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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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20 mai 2020 3 20 /05 /mai /2020 22:50

 

 

Le Prince Uthumphon devint le nouveau roi à la mort de son père, sous les noms de   Somdet Phrachao Uthumphon (สมเด็จพระเจ้าอุทุมพร) ou Phra Bat Somdet Phra Chao Uthumphon Mahaphon Phinit (พระบาทสมเด็จพระอุทุมพรมหาพรพินิต).  (Le 13 avril selon les Chroniques;  25 avril selon Forest). Il ne pouvait pas deviner qu'il serait le 32e et avant-dernier roi du royaume d'Ayutthaya et que son règne  durerait moins de deux mois.

 

 

En effet son frère Ekathat, qui n'avait pas été nommé Uparat, et avait revêtu l'habit de moine, n'avait pas renoncé au trône et organisa ses propres forces qui devaient être suffisamment menaçantes pour que son frère, le roi Uthumphon eut la « sagesse» de lui céder le trône  pour se retirer dans le monastère Wat Pradu le 1er juin 1758,  qu’il avait eu le temps de faire construire. Comme il avait eu le temps de faire exécuter ses trois demi-frères qui avaient  manigancé pour faire tomber son frère aîné Thammathibet!

 

 

Cette «coutume» royale fut d'ailleurs reprise par Ekhatat qui fit exécuter ceux de ses demi-frères qui avaient soutenu Uthumphon. Mgr Brigot dans une lettre du 10 juin 1760 nous apprend même qu'il fit «châtier et confisquer presque tous les grands officiers du royaume parce qu'ils avaient tenté de rétablir le talapoin (Uthumpon)». (Cité par Forest) Mais, nous dit encore Forest, pendant la première attaque birmane contre Ayutthaya en 1760, Uthumphon reprend du service pour quatre mois du 24 mars au 17 juillet 1760 afin d'assurer la défense d'Ayutthaya, avant de retrouver le monastère une fois les Birmans partis. (p. 112 (2))

 

 

«Bien lui en prit puisqu’il mourut en 1796, non pas dans son temple, hélas, mais captif des Birmans, capturé lors de la chute d’Ayuthaya en 1767. Il écrivit de nombreux poèmes, et, à la demande des Birmans eux-mêmes, leurs chroniques historiques. (…) Il avait été installé avec ses compagnons nobles siamois dans un village construit pour eux aux environs de Mandalay. Ce village, Mégntasu (เมงตาสึ) existe toujours et ses habitants prétendent être les descendants de ces nobles exilés. Son nom signifierait en birman «le village princier». Ses cendres sont présumées se trouver dans un chedi près de là, qui est en tous cas toujours un lieu de pèlerinage.» (In notre article 105  (3)).

 

 

 

Le dernier roi d’Ayutthaya. Ekathat (mai 1758-7 avril 1767)

 

 

(Ou Somdet Phra Chao Ekkathat (สมเด็จพระเจ้าเอกทัศ) ou Somdet Phra Borommaracha III, ou Boromma Ratchathirat V ou  Phra Bat Somdet Phra Borommaracha Kasat Bowon Sucharit (พระบาทสมเด็จพระบรมราชากษัตริย์บวรสุจริต), ou encore Somdet Phra Chao Yu Hua Phra Thinang ou Suriyat Amarin (สมเด็จพระเจ้าอยู่หัวพระที่นั่งสุริยาสน์อมรินทร์))

 

 

 

Il sera le 33e et dernier roi du royaume d'Ayutthaya. 

 

 

«Les chroniques royales d'Ayutthaya» vont consacrer 56 pages à son règne et relater une soixante dizaine d'événements, sans essayer de comprendre leurs relations, ni leurs causes et conséquences. (4) Mais une lecture du sommaire permet d'observer que nombre d'événements sont consacrés aux trois guerres contre les Birmans, celles de 1760, de 1764, et celle de 1766-1767 qui aboutira à la chute de la capitale le 7-8 avril après un siège de 14 mois qui sera pillée et brûlée, avec le roi en fuite qui mourut de faim quelques jours plus tard et  tous les membres de la famille royale, des  centaines de militaires et de fonctionnaires et de 20 à 30.000 sujets qui furent emmenés sous bonne garde en Birmanie. C'était la fin du royaume d'Ayutthaya qui avait été fondé en 1551 par Ramathibodi I, il y a 406 ans, et qui avait connu 33 rois.

