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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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10 août 2020 1 10 /08 /août /2020 22:24


 

 

LES DEUX « MENEURS »

 

Le Prince Boworadet, né en 1877, était l'un des petits-fils du roi Mongkut, fils du prince Naret. Militaire de carrière, après des études en Angleterre, il servit come attaché militaire à l’ambassade à Paris et revint prendre du service actif au Siam en 1928 après que son cousin fut monté sur le trône. Il n’appartenait pas au plus prestigieux des princes de la famille royale mais en 1929, le roi lui rendit hommage en l’élevant du rang de momchao à celui de phraongchao le faisant monter d’un cran dans la hiérarchie princière. Après l’échec de son coup d’état, sa tête avait été mise à prix, aussi prit-il la fuite en avions jusqu’au Vietnam et ensuite se réfugia au Cambodge où il vécut jusqu'en 1948. Il retourna ensuite en Thaïlande après une amnistie et mourut en 1953 à l'âge de 76 ans sans avoir laissé de souvenirs écrits.

 

 

 

 

Phraya Si Sitthisongkhram qui fut son bras droit lors de leur tentative, né en 1891, avait étudié en Allemagne à l’Académie militaire de Postdam en même temps que Phibun. Il devint chef d'état-major de la première armée sous la monarchie absolue et sous la monarchie constitutionnelle de l'après-1932, commandant adjoint des troupes de Bangkok. Il trouva la mort dans la rébellion.

 

 

 

Revenons brièvement sur l’histoire du coup d’état de juin 1932 que nous avons écrite (1). Les membres du parti du peuple qui tient le pouvoir se déchirent entre deux factions rivales, schématiquement les conservateurs représentés par les militaires et les progressistes représentés par Pridi.

 

 

La situation n’est pas à la sérénité puisqu’avant que n’éclate la rébellion Boworadet, le Siam eut à subir deux autres coups d’état réussis, le coup d’état dit « silencieux »  du 1er  avril 1933 et le coup d’état du 20 juin 1933  (2).

 

 

On ne peut parler de la rébellion du Prince Boworadet d'octobre 1933 en faisant abstraction du contexte géopolitique de l’époque.

A 383  - H 58 - LA RÉBELLION DU PRINCE BOWORADET D'OCTOBRE 1933 DANS SON   CONTEXTE GÉOPOLITIQUE  EUROPÉEN  ET  SIAMOIS

1/ Le contexte géopolitique en Europe.

 

Il est un singulier paradoxe : Un parti du peuple qui n’avait rien de populaire animé par deux éléments moteurs, Pridi et Phibun, réalisa un coup d’état en 1932 pour doter leur pays d’une constitution écrite limitant les pouvoirs jusqu’alors absolu du souverain. Établie peu ou prou sur le modèle des constitutions parlementaires européennes, monarchie ou républiques, elle le fut à une date où les démocraties occidentales qui servirent de modèle étaient en pleine déliquescence et tremblaient sur leurs bases si elles ne s’étaient pas déjà écroulées.

 

 

Nul alors n’aurait parié un kopek sur leur avenir. Nombre de spécialistes de la science politique parlaient de crépuscule des démocraties. Le roi, la plupart des princes et les auteurs du coup d’État avaient été formés en Europe, Russie, Angleterre, Allemagne ou France et ne pouvaient l’ignorer ayant assisté.au cours du premier tiers du siècle dernier aux prémices de ces écroulements.

 

 

L’ÉCROULEMENT DES RÉGIMES PARLEMENTAIRES, ENTRE COMMUNISME ET FASCISME.

 

Il faut, bien sûr, faire mention au premier chef de l’Empire russe eu égard aux liens d’amitié entretenus par le Tsar avec la monarchie siamoise et la triste fin que connut la famille impériale, ce qui a évidemment marqué le roi Rama VII. Nous sommes en 1917(1). Ce fut dans ce siècle le premier régime (plus ou moins) parlementaire à s’effondrer comme le « colosse aux pieds d’argile » qu’était l’empire russe. Mais la terreur inspirée par le régime bolchevik et ses sanglantes épurations tout au long de son histoire va faire basculer plusieurs pays européens non pas vers la révolution prolétarienne mais vers ce que l’on appelle du terme générique de régimes fascistes même si chacun avait son particularisme et si plusieurs se haïssaient entre eux.

 

 

A l’instauration du totalitarisme communiste à l’est de l’Europe, la première réponse fut fasciste : I’Italie se jeta en 1923 dans les bras de Mussolini.

 

 

Il servit d’inspirateur et peut-être de soutien actif, financier ou militaire à tous ceux qui suivirent. Le symbole du salut romain fut d’ailleurs adopté par tous !

 

 

Ce fut ensuite le Portugal républicain qui se jeta dans les bras d’un homme providentiel : António de Oliveira Salazar  et sa Dictature nationale qui ne s’effondra qu’en 1968.

 

 

La Pologne, de nouveau indépendante depuis 1919, vit sous la dictature du Maréchal Pilsudski après son coup d’état de 1926.

