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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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17 juin 2020 3 17 /06 /juin /2020 22:13

 

 

Nous avons vu que 8 mois après la chute d'Ayutthaya, Taksin avait pu reconstituer une armée, imposé  sa nouvelle autorité sur le Siam central, les provinces de Bangkok, Ratchaburi, Nakhon Chaisi, Chantabun, Trat, une partie de Nakhon Sawan, et repris Ayutthaya  le 7 novembre 1767, une  victoire qui le plaçait  comme  le nouveau «libérateur  du pays », un héros national. Il décida ensuite d'installer sa nouvelle capitale à Thonburi et de réorganiser dès juillet 1768 le nouveau royaume.

 

 

(Avant de quitter Ayutthaya, il s'honora d'organiser la cérémonie de crémation du roi Ekhatat et de prendre soin de quelques membres de la famille royale.)

 

 

 

Il lui fallut donc procéder à la construction de la nouvelle capitale, installer sa Cour selon les traditions anciennes, reconstruire l’administration du pays, réorganiser les sakdina, pour développer une  économie avec la reprise en main de la main d’œuvre et de la corvée, mettre en place le commerce avec l’étranger et  également rénover la religion, recréer le Sangha, avec une nouvelle hiérarchie. Il se sentait suffisamment légitime, en accueillant tous les survivants d’Ayutthaya, les mandarins et les membres de l’ancienne famille royale, et en épousant quatre princesses royales qu’il avait fait libérées de la prison de Lopburi, dont  Chao Ubon, la propre fille de Thepiphit  (fils du roi Boromakot et donc plus légitime que Taksin), pour se faire couronner  le 28 décembre 1768.

 

 

 

 

Quelle épopée ! 8 mois pour reprendre Ayutthaya aux Birmans après l'avoir fui en janvier 1767 avec 500 hommes, et 1 an pour devenir le souverain du nouveau royaume du Siam ! Quels exploits accomplis !

 

 

Mais  si le nouveau roi Taksin avait établi son pouvoir à Thonburi, d’autres lui contestaient cette légitimité.

 

 

 

Les Birmans tout d'abord, certes défaits mais toujours menaçants. Le roi birman en 1768 avait ordonné au gouverneur birman de Tavoy, de joindre ses forces  à ceux de Ratchaburi, qui avaient été défaites. («Elle fut l'ennemie jurée de Thonburi, qu'elle affronta huit fois durant les dix premières années du règne de Taksin». (Wikipédia))

 

 

 

 

Les provinces de Nakhon Sithammarat était gouverné par le «roi» Musika. Les provinces de l’Est incluant Korat, étaient sous le pouvoir du «roi» Thephipit, avec sa capitale à Pimai. La province de Phitsalunok et une partie de Nakhonsawan, étaient sous le pouvoir du «roi» Ruang: Un moine bouddhiste nommé Fang, qui s’était fait roi en sa capitale Sawangburi (près de Utaradit) et se disait la réincarnation de Phra Ruang, un prince aux pouvoirs surnaturels auquel la région vouait un culte. Il avait levé une armée de moines  et  terrorisait les campagnes de la frontière du Lanna jusqu’à Phitsalunok.

 

 

Taksin dut aussi combattre plusieurs fois au Cambodge, qui avait repris son indépendance après la fin du royaume d'Ayutthaya, aidé par les Nguyen (Du Vietnam).

 

 

 

4/ Taksin dût les affronter pour réunifier le pays. Mais la reconquête ne fut pas aisée.

 

Comme pour l'article précédent, nous avons puisé librement dans le roman de Claire Keefe-Fox  « Le Roi des rizières », dont le  pacte de lecture assure que les faits racontés sont « vrais »  et dans nos trois articles à la lumière des versions de Terwiel et de Wood. (1)

 

 

 

 

En 1768, le roi Taksin prend donc l'initiative et attaque Phitsalunok. Il est défait et est même blessé à une jambe. Mais -heureusement pour lui- le gouverneur meurt peu après. Son fils craignant les prétendants choisit de devenir le vassal du roi du Siam. Mais l’allégeance de Phitsalunok fut de courte durée. Le prêtre fou de Fang, s’en était emparé, après un second siège de 3 mois. Il avait empalé le nouveau et récent gouverneur et contrôlait désormais tout le Nord jusqu’au Lanna.

