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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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4 mai 2020 1 04 /05 /mai /2020 22:52

 

Toutes les sociétés ont leur mythe fondateur précédant leur histoire. Nous avons déjà parlé de cette légende qui attribue aux Thaïs et aux Lao une même origine, celle de la courge de Dien Bien Phu (1). Khoun Bourôm  fut l'unificateur des Thai et l'ancêtre fondateur du royaume de Luang Prabang, il dirigea la migration des Thaï de la Chine vers les plaines du Siam et du Mékong, Ce héros est associé à un mythe lié à la cosmogonie lao retraçant la naissance du monde. Envoyé sur terre par le roi du Ciel, son père, pour gouverner les hommes, il y est présenté comme un organisateur, un éducateur et un dispensateur de la prospérité. Devenu vieux après avoir dispersé  son peuple, il partage ses biens et son domaine entre ses sept fils qui, après sa mort, partent chacun fonder un royaume dans la péninsule indochinoise.

 

 

Pas plus que pour le Siam ancien, nous ne sommes dans l’Histoire. Paul Le Boulanger qui connait le mythe écrivait en 1930 « La présente étude n'a pas la prétention de dissiper l'épais brouillard qui voile et qui voilera longtemps le passé du Lan-Xang, aussi longtemps que les chroniques laotiennes n'auront pu être dépouillées de leurs légendes et de leurs invraisemblances chaotiques » (2).

 

Il est fort bien connu des Thaïs sous le nom de nithan khun borom  (นิทานขุณบรม) « la légende de Khun Borom » qui fait tout à la fois l’objet d’ouvrages d’éruditions...

 

 

et d’éditions illustrées à destination des enfants.

 

 

Précisons qu’en thaï contemporain, notre source est le Dictionnaire de l’Académie royale, khun est un « haut personnage » et borom, un adjectif, « le meilleur ».

Nous avons par ailleurs accueilli dans nos pages nos amis de l’Association Internationale des collectionneurs de timbres du Laos, Jean-Michel Strobino et Philippe Drillien dont la revue Philao enlève à la philatélie son caractère de marotte pour en faire une revue d’érudition illustrée sur le Laos.

 

 

Sa présidente, Dominique Geay-Drillen, épouse de Philippe a rédigé pour la revue une série d’articles sous le titre « Les liens entre rites et mythe d’origine » (3). Dans le premier elle nous dit « Le mythe de Khoun Bourôm, après l’épisode du déluge, retrace la venue sur terre du héros éponyme, fils du roi du Ciel. De trois courges sorties des narines d’un buffle va naître le peuple Lao. Avec les différents thên (dieux) envoyés par son père, il aménage et civilise le territoire, le Muang Thên. Une liane surgie d’un étang vient perturber la prospérité du royaume et les deux vieillards Pou Gneu et Gna Gneu vont couper cette liane. Par leur geste, ils font le sacrifice de leur vie. Un culte aux ancêtres va naître de ce fait. Avant sa mort, Khoun Bourôm lègue son territoire à ses sept fils, l’aîné Khoun Lô hérite du territoire de Louang Prabang, future capitale royale du pays »

 

Nous lui sommes redevables d’un mémoire de master intitulé

 

« COMMENTAIRE SUR LE MYTHE LAO DE KHOUN BOURÔM »

 

Nous avons tenté avec son amicale autorisation d’en faire une synthèse. Il est d’une grande densité, appuyé sur une impressionnante bibliographie et de multiples références textuelles. Ceux d’entre vous qui souhaiteraient approfondir le sujet en trouveront le texte intégral numérisé sur le site :

https://www.academia.edu/37834606/Commentaire_sur_le_mythe_Lao_de_Khoun_Bour%C3%B4m

 

 

QUELQUES OBSERVATIONS PREALABLES :

 

Dominique Geay-Drillien nous donne des explications sur la transcription qu’elle a choisie parmi beaucoup d’autres (Khoun Bourôm - Khoun Boulôm ou dans des écrits anglais Khun Bulôm ou Khun Burôm). Ces divergences tiennent à l’absence de système de romanisation officiel du lao. Si nous utilisons en principe le système de romanisation officiel du thaï qui donne khun borom c’est parce que nous sommes en Thailande, mais il est en phonétique anglaise. Les textes originaux sont écrits en lao ou en écriture ancienne appelée tham (4).  

 

 

En écriture lao contemporaine :

est transcrit par elle Khoun Bourôm qui a le mérite de ne pas être une transcription à l’anglaise et d’être une excellente transcription française.

