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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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16 juillet 2020 4 16 /07 /juillet /2020 07:06

 

 

UNE DYNASTIE DE 10 ROIS, DE RAMA I À RAMA X.

 

 

Nous avons vu dans l'article précédent dans quelles circonstances Thong Duang   devenu « Chao Phraya Chakri Maha » fut amené à prendre le pouvoir avec  la décision d'exécuter le roi Thaksin le Grand (1768-1782) (1). Il ne pouvait deviner -bien sûr- qu'il serait le fondateur d'une dynastie, la dynastie Chakri, qui verrait se succéder jusqu'à nos jours (2020) 10 rois qui prirent le nom dynastique de «Rama» à partir d'une décision du roi Rama III.(2) Nous avons consacré plus d'une centaine d'articles dans «Notre» Histoire de la Thaïlande à ces rois et aux principaux événements qui ont marqué le Siam, devenu la Thaïlande en 1939. Ce changement dynastique fut aussi l'occasion de la fondation de Bangkok comme capitale du royaume.

 

 

 

Vous comprenez qu'il ne s'agit pas ici de vous en proposer une synthèse -tâche impossible dans le cadre d'un article- mais  d'évoquer ce qui nous semble le plus important, en sachant qu'il y a «diverses manières de concevoir les périodisations: les continuités, les ruptures, les façons de penser la mémoire de  l’histoire» (Le Goff) (3), et qu'elles varient dans le temps, en fonction des pouvoirs en place, des idéologies, des auteurs, et des nouvelles sources trouvées, en se rappelant que face aux puissances coloniales anglaise et française, à partir du roi Mongkut, les Thaïs ont dû écrire leur Histoire, avec leurs mythes, leurs symboles, leurs héros, pour magnifier leurs rois et légitimer leur grande Nation. (4)

 

 

Toutefois, on distinguera  7 périodes.

 

 

La première va de 1782 à 1824. Elle concerne les deux  premiers rois de la dynastie:   Rama I le fondateur (1782-1809) et Rama II (1809-1824), que nous allons introduire infra dans cet article.

 

 

 

 

La seconde avec Rama III (1824-1851). Il connaît la nouvelle situation géopolitique du Siam au début de son  règne marqué par la mainmise anglaise sur une partie de la Malaisie et de l’Indonésie, avec la création de Singapour (1819), l’occupation de Malacca et le sud Sumatra. (Cf. le traité de Londres de 1824).

 

 

 

Une rivalité anglo-siamoise sur les États malais du sud ne pouvait que naître, surtout après  que Rama II ait envahi  le Kedah en 1821 et créé le sultanat de Perlis en le détachant de celui de  Kedah. Le colonisateur britannique avait des vues sur les mines d’étain de l’État voisin du Perak.  Leurs différends seront réglés avec le traité dit de Burney le 20 juin 1826, avec en annexe un accord commercial (Il faut dire que les Anglais venaient de vaincre les Birmans, les « ennemis » des Siamois), qui  fut suivi en 1833 par un traité d’amitié et de commerce avec les Américains ou traité Roberts. (Pour faire contrepoids aux Anglais). Au nord, le roi lao Anouvong, de Vientiane, crut alors que le moment était bien choisi pour attaquer le roi du Siam, mais  les conséquences seront terribles pour ce royaume, avec la capitale rasée et tous ses habitants déportés en « Isan ». (1826-1828).

 

 

 

La troisième  de 1851 à 1910, avec  le roi Mongkut (Rama IV,1851-1868) et le roi Chulalongkorn (Rama V,1868-1910).

 

 

 

 

Le roi Mongkut s’ouvre à l’occident (sa science, ses langues, l’éducation européenne de ses enfants, etc).

 

 

 

 

Il est  le roi de transition entre le Siam ancien et le Siam moderne qu’inaugure le roi Chulalongkorn (Rama V,1868-1910) qui lui, s’inspirera de l’Europe, aidé par des centaines de conseillers occidentaux pour transformer son pays et en faire un État moderne.  (Un État centralisé avec des fonctionnaires, création de l’éducation nationale, abolition de l’esclavage, code pénal, etc.). Les lettres  qu'il envoie depuis  l'Europe (1897 et 1907), révèle un roi ouvert, curieux de toutes les nouveautés, de tous les savoirs, de la technique, et même de son art de vivre. Il y enverra presque tous ses fils y étudier.

