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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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1 juillet 2020 3 01 /07 /juillet /2020 22:26

 

Nous avons, à diverses reprises, écrit sur l’architecture siamoise, comme celle de l’époque d’Ayutthaya, l’architecture religieuse et l’intervention massive des architectes et ingénieurs italiens sous les règnes de Rama V et Rama VI, tous hommes de l’art qui donnèrent à Bangkok une partie de son visage actuelVous en trouverez le détail en annexe I en fin d’article.

 

 

 

Il est toutefois un bâtisseur qui fut le premier dans le temps, Stefano Cardu qui ne doit pas être oublié même s’il est surtout connu par le Musée qui porte son nom dans la ville de Cagliari et qui contient ce qui est probablement la plus belle collection d’art siamois et oriental au monde, le « Museo Civico d'Arte Orientale Stefano Cardu ». Un article récent du Journal de la Siam society lui est consacré sous l'érudite signature de Ruben Fais. Nous avons cherché à rencontrer ce personnage et vous donnons quelques sources (annexe II en fin d’article) qui nous ont permis de reconstituer son parcours – au vu notamment de sources italiennes.

 

 

Nous connaissons, bien sûr, la longue tradition de bâtisseurs  italiens, héritiers des Romains. Rama V a visité l’Italie et a été séduit par Florence – qui ne l’est pas ! Les Romains mirent en place des techniques de constructions inconnues avant eux. Leur technique en matière d’arcs et de voute en particulier a permis au Pont du Gard de traverser les siècles sans dommages depuis deux mille ans

 

 

pas plus que le Panthéon qui a le même âge. Leurs lointains héritiers au XIXe, fort de cette longue tradition, ont importé au Siam les techniques modernes.

 

 

Les Khmers ont longtemps occupé le Siam mais n’y ont pas importé la culture de l’architecture pérenne. Henri Parmentier qui fut le plus grand spécialiste mondial de l’architecte khmère dont il était au demeurant un fervent admirateur écrit de façon assez féroce

 

 

« Au Cambodge, il semble que la construction ait été une nécessité ennuyeuse qu'on bâclait le plus possible pour réaliser au plus vite la seule chose qui comptât, la forme, plus ou moins imposée par la tradition. De cette négligence même, il résulte que l'évolution est continue et sans surprises, sans secousses ; chaque architecte s'empresse de profiter du moyen trouvé par son prédécesseur pour réaliser l'aspect désiré ; un système qui a fait ses preuves est adopté ne varietur et s'efface seulement devant la découverte, plus ou moins accidentelle, d'un mode de construction plus avantageux » (...) « Ce mépris de la construction, mépris qui n'est pas spécial à l'art khmer mais qui est de tout l'Extrême-Orient, paraît né en partie de la prépondérance numérique des édifices élevés autrefois en architecture légère ». Cette prédominance de l’architecte dite légère dont sujette à disparition à plus ou moins long terme a frappé les premiers visiteurs français qui nous dont donné leur impression sur l’architecture (voir annexe I). Les Khmers, nous apprend Parmentier, ont par exemple très longtemps ignoré la technique de la voûte et de l’arc boutant.

 

 

Ces techniques n’étaient pas mieux connues à Ayutthaya (1).

 

Ceci dit, rien ne prédisposait Stefano Cardu à devenir bâtisseur. Il naquit le 18 novembre 1849 à Cagliari à la pointe sud de la Sardaigne dans une famille d’artisans probablement charpentiers ou menuisiers.

 

 

Comme tous les Sardes, il est destiné à la mer et entreprend des études à cette fin. A l’âge de 15 ans, en 1864 et contre la volonté de ses parents, il s’enfuit pour s’engager comme garçon de cabine sur un navire marchand. Peut-être aussi était-ce pour ne pas à se retrouver engagé dans les conflits sanglants qui agitent alors la future Italie ?

 

 

Il navigue pendant dix ans sans interruption et aurait alors profité de ces voyages pour parfaire son instruction maritime. Devenu maître marin, il arrive au Siam en 1874 à 25 ans.

 

Selon la tradition familiale, il aurait fait naufrage dans les archipels de Malaisie et aurait échappé à la mort en nageant au milieu des requins ?

 

 

Il atteint Bangkok on ne sait comment ? Il est en tous cas inscrit avec certitude sur les registres consulaires en 1879. Il est sans ressources mais a acquis des connaissances en menuiserie dans l’atelier de son père. Il est alors engagé par un Anglais. Il crée ensuite son propre atelier, une scierie, et commence à édifier des constructions en teck pour les particuliers et le gouvernement.

 

 

C’est alors le début de la pleine époque de l’arrivée des bâtisseurs italiens au Siam. Il est engagé en 1881 comme dessinateur au Département royale d’architecture

 

 

...et dessine les plans des palais du Prince Krom Sudarat Ratchaprayum ainsi que celui du prince Chaofa Chaturonratsami, tous deux de la famille royale.

 

 

En décembre 1882, il dessine les plans d’une nouvelle Cour de Justice

 

 

et développe ceux du palais Sanarron - actuel Ministère des affaires étrangères-.

