Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Présentation

  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
  • Contact

Compteur de visite

Rechercher Dans Ce Blog

Pourquoi ce blog ?

  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

(suite cliquez)   POURQUOI CE BLOG ?

Pour nous contacter . alainbernardenthailande@gmail.com

Merci d’être venu consulter ce blog. Si vous avez besoin de renseignements ou des informations à nous communiquer vous pouvez nous joindre sur alainbenardenthailande@gmail.com

5 août 2020 3 05 /08 /août /2020 22:12

 

 

A l'occasion de l'anniversaire  du coup d'État du 24 juin 1932 qui mettait fin à la monarchie absolue et fondait une monarchie constitutionnelle, l'agence Reuters publie en juin 2020, trois articles (1), qui tentent de révéler que la démocratie est en danger et que l'Armée voudrait écrire une nouvelle version de l'Histoire de la Thaïlande.

 

 

 

Ces articles nous informent que le 24 juin 2020 à Bangkok, pendant que des manifestants  « pro-démocrates » célébraient la révolution de 1932 qui avait mis fin à la monarchie absolue devant le monument de la Démocratie en réclamant une nouvelle constitution ou des amendements à la présente, une cérémonie était organisée au « quartier général de l'Armée » (Combien étaient-ils?) pour réhabiliter le Prince Borworadet et ceux qui ont participé à la rébellion de 1933. (Précisons, nous le verrons dans un prochain article, que le Prince n’avait pas à être « réhabilité » puisqu’il avait été amnistié)

 

 

 

 

Une cérémonie pendant laquelle  il fut déclaré  que l'instauration de la monarchie constitutionnelle en 1932 provient d'«un coup d'État qui a renversé la monarchie », et qui a  salué « Le courage et le sacrifice du prince Boworadet et de Phraya Si Sitthisongkhram qui méritent d'être loués pour leur rôle dans la protection de la monarchie avec loyauté et pour avoir voulu que le pays maintienne un véritable système démocratique » .

 

 

 

 

Kay Johnson de Reuters estime, en citant Charnvit Kasetsiri, ancien recteur et professeur émérite de l'Université de Thammasat, que: « C’est une tentative de l'armée de créer une nouvelle version de l'histoire ».

 

 

 

Cette information n’a guère été relayée sinon confirmée par la presse locale sinon sur le journal en ligne khaosod (ข่าวสด) du 28 juin et également des organes de presse francophones qui se sont contentés de reproduire les termes de la dépêche d’agence sans autres précisions et sans la moindre analyse critique, ce qui est consternant.

 

 

 

 

L'agence Reuters signale également qu'elle a identifié six sites à la mémoire de Parti du Peuple ? qui ont été enlevés ou renommés, comme le musée de Chiang Rai commémorant la révolution de 1932 ; que le premier ministre Prayuth a rebaptisé deux camps militaires ; qu'en janvier la statue du maréchal Phibun  installée devant l'Institut des études de la Défense, a été enlevée; qu'une plaque à Bangkok signalant  l'endroit où a été proclamé le coup d'État de 1932 a été remplacée par un slogan royaliste.

 

 

 

Comment faut-il interpréter ces faits ?

 

Reuters indique que certains historiens (sans les citer) estiment que la disparition de monuments s'inscrit dans une bataille idéologique pour réécrire l'histoire de la Thaïlande. L'agence cite Chatri Prakitnonthakan, un historien de l'architecture de l'Université de Silpakorn, qui voit là un nettoyage idéologique

 

 

 

 

...et Thepmontri Limpaphayorm,  un historien conservateur, qui lui, voit là des actions individuelles de royalistes plutôt que celles d'un mouvement coordonné.

 

 

 

 

Il faut toutefois relativiser les manifestations « pro-démocrates » du 24 juin, puisque Reuter nous apprend, qu'il n'y avait que 30 ou 40 activistes devant le Monument de la Démocratie de Bangkok et quelques petites manifestations dans 12 provinces selon la police.