 

 

 

(Le futur Rama VI recevra une éducation anglaise pendant 11 ans ; Le futur Rama VII étudiera également en Angleterre, (À Eton Collège et à l’Académie militaire de Woolwich, et en poste à l’Artillerie Royale  basée à Aldershot). Il sera de bon ton désormais pour la famille royale et les élites d’y envoyer leurs enfants ).

 

Ces deux rois doivent affronter les puissances coloniales anglaise et française. Les accords commerciaux  et les différents traités signés  résultent des rapports de force de  la période considérée,  (Cf. Nos articles sur ces traités : Le traité « Bowring » de 1855 entre le Siam et la Grande-Bretagne ; Le traité de 1856 entre la France et  Rama IV. (1851-1868) ; Les Traités de 1867, de 1893, et de1907, entre le Siam et la France. (5))

 

 

 

La quatrième période avec Rama VI (1910-1925)  conjugue le modèle « occidental » et le modèle « siamois ».

 

 

 

 

Après avoir fait toutes ses études en Angleterre, le roi Rama VI (poète, écrivain, traducteur de Shakespeare )  poursuivit les réformes de son père (Imposa les noms de famille ; rendit l’école obligatoire et gratuite ;  fonda la 1ère université de style « occidental , mit fin au régime des capitulations au Siam en 1925).  Il mettra en place une politique  nationaliste et prendra surtout la décision historique le 22 juillet 1917, de déclarer la guerre à l'Allemagne et à l'Autriche-Hongrie,  qui aura comme principale  conséquence pour le Siam de devenir en janvier 1920, un des membres fondateurs de la Société des Nations, assurant ainsi une garantie internationale pour l’indépendance et  l’intégrité du Siam.

 

 

 

 

 

Mais la  période la plus marquante pour la dynastie Chakri est causée par  l'événement majeur du coup d’État du 24 juin 1932 avec l’instauration de la monarchie constitutionnelle,  qui  conduisit le roi Rama VII  à abdiquer le 2 mars 1935.

 

 

 

Il fut donc le dernier souverain absolu et le premier de la monarchie constitutionnelle, qui impliquait  que son pouvoir était défini dans une constitution  et que désormais la politique du pays serait menée par un  gouvernement présidé par un 1er ministre.

 

 

 

 

Mais déjà à la veille du coup d’État de 1932, la société siamoise n’était plus la société traditionnelle du XIXe siècle, à cause du développement d’une économie monétaire et d’une classe de fonctionnaires et de militaires qui vont transformer le pays.(6) et (7)

 

 

(En précisant que la dernière constitution a été promulguée en 2017 et est la vingtième loi fondamentale thaïlandaise depuis la fin de la monarchie absolue en 1932, et qu'il y a eu à ce jour 37 premiers ministres, Le dernier, Prayut chan-ocha, en fonction depuis  le 25 août 2014. Premiers ministres issus d'élections (parlementaires ou nationales) ou de coups d'État militaires (8). Le dernier coup d'État militaire du 22 mai 2014  fut dirigé  par le général Prayut chan-ocha, Commandant en chef de l'Armée royale thaïlandaise.)

 

 

 

 

 

La sixième  période avec Rama VIII (1935-1946)   et le long règne de son frère Rama IX (1946- 2016).

 

 

Rama VIII   ne régnera en fait que 5 mois. (De fin décembre 1945 au  9 juin 1946). A son abdication,  Rama VI cède son trône à son neveu Mahidol, le fils de son frère, le prince Mahidol Adulyadej, mais il  n'a pas encore 10 ans. Son père est mort en 1928 et il vit avec sa mère et frère et sœur à Lausanne depuis 1933. il ne visite son pays qu'en 1938 et ne s'y installe qu'après la Seconde Guerre mondiale en décembre 1945. II meurt le 9 juin 1946 à l'âge de 20 ans, dans des circonstances tragiques à la suite d'un « accident » avec une arme à feu. Pridi a été nommé Régent en 1941, autant dire que son action royale a été quelque peu limitée.

 

 

 

 

Ce qui -évidemment- ne sera pas le cas de son frère Rama X  (1946-2016) qui va  régner  70 ans, mais ne sera couronné que le 5 mai 1950, après avoir terminé ses études en Suisse.

