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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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11 mars 2020 3 11 /03 /mars /2020 22:17

 

Notre dernier article avait évoqué le règne du roi Luang Sorasak, « Le roi tigre » (Phra Chao Sua) (1703-1709) (1). A sa mort en février 1709, son fils Phra Chao Thai accède au trône. Alain Forest va lui consacrer une demi-page (p.110) (2), et Richard D. Cushman in  «The Royal Chronicles of Ayutthaya.», 16 pages. (3) Ensuite les Chroniques vont en leur chapitre 10 retracer en 59 pages le règne du roi  Borommakot  (1733-1758) (ou Boromkot ou Maha Tammaratchathirat II) pour terminer l'histoire du royaume d'Ayutthaya en son chapitre 11 intitulé «Les derniers rois d’Ayutthaya, 1758-1767» en 60 pages. (Uthumphon (avril-mai 1758 (?)) et  le  roi Suriyamarin  (ou Ekathat, ou Boromma Ratchathirat V) 1758-1767), avec le 7 avril 1767 la chute du royaume d'Ayutthaya par les Birmans.

 

 

Mais revenons au règne du  roi Tai Sra ( ou Thai Sa ou Phumintaracha ou Sanphet IX) (สมเด็จพระเจ้าสรรเพชญ์ที่ 9  (พระเจ้าท้ายสระ)   (1709-1733)

 

Alain Forest nous apprend que les sources missionnaires ne mentionnent que peu de choses sur ce règne, si ce n'est des tentatives, à la fin des années 1710 et au début des années 1720, de soutien aux prétendants au trône du Cambodge dont certains vont être aidés par les seigneurs Nguyêns de Cochinchine et en 1712 le signalement de «quelques troubles à Mergui qu'attaquent les  troupes de la ville de Tavoy, petite principauté-tampon entre le Pégou et le Siam». Des courriers attribuent au roi, un caractère doux et pacifique mais signalent à la fin du règne la faiblesse du gouvernement qui va renforcer le pouvoir de son frère Phra Pôn (futur roi Boromokot), Uparât (successeur désigné), qui va se conduire comme un second roi, avec sa cour, donnant des ordres, pour finalement à partir de 1730 diriger les affaires du pays.

 

 

Monseigneur Pallegoix sera plus expéditif (5)  (In (4)) «Chao Dua étant mort, son fils (qu’on ne nomme pas) lui succéda. Il ne fit rien de remarquable si ce n’est qu’il chassa les Annamites du Cambodge qu’il rendit tributaire». Voilà donc notre prélat qui exécute en deux lignes le règne du fils comme il a exécuté celui du père en trois!  

 

 

Aymonier (6) n’en dit guère plus: «Le roi envoya une expédition au Cambodge, rendit ce pays tributaire et en chassa les Annamites.» Comme si, disions-nous,  chasser les Annamites du Cambodge et rendre ce pays tributaire du Siam, ce n’était rien!

 

 

«Les Chroniques royales d'Ayuttthaya» seront plus prolixes dans leur style caractéristique (discours grandiloquent et pompeux, répétition interminable  des  titres, peu de cohérence, passage du coq à l'âne, etc) et ses topiques habituels, privilégiant les cérémonials, les légitimations bouddhistes (construction et rénovation de temples, pèlerinages, etc), le respect des auspices, et cette fois-ci une guerre au Cambodge débouchant sur sa vassalité, quelques faits divers et de nouveau une succession sanglante.

 

 

 

Le fils du roi  Sorasak, Thai Sa devient donc en 1709 le nouveau roi d'Ayutthaya, son frère (Boromakot) est désigné comme son successeur (uparât).

 

Les Chroniques vont commencer, comme pour tous les autres rois, en évoquant son accession au pouvoir, sans s'attarder toutefois sur la description habituelle de la  cérémonie avec ses rituels, mais en énumérant tous ses titres qui le légitiment comme le représentant de Bouddha et de Brahma.

 

 

Mais curieusement, avant  la  description des funérailles de son père avec son cérémonial (p.399), les Chroniques vont nous apprendre que le Prince Blackie sera exécuté pour son insolence, sans nous révéler ce qu'il représentait à la Cour, pour revenir sur le roi et le peindre comme un roi paisible qui aime pêcher la carpe, qui deviendra un privilège royal, interdite à quiconque sous peine d’amende.