 

 

Reuter cite aussi quelques déclarations des activistes comme Anon Nampa, qui proclame par exemple qu'en 1932 le Parti du Peuple a pris le pouvoir pour changer le système de gouvernance en démocratie. D'autres, comme Anusorn Unno du Comité, pour une constitution du peuple, réclament des amendements à la présente constitution de 2017, qui a été, il faut le rappeler, adoptée par référendum le 7 août 2016.

 

 

A partir de ces quelques faits, Reuter et quelques historiens et commentateurs laissent entendre que l'Armée thaïlandaise serait tentée de réécrire une nouvelle version de l'histoire de la démocratie. Bigre. Reuter pour accréditer cette thèse, nous fait savoir que l'armée, le gouvernement et le Palais ont refusé de répondre à leurs questions sur la disparition de statues et sur la re-nomination de camps militaires. (On s'en serait douté.)

 

 

La «Démocratie» serait donc en danger!

 

Que de billevesées écrit-on en son nom. Ceci d'autant plus que cette notion, cette idéologie, peut prendre les sens les plus divers voire contradictoires. Qu'y a-t-il de commun entre la démocratie directe, populaire, socialiste, communiste, libérale, sociale-démocrate, etc. En sachant comme nous le dit Tocqueville, que l’opposé de la démocratie n’est pas la monarchie mais l’aristocratie parce que le principe de l’aristocratie est l’inégalité, alors que tout le monde est également  vassal d’un roi.

 

 

 

Ici, si nous sommes en démocratie, nous sommes dans une démocratie « à la thaïlandaise », avec un schéma que l'histoire de ce pays  a connu de nombreuses fois, à savoir un coup d'État suivi d'élections législatives.  Ainsi le général Prayut Chan-o-cha,  commandant en chef de l'Armée royale, dirige le Coup d'État de mai 2014,  devient Président du Conseil national pour la paix et le maintien de l'Ordre le 22 mai  2014, puis est élu Premier ministre le 21 août 2014 par l'Assemblée nationale. Une nouvelle constitution est adoptée par  référendum  le 7 août 2016, et Prayut Chan-o-cha est réélu Premier ministre par le Parlement après les élections législatives du 5 juin 2019. Qui oserait contester publiquement sa légitimité de « démocrate » aurait quelques « ennuis ». N'a-t-il pas proposé une constitution, adoptée par référendum, organisé et gagné  des élections législatives?  (Cf. Notre article « Que pensez du référendum du 7 août 2016 ? » (2)

 

En sachant que le Coup d'État de mai 2014 du général  Prayut Chan-o-cha,  commandant en chef de l'Armée royale, s'inscrit dans une histoire depuis le coup d'État de 1932 jalonnée par 12 autres coups d'État réussis, auxquels il faut ajouter ce que l'on peut appeler des  « coups d'État  judiciaires » de la Cour constitutionnelle (09/12/2008, 02/12/2008, 15/12/2008, 07/05/2014)  et 13 rébellions, qui ne sont que des coups d'États manqués, qui pousseront  le journal « Le Monde » à titrer « Le Coup d'État, une spécialité thaïlandaise ». (Cf. Notre article « Combien de coups d'État, de rébellions, de révoltes et de soulèvements en Thaïlande depuis le siècle dernier»  qui tente d’en faire l’inventaire.(3))

 

 

Une « démocratie » avec 18 constitutions,  37 premiers ministres dont 13 étaient militaires qui ont gouverné près de 56 ans sur une période de 88 ans et qui ont souvent utilisé le « crime de lèse-majesté » pour faire taire les opposants.

 

 

Dans cette histoire mouvementée, on voit mal comment « l'Armée » thaïlandaise aurait pu écrire UNE version de l'histoire de la démocratie, encore moins, comme le prétend Charnvit Kasetsiri selon Reuters, «une NOUVELLE version de l'histoire».