 

 

A la fin de la saison des pluies en 1768, Taksin avait envoyé les frères Duang et Bunma -ses généraux et amis- soumettre la province de Phimai, malgré l’aide apportée par des forces birmanes commandées par Maung Ya. Thepiphit, son principal rival, fut fait prisonnier, et fut battu à mort, selon la coutume. Ils avaient ensuite poursuivi leur action au Cambodge.

 

 

(Certains attribuèrent à l’exécution de Thepiphit, la suite de calamités qui marquèrent 1769, cette année du bœuf. Il y avait eu deux tremblements de terre, la sécheresse et la famine, avec les rats et les souris.)
 

 

Fin 1768, Taksin avait également envoyé deux armées au sud pour prendre  Nakhon Si Thammarat. Mais elles furent vaincues. Taksin était venu alors en personne avec sa flotte et avait vaincu dès le premier jour de combat, les troupes de Nakhon Si Thammarat. La ville s’était rendue sans combattre. Le gouverneur  avait fui, mais il fut fait prisonnier par le gouverneur fidèle de Pattani et remis au roi Taksin qui étrangement lui accorda le pardon. Taksin put remonter sur Thonburi en mars 1769.

 

 

Terwiel nous raconte que durant cette période, le roi Taksin fut exemplaire. Il interdit à ses soldats de tuer les fermiers ou de les voler, et les employa pour construire des bateaux de guerre. Il fournit des fonds pour reconstruire des temples et fit des donations pour les moines.

 

 

 

Claire Keefe-Fox raconte que lors de la cérémonie de reddition, le Sangha, le clergé de la Province réunie, était dans la crainte des décisions de Taksin. Il leur donna sa protection, offrit à chacun, un boisseau de riz et un bath d’argent. Certes, il leur prit l’exemplaire des Tripitaka, le livre sacré, mais afin, leur dit-il, de le faire copier, pour que chacun puisse connaître l’enseignement de Bouddha. Outre l’or et l’argent, il avait décidé également d’emmener à Thonburi, la troupe de théâtre de femmes, pour qu’elles puissent y fonder une école et remettre à l’honneur la tradition ancestrale du spectacle du Ramakien.

 

 

 

 

 

Sa victoire fut complète avec la reddition du Prince gouverneur, qui fut surpris d’être épargné, libéré avec tous les prisonniers. «Enfin, le maléfice était rompu, Taksin était débarrassé de ses peurs irrationnelles et de ses haines aveugles.».

 

 

 

1770. Il était temps pour Taksin de reprendre Phitsalunok et Chiangmai.

 

 

Les versions de Terwiel et de Claire Keefe-Fox sont très différentes.

 

 

Pour Claire Keefe-Fox, si Taksin prépara longuement cette campagne, sans négliger le moindre détail. Il passa des commandes  de mille fusils anglais auprès du capitaine Leck (faisant commerce aussi avec le royaume d’Ava). (Il apprit par lui que la guerre sino-birmane était terminée, et que le roi Mangra envisageait de nouveau d’attaquer le Siam).

 

 

 

 

Taksin avec son armée siamoise  de 10.000 hommes ne rencontra aucune résistance lors de sa marche vers le Nord. En  moins  de 15 jours après avoir quitté Thonburi, il avait pu reprendre Phitsalunok et constater la fuite du prêtre Fang.

 

 

Mais Taksin de retour à Thonburi, avait été surpris de voir les troupes de Duang et de Bunma, ses généraux de l’armée de l’Est, partis conquérir le Cambodge, qui lui apprirent   qu’ils étaient en fait revenus car ils avaient reçu des informations d'après lesquelles ’l'armée siamoise avait été massacrée et le roi tué.

 

 

Pour Terwiel, en mars 1770, Taksin avait décidé d'attaquer Chiangmai occupé par les Birmans, avec une armée de 15 000 hommes, en contournant le territoire tenu par le prêtre Fang. Mais ne constatant aucun point faible dans la défense de la ville, il décida la retraite.