 

 

 

Mais avant d'aborder le rôle que vont jouer les Birmans dans le déclin et la fin du royaume d'Ayutthaya, une réflexion d'A. Forest s'appuyant sur les courriers des missionnaires français nous livre une autre clé possible pour expliquer la chute d'Ayutthaya. (pp. 117-118 (2) ) Déjà en 1713, Mgr de Bourges revenant au Siam après une absence de 44 années, constata  le triste état du royaume avec en plus cette année la petite vérole qui avait tué la moitié de la population et la famine qui affligeait les survivants. A la veille de la première attaque birmane en 1759, le Siam est encore une année de grande misère due à la sécheresse et la petite vérole opère régulièrement avec en 1765 une épidémie qui emporte 5 à 6.000 personnes dans la capitale, accentuant une sévère crise démographique. Et on observe «un important glissement de la population agricole naguère concentrée autour d'Ayutthaya vers Bangkok».

 

 

Mais pour revenir aux Chroniques, on voit un roi au début de son règne  poursuivant la tradition de bâtisseurs de ses prédécesseurs en construisant ou rénovant de nombreux temples et pagodes. Toutefois il introduisit diverses mesures administratives pour unifier le cours des monnaies et les poids et mesures (Lesquelles?). Il rénova encore les ports de Mergui et Tenasserim pour relancer le commerce avec l’étranger (In Wood (8)).

 

 

 

 

S'il  réussit toutefois à réprimer quelques révoltes de palais, notamment un complot mené par  son demi-frère le prince Thep Phiphit qui voulait replacer Uthumpon sur le trône, son   caractère imbécile et  pusillanime (Selon les Chroniques) prit rapidement le dessus et son incompétence conduisit de nombreux aristocrates à abandonner la fonction publique civile ou militaire pour se réfugier sous la robe des moines et surtout à ne pas appréhender les dangers qui allaient venir de Birmanie.

 

 

Pourtant, nous avions vu que le roi de Birmanie avait apprécié l’attitude du roi d’Ayutthaya, lors de la rébellion des Môns en 1740. Les bonnes relations s’étaient manifestées en 1744, avec une ambassade birmane à Ayutthaya, et en 1746, avec une ambassade siamoise à Ava. Mais un coup d’état en 1746 avec un nouveau roi môn à Pegu allait changer la donne.

 

 

En 1740 donc, avec l’aide des Français (provenant d’un comptoir français de Pondichéry), les Môns de la basse-Birmanie se révoltent et arrivent à reprendre aux Birmans  leur capitale Ava en 1752, provoquant la chute de la dynastie Taungou, en fondant  brièvement, le «royaume restauré d'Hanthawaddy». (In notre article 105  (3)).

 

 

Mais cette renaissance mône fut brève, car un chef du village birman de Mokhsobo (Shwébo, à 80 km au nord d’Ava) va se révolter et réussir à reprendre la capitale la même année. Il se proclame roi sous le nom Alaungpaya et fonde une nouvelle dynastie.» (In Notre article (5)

 

 

 

 

L'article de Pierre L. Lamant consacré aux «relations commerciales entre la Birmanie et les nations européennes vers le milieu du XVIIIe siècle: espoirs et tragédies», nous  rappelle le contexte dans lequel les Français ont aidé les Môns contre les Birmans et aussi nous aide à comprendre l’enchaînement des faits qui entrainera le roi birman Alaungpaya à envahir Ayutthaya. (6)

 

 

 

Mais les sources sont nombreuses qui relatent les événements qui ont eu lieu en Birmanie de 1740 à la première guerre des Birmans contre Ayutthaya en 1760. Le Prince Damrong par exemple, dans son livre «Our Wars with the Burmese. Thai-Burmese Conflicts 1539-1767» (7), consacre 40 pages à la période de 1664 (date de la dernière guerre birmane-siamoise) à la 1ère guerre menée par le roi Aluangpayaen 1760. Mais Wood estime que si beaucoup de raisons ont été données pour expliquer le déclenchement de la guerre de 1760, la vérité est plutôt à chercher du côté de l'ambition du roi Aluangpaya. (8)    

 

 

Rendons compte de sa version.

