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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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1 juin 2020 1 01 /06 /juin /2020 22:05
A 368- LA LÉGENDE DE SITTHATHEP, « LA HACHE CÉLESTE AU VISAGE NOIR » (ขวางฟ้าหน้าดำ -  KWANGFANADAM)

« LA HACHE CÉLESTE AU VISAGE NOIR », ce titre étrange est celui d’une vieille légende thaïe, de celles que les Thaïs nomment « les légendes de notre pays » (นิทานพื้นบ้านไทย  - nithanphunbanthai). Nous leur avons consacré quelques articles (1).

 

 

Ce sont des légendes dont les Thaïs sont friands avec leur part de merveilleux en dehors de tout sens rationnel. Ces contes ou légendes mis tardivement sous forme écrite ont fait l’objet de rarissimes traductions et encore moins d’études des érudits locaux ou occidentaux qui les regardent souvent avec condescendance sinon avec mépris  (2). Elles viennent des tréfonds de la mémoire collective et font l’objet d’une immense « littérature populaire ». Elle est certainement beaucoup mieux connue des Thaïs que la littérature contemporaine dont les auteurs, aussi talentueux soient-ils, ne connaissent jamais de tirages dépassant les quelques milliers d’exemplaires (3). Ils  sont nés d'une tradition orale de situations d’abord récitées puis écrites sur des livres en feuilles latanier et ensuite diffusées d’abondance lors du développement de l’imprimerie sous les rois Rama IV et plus encore Rama V ce qui en a encore développé la diffusion. Ils se sont également répandus en véritables raz de marée sous forme de bandes dessinées, de dessins animés, de pièces de théâtre, de ballets, de chansons et ensuite encore via les nouveaux médias, cinéma et la télévision dès ses débuts, de feuilletions à épisode vus par des millions de téléspectateurs. La multitude de ces formes de diffusion s’explique car ces histoires correspondent tout simplement aux goûts populaires dont le merveilleux et le mystère ne sont jamais absents. Le coût des petites brochures dessinées est dérisoire. Ils sont toujours, il faut le signaler, écrits dans un thaï très académique, ce ne sont pas des mangas encombrés d’onomatopées. Il est probable qu’ils auraient une origine indienne datant de l’époque védique dont les écrits antérieurs aux écrits brahmaniques datent d’au moins 1500 ou 2000 ans avant Jésus Christ, et de là seraient passés vers l’Est lors des grandes migrations indo-européennes que l’on date de 1800 ans avant Jésus-Christ,  en direction de l’Iran, l'Anatolie, le proche Orient, le monde celtique, Rome, la Grèce, la Germanie et plus tard bien sûr vers l’Asie du sud-est lors de la diffusion missionnaire du Bouddhisme. Ils sont l’équivalent de nos « contes de fées » qui d’ailleurs ne font pas toujours intervenir des fées. Leur origine  a fait l’objet de multiples études érudites. Leur étude excède le cadre de notre blog, toutes cependant s’accordent à leur attribuer une origine dans de très anciennes traditions orales.

A 368- LA LÉGENDE DE SITTHATHEP, « LA HACHE CÉLESTE AU VISAGE NOIR » (ขวางฟ้าหน้าดำ -  KWANGFANADAM)

Les quelques pages  qui suivent sont la traduction de l’une de ces petites éditions populaires illustrées.

 

 

 

Il était une fois, il y a très longtemps, une famille dont le mari s’appelait Uthai (อุทัย) et l’épouse Samli (สำลี). Ils n’avaient pas d’enfants, aussi se décidèrent-ils d’aller prier au sanctuaire du Dieu de la montagne verte (ศาลเจ้าพ่อเขาเขียว - sanchaopho khaokhiao) (4).

 

 

Celui-ci leur apparut et leur promit d’aller cherche une créature céleste pour qu’elle devienne l’enfant qu’ils désiraient.

