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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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16 mars 2020 1 16 /03 /mars /2020 22:38

 

 

Le Siam décrit sous forme romanesque ? Voilà qui n’est pas incompatible avec une  réalité détaillée de façon plus austère par les érudits, explorateurs, missionnaires, diplomates ou  simples visiteurs.

 

Nous avons rencontré le très beau roman de Paul-Louis Rivière « Pho Deng – Roman siamois », une description du Siam en 1914 sur fond d’histoire d’amour (1). Nous avons également parcouru avec intérêt le roman de la talentueuse Judith Gautier daté de 1894 « Mémoires d’un éléphant Blanc »  (2).

 

Le feuilleton d’Armand Ernest Dubarry en 1893 se situe dans un registre différent, celui de la littérature dite « populaire » parfois ainsi qualifiée avec une certaine condescendance par les beaux esprits (3). Il fut un écrivain de grand talent et contribua aussi à cette littérature populaire par son feuilleton publié dans le Musée des familles en 10 épisodes du 12 octobre au 7 décembre 1893, alors que la France était en guerre ouverte avec le Siam, mais sans que la moindre allusion soit faite aux événements du jour. Le Musée des familles ne le fait jamais, il est une revue d’information et non d’opinion (4). 

 

 

Cette brève histoire peut se situer dans le temps aux débuts de l’ère Ratanakosin. Elle va permettre au fil des livraisons au lecteur découvrir quelques-uns des aspects significatifs du Siam dont il ignore probablement tout pour ne pas avoir lu Monseigneur Pallegoix sinon qu’il est en guerre ouverte avec la France.

 

 

C’est en réalité une bluette bien sympathique qui permet à l’auteur de faire découvrir à ses lecteurs successivement la capitale, Bangkok et ses monuments, le mythe de l’éléphant blanc et les raisons de sa relative blancheur, la description d’Ayutthaya l’ancienne capitale et de ses ruines,   la description vivante de la jungle et des animaux qui y cohabitaient encore à l’état sauvage, crocodiles, tigres, serpents, singes comestibles, éléphants sauvages, chevrotains, insectes, et aussi les moines pervers (5), description d’un procès sous forme d’ordalie, jugement non pas de Dieu mais de l’éléphant sacré dont la mémoire est légendaire et se termine sur les fastes d’une cérémonie royale, description qui n’a rien à envier à celles de H. G. QUARITCH WALES (6)La conclusion qui s’imposait est un hymne à l’amitié. Déroulons donc les 10 épisodes de ce feuilleton.

 

 

BANGKOK

 

M. Manon- Villers, négociant français établi à Bangkok, capitale du royaume de Siam, avait ramassé un jour au coin d'une pagode, mourant de faim et  d'épuisement, et dont il avait fait son garçon de peine un gamin appelé Tungug. Il n’avait aucune fortune, aucune intelligence mais avait  de la franchise, de l’honnêteté et de la vivacité.

 

 

Il lui annonça un jour qu’il devait le quitter car il était tombé amoureux de la princesse Ma, la fille du premier roi. « Ver de terre amoureux d’une étoile » aurait dit Victor Hugo ! Naturellement, cet amour était sans espoir. « Une passion insensée ? »  lui dit son maître !

 

Que non pas !  « 0 maître!  Si, comme moi, vous l'aviez vue à ce moment, vous comprendriez mon admiration et mon amour, vous excuseriez ma folie. Je souffrais le martyre et j'allais me précipiter dans le Ménam,  une pierre au cou, quand j'appris qu'un des deux éléphants blancs du roi régnant venait de mourir, et que Sa Majesté offrait une fortune et le titre de prince à qui lui en procurerait un autre ».