 

 

 

 

En 1759, le roi Aluangpaya prend Nan, Chiengsen, Payao et la plupart des petits États laos sont désormais sous sa suzeraineté. Seul Chiangmai avec le Prince Ong Kam arrive à maintenir une indépendance précaire. Aluangpaya estime alors qu'il peut le faire plier ainsi qu'Ayutthaya.

 

 

Au début de 1759, des rebelles pégouans (Môn) qui ont tenté un raid au Syriam ont pu s'enfuir sur un bateau français, mais une tempête les oblige à demander aux Siamois de pouvoir se protéger au port de Tenasserim. Mais les autorités siamoises refusent. Il y a là pour les  Birmans un prétexte de s'engager dans la guerre, surtout que des rebelles qui avaient été capturés par des Birmans à Tavoy ont pu s'échapper pour rejoindre Tenasserim. Le fils d'Aluangpaya, Mangra et son général Mingaing Nohrata décident alors d'envahir le Siam. Le roi birman va les rejoindre avec une grande armée. Tenasserim tombe rapidement et les Birmans vont traverser la péninsule et se diriger vers le Nord. Personne au Siam ne pouvait croire à une invasion depuis le Sud. Les Birmans marchèrent rapidement durant plusieurs jours avec la mer à leur gauche et les montagnes à leur droite. Les Siamois avec envoyé trois armées sur les points vulnérables de la frontière et une armée de 20 000 hommes sous le commandement de  Praya Yomarat vers la péninsule, qui fut défaite près de Kuiburi. Petchaburi et Ratburi tombèrent ensuite rapidement et le roi Aluangpaya put installer son camp à 40 miles d'Ayutthaya.

 

 

 

Ce fut un choc pour Ayutthaya et le roi fut appelé à abdiquer devant son manque de prévoyance. On rappela Uthumpon mais il était trop tard pour faire quoi que ce soit sinon se préparer en urgence pour le siège. La première attaque birmane put être repoussée, mais en avril 1760 Aluangpaya reçut des renforts. Le siège se poursuivit pendant un mois.  En mai, un gros canon fut monté sur une colline afin qu'il puisse atteindre le palais royal. Mais  Aluangpaya fut blessé et il était tellement sûr d'une victoire rapide qu'il fut à cours de vivres avec la saison des pluies qui commençait. Il ordonna le retour en Birmanie par la route de Melamao. Mais il mourut en mai 1760 à Taikkala, avant que  la rivière Salween ne fut atteinte. Il n'avait que 45 ans.

 

 

Le danger passé, les Siamois auraient dû prendre conscience de la nécessité de s'unir,  mais  devant les intrigues menées de nouveau par son frère, Uthumpon choisit de retourner dans son temple en 1762 (sic).

 

 

 

La version d'A. Forest de « la première attaque birmane de 1760) » est quelque peu différente.

 

 

« Tandis que Borommakot édifie son royaume mystico-bouddhique, un certain nombre d'événements se précipitent à l'ouest, dans ce qui est l'actuelle Birmanie, qui ne paraissent guère retenir l'attention d'Ayutthaya.