 

 

N’oublions pas la Hongrie qui avait connu la « République des conseils » du communiste Bela Kun qui imposa une « terreur rouge » en 1919,

 

 

puis une réaction monarchiste l’emporta grâce à une armée dont le commandement avait été confiée à l’amiral Horthy qui fit à son tour régner la terreur blanche. 

 

 

En Allemagne ce ne fut plus une dérive du régime parlementaire mais une perversion dont on pouvait ressentir déjà les prémices en 1932 avant même l’accession d’Hitler au poste de Chancelier le 30 janvier 1933.

 

 

En Autriche, le chancelier Dollfuss en 1933 instaure l’« Austro-fascisme ».

 

 

L’Espagne était une monarchie parlementaire. Après la dictature du général Primo de Rivera....

 

 

puis  le départ du  roi Alphonse XIII 

 

 

le pays est au bord de la guerre civile et le général Franco va partir à la reconquête du pays sous la bannière du Christ Roi à partir du Maroc, le 18 juillet 1936. Il en resta le « Caudillo » jusqu’en 1975. 

 

 

La Grèce depuis le 4 août 1936 est également dotée d’un régime ouvertement fasciste, celui du Général Metaxas.

 

 

Beaux exemples pour un pays qui veut singer la démocratie parlementaire !

 

Qu’en fut-il des pays qui n’ont pas succombé à la pandémie ? Le seul pays européen où la démocratie parlementaire fonctionne de façon satisfaisante était l’Angleterre à laquelle apparemment nul ne songea en dehors des vrais partisans de la démocratie parlementaire !

 

 

 

LA TENTATION FASCISTE

 

Dans les pays qui n’ont pas été atteints par la peste, qu’elle soit rouge ou brune, les tentations sont fortes de sombrer vers « le fascisme immense et rouge » (3).

 

En France le système parlementaire se ridiculise et les ligues font trembler les bases de la république parlementaire, souvent financées par l’Italie .

 

 

En Belgique, le mouvement Rex de Léon Degrelle, fondé en 1936 et ouvertement soutenu par l’Allemagne nationale-socialiste, ne réussira pas à ébranler le parlementarisme belge,  trop ouvertement lié aux nationaux socialistes allemands

 

 

 

En Roumanie, la garde de fer de Codreanu, mouvement paramilitaire fondé en 1920, ne réussira pas non plus à saper les bases de la monarchie.

 

 

En Angleterre même, le roi Edouard VIII monté sur le trône en 1936, affiche ouvertement sa dilection pour le régime de Mussolini puis pour le national-socialiste jusqu’à son abdication forcée.


 

 

Edouard VIII apprenant à sa nièce, pas encore Reine dAngleterre à saluer correctement - La publication de cette photographie amusa beaucoup de monde

 

2/ Le contexte politique au Siam.

 

Quelles pouvaient être les intentions profondes du Prince Boworadet et aussi celles du roi Rama VII que l’on a accusé à tort ou à raison de soutenir le mouvement au regard de la situation siamoise et aux exemples que donnait l’Europe ?

 

 

Il est tout d’abord permis de penser que le roi eut peur pour sa vie et celle de sa famille. En dehors du triste exemple de l’assassinat de Nicolas II,

 


il y en eut beaucoup d’autres dans l’histoire du Siam. L’avenir démontrera que cette crainte n’était pas vaine puisque son successeur et neveu, après avoir été victime d’une tentative d’assassinat en 1938 fut bel et bien assassiné en 1946 (4).

 

 

Il ne faut tout de même pas oublier que si beaucoup de Français ont quitté la  France à partir de 1789, cela leur a pour la plupart évité de se faire couper la tête.

 

Les exemples ci-dessus confortés à ceux qui suivirent son abdication démontrent que ces dérives ne pouvaient pas leur avoir échappé.

 

Si le péril rouge était difficile à envisager, les accusations de communisme contre Pridi étaient probablement fortement exagérées.

 

 

Y avait-il risque d’abolition pure et simple de la monarchie et d’instauration d’une république ? Ce n’est évidemment pas à exclure : Ni Phibun à l’école de guerre en France ni Pridi dans nos facultés de droit n’y ont appris les vertus d’un régime monarchique. Si ce dernier avait reçu une initiation maçonnique, ce qui est une possibilité sinon une certitude, il n’a pas plus qu’à la faculté de droit appris non plus dans sa loge les vertus de la monarchie (5). Peut-être l’un et l’autre y pensèrent-ils mais très certainement pas à court terme

 

 

 

La crainte d’une  dérive mussolinienne n’était pas vaine et l’avenir le démontra.

 

  Phibun n’a jamais caché sa dilection pour le Duce.

 

Le choix du petit roi Ananda comme successeur par l’assemblée parlementaire et le conseil de régence est significatif : Nous avons vu que la loi successorale de 1924 dite « Loi du Palais » organisait la succession royale de manière très formelle dans la mesure où le roi n’avait pas désigné formellement son successeur ce qui fut le cas (6). Il y avait plusieurs candidats possibles en présence : La légitimité appartient par primogéniture mâle aux descendants de Rama V et de l’un de ses épouses : Entre la lignée du prince  Chakrabongse Bhuvanath, celle du prince  Mahidol Adulyadej et celle du prince Paribatra Sukhumbhand  qui bénéficiait incontestablement du droit d‘aînesse,  il appartint au Cabinet de décider puisque le royaume était muni d’une constitution. Ce fut Pridi Phanomyong qui imposa le choix du prince Ananda Mahidol  qui devint donc roi et fut investi en tant que tel par l’Assemblée nationale dès le 2 mars 1935 sans la moindre difficulté.