 

De même encore, l’auteure nous indique préférer le terme Lao plutôt que celui de Laotiens pour nommer les habitants du Laos. Le mot « laotien » est une création des français du XIXe siècle, n’est utilisé ni par les chercheurs ni par les habitants du Laos (5).  Conformément à la règle, les noms et noms propres Lao seront écrits sans « s » au pluriel.   

 

Avant de parler de "laotiens", on parla d'abord de "laociens" !

 

Carte de la collection Drilien  :

 

 

EN INTRODUCTION

 

Dominique Geay-Drillien  nous rappelle encore  que « l’histoire  ancienne du Laos repose sur peu de documents, la plupart ayant disparu en raison de détériorations dues au climat, aux incendies ou encore aux conflits. En effet, plusieurs grandes villes ont été pillées voire rasées par les peuples voisins. Un épais brouillard voile donc encore le passé lointain du pays, laissant une place privilégiée aux récits mythiques. La période légendaire de l’histoire du Laos débute par le mythe de Khoun Bourôm. Ce mythe ne contredit pas l’histoire de la péninsule indochinoise, il constitue même une allusion à l’arrivée des envahisseurs dans le Laos oriental. Le point de départ de cette étude repose sur le fait que les mythes Lao ont été très peu étudiés en histoire des religions. Déconsidérés par les historiens, ils sont pourtant riches d’enseignements et servent de support à la culture Lao. S’intéresser à la mythologie du Laos, c’est aussi tenter de comprendre les comportements religieux de son peuple ».

 

 

C’est bien là l’originalité et l’intérêt de son étude qui est à notre connaissance la seule étude universitaire contemporaine – au moins en français –, il en est d’autres en anglais (6) - sur la légende de ce mythique ancêtre.

 

LES SOURCES

 

Citons Dominique Geay-Drillien  « L’histoire de Khoun Bourôm est connue à travers deux sources distinctes. D’une part, les Annales du royaume de Louang Prabang et d’autre part le Nithan Khoun Bourôm, dont il existe autant de versions que de provinces du Laos. Le texte des Annales est traduit par Charles Archaimbault. Les travaux d’Archaimbault sont reconnus par la majorité des spécialistes...Parlant des versions des Annales et de celle du Nithan, Archaimbault relève qu’aucun de ces textes ne peut être daté précisément (7).

 

« Cette séquence (celle du déluge)  est spécifique au texte des Annales. On ne parle pas du déluge dans les Nithan ».

 

« Le texte est référencé E 11 et se trouvait dans la Bibliothèque du Vat Prakêo à Vientiane. Les travaux d’Archaimbault sont reconnus par la majorité des spécialistes ; le texte est visiblement le plus ancien et sa traduction est considérée comme fiable par ces mêmes spécialistes. De plus le texte est le plus complet même s’il est par endroits parcellaire ; Archaimbault l’a reconstruit en s’appuyant sur d’autres textes plus récents »

 

 

LE TEXTE

 

Avant de nous pencher sur l’analyse qu’en fait  Dominique Geay-Drillien lisons-donc le texte de cette légende dans une version qui semble la plus solide. Elle est celle donnée par C. Archaimbault en 1973 (8). Elle est plus longue que celle de Paul Le Boulanger qui ignore l’épisode du déluge (2). Il faut évidemment lire ce texte en faisant abstraction si faire se peut de nos esprits trop cartésiens comme nous le ferions en lisant la « Chanson de Roland » :

 

 

«  O disciples, fils et frères ! Dans les temps passés, les anciens Lao, les vieux qui connaissaient la tradition, racontaient une légende qu’ils nous ont transmise ainsi : Dans les temps reculés, terre, herbe, ciel et thên existaient. Tous les phi et les hommes se rendaient sans cesse visite. Il existait alors trois grands khun nommés : Pu Lang S’oeung, Khun K’an et Khun K’et, qui régnaient en ce bas monde, vivant de la pêche et des travaux de la rizière. Les thên firent savoir à tous les hommes que, lorsque les habitants du monde d’en bas prendraient leur repas, ils devraient avertir les thên, leur faire signe. Au moment de déjeuner et de dîner, ils devraient avertir les thên. S’ils mangeaient de la viande, ils devraient offrir une partie de l’animal aux thên. S’ils mangeaient des poissons, ils devraient leur en offrir une brochette. Mais les hommes n’écoutèrent pas les thên. Malgré trois avertissements, les hommes désobéirent. Les thên alors provoquèrent une inondation qui submergea le monde d’en bas et détruisit tout ; le sable vola jusqu’au ciel, tous les hommes disparurent. Pu Lang S’oeung, Khun K’et et Khun K’an comprirent que les thên étaient furieux à leur égard. Ils construisirent un radeau à l’aide de perches sur lequel ils élevèrent une maison en bois, un toit. Sur ce radeau, ils firent monter leurs femmes et leurs enfants, et l’eau les entraîna vers le haut, vers le royaume céleste, là-bas. Ils allèrent rendre hommage au roi des thên qui leur demanda : « Que venez-vous faire ici dans mon royaume ? En détail, ils relatèrent au thên les événements qui étaient survenus.  A deux ou trois reprises, déclara le roi des divinités, je vous ai avertis de respecter le ciel, les thên. Respectez-les, vous ai-je dit, et vous vivrez vieux, respectez vos maîtres et vous vivrez longtemps. Vous ne m’avez pas écouté, tant pis pour vous !  Sur ce, le roi des thên leur donna l’ordre d’aller demeurer avec Thên Lo.

