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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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8 juin 2020 1 08 /06 /juin /2020 22:12

 

 

Didier Treutenaere est diplômé en philosophie de l'Université Paris-Sorbonne. Eminent spécialiste de textes bouddhistes en langue pali, il vit en Thaïlande où il poursuit ses travaux d'écriture et de traduction d'ouvrages consacrés à la tradition Theravada.

 

 

Dans une série d’articles érudits d’une série « pour en finir... » – nous y reviendrons- il s’est étonné sinon irrité de l’utilisation d’une terminologie souvent abusive concernant cette branche du bouddhisme. Tel est le cas du mot « bonze » utilisé selon lui à mauvaise escient pour désigner les moines en robe safran qui occupent nos temples (1).

 

 

Qu’en est-il?

 

 

Le mot n’est pas d’origine ni siamoise ni pali ni sanskrite mais japonaise « bonzo » et a été utilisé initialement par les missionnaires ayant évangélisé ou tenté d’évangéliser le Japon et la Chine. Initialement donc, et en bon français, il concerne le Japon:

 

 

Pour les Encyclopédistes, ils sont les «Philosophes et ministres de la religion chez les Japonais» (2). Les mêmes dont l’érudition ne peut être mise en doute nous parlent des talapoins: « TALAPOINS, ou TALEPOIS, c'est le nom que les Siamois & les habitants des royaumes de Laos et de Pégu donnent à leurs prêtres»  (3).

 

Larousse en 1857 nous dit «prêtres ou moines de la religion de Bouddha  en Chine et au Japon» (4). Les talapoins sont de Siam (5)

 

Littré en 1873 les définit comme «prêtres chinois ou japonais de la religion bouddhiste» (6). Pour les talapoins, c’est «le nom donné aux prêtres bouddhistes au Siam par les Européens» (7).

 

Pour Becherelle  en 1880 – source inépuisable quand on veut connaître le bon français - ce sont des «prêtres chinois ou japonais» mais il définit de façon erronée les talapoins comme «des prêtres idolâtres de certaines parties de l’Inde. Ce sont des espèces de moines mendiants» (8).

 

Si les «bonzes» de l’Académie française généralisent actuellement le terme, ce que dénonce à juste titre Didier Treutenaere, dans leur édition de 1835 ils définissent les bonzes comme des «Prêtres chinois ou japonais» et les talapoins comme les « prêtres bouddhistes dans le Siam » (9).

 

 

Sautons un siècle. Cette origine japonaise nous est confirmée, comme nous le rappelle Didier Treutenaere, dans le «dictionnaire du bouddhisme» en 1999. « Le nom de bonze est d’origine japonaise (bonzo). Il désigne avant tout les religieux bouddhistes de certaines pays d’extrême orient: Chine, Japon, Vietnam... quoique l’usage du terme tende à se généraliser en Occident ou on l’applique  notamment aux communautés bouddhistes de Ceylan, de Birmanie, de Thaïlande et du Cambodge» (10).

 

 

Parler de bonze en parlant des moines du bouddhisme thaï est incontestablement un abus de langage.

 

Comment donc les appeler ?

 

Sont-ils des talapoins ?

 

Le mot a été utilisé d’abondance par les premiers voyageurs français des ambassades de Louis XIV. Il provient du terme siamois de talapat (ตาลปต้ร) qui est l’éventail en feuilles de palmier ou de latanier utilisé par les moines lors des cérémonies pour se couvrir le visage, devenu talapao pour les Portugais et talapoin pour les Français. C’est l’étymologie que donne Littré (7). S’il sert à se voiler du soleil, son utilisation est lourde de symbole puisqu’il signifie que ce qui est derrière lui n’est pas un homme mais la sainte doctrine.

 

 

Didier Treutenaere nous explique les raisons pour lesquelles il est tombé en désuétude. Il a d’ailleurs selon celui qui l’utilise une connotation tout à fait négative puisqu’en argot de l’école polytechnique et de l’école normale supérieure, abrégé en «tala», il désigne l’étudiant catholique qui respecte les commandements de l’église.

 

 

Comment les appelle-t-on en Thaïlande?

 

Ils sont des bhikkhu, terme venu du pali parfois écrit bhiksu,  devenu en thaï : ภิกษุ soit phiksu en suivant la transcription orthodoxe mais la transcription bhikkhu est la plus répandue.