 

 

En 1754 notamment, un chef birman, Alaungpraya [Ou Alaungpaya], parvient à chasser d'Ava les Môns du Pégou qui ont investi le royaume birman d'Ava et occupé cette capitale deux années plus tôt, en 1752. Plus encore, Alaungpraya poursuit sur sa lancée, attaque le Sud, conquiert ville après ville et finit par prendre et détruire Pégou en mai 1757. Il n'y a plus d'obsatcle entre les Birmans et leurs vieux ennemis siamois, tandis qu'Alaungpraya, loin de s'arrêter au Pégou, poursuit son offensive. L'occupation de Pégou lui donne le moyen de contourner un autre obstacle, la principauté thaïe de Chiengmai, pour s'attaquer directement au nord du Siam, en passant par une des voies qui relient traditionellement le Siam au delta de l'Irraouadi, et en portant le fer dans la région de Tak et Khamphaeng qui lui ouvre la vallée de la Menam. Qu'il s'assure aussi des régions de Mergui et Tenasserim, et cela lui ouvrirait, au sud, la voie vers le golfe du Siam et la région de Bangkok, et lui permettrait de prendre en tenaille Ayutthaya.

 

 

Tel est ce qui se produit en 1760.

 

 

[…] dès le début de 1760, les troupes birmanes d'Ava, après avoir balayé la petite principauté-tampon de Tavoy, s'emparent sans coup férir de Mergui et de Tenasserim, qu'ils brûlent et détruisent avant de s'enfoncer vers le golfe du Siam par le col de Mawdaung, l'habituelle voie des voyageurs. Simultanément, une partie de l'armée birmane attaque au nord, du côté de Tak et Kampaeng, mettant en déroute une troupe siamoise de 15.000 hommes.

 

 

Fin mars 1760, c'est la panique à Ayutthaya où la surprise et l'état d'impréparation sont manifestes. Sans rencontrer de véritable résistance, les troupes birmanes peuvent atteindre les environs de la ville dont on renforce en hâte les fortifications -en détruisant d'abord les maisons qui s'étaient construites contre les murs-, dont on interdit aux habitants de sortir et dont on a éloigné les embarcations qui pourraient permettre aux ennemis de mieux s'attaquer à l'île formant le coeur de la cité. (…) C'est encore à ce moment, le 24 mars 1760, que l'éphémère « roi talapoin » Uthumphon, remonte sur le trône à la place d'Ekathat dont le phra klang est quant lui relégué au monastère.

 

 

L'attaque birmane contre Ayutthaya sera cependant de courte durée. Elle est déclenchée le 8 avril 1760, avec la poussée des troupes birmanes contre les quartiers extérieurs. Certains de ceux-ci comme le quartier hollandais, sont détruits; d'autres qui résistent bien, tel le quartier portugais, ne sont qu'en partie brûlés; d'autres, tel est le quartier des Cochinchinois et des missionnaires sont épargnés. Les victimes se comptent surtout à ce qu'on appelle la « douane » (ou la tabamque) où s'étaient massés des gens qui tentaient d'échapper au siège, espérant trouver des embarcations pour Bangkok, et qui se sont retrouvés au cœur des plus violents combats: le chef du comptoir hollandais, par exemple y fut tué.

 

 

Le 14-16 avril, les Birmans, « battent à coups  de canons » les fortifications qui défendent l'île centrale. Puis ils lèvent brusquement le siège, le 16 avril 1760, non sans brûler derrière eux nombre de villages des alentours. C'est que la saison des pluies approche et que les Birmans préfèrent se retirer: ils se contentent de maintenir une garnison dans la ville de Kamphaeng qui contrôle la voie de Pégou, au nord. Sur le chemin du  retour vers Ava, leur souverain Alaungpraya meurt.

 

 

Ayutthaya vient donc de l'échapper belle.” Le roi Ekhatat retrouve son trône le 17 juillet et Uthumpon se retire de nouveau dans son temple.

 

 

On peut remarquer qu'A. Forest nous dit que le siège d'Ayutthaya est levé le 16 avril 1760 et que Wood prétend qu’en avril 1760 Aluangpaya reçut des renforts et que le siège se poursuivit pendant un mois. Si les deux nous apprennent que le manque de vivres et la saison des pluies qui approche sont les causes du retour des Birmans chez eux, A. Forest n'évoque pas la blessure d'Alaungpraya alors que Wood  signale qu'Alaungpraya fut blessé et qu'il est décédé en mai 1760 à Taikkala, avant que  la rivière Salween ne fut atteinte.