 

 

Mais de retour à Thonburi, de nombreux bateaux étaient arrivés chargés de riz, qu'il distribua à la population. Il vit  là une opportunité d'attaquer Phra Fang à Sawangkhaburi. Entre mai et juillet 1770, trois armées, dont l'une de 12 000 hommes commandée par Taksin lui-même, flanquée de chaque côté par deux forces de 5 000 hommes, attaquèrent Sawangkhaburi qui céda à la 1ère attaque.

 

 

Il resta plusieurs mois pour réorganiser la région, principalement pour réinstaller les fermiers sur les terres et purifier le clergé bouddhiste, car si Phra Fang s'était enfui, quatre  superviseurs avaient été pris et emprisonnés à Thonburi.

 

 

Désirant obtenir l’adhésion des habitants, il épargna les soldats de la garnison, organisa l’approvisionnement en riz des campagnes, maintint à leur poste les chefs des mueang qui avaient été justes. Quant aux moines - et là Terwiel et Claire Keefe-Fox s'accordent- ne pouvant distinguer ceux qui avaient suivis Fang, il les soumit à l’épreuve de l’eau (demeurer sous l’eau le temps de 3 klan), et durent confesser leurs fautes. Les coupables furent battus au rotin et tatoués pour qu’ils puissent être reconnaissables. Une cérémonie de six jours vint clore la paix retrouvée avec le sangha du Nord-Est.

 

 

A la fin de 1771, Taksin avait réunifié un grand royaume, mais la menace birmane était encore présente au Nord, à Chiangmai, et il se devait, une nouvelle fois intervenir au Cambodge.

 

 

 

Le Cambodge et les multiples versions  (1771- 1773).

 

 

Pour Terwiel, Taksin décida à la fin de la saison des pluies de 1771 de vassaliser de nouveau le Cambodge, qui avait repris son indépendance après la fin du royaume d'Ayutthaya en 1767. Deux armées de  10 000 hommes furent formées; l'une commandée par Bunma, l'autre par Taksin qui arriva par bateaux sur les lieux du combat. Au début, les troupes siamoises ne rencontrèrent qu'une faible résistance au port de Bantheay Meas, mais  au début de 1772 une armée annamite tenta d'expulser les Siamois. Tewiel nous dit que Taksin put les contenir en 1772 et 1773, mais la menace d'une invasion des Birmans depuis Chiangmai l'obligeait de nouveau à les combattre pour garder Phichai, au nord de Phitsalunok. (Ce qu'il fit en 1774)

 

 

Claire Keefe-Fox et Wikipedia disent toute autre chose.

 

 

Dès 1769, le Cambodge devait faire face à la rivalité de deux frères. L’ainé  Ramraja ( ?) défait par son frère qui avait bénéficié  de l’aide des Annamites se réfugia auprès de Taksin, à qui il demanda son aide. Celui-ci vit là une occasion de reconquérir le Cambodge.

 

 

« En 1770, Taksin attaqua les seigneurs Nguyên  pour le contrôle du Cambodge. Après des défaites initiales, l'armée siamoise-cambodgienne réussit à vaincre l'armée vietnamienne en 1771 et 1772. En 1773, les Nguyen conclurent un traité de paix avec Taksin, par lequel ils lui abandonnaient une partie de leurs territoires du Cambodge. Ces événements provoquèrent la rébellion des Tay Son, qui finirent par renverser les Nguyen. Mais il fallut attendre 1779 pour que  l'ensemble du Cambodge redevienne un État vassal du Siam en 1779.» (Selon wikipédia).

 

 

Le roman de Claire Keefe-Fox -quant-à-lui- raconte que, juste avant le nouvel an chinois, Taksin avait envoyé au Cambodge par voie de mer une armée de quinze mille hommes, deux cents jonques et deux cents barges de guerre, avec Duang à sa tête,  prenant ainsi l’ennemi à revers, par le Sud. Cette décision avait été prise préventivement, pour empêcher que le Cambodge s’allie avec les Birmans qui venaient d’occuper Vieng Chang et Luang Prabang au Laos.

 

 

Il est dit que le monarque cambodgien se soumit à Duang, le nouveau Phraya Chakri, à Angkor Thom, une ancienne capitale, dont personne ne savait pourquoi elle avait été abandonnée.

 

Mais la rivalité entre le Siam et l'Annam pour le contrôle du Cambodge est une histoire plus mouvementée  que ces versions.