 

 

 

A partir de ce moment, les eaux diminuèrent puis laissèrent place à la terre ferme. Les trois khun allèrent rendre visite au roi des thên et lui déclarèrent : Nous ne pouvons vivre dans le monde d’en haut, nous ne pouvons courir dans le ciel, nous demandons à aller demeurer dans le monde d’en bas, dans le monde dont le sol est plat, là-bas. Le roi des thên leur fit don d’un buffle aux cornes courtes, émoussées, et les renvoya dans le monde d’en bas. Ils vinrent s’établir à Na Noi Oi Nu et dès lors, pour vivre, cultivèrent les rizières avec leur buffle. Trois ans plus tard, ce buffle creva. Ils laissèrent la dépouille de l’animal à Na Noi Oi Nu.  Peu de temps après, une liane surgit des naseaux du buffle crevé. Quand elle se fut développée, elle donna naissance à trois fruits qui étaient gros comme ces paniers où l’on dépose le riz des semences. Quand les courges furent mûres, les hommes naquirent en leur sein, telle la Nang Asangno qui naquit dans le calice d’un lotus et fut élevée par un ermite. Tous ces hommes se mirent à pousser des cris stridents à l’intérieur des courges. A ce moment, Pu lang S’oeung fit rougir un foret à l’aide duquel il perça les cucurbitacées. Par le trou ainsi foré, des hommes sortirent en se bousculant. Comme, par cette ouverture, serrés les uns contre les autres, ils s’échappaient avec peine, Khun K’an, avec un ciseau, perça un second trou grand et large par où, durant trois jours et trois nuits, un flot humain s’écoula. Les courges demeurèrent vides.

 

 

Les hommes qui étaient sortis par le trou foré se répartirent en deux groupes : les T’ai Lom et les T’ai li ; ceux qui étaient sortis par le trou pratiqué au moyen du ciseau constituèrent trois groupes : les T’ai Loeung, les T’ai Lo et les T’ai K’wang. Dès lors Pu Lang S’oeung leur apprit à cultiver les raïs, les rizières et à tisser pour vivre. Il les apparia en maris et femmes et leur indiqua comment construire leurs demeures. Ces hommes et ces femmes engendrèrent une multitude de garçons et de filles. Pu Lang S’oeung conseilla aux enfants de chérir leurs parents, de les nourrir, de respecter les vieillards, les personnes âgées. Longtemps plus tard, quand leurs parents moururent, ils les pleurèrent et leur firent des obsèques, conformément aux indications de Pu Lang S’oeung. « Ceux qui sont issus de l’ouverture pratiquée au moyen du ciseau, incinérez-les, leur dit ce dernier, élevez ensuite une maisonnette dans laquelle vous déposerez leurs ossements lavés et polis et où, chaque jour, vous irez leur offrir des mets. Ceux qui sont issus du trou foré, enterrez-les et recouvrez leur tombe d’une maisonnette où, quotidiennement, vous leur présenterez des offrandes. Si vous ne pouvez pas y aller, déposez riz et alcool sur un autel en bambou tressé, dans la pièce d’honneur de votre domicile, et conviez vos parents défunts au repas. Tous ceux qui, nés dans les courges, étaient sortis par le trou percé au moyen du ciseau étaient des T’ai, tandis que ceux qui étaient sortis par le trou foré étaient des Kha. Les uns et les autres n’étaient que les serviteurs et les sujets des trois khun.