 

 

Ceci d'autant plus qu'Arnaud Dubus et Nicolas Revise dans  « Armée du Peuple, Armée du roi », « les militaires face à la société en Indonésie et en Thaïlande », nous ont montré que l'Armée n'était pas monolithique, comme à l’époque de Phibunsongkhram ou de Sarit. mais composée de multiples factions, avec souvent des intérêts divergents. (4)

 

 

« Elle est au contraire confrontée à une prolifération de centres de décision, à une multiplication du nombre de généraux et surtout à l’émergence parmi eux de fortes personnalités qui nourrissent d’importantes ambitions personnelles. Les tensions au sein de l’État-major se traduisent notamment par la tentative de coup d’État de mars 1977, qui conduit à la mort d’un général et l’exécution rapide, par l’institution militaire elle-même, de son commanditaire. Cet événement marque profondément les officiers thaïlandais qui, à la fin des années 70, sont de plus en plus  politisés, prenant position pour l’un ou l’autre des courants qui traversent l’armée. […] C’est à cette époque qu’émergent trois factions qui vont profondément marquer la décennie 1980 et le début des années 90, alimentant ce  que l’on peut qualifier de tradition thaïlandaise du coup d’État ».

 

 

 

 

Ils donnent les exemples des  « jeunes Turcs », les  90 officiers de la Classe 7 (promotion 1960), la faction deux des « Soldats démocratiques » (Classe 1- promotion 1954, la « Classe 5 » promotion 1958) avec leurs leaders respectifs. « En octobre 1984, les membres de la « Classe 5 » occuperont la quasi-totalité des postes de commandements stratégiques à Bangkok (11 sur 14). Ils seront alors particulièrement puissants et aucune intervention politique ne pourra être décidée sans leur aval » ». (p. 186).

 

 

 

 

En 1991, ce n’est pas l’armée qui fait le coup d’Etat, mais les généraux Suchinda et Kaset et les officiers de la classe 5 de la prestigieuse académie Chulachomklao (promotion diplômée en 1958), allié  au commandant suprême, le général Sunthon.

 

 

 

Leur livre datant de 2002, on peut supposer que  d’autres factions ont dû émerger. Surtout, comme le confirme Baffie (5),  que la concurrence est d’ailleurs rude, en fonction de l’arme et de la promotion auxquelles on appartient. Il fut des époques « où des généraux issus de trois promotions différentes préparaient trois coups d’EÉat, sans aucun contact entre eux ». 

 

 

Un système donc auquel, disions-nous (in (4) se superposent les « puissances financières», les riches  familles, les alliances avec les parlementaires … capables de réagir, quand leurs «intérêts vitaux » sont en danger, oh ! pardon,  l’intérêt supérieur de la Nation, comme  lors du coup d’Etat du 19 septembre 2006 du chef de l’armée de terre le général Sonthi nommant 1er ministre Surayud, ancien commandant en chef, et alors membre du Conseil privé du roi.

 

 

 

 

Et ce n'est pas le dernier coup d'État de mai 2014 mené par le général Prayut Chan-o-cha,  commandant en chef de l'Armée royale, qui indiquerait UNE nouvelle version de l'histoire de l'Armée, ni l'expression de LA démocratie en danger. (Cf.(6))

 

 

Encore moins, les exemples choisis par Reuters relatant  deux manifestations  du 24 juin 2020 à Bangkok, avec une cérémonie organisée au quartier général de l'Armée pour réhabiliter le Prince Boworadet et  Phraya Si Sitthisongkhram et ceux qui ont participé à la rébellion de 1933 pour leur rôle dans la protection de la monarchie et leur désir de maintenir un véritable système démocratique, et une quarantaine de manifestants « pro-démocrates » devant le monument de la Démocratie, saluant le coup d'État de 1932 du  « Parti du Peuple qui a pris le pouvoir pour changer le système de gouvernance en démocratie.» 

 

 

 


Ceci d'autant plus, comme nous le verrons dans l'article suivant, que le Prince Boworadet  et le Parti du peuple avaient  des conceptions très différentes de la « démocratie ».

