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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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6 juillet 2020 1 06 /07 /juillet /2020 22:59
A 375 - DES ENFERS BOUDDHISTES À L’ENFER DES CHRÉTIENS : LA  LÉGENDE DE PHRA MALAI

Les ouvrages contemporains et érudits ne s’étendent en général guère sur la cosmologie bouddhiste et de deux de ses éléments fondamentaux: les enfers et les paradis, au moins dans le bouddhisme Théravada (1).

 

 

ENFERS ET PARADIS BOUDDHISTES

 

Enfers et Paradis font l’objet d’une monumentale iconographie, peintures murales, bas-reliefs, affiches, parc de loisirs ou jardins des temples donnant une représentation souvent morbide de ces enfers, souvent effrayante de réalisme (2). Sous le titre « Le wat des enfers », notre ami de Chiangmai nous en livre un aperçu aussi érudit que remarquablement illustré (3).

 

 

Nous y voyons reproduisant, avec fertilité d’invention les châtiments que Bouddha réserve à ceux qui transgressent ses enseignements. Les lois divines ont deux sanctions: un châtiment pour les coupables, une récompense pour les vertueux; l’enfer pour les uns, le paradis pour les autres. L’homme est ainsi partagé entre deux mobiles : la crainte de l’enfer et l’espoir du paradis. Les prêtres savent faire appel à l’une ou à l’autre. Il semble qu’ils se soient adressé de préférence à la peur, les souffrances physiques et les spectacles de torture qui impressionneront plus fortement les masses que les scènes d’extase ou de béatitude, dont la compréhension exigerait une plus grande intellectualité des fidèles et sont au demeurant pour l’artiste beaucoup plus difficiles à rendre plastiquement.

 

 

 

La littérature est surabondante: les Thais croient à la  rétribution des actes et s'intéressent aux mondes des enfers et des cieux. Beaucoup de textes y font  allusion, tels le Traibhumiphraruang (ไตรภูมืพระร่วง) (4) 

 

 

...ou celui qui nous intéresse, le Phramalai sûtra (พระมาลัยสูตร) parmi les plus connus. Ils décrivent ce que sont les sanctions des bonnes ou mauvaises actions commises au cours d'une vie. Les dévots les acceptent comme réalité et croient à la véracité de ces écrits surtout lorsqu’ils sont dictés par de saints hommes – comme Phra Malai - qui avaient visité ciels et enfers, les 457 enfers et les 26 étages de paradis (5). Des extraits du Sutra sont toujours lus aux mariages et aux  cérémonies funéraires. Son texte a été reproduit pendant des siècles sur les samut khoi (สมุดข่อย) du XVIIIe et XIXe siècle, conservés dans les collections de la Thaïlande, du Cambodge, du Laos ou de la British Library.

 

Manuscrit siamois du XIXe siècle conservé au musée d'art siamois de Cagliari

 

 

Phramalai est présenté par ses nombreux mérites et de par ses connaissances savantes, comme débarrassé des souillures, son rayonnement est comparable à la pleine lune illuminant le ciel de sa clarté. C’est un Arahant, c’est-à-dire un Saint. Lors de sa visite dans les enfers, il y accomplit des exploits extraordinaires en provoquant une pluie rafraîchissante, en faisant éclater la grande marmite qui servait à faire bouillir les damnés, en rendant l'eau bouillante fraîche, sucrée et savoureuse, en faisant briser la kapokier sauvage et en faisant disparaître la montagne de charbons ardents qui grillait les damnés, ce qui aurait interrompu temporairement leurs tourments et leur aurait permis de demander au saint homme de rendre compte de leurs misères à leurs parents vivant sur la terre et de les encourager à acquérir des mérites en leur faveur afin qu'ils puissent renaître au ciel. Revenu sur terre, il fit  connaître  aux fidèles réunis autour de lui ce qu'il avait vu en enfer. Par la suite, lors de la visite qu'il fera au paradis, il y rencontra toutes les divinités et notamment le futur Bouddha, qui lui aurait révélé qu'il viendrait un jour sur terre pour y apporter le bonheur, mais qu'il ne pourrait y venir que si les hommes suivaient la loi du Bouddha (6).