 

 

Tous ces hommes alors proliférèrent, ils devinrent nombreux comme les grains de sable, comme les gouttes d’eau, mais ils ne pouvaient être gouvernés. C’est en vain que Pu Lang S’oeung et Khun K’an leur donnaient des conseils, ils n’obéissaient point. Les trois khun montèrent alors demander un roi au grand thên qui chargea Khun K’lu et Khun K’ong de cette fonction. Ces khun ne firent pas régner la prospérité, car chaque jour ils buvaient et s’enivraient. Le peuple était malheureux mais ils ne s’en souciaient point. Khun K’et et Khun K’an rapportèrent ces faits au roi des thên qui rappela les deux khun dans le royaume céleste. Le roi des thên nomma alors un monarque vertueux Khun Bulom, (son fils). Quand Khun Bulom eut reçu l’ordre du roi des thên, il descendit avec une multitude de personnes dans le monde d’en bas, le monde dont la surface est bien unie, et s’installa à Na Noi Oi Nu dans le Muang Thên. Parmi les hommes sortis des courges, les savants devinrent les courtisans de Khun Bulom, les niais et les ignorants constituèrent la masse qui vécut du travail des champs. S’entretenant avec les khun qui l’avaient accompagné, Khun Bulom leur dit : « Comment ferons-nous pour nourrir et vêtir tous ces êtres ? Auparavant, le roi des thên délégua Khun K’ong et Khun K’lu pour gouverner tous les hommes, mais les deux khun ne purent régner et le thên les rappela dans le monde d’en haut, les fit revenir dans le monde céleste. C’est alors qu’il nous donna l’ordre de descendre gouverner, mais, à la vue de ces hommes nombreux comme les grains de sable, comme les gouttes d’eau, nous nous prenons à songer : « Comment ferons-nous pour les vêtir, pour les nourrir ? Envoyons Khun S’oeung auprès du roi des thên ! »  Khun S’oeung alla saluer le roi des thên et lui exposa la situation. Le roi des thên envoya alors Thên têng et P’its’anukukan procéder à l’aménagement du territoire. Thên Têng indiqua aux hommes les époques où ils devaient cultiver les raïs, les rizières, cultiver le riz, les légumes, les fruits et tous les tubercules comestibles ... Quant à P’its’anukukan, il enseigna aux hommes à forger des coupe-coupe, des couteaux, des pioches, des bêches et toutes sortes d’instruments ; il leur apprit à tisser cotonnades et soieries, à s’habiller et il leur indiqua les mets qu’ils devaient manger. Thên Têng donna alors à Khun Bulom, roi du monde d’en bas les conseils suivants : « il faut que les T’ai K’wang dépendent de Khun K’wang, que les T’ai Li dépendent de Khun Li, que les T’ai Loeung dépendent de Khun Loeung, que les T’ai Lom dépendent de Khun Lom, que les T’ai Lô dépendent de Khun Lô. Désormais, si les habitants du monde d’en bas mangent de la viande, qu’ils offrent une patte de l’animal aux thên. S’ils mangent du poisson, qu’ils en offrent une brochette aux thên […]. Le jour h’uang,  les hommes ne doivent pas travailler. Les jours kot et kap du premier mois, les jours tao et h’uai du deuxième mois, tous les êtres humains doivent interrompre leurs travaux : ils ne doivent pas couper les branches des arbres avec des coupe-coupe, ni abattre les arbres à la hache, ils ne doivent pas aller chercher du bois de chauffage, ni puiser de l’eau. Ils ne doivent ni piler, ni vanner. Si ces prescriptions sont observées, vous régnerez en paix. » Après avoir donné ces conseils à Khun Bulom, à ses ministres et à tous les hommes, Thên Têng, en compagnie de P’its’anukukan, partit faire son rapport au roi des thên : « Nous avons tous deux, déclara-t-il, terminé l’aménagement du monde terrestre et inculqué notre enseignement aux hommes. » « Leur avez-vous procuré tous les instruments qui leur permettront de se divertir, les chants et les danses ? » demanda le grand thên. « Nous ne leur avons point enseigné ces techniques, répondit Thên Têng. Le roi des thên chargea alors Sik’ant’ap’at’evadalas’a de descendre en ce monde apprendre aux hommes à fabriquer des gongs, des tambours, des cymbales, des flûtes, des orgues à bouche et tous les instruments de l’orchestre. Après qu’il eut enseigné aux hommes le chant et toutes les variétés de danses, Sik’ant-ap’at’evadalas’a regagna le monde d’en haut et fit un rapport au roi des thên qui déclara :  Dorénavant, il ne faut plus que les hommes nous rendent visite. De notre côté, nous ne devons plus leur rendre visite.  Sur l’ordre du roi des thên, le grand et solide pont qui faisait communiquer les deux mondes fut coupé. Désormais les phi et les hommes ne purent plus se rendre visite. Khun Bulom qui gouvernait ce royaume terrestre n’était point encore parvenu à faire régner la prospérité quand une liane nommée Khao Kat jaillit, funeste présage, d’un étang nommé « Kuwa » et s’éleva à une hauteur de [cent mille yojanas. Elle couvrait de son feuillage tout le territoire qu’elle plongeait dans l’ombre. A Muang Thên, le soleil demeurant invisible, le froid régnait. Les travaux des champs étaient voués à l’échec. Khun Bulom donna l’ordre aux habitants de couper cette liane, mais ils lui répondirent qu’il s’agissait là d’une plante extrêmement maléfique qu’ils ne pouvaient couper. Deux vieux époux, nommés Thao Nyoeu et Thaon ya, s’engagèrent alors à couper cette liane.