 

 

 

 

On pouvait s'attendre que le successeur d'Alaungpraya , son fils aîné Naungdawgyi (1760-1763), lance l'année d'après, une autre campagne contre le Siam, mais il dut faire face à de sévères rebellions. Notre article «Les Birmans avant la chute d’Ayutthaya en 1767»  (5) indique que  «Les plus sérieuses furent celles  de Myat Htun, un des généraux de l'armée de son père de retour d'Ayutthaya, qui s'empara d’Ava en 1760 avec 12 000 soldats avec l'intention de restaurer la dynastie Taungû et celle de son oncle Minhkaung Nawrahta, qui était vice-roi de Taungû. Les révoltés furent vaincus et mis à mort, mais Naungdawgyi épargna son oncle, qu'il se contenta d'emprisonner à Ava. Il dut encore faire face à d’autres rebellions dont une d’un de ses généraux môn de Pegu, envoyé à Martaban.

 

 

Naungdawgyi meurt à 29 ans en novembre 1763. Son frère cadet Hsinbyushin  lui succède. Le royaume birman était « apaisé». Il pouvait reprendre les conquêtes de son père.», mais cette fois-ci en planifiant une guerre de longue haleine pour prendre Ayutthaya.

 

 

 

 

En 1763, les Birmans attaquent Chiangmai, qui est considérée comme une province rebelle  Le prince de Chiengmai, qui avait succédé à son frère Chao Ong Kham l'année précédente, appellent le roi Ekkathat à l'aide. Une armée fut alors envoyée au nord sous le commandement du Phraya de Phitsanulok, mais Chiangmai était déjà tombé, et un général birman, Aphai Khamini, en avait été nommé gouverneur. La même année, les Birmans s’emparèrent de Luang-Phrabang. L’influence des Birmans s’étendit ainsi  à l'ensemble des États laos.

 

Plutôt que d’adopter une attitude prudente, Ekkathat joua la provocation: il reçut une ambassade de Huithongcha, chef rebelle de Tavoy, accepta son hommage de vassalité, prenant ainsi officiellement sous sa protection une province birmane révoltée, au motif que « dans les temps anciens Tavoy avait appartenu à Siam ».Tavoy ne jouit pas longtemps de la « protection » nominale de Siam. La première chose que fit le nouveau souverain de Birmanie dès après la mort de son frère fut de récupérer Tavoy, ce qu’il fit sans difficultés.

 

 

Le gouverneur rebelle se réfugia alors à Mergui, les Siamois refusèrent de le livrer, et le Siam fut alors une nouvelle fois de plus envahi, Mergui et Tenasserim occupés. Les Birmans ne rencontrèrent pas d’opposition sérieuse jusqu'à ce qu'ils atteignent Phetchaburi. Ils se heurtèrent au Phraya Tak, plus connu sous le nom de Phraya Taksin. (Futur roi du Siam). Ils durent alors s’en retourner à Tenasserim.  Il faut préciser que Huithongcha, le gouverneur rebelle de Tavoy, après avoir fui son pays, était accompagné par le prince Thep Phiphit, revenu de son exil de Ceylan probablement touché par les malheurs de son pays? Le Roi Ekathat ne voulut pas accepter le secours d’un banni, le fit arrêter et incarcérer à  Chantabun.

 

 

Chiangmai et Luang Phrabang étaient tombés sans combats difficiles, et la possibilité d'une invasion réussie du Siam par le sud ayant été déjà démontrée, le roi birman  fit alors converger ses armées du Nord et du Sud vers Ayutthaya en équipant une troisième armée qui devait envahir le Siam par la «voie des Trois Pagodes», depuis toujours, la principale route terrestre entre le sud de la Birmanie et l'ouest de la Thaïlande.