 

 

Un détail historique n’est pas sans intérêt: Le grand roi de l’inde, Açoka, qui fut l’un des propagateurs du bouddhisme, avait un bourreau officiel chargé d’exécuter ses sentences de mort. Un jour, Tchanda Girika (c’était son nom) visitait un ermitage où un religieux lisait à ses frères un sutra sur les supplices de l’enfer. Quand il eut terminé sa lecture, le moine se tourna vers le bourreau du roi et lui dit : « Mets ces tortures en pratique, Tchanda ». Et le texte nous apprend, qu’à partir de ce jour, les condamnés du roi furent traités comme les coupables dans les enfers (7).

 

 

Toute cette iconographie bouddhiste sur les enfers provient de ces sutras et de leurs multiples versions. «Quand j’aurais cent bouches, cent langues et une voix de fer, je ne pourrais jamais dire tous les genres de crimes ni passer en revue tous les supplices, écrivit Virgile (8).

 

 

Encore celles qui sont représentées ne constituent qu’un choix parmi toutes celles que commettent journellement les hommes. Ce choix répond aux fautes les plus communément relevées ou dont la disparition est désirable. Nous y trouvons la calomnie, l’adultère des femmes (celui des hommes n’y figure point),

 

 

...le mensonge, le meurtre d’un homme ou d’un animal domestique, le meurtre de la femme sur son mari, l’infanticide, le mariage entre parents au degré prohibé, la concussion et la dilapidation des ressources de la communauté. C’est un mélange étrange de manquements aux préceptes religieux et de fautes d’ordre administratif ou social. 

 

 

Bornons-nous à quelques exemples suffisamment précis pour marquer l’esprit de la doctrine et constituant  le thème officiel auquel devront se conformer les artistes indigènes chargés de donner un corps aux révélations de Bouddha et de traduire, en particulier, ses idées sur l’Enfer. Cette liste n’est évidemment pas limitative (9). Lorsque les âmes des coupables ont expié dans l’enfer particulier qui leur avait été assigné, la faute qui les y avait conduites, il leur reste une ultime épreuve, qui est subie dans le dernier royaume des enfers. Elle consiste à franchir un pont jeté sur un fleuve et qui est parsemé de trappes béantes ; les âmes en règle avec leurs Juges passent sans difficulté; celles à qui reste encore une obligation à remplir, ne les peuvent éviter et s’abiment dans le fleuve, où elles continuent à expier.

 

 

Tout comme le pèsement des âmes, le symbole du pont-épreuve se retrouve dans de nombreuses religions antiques, large comme une route, mince comme un cheveu ou tranchant comme une épée. Une conclusion s’impose, qui n'est point écartée des idées générales de la doctrine bouddhiste sur la répression des fautes. Toutes leurs réalisations même les plus naïves, se rattachent côté aux principes essentiels des Sutras, traduction ad usum populi des visions de Bouddha, ils sont fidèles aux enseignements des prêtres et à la tradition de la subordination de l’art au dogme.

 

 

Les dévots continuent à y croire, comme s’ils avaient connu cette parole de saint Jean-Chrysostome dans l’un de ses sermons « Si quelqu'un revenait de chez les morts, tous ses récits seraient crus »... même s’il n’est pas inutile de rappeler ce mot de Cicéron, parlant des Enfers de son temps : « On ne trouverait pas dans Rome une vieille femme assez radoteuse pour s’effrayer encore du Tartare » (i.e. des démons).

 

A 375 - DES ENFERS BOUDDHISTES À L’ENFER DES CHRÉTIENS : LA  LÉGENDE DE PHRA MALAI

LA MIGRATION DES RÉPRESENTATIONS DE L’ENFER BOUDDHISTE CHEZ LES CHRETIENS. 

 

 

 

Nous avons abordé à plusieurs reprises la possibilité d’une migration du brahmanisme ou du bouddhisme et de son appréhension par l’Eglise qui a, qu’on le veuille ou non, canonisé Bouddha (10).  Il existe dans la représentation chrétienne de l’enfer des éléments troublants :

 

Certes, la conception bouddhique des enfers diffère de la conception catholique sur deux points principaux :

 

Ils ne sont pas éternels, tout comme notre purgatoire.

 

 

 

Ils sont multiples, chacun d’eux semblant assigné à l’expiation d’une catégorie déterminée de fautes.