 

 

Si nous périssons, dirent-ils, que tous les hommes nous fassent des offrandes. Avant de faire quoi que ce soit, avant de manger quoi que ce soit, qu’ils nous appellent, ensuite qu’ils agissent, qu’ils mangent ! » Tous les hommes promirent de respecter cette prescription : « C’est parfait, dirent-ils, nous vous appellerons avant d’agir, avant de manger. » Sur ce, les deux vieux, une hache sur l’épaule, allèrent couper la liane. Ils travaillèrent durant trois mois, trois jours. La liane alors s’abattit et les deux vieux périrent victimes de leur acte. Toutes les personnes leur présentèrent des offrandes et les invitèrent en disant : «  Nyoeu kin ». Devenus « Phi Seua Muang », c'est-à-dire génies protecteurs, les deux vieux mangèrent les mets sacrificiels ainsi qu’ont coutume de le faire tous les génies et, dès lors, tous les habitants du Lan S’ang, comme marque distinctive, employèrent cette interjection « Nyoeu » avant toute tâche et tout repas. Le territoire devint un grand et vaste royaume auquel les hommes donnèrent le nom de Muang thên car il avait été fondé par les thên descendus du ciel. Khun Bulom fit régner la prospérité dans le pays. Les Lao labouraient les rizières et semaient le riz tandis que dans les montagnes les Kha faisaient des brûlis. Les uns et les autres gagnaient bien leur vie. Longtemps après Khun Bulom eut sept fils. De Nang Et Khêng, il eut d’abord Khun Lô, Nyi Phalan, Chu Song ; ensuite il eut trois fils de Nang Nyommap’ala : Sai Phong, Ngua In,  Luk Kom. Nang Et Khêng lui donna un septième fils : Chet Chuang.  Quand ses sept fils furent en âge de régner, Khun Bulom remit à chacun d’eux un fragment des défenses de l’éléphant précieux qui venait de périr, ainsi qu’une partie du trésor que lui avait donné son père le roi des thên avant qu’il ne quittât les cieux. Après avoir partagé ainsi ses biens, Khun Bulom indiqua à ses enfants les royaumes qu’ils devaient fonder : Khun Lô régnerait sur Muang S’va, Nyi Phalan sur le pays des Ho, Chu Song sur l’Annam, Sai Phong gouvernerait le pays de Nyeun, Ngua In serait roi du Siam, Chet Chuang enfin monterait sur le trône du pays P’uon. Le partage des territoires ainsi effectué, il exhorta ses fils au respect des frontières tracées. « Si l’un d’entre vous, poussé par la cupidité, l’envie, fait franchir à ses soldats, à ses éléphants, à ses chevaux, les frontières du souverain voisin, s’il porte le fer dans le territoire d’autrui, conquérant villes et villages, qu’il périsse et ne puisse réaliser ses desseins ! S’il plante des arbres, qu’il meure avant l’apparition des fruits ! S’il plante du rotin, qu’il meure avant que les tiges n’aient jauni ! Que sa vie soit terne et malheureuse ! S’il cultive la rizière, que la foudre le frappe ! S’il regagne sa demeure, que le tigre le dévore ! S’il voyage par eau, que les génies ophidiens de la grandeur d’une pirogue le dévorent ! S’il voyage par voie de terre, que les tigres de la grandeur d’un cheval le dévorent ! Que le royaume du frère aîné demeure celui du frère aîné, que le royaume du cadet demeure celui du cadet. Ne cherchez pas à vous nuire les uns les autres, à vous tourmenter. Ne vous querellez point… Peu de temps après avoir donné ces conseils à ses fils, Khun Bulom et ses deux épouses décédèrent. Les sept fils, après avoir juré de respecter les prescriptions de leur père, se dirent adieu et partirent fonder, chacun de leur côté, un royaume. Khun Lô l’aîné, descendant les eaux vertes de la Nam U, parvint à Muang S’va que gouvernait un prince Kha descendant de Khun S’va, l’ancêtre de la dynastie qui avait donné son nom au territoire. Khun Lô chassa l’aborigène, monta sur le trône et fonda une chefferie qui devait durer jusqu’à nos jours sur le royaume de Luang Prabang.