 

On apprendra, plus loin, qu'il a aussi, comme son père, la passion de la chasse, aime capturer les éléphants (p.405). Les Chroniques racontent d'ailleurs (p.408) un accident qui aurait pu mal tourner lors d'une chasse à l'éléphant dans la forêt de Nakhon Nayok. Alors que des nuages cachèrent la lune, l'éléphant du frère du roi prit peur et se précipita à l'arrière de l'éléphant royal. Ce qui fit chuter le mahout arrière  et poussa l'éléphant royal à s'enfuir dans la forêt. Le roi réussit à le ramener au pavillon royal temporaire, mais son frère eut peur de recevoir une punition, même s'il n'avait eu nulle intention d'effrayer l'éléphant royal. Il expliqua à son royal frère les circonstances et lui demanda grâce. Le roi le rassura en lui disant qu'il n'avait  eu aucun doute sur ses intentions.

 

 

 

On n'oubliera pas de montrer que le roi est un roi légitimé par le bouddhisme, et  comme ses prédécesseurs, il accomplira, aux dates favorables choisies par les brahmanes, les actes religieux de la fonction, comme les constructions ou restaurations de temples, de palais et effectuera des  pèlerinages, comme celui du plus prestigieux  de l'Empreinte de Bouddha à Saraburi.

 

 

En effet, un an après les funérailles de son père, il ordonne de bâtir de nouveaux bâtiments  à l'Empreinte du pied de Bouddha (p.400), comme on signale qu'il va rénover différents temples, comme celui du «Monticule», comme son frère d'ailleurs, l'uparât,  va restaurer le  monastère du «grand dortoir d'étoiles» (p.404). Les Chroniques n'oublieront pas d'évoquer le pèlerinage qu'il fera à l'Empreinte du pied de Bouddha (p.409) et s'attarderont sur 3 pages (sur 16 pages consacré au règne!) sur le Bouddha couché de Pa Mok qu'il fallut déplacer. (p. 410-412)

 

On apprend que l'abbé du monastère de Pa Mok s'est rendu en 1725 (?) auprès de Phraya Ratcha Songkhram pour l'informer que le Bouddha couché a été sérieusement endommagé  par la rivière et qu'il risquait de disparaître lors d'une prochaine inondation. Celui-ci estima qu'il faudrait mieux le déplacer en un endroit plus sûr. Mais l'abbé lui rétorqua, avec force politesse, que cela lui paraissait impossible au vu de sa taille et qu'il risquait de s'effondrer et qu'il valait mieux utiliser les vieilles pierres pour en reconstruire un autre qui serait alors plus majestueux que l'ancien.  Phraya Ratcha Songkhram estima qu'il valait mieux le déplacer comme on le faisait d'habitude et qu'il s'engageait à tout payer si celui-ci venait à s'effondrer. L'affaire fut ensuite tranchée par le roi lors d'un synode qui chargea Phraya Ratcha Songkhram d'entreprendre le déplacement du Bouddha. Un an plus tard, le roi vint  au monastère avec son  frère  et s'installa sept/huit jours dans un pavillon temporaire érigé pour l'occasion, pour ensuite venir de temps en temps, lors de courtes périodes de trois/quatre jours, suivre et aider pour les différentes étapes des travaux que l'on décrit. Enfin, au jour convenu par les auspices (quand?) le roi assista au déplacement du Bouddha couché à l'endroit choisi. Ce fut un succès qui valut à Phraya Ratcha Songkhram d'être promu au grade de chef des magistrats. Le roi fit construire par la suite, durant 5 ans,  un hall de prières, un autre pour les saintes écritures, dortoirs, et toutes sortes de commodités (passages couverts, escaliers, toilettes, etc). Mais le roi tomba malade et ne put venir l'inaugurer.