 

L’éternité des peines est contraire à la doctrine de Bouddha mais la durée du séjour aux enfers atteint des chiffres stupéfiants pour une imagination européenne : elle serait d’au moins seize cents millions d’années, pendant lesquelles les âmes sont incessamment tourmentées, déchirées, broyées, brûlées.

 

 

 

Heureusement pour elles que l’intercession est admise chez les bouddhistes comme chez les catholiques et les offrandes aux Juges infernaux peuvent abréger la durée du séjour, comme chez nous les prières hâtent la délivrance des âmes du purgatoire. Ne parlons évidemment pas de la question des indulgences qui ne se vendent plus mais ne sont pas bannies dans l’église même postconciliaire.

 

 

Un point est sûr est que dans l’art thaï ancien, exactement comme en France au Moyen âge, l’art est subordonné au dogme et l'artiste au prêtre. Se pose alors évidemment la question des sources. Comme le Christ, Bouddha n’écrivit jamais rien. Toute leur action s’est exercée en paroles et leur enseignement, distribué dans leurs conversations journalières avec ses disciples qui furent après leur mort  recueillies par eux et consigné dans des récits, les Sutras ou les Évangiles, qui les reproduisirent avec une fidélité plus ou moins grande.

 

 

Nos cathédrales, disait Huysmans, sont les « Dictionnaires du Moyen âge » et les représentations de l’enfer s’y étalent, fresques, verrières et le plus souvent les tympans des portails. Quelles en sont les origines ? La doctrine évidemment. Mais quelle doctrine ? Pour le concile de Nicée, la composition des images religieuses n'est pas laissée à l’initiative des artistes : elle relève des principes posés par l’Eglise catholique et la tradition religieuse : « L’art seul appartient au peintre; l’ordonnance et la disposition appartiennent aux Pères » (11).

 

 

Nous retrouvons ces représentations des tourments de l’enfer dans les sculptures de nos cathédrales. De toutes les sources d'inspiration, l'Apocalypse de Saint Jean vient au premier rang suivie de l'évangile de Saint Mathieu ainsi qu'une floraison d'histoires naïves et légendaires ou apocryphes que l'on peut seules rattacher au bouddhisme. Le document qui paraît le plus ancien est l'Apocalypse de Saint Pierre. C’est un texte apocryphe chrétien en grec, probablement rédigé dans le premiers tiers du IIe siècle en Égypte, et attribué à l'apôtre Pierre. Le texte remonterait au règne de Trajan et pourrait être attribué à un Grec d’Alexandrie ?

 

 

Ce texte qui ne fut découvert qu’au XIXe siècle n’était pas connu directement au moyen-âge mais il l’était par un autre, la « Vision de St Paul », un texte qui remonte au moins au IVe siècle et qui était connu de Saint Augustin et Saint Epiphane. Ce texte fondamental appartient évidemment aux pieuses légendes composées à diverses époques avec l'intention d'encourager les chrétiens à la pratique des vertus en mettant sous leurs yeux  l’affreux tableau des tourments réservés aux méchants dans l’autre monde. Il est le récit de la visite de Saint Paul aux enfers sous la conduite de l’archange Saint Michel. Or, ces textes furent durant les premiers siècles du christianisme, considérés comme canoniques tout autant que l’Apocalypse de Saint Jean.

 

Manuscrit du XVIe siècle (Bibliothèque nationale)

 

 

L’auteur évidemment inconnu semble avoir collationné des traditions venues d’Orient. Par ailleurs, les Grecs devenus chrétiens avaient peut-être quelques peines à se débarrasser de leur vieille mythologie  et de se figurer un enfer différent de celui de leurs aèdes ? Nous savons avec certitude que le christianisme s’est répandu en Asie avant de l‘être en Europe et que des églises nestoriennes existaient aux Indes aux Ve ou VI siècles avant d’être martyrisées par l’arrivée des missionnaires portugais qui s’empressèrent d’importer l’inquisition (12). Le texte venu d’Orient, s’est ensuite répandu en Occident et il y fut accueilli avec ferveur.

 

 

Nous bénéficions d’une remarquable analyse de la totale péréquation entre la description imagée (sculpture ou fresques) des tourments de l’enfer dans nos cathédrales au vu des souvenirs qu’a rapporté Saint Paul de sa descente aux enfers (13). L’auteur, Paul  Gendronneau,  est un fervent catholique en symbiose avec la hiérarchie et n’a rien d’un sceptique comme Cicéron !

