dans son article «Le bouddhisme au Laos à travers la philatélie» consacre un chapitre aux légendes relatives au bouddhisme, illustré par les timbres-poste. Nous nous sommes intéressés à l’une d’entre elles qui concerne une déité fondamentale du bouddhisme théravada, Nang Thorani, la déesse-mère. Laissons-lui la parole:

 

 

LA LÉGENDE DE NANG THORANI

 

Mâra, le diable, se rendant compte que Bouddha échappait à son contrôle, voulut lui enlever son trône d’émeraude. Il envoya ses cinq filles (trois selon d’autres versions), magnifiquement parées et parfumées, afin de le séduire, mais celles-ci se retirèrent, confuses et honteuses, soudainement vieillies et ridées. C’est alors que Mâra prépara cinq armées pour vaincre Bouddha, l’accusant de s’être emparé du trône d’émeraude. Nang Thorani, déesse de la Terre, se présenta alors devant Mâra, sur un signe de Bouddha. Tordant ses cheveux tressés, elle en fit sortir l’eau, goutte à goutte, sur la terre. Cette eau se transforma en mers et océans qui engendrèrent toutes sortes de monstres et de reptiles : les armées de Mâra furent décimées et détruites. Grâce à Nang Thorani, Bouddha put se maintenir sur son trône d’émeraude.


 

 

Cette attitude de Nang Thorani est un geste d’entraide et de lutte contre le mal. C’est pourquoi elle a été choisie pour figurer sur un timbre-poste célébrant le vingt-cinquième anniversaire de l’ONU: Ce timbre représente le Palais de l’ONU surmonté également de l’emblème des Nations unies et Nang Thorani, déesse de la Terre. Il s’agirait de la reproduction de la statue en ciment du  Vat Khily de Luang Prabang.

 

 

 

Des statues de Nang Thorani sont souvent représentées dans les cours de pagode laotienne… Rien qu’à Luang prabang, il en existe au moins cinq autres, au vat Aphay, au vat Ho Xieng, au Vat Maha That, au Vat Meun Na et au Vat That Luang. Le Vat Chom Kao de Houey Say en possède également une. J’ai même appris récemment que deux autres (au moins) ont été construites au Texas (1), mais cette liste est loin d’être exhaustive.

 

 

Par ailleurs, dans le chapitre de son opuscule qu’il consacre à «LA REPRESENTATION DU BOUDDHA DANS L’ART LAO»   il nous parle de cet épisode de la vie de Bouddha à l’occasion de la représentation de cet événement:

 

 

Le Bouddha en Bhûmisparsa mudrâ, ce qui signifie « le sceau de toucher la terre ». Cela veut dire que le Bouddha prend la terre à témoin. On dit encore que le Bouddha fait le geste de Mâravijaya (en lao, Mâravixay , victoire sur Mâra, le roi des Enfers). Il s’agit d’une allusion au prodige consacrant la défaite de Mâra. Quatre semaines après l’Illumination de Bouddha, Mâra voulut le tenter et le ramener aux réalités terrestres. Il lui dépêcha donc ses trois filles Concupiscence, Volupté   et Inquiétude. Mais, sous le regard de l’Illuminé, elles perdirent leur attrait. Mâra montra alors à Bouddha, pour le  décourager, l’immensité de la tâche qu’il s’était fixée : jamais Bouddha ne parviendrait à communiquer aux humains la science qu’il venait d’acquérir. Mais, la foi de Bouddha était si forte qu’il toucha la terre de sa main droite afin d’avoir un témoignage. Selon la légende, la Terre apparut, éloigna Mâra et repoussa les démons. La victoire sur Mâra est  un geste qui implique une idée d’imperturbabilité. La main droite, allongée vers le bas sur sa cuisse droite, effleure le siège de l’extrémité de ses doigts tandis que la main gauche repose dans le giron. C’est sans doute la position du Bouddha la plus répandue dans l’iconographie lao (2).

 

 

L’utilisation de cette divinité bienveillante singulièrement assimilée par la philatélie lao à l’organisation des Nations Unies (mais c’était en 1970!) nous a conduit à rechercher qui était Nang Thorani (นาง ธรณี) pour les Thaïs, plus volontiers appelé Phra Mae Thorani (พระแม่ธรณี)Dharani dans la forme pali et Dharana dans la forme sanskrite puisqu’elle vient de la mythologie hindouiste. Dans son premier dictionnaire thaï – latin – français – anglais, Monseigneur Pallegoix traduit «Ange femelle qui préside à la terre». Dans l’édition de 1896, la traduction devient «la terre». Dans le dictionnaire pali-anglais de T W Rhys Davids elle est tout simplement « la terre ». Le dictionnaire sanskrit –français de l’École française d’extrême orient nous donne incontestablement la meilleure définition : « la terre personnifiée ».

 

 

Elle est la déesse mère, vierge mère de toutes les divinités  que nous retrouvons dans toutes les mythologies antiques, indiennes bien sûr d’où elle est passée au bouddhisme, égyptienne. Nous la retrouvons dans la mythologie grecque en la personne de Gaïa, déesse primordiale et déesse mère,  ancêtre maternelle des races divines, qui enfanta de nombreuses créatures célestes.