 

 

 

Le roi a aussi soin d'améliorer les voies de communications. Il chargera Phra Racha Songkram de superviser le creusement du canal du «Tertre de l'indigo» d'une longueur de  340 sen (1 sen = 40 m). Celui-ci enrôla environ 60.000 sujets des municipalités de Nonburi, Samut Prakan, Sakhonburi, Samut Songkram, Phetburi, Ratburi, Nakhon Chai Si. Le travail fut effectué en trois mois, après quoi  Phra Racha Songkram rendit compte au roi qui le félicita, le nomma Phraya et lui fit de somptueux cadeaux (p.405). Ensuite, il est noté que la même année (Quand ?), le roi qui était allé pêcher à l'embouchure de la rivière du port chinois, constata que le canal de la Grande victoire n'était pas achevé. Il ordonna de nouveau à Phraya Racha Songkram d'enrôler 30 à 40.000  hommes de 7 ou 8 municipalités [Elles ne sont pas nommées] pour finir de creuser le canal. Il est précisé qu'un Farangset [Un occidental] l'aida, avec un télescope, à tracer un canal plus droit de 340 sen (Curieux cette même longueur du canal précédent!) en le creusant de 6 sok à 8 sok (un sok=50 cm). Le travail fut effectué en 2 mois et Phraya Racha Songkram fut félicité et récompensé par le roi lors d'une audience royale (p.407). Ensuite (p.408) on signale que le roi demanda au Phra de Tonburi d'enrôler 10.000 hommes des villages environnants pour creuser un autre petit canal de 6 sok de profondeur, de 6 wa (1 wa = 2 m) de large et d'une longueur de 30 sen (1,2 km), qui  rejoindrait le canal Hamlet du Grand Lotus. Le canal fut creusé en un mois.

 

 

Mais le principal événement de son règne sera, ce que Wyatt (L'éditeur des Chroniques)  nomme «Evénements au Cambodge»  et «Armée envoyée au Cambodge». (p. 401-404)

 

Les Chroniques royales d'Ayutthaya nous apprennent que le roi installé à Kamphuchathibodi [Au Cambodge] qu'elles nomment comme «the holy Dhamma King of the Palace Enclosure of Plank» et «the Eminent Crystal Celestial» [que les sources CD appellent Sacong et les sources FK, Cok]  entrent en conflit et sont déterminés à entrer en guerre. Sacong donc, va obtenir des troupes de Yuan (?) et conquérir la municipalité de Kamphuchathibodi.  Le roi s'échappa avec ses épouses, ses enfants et de nombreux sujets et vint demander son aide au roi d'Ayutthaya, qui l'accueillit avec force générosité.

 

Tai Sra ordonna à ses ministres de la Défense et de l'Intérieur de préparer une armée de 20.000 hommes avec éléphants et chevaux. Phraya Chakri fut nommé le commandant de l'armée de terre composée de 10 000 soldats, 300 éléphants et 400 chevaux; Phra Pichai Rannarut fut chargé de l'armée de front, Phra Wichit Narong fut désigné  commissaire, Phra Phichat Songkram fut chargé d'une brigade d'approvisionnement, et Phra Ram Kamheang de l'arrière de l'armée. Le Chinois Phraya Kosathibodi fut nommé comme l'amiral de la flotte avec 100 bateaux de combat et une armée de 10 000 hommes.  Les deux  paragraphes suivants racontent  comment la flotte de Phraya Kosathibodi fut anéantie par la flotte Yuan, et l'armée de Phraya Chakri sortie victorieuse à Kamphuchathibodi, et le roi du Cambodge (Lequel?) proposa au roi d'Ayutthaya d'être désormais son vassal. Enfin, quand nous disons «racontent», il aurait fallu ajouter, «dans le style particulier des Chroniques royales» qui sont quelques peu confuses.

 

 

 

Heureusement, William Alfred Rae Wood dans son histoire du Siam (7) nous propose une version courte mais plus compréhensible de cette guerre au Cambodge. Il nous apprend qu'en 1717, le roi Tai Sra dut intervenir sur la scène politique  au Cambodge et qu'en   1714, le jeune roi Sri Tammaraja avait accédé au trône du Cambodge. Son oncle, l'ex-roi Keo Fa qui avait abdiqué plusieurs années auparavant lui déclara la guerre et le vainquit avec l'aide des Cochinchinois. Sri Tammaraja put s'enfuir avec son jeune frère à Ayutthaya et demanda l'aide du roi Tai Sra.