 

Comme nous l’avons dit plus haut, tout comme Phra Malai, Saint Paul est revenu de chez les morts, donc on le croit.

 

Descente de Saint Paul et de l'Archange Saint Michel aux enfers (Nicolas Poussin)

 

 

Nous savons que dans les deux régions la figuration de l’enfer fut sous la dépendance de la doctrine religieuse de l'époque : des Sutras d’une part, des livres canoniques, plus ou moins canoniques (Apocalypse de Saint Jean) ou apocryphes de l’autre (Apocalypse de Saint Pierre et vision de Saint Paul). Ont-ils entre eux une relation ? Nous retrouvons  la même affabulation naïve, la  même imagination mystique et tourmentée, les mêmes descentes aux Enfers, les mêmes complaisances dans l’invention des châtiments, les mêmes distinctions méthodiques des fautes, le même groupement des coupables en vue d'une application collective des peines.

 

 

Ces textes se sont-ils rencontré et comment ? Les deux religions ont été missionnaires, Jésus dit à ses disciples : « Allez et enseignez les nations », Bouddha tenait des propos similaires. Les intentions de Bouddha furent suivies et des missions s’organisèrent, qui se répandirent dans toutes les directions : au Ve siècle avant notre ère en Perse où elles furent bien accueillies par les mazdéens et rayonnèrent sur les régions voisines du Tigre et de l’Euphrate. En l’année 256, le roi indien Açoka envoie deux nouvelles missions à la conquête de l’ouest, l’une, chez Antiochus, roi de Syrie, l’autre, à la Cour des Ptolémée d’Egypte. Toutes deux se livrèrent à la prédication, pratiquant avec habileté sans crainte de transiger sur les doctrines ce qui les fait accueillir sans défiance et leur permit de s’insinuer sans bruit dans les habitudes religieuses des populations où elles s'installèrent.

 

 

En Galilée, les Juifs avaient  été au contact des peuples travaillés par les missions venues de la Perse et il est possible que la secte quasi-monacale des Esséniens ait été marquée par la morale de Bouddha ?  Ils passent pour avoir été des premiers à embrasser le christianisme et lui avoir fourni nombre de disciples de la première heure,  qui, vraisemblablement, ne rompirent point complètement, du fait même de leur conversion, avec tout leur passé, et cela d’autant moins que la morale bouddhiste n’avait rien d’agressif à l’endroit de la religion nouvelle.  La mission d’Egypte fut  favorisée. Depuis l’expédition d’Alexandre aux Indes, un courant d’échanges commerciaux s’était établi entre Alexandrie et l'Extrême-Orient. 

 

 

Des Grecs d’Asie-Mineure ou d’Egypte géraient des comptoirs aux Indes et des Indous s’installaient à Alexandrie qui était alors la capitale intellectuelle du monde, un bouillon de culture de toutes les connaissances.  Faut-il s’étonner que quelques principes moraux et quelques légendes bouddhistes soient  passés dans le christianisme naissant ? L’influence du bouddhisme chez les Esséniens au sein desquels se recrutèrent les premiers chrétiens, est une certitude (14).

 

 

Au proche Orient, berceau du christianisme, il s’est rencontré avec le bouddhisme.

 

 

Quand on vit au contact d’un adversaire, il est de bonne stratégie de chercher à le mieux connaître. Nos missionnaires au Siam furent tous des familiers du bouddhisme ! Il est dès lors plausible que l’un de ces hommes ait eu l’idée d'introduire dans la légende chrétienne des récits inspirés des sutras en les voilant sous le masque de Saint Pierre et de Saint Paul. Qui composaient alors l’église des  premiers chrétiens ? Les épitres de Saint Paul sont significatives, en dehors d’une seule adressée aux Romains, elles sont adressées aux Corinthiens, aux Galates, aux Ephésiens, aux Philippiens, aux Colossiens, aux  Thessaloniciens, à Timothée qui est en Macédoine, à Tite qui est en Crète et à Philémon qui est à Colosse. Nous n’y voyons que des Grecs ou des populations grécisées pour lesquels il fallut traduire les textes sacrés en grec. Tous ces Grecs par tradition  étaient imprégnés des considérations homériques sur le châtiment rigoureux des fautes, la roue enflammée d’Ixion,

 

 

le supplice de Tantale,

 

 

le rocher de Prométhée

 

 

ou celui de Sisyphe.