 

 

 

NOTES ET RÉFÉRENCES.

 

 

 

(1) https://www.reuters.com/places/thailand

1.1 Thai army holds ceremony countering pro-democracy protesters view of history

.Reporting by Wongcha-um and  anarat Thepgumpanat; Writing by Kay Johnson, 23 juin 2020

Thailand's army has joined the debate over history and democracy in the Southeast Asian nation by holding a ceremony on the same day that pro-democracy demonstrations were held at memorials to the 1932 revolution that ended centuries of absolute monarchy.

1.2 In Thailand, it's statues of democracy leaders that are disappearing.

 Reporting by Wongcha-um and  anarat Thepgumpanat; Writing by Kay Johnson. 24 juin 2020

Certain historical statues have been disappearing in Thailand, but they are not effigies of colonialists or slave owners torn down by protesters.

 1.3 Thailand pro-democracy protesters mark end of absolute monarchy

Reporting by Panu Wongcha-um and Panarat Thepgumpanat; 24 juin 2020

Political activists from several groups across Thailand staged peaceful protests around the country on Wednesday to mark the anniversary of the 1932 revolt which ended the absolute monarchy in the country.

 

Cf. aussi : « L'armée thaïlandaise célèbre et dévoile sa propre vision de l’histoire. »

Par Lepetitjournal.com Bangkok avec Reuters | Publié le 26/06/2020 à 00:00 | Mis à jour le 26/06/2020 à 02:12

 

(2)

A  219 -  QUE PENSER DU RÉFÉRENDUM  DU 7 AOÛT 2016 ?

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/09/a-219-que-penser-du-referendum-du-7-aout-2016.html

(Nous y rappelions, non sans malice, entre-autres qu' « En matière de droits de l’homme et de libertés publiques, le texte le plus complet et le plus remarquable de l’histoire du droit constitutionnel est et reste toujours la constitution soviétique de 1936, œuvre de Staline.)

 

(3) 214 – COMBIEN DE COUPS D’ÉTAT, DE RÉBELLIONS, DE RÉVOLTES ET DE SOULÈVEMENTS  EN THAÏLANDE DEPUIS LE DÉBUT DU SIÈCLE DERNIER ?

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/01/214-combien-de-coups-d-etat-de-rebellions-de-revoltes-et-de-souevements-en-thailande-depuis-le-debut-du-siecle-dernier.html

Cf. aussi: Article 5 : Une tradition thaïe: chartes et coups d’Etat ?

http://www.alainbernardenthailande.com/article-article-5-une-tradition-thaie-chartes-et-coups-d-etats-65017684.html

 

(4) A82. Les militaires thaïlandais face à ou contre  la société?

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a82-les-militaires-thailandais-face-a-ou-contre-la-societe-112050105.html

 

A83. Les militaires thaïlandais, maîtres du jeu politique?

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a83-les-militaires-thailandais-maitres-du-jeu-politique-112148298.html

Lecture du livre d'Arnaud Dubus et Nicolas Revise « Armée du Peuple, Armée du roi », « les militaires face à la société en Indonésie et en Thaïlande », l’Harmattan, IRASEC, 2002.

(5) Cf. Article de Jean Baffie, « Une « démocratie » entre populisme et défiance envers le peuple : La politique en Thaïlande depuis la Seconde Guerre mondiale » nous donne quelques clés pour comprendre la politique en Thaïlande. (in Thaïlande contemporaine);

A 50.   http://www.alainbernardenthailande.com/article-a-50-cles-pour-comprendre-la-politique-en-thailande-90647687.html

 

(6) 234. LES LIMITES DE LA DÉMOCRATIE DES ANNÉES 1980 EN THAÏLANDE

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/06/234-les-limites-de-la-democratie-des-annees-1980-en-thailande.html

 

 

 

 

 

 

Partager cet article

Repost0

commentaires