 

 

Dans un autre article (Cf. (2)),  nous disions que le roi du Cambodge Outey II (1758-1775) avait refusé de reconnaître  la suzeraineté du nouveau roi Taksin installé à Thonburi. Celui-ci tenta alors d’imposer un prince khmer, Ang Non, à Oudong en 1770. Outey II appela alors la cour de Hué à son secours qui envoya une   l'armée  qui mit en fuite les Siamois (1771). Mais le protégé du Siam, Ang Non, s'était cependant retranché à Kampot, d'où il dirigea une guérilla contre son rival. Le pays était en ruine. Les Siamois avaient encore déporté à l'ouest une partie de la population. Le Vietnam, affaibli en 1774 par la révolte des Tayson, ne pouvait rien faire. Le Cambodge revint alors sous la tutelle du Siam.

 

 

 

 

Mais une tutelle pendant laquelle Siamois et Annamites continuèrent à s'affronter, au milieu des complots, des rivalités et luttes princières entre frères et sœurs, révoltes populaires, invasion successives du Siam et de l’Annam, occupation et vassalité conjointes, co-suzeraineté, tentative d’annexion, des territoires cédés et repris, des interventions incessantes…

 

 

Ainsi, si Ang Non II avait mis à profit la révolte des Tay Son qui s’étaient emparés de Hué  et avaient renversé en 1774 la Dynastie Nguyen pour monter sur le trône  avec l’appui du Siam, il devra déjouer complot, révolte, trahison, avant d'être assassiné par des agents vietnamiens en août 1779. Ses quatre fils seront exécutés la même année dans la forteresse de Banthaiphet par ordre du mandarin Mou, gouverneur de Trang,  régent du royaume.

 

 

Toutefois, il faut rappeler qu'en  1772, la Chine  reconnaissait enfin  Taksin comme le souverain légitime de Siam.

 

 

Dès sa prise de pouvoir, Taksin avait voulu légitimer son pouvoir par une reconnaissance du roi de Chine, qui lui avait fait parvenir une réponse humiliante sur la foi d'un rapport du prince de Chanthaburi. Mais en 1772, l’ambassadeur siamois avait été bien reçu à la cour de l’Empereur Qianlong.

 

 

 

 

1774-Janvier 1775. Taksin reprend Chiangmai.

 

 

 

Les  Birmans ayant conclu  la paix avec la Chine  pouvaient de nouveau attaquer le Siam en 1774.

 

 

 

 

L’armée birmane attaqua Phitchai, une petite citadelle au nord de Phitsalunok, mais Bunma  réussit à la repousser, et elle se retira à Chiangmai. Taksin profitera que les Birmans soient occupés par une rébellion des Mons pour  attaquer et prendre facilement Chiangmai en janvier 1775 (Selon Terwiel).

 

«C'est d'Ayutthaya que vint le secours. Le roi Taksin venait à peine de relever les murailles de sa capitale, quand le Chao Fa Chai Kéo apprit qu'il se disposait à envahir le Lanna pour s'y mesurer avec les Birmans. Avant de s'engager avec les Siamois, les sept frères tinrent conseil, car ils couraient un grand risque et leur père était à ce moment entre les mains des sbires d'Alaungphaya. Ils finirent par promettre leur concours à Taksin qui parvint devant Chiangmai à la tête d'une armée. La ville fut  livrée aux Siamois qui délivrèrent Chao Fa Chai Kéo de la cage où les Birmans le tenaient enfermé (1774).

 

 

 

 

Cet événement mémorable eut pour conséquence de placer le Lanna sous l'influence du Siam, qui en 1778 étendit de même son autorité sur le Lan Chang. (Extrait de notre article 108. Le royaume thaï du nord, le Lanna. (1564-1939)) (3)

 

 

 

 

Taksin revient à sa capitale Thonburi en février 1775, où il apprend qu'une autre armée  birmane a envahi le Sud et va prendre Ratchaburi. Il ne peut démobiliser son armée et appelle en renfort une  réserve de troupe venant du  nord. Il applique une discipline stricte et vainc les Birmans rapidement pour revenir victorieux en avril à Thonburi. (Claire Keefe-Fox donne une version complètement différente. (Cf. (4))

 

 

En mars 1776, les Birmans attaquent de nouveau  et reprennent Phitsalunok, contrôlant ainsi le Nord. Terwiel estime que les Siamois vont «profiter» de la mort du roi birman Hsinbyushin [10 juillet 1776] et de la décision du nouveau roi Singu Min [1776-1782] de se retirer,  faute de pouvoir  contrôler Chiangmai. (Quand?)

