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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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22 juillet 2020 3 22 /07 /juillet /2020 22:05

 

 

 

Rama III (21 juillet 1824-2 avril 1851).

 

 

 

 

 

Notre article précédent a présenté les deux premiers rois de la dynastie Chakri  Rama I, le fondateur (1782-1809) et Rama II (1809-1824). Nous avons appris qu'à la mort de Rama II  le 21 juillet 1824, le trône devait revenir au prince Mongkut, fils de la reine Srisuriyendra, mais son demi-frère le prince Prince Chetsadabodin (Tap) (fils de Rama II et de la princesse consort Sri Sulalai), devenu เจ้าอยู่หัว Chao Yuhua, « ministre » du commerce et des Affaires étrangères, avait su le « convaincre » de lui laisser le pouvoir, ce qu'il fit avec «sagesse», en prenant l'habit de moine.

 

 

Nous reprenons ici une version allégée et remaniée de notre article sur Rama III de «Notre Histoire de la Thaïlande». (1)

 

 

 

Phra Bat Somdet Phra Chao Yu Nangklao Hua (Thai : พระบาทสมเด็จพระนั่งเกล้าเจ้าอยู่หัว ) ou Rama III est le troisième monarque de la dynastie Chakri. Il est né le 31 mars 1788 et accède au pouvoir royal le 21 juillet 1824. Il a alors 36 ans. Il désigne son oncle Sakdiphonlasep, comme vice-roi. Il règnera  26 ans jusqu'au 2 Avril 1851.

 

 

 

 

Auparavant, le futur roi Rama III s’était distingué en 1809 en matant une révolte du prince Kshatriyanuchit, un des fils du roi Taksin. Son père, Rama II, lui avait attribué en 1813 le titre de Prince Chetsadabodin (สมเด็จ พระเจ้า ลูกเธอ กรม หมื่น เจษฎา บดินทร์) et reconnu sa compétence en l’élevant au rang de Kromma Muen et en lui confiant le poste de Kromma Tha, à savoir le ministère du commerce et des affaires étrangères. C’est donc un homme d’expérience qui arrive au pouvoir.

 

 

 

I. La politique extérieure de Rama III.   

 

 

Il connait la nouvelle situation géopolitique du Siam au début de son  règne marquée par la mainmise anglaise sur une partie de la Malaisie et de l’Indonésie, avec la création de Singapour (1819),

 

 

...l’occupation de Malacca et le sud Sumatra. (Cf. le traité de Londres de 1824)

 

 

Une rivalité anglo-siamoise sur les Etats malais du sud ne pouvait que naitre, surtout après  que Rama II ait envahi  le Kedah en 1821 et créé le sultanat de Perlis en le détachant de celui de  Kedah. Le colonisateur britannique avait des vues sur les mines d’étain de l’État voisin du Perak. Nous verrons que  leurs différends seront réglés avec le traité dit de Burney en 1826.

 

 

A l’ouest, un autre conflit, entre les Anglais et les Birmans ne pouvait que l’inquiéter, surtout après la déclaration de guerre du 5 mars 1824 qui débouchera sur la 1ère guerre anglo-birmane de 1826.

 

 

Au nord, le roi lao Anouvong, de Vientiane, crut alors que le moment était bien choisi pour attaquer le roi du Siam. Nous verrons que les conséquences seront terribles pour ce royaume, avec la capitale rasée et tous ses habitants déportés en  «Isan». (1826-1828)

 

 

Enfin, à l’Est, Rama III devra aussi, comme  ses prédécesseurs, défendre «ses» territoires cambodgiens vassalisées et affronter les Vietnamiens lors des guerres de 1833-1835 et de 1841-1845.

 

Autant dire que le roi Rama III eut fort à faire. Reprenons chacun de ces «conflits». (2)

 

 

1.1 La rivalité anglo-siamoise.

 

La rivalité anglo-siamoise doit se comprendre dans le contexte des visées coloniales des Hollandais et de l’Empire britannique, et surtout par l’expansion anglaise avec la Compagnie des Indes orientales britannique dans les territoires malais, rencontrant le pouvoir siamois.