 

 

Les grands mandarins, les chefs des Talapoins, les gouverneurs des provinces, se mirent à battre les forêts avec des nuées d'esclaves et des bandes d'éléphants privés ordinaires. En vain ! Sur ce, le second éléphant blanc tomba malade. Aussitôt,le roi fit publier à son de trompe que celui qui lui amènerait un éléphant blanc recevrait en récompense dix belles esclaves, une province el la princesse Ma en mariage. C’est la raison pour laquelle le jeune homme avait pris la décision de fouiller  les forêts profondes de Birmanie, du Siam, du Laos et du Cambodge  pour trouver et ramener ce précieux animal sacré. Ne pouvant l’en dissuader, son maître, qui avait de l’affection pour lui, lui procura  un équipement, un mouchoir pour qu’il perde l’habitude de se moucher avec les doigts, des vêtements, quelques médicaments, quelques ticals, un couteau, un solde bâton ferré et un revolver avec  quelques boites de cartouches. Le gamin partit et murmura en frissonnant : « Ma, je vais vous conquérir ou mourir pour vous ! ». Il n’était évidemment pas le seul à partir en chasse à la recherche de l’introuvable animal sacré..

 

 

 

AYUTTHAYA

 

Le jeune homme était pieux, il fit deux parts du viatique que lui avait donné son maître, et en donna la moitié aux moines pour obtenir leur bénédiction et garda l’autre pour la route. Il atteignit l’ancienne capitale après quatre jours de navigation et y prépara son itinéraire. Il décida d’aller oú Bouddha le guiderait. Il y rencontra un moine nommé Chantaboun qui appartenait à la pagode royale d’Ayutthaya. Il en obtint la bénédiction après qu’il lui eut vidé sa bourse ! Il y rencontra un mandarin allant en pèlerinage à Phrabat,  un des lieux sacré du Siam, qui l’engagea comme rameur. Lassé d’en recevoir des coups de rotin, li le quitta en cours de route et partit vers l’Est avec son havresac, son bâton ferré, son couteau et son revolver.

 

 

LA COURSE DANS LA JUNGLE

 

Il traversa alors une forêt infestée de serpents qu’il révolvérisa proprement, échappa aux tigres et à un rhinocéros. Il se nourrit des fruits de la forêt et se désaltéra de l’eau des torrents. Un cynocéphale agressif ne résista pas à son couteau.

 

 

Une aubaine pour notre homme car comme tous les siamois, il était friand de cette chair !

 

 

Un matin à son réveil, il rencontra une harde d’éléphants, l’un d’entre eux était plus clair mais point blanc ! Tungug estima qu’en suivant leur piste, peut-être le conduiraient-ils à l’éléphant blanc ? Il lui fallut se défendre contre les moustiques, les fourmis, les scorpions et les sangsues. Un troupeau de chevrotains lui permit d’améliorer son ordinaire. Nouvelles aventures en direction toujours de l’Orient, traversant une rivière, il dut échapper à un énorme crocodile en se réfugiant dans un arbre. Mais le gavial se détourna en se précipitant sur un capricorne à bézoard. Tungug en profita pour prendre la fuite et suivre sa route.

 

 

Bouddha seul savait oú le conduisait cette errance. Poursuivi par un serpent, il lui jeta son havresac pour lui échapper. Celui-ci planta ses crocs dans la boite de cartouches à fulminate et les   fit exploser ! C’était un miracle mais il ne restait plus lui teste plus  à Tungug que les six coups de son revolver ! Nous allons le suivre dans les marécages putrides du Laos. Les fièvres qu’il y contracte furent guéries par les médicaments de M. Manon- Villers. Il marchait sans trêves depuis trois mois et toujours pas d’éléphant blanc. Il arriva un jour dans une clairière au centre de laquelle une douzaine de siamois se battaient avec deux tigres.

 

 

Il se lança à leur secours, égorgea un des tigres de son coutelas et en révolvérisa un autre avec la dernière balle du barillet de son arme.

 

 

Les fauves prirent la fuite et l’un des rescapés, neuf sur les douze, était un moine, le monde est petit, c’était ce Chantaboun qu’il avait rencontré à Ayutthaya ! Apprenant que Tungug était toujours à la recherche de l’éléphant blanc et pour lui manifester sa reconnaissance, il lui signala la présence de l’un de ces animaux vers le sud. Que faisait donc là ce bon Chantaboun ? « Les talapoins ne sont pas astreints, comme les moines catholiques, à demeurer dans le monastère auquel ils appartiennent ; la plupart n'y passent, chaque année, que la mauvaise saison; le  reste du temps, ils vont où il leur plaît par le royaume, persuadés que leur habit leur ouvrira toutes les portes et que les aumônes ne leur manqueront  jamais. La règle austère de leur ordre, que bien peu d'entre eux observent, ne les gêne en aucune façon, et les populations  exceptionnellement superstitieuses au milieu desquelles ils vivent ne cessent de les respecter, même lorsqu'ils n'ont plus rien de respectable ». Il était lui-même à la recherche de l’éléphant blanc et avait sournoisement égaré Tungug sur une fausse piste. Il savait la bête errant du côté d’Angkor vers le nord. Le pôle n’est pas l’équateur !