 

 

 

 

Claire Keefe-Fox  raconte une autre histoire et évoque un retour de l'armée siamoise épuisée et affamée à Thonburi en 1777,  après  deux ans de batailles ininterrompues à Phitsalunok, après avoir subi une terrible défaite. Qui dit vrai ?

 

 

En 1777 (?) Taksin décide de réprimer  la principauté lao de Champassak, qui  avait soutenu le gouverneur de Nangrong qui s'était rebellé contre lui. Le général siamois  Phaya Sourasi avait attaqué le Cambodge puis remonté vers le nord pour faire jonction au Champassak avec le général Phaya Chakri. Le chef de Champasak avait été capturé et avait demandé à être désormais le vassal du Siam, mais il fut décapité.

 

 

 

 

 

En 1778, sous le prétexte d’un affront, Taksin avait demandé à ses deux fameux  généraux, les frères Bunma et Tong Duang (Phraya Chakri)  de prendre Vientiane et Luang Prabang.

 

 

 

La victoire n’avait pas été aisée et le siège de Vientiane (Vieng Chan) avait été sanglant. Bunma avait même fait décapiter tous les prisonniers laos, puis avait fait empiler les têtes dans une barque sur le Mékong afin qu’elles soient vendues devant la ville, qui avait été prise au bout de quatre mois. Phraya Chakri quant à lui, avait vaincu Luang Prabang. L'invasion du Laos avait été un succès et les troupes siamoises étaient revenues en avril 1779 à Thonburi avec de nombreux prisonniers laotiens dont un grand nombre fut installé dans le district de Saraburi.

 

 

Ils avaient auparavant reçu l’ordre de Taksin, d’apporter  à Thonburi, le Phra Bang, la statue d’or très vénérée de Luang Prabang, ainsi que le Bouddha d’émeraude  de Vientiane. Taksin les accueillit à la tête d'une procession de 246 embarcations. Ils furent déposés au Wat Arun (temple de l'Aube). Le Bouddha d'Émeraude est depuis devenu l'emblème religieux de la Thaïlande. (Pour son histoire, Cf. (5))

 

 

 

 Le roi Taksin, un roi bipolaire  ?

 

 

Il faut savoir que durant son règne, le roi Taksin a connu de temps en temps  des  «désordres psychiques ». On dirait aujourd'hui  qu'il souffrait de  troubles bipolaires. (6)  Il oscillait entre des périodes d'exaltation, d'irritabilité extrême qui pouvaient conduire à des délires ou des hallucinations et des périodes de dépression, souvent entrecoupées par des périodes de stabilité. Un état maniaco-dépressif  qui pouvait l'amener à des actes très généreux ou cruels, plaçant ses interlocuteurs dans la crainte de ses décisions imprévisibles.

 

 

 

 

 

 

Il avait par exemple, nous raconte  Claire Keefe-Fox,  ordonné le viol en public, par ses rameurs et ses boxeurs, de deux de ses princesses qu’il aimait et de deux pages soupçonnés de relations adultères, avec les supplices qui s’ensuivirent. Il avait ensuite rassemblé toutes ses femmes et annoncé qu’il allait mettre fin à ses jours et avait demandé quelles étaient celles qui étaient prêtes à le suivre. Il devenait imprévisible, exalté, dangereux. Il passait ses journées en méditation ou se promenait incognito dans les marchés, à l’affût de la moindre rumeur, dans la peur, disaient certains, de perdre son trône. La confiance était ébranlée. Puis il retrouvait ses esprits et redevenait le général adulé.