 

Le traité anglo-hollandais de 1814 était supposé résoudre les différentes questions soulevées par l'occupation britannique des possessions néerlandaises pendant les guerres napoléoniennes, ainsi que celles relatives aux droits commerciaux respectifs des deux nations dans les « îles aux épices ».

 

 

Ce traité ne définissait pas les limites de l'expansion de chacune des parties dans le monde malais. La fondation de Singapour en 1819 par Thomas Stamford Raffles exacerba les tensions. Les Hollandais prétendaient que le traité signé entre Raffles et le sultan de Johor était invalide car ce dernier faisait partie de leur sphère d'influence. La question des droits commerciaux des Hollandais et de leurs anciennes possessions en Inde était un autre sujet de discorde.

 

Des négociations commencèrent en 1820 et aboutirent au traité signé le 23 mars 1824, qui scellait le partage du monde malais en deux, entre ce qui deviendra plus tard la République d'Indonésie, et d'autre part, la Fédération de Malaisie.  Mais si les Anglais par ce traité avaient désormais réglé leur «différend» avec les Pays-Bas, et s’étaient partagé leur zone d’influence, il n’en était pas de même avec les Siamois.

 

La rivalité anglo-siamoise pour le sud malais.

 

En 1786, le sultan de Kedah, qui cherchait de l'aide contre les Siamois, avait loué l'île de Penang à la Compagnie des Indes orientales britannique, qui en fit un port franc. En 1819,  Sir Thomas Stamford Raffles, avait fondé Singapour avec des vues sur le port de Malacca, Rama II avait envahi le Kedah en 1821, pourtant soumis aussi au sultanat d’Aceh, et  créé le sultanat de Perlis, en le détachant de celui de  Kedah. Le colonisateur britannique quant-à lui était intéressé par les mines d’étain de l’état voisin du Perak et  en butte sur un autre front, aux velléités guerrières des Birmans, qui débouchera sur  la 1ère guerre  anglo-birmane de 1824-1826, qui aboutira  au traité de Yandabo signé le 24 février 1826, dans lequel  la Birmanie cédait aux Britanniques Manipur et les provinces de l'Assam, de l'Arakan et du Tenasserim.

 

 

Les différends anglo-siamois quant-à eux seront réglés avec le traité dit de Burney signé le 20 juin 1826. Un traité de 14 articles, avec en annexe un accord commercial de 6 articles. Le traité reconnaissait la souveraineté siamoise sur les quatre États malais septentrionaux de Kedah, Kelantan, Perlis et Terengganu et la souveraineté britannique sur l'île de Penang. Le traité garantissait par ailleurs la liberté du commerce britannique au Kelantan et Terengganu contre toute ingérence siamoise. Les États malais concernés n'étaient pas représentés dans cet accord.

 

 

 

Toutefois  en 1837, un neveu du sultan de Kedah profita du départ des gouverneurs et fonctionnaires siamois à Bangkok pour les funérailles de la mère de Rama III, pour se révolter. Rama III envoya Tat Bunnag pour soumettre la rébellion en 1838 et en 1839 le sultanat fut divisé en quatre territoires autonomes. Il fallut néanmoins attendre 1842  pour que le sultan vassal acceptât cette domination.

 

Il est vrai qu’auparavant Rama III avait décidé d’apporter son appui aux Anglais dans leur lutte contre les Birmans. Mais nous ne savons pas quel fut son importance, ni les formes qu’il a pu prendre.

 

Ce traité fut suivi en 1833 par un traité d’amitié et de commerce avec les Américains ou traité Roberts du nom du représentant du Président américain Andrew Jackson. (Ratifié le 30 Juin 1834, échangé le 14 Avril 1836 (seconde ambassade du Dr SW Ruschenberger)  et proclamé le  24 Juin 1837. (3)

 

 

Les États-Unis, voulurent en 1850 rouvrir les négociations; mais leur représentant, M. Ballestier, ne fut même pas reçu à la cour. Par contre en 1856, le traité Harris modifiait le précédent traité. De même sir James Brooke en 1850, le fameux rajah blanc de Sarawak, se rendit à Bangkok en qualité de plénipotentiaire de la reine Victoria et revint sans traité.

