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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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Pourquoi ce blog ?

  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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6 avril 2020 1 06 /04 /avril /2020 08:09

 

Ce présumé inoffensif mammifère se voit soupçonné d’avoir transmis le Covid-19 à l’homme et se serait bien passé de cette accusation dont il n’a pas besoin. Est- -il réellement le vecteur qui a permis au virus d’atteindre l’homme? On l’ignore encore. Seule certitude : il figure sur la liste des suspects. Les hypothèses sur les origines de ce mal se sont multipliées, depuis des virus prélevés sur les chauves-souris transmis à l’homme par un animal intermédiaire qui serait le pangolin : Quelque part en Chine, une chauve-souris vole dans le ciel, laissant une trace de coronavirus dans ses excréments, qui tombent au sol, dans la forêt. Un animal sauvage, peut-être lui, renifle les insectes sur les feuilles et absorbe les excréments contaminés. Le nouveau virus circule dans la faune sauvage. Un animal infecté est finalement capturé, et une personne attrape la maladie d'une manière ou d'une autre, puis la transmet aux travailleurs d'un marché aux animaux sauvages. Une épidémie mondiale est née.

 

 

Chez les défenseurs de la faune sauvage, on craint que cette seule suspicion n’entraîne de nouveaux massacres alors qu’il est déjà victime d’un trafic intense en Afrique et en Asie quoiqu’appartenant à l’une des espèces sauvages en voie de totale disparition et bénéficiant de la protection des organismes internationaux.

 

La pandémie  qui frappe le monde depuis le début de l’année ne nous autorise pas à nous ériger en experts-autoproclamés. Il est suffisamment de virologues de comptoir qui pullulent comme des mouches sur Internet en nombre hallucinant.

 

 

Nous avons simplement souhaité dire quelques mots de ce singulier mammifère.

 

Quel est donc cet animal pacifique si populaire en Chine mais pas inconnu en Thaïlande même si on ne le retrouve plus que dans les zones préservées des parcs nationaux ?

 

 

Doux et pacifique, vous n’aurez guère de chances de le rencontrer dans un zoo, toutes les tentatives pour l’y acclimater furent vaines et ils n’y ont aucune chance de survie.

 

La première description précise que nous en ayons est celle de Buffon (1). Il a échappé à la longue description que La Loubère nous a donnée de la faune siamoise en 1691.

 

 

Il ressemble à un lézard à écailles dont le taille peut atteindre selon les espèces jusqu’à deux mètres. On a pu le comparer à un artichaut à l’envers et quand il se met en boule pour se protéger comme un hérisson, il devient pomme de pin ! 

 

 

Il contredit toutes les catégories animales les plus évidentes. Il a des écailles comme un poisson mais il monte aux arbres et s’y suspend par la queue.

 

 

Il ressemble plus à un lézard ovipare qu'à un mammifère et pourtant allaite ses petits. Et, plus important que tout, à la différence des autres petits mammifères aux nombreuses portées, ses petits naissent un par un. Il ne se nourrit que de fourmis et de termites qu’il happe comme un tamanoir avec une langue visqueuse de plusieurs dizaines de centimètres. Il peut en absorber 200 grammes par jour. Il vit dans des arbres creux ou des terriers et ne sort que la nuit.

 

 

Fossile vivant, il vient incontestablement de la préhistoire, un ancêtre des dragons de la légende? (2)

 

 

En thaï nous l’appelons lin (ลิ่น), le mot pangolin vient de l’anglais qui l’a emprunté au Malais Peng-goling qui signifierait «qui se mets en boule».

 

Les forêts tropicales d’Afrique et d’Asie constituent son habitat naturel, ce sont les régions qui lui ont été dévolues par la nature.

 

En Thaïlande, oú il n’est probablement plus présent que dans les réserves naturelles protégées, il continue à être intensément braconné. Les braconniers sévissent dans ces zones protégées. Ils utilisent des chiens qui reniflent l’animal réfugié dans un arbre et coupent l’arbre. Si la cuirasse écailleuse le met à l’abri des grands prédateurs carnivores lorsqu’il se met en boule et dresse ses écailles, son ventre n’est pas protégé, c’est son talon d’Achille, et c’est par là que les braconniers le tuent, puisque, dépourvu de dents, il est incapable de se défendre. Les plus grands mesurent environ 2 mètres et pèsent 33 kilos.