 

 

Deux grandes armées furent envoyées au Cambodge. La principale armée sous le commandement de Praya Chakri se dirigea vers Siam Reap et une flotte importante fut mise sous le commandement du Chinois Phraya Kosathibodi qui venait récemment d'être nommé Praklang [Ministre du commerce et des Affaires étrangères]. Celui-ci se révéla incompétent et lâche. Il s'avança le long de la côte, prit et brûla la ville de Bantéay M'eas (Hatien). Son armée fut attaquée par une force composée de Cambodgiens et d'Indochinois et subit la pire défaite de l'histoire du Siam. Les soldats étaient dans une mauvaise condition pour se battre et durent manger leurs animaux. Ils furent nombreux à tomber malades. Pourtant ils résistèrent bravement mais furent pris de panique et s'enfuirent vers le large après avoir  perdu une partie de leurs bateaux. L'armée qui était sur terre fut consternée et s'enfuit en désordre perdant beaucoup d'hommes ainsi que leur artillerie.

 

L'armée sous les ordres de Phraya Chakri eut plus de succès et après plusieurs actions victorieuses se dirigea vers Udong, la capitale.  Keo Fa rendit hommage au roi Thaï Sa en lui envoyant or et arbres en argent  comme symbole de sa sujétion. L'offre fut  acceptée et Keo Fa put retrouver son trône. Cela fut considéré comme un succès partiel par les Siamois, car le but de l'expédition avait été de maintenir Sri Tammaraja. De même la victoire de Phraya Chakri  fut aussi tenue pour relative en considérant la défaite de  Phya Kosa.

 

Ensuite Wood signale que le règne de Thai Sa fut paisible; qu'il termina le canal Mahajai creusé par son père et fit construire et rénover de nombreux temples.

 

Par contre, quand son fils grandit, il fit la même erreur  que les successions sanglantes qui avaient eu lieu dans le passé, en voulant imposer son fils aîné Naren en écartant son frère uparât. Mais le fils qui aimait son oncle déclina l'offre et se retira dans un temple. Mais le roi était déterminé à ce que son frère ne lui succéda pas et désigna son fils cadet le Prince A'Pai. L'Uparât était prêt à renoncer à la succession mais en faveur de Naren. L'oncle et le neveu commencèrent à s'organiser en vue d'un conflit armé. Mais le roi Thai Sa mourut en janvier 1733. Il avait 50 ans.

 

 

 

Wood prétend que le roi Thai Sa a été considéré par les historiens thaïs comme un roi cruel, et qu'il aimait la pêche et la chasse. Il termine en disant qu'en 1717, il y eut une rébellion du Lao T'ep Singh contre les Birmans à Chiangmai (Ce que les Chroniques ne mentionnent pas) dont beaucoup furent massacrés parmi lesquels le Prince Min Rera, un cousin du roi birman. T'ep Singh ne resta que peu de temps au pouvoir avant d'être délogé par Ong'Kam, le Prince de Luang Prabang. Celui-ci battit en 1728 une armée birmane et fut couronné Prince de Chiangmai. Les Birmans avaient joué un rôle à Chiangmai depuis 1556 qui eut une précaire indépendance de 1728 à 1763 avec de nombreux conflits internes.

 

Les «Chroniques royales d'Ayutthaya» terminent donc l'évocation du règne du roi Tai Sra avec sa tentative d'imposer son fils le Prince Aphai, ce que son frère, l'uparât, refusa et  l'entraîna dans la préparation de la guerre, en établissant des palissades sur les berges est du canal, qu'il confia au commandement de Khun Si Kong Yot. Le fils du roi prit position sur l'autre côté du canal et fit demander à qui appartenait ces palissades. On lui répondit «À Khun Si Kong Yot». Il ordonna alors à Khun Ken Hat (Ram) de prendre position dans une maison du village et de tirer sur  Khun Si Kong Yot, qui fut tué. Le Prince Apai  relata l'incident  à son père qui lui reprocha de s'être trop précipité et d'avoir tiré le premier. Le Prince en s'inclinant lui répondit qu'il avait choisi un moment favorable pour obtenir la première victoire. On n'en saura pas plus dans ce chapitre qui nous apprendra la mort du roi en 1733. (Début janvier). Il avait 50 ans. (D'autres souces lui donnent 54 ans)

 

 

 

Une succession sanglante.