 

 

 

 

Nous verrons qu'en 70 ans, son rôle évoluera au fil des «événements» politiques, des constitutions, des 27 premiers ministres,  des 19 coups d’État, dont 12 qui ont abouti à un régime militaire, et des manifestations sanglantes en 1973, 1976, 1992 et 2010, pendant lesquelles le roi aura des attitudes différentes. (En 1973 et en 1992, le roi joue un rôle clé dans la transition de la Thaïlande vers un système démocratique en forçant les représentants de camps ennemis à trouver un accord.)

 

 

S'il n'a alors qu'un rôle cérémonial pendant  le pouvoir dictatorial  du maréchal Phibun (1948-1957),

 

 

 

 

le maréchal Sarit (1959 -1963)  redonnera au roi un rôle central,

 

 

 

 

.....qui va assister à des cérémonies publiques, visiter des provinces et de nombreux villages, initier des projets de développement et devenir  un roi aimé  devant lequel on se prosterne, aidé -il est vrai—par une propagande efficace (Sa photo partout, un reportage quotidien télévisuel saluant ses actions, l'obligation de se lever après chaque film au son de l'hymne national, etc.)   et  une loi de lèse-majesté qui punit durement toute critique du roi et de la famille royale. Avec  le premier ministre Général Prem Tinsulanonda (1980–1988) la relation entre la monarchie et le gouvernement sera  à son apogée. (Prem deviendra son Conseiller et Président du Conseil privé du roi). Il multipliera les projets démontrant l'économie d'auto-suffisance alimentaire, développera des fermes modèles et des centres d'apprentissage.  Dans les dix dernières années affaibli par l'âge et la maladie,  il sera de moins en moins présent sur la scène publique. S'il sera difficile de discerner son action politique (Cf. Son soutien à certaines dictatures), nous verrons que ses activités pour améliorer le sort de ses sujets les plus pauvres furent prolixes.

 

 

 

 

Enfin la dernière période qui commence avec son fils Rama X, qui devient le nouveau roi,  le 1er décembre 2016.

 

 

 

 

Après avoir fixé le cadre,  il est temps de vous présenter les dix Rama de la dynastie Chakri en commençant par Rama 1er(1782-1809) et  Rama II. (1809-1824)

 

 

Rama 1er (1782-1809), « Roi, chef de guerre, défenseur de la foi, législateur et poète. », avions-nous mis en sous-titre. (9)

 

 

 

 

Nous avons vu qu'avant de prendre le pouvoir le 6 avril 1782 en mâtant un coup d'État et en faisant exécuter le roi Taksin, Thong Duang, avait été nommé gouverneur de Ratchaburi en 1758 par  le roi Ekatat et avait  participer auprès de Taksin le Grand à la libération du Siam pour devenir l'un de ses généraux et ministres  les plus précieux. Il était devenu « Chao Phraya Chakri Maha », le guerrier le plus prestigieux, avec son jeune frère Bun Ma devenu Phraya Surasi, qu'il fera son successeur.

 

 

 

 

(Ils avaient -entre autres-  participé à la libération d'Ayutthaya,  à de nombreuses batailles  au Cambodge, libéré le Lanna en 1774 des Birmans, conquis  les royaumes laotiens (Vientiane, Luang-Prabang, Champassak) en 1778.)

 

 

Dès son accession au pouvoir, pour des raisons  stratégiques, il avait fondé officiellement la nouvelle capitale Bangkok, le 21 Avril 1782.

 

 

 

 

Le roi Taksin avait dû affronter les Birmans, il en sera de même pour Rama 1er.

 

 

En 1785-1786 les Birmans avaient  envoyé neuf armées d’invasion par le Lanna et le Nord. Rama Ier lui-même était intervenu et avait libéré Lampang. Les Birmans avaient contre-attaqué par Ranong, Nakhonsithammarat et Phuket et avaient réussi  à s’emparer de Songkhla et de Phatthalung  mais furent mis en fuite par les habitants sous la direction du moine guerrier Phra Maha. Le roi birman Bodawpaya  revient l’année suivante à la tête d’une armée unique mais fut de nouveau défait. En 1787, encore maîtres de Chiengsen et Chiengrai, ils attaquèrent Lampang et Pasang mais seront défaits par une armée conduite par le prince héritier. La même année, les Siamois vont attaquer Tavoy, sans succès, mais le gouverneur de Tavoy se révolta contre le roi de Birmanie en 1791, et jeta son pays sous la main siamoise. Cela conduit à une autre guerre en 1793 au cours de laquelle les Siamois tentèrent en vain d'envahir la Birmanie, et Tavoy  fut alors repris par les Birmans.