 

 

 

Intensément pourchassé, il en est deux raisons:

La gastronomie

 

Comestible tout d’abord, sa chair est réputée excellente bien qu’en Afrique sa consommation fut initialement rituelle (3). Ce ne sont probablement pas des motifs rituels mais simplement gastronomiques qui font qu’il soit toujours pourchassé de façon illicite en Thaïlande. Si nous connaissons par les coloniaux le goût de la chauve-souris qui serait celui de la caille ou du singe qui serait celui du lapin, nous n’avons trouvé aucun souvenir de l’un d’entre eux qui se serait aventuré à y goûter. Sa viande se vend sur les marchés parallèles entre 2000 et 3500 baths le kilogramme (entre 57 et 100 euros) soit dix fois plus que la trilogie classique de notre gastronomie locale, poulets, cochons et poissons Ce trafic lucratif est certes sanctionné localement en vertu des règles de protection des espèces en voie de disparition par une amende de 40.000 baths et une peine d’emprisonnement de 4 ans selon la Wildlife Preservation and Protection Act B.E.2535 (1992) (พระราชบัญญัติสงวนและคุ้มครองสัตว์ป่า พุทธศักราช 2535). À ce jour toutefois, aucune peine de prison ne paraît avoir été prononcée en Thaïlande contre les trafiquants mais le trafic de ses écailles est probablement beaucoup plus lucratif bien que nous n’ayons aucun élément sur son rapport réel. Ceci explique en effet la cupidité des braconniers:

 

Dans un restaurant de Thaïlande en février 2020  :

 

 

Les écailles et la médecine chinoise

 

La couverture d’écailles est d’une telle solidité qu’elle a servi à confectionner des cuirasses, celle qui est conservée au Musée de l’homme est d’origine incertaine (probablement asiatique sans autre précision) (4). Cette utilisation paraît logique,

l’utilisation médicale ne l’est plus et nous conduit directement en Chine. Pour les Chinois en effet, les écailles réduites en poudre sont indispensables pour guérir nombre de maux et leur efficacité doit égaler celle de la poudre de cornes de rhinocéros. Les écailles sont utilisées dans plus de 60 agents curatifs, produits et commercialisées par plus de 200 sociétés pharmaceutiques, selon un rapport de la fondation China Biodiversity and Green Development.

 

 

 

Ces traitements ont la réputation de soigner divers maux, allant des problèmes d'allaitement à la mauvaise circulation sanguine jusqu’au cancer. Elles auraient aussi des vertus anti-inflammatoires et  anticoagulantes

 

La médecine traditionnelle nécessite une telle quantité d'écailles que celle-ci menace les espèces de pangolins d'extinction, en Afrique et en Asie.

 

Le négoce des écailles de pangolin était déjà au temps de la colonisation du Laos dûment taxé et considéré comme une des richesses du pays (5). La production partait en direction du Siam probablement à destination de sa colonie chinoise et de là, vers la Chine.

 

Budget prévisionnel du Laos pour l'année 1900  :

 

 

Est-ce en raison non pas de la pandémie mais des nécessités de la protection  internationale des espèces en voie de disparition que les médicaments traditionnels chinois à base d'écailles de pangolin ne sont plus couverts par l'assurance maladie depuis le 1er janvier 2020 ? La décision de l'équivalent de la Sécurité Sociale chinoise, fut prise le 20 août 2019 avant que n’éclate la pandémie. Il n‘est toutefois pas certain que cette décision ait un quelconque impact sur la demande des milliardaires chinois.

 

On estime qu'un million de pangolins ont été capturés à l'état sauvage en Asie depuis 10 ans ce qui soit dit en passant déplace le trafic vers l’Afrique oú des centaines de milliers voire des millions de spécimens sont chassés chaque année.

 

Les saisies de cargaisons qui complètent en général celles de l’ivoire des éléphants portent sur des tonnes d’écaille. L’une d’entre elle effectuée à Singapour en février 2020 portant sur 12 tonnes représenterait la  vie de 2000 pangolins (6).

 

 

Si nous savons peu ou prou combien les braconniers font payer la viande de pangolin aux gourmands, il est difficile de savoir combien les trafiquants leur payent les écailles mais nous savons que le prix sur le marché chinois serait d’au moins  1000 euros le kilo (35.000  baths).

 

Or, d’après les scientifiques  et  comme la corne de rhinocéros, ses écailles sont composées de kératine, la même composition que les ongles humains.

 

 

Il serait donc bénéfique que les Chinois qui croient en ses vertus se contentent de se ronger les ongles d’autant que l'usage de porter les ongles fort longs  - mode singulière - semble encore répandue chez les élégants et les élégantes.

 

 

NOTES

 

(1) Il occupe un chapitre du tome III (mammifères) de son «Histoire naturelle, générale et particulière «publiée en 36 volumes entre1749 et 1788.

 

(2) Voir «The Earliest Fossil Pangolin (Pholidota Manidae) from Africa». Article in Journal of Mammalogy , août 1985.

 

(3) Voir Sperber Dan: «Pourquoi les animaux parfaits, les hybrides et les monstres sont-ils bons à penser symboliquement ?»  In: L'Homme, 1975, tome 15 n°2. pp. 5-34).

 

(4) Voir Daniel Léger «A propos d'une cuirasse en peau de pangolin conservée au musée de l'Homme de Paris ». In : Archipel, volume 17, 1979. pp. 35-41;

 

(5) Voir « La dépêche coloniale illustrée» du 15 septembre 1905.

 

(6) https://www.nationalgeographic.fr/animaux/2019/08/en-chine-les-medicaments-base-de-pangolins-ne-seront-plus-rembourses

 

 

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