 

 

1.2  La révolte du roi lao de Vientiane, Anouvong (1805-1828), sa défaite, et la fin de Vientiane. (1826-1828). La déportation de ses habitants et les débuts de «l’Isan».

 

Si Rama III avait réglé la question de la souveraineté sur les états malais septentrionaux, avec les Anglais (Cf. traité dit de Burney), il dut faire face à une invasion lao du roi Anouvong de Vientiane en 1826.  

 

Nous avions relaté dans notre article sur le roi Taksin, qu'une révolte de la principauté lao de Champassak avait entraîné en 1778, la prise de Luang Prabang et de Vientiane. (Cf. (2) article 115.2) Anouvong, le fils du roi de Vientiane, avait été ramené comme captif à Bangkok. En récompense pour service rendu pour sa participation à des combats contre les Birmans, il avait été placé par les Siamois sur le trône de Vientiane en 1805 et même obtenu de Bangkok le trône de Champassak pour son fils, après avoir écrasé une révolte des tribus khas en 1819.

 

En 1825 donc, le roi Anouvong vient à Bangkok assister aux funérailles de Rama II. Il y apprend à cette occasion les conflits du Siam avec l’Angleterre au Sud. En 1826, estimant que le Siam était menacé par les Anglais et par la guerre anglo-birmane, il décide d’attaquer le Siam.

 

Il s'empara de Korat, le principal bastion de la défense du Siam et de fait sa frontière, dans le nord-est, et parvint à un jour de marche de Bangkok, mais son armée dut battre en retraite.

 

Le général Bodin (Chao Phraya Bodindecha) contre-attaqua et s'emparera de Vientiane en 1826, après une bataille de trois jours. La ville sera pillée.

 

 

Anouvong s'enfuit au Vietnam à Hué, d'où il revint avec un contingent vietnamien. Mais il fut vaincu une seconde fois et fait prisonnier alors qu'il tentait de passer en Chine. (Anouvong mourut prisonnier à Bangkok en 1829, dans une cage de fer.)

 

Rama III ordonna en 1827 la destruction de Vientiane. Seul le Vat Sisaket fut épargné. Ses habitants furent déportés en «Isan» et contraint de s’y installer. (Cf. (3) et (4), Notre article 11. L’Isan  était lao au XIXe siècle.)

 

 

1.3 Les guerres siamoises-vietnamiennes-cambodgiennes de 1833-1835 et de 1841-1845. (Chapitre réalisé à partir de wikipédia)

 

Comme ses prédécesseurs, Rama III s’est vu contraint d’intervenir dans l’histoire du Cambodge et de ses territoires cambodgiens vassalisés, à cause des discordes internes et des prétendants au pouvoir à chercher un appui auprès des Siamois ou des Vietnamiens, à partir de 1623 (quand Chey Chettha II, Roi du Cambodge, qui avait épousé une princesse vietnamienne, essaya de se libérer de la suzeraineté siamoise grâce à l’aide des Empereurs vietnamiens Nguyên.)

 

 

Depuis, les interventions vietnamiennes dans les affaires cambodgiennes furent nombreuses, et ceci d’autant plus que des colons vietnamiens commencèrent à s’installer au Cambodge. (Cf. (5) Notre article 116. Rama 1er (1782-1809), sur ses interventions au Cambodge)

 

Le Cambodge était repassé  sous la coupe des Siamois, mais depuis 1802, sous le règne de l'empereur Gia Long, le Viêtnam avait retrouvé sa force et son unité et Ang Chan II, roi du Cambodge l'avait reconnu comme suzerain, ce qui provoqua l'occupation du Cambodge par le roi du Siam Rama II. Mais si Ang Chan II avait réussi à reprendre Oudong avec l'appui des Vietnamiens,  il dût céder des provinces du nord du royaume au Siam et accepter l'autorité militaire du gouverneur de Saigon.