 

 

 

Les religieuses sont des phiksuni (ภิกษุณี), des maechi (แม่ชี) ou plus volontiers des chi (ชี)

 

 

... et les "bonzillons" ou novices sont des nen (เณร). Ne revenons pas sur les origines pali ou sanskrite de ces vocables, Didier Treutenaere nous les détaille du poids de son érudition (11).

 

 

Ce terme de phiksu ou bhikkhu est du langage choisi et soutenu. Il semble que dans le quotidien, les Thaïlandais du peuple utilisent plus volontiers celui de phra (พระ). Phra est un mot fourre-tout, souvent préfixe qui indique la grandeur ou la sainteté. Pris ut singuli, il désigne tout aussi bien un moine qu’une représentation de Bouddha. Il en est probablement ainsi en Isan et au Laos. La traduction du mot «bonze» donne celui de phra et non de phiksu ou bhikkhu dans le dictionnaire fondamental de la langue lao, celui de Monseigneur Cuaz. Lunet de la Jonquères dans son dictionnaire français-siamois donne pour le mot «bonze» et celui de «talapoin» la traduction phra (พระ). L’un et l’autre ne sont pas des érudits spécialistes de sanskrit et de pali mais des hommes de terrain dont la connaissance de la langue est celle de la langue parlée (12).

 

 

Le premier dictionnaire significatif anglais-siamois de Mac Farland donne également la traduction phra (13).

 

 

Que pensez de tout cela?

 

 «Je vis de bonne soupe et non de beau langage  – Vaugelas n’apprend pas à bien faire un potage » s’écrit Chrysale dans « Les femmes savantes » (14).  C’est une évidence mais pour penser correctement, il faut utiliser les bons mots. Notre langue est assez riche pour nous permettre d’éliminer, lorsque nous parlerons de religieux du bouddhisme théravada, le terme de « bonze »

 

Pourquoi ne pas parler tout simplement de «moines» ou de «prêtres», de «nonnes» ou de «religieuses» et de «novices»?

 

« C'est sérieux, les mots qu'on emploie. Il faut chercher le mot juste afin d'être bien sûr de penser selon une vérité profonde. Les mots aident à la découvrir ». (Marguerite Beaudry).

 

 

NOTES

 

(1) «Pour en finir avec le mot « bonze » - Étymologie, définitions et utilisation raisonnée du mot « bonze » »

https://www.academia.edu/35804594/Pour_en_finir_avec_le_mot_bonze_-_%C3%89tymologie_d%C3%A9finitions_et_utilisation_raisonn%C3%A9e_du_mot_bonze_

 

(2) « Encyclopédie » tome II - BE-CEZ

 

 

(3) « Encyclopédie » tome XXXXII – SUG – TENACITE

 

 

(4) « Grand Larousse du XIX  siècle », tome II.

 

(5) « Grand Larousse du XIX  siècle », tome XIV.

 

 

(6) « Dictionnaire de la langue française » tome I.

 

(7) « Dictionnaire de la langue française » tome IV.

 

(8) « Dictionnaire classique de la langue française ».

 

 

 

(9) « Institut de France- dictionnaire de l’Académie française » 6e édition, 1835.

 

 

(10) « Dictionnaire du bouddhisme – Encyclopedia universalis chez Albin Michel

 

(11)  Le « Pali-english dictionary » de W. Rhys Davids donne les deux orthographes bhikkhu et bhiksu qu’il définit comme un « moine ou un prêtre bouddhiste ».


 

 

(12) Pour Monseigneur Cuaz dans son « Lexique français-laocien » de 1904, il est pha (พะ), le « r » est souvent avalé.

 

 

Le « dictionnaire français-siamois » de Lunet de la Joinquères est de la même année.

 

 

13) « An english siamese dictionary » Bangkok, 1903.

 

 

(14) Acte II scène VII.

 

 

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commentaires

BOSCAGLI 09/06/2020 11:29

Je comprends mieux pourquoi je semblais choquer parfois en parlant avec eux...
Le bon mot permet de passer à l'essentiel et de respecter l'autre.
Très intéressant article, merci.
Bien cordialement

grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b 12/06/2020 20:57

Merci de votre message