 

 

 

 

En 1797 encore, les Birmans vont lancer une attaque sur les provinces du Laos. Ils réussissent à atteindre Chiengmai, capitale du prince Kawila mais ils sont écrasés à Chiengsen. En 1802, les Birmans seront définitivement chassés de Chiengsen, leur dernier bastion dans le nord du Siam. Conformément à leurs néfastes errements, Chiengsen a été dépeuplée et réduite à des ruines.

 

 

De même parallèlement, Rama 1er devra, comme au temps du roi Taksin, intervenir de  de nouveau au Cambodge  et au Vietnam en 1784-85.

 

 

Le roi Ang Non II du Cambodge  a été déposé en 1779 et le trône donné à son fils, le jeune Ang Eng. Mais il n'a que 7 ans. Rama Ier le fit déporter à Bangkok, où il en fit son fils adoptif en plaçant au poste de régent un féal, Chao Phraya Abhaya Bhubet qui gouverna le Cambodge comme un proconsul siamois, jusqu'à ce que Ang Eng puisse remonter sur le trône à sa majorité.

 

 

 

 

Au Vietnam, en 1784-1785, le dernier des Nguyen sollicita l’aide de Rama Ier pour s’emparer du trône alors aux mains des frères Tay Son. Mais la flotte conjointe des Nguyen et des Siamois fut défaite dans la bataille de Rach Gam Xoai Mut le 20 janvier 1785 dans le delta du Mékong et les Nguyen trouvèrent refuge au Siam. La dynastie fut toutefois rétablie en 1802 et régna jusqu'en 1945.

 

 

 

 

Mais si le  roi Rama 1er réussit à battre les Birmans, contrôler la situation au Cambodge, il fut aussi un roi bouddhiste,  législateur et  écrivain.  

 

 

Six ans après son accession au pouvoir, il réunit un concile comportant 250 moines ou hommes de loi qui travaillèrent pendant six mois à reconstituer les textes sacrés en langage sacré, le pali, un ensemble de 45 volumes in octavo de chacun 500 pages qu'il fit publié en 1788.

 

 

 

 

A la suite d’une banale affaire judiciaire dont le roi avait été saisi en dernier ressort, il s’aperçut que sa justice avait rendu une décision inique mais fondée sur des textes anciens bien réels. Il  décida alors de faire procéder à une révision générale du corpus législatif.  Il convoqua un « concile » qui du 31 janvier 1805 au 16 décembre produisit pas moins de  41 volumes. (10)

 

 

 

 

Mais il eut soin aussi de faire revivre la « littérature nationale » dont l’essentiel avait été détruit par les Birmans lors du sac d’Ayutthaya en 1767. Il fit effectuer par ses lettrés un immense travail de recension de la littérature de l’époque d’Ayutthaya fondée soit sur la tradition orale soit sur les manuscrits qui pouvaient subsister, dormant dans les bibliothèques des temples et écrivit lui-même. L’essentiel de son œuvre écrite est une version du «Ramakian» (รามเกียรติ์) publiée en 1798 et est encore considérée comme l'un des chefs-d'œuvre de la littérature thaïe.

 

 

 

Le roi mourut d’une brève maladie le 7 décembre 1809 à l’âge de soixante-douze ans. Il avait régné 27 ans. Son frère  Bun Ma devenu Phraya Surasi, nommé comme Uparat,  ayant décédé en 1803, son fils aîné lui succéda. ( En 1782, son père devenu  roi  lui avait accordé alors le titre de Prince Itsarasunthon et en 1806, l'avait nommé Uparat (Prince héritier).  (11)

 

 

 

Rama II. (1809-1824) (12)

 

 

 

 

Rama II devient roi à 42 ans. A peine sur le trône, il doit faire face  à une révolte ourdie par Kasatranuchitn, dernier survivant mâle et le plus jeune de la nombreuse progéniture du roi Taksin qui se prétendait héritier légitime et une sœur de Taksin. La révolte est réprimée  par le prince Tap, fils aîné du roi né de ses amours avec sa concubine. (Et futur roi Rama III). En remerciement son père le nommera  krommuang, équivalent de ministre des affaires étrangères.