 

 

Les Siamois bénéficièrent alors d’un répit de près d'un an, en raison d'une rébellion à Chiangmai qui en chassa le gouverneur birman. À la fin de 1764, cependant, la rébellion fut réprimée, et en juin 1765 une armée birmane de 5.000 hommes quitta Chiangmai pour le sud, tandis qu'une autre de même force se dirigeait vers la frontière occidentale.

 

 

Mais ce ne fut pas une partie de plaisir selon les chroniques royales, qui mentionnent largement sur plusieurs pages que cette armée fut retenue pendant cinq mois [mi-août 1765 à fin janvier 1766] à Bang Rachan par des villageois, ce que contestent -évidemment- des sources birmanes (Cf. Wikipedia) La résistance de ce village est entrée dans l’histoire siamoise comme symbole du nationalisme thaï, saluant ses héros déterminés à défendre la patrie au prix de leur vie.

(Tous les élèves connaissent cette page d'histoire et deux films thaïs sur Bang Rachan ont été réalisés. Le premier en 1966 est l’œuvre de  Sombat Metanee (qui fut félicité par le roi en personne) et le second, plus connu, fut réalisé en l’an 2000 par Thanit Jitnukul. Oliver Stone en a adapté une version américaine qu’il a présentée aux Etats-Unis en 2004.)

 

 

Tandis qu'au sud, en janvier 1765, les Birmans avaient investi  Mergui et Tenasserim et  déportées leurs populations  vers le Pégou.  Ils organisèrent leur armée du sud et quittérent Tenasserim en octobre 1765. En novembre, ils occupaient Phetchaburi et Rathaburi, en détruisant au passage tous les villages, tuant les habitants ou en les prenant  comme esclaves, sans distinction d'âge ou de sexe.

 

 

En décembre 1765, les Birmans attaquaient Bangkok, mais un capitaine de vaisseau anglais nommé  Pauni qui s’était lié d’amitié avec Ekathat les mit en échec, mais quand un des forts d'Ayutthaya fut capturé, et son bateau exposé aux tirs, il dut battre en retraite à Nonthaburi. Les Birmans le poursuivirent, mais faute de munitions, il s’enfuit au loin sur son vaisseau courant janvier 1766.  Nonthaburi tombe, et en février 1766, les Birmans sont une fois encore sous les murs d’Ayutthaya. outes les provinces côtières sont investies, le blocus est complet. Forest signale qu' à la montée des eaux, au 3ème trimestre 1766, les Birmans coupent les digues afin d'inonder le pays.

 

 

Forest, toujours s'appuyant sur les  courriers des missionnaires nous apprend que ce n'est qu'en mars 1767 que les Birmans lancent leur attaque finale, notant au passage qu'en deux ans, ils ont pu «recruter» un grand nombre d'habitants siamois. Mais «Ils se heurtent tout d'abord à une forte résistance du quartier portugais installé sur la rive droite de la Menan, et à celle de 2.000 Chinois et Malais repliés en face sur la rive gauche, autour de la  loge hollandaise. Il leur faut 18 jours pour réduire les Chinois avant d'obtenir, ensuite la reddition du quartier portugais (21 mars) puis celle du quartier du séminaire -le quartier des Cochinchinois et des Français- qui est pris, pillé incendié le  23 mars 1767. Les Birmans peuvent dès lors attaquer au cœur de la ville, protégé par le fleuve et les fortifications.» (p. 128

 

 

Si l'attaque finale des Birmans commencent en mars 1767, Wood signale que déjà en septembre 1766, les Birmans avaient pris une bonne position en menaçant les quartiers des  chrétiens et du comptoir hollandais. Des troupes chinoises s'étaient également préparées à défendre leur quartier. Peu de temps auparavant, une grande flotte siamoise de 160 bateaux avec trois canons à bord, et composée de 6 000 hommes commandés par Praya Petchaburi et Praya Taksin avaient attaqué les forts birmans installés sur des petites îles, mais ils avaient été défaits et Praya Petchaburi avait été tué. Praya Taksin avait pu rejoindre avec difficulté  Ayutthaya avec les survivants, mais il avait été accusé de ne pas avoir été très actif et ni suffisamment aidé Praya Petchaburi et était tombé en disgrâce. Il voulut alors prendre la responsabilité du grand canon, mais un ordre absurde l'empêcha de fait de s'en servir. Constatant l'impossibilité de se battre avec efficacité,  Il choisit alors de quitter Ayutthaya avec 500 partisans. Nul Birman, ajoute Wood, n'aurait pu imaginer que de cette petite armée naîtrait une force qui mettrait fin à la domination birmane. ( Wood aurait pu être plus précis en notant que nous étions en janvier 1767 et que Taksin parvient à reconstituer une armée en 10 mois et à reprendre Ayutthaya le 7 novembre 1767, après seulement 2 jours de combat.)