 

 

Il y avait à cette époque dans le paradis une jeune créature appelée Sitthathep (สิทธาเทพ) qui, astreint à la tâche ingrate de laver les pieds des autres créatures quand elles allaient rendre visite au grand Dieu Indra, était perpétuelle victime de leurs  brimades. Aussi celui-ci lui avait-il conféré des pouvoirs surnaturels pour qu’il s’en protège, une hache céleste (ขวางฟ้า) qui frappait seule ses ennemis. Lorsqu’elle fut en sa possession, il ne craignit pas d’en frapper sans discernement les autres créatures célestes et se rendit détestable dans tout le paradis.

 

 

Le Dieu Indra demande alors au Dieu du soleil de lui infliger une punition. Celui-ci lui envoya un rayon qui lui brûla le visage qui devint noir. « Ceci n’est qu’une leçon » lui dit-il,  « La prochaine fois, je te punirai moi-même ».

 

 

Vint cette autre fois. Le Dieu Indra décida d’en faire un être humain de la catégorie la plus vile, lui enleva hache, fit disparaître sa beauté naturelle pour en faire un être repoussant dont le visage était noir (5).

 

 

C’est ainsi qu’il naquit dans le foyer de Uthai et Samli: petit, laid et le visage noir comme du charbon. Toutefois Indra lui renvoya la hache magique par compassion : il reçut alors le nom de « Hache » (ขวาง).

 

 

Les années passèrent, il grandit au village méprisé des habitants qui le considéraient comme un monstre en raison de la noirceur de sa peau. Il avait un seul ami, Chaochoi (เจ้าจ้อย), un pauvre orphelin abandonné de tous, son compagnon d’infortune qui seul ne le méprisait pas.

 

 

Un jour Hache partit se promener dans la forêt. Il y rencontra le riche Pancha (ปัญญจะ) qui avait été attaqué et ligoté par la troupe du brigand Saengphet (แสงเพชร). Il le libéra et s’enfuit avec lui.

 

 

Poursuivis par les bandits, ils se réfugièrent au sanctuaire du Dieu de la montagne verte. Celui-ci fit alors naître un épais brouillard qui leur permit d’échapper aux brigands.

 

 

Pendant ce temps, Uthai et Samli, inquiets de la disparition de leur fils, étaient parti à sa recherche en compagnie de son ami Chaochoi.

 

 

Ils furent capturés par le brigand. Chaochoi  pour sa part retrouva rapidement son ami dans la jungle mais ils durent affronter des démons malfaisants et des tigres féroces. Ils furent sauvés par la hache magique.

A 368- LA LÉGENDE DE SITTHATHEP, « LA HACHE CÉLESTE AU VISAGE NOIR » (ขวางฟ้าหน้าดำ -  KWANGFANADAM)

Ils parvinrent alors au pays de Khamsing (คำสิงห์) et se mirent au service de son roi avec sa hache qui lui permit de massacrer ses ennemis. Le roi l’appela alors « Hache céleste » (ขวางฟ้า).  Ils entrèrent ensuite avec le roi Purohit (ปุโรหิต) qui voulait s’emparer du royaume de Khamsing.

 

 

Celui-ci envoya alors contre eux et le roi Khamsing  des créatures infernales, des fantômes et des démons noirs auxquels ils durent faire face. Ils combattirent avec bravoure avec l’aide puissante de l’arme magique et triomphèrent des armées démoniaques.

A 368- LA LÉGENDE DE SITTHATHEP, « LA HACHE CÉLESTE AU VISAGE NOIR » (ขวางฟ้าหน้าดำ -  KWANGFANADAM)

Ils affrontèrent alors roi Purohit. Celui-ci était armé d’une massue magique. Il n’en fut pas moins battu.

A 368- LA LÉGENDE DE SITTHATHEP, « LA HACHE CÉLESTE AU VISAGE NOIR » (ขวางฟ้าหน้าดำ -  KWANGFANADAM)

Hache céleste  retourna alors dans la capitale du roi Khamsing. Il y devint alors un beau et grand jeune homme célèbre pour sa bonté. Tous les habitants du royaume et les créatures célestes s’en réjouirent ainsi que le grand Dieu Indra qui décida de lui accorder son pardon. Il effaça la noirceur de son visage.