 

 

La mort du roi Tai Sra ne pouvait que précipiter la guerre engagée pour sa succession. Le début du chapitre 10 des Chroniques consacré au roi Borommakot (1733-1758) lui est consacré. (p.415-419). On y voit Aphai commandé  au député de Phitsalunok de diriger une force d'une centaine de soldats d'aller vers Chikun pour entourer le palais de  Borommakot, qui, avec 200 hommes prit les devants pour les attaquer. Le combat fut sanglant et nombre de soldats d'Apai furent tués et le reste dut fuir. Un autre troupe de Borommakot, en profita pour saisir Luang Chaibun, qui lui fut présenté, et interrogé. Un autre jour, une autre de ses troupes de 400 soldats environ attaquèrent la prison située le long de l'avenue de la forêt du vêtement vert, et libéra approximativement 700 prisonniers.

 

Pendant ce temps le Phra de Thonburi avait rejoint Apai en envoyant 500 soldats traverser le canal du Pont des Éléphants pour attaquer de nouveau les palissades du Palais de Borommakot. Celui-ci fut effrayé par l'attaque et estima qu'il ne pouvait les défendre. Mais  Khun Chamnan lui apprit que le chef des moines avait proposé d'offrir sa vie pour le défendre et lui demandait d'envoyer une cavalerie pendant qu'il attaquerait. Mais le chef des moines fut tué. Après lui avoir rendu hommage,  Borommakot organisa une troupe de 300 soldats et attaqua l'armée de Phra de Thonburi qui partit en déroute après des combats acharnés. Les chroniques décrivent le combat à cheval de Khun Chamnan contre le Phra de Thonburi qui fut tué et décapité.  Khun Chamnan offrit la tête à  Borommakot qui attaqua ensuite le palais d'Aphei en la brandissant.

 

 

Les deux fils d'Aphai effrayés par les défaites successives décidèrent de prendre la fuite en barge royal. Ils débarquèrent la nuit au village de Mud. Maître Duang, le seul page les accompagnant, réussit à mendier du riz pour les Princes. Après 6 jours, Maître Duang décida d'aller visiter sa mère au village des Poteaux d'argile. Les Princes lui donnèrent une de leur bague afin qu'il achète du riz. Les habitants devinèrent sa provenance et eurent peur des conséquences. Ils prévinrent un officiel qui en informa Khun Chamnan, qui envoya des hommes pour capturer Maître Duang, qui lui donna tous les renseignements demandés. Il embarqua ensuite avec une nombreuse troupe. Les Chroniques racontent ensuite les circonstances de la reddition des Princes à Khun Chamnan, celui qu'elle nomme «le grand soldat», qui les rembarqua sous bonne escorte pour les présenter à Borommakot. Ils furent interrogés et exécutés à coups de bâtons enfermés dans un sac, selon la coutume royale.

 

Suit ensuite une anecdote qui a peu à voir avec l'histoire. On nous dit que Kaeo, le mari de la sœur de l'un des Princes  qui avait tenté de les suivre lors de leur fuite, avait sauté dans l'eau mais avait eu peur et choisi de retourner et d'implorer son pardon à Borommakot, qui l'interrogea et l'emprisonna. Une fois en en prison, Kaeo mit au point un plan avec  Khun Chamnan concernant la bague d'Aphai qui aurait en fait été cachée et enterrée près du grand arbre yang. Il l'informa que le vénérable Gent était également médium et pouvait retrouver la bague. On le voit en action, prophétisant avec force démonstration qu'il sait où est la bague, qu'on pourrait ainsi donner au roi (?). Celui-ci demanda aux juges de prendre connaissance de l'affaire, qui jugèrent que Kaeo était un rebelle et devait être exécuté. On passe ensuite au «vieux» Duan que le roi pardonne et intègre parmi ses serviteurs.

 

Puis, on apprend que la fuite des deux Princes avait provoqué la fuite de Maître Sem, du Phraya Phichai Racha, de Maître Phun et du Phraya Yommara, suivis de nombreux serviteurs qui étaient persuadés qu'ils avaient l'intention de prendre la robe de moine. Ils se mirent sous la protection du monastère de Sappanwood. Comme Maïte Sang, le Racha de Boriban s'enfuit au monastère de Bua Chum.  Mais des serviteurs de la couronne le suivirent et le sortirent du monastère. Il fut défroqué et exécuté. Suit d'autres événements concernant Mün Ratcha Sirdakan du Département des Eléphants, le fils de Footman Canphet, qui avait pris un long fusil et sur un éléphant, avait tiré sur le Palais de Borommakot. Il avait été pris et fouetté. Son père avait alors demandé son pardon au roi, bien qu'il méritât la mort. Le roi reconnu que  Footman Canphet était un brave homme et pouvait retourner chez lui, quant-à son fils, il aurait à construire une jonque comme punition.