 

 

Bref, en cette fin de mars 1767, la résistance extérieure à la capitale, a été vaincue et les Birmans peuvent se préparer à l'attaque finale. Les Siamois ont déjà subi le 7  janvier un grand incendie qui a brûlé plus de 10 000 maisons, la famine règne et une grave épidémie de petite variole se répand, laissant des corps dans les rues dévorés par les chiens.  Ce n'est pas la mort du général birman Maha Nohrata qui eut lieu au début de 1767 qui pouvait  arrêter la volonté birmane d'anéantir Ayutthaya.  Ekathat, voyant que tout était perdu, offrit d’abandonner sa capitale et de devenir vassal du roi de Birmanie; ce que les Birmans refusèrent, exigeant une reddition sans conditions. Mais à ce moment critique, «il était plus enclin à s'appuyer sur toutes sortes de charmes et d’amulettes, de superstition et de magie, et son peuple, encouragé par son exemple, gaspillait son temps à chercher des talismans pour se rendre invisibles ou invulnérables». (Les annales)

 

 

 

 

Ayutthaya est prise et incendiée le 7-8 avril 1767.  C'était la fin du royaume d'Ayutthaya, sur laquelle nous allons revenir dans notre prochain article.

 

 

 

 

NOTES ET RÉFÉRENCES

 

 

(1) RH 52- LE ROI BOROMMAKOT (1680, 1733–1758)

 

 

(2) Alain Forest, cf. De la révolution de Siam à la chute d'Ayutthaya. (1688-1767), in la 2e partie du livre1, «Les missionnaires français au Tonkin et au Siam. XVIIe- XVIIIe siècles». (pp.81-164),  L’ Harmattan, 1998.

 

 

(3) 105. Le dernier roi d’Ayutthaya. Ekkathat (mai 1758-7 avril 1767)

http://www.alainbernardenthailande.com/article-105-le-dernier-roi-d-ayutthaya-le-roi-ekkatat-mai-1758-avril-1767-120770682.html

 

 

(4) Chapitre 11, (pp. 465-523) Les derniers rois d'Ayutthaya, in A Synoptic Translation by Richard D. Cushman, “The Royal Chronicles of Ayutthaya”, Edited by David K. Wyatt, The Siam Society, Under Royal Patronage, 2006.

 

(5) «Les Birmans avant la chute d’Ayutthaya en 1767»  

http://www.alainbernardenthailande.com/article-104-les-birmans-avant-la-chute-d-ayutthaya-en-1767-120735678.html

 

 

(6) pp. 127-135, In Nguyên Thê Anh et Yoshiaki Ishizawa, « Commerce et navigation en Asie du Sud-Est (XIVe-XIXe siècle) », Sophia University (Tokyo), L’Harmattan, 1999.

 

 

(7) Prince Damrong Rajanubhab, «Our Wars with the Burmese. Thai-Burmese Conflicts 1539-1767», White Lotus, 2001.

107. Le Prince Damrong explique les guerres entre les Siamois et les Birmans, entre 1539 et 1767.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-107-le-prince-damrong-explique-les-guerres-entre-les-siamois-et-les-birmans-entre-1539-et-1767-121187300.html

 

 

 

 

 

(8) W. A. R. Wood «A history of Siam from the earliest time to the year A.D. 1781 with a supplement dealing with more recent events» Chiangmaï en 1924.

 

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