 

 

LA RENCONTRE DE L’ÉLÉPHANT BLANC

 

Tungug pendant un mois va de marches en contre marches et commençait à  désespérer, jusqu’au jour où il rencontra l’éléphant blanc ! Il s’inclina devant lui : l’éléphant gémissait, manifestement malade.

 

 

« Aveuglé par l'ignorance et la superstition, ainsi  que la plupart de ses compatriotes, Tungug ne se doutait pas et n'aurait pas voulu admettre que l'éléphant vénéré fût une variété albine de l'éléphant ordinaire, un infirme, un albinos, et non un        personnage supérieur tenant le milieu entre le héros et la divinité; pourtant ce gros fétiche hindou n'est pas autre chose qu'un simple éléphant, né albinos par suite d'une révolution éprouvée par sa mère avant la parturition, ou devenu albinos sous l'action d'une affection débilitante que de savants médecins ont assimilée à l'alphos ou lèpre blanche. Celui que Tungug avait devant lui n'était pas un albinos de naissance ; c'était un albinos par maladie, et c'est pourquoi il souffrait tant. Sa peau désorganisée, couverte d'éruptions dartreuses, était sillonnée de crevasses en suppuration; ses yeux rouges pleureurs ne pouvaient supporter l'éclat du jour; il gémissait lamentablement, accablé sous le poids de ses douleurs aiguës, de son incurable infirmité».

 

Tungug soigna ses plaies à l’aide d’herbes de la forêt et la bête lui manifesta sa reconnaissance par une caresse de sa trompe. Le lendemain, l’éléphant réussit à suivre son  nouvel ami. Une semaine s’écoula, l’éléphant recouvrait ses forces et ses plaies se refermaient. L'intimité entre Tungug et le pachyderme était  désormais absolue, la confiance réciproque, l'attachement égal des deux parts. L’éléphant débarrassa Tungug d’un crocodile en l’attrapant avec sa trompe par la queue et l’envoya en l’air oú il se brisa dans sa chute. Il écrasa un tigre en l’éventrant contre un rocher. Hélas, ignorant quelle direction prendre, ils en vinrent à rencontrer l’infâme Chantaboun qui eut le front de prétendre que l’éléphant lui appartenait et qu’il ferait de Tungug l’un de ses palefreniers. Une bataille éclata : l’attitude menaçante de l’éléphant blanc effraya les hommes de Chantaboun et les éléphants gris sur lesquels ils étaient montés. Il balaya ses congénères et les dispersa L’éléphant blanc suivit une route mystérieuse qui les conduisit jusqu’à Battambang. Sous un temps serein, ils atteignirent Muang-Kabine, le pays des mines d’or, situé à quelques journées à l’Est de Bangkok. L’apparition de l’éléphant blanc produisit au milieu de la foule l’effet d’un coup de foudre. La nouvelle alla se répandre jusqu’à la capitale.

 

 

L’ARRIVÉE Á BANGKOK

 

Un pauvre portefaix allait donc épouser la fille du roi ! Au bout de quinze jours de voyage, on vit au loin les pagodes de Bangkok. Le roi les attendait avec sa cour mais allait-il tenir sa promesse ? Il fit tout simplement garrotter Tungug pendant que l’éléphant – avait-il oublié son ami ? – entrait dans la capitale.