 

 

Il doit aussi  envoyer  son oncle, le prince Senurak (fils de Rama I et de la reine Amarindra) repousser une nouvelle invasion des Birmans à  Chumpon et Phuket. Ce sera  la dernière tentative d’invasion birmane au Siam. Les Birmans devront désormais affronter les Britanniques dès 1824.  

 

 

(Lors de trois guerres: celle de 1824–26, qui aboutit au traité de Yandabo signé le 24 février 1826, par lequel  la Birmanie cédait aux Britanniques Manipur et les provinces de l'Assam, de l'Arakan et du Tenasserim, celle de 1852 et enfin celle de 1885 qui se concluait par l'annexion et la fin de la dynastie Konbaung.)

 

 

 

 

 Il «régna paisiblement  pendant 14 ans », nous dit Monseigneur Pallegoix.

 

 

Rama II  va s'ouvrir lentement à l’étranger et à l’Occident.

 

 

En 1810, il envoie une ambassade auprès de l’empereur de Chine Jiaqing (de la dynastie Qing) probablement pour un acte d’allégeance.

 

 

 

 

Mais le premier contact formel du Siam avec l’Occident sera l’envoi d’une ambassade du gouverneur de Macao en 1818  menée par Carlos Manuel da Silveira qui aboutit à un accord commercial en 23 articles. Aux termes de cet accord, Carlos da Silveira fut nommé consul en 1820, et fut le premier consul occidental au Siam, avec droit de hisser son drapeau national sur les locaux du consulat.

 

 

 

 

ll n’en fut pas de même pour l’ambassade britannique Crawfurd, envoyée par le Gouverneur Général de l’Inde, M. le marquis d’Hastings, basé à Calcutta.  M. Crawfurd fut certes reçu par le roi en avril 1822, mais il ne fut pas entendu. Ce sera un échec retentissant. Elle repartira mi-juillet 1822 pour  la Cour de Hué, où elle subira l’affront de n’être même pas reçue par le roi. 

 

 

Rama II avait sans doute été étonné que cette ambassade lui proposât un traité de commerce, alors que l’année précédente  le Siam avait envahi le  Kedah et crée le sultanat de Perlis en le détachant de Kedah, qui était auparavant soumis à la suzeraineté conjointe du Siam et du sultanat d’Aceh. (Les Anglais s'étaient installés dans le sultanat de Seberang Perai en 1798 et  à Singapour, en 1819)

 

 

 

Rama II fut comme son père,  un bouddhiste pieux et un artiste.

 

 

Bouddhiste dévot, il surveillait attentivement la morale de ses sujets, de ses fonctionnaires et des membres de sa famille sans favoriser personne : De nombreux décrets royaux prévirent des peines sévères (de dures flagellations au rotin) contre les joueurs, notamment ceux qui organisaient ou participaient à des combats de coqs ou de poissons.

 

Il relança en 1818 les cérémonies religieuses du Wisaka Bucha, et fit  traduire le Tripitaka bouddhiste du pali en thaï pour que les dévots comprennent ce qu'ils récitaient, continuant en cela l’œuvre de son père. Il envoya une mission de moines au Sri Lanka pour y étudier le bouddhisme.

 

 

 

 

Il fut bâtisseur comme ses prédécesseurs et fit  construire de nombreux temples. Il aurait sculpté de ses mains la grande statue de Bouddha dans la chapelle du « temple de l’aube » à Bangkok , le Wat Arun dont il commença la construction qui se termina sous le règne de Rama III.

 

 

Le musée national conserve nombre de ses sculptures, masques ou monstres provenant de l'épopée du Ramayana. Il a également continué la construction commencée par son père et terminée par son successeur du Wat Suthat thepwararam  dont les sculptures polychromes des portes seraient également faites de ses mains.

 

 

 

Mais il fut également  un artiste, un poète et protecteur des poètes.