 

 

La révolte de Le Van Khôi (1833-1835) au Vietnam, va entraîner Rama III dans une guerre contre l’empereur Minh Mang.  (Cf. (6) Qui est Minh Mang? )

 

 

Minh Mang leva une armée pour mater la rébellion de Le Van Khôi qui a demandé l'aide de Rama III, qui accepte et envoie des troupes pour attaquer les Vietnamiens des provinces de Ha-tien et de An-Giang.

 

Phraya Ratchasuphawadi, qui vient d’être promu par Rama III, Chao Phraya Bodindecha, s'est vu confier la mission de la prise de Saigon, pendant que Dis Bunnag, le ministre de Kromma Tha commande la flotte et doit le rejoindre à Saigon. Les deux princes cambodgiens, Ang Im et Ang Duong, participent à l'expédition. Chao Phraya Bodindecha prend Udong mais  la flotte est repoussée à Saïgon.

 

Les troupes siamoises ont été accompagnées par 2.000 soldats catholiques vietnamiens sous le commandement du Père Nguyen Van Tam.  Ces forces siamo-vietnamiennes ont été repoussés en été 1834 par le général Truong Minh Giang.  Le Van Khôi meurt en 1834 pendant le siège.

 

Il a fallu trois ans à l’empereur Minh Mang pour mater la rébellion et l'offensive siamoise. L'échec de la révolte a eu un effet désastreux sur les missionnaires et  les communautés chrétiennes du Vietnam, accusés de trahison. Une période de persécution sanglante s'ensuivra. A la mort du roi Minh Mang, son fils aîné Nguyễn Phúc Mien Tông (Thieu Tri) devient le 3e empereur de la dynastie Nguyên. (14 février 1841-4 novembre 1847).

 

 

À partir de 1841, une grande partie du Cambodge fut incorporée au Viêtnam pour devenir l’Ouest cochinchinois. Le Viêtnam mit en place une politique d'annexion totale du Cambodge, avec imposition de la langue vietnamienne dans l'administration. L’État khmer, alors sur son déclin, fut divisé en trois « résidences » vietnamiennes sous le contrôle d’un « Résident Général”  vietnamien auprès de la Cour cambodgienne à Oudong.

 

Les Vietnamiens entreprirent alors de détruire les vestiges de la civilisation khmère, au point que dans la province frontalière d'An Giang à Chau Doc, cette opération devint (comme pour les Chams) un véritable génocide par assimilation dans le remplacement d’une organisation sociale et culturelle par une autre. C’est ainsi que les temples (pagodons) et autels bouddhiques furent détruits, le port des vêtements vietnamiens et de la coiffure vietnamienne devint obligatoire, la toponymie des lieux, villages et provinces fut vietnamisée et finalement le titre de Roi fut aboli pour les souverains du Cambodge.

 

L'empereur Thieu Tri, confucianiste, mènera la même politique isolationniste et antichrétienne, en commençant à emprisonner les missionnaires catholiques. Il provoquera alors une réaction immédiate de la France, qui en 1843, enverra une expédition militaire en Indochine avec ordre de protéger et de défendre les intérêts français et de libérer les missionnaires.

 

 

 

Thieu Tri ne cédera pas dans sa volonté d’éliminer tous les catholiques missionnaires du pays. Le 23 mars 1847, les Français exigeront la sécurité des ressortissants français et la fin des persécutions des missionnaires. Devant le refus de l’empereur, les combats éclateront et l’escadre française détruira tous les forts côtiers. Heureusement, les mandarins n’exécuteront pas l’ordre de l’empereur de tuer tous les chrétiens.

 

Engagé contre les Français, faisant face à l’invasion des troupes françaises, l’empereur Thieu Tri dut aussi combattre les Siamois.

 

 

 

Ang Duong, le frère cadet d'Ang Chan II, avec l’aide des troupes siamoises commandées par Bodindecha est proclamé roi du Cambodge à Oudong le 14 décembre 1843, mais il n’y sera couronné que le 7 mars 1848.