A 368- LA LÉGENDE DE SITTHATHEP, « LA HACHE CÉLESTE AU VISAGE NOIR » (ขวางฟ้าหน้าดำ -  KWANGFANADAM)

Il retourna alors avec son ami Chaochoi dans leur village natal. Il retrouva ses parents qui avaient été rendus aveugles par les tortures  du brigand Saengphet. Il utilisa sa hache céleste pour le massacrer lui et sa troupe à la grande satisfaction de toutes les créatures célestes.  Celles-ci rendirent la vue à ses parents et firent en sorte qu’ils puissent vivre heureux jusqu’à leur mort.

A 368- LA LÉGENDE DE SITTHATHEP, « LA HACHE CÉLESTE AU VISAGE NOIR » (ขวางฟ้าหน้าดำ -  KWANGFANADAM)

Cette histoire vous fera peut-être sourire dans ce résumé sommaire ?

 

Une première série télévisée en noir et blanc a été diffusée du 7 au 12 décembre 1983 et rediffusée l’année suivante sur la chaine de télévision de l’armée royale thaïe (สถานีโทรทัศน์สีกองทัพบกช่อง), aujourd’hui Channel 7.

A 368- LA LÉGENDE DE SITTHATHEP, « LA HACHE CÉLESTE AU VISAGE NOIR » (ขวางฟ้าหน้าดำ -  KWANGFANADAM)

Une autre série beaucoup plus longue a été diffusée en couleur entre décembre 1997 et avril 1998 sur la même chaine.

 

Une nouvelle série a été diffusée encore sur la même chaine en 37 épisodes entre le 17 mars et le 27 juillet 2019 de plus de quarante minutes chacun ! Cette dernière série reprise 36 ans après la première a connu un immense succès d’écoute et a consacré Hache comme superstar plus encore qu’il ne l’était déjà. Tous les épisodes en sont disponibles sur Youtube et tous vus plus de 3 millions de fois.

A 368- LA LÉGENDE DE SITTHATHEP, « LA HACHE CÉLESTE AU VISAGE NOIR » (ขวางฟ้าหน้าดำ -  KWANGFANADAM)

Une chanson portant le titre « la hache céleste à la face noire » a été écrite, paroles et musique en 1983  par le commandant en chef de l’armée de l'air Manat Pitiasan  (พันจ่าอากาศเอก มนัสปิติสานต์) et chantée par le chef d’escadron Yingprapa Srisakapha (หญิง ประภาศรี ศรีคำภา). Elle sert de thème musical à la série télévisée de 2019 (6).

A 368- LA LÉGENDE DE SITTHATHEP, « LA HACHE CÉLESTE AU VISAGE NOIR » (ขวางฟ้าหน้าดำ -  KWANGFANADAM)

......et chantée par la cheffe d’escadron Yingprapa Srisakapha (หญิง ประภาศรี ศรีคำภา).

A 368- LA LÉGENDE DE SITTHATHEP, « LA HACHE CÉLESTE AU VISAGE NOIR » (ขวางฟ้าหน้าดำ -  KWANGFANADAM)

Elle sert de thème musical à la série télévisée de 2019 (6).

A 368- LA LÉGENDE DE SITTHATHEP, « LA HACHE CÉLESTE AU VISAGE NOIR » (ขวางฟ้าหน้าดำ -  KWANGFANADAM)

Pour connaître l’âme thaïe – pour autant qu’on le puisse – doit-on se plonger dans la lecture de quelques ouvrages très érudits tirés à deux ou trois mille exemplaires et dont on nous dit qu’«il faut les avoir lus» ou nous intéresser à des légendes répandues sous toutes les formes de transmission – dessins – musique- théâtre – chansons – films – connues par des millions de thaïs?