 

Ces cartes de Paul Le Boulanger (6)  montent l'expansion des principautés laos :

 

 

Dominique Geay-Drillien pose la question de savoir s’il s’agit d’un mythe, d’un récit ou d’un discours étiologique ?

 

« Le texte de Khoun Bourôm est bien un récit qui raconte une histoire cohérente mettant en scène des êtres surnaturels (les thên) et des hommes »

« Le texte de Khoun Bourôm raconte et justifie une situation nouvelle, le monde a été modifié par les dieux pour faire naître une nouvelle humanité, une civilisation et un royaume. ....

 

Comme l’explique B. Malinowski, « le mythe n’est pas une explication destinée à satisfaire une curiosité scientifique, mais un récit qui fait revivre une réalité originelle » (9).

« En ce sens, le texte de Khoun Bourôm est bien un discours étiologique ».

 

Notre auteure décompose cette histoire mythique en plusieurs étapes :

« La première humanité et le déluge »     

 

 « Dans cette première section, une communication entre le ciel et la terre montre que les hommes et les dieux se rendent visite mutuellement. Le ciel et la terre ne sont pas encore des espaces disjoints et peuvent communiquer. Les dieux et les hommes franchissent les domaines au moyen d’un lien cosmique qui est un pont ; dans d’autres légendes, il s’agit d’un arbre, d’une échelle ou encore d’un pilier.... Le thème du déluge se retrouve dans de nombreux mythes de l’Asie Orientale et de l’Asie du Sud-est » (10). Le déluge est suivi d’un assèchement des sols, une régénération en quelque sorte. Les trois khoun retrouvent la terre ferme avec un buffle cadeau du roi des thên. Le roi des thên est souvent appelé Phagna Thên (roi du ciel).  Les khoun pourront à nouveau cultiver la terre et vivre de la culture du riz. Une deuxième chance leur est donnée ».

 

 

« La seconde humanité et l’échec de la mise en œuvre d’une organisation sociale ».

 

Après l’apparition de la courge magique et celle des trois Khun,  ceux-ci se révélèrent incapables de gérer l’humanité nouvelle, l’organisation sociale est un échec.

 

 

« Le don d’un roi et l’organisation politique du territoire »

 

« Le roi du ciel délègue divers dieux pour aider de nouveau à l’aménagement et à la civilisation du territoire. Ils transmettent leurs savoirs aux hommes pour leur apprendre à vivre ensemble et en autarcie grâce à l’apprentissage graduel de techniques et de connaissances spécifiques. On assiste de ce fait à un transfert de compétences. Tout ce que possède l’humanité est donc considéré comme un don des dieux.  Comme pour la séquence précédente, il semblerait que la civilisation sur terre ne puisse être que la réplique de la civilisation céleste puisqu’elle est initiée par les dieux eux-mêmes.

 

 

« Les ancêtres mythiques  - La succession de Khoun Bourôm et l’assise d’une dynastie royale d’origine divine»

 

Nous retrouvons l’aménagement du monde, sujet que nous avons abordé et probablement l’origine du culte des ancêtres largement répandu sur les deux rives du Mékong. (1).

 

 

« Khoun Bourôm aménage le monde et attribue un territoire à chacun de ses fils, ce qui contribue à faire des Lao des héritiers. Il envoie ses fils fonder des royaumes dans les régions où vivent des T’aï (les hauts plateaux t’aï du Vietnam, les Sip Song Pan Na dans le sud de la Chine, l’Etat chan en Birmanie, la Thaïlande et le Laos ce qui correspondrait aux frontières d’un très ancien royaume T’aï). Alors que son plus jeune fils fonde le royaume de Xieng Khouang dans la Plaine des Jarres, l’aîné, Khoun Lô, descend la Nam Ou, ravit la principauté de Meuang Sua à son souverain Kha et l’appele Xieng Dong Xieng Thong, qui deviendra plus tard Louang Prabang... »

 

 

Les conclusions de l’auteure :

 

Celle-ci nous indique que le « mythe de Khoun Bourôm s’insère dans une tradition de légendes communes à l’Asie du Sud-est dans lesquelles il a puisé de nombreux éléments : Il a intégré le déluge, clé du contrat social, présent dans presque toutes les sociétés de l’Asie orientale et de l’Asie du Sud-est. » ... Il inclut « la conception d’un âge d’or aux origines ; l’accident comme rupture et comme dégradation de l’harmonie originelle ; l’explication de la condition humaine actuelle »... « Le mythe de Khoun Bourôm se rapporte plus spécifiquement à l’origine de l’homme en société et à la fondation du premier royaume Lao. De cette fondation va naître la chaîne de filiation ininterrompue reliant le héros civilisateur Khoun Bourôm jusqu’aux derniers souverains du Laos... Le mythe de Khoun Bourôm se pose parfois en concurrent du récit historique : le présent du narrateur est consigné dans les Annales historiques de Louang Prabang. Il est probable que le mythe de Khoun Bourôm a été récupéré pour créer l’Histoire des origines du Laos... Il détermine l’identité ethnique du peuple Lao.