 

 

 

Mais les Chroniques ne présentent pas aussi simplement les faits rapportés et n'aident que fort peu à la compréhension de la prise du pouvoir du futur roi Borommakot (ou Boromokot). Alain Forest indique que même les sources des missionnaires divergent.  

 

Pour les uns, le fils aîné de Thai Sa qui avait pris l'habit de moine fut épargné, tandis que son cadet Aphai et le phra khlang furent éliminés. Pour d'autres, le phra khlang serait mort d'un cancer, pour d'autres encore, il se serait réfugié dans un monastère, aurait été sorti par des Malais et exécuté comme tous les traîtres (Décapité, empalé et exposé en public), alors que les deux fils de Thai Sa auraient été tués selon la coutume royale, enfermés dans un sac et pilés à coups de bois de santal. Les circonstances et le nombre des soldats divergent aussi. «M. Lemaire écrit que les partisans de Boromokot étaient moins nombreux (4.000) que ceux d'Aphai et du phra khlang (20 à 30.000) mais que la mort du phra khlang par un cancer, aurait renversé le rapport de force et fait pencher la balance du côté de Boromokot. Mgr Tissier confirme que les partisans d'Aphai étaient au départ beaucoup plus nombreux  -40.000 hommes «commandées par les quatre grands préfets [les ministres] qui avaient le plus de crédit», contre 5.000 -mais qu'ils se sont ensuite en majorité rangés dans les rangs de Boromokot sans que cela ait eu à voir avec la mort du phra khlang.»  Pourquoi? En quelles circonstances?

 

L'évocation du règne de Thai Sa se terminait dans la confusion des versions divergentes et contradictoires le plus souvent. Bref. Borommakot (ou Boromokot ou Maha Tammaratchathirat II)  prenait le pouvoir en 1733 et allait régner 26 ans (1733-1758). Ce sera l'objet de notre prochain article.

 

 

 

Notes et références

 

 

(1) RH 50 - LE ROI LUANG SORASAK, «LE ROI TIGRE» (Phra Chao Sua). (1703-1709) (Ou Somdet Phra Sanphet VIII (สมเด็จพระสรรเพชญ์ที่ ๘)  ou  Suriyensapdi ou  Suraçak )

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/11/rh-50-le-roi-luang-sorasak-le-roi-tigre-phra-chao-sua.1703-1709-ou-somdet-phra-sanphet-viii-ou-suriyensapdi-ou-suracak.html

 

(2) De la révolution de Siam à la chute d'Ayutthaya. (1688-1767), in la 2e partie du livre 1 d'Alain Forest, « Les missionnaires français au Tonkin et au Siam. XVIIe- XVIIIe siècles ». (pp.81-164),  L’ Harmattan, 1998.

 

Nos deux articles:

 

H 43 - ASPECTS DE L'HISTOIRE DU SIAM AUX  XVIIe-XVIIIe SIÈCLES. 2.

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/08/h-43-aspects-de-l-histoire-du-siam-aux-xviie-xviiie-siecles.2.html

 

H 50- POUVOIR ET SOCIÉTÉ AU SIAM AUX  XVIIe-XVIIIe SIÈCLES SELON ALAIN FOREST.

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/09/h-50-pouvoir-et-societe-au-siam-aux-xviie-xviiie-siecles-selon-alain-forest.html

 

(3) A Synoptic Translation by Richard D. Cushman, The Royal Chronicles of Ayutthaya, Edited by David K. Wyatt, The Siam Society, Under Royal Patronage, 2006.

 

(4) 102.  Le roi Thaï Sa (1709 – 1733)

http://www.alainbernardenthailande.com/article-102-le-roi-thai-sa-1709-1733-120631771.html

 

(5) «Description du royaume thaï ou Siam» volume II pages 92 s.

 

(6) «Le Cambodge – le groupe d’Angkor et l’histoire» volume 3, 1904, p. 783 s.

 

(7)  William Alfred Rae Wood,  A history of Siam,  T. Fisher Unwin, 1926

 

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