 

 

Ainsi par exemple, en 1770, il avait  fait décapiter un marchand chinois de Chantabun, qui n’était pas venu assez vite le saluer; bien que celui-ci lui avait pourtant offert sa fille Ngoen et son fils Thong. Après la victoire de ses troupes au Cambodge en 1771, la santé mentale de Taksin s'était altérée. Il avait  de nouveau des accès de rage

 

 

Mais surtout cette fois-ci,  il avait déclaré devant le général en chef et ses officiers, et les mandarins de la Cour, qui allaient repartir renforcer les troupes de l’Ouest, que ses méditations et ses jeûnes l’avait amené au rang des divinités, un bouddha en devenir, avec de nouveaux pouvoirs. Et «Je suis maintenant en mesure de me transporter par les airs, et je pourrai donc, lorsque j’en aurai le loisir, venir voler au-dessus de vos têtes et m’assurer que vous faites mes volontés, et que vous combattez bien.» (In Keefe-Fox) Il avait poursuivi en les informant que leurs parts de butin rapporté du Cambodge leur seraient livrées, mais qu’il les invitait à renoncer aux possessions terrestres et suivre la voie de la sainteté. On imagine la  tête de tous les auditeurs. On pourrait bien sûr multiplier les exemples.

 

 

 

 

Terwiel confirme les décisions excentriques prises par Taksin, lors de ses audiences quotidiennes, que son chef conseiller vivait dans la peur. Claire Keefe-Fox nous dit que  la situation n’avait fait qu’empirer. Les mandarins, l’armée et le peuple subissaient en silence les brimades et tyrannies du roi, toujours dans ses dévotions successives en compagnie de deux ou trois bonzes et astrologues, ou apparaissant  pour proclamer «un nouvel impôt pour telle et telle confrérie de marchands ou guilde d’artisans», une nouvelle taxe, une nouvelle exécution.

 

 

Les conflits se multipliaient. Terwiel signale que Taksin avait déjoué une attaque navale vietnamienne dont l'intention était de prendre Thonburi. Mais il avait dénoncé une conspiration de plusieurs chefs vietnamiens résidant à Thonburi et en novembre 1780 avait exécuté 50 d'entre eux, et déporté d'autres à la frontière. Il avait fait arrêté et exécuté le moine Maha Da d'Ayutthaya, devenu trop indépendant et qui s'était octroyé des prérogatives royales en nommant des praya. Il entra également en conflit avec le patriarche qu'il rétrograda et avec de nombreux moines sur des questions de doctrine considérant comme une insulte que de simples moines osent lui donner tort.

 

 

Mais en 1781, les signes de «folie»  sont plus évidents. Il se prend pour un bodhisattva, fait fouetter les moines qui en doutent, et multiplie les exactions, faisant torturer, exécuter de hauts mandarins pour des raisons confuses. Tous ceux qui l’approchent finissent par craindre pour leur vie, et le mécontentement devient général.

 

 

La fin du roi Taksin en 1782. Rébellion, trahison, coup d'État et son assassinat.

 

 

Taksin avait envoyé un nouveau gouverneur à Ayutthaya  chargé de traquer tous les moines qui pourraient contester son pouvoir.  Mais beaucoup s'étaient révoltés en l'accusant  de piller les temples sous prétexte de lever l’impôt.  En mars 1782, le roi Taksin  avait alors « dépêché un de ses mandarins, Phra Sun (ou phraya  Sankaburi pour Wood)), pour l’arrêter, nous dit Claire Kee-Fox, ou pour restaurer l'ordre, car le gouverneur avait été tué, nous dit Terwiel.

Mais loin de mater la révolte, Phra Sun en profita pour organiser des troupes et marcher sur la capitale.

 

 

Assiégé, Taksin choisit de négocier son abdication pour son fils par l'entremise du nouveau Patriarche et  de ses deux maîtres en méditation Phra Wannarat et Phra Rattanamun, et de lui permettre de devenir un simple moine au Wat Chaeng.

 

 

Phraya Sun forma un gouvernement avec Chaophraya Mahakasatsuk, Phraya Ramanwong et Kromakhun Anurakongkhran, qui en serait devenu le chef. Mais Terwiel nous informe que ce ne fut pas si clair et que différentes versions s'affrontent.