 

 

Face aux supplices horribles de la tradition bouddhiste, les premiers chrétiens ne disposaient guère que d’un verset de l’Apocalypse : « Mais pour les lâches, les infidèles, les êtres abominables, les meurtriers, les prostitués, les sorciers, les idolâtres et tous les menteurs, leur part sera dans l'étang brûlant de feu et de soufre : c'est la seconde mort » (15).

 

 

Voilà qui était bien léger si l’on peut dire par rapport aux mythes grecs et aux sutras. En concurrence avec le paganisme grec, il était délicat de lui emprunter son arsenal et plus commode d‘utiliser les sutras en les dissimulant sous la forme d’une apocalypse suivant et complétant celle de Saint Jean ou d’une descente aux enfers de Saint Paul. Si nous utilisions le grotesque jargon contemporain, nous parlerions de « fake news ». Il n’est d’ailleurs pas exclu que Dante qui écrivait au XIIIe siècle y ait puisé. Quand on parlait de lui à Florence à cette époque, on disait « Voilà l’homme qui revient de l’enfer ».

 

L'enfer de Dante vu par Boticelli 

 

 

 

Paul  Gendronneau (13) nous donne une longue liste de représentations de l’enfer dans nos cathédrales du moyen âge relevant essentiellement de la vision de Saint Paul, scènes sculptées le plus souvent sur le tympan, sur des verrières ou des fresques (16).

 

Manuscrit de la bibliothèque de Toulouse

 

 

En dehors de son ouvrage fondamental (11) Emile Male a consacré un grand nombre de monographies à de multiples monuments religieux romans et gothiques.

 

 

ET LE PARADIS ?

 

Il n’est pas absent de l’iconographie bouddhiste, nous en avons un exemple dans des affiches sous titrées toujours en vente dans les temples représentant des scènes extraites de l’une des innombrables versions du Phra Malay mais elle n’est certes pas de celles qui ont pu inspirer les artistes du moyen-âge. Ce n’est pas la conception chrétienne de paradis  (17) ! Nous devons cette publication au grand érudit et pieux lettré que fut Anatole-Roger Peltier

 

 

 

Nous ne sommes plus au moyen-âge et la tendance actuelle de l’Eglise n’est pas de nier l’existence de l’enfer comme le fit Cicéron mais d’insister sur l’infinie miséricorde du Christ qui a pardonné à la femme adultère.

 

 

Des propos du Pape François reproduits par un journaliste italien en 2018 selon lequel « l’enfer n’existe pas  » ont été férocement démentis par le Vatican.

 

 

 

Terminons sur cette citation attribuée à Aristote

 

 

Amicus Plato, sed magis amica veritas (18).

 

 

 

NOTES.

 

(1)

1-1 : Le remarquable « Dictionnaire du bouddhisme » de l’Encyclopédia Universalis (1999)  ne leur consacré qu’un modeste chapitre et encore ne concernant que le bouddhisme mahayana.

1-2 ; Le « Understanding thai buddhism » de Manich Jumsai (1998) est beaucoup plus prolixe (ISBN 0-685-25238-8).

 

 

(2) Un bon exemple en est le  wat patéwaphithak  (วัดป่าเทวาพิทักษ์) près de Roiét.

 

 

(3) https://www.merveilleusechiang-mai.com/wat-des-enfers-le-temple-of-hell

 

(4) Cette « cosmologie des trois mondes » aurait été écrite par le roi Lithai  vers 1345. Elle a été traduite par Coédès en 1973 et sa datation a fait l’objet d’une très savante étude de Michael Vickery « A NOTE ON THE DATE OF THE TRAIBHUMIKATHA » dans le Journal de la Siam society , 1974-2.

 

 

(5) Les 457 enfers bouddhistes

Les grands enfers sont au nombre de huit, et chacun d'eux est entouré de seize enfers secondaires, ce qui fait un total de 136 enfers. Chacun des huit grands enfers qui se présente sous la forme d'un carré  est entouré de quatre enfers ussada  naraka (อุสสุทนรก) de chaque côté intérieur et de dix enfers de chaque côté extérieur, ce qui fait 456 enfers. En en rajoutant un autre situé à la limite de l'univers, nous avons donc un total de 457 enfers. Renaissent dans ces enfers ceux qui, dans le monde des hommes, ont suivi dix voies  d'actions mauvaises : trois par le corps (meurtre, vol, luxure), quatre par la bouche (mensonge, parole injurieuse, calomnie, discours frivole), et trois par l'esprit (vision incorrecte, malveillance, convoitise). Suivant la nature  des fautes commises, les êtres renaissent d'abord dans les grands enfers puis dans les enfers secondaires où ils « éprouvent des sensations atroces, douloureuses, intenses, âpres, amères, et ils ne meurent pas tant que [les fruits de leurs actions n'ont pas été entièrement consommés ».