 

 

En août 1883, il participe à l’agrandissement de l’immeuble Paisaniyakan, premier bâtiment des postes.

 

 

Entre 1890 et 1892, c’est l’extension du Collège militaire royal.

 

 

Il est possible aussi qu’il ait participé à la construction du célèbre Hôtel Oriental (aujourd’hui Mandarin) en collaboration avec Rossi.

 

 

 

En 1885, il crée sa propre société S.Cardu and C° Building constructors associé avec un compatriote, G. Coroneo. En 1887, il débute les travaux du jardin royal Saranrom, aujourd’hui parc public.

 

 

En 1888 enfin, il collabore avec That Hongsakul à l’élaboration des plans de la structure d’un bâtiment destiné à la crémation du Prince Sirirat Kakutthaphan.

 

 

L’année suivante,  son entreprise devient S.Cardu and C°. Architects, civil engineers and constructors. Elle terminera l’extension des bâtiments du Collège militaire royal.

 

 

Comme le faisait Grassi, il travaillait avec des entrepreneurs et des sous-traitants siamois.

 

Il acquiert une fortune considérable mais le plus beau de ses trésors- disait-il – fut son épouse, Rosa Fusco, fille d’un musicien napolitain vivant à Bangkok. Ils adoptèrent une française Luigia Le Bailly qui le précéda dans la mort après son retour en Europe.

 

 

Parlant, en sus de l’italien, le français, l’anglais et le thaï, il avait la passion des arts. Il acquit, ayant aussi beaucoup voyagé, une fantastique collection d’objets d’art asiatique, non seulement siamois mais japonais, indous, indochinois et chinois. Il va alors regagner l’Europe avec son épouse en 1898 ou 99. Voyageant à travers l’Europe, Il avait confié ses collections à un Musée britannique (probablement le British Museum). Ne trouvant pas d’accord sur la vente de ses collections, il décida en 1900 de retourner dans sa ville natale. Ayant acheté un manoir dans le village de Capotera (dépendant aujourd’hui de Cagliari), il y dépensa des sommes énormes pour sa rénovation et se lança dans des activités agricoles qui le ruinèrent (2). Il transféra ses collections à sa ville le 3 juillet 1914 mais ne put trouver aucun accord financier autre qu’une indemnisation de 135 lires ( !). Il ne fut pas même autorisé à récupérer la statue d’un lion en ivoire qui venait de son épouse.

 

 

Il fut tout de même récompensé en 1920 par le titre de chevalier dans l’ordre de la maison de Savoir par le premier ministre Orlando. Ce fut en réalité une véritable spoliation.

 

 

Ses collections seront placées dans le musée qui porte son nom, hommage tardif, inauguré en 1919.

 

 

Réduit presque à la misère, il se réfugia à Rome chez une nièce, Rosario, chez laquelle il mourut le 16 novembre 1933. Il fut incinéré au cimetière Vérano à Rome oú ses cendres reposent aux côté de celles de sa fille Luigia.

 

 

L’importance de ces collections, dès la création du Musée, n’a d’ailleurs pas échappé à la presse artistique et érudite française. (3)

 

NOTES

 

(1) Henri Parmentier « La construction dans l'architecture khmère classique ». In : Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Tome 35, 1935. pp. 243-311;

 

 

L'emploi de l'arc et de la voûte sont des  caractéristiques de l'architecture romaine : A la place des poutres et des pierres d'un seul tenant et d'une étendue nécessairement limitée, formant plafonds et entablements les Romains, par le moyen de l'arc purent construire des édifices couverts de vastes dimensions. Mais ce moyen nouveau exigeait des points d'appui dont la masse fût assez solide et assez homogène pour résister au poids et à la poussée des voûtes; il fallait des matériaux d'une parfaite cohésion, et dont toutes les parties, dépourvues d'élasticité, se maintinssent par leur parfaite adhérence. Cette technique parfaitement connue et décrite par Vitruve fut totalement ignorée de l’architecte asiatique. Par des rapports de force dynamique, elle seule permet seule de réaliser de grandes portées. Elle a permis la construction de la coupole du Panthéon dont le diamètre intérieur est d’un peu plus de 43 mètres, une taille que n’a pas pu atteindre celle de Saint-Pierre de Rome. Le Panthéon reste la plus grande coupole au monde en béton non armé. Elle n’a pas connu de signes de faiblesse en dépit de mutilations et de mouvements sismiques. Les Khmers n’ont jamais utilisé l’arc de voûte, mais uniquement pour les couvertures la technique de l’encorbellement - tout comme les enfants avec un jeu de cubes - qui limite les audaces à jamais plus de deux mètres. S’il y eut des réalisations plus hardies, elles n’ont pas résisté à l’épreuve du temps. La raison de l’emploi exclusif de cette technique reste d’autant plus mystérieuse que les Khmers étaient de grands constructeurs. Elle est réalisée en masse et exige des murs épais pour supporter les dalles ce qui explique que les pièces sont réduites, de trois à cinq mètres de côté tout au plus.