 

 

LE PROCÈS

 

Que s’était-il passé ? Le crapuleux  Chantaboun avait prétendu qu’il était celui qui avait capturé l’éléphant blanc et qu’il lui avait été volé par Tungug. L’affaire devait donc être  soumise aux ordalies, au « jugement de Dieu » dans lequel l’éléphant jouerait le rôle essentiel. Le roi dans sa sagesse ne voulait pas prendre de décision irréversible avant de faire décapiter Tungug dont il avait entendu la défense. Il devait se soumettre au  jugement de l’éléphant. Les deux protagonistes furent placés dans une enceinte close, le moine libre de ses mouvements et Tungug toujours enchaîné. La décision de la bête fut rapide, il s’empara de Tungug de sa trompe, le plaça sur son dos et écrasa de moine de sa patte. L’épreuve était décisive.

 

 

LE TRIOMPHE

 

« Relève-loi, Prince, lui dit Sa Majesté d'un ton bienveillant, en descendant de son trône, et reçois nos royales félicitations. ».

 

Quelques temps plus tard une somptueuse pirogue conduite par 50 rameurs glissait sur la Maenam. Sous un dais de soie et assis sur de confortables coussins de fils d’or, Tungug assis portait l’insigne du grade le plus élevé de l’ordre de l’éléphant Blanc. La pirogue accosta sur un débarcadère devant une maison cossue.  Un  européen était assis dans un fauteuil de bambou et fumait son cigare en dépouillant son courrier. C’était bien sûr M. Manon-Villers. Citons la fin du feuilleton, elle le mérite :

 

 

« C'est toi ! » s'écria-t-il en se levant et avec une vive émotion. « C'est moi ! » repartit Tungug, en se précipitant dans ses bras. « C'est bien de ne pas m'avoir oublié ». « Le pouvais-je ? ». Tungug s'assit auprès de M. Manon-Villers, qui le félicita chaleureusement et en lui pressant les mains, de sa haute fortune qu'il connaissait dans ses détails.  « Et tu es heureux? » lui demanda le négociant en souriant. « Si heureux que je crois être bercé par un divin rêve. Maintenant, que puis-je faire pour vous, mon bienfaiteur, qui m'avez aidé à conquérir l'éléphant blanc, à mériter Ma ? » « Pour moi personnellement, rien que de me conserver ton amitié, à laquelle j'attache du prix, parce que je sais que ton cœur est bon; mais si l'appui que je t'ai prêté t'a été utile, puisque te voilà prince, gendre du roi, riche et puissant,

 

Prouve-moi ta reconnaissance en te rappelant ta détresse passée quand tu verras des-pauvres, en traitant humainement ceux qui dépendront de toi. Dans ce merveilleux royaume dont tu es maintenant un des piliers, c'est à qui, lu ne l'ignores  pas, fera sa moisson sur le dos du peuple, comme on dit proverbialement ici et ailleurs : n'augmente pas injustement les charges de ceux qui ploient déjà sous un fardeau écrasant, n'ajoute pas aux peines de gens dont l'existence n'est que larmes et misère ; sois bon, même pour les méchants ; que ton bonheur te serve à faire des heureux, non à opprimer, et tu seras ainsi digne de ton sort, et je serai payé au centuple de tout ce que tu penses me devoir ».

 

Tungug promit au négociant de suivre la belle conduite qu'il lui traçait; et, chose plus rare, il tint sa promesse.

 

Fait significatif du mépris dans lequel on tenait la « littérature populaire » ? Alors que chacune des œuvres de Dubarry  faisait l’objet de critiques  élogieuses  autant que flatteuse de la critique littéraire, le feuilleton n’en fut jamais signalé. C’est toutefois probablement à son feuilleton et à de nombreux récits animaliers publiés dans  d4qutres revues que Dubarry dut de recevoir en 1896 le titre de lauréat de la société protectrice des animaux assorti d’une médaille vermeil !

 

 

NOTES

 

(1) Voir notre article A 255 « POH-DENG, « ROMAN SIAMOIS » DE PAUL-LOUIS RIVIÈRE, MAGISTRAT ET POÈTE » :

http://www.alainbernardenthailande.com/2018/04/a-256.poh-deng-roman-siamois-de-paul-louis-riviere-magistrat-et-poete.html

Cet ouvrage a fait l’objet d’une magnifique réimpression de l’édition original superbement illustrée par la maison d’édition de notre ami Kent Davis.