 

 

Les 26 étages des paradis bouddhistes.

Ils sont divisés en vingt-six étages, les six premiers sont ceux du « monde du désir » et les vingt autres sont ceux du « monde de Brahman », dont seize du « monde de la forme » et quatre du « monde sans forme » où ne subsiste que l'esprit.  Renaissent dans les « six mondes du désir » ceux qui ont accompli diverses actions méritoires et dans le « monde de Brahma », ceux qui, dans le monde des hommes,  ont atteint grâce à la méditation les différents degrés de la sainteté.

 

 

 (6) L'histoire de Phra Malai est tiré du Phra Malai Sutra, livre qui aurait été écrit par un bonze de Ceylan en pâli en 1153 et réédité par un bonze de Chiengmai au XVIIIe siècle. Le plus ancien manuscrit connu date de 1516. Voir P. Schweisguth « Étude sur la littérature siamoise ». Paris, 1951, p. 128-129). 

 

 

(7) « Il y a des êtres, ô Religieux, qui renaissent dans les Enfers. Les gardiens des Enfers, après les avoir saisis et les avoir étendus sur le sol formé de fer brûlant, échauffé et ne faisant qu'une seule flamme, leur infligent le supplice qui consiste à être enchaîné en cinq endroits. Ces malheureux marchent avec leurs mains sur deux barres de fer ; ils marchent des deux pieds sur une barre de même métal ; ils marchent avec une barre de fer au travers du cœur. Car les Enfers, ô Religieux, sont remplis de souffrances, et ce sont là les cinq supplices qui y sont infligés. Mets ces tortures en pratique, dit-il à Tchanda Girika ; et celui-ci se mit à infliger aux criminels ces diverses espèces de supplices et d'autres semblables ». (Emile Burnouf : « Introduction à l'histoire du buddhisme indien » 1876).

 

 

(8) L'Enéide, livre VI.

 

 

(9)

1) Meurtre : Les femmes qui ont tué leurs maris sans intention de se remarier sont enchaînées et traînées par les démons jusqu’à un brasier qui les consume; Les femmes meurtrières de leur mari pour contracter un nouveau mariage sont plongées dans une chaudière d’huile bouillante.

Les assassins ordinaires sont ou bien suspendus à une potence et fortement bâtonnés par des démons, qui les mettent ainsi à mort ou bien écrasés sous une presse de pierre; Les hommes qui tuent des animaux domestiques appartenant à autrui ont la tête fendue à coups de hache. 

2) Vol : Les voleurs de bœufs ont la tête fendue à coups de hache.

3) Mensonge : Les menteurs et les trompeurs sont précipités sur des planches garnies de lances en fer ou bien ont la langue arrachée avec une tenaille; Ceux qui ont trompé leur maître ou leur ami pour en tirer un bénéfice se voient enfoncer un clou dans le ventre. 

4) Adultère : Les femmes adultères sont sciées de haut en bas comme un tronc d’arbre un fil noir. 

5)  Divers : Les femmes coupables d’avortement sont plongées dans un fleuve de sang où elles circulent ayant sur la tête une bassine pleine de sang.

Les ravisseurs de femmes mariées sont précipités dans le fleuve des enfers où des serpents les dévorent.

Les personnes qui contractent mariage malgré leur parenté ont le pied coupé.

Les gens coupables de trahison envers la patrie sont découpés en petits morceaux ;

Les oppresseurs du peuple sont brûlés dans un fourneau.

Les concussionnaires ont le ventre ouvert et leurs entrailles sont jetées aux chiens.

Les dilapidateurs des vivres de la communauté sont précipités dans des mortiers et pilonnés.

 

(10) Voir nos articles

A 211- L’ÉGLISE CATHOLIQUE A-T-ELLE CANONISÉ PAR ERREUR BOUDDHA EN 1583 ?