 

 

Sous son règne, à l’écart des guerres permanentes qui assombrirent celui de son père, les poètes bénéficièrent de sa royale protection, lui-même étant un poète raffiné. Malheureusement  sa production poétique n'a pas été traduite. Nous ne connaissons que celle de Sunthom Phu (1786-1855), son favori, qu'il avait intégré à son Comité de poètes-conseillers,  dont une partie a été traduite en français. (Cf. Notre article  sur « Sunthorn Phu (1786-1855). L’un des plus grands  poètes thaïlandais». (13) )

 

 

 

 

 

L'œuvre poétique de Rama II est importante : il continua l’adaptation pour le théâtre et pour la danse du Ramakian commencée par son père. Il était également un musicien accompli, jouant, dit la tradition, à la perfection du violon à trois cordes et auteur à la suite d’un rêve d’un hymne à la lune qui fut l’hymne national jusqu’en 1913. En 1968, l’UNESCO le déclara pour son œuvre culturelle « World Heritage Person » que l’on peut traduire par « personne appartenant au patrimoine mondial ».

 

 

Il meurt  subitement à 58 ans le 21 juillet 1824. Il n’y avait pas eu d’Uparat désigné.  Le trône aurait du revenir au fils de la Reine Sri Suriyen, le prince Mongkut alors âgé de 20 ans, mais son demi-frère aîné, le prince Tap, devenu เจ้าอยู่หัว Chao Yuhua, beaucoup plus âgé et expérimenté comme chargé des relations étrangères s’imposa comme successeur sans difficultés.  Le prince Mongkut eut la « sagesse » de prendre l'habit de moine.

 

 

Avec le roi Rama III (1824-1851) on entrait dans une nouvelle situation géopolitique. C'est ce que nous verrons dans notre prochain article.

 

 

 

 

 

 

NOTES ET RÉFÉRENCES.

 

 

(1) RH 56-  LE ROI «TAKSIN LE GRAND » (1768-1782).

 

(2) Dynastie Chakri : Rama I - Buddha Yodfa Chulalok พระบาทสมเด็จพระพุทธยอดฟ้าจุฬาโลกมหาราช 1782-1809. Rama II - Buddha Loetla Naphalai พระบาทสมเด็จพระพุทธเลิศหล้านภาลัย 1809-1824. Rama III - Nang Klao Chaoyuhua พระบาทสมเด็จพระนั่งเกล้าเจ้าอยู่หัว 1824-1851. Rama IV - Mongkut พระบาทสมเด็จพระจอมเกล้าเจ้าอยู่หัว 1851-1868. Rama V - Chulalongkorn พระบาทสมเด็จพระจุลจอมเกล้าเจ้าอยู่หัว "พระปิยมหาราช" 1868-1910. Rama VI - Vajiravudh พระบาทสมเด็จพระมงกุฎเกล้าเจ้าอยู่หัว 1910-1925.Rama VII - Prajadhipok พระบาทสมเด็จพระปกเกล้าเจ้าอยู่หัว 1925-1935. Rama VIII - Ananda Mahidol พระบาทสมเด็จพระเจ้าอยู่หัวอานันทมหิดล 1935-1946. Rama IX - Bhumibol Adulyadej พระบาทสมเด็จพระเจ้าอยู่หัวภูมิพลอดุลยเดชมหาราช 1946-2016. Rama X – Vajiralongkorn วชิราลงกรณ /waʨʰíraːloŋkɔːn/  2016-...

 

(3) Jacques Le Goff « Faut-il vraiment découper l’histoire en tranches ?», Seuil, 2014.

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/11/209-comment-decouper-l-histoire-de-la-thailande-en-tranches.html

 

(4) « UNE Histoire nationale, « une idéologie linéaire » qui veut faire croire à une continuité entre Sukhothaï considérée comme la « première capitale nationale », suivie par Ayutthaya, puis Thonburi et enfin l’actuelle Bangkok; UNE histoire que l’on a fait « accepter » aux peuples soumis avec le succès que l’on sait avec les Lao « siamois » et l’échec, avec les anciennes provinces malaises (et musulmanes)  du Sud. L’histoire de la Thaïness raconte cette formidable machine « idéologique » pour imposer cette vision de l’Histoire. L’école en fut le « média » le plus efficace. » (In notre article 14)

 

(5) Voir nos articles sur les traités.