 

 

(2) Voir notre article A 355 « MÉMOIRES D’UN ÉLÉPHANT BLANC» - L’HISTOIRE DE L’AMITIÉ ENTRE UNE PRINCESSE SIAMOISE ET UN ÉLÉPHANT BLANC ».

 

(3) Né à Lorient le 28 novembre 1836 et mort à Paris le  2 décembre 1910 fut explorateur, journaliste et romancier français aujourd’hui bien oublié mais à son époque couvert de gloire.

 

La tombe de Dubarry au cimetière Montparnasse :

 

 

Journaliste au Journal des voyages et rédacteur au Musée des familles, il aurait  effectué de nombreux voyages devient aussi célèbre par ses romans de mœurs et ses romans coloniaux destinés à la jeunesse. On lui doit aussi des poésies, des récits historiques, des descriptions de voyages et des pièces de théâtre. Le feuilleton est illustré par Georges Scott, un illustrateur réputé de cette époque.

 

(4) Le Musée des familles, fut plus ou moins en concurrence avec le Magasin Pittoresque. Initialement sous-titré « Lectures du soir » puis jusqu’à sa disparition en 1900 sous le titre « édition populaire hebdomadaire », est l'un des tout premiers périodiques illustrés à bas prix du XIXe siècle. Son fondateur, Émile de Girardin, voulut en faire un « Louvre populaire », accessible aux familles modestes et à la jeunesse peu cultivées, plus attirées par les images que par les textes. Littérature dite « populaire » avec une certaine condescendance avons-nous dit ? : Dans le premier numéro de la revue daté de 1833,  et alors intitulé « le musée des familles – lectures du soir » nous lisons : « Déjà nous pouvons réaliser pour la France un cours d'instruction familière, amusante, variée, à la portée de tous tant elle est bon marché tel que le font en Angleterre les meilleurs esprits dans tous les genres, unis aux artistes les plus habiles. Chez nous aussi, il est temps que le peuple ait un livre de luxe. Nous allons donc faire un journal à deux sont,  journal immense qui réunira à lui seul tous les journaux de l'Angleterre... » Cette littérature journalistique dite « populaire » existait déjà en Angleterre. Pour ceux qui savent encore compter en sous, un franc est de 20 sous et 2 sont 5 centimes. Or, à cette époque, le coût d’un ouvrage imprimé concernant le Siam, visiteurs, explorateurs, missionnaires, diplomates, ne se compte pas en sous mais en francs de 20 sous, 10 francs pour un livre ordinaire ce qui rend leur accès inaccessible à la « France d’en bas ». Ces revues populaires vont permettre à tous ces Français qui savent que le Siam existe et entretien avec leur pays des rapports plus que centenaires d’en avoir une vision scientifique. Le journal consacre ainsi entre 1833 et 1900 une vingtaine d’articles au Siam, la publication était initialement de deux numéros par ans et devient hebdomadaire lorsque le journal devint « Le musée des familles –édition populaire hebdomadaire »). Il a publié, toujours de manière illustrée, d'innombrables articles variés, ainsi que les premières versions de romans célèbres sous forme de feuilletons sans jamais aborder les faits de société ou la politique contemporaine.

Le Musée des familles a aussi publié un nombre considérable d'auteurs célèbres :  BalzacAlexandre DumasThéophile Gautier, Eugène SueVictor HugoJules Verne... et utilisé le talent d'illustrateurs célèbres comme GavarniGrandville ou  Honoré Daumier ...

 

(5) Nous retrouvons sous la plume de Dubarry la vision largement négative de Pierre Poivre sur le clergé bouddhiste qu’il a rencontré en 1745 à l’époque où se situe notre aventure :

Voir notre article H 55 « LA VISION DU SIAM PAR LE LYONNAIS PIERRRE POIVRE LORS DE SON COURT SÉJOUR Á LA FIN DE L’ANNÉE 1745 ».

http://www.alainbernardenthailande.com/2020/01/a-348-la-vision-du-siam-par-le-lyonnais-pierrre-poivre-lors-de-son-court-sejour-a-la-fin-de-l-annee-1745.html

 

(6) « SIAMESE STATE CEREMONIES THEIR HISTORY AND FUNCTION », Londres 1931.

 

 

 

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