 

 

NOTES

 

(1) Voir trois de nos articles:

A 271- พระสุธน - มโนราห์ - L’HISTOIRE DE PHRA SUTHON ET DE MANORA – UNE LÉGENDE POPULAIRE DE LA THAÏLANDE

http://www.alainbernardenthailande.com/2018/08/a-271-l-histoire-de-phra-suthon-et-de-manora.html

A 272 - พระรถเส่น - เมรี - L’HISTOIRE DE PHRA ROTSÉN ET DE MÉRI : LA PRÉCÉDENTE VIE DE PHRA SUTHON ET DE MANORA – UNE LÉGENDE POPULAIRE DE LA THAÏLANDE

http://www.alainbernardenthailande.com/2018/08/a-272-l-histoire-de-phra-rotsen-et-de-meri-la-precedente-vie-de-phra-suthon-et-de-manora-une-legende-populaire-de-la-thailande.html

A 273 - ขุนช้าง ขุนแผน - UNE OEUVRE MAJEURE DE LA LITTÉRATURE THAÏE : KHUN CHANG - KHUN PHAEN OU L’HISTOIRE DE PHIM, « LA FEMME AUX DEUX CŒURS ».

http://www.alainbernardenthailande.com/2018/09/a-273-khun-chang-khun-phaen-ou-l-histoire-de-phim-la-femme-aux-deux-coeurs.html

 

(2) Voir néanmoins l’étude de Madame Nammon Yuin (น้ำมนต์ อยู่อินทร์) : Développement des contes fantastiques dans la société thaïe et de leur narration  dans les films  (พัฒนาการของนิทานจักรๆ วงศ์ๆ สู่ภาพยนตร์แนวแฟนตาซีใน  สังคมไทย In « The Journal »  Vol.9 n°1 de 2013, pp. 27-62 : L’auteur est maître de conférences en langue et littérature thaïe à l’Université Mahidol, département des arts libéraux.

 

(3) Voir nos articles

23: «NOTRE ISAN : INTRODUCTION À LA LITTÉRATURE THAÏLANDAISE  »: 

http://www.alainbernardenthailande.com/article-23-notre-isan-la-litterature-thailandaise-1-79537350.html

24 : « Que faut-il lire de la littérature de Thaïlande ? » :

http://www.alainbernardenthailande.com/article-24-notre-isan-la-litterature-dethailande-2-79537520.html

A142. « « Chiens Fous »" de l'auteur thaïlandais Chart Korbjitti » :

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a142-chiens-fous-de-l-auteur-thailandais-chart-korbjitti-122456162.html

 

(4) Le Sanctuaire au Dieu de la montagne verte se trouve dans le tambon de hintang, amphoe de muang dans la province de nakhonnayok (ต.หินตั้ง อ.เมือง จ.นครนายก). Situé dans un nid de verdure, ce qui explique son nom, il est toujours un lieu de pèlerinage. Il ne s’agit pas d’un temple (วัด – wat). Nous n’avons toutefois aucun élément sur l’histoire de ce sanctuaire, probablement un lieu de culte antérieur au bouddhisme.

A 368- LA LÉGENDE DE SITTHATHEP, « LA HACHE CÉLESTE AU VISAGE NOIR » (ขวางฟ้าหน้าดำ -  KWANGFANADAM)

(5) Il faut évidemment faire le rapprochement avec la version thaïe du Ramayana, le Ramakian (รามเกียร์) dans laquelle nous voyons le plus grand des trois Dieux du paradis Phra Isuan (พระ อิศวร) c’est-à-dire Indra.

 

 

Une créature céleste nommée Nonthuk (นนทุก) avait pour tâche de laver les pieds des autres créatures qui rendaient visite au grand Dieu qui siège au mont Krailat (ไกรลาส). Il devient leur souffre-douleur : ils lui arrachaient les cheveux au point de le rendre chauve.

 

 

Isuan le prit en pitié et lui attribua un index en diamant qui avait le pouvoir de tuer tous ceux vers lesquels il le dirigeait 

 

 

Il en fait une telle malfaisante utilisation que Isuan décide de le renvoyer sur terre sous la forme humaine de Thotsakan (ทศกัณบฐ์).

 

 

Le renvoi par Indra sur terre d’une créature céleste sous forme humaine fut-elle considérée comme la punition suprême dans la tradition védique ? Dieu chassa Adam et Ève du paradis d’Eden et les renvoya comme simples mortels sur terre. La datation de la Genèse est incertaine, plusieurs siècles avant Jésus-Christ en tous cas.

 

 

(6) vous la trouverez sans difficultés :

https://www.youtube.com/watch?v=bz9uST6CzxE.

 

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