 

 

Nous retrouvons la Vierge mère chez les chrétiens faisant l’objet d’un culte aux bornes de la déification  (3).

 

 

Son histoire telle qu’elle résulte des Vessantara Jatakas,

 

 

...mais les versions en sont multiples,  est celle de la déesse de la terre ou de la déesse terre.  Au moment où le Bouddha s’engagea dans sa méditation finale avant d'atteindre le Nirvana, le Démon Mara qui incarne l’esprit du mal se présenta au Bouddha avec son armée et lui demanda de quel droit il se tenait assis à cet endroit. Le Bouddha toucha alors le sol de sa main droite pour prendre la terre à témoin, et la tradition dit que la Déesse Mae Thorani se manifesta et fit sortir de sa tresse l'eau qui symbolisait les mérites accumulés par le Bouddha dans ses vies passées. Cette  eau coula en telle abondance qu’elle noya l'armée de Mara et que le Bouddha mit ensuite poursuivre sa méditation en paix. Déesse mère, elle est la mère sans intervention d’un père biologique de toutes les déités de la tradition hindo-bouddhiste. Mère du monde, son culte  remonte à au moins 3 000 ans bien avant le Bouddha historique.

 

 

Elle est la seule divinité à laquelle le Bouddha fit jamais appel quand il était en grand danger, seul, désarmé et attaqué par une armée de démons. Il lui suffisait de se sécher les cheveux pour anéantir cette armée de démons ... 

 

Un fervent bouddhiste suivant l'exemple du Bouddha lui-même ne peut donc faire appel qu’à elle et subsidiairement à Indra.

 

C’est un aspect du bouddhisme qui a frappé les Missionaires. Il n’y a qu’elle et Pha Indra que les laotiens pensent pouvoir leur être secourables (4).

 

Les représentations de Phra Mae Thorani sont omni présentes dans les sanctuaires et les temples bouddhistes du Laos, de Birmanie, du Cambodge et de Thaïlande, statues ou peintures murales. Elle est toujours personnifiée comme une jeune femme qui, en essorant ses cheveux, en fit sortir de l'eau pour noyer Māra.

 

 

Pour ne parler que de Thaïlande, le parc de Suan Thurian Laen (สวนทุเรียนแลนด์) dans la province de Chantaburi vit l’édification de ce qui serait sa plus grande statue au monde.

 

 

A la fontaine de Mae Thorani située à côté de Sanam Luang à Bangkok, on voit parfois des femmes y prendre de l'eau bénie sortant de sa tresse dans l'espoir que cette eau les aidera à tomber enceintes.

 

 

Médailles et amulettes se vendent en grand nombre.

 

 

 

Elle n’et naturellement pas oubliée de la philatélie locale, en 1968 à l'occasion de la décennie hydrologique internationale

 

 

en 2015 pour le 100e anniversaire de la création du service des eaux, mère de la terre, elle est aussi mère des eaux

 

 

 ... et en 2018 pour une série relative au patrimoine artistique

A 361- LE BOUDDHISME DE PART ET D’AUTRE DU MÉKONG. 4- LES LÉGENDES LIÉES AU BOUDDHISME LAO, LA LÉGENDE DE NANG THORANI (Philippe Drillien)

NOTES

 

(1) Probablement à Houston.

 

 

(2) Nous avons longuement parlé de cette posture de Bouddha qui est effectivement l’une des plus représentées dans le monde bouddhiste théravada :

 

Mara (มาร) est l’esprit du mal, la mort, le démon, le malin. C’est le plus grand dieu du domaine des désirs. Vasavarti Mara, le mal personnifié, intervient avec sa horde de démons. Le Bodhisattva appela alors Dharani, la déesse de la terre comme témoin des vertus de ses vies précédentes : elle noya Mara et sa troupe en tordant sa chevelure.

 

 

Cette posture est la 9e. Bouddha est assis la main gauche ouverte, dans son giron la main droite posée sur le genou, les doigts dirigés vers la terre.

 

237 – « LES SOIXANTE-SIX REPRÉSENTATIONS RITUELLES DE BOUDDHA »

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/08/a-237-les-soixante-six-representations-rituelles-de-bouddha.html

 

 

(3)  Devant ces excès, dès 431 le concile œcuménique d'Éphèse a défini le rôle de Marie de Nazareth, mère de Jésus, comme « Mère de Dieu » ce qui n'en fait pas l'égale de Dieu. La Réforme mit en question les excès du culte des saints et de la Vierge-Marie en particulier. Au concile de Trente au XVIe siècle, l'Église catholique dut introduire une distinction entre les cultes, culte rendu à la Vierge Marie, supérieur au simple culte rendu aux saints et aux anges et adoration qui ne convient que pour Dieu. Le concile Vatican II pour répondre à des excès a rappelé que pour le christianisme, le rédempteur unique est Jésus-Christ, fils de Dieu et de Marie.

 

 

(4) Voir « Les sorciers laociens » in Annales des missions étrangères de janvier 1923.

 

 

 

 

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