(Ang Duong,  frère cadet du roi d'Ang Chan II, avait été envoyé à Bangkok à l’âge de 16 ans et y restera jusqu’en 1839. Sa nièce Ang Mey, avait été nommée reine du Cambodge par les Vietnamiens et exilée à Hué en 1841. )

 

Pourquoi ?

 

De 1841 à 1847, le Siam et le Vietnam s'affrontent au Cambodge, alternant conflits et trêves agitées.

 

Entre temps, Bodindeccha avait pu prendre Phnom Penh en 1842, qui sera repris par les Vietnamiens en 1845. En 1845, une révolte éclate, qui se traduit par le massacre de Vietnamiens dans tout le pays. Des émissaires khmers sollicitent une intervention siamoise qui est accueillie avec joie par les Khmers. L'armée siamoise pénètre à Oudong.

 

Incapables de remporter une victoire décisive, ils s'accordent pour exercer une hégémonie conjointe sur l'État khmer. Ils décident de couronner Ang Duong dans la nouvelle capitale, Oudong, en 1848. Finalement, Siamois et Vietnamiens se mettent d'accord, chacun conservant les provinces annexées. Mais cet équilibre géopolitique, nous le verrons, sera remis en question par les visées colonisatrices de la France.

 

 

 

II. La politique intérieure.

 

 

Le 21 juillet 2010, un timbre commémoratif et une monnaie en argent ont été émis pour  mettre à l’honneur le roi Rama III, qualifié de «père du commerce thaïlandais». (7)

 

 

 

En cette occasion, un libellé assurait que «Rama III, le troisième de la dynastie Chakri, s’était personnellement engagé à régler tous les problèmes pouvant subvenir dans le commerce international. Il avait même, dit-on, promu de nouveaux produits pour répondre à la demande du marché international, et développé le commerce avec les nations étrangères. Les profits réalisés servirent à l’administration de son royaume, aux bonnes œuvres et le reste fut mis dans un «sac rouge» en prévision d’une future rançon exigée par un ennemi futur.»

 

 Mais  comment mesurer l'importance de ces échanges commerciaux ?

 

Stéphane Dovert (8), l'un des plus grands spécialistes sur la Thaïlande, avoue qu’il n’est pas aisé  de caractériser les principaux événements de son règne au niveau de son action gouvernementale, dans les domaines aussi essentiels que sont: l’administration de son royaume, l’économie, les finances, la culture, la religion, etc, tant les sources en français sont très limitées et les études générales inexistantes. Lui-même en est réduit à reprendre des généralités comme : « Ces gens-là, leur a-t-il dit (parlant de Rama III), nous apportent ce que ce que nous sommes le plus désireux d’obtenir : plein d’armes à feu et des espèces. Ils acheminent en outre de pleins de cargos de sucre et d’autres produits vers leur pays» ; reprenant ce que le Phra klang aurait dit à un ambassadeur britannique à propos des Américains. (Tiré en fait du rapport Crawfurd).

 

Ou bien prenant l’information dans le livre de W. F. Fella (p. 127-130): «Sous l’effet d’une crise conjoncturelle, l’administration de Rama III qui avait donc par le Traité de 1826, laissé augurer aux Anglais des réformes favorables à leur négoce, a  bien renoncé à ses monopoles. Mais ce fut pour la remplacer par de très lourdes taxes sur le commerce qui participaient d’une politique générale de fermeture du pays»

.

Elle fut manifeste à la fin de son règne. En 1850, M. Ballestier, l’ambassadeur américain, nous l'avons dit,  ne fut pas reçu à la Cour alors qu’il voulait renégocier le traité Roberts de 1833, ainsi que sir James Brooke, le fameux rajah blanc de Sarawak qui se rendit à Bangkok en qualité de plénipotentiaire de la reine Victoria et qui revint sans nouveau traité.