 

Mais quittons la légende pour entrer de plein pied dans l’histoire commune des peuples Thaïs et Lao.

 

Le mythe de Khoun Bourôm donne de précieuses indications sur la qualité de la structure politique des sociétés prébouddhiques d’Asie du Sud-est. Au sujet de la migration des T’aï, G. Coedès précise : « On parle parfois de « l’invasion des T’aïs », conséquence de « la poussée mongole » au XIIIème siècle. En réalité, il s’est agi plutôt d’une infiltration lente et sans doute fort ancienne, le long des rivières relevant de ce glissement général des populations du nord vers le sud, qui caractérise le peuplement de la péninsule indochinoise. Mais il est de fait que les environs de l’année 1220, peut-être à la suite de la mort de Jayavarman VII qu’on peut placer peu avant cette date, ont vu se produire une grande effervescence aux confins méridionaux du Yunnan. C’est vraisemblablement de la même époque que date la descente légendaire de Khoun Bourôm, l’arrivée massive des T’aïs par le par le Nam U sur le site de Louang Prabang » (11).

A 363 - LE MYTHE DE KHOUN BOURÔM OU L’ORIGINE COMMUNE DES THAÏS ET DES LAO.

Ce passé transfiguré échappe à la mémoire et le mythe restitue à travers une image folklorique les thèmes historiques de la naissance de l'organisation sociale des Lao, de leur migration vers le Laos et de l'établissement de leurs principautés le long du Mékong.

 

 

Mais sans entrer dans des considérations qui pourraient rapidement devenir d’un ésotérisme fuligineux sur la « tradition primordiale », comment ne pas faire le rapprochement entre le récit biblique de l’expansion de l’humanité après le déluge et le mythe de Khoun Bourôm ?

 

NOTES

 

(1)  Voir nos articles article  11 : « Origines des Thaïs ? Une courge de Dien-Bien-Phu ?» :

http://www.alainbernardenthailande.com/article-11-origines-des-thais-une-courge-de-dien-bien-phu-97767868.html   

Et (article du Capitaine Achard et de Philippe Drillien) :

A 358 « L’ARRIVÉE DU BOUDDHISME DE PART ET D’AUTRE DU MÉKONG ».

http://www.alainbernardenthailande.com/2020/03/a-358-l-arrivee-du-bouddhisme-de-part-et-d-autre-du-mekong.html

 

(2) Sous le titre réducteur « Histoire du Laos français » il a écrit en réalité l’histoire du Laos après avoir étudié  en particulier les manuscrits laotiens de la  Bibliothèque royale de Luang-Prabang,

 

Auguste Pavie donne une très longue description de l’histoire mythique du Laos mais elle ignore l’épisode du déluge (« HISTOIRE  DU PAYS DE LAN-CHHANG, HOM KHAO (MILLIONS D'ÉLÉPHANTS ET PARASOL BLANC) Luang-Prabang et Vieng-Chang  - RECHERCHES SUR L'HISTOIRE DU CAMBODGE, DU LAOS ET DU SIAM » 1898

 

 

 (3) Le premier publié dans le numéro 113 de la revue au 4e trimestre 2018 concerne « Le rituel associé à la fête des fusées ». Il est numérisé :

https://www.academia.edu/37789270/Les_liens_entre_rites_et_mythe_dorigine

 

 

Le suivant dans le numéro 114 du 1er trimestre 2019 sous le titre « Les liens entre rites et mythe d’origine - Le rituel associé à la course des pirogues», également numérisé :

https://www.academia.edu/38131919/rites_et_mythe_la_course_des_pirogues_au_Laos_.pdf 

 

 

 

suivant dans le numéro 115 du 2e trimestre 2019 sous le titre « Les liens entre rites et mythe d’origine  - Le rituel associé à la fête du T’at » également numérisé :

 

https://www.academia.edu/38962017/Rites_et_mythe_dorigine_le_rituel_associ%C3%A9_%C3%A0_la_f%C3%AAte_du_Tat?auto=download

 

 

 

La suivant dans le numéro 116 du 3 trimestre 2019 sous le titre  « Les liens entre rites et mythe d’origine - Le rituel associé au jeu de Ti-K’i » est aussi numérisé :

https://www.academia.edu/39766885/Le_jeu_de_Ti-Ki_et_ses_rites

 

 

Le suivant dans le numéro 117 du 4e trimestre 2019 sous le titre « Les liens entre rites et mythe d’origine - Le rituel associé aux Devata Luang : Pou Gneu et Gna Gneu » également accessible :

https://www.academia.edu/40559767/Le_rituel_associ%C3%A9_au_Devata_Luang_Pou_Gneu_Gna_Gneu

 

 

(4) Cette écriture qui était celle de l’Isan connaît un  certain renouveau ainsi que nous l’avons étudié !