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/02/a211-l-eglise-catholique-a-t-elle-canonise-par-erreur-bouddha-en-1583.html

A 287- LES JATAKAS BOUDDHISTES ONT-ILS MIGRÉ VERS LES FABLES D’ÉSOPE ET CELLES DE LA FONTAINE ?

http://www.alainbernardenthailande.com/2018/11/a-287-les-jatakas-bouddhistes-ont-ils-migre-dans-les-fables-d-esope-et-celles-de-la-fontaine.html

 

(11) Il faut évidemment consulter l’étude fondamentale d’Emile Male toujours rééditée : « l'Art religieux en France au XIIIe siècle, étude sur l'iconographie du Moyen Âge et sur ses sources », 1899.

 

 

(12) Voir notre article A 334 - L’ÉVANGELISATION DU SIAM – HISTOIRE D’UN ÉCHEC :

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/10/a-334-l-evangelisation-du-siam-histoire-d-un-echec.html

 

(13) Paul  Gendronneau « De l'influence du bouddhisme sur la figuration des enfers médiévaux ».

 

(14) Voir André Dupont-Sommer « Essénisme et Bouddhisme ». In: Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 124 année, N. 4, 1980. pp. 698-715.

 

 

(15) Chapitre XXI verset 8.

 

(16) Portails des basiliques gothiques d’Amiens, de Bourges, de Reims, de Rouen,  de Chartres, de Saint-Trophime d’Arles  portail de Bourges, de Notre-Dame de Paris ou de la Sainte- Chapelle,  de Chartres, de l’abbatiale de Sainte- Foy de Conques, de Saint- Maclou à Rouen, de  Saint-Dézert à Chalon-sur-Saône, du  portail central de la cathédrale de Nantes. Si beaucoup de fresques ont disparu, il subsiste celles de la Collégiale de Saint Junien (Haute Vienne)  et  surtout celles de la cathédrale Sainte-Cécile d’Albi. Pour les vitraux dont beaucoup ont disparu, subsiste néanmoins la rosace du jugement dernier à Chartres ou une autre autre à Strasbourg

 

Cathédrale de Strasbourg

 

 

Il subsiste également quelques précieux manuscrits dont celui de la bibliothèque de Toulouse :

Le passage du pont : 

 

 

Le supplice de la roue

 

(17) Anatole-Roger Peltier : « Iconographie de la légende de Brah Malay » In: Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient,   Tome 71, 1982. pp. 63-76.

Cette image illustre un passage suivant du Phra Malai :

 « Ceux qui naîtront à l'époque où le futur Bouddha donnera son enseignement vivront 80 000 ans. A ce moment-là, il pleuvra tous les quatorze jours, à minuit. Les hommes vivront dans l'abondance, les rivières auront un volume d'eau toujours égal, les fleurs s'épanouiront suivant les saisons et ce, jusqu'à l'éternité. Les hommes vivront proches les uns des autres. Il n'y aura pas de voleurs, ils vivront dans l'abondance de  nourriture, de biens, de pierres précieuses et de bijoux d'or. Maris et femmes se comprendront mutuellement et ne se querelleront plus. Les êtres jouiront d'un bonheur divin, ils n'auront pas à travailler la terre ou à faire du commerce, les femmes n'auront plus à filer le coton, car ils s'habilleront avec des vêtements divins, les ministres observeront les dix préceptes de la Loi et n'exerceront pas de pressions sur la population. Ils n'auront que de la compassion. Les animaux tels que corbeaux et hiboux, chats et souris, serpents et mangoustes, tigres et bœufs, vivront en amitié dans l'observance des préceptes, se nourriront d'aliments divins, seront riches. La terre sera plate comme la face du tambour de la victoire, dépourvue de pieux tranchants ou d'épines pouvant causer des blessures. Tous les hommes seront beaux et propres. Il  n'y aura pas de muets, de fous, d'aveugles, d'estropiés, de nains et de bossus. Quand ils se verront, ils auront de part et d'autre un sentiment plein de compassion, ils vivront dans un bonheur éloigné de toute souffrance, maladie et danger ».

 

 

(18)  Φίλος μεν Πλάτων, φιλτέρα δε ἀλήθεια : « Platon m'est cher, mais la vérité m'est encore plus chère ».

 

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