  • 128. Le traité « Bowring » de 1855 entre le Siam et la Grande-Bretagne.
  • 129. Le traité de 1856 entre la France et le Siam de Rama IV. (1851-1868)
  • 132. Le Traité de 1867 entre le Siam et la France.
  • 135. La politique étrangère du roi Chulalongkorn. (Cf. L’étude du traité signé avec la France le 3 octobre 1893, dans lequel en son article 1 : « Le Gouvernement siamois renonce à toute prétention sur l’ensemble des territoires de la rive gauche du Mékong et sur les îles du fleuve ». Et le Traité du 23 mars 1907, dans lequel  les articles 5 et 6 établissaient les statuts juridiques des Asiatiques sujets et protégés des Français.

(6) Nos articles :

164. Le Siam participe à la 1ère Guerre mondiale. Avec les conséquences pour le Siam, qui devenait  en janvier 1920, un des membres fondateurs de la Société des Nations.

176.  La fin du régime des capitulations au Siam en 1925.

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/03/176-la-fin-du-regime-des-capitulations-au-siam-en-1925.html

177. Le Siam de Rama VI retrouve tous ses droits souverains en 1925.

Le 1er septembre 1920, les États-Unis abandonnèrent leurs droits d’extraterritorialité au Siam. Après cinq années de négociation, la France  (février1925) et la Grande-Bretagne (juillet 1925) renonçaient aussi à leurs droits d’extraterritorialité, aux traités inégaux  leur accordant le « Droit de Protection consulaire » qui donnaient (par exemple l’article 7 du traité de 1893) aux Français mais aussi  à ceux qui dépendaient du « Protectorat français »comme les Annamites, les Laotiens, les  Cambodgiens (Cf. les Chinois et Japonais inscrits), la liberté de circuler et de commercer librement sans payer de droits de douanes. Le 14 février 1925, la France et le Siam signaient un traité d’amitié, de commerce et de navigation.     

 

(7)  182.1 et 182.2 : La société siamoise à la veille du coup d’Etat de 1932.

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/04/182-1-la-societe-siamoise-a-la-veille-du-coup-d-etat-de-1932.html

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/05/182-2-la-societe-siamoise-a-la-veille-du-coup-d-etat-de-1932.html

187. Le coup d’Etat du 24 juin 1932 au Siam.

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/06/187-le-coup-d-etat-du-24-juin-1932-au-siam.html

189. 1 La constitution du 10 décembre 1932.

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/06/189-1-la-constitution-du-10-decembre-1932.html

(8) 214 – COMBIEN DE COUPS D’ÉTAT, DE RÉBELLIONS, DE RÉVOLTES ET DE SOULÈVEMENTS  EN THAÏLANDE DEPUIS LE DÉBUT DU SIÈCLE DERNIER ?

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/01/214-combien-de-coups-d-etat-de-rebellions-de-revoltes-et-de-souevements-en-thailande-depuis-le-debut-du-siecle-dernier.html

                                                ______________________

(9) 116. Rama 1er. (1782-1809)

Roi, chef de guerre, défenseur de la foi, législateur et poète.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-116-rama-1er-1782-1809-122265066.html

 Le récit occidental le plus complet sur  ce roi (à notre connaissance tout au moins) est l’ouvrage de Wood,  « A history of Siam » publié à Chiangmaï en 1924.

 

(10) Cf. Lingat, « Notes sur la révision des lois siamoises en 1805 » in « Journal of the Siam society », volume 23 de 1929.

 

(11) Le roi Rama 1er avait nommé son jeune frère comme Maha Uparat. Mais celui-ci, fidèle compagnon d’arme et de combats, successeur potentiel, était mort en 1803. Leurs relations avaient toutefois été ombrageuses. A la mort de l’Uparat en 1803, deux de ses fils tentèrent à leur tour – avec l’assistance de nobles du palais - de renverser Rama I, mais ils furent découverts et décapités.

 

(12) 117. Rama II. (1809-1824)

http://www.alainbernardenthailande.com/article-117-rama-ii-1809-1824-122695598.html

 

(13) Lecture du livre de  Frédéric Maurel « Clefs pour Sunthorn Phu », L'Harmattan, 2001.

A119. Sunthorn Phu (1786-1855). L’un des plus grands  poètes thaïlandais.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a118-sunthorn-phu-1786-1855-l-un-des-plus-grands-poetes-thailandais-118861232.html

 

 

 

 

 

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