 

 

Ainsi, il nous dit que Chaophraya Mahakasatsu'k (Chao Phraya Chakri?) ayant appris l'abdication de Taksin se déclara son successeur. Il demanda à Bunma d'isoler  Kromakhun Intharaphitak et envoya un message à son neveu, Phraya Surya Aphai, le gouverneur de Korat (Nakhon Rachasima) pour qu'il parte au plus vite pour contrôler la capitale. Il arriva  avec mille soldats siamois et laociens, moins de 15 jours après l'abdication de Taksin. Kromakhun Anurakongkhran alla au-devant livrer bataille mais fut vaincu et emprisonné.

 

 

La version de Wood dans son «Histoire du Siam» est plus clair; ce qui ne veut pas dire plus vraie. (7)

Phraya Sankaburi (Phraya Sun ), après avoir contraint Taksin à l'abdication et à prendre la robe de moine, prend donc la direction des affaires. Mais Phraya Surya Aphai, le gouverneur de Korat, ayant appris  la rébellion et le coup d'État a envoyé un message à Chao Phraya Chakri, qui était encore à Siemrap (Cambodge) avec ses troupes. En réponse, il lui demanda d'aller de suite avec ses soldats prendre la capitale avant son arrivée. Mais Phraya Sankaburi avait l'intention de se faire roi. Il utilisa le Trésor pour se faire des alliés. Il libéra le neveu de Taksin, le Prince  Anurak Songkram, lui fournit des troupes pour qu'il puisse affronter Phraya Surya Aphai, mais il fut vaincu, fait prisonnier, et une moitié de ses troupes se joignit aux troupes victorieuses.

 

 

Phraya Sankaburi constata que sa cause était sans issue et qu'il valait mieux être en bon terme avec Chao Phraya Chakri qui arriva à la capitale avec son armée. (mi-avril dit Wood, mais ce fut plutôt au début avril) Il fut reçu en triomphe, par les notables, et le peuple qui jubilait. Phraya Sankaburi ne pouvait que s'incliner devant l'homme le plus puissant du royaume. Chao Praya Chakri se fit couronner le  6 avril 1782.


 

 

 

(Ou sous les noms de Phrabat Somdet, Phra Ramathibodi Sri Sinthra, Maha Chakri Borommanat, Phra Phutthayotfa Chulalok the Great). Ou sous le nom plus connu de Rama Ier établissant la  dynastie Chakri actuelle.

 

 

Devant le danger que représentait  Taksin qui  avait encore des fidèles dans le royaume, la situation troublée au Cambodge  et une invasion birmane  imminente,  Chao Phraya Chakri écouta les avis de son Conseil et décida le lendemain, la mort de Taksin.  Il fut enfermé dans un sac de velours pourpre, et battu à mort à coups de batte de bois de santal. Phraya Sankaburi et ses complices furent également exécutés.

 

 

(Les restes de Taksin furent enterrés au Wat Bang Yireua Tai, puis déterrés et brûlés sous l'ordre de Rama Ier en 1785.)

                                      _______________________

 

Le roi Taksin  était mort. Il avait 47 ans.

 

Il avait reconquis Ayutthaya le 7 novembre 1767, soit  8 mois après sa chute, réorganisé la Cour, l’Etat, son clergé, son administration, et  sa culture, réunifié le pays, refondé le royaume du Siam, en lui  redonnant son prestige d’antan, vassalisant Chiangmai, Champassak,  les royaumes lao et une grande partie du Cambodge, en moins de 15 ans!

 

 

Il est devenu un héros national que l'on honore chaque année le 28 décembre (jour de son couronnement); et que l'on appelle désormais  «Taksin le Grand» (ตากสินมหาราช – Taksinmaharat)-, par décision gouvernementale depuis le 27 octobre 1981.

 

 

 

 

 

NOTES ET RÉFÉRENCES.

 

 

(1) 113. Le roi Taksin, «Taksin le Grand». (1768-1782).

http://www.alainbernardenthailande.com/article-113-le-roi-taksin-taksin-le-grand-1768-1782-122163306.html

 

114. Le roi Taksin, chef de l’État. (1768-1782)  (La cour, l’administration, le Sangha, et la culture.)

 http://www.alainbernardenthailande.com/article-114-le-roi-taksin-le-chef-d-etat-1768-1782-122246092.html

 

115.1 La représentation romanesque du règne du roi Taksin  (1767-1782). Selon le roman «Le Roi des rizières » de Claire Keefe-Fox, Plon, 2007.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-115-1-la-representation-romanesque-du-regne-du-roi-taksin-1768-1782-122246116.html

 

115.2  La représentation romanesque du règne du roi Taksin  (1768-1782). (Suite.)

http://www.alainbernardenthailande.com/article-115-2-la-representation-romanesque-du-regne-du-roi-taksin-1768-1782-122246151.html

 

 B. J. Terwiel, «Thailand's Political History, from the 13th to recent times», River Books Production, 2011. In Ch 3. Tumult and reform (1767-1782), pp. 54- 79.