 

 

 

Mais par contre wikipédia n’hésitera pas à affirmer que Rama III développa le commerce avec la Chine et qu’il fut prospère. Bien entendu, on se gardera bien de donner la moindre information sur cette prospérité. Certes on peut supposer qu’un certain commerce a dû se pratiquer, tant les Chinois étaient relativement nombreux dans le royaume et à Bangkok. Dovert cite Bowring qui estimait la population du royaume d’origine chinoise à 25% de la population ; et Dean qui « estimait qu’en 1835, vivaient dans la seule Bangkok, 270 000 Teochiu, 70 000 Hokkien, 30 000 Hainanais et 30 000 Kakha ».

 

 

 

Mais que pouvons-nous savoir sur les revenus du royaume ?

 

Il n’y avait pas de compte de la Nation à cette époque, mais il y avait un registre royal. Mais qui a pu le consulter ?

 

Il y avait bien un Trésor royal, des impôts et taxes pour les sujets du royaume, des ministres, des organismes gouvernementaux pour recueillir diverses formes de taxes et droits à l'importation, une flotte marchande siamoise, (Mais combien de bateaux sous Rama I, II III ?),  des  collecteurs d’impôts auprès des entreprises de monopole royal. Mais là encore aucun chiffre, aucune estimation. Il y avait bien des sakdina, qui permettaient de répondre aux «exigences royales»  (impôts et corvées), les tributs et capitations. Rappelons-nous que le nombre d’esclaves augmenta de façon spectaculaire sous Rama III, surtout après avoir déporté tous les habitants de Vientiane en 1827 en Isan. Ces nouveaux sujets devaient payés un tribut ou une capitation dont Aymonier nous donne de multiples exemples. (Cf. (10))

Mais combien cela représentait-il pour le Trésor royal ?

 

Nous étions dans l’incertitude jusqu’à ce notre lecture de la « Description du royaume de Siam » de Mgr Pallegoix, nous donne en son chapitre 9 un relevé des Finances du roi Rama IV, présentant les 6 sources du revenu royal, détaillant tous les produits concernés. Certes ce n'était pas celui de Rama III, mais il pouvait aussi donner de nombreuses informations pertinentes sur les  6 sources du revenu royal, à  savoir: ses revenus des tributs que lui paient les petits rois soumis à son empire; des impôts sur les champs, les jardins et les plantations; des monopoles qu'il a établis; des douanes et des impôts sur les marchandises; de la taxe des jonques et des navires européens; des amendes et des confiscations. Nous y reviendrons dans notre article consacré à Rama IV. (Cf Notre article (8))

 

 

 

L'histoire officielle a donc consacré Rama III comme le « père du commerce siamois », mais fut-il comme ses prédécesseurs un  « fervent bouddhiste » et un « protecteur des poètes » ?

 

Pour Pariya Subpavong, il fut un roi bouddhiste exemplaire, mais son  étude écrite en thaï  ne nous permet pas de vérifiera ses dires. (11)  Il estime même que le bouddhisme inspira toute sa politique, sa gouvernance du royaume; que le roi appliquait la doctrine, en respectait les préceptes, était charitable, construisait des temples, aidait la communauté des moines à assurer sa sérénité. Il fit tout pour restaurer et diffuser la science et les connaissances qui ont contribué à l’identité d’une culture thaïe authentique  (sic).

 

Le site «Merveilles du monde» (12) nous assure qu'il fut un roi bâtisseur. Tourné vers le Bouddhisme, il était particulièrement pieux. Il est à l'origine de la construction du stupa le plus haut du Wat Arun, le temple de l'aube (car tourné vers l'Ouest) de Bangkok. (...)

 

 

On lui doit aussi la Montagne Dorée de Wat Sraket, le premier temple de style chinois (à Rajorasa),

 

 

le Wat Ratchanadda

 

 

et le temple Chetupol. ».

 

Larousse en tous cas estime que le roi Rama III « était soucieux de préserver les connaissances traditionnelles, fit graver sur des tablettes scellées aux murs du Wat Pho les principales œuvres de la littérature. ».

 Le «protecteur des poètes»?