A 304 « VERS UNE RENAISSANCE DE L’ANCIENNE ECRITURE ISAN ? »

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/02/a-304-vers-une-renaissance-de-l-ancienne-ecriture-isan.html

 

 

(5) D’ailleurs en thaï, « laotien » se traduit par « khon lao » (คน ลาวpersonne lao) et en langue lao par le même mot. Initialement, il fut écrit « laocien » dans le Larousse du XIXe, dans les « Notes sur le Laos » d’Aymonier en 1885 ou dans sons « Voyage dans le Laos » de 1897 et dans le « dictionnaire français-laocien » de Monseigneur Cuaz de 1904)

 

 

(6) Citons en particulier celle - que nous n’avons pas consultée - d’un universitaire de Khonkaen, Souneth Phothisane, « The Nidan Khun Borom – translation et analysis » publiée en 1996.

 

(7) Charles Archaimbault mort en 2001 fut un pan entier de l'érudition sur l'Asie du Sud-Est incontournable pour quiconque s'intéresse à l'histoire du Laos ou à la culture lao. Un bel hommage lui a été rendu par Yves Goudineau in: Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Tome 88, 2001. pp. 6-16; La première rédaction écrite daterait selon Michel Lorillard du début du XVIe siècle (« Quelques données relatives à l'historiographie lao ». In: Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Tome  86, 1999. pp. 219-232;

 

(8) « Structures religieuses Lao (Rites et Mythes) », Vientiane, Ed. Vithagna, 1973.

 

(9) Référence de Dominique Geay-Drillien ;  « Cité par M. ELIADE dans Aspects du mythe, Paris, Ed Folio Essais n°100, 2001, p.34 ».

 

(10) Le déluge est effectivement un mythe répandu dans de nombreuses cultures autres qu’asiatiques. C’est aussi un des plus anciens. Ce mythe étiologique relate généralement des pluies catastrophiques et des inondations consécutives et a pour visée d'expliquer souvent l'origine de la violence. Il symbolise la colère, l'anéantissement et le chaos, mais aussi la survie et la renaissance. Ces phénomènes évoquent la colère divine. Toutefois cette gigantesque destruction n'est qu’une étape car elle inclut toujours la survie. C’est la fin d'une humanité, suivie de l’apparition d’une humanité nouvelle, symbole de la renaissance. Le meilleur exemple pour nous est celui de la Bible.

 

Comment ne pas constater l’étrange similitude entre le récit biblique et celui du déluge déclenché par les créatures célestes ?

 

 « Yaweh vit que la méchanceté des hommes était grande  sur la terre et que toutes les imagination s et les tendances de leur cœur n'étaient que mauvaises constamment; Et Yaweh se repentit d'avoir fait l'homme sur la terre et fut affligé en son cœur. Yaweh dit j’exterminerais de la face de la terre l'homme que j'ai créé depuis l'homme jusqu'aux animaux domestiques, jusqu’aux reptiles et jusqu'aux oiseux des cieux et je me repends de les avoir faits. Mais Noé trouvé grâce aux yeux de Yaweh ...»  (Genèse VI-5-8).

 

 

« Les fils de Noé qui sortirent de l’arche étaient Sem, Cham et Japhet...et c’est d’eux que vient la population de la terre.. » (Genèse VIII-18). Le premier serait considéré comme le père des Sémites, le second comme celui des Africains et le dernier celui des populations d’Eurasie.

 

 

Nous retrouvons le même récit dans le Coran (sourate XI, versets 25 à 48)

 

 

Les mythes du déluge sont-ils la mémoire d’un événement réel ? La question reste sans réponse. Une lecture littéraliste de la Genèse (7-6) date le Déluge de l'an 600 de la vie de Noé, soit, toujours selon la Bible, 1.656 ans après la création d'Adam et 2.348 ans avant la naissance du Christ.

 

(11) G. COEDES « Les Etats hindouisés d’Indochine et d’Indonésie », Paris, E de Broccard, 1964, pp. 346-347.

 

 

 

 

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