 

W.A.R. Wood, A History of Siam, T. Fisher Unwin. 1926

 

(2) 10.5 Notre Isan Au Temps De La Rivalité Du Siam Et De L'Annam

http://www.alainbernardenthailande.com/article-10-5-notre-isan-au-temps-de-la-rivalite-du-siam-et-de-l-annam-72127678.htm

 

(3) 108. Le royaume thaï du nord, le Lanna. (1564-1939)

http://www.alainbernardenthailande.com/article-108-le-royaume-thai-du-nord-le-lanna-1564-1939-121187351.html

 

(4) Les Birmans avaient traversé le col des Trois Pagodes et étaient arrivés jusqu’à  25 miles de Thonburi. Ils avaient été repoussés par Bunma avec la petite force dont il disposait (Les troupes étant encore à Chiang Mai).  Les Birmans avaient alors pris Ratchaburi.  Bunma avait demandé des renforts. Taksin ne consentit qu’à dépêcher son fils, « ce curieux Kromakhun, un peu falot ».


 

 

 

Bref, il fallut attendre plusieurs mois, alors que chacun restait sur ses positions pour que Taksin décidât d’engager sa royale personne et « plus de 8.000 officiers et soldats, et 227 fusils et canons ». Devant les troupes assemblées, il s’étonna qu’ils avaient toujours besoin de lui pour vaincre, et qu’il récompenserait ou sévirait chacun selon ses mérites. Il fut plus explicite en promettant à ses soldats, qu’en cas d’échec à Ratchaburi, il ferait emprisonner leurs femmes et leurs enfants.

 

 

Ils vainquirent après des mois de siège et des combats acharnés, avec des maladies qui faisaient de nombreux morts. L’assaut final fut célébré par une pluie miraculeuse qui gonfla les rivières et leur permis d’encercler les Birmans par bateau.

 

 

Taksin était resté auprès de son armée, malgré sa mère mourante. « Il y avait des lunes et des lunes qu’on ne lui avait connu aucune de ses crises de rage.» Il offrit une sakdina considérable aux deux commandants birmans qui avaient acceptés de se mettre à son service.

 

(5) Pour l'histoire sur le Bouddha d'émeraude.

Cf. Notre article: http://www.alainbernardenthailande.com/2016/11/h-5-a-propos-du-boudha-d-emeraude-du-wat-phra-keo.html

 

(6) Taksin, bipolaire?

Le trouble bipolaire (ou trouble maniaco-dépressif, anciennement classifié sous les termes de psychose maniaco-dépressive (PMD) ou maladie maniaco-dépressive (MMD)) est un diagnostic psychiatrique décrivant une catégorie de troubles de l’humeur définie par la fluctuation anormale de l’humeur, oscillant entre des périodes d'élévation de l'humeur ou d'irritabilité (manie ou dans sa forme moins sévère d'hypomanie), des périodes de dépression et des périodes euthymiques. Plus rarement le trouble bipolaire peut se caractériser par une phase maniaque sans présence de phase dépressive. Les individus souffrant de trouble bipolaire peuvent également faire l'expérience d'épisodes mixtes durant lesquels les symptômes de manie ou d'hypomanie tel que l'excitation par exemple et les symptômes de dépression tel que la tristesse sont ressenties en même temps. Ces événements sont souvent entrecoupés par des périodes de stabilité. Chez certains individus, la dépression et l'excitation peuvent rapidement alterner. Un état maniaque très intense peut conduire à des symptômes psychotiques tels que les délires et les hallucinations. (Wikipédia)

 

 

(7) W.A.R. Wood, A History of Siam, T. Fisher Unwin. 1926

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