 

 

Nous avions vu en présentant l'un des plus grands poètes du Siam,  Sunthorn Phu, qu'à la mort de Rama II en 1824, son protecteur,  Rama III, bien que poète (dit-on)  avait décidé de ne plus entretenir tous ces fonctionnaires du Comité des poètes-conseillers, et l'avait destitué de ses biens (son terrain et sa maison) et enlevé tous ses privilèges d’homme de cour. Mais qu'en était-il de sa production poétique?

 

 

 

 

Rama III décède le 2 avril 1851. Il avait régné 26 ans. Nous allons retrouver son demi-frère, le Prince Mongkut, qu'il avait évincé et qui avait choisi de devenir moine. Il a alors 46 ans. Le règne de Rama IV peut commencer.

 

 

 

 

Notes et références.

 

 

(1) 118. La politique étrangère de Rama III (1824-1851)

http://www.alainbernardenthailande.com/article-118-la-politique-etrangere-du-roi-rama-iii-1824-1851-122727633.html

 

 (2) Le Traité Roberts de 1833 en son article II prévoyait le libre–échange avec quelques limitations ; l'article III, un devoir de mesure au lieu des droits d'importation et d'exportation, le tonnage, licence pour le commerce ; accordait en son article IV (et X), le statut de nation la plus favorisée ; en son article V, le secours apporté aux citoyens américains en cas de naufrage ; et en son article VI des mesures en cas de faillite. L’article VIII prévoyait que les citoyens américains pris par des pirates et amenés dans le royaume, devaient être mis en liberté et leurs biens restaurés

 

(3) Nous avons déjà dans un  article intitulé « 11. L’Isan  était lao au XIXe siècle. » cité Larousse qui  expliquait dans quelles circonstances historiques  le royaume de Vientiane devient une province siamoise : «  La mort de Souligna Vongsa (1694) entraîne entre ses descendants une querelle qui va mettre fin à l'unité et à l'indépendance du Laos pour plus de deux siècles. Ainsi voient le jour au début du XVIII e , les royaumes de Vientiane, de Luang Prabang et de Champassak. Ce dernier passera vite sous la suzeraineté siamoise. Celui de Luang Prabang, affaibli par ses rivalités avec Vientiane, est envahi par les Birmans (1753) au cours de leur campagne contre le Siam, puis mis à sac une seconde fois (1771). Le royaume signe un traité d'alliance avec le Siam trois ans plus tard »

 

(4) 11. L’Isan  était lao au XIXe siècle.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-11-l-isan-etait-lao-au-xix-eme-siecle-72198847.html

Nous étions en train de lire les  « NOTES SUR LE LAOS », d’Etienne Aymonier (Saïgon, Imprimerie du Gouverneur, 1885), pour découvrir qu’il décrivait en fait notre Isan. Ainsi en 1885 l’Isan était un pays lao.

Nous y avions appris que cette région occupée à l’origine  principalement par les anciens prisonniers de Vientiane se vit comme un pays lao, mais sans pouvoir central, sous l’autorité des différents mueangs de différentes tailles (districts, villages) qui vont se constituer, mais dans la reconnaissance de leur vassalité au pouvoir du roi du Siam, sous la forme de capitation/tribut, de reconnaissance des chefs laos qui se fait selon le cérémonial siamois. Le pouvoir siamois n’intervenant que pour les conflits majeurs, mais n’imposant pas ses mœurs, ses coutumes, ses valeurs.

 

(5) Sans refaire tout l’historique depuis le XVIIe siècle, nous pouvons  rappeler ce que nous avions dit à propos de Rama 1er 

« Parallèlement, Rama Ier a une politique étrangère très « interventionniste » à l’égard de ses voisins, avec le Cambodge d’abord, à cette époque en pleine déliquescence, « dark ages ». Les monarques en titre ne sont que des fantoches. Le roi Ream Reachea a été déposé en 1779 et le trône donné à son fils, le jeune Ang Eng. Rama Ier le fit déporter à Bangkok, où il en fit son fils adoptif en plaçant au poste de régent un féal, Chao Phraya Abhaya Bhubet qui gouverna le Cambodge comme un proconsul siamois »

 