 

Bâtiment Khmer dans la province de Khonkaen date de 11 ou 1200 et cabane de berger des Alpes du sud  construite sur la même technique de l'effet masse

 

 

Vitruve décrit les techniques de constructions en lieux humides.

 

 

Leur ignorance a pour conséquence directe l'état actuel de nombreux vestiges khmers

 

 

Les techniques de construction de la voute décrite par l’architecte romain Vitruve un siècle avant Jésus–Christ

 

 

...et Viollet-Le-Duc dans son monumental Dictionnaire raisonné de l’architecture française en 1889 sont – toutes proportions gardées – les mêmes.

 

 

(2) Selon un adage du bon sens populaire, il y a trois moyens de se ruiner, les femmes, le plus agréable, le jeu, le plus rapide et l’agriculture, le plus sûr.

 

(3) Voir « La gazette des beaux-arts » de décembre 1918 et « Le Journal des savants » de juillet 1919. Les deux revues conseillent à l’amateur la lecture du «  Guida per visitari il museo di ogetti d'arte, antichi e moderni, dell' extremo Oriente, donati da Stefano Cardu alla città di Cagliari ».

 

 

ANNEXE I : NOS PRÉCÉDENTS ARTICLES

 

A 214.1 - L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE SIAMOISE ET SON HISTOIRE. I - LES « SAINTS CHÉDIS »

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/05/a-214-1-l-architecture-religieuse-siamoise-et-son-histoire-i-les-saints-chedis.html

A 214.2 - L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE SIAMOISE ET SON HISTOIRE. II - LES CHAPELLES D’ORDINATION.

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/05/a-214-2-l-architecture-religieuse-siamoise-et-son-histoire-ii-les-chapelles-d-ordination.html

A 214.3 - L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE SIAMOISE ET SON HISTOIRE. III - LES AUTRES BÂTIMENTS.

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/05/a-214-3-l-architecture-religieuse-siamoise-et-son-histoire-iii-les-autres-batiments.html

A 225. LA « 7-ELEVENISATION » DE L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE TRADITIONNELLE DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE.

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/05/a-225.la-7-elevenisation-de-l-architecture-religieuse-traditionnelle-du-nord-est-de-la-thailande.html

A 260 - L’ARCHITECTURE SIAMOISE À L’ÉPOQUE D’AYUTHAYA.

http://www.alainbernardenthailande.com/2018/05/a-260-l-architecture-siamoise-a-l-epoque-d-ayuthaya.html

A 223 - JOACHIM GRASSI, ARCHITECTE AUSTRO-ITALO-FRANÇAIS À BANGKOK PENDANT 23 ANS (1870-1893).

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/04/a-223-joachim-grassi-architecte-austro-italo-francais-a-bangkok-pendant-23-ans-1870-1893.html

A 245 - LES PEINTRES ET LES SCULPTEURS ITALIENS AU SIAM SOUS RAMA V ET RAMA VI.

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/10/a-244-les-peintres-et-les-sculpteurs-italiens-au-siam-sous-rama-v-et-rama-vi.html

A 244 - LES ARCHITECTES ET LES INGENIEURS ITALIENS AU SIAM SOUS RAMA V ET RAMA VI

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/10/a-243-les-architectes-et-les-ingenieurs-italiens-au-siam-sous-rama-v-et-rama-vi.html

ANNEXE II : SOURCES

 

Ruben Fais (qui fut conservateur du musée) « Stefano Cardu, an italian contractor in Siam at the end of the 19th century, his life and his art collection » in Journal of the Siam Society, volume 108, part I de 2020. L’auteur a consulté de nombreuses sources italiennes, archives, correspondance et articles de presse et recueilli les traditions familiales. Il a organisé l’exposition du centenaire du musée en 2018.

 

 

Le Directory for Bangkok and Siam publié par le Siam observer sur les années qui nous intéressent est un véritable Bottin qui donne les noms des étrangers et entreprises étrangères installées au Siam.

 

 

Le site de la commune de Cagliari :

http://www.comunecagliarinews.it/rassegnastampa.php?pagina=66194

 

 

Autres sites consultés

 

https://www.silpa-mag.com/history/article_10804

http://joythay.blogspot.com/2013/10/un-tocco-ditalia-nel-distretto-di-phra.html

(« Une touche d'Italie dans le quartier de Phra Nakhon (Bangkok) »

Sur le site universitaire « Damrong journal » (volume III n°5 de 2004) un article d’un universitaire thaï, Saran Thongpan (ศรัณย์ ทองปาน) : สเตฟาโน คาร์ดู ชิวิตการงานและสังขมของชางฝรังยุคแรก (« Stefano Cardu, la vie et les travaux du premier bâtisseur européen ») :

http://www.damrong-journal.su.ac.th/upload/pdf/67_20.pdf

Rama V and the Architecture of Chakri Reformation, 1868 – 1889 sur le site
deepblue.lib.umich.edu 

 

 

 

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