« Au Vietnam, en 1784-1785, le dernier des Nguyen sollicita l’aide de Rama Ier pour s’emparer du trône alors aux mains des frères Tay Son. Mais la flotte conjointe des Nguyen et des Siamois fut défaite dans la bataille de Rach Gam Xoai Mut le 20 janvier 1785 dans le delta du Mékong et les Nguyen trouvèrent refuge au Siam. La dynastie fut toutefois rétablie en 1802 et sa complaisance permit à Rama Ier et à ses successeurs d’exercer une influence politique considérable, au moins jusqu’à la colonisation française »

 

(6) Minh Mạng est le fils de l'empereur Gia Long. Il est le deuxième empereur de la dynastie des Nguen du Viêt Nam.(14 février 1820-20 janvier 1841)

 

À la mort de Gia Long en 1820, il devient empereur sous le nom de Minh Mang. Cette année coïncide aussi avec la reprise de l'action missionnaire des Missions étrangères de Paris dans tout l'Empire qui avait dû cesser il y a presque trente ans à cause de l'état de guerre permanent entre Gia Long et la dynastie concurrente des Tây Sơn.

 

La première difficulté que le nouvel empereur doit affronter est l'opposition de Lê Văn Duyệt (1763-1832). Ce fidèle lieutenant de son père, avait reçu de l'empereur défunt le titre de vice-roi de Cochinchine (Gia Định, ainsi que la suzeraineté sur le roi du Cambodge) en 1812 avec le droit de la gouverner à sa guise et de traiter avec les émissaires étrangers. Or Duyệt refuse au début de reconnaître le titre impérial de Minh Mang. Il est également favorable à l'action des missionnaires.

 

Minh Mang va s’en prendre à ses factions du Sud, opposées à son régime et  soutenu  par les missionnaires catholiques et les Vietnamiens catholiques ; et ceci d’autant plus qu’elles sont favorables à la restauration des Canh, en la personne de  An-hoa.

 

Une révolte dirigée par Le Van Khôi, le fils adoptif de général Le Van Duyet, mort en 1832, va s’organiser. Le 18 mai 1833, les rebelles, composés de vietnamiens chrétiens et les colons chinois ont réussi à prendre la citadelle de Saigon (Thanh Phien-un).  En outre, Le Van Khôi a pu conquérir six provinces de Gia Dinh dans l'espace d'un mois. 

 

(7) 122. Rama III, « le père du commerce thaïlandais » ( ?)

La philatélie et la numismatique volent au secours des « gloires nationales » !

http://www.alainbernardenthailande.com/article-122-rama-iii-le-pere-du-commerce-thailandais-122934761.html

 

(8) 121. Les revenus du roi Rama III ? (1824-1851).

http://www.alainbernardenthailande.com/article-121-les-revenus-du-roi-rama-iii-1824-1851-122846466.html

 

(9) Stéphane Dovert, pourtant si informé sur le Siam, ne signale, dans « Thaïlande contemporaine »,  que des ouvrages en anglais comme  le livre de Walter F. Vella intitulé « Siam under Rama III » ( Locust Valley, N.Y., Published by J. J. Augustin, 1957.), “The Royal Chronicle of the Third Reign of the Bangkok Dynasty,”de Chaopraya Thiphakarawong, Khuru Sapha, (Bangkok, 1961).

 

In « La Thaïlande prête pour le monde » de Stéphane Dovert, in Thaïlande contemporaine, Sous la direction de Stéphane Dovert et Jacques Ivanoff, IRASEC, Les Indes Savantes, 2011.

 

(10) « NOTES SUR LE LAOS », (Saïgon, Imprimerie du Gouverneur, 1885

Notre article : L’Isan  était lao au XIX ème siècle.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-11-l-isan-etait-lao-au-xix-eme-siecle-72198847.html

 

(11) The influence of bouddhisme on political thought of King Rama III”, de Pariya Subpavong. (Etude en thaï, avec un bref résumé en anglais).

 

(12) https://www.merveilles-du-monde.com/Temple-du-Bouddha-d-emeraude/Rama-III.php

 

 

 

 

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