 

Il semble surtout qu’il était bien commode pour le gouvernement d’avoir un monarque de neuf ans poursuivant ses études en Suisse.

 


 

Si Mussolini avait dans sa manche un monarque soliveau qui ne brillait ni par la force de son caractère ni par la force de ses décisions, les premiers ministres successifs eurent dans la leur, un monarque enfant physiquement absent, Phraya Manopakon, après lui Phot Phahonyothin puis Phibun, puis Khuang Aphaiwong  puis Thawi Bunyaket  puis Seni Pramot puis à nouveau Khuang Aphaiwong puis un bref intermède de Pridi Banomyong puis encore Thawan Thamrongnawasawat puis encore Khuang Aphaiwong puis encore Phibun de 1948 à 1957.

 

C’est au nom du petit roi que fut déclarée la guerre aux États-Unis et à l’Angleterre, en fut-il seulement informé ?

 

 

 

3/ La rébellion du Prince Boworadet d'octobre 1933.

 

La vision habituellement retenue pour la rébellion du Prince Boworadet en 1933 est est celle d'un mouvement destiné à rétablir la monarchie absolue, un mouvement royaliste réactionnaire en quelque sorte. C’est en tous cas celle qui fut développée lors des procès faits aux rebelles et qui continue à l’être dans l’histoire plus ou moins officielle.

 

Mais peut-être aussi cette vision est-elle la suite du musellement des vaincus ?

 

 

Des Universitaires contemporains considèrent – ce qui est une évidence – que les gouvernements ayant suivi le coup d’État furent des dictatures pures et simples. 

 

Mais ils considèrent aussi que bien au contraire le mouvement du prince Boworadet fut un véritable mouvement démocratique : La rébellion n’avait-elle pas proclamé que sa lutte armée contre le gouvernement visait à instaurer une véritable démocratie dans le pays ? (7).

 

Le prince Boworadet dont la tête avait été mise à prix après son échec, put fuir au Vietnam et obtint l'asile au Cambodge, où il vécut jusqu'en 1948. Il retourna ensuite en Thaïlande après une rapide amnistie et mourut en 1953 à l'âge de 76 ans sans avoir écrit ses mémoires. Le roi lui-même réfugié en Angleterre y mourut en 1941 et pu constater ce que furent en Europe les effets pervers de tous ces régimes autoritaires issus des régimes parlementaires.

 

 

 

Rappelons brièvement comment la démocratie ne fut pas installée au Siam par le Parti populaire.

 

Après avoir pris le contrôle de la capitale, le Parti populaire fit lire une proclamation selon laquelle il avait pris le pouvoir pour mettre fin à la monarchie absolue et avait l'intention de créer une assemblée nationale représentative. Le roi, ayant longtemps séjourné en Angleterre, parfaitement sinon trop anglophile, était très réceptif à l'idée d'une monarchie constitutionnelle et refusa de lancer une contre-attaque armée. Pridi le juriste de la bande, fut chargé de rédiger la constitution qui incarnerait les concepts de souveraineté populaire. Le 28 juin, la première assemblée nationale « représentative » ouvre ses portes, 70 membres tous nommés par la direction militaire. 33 étaient membres du Parti du peuple et les autres des hauts fonctionnaires liés au Parti du peuple. Les dirigeants du  coup d’État confient le pouvoir à cette assemblée qui désigne comme premier ministre Manopakon. Il suscite un espoir de démocratie mais un espoir seulement.

 

 

C’est un juriste formé en Angleterre où il a acquis le titre d’avocat et n’est pas membre du Parti du peuple mais a sa confiance autant que celle du roi. 10 des 15 membres du cabinet sont du parti. Parallèlement à son emprise sur les forces armées, le parti intègre dans la constitution une période transitoire en trois étapes vers la « démocratisation » future tout en garantissant soigneusement son emprise sur l'Assemblée nationale et le Cabinet. C’est l’œuvre de Pridi, « grand démocrate » qui résulte clairement de la constitution provisoire et de la définitive du 10 décembre 1932.  Elle s'étend  sur une durée de 10  ans  jusqu’au  27 juin 1942.

 

 

La première étape jusqu'à la tenue des premières élections générales : Tous les membres de l’Assemblée sont nommés par le parti.

Deuxième étape  jusqu'en 1942 : l'Assemblée devait être composée de membres de la première catégorie qui devaient être élus par le peuple et d'un nombre égal de membres de deuxième catégorie à nommer par le roi mais sur une liste fournie par le parti.

Troisième et dernière étape  une Assemblée nationale entièrement composée de membres élus au suffrage universel.

 

Ces dispositions sont largement critiquées dans la presse mais le parti se présente – pas moins – comme garant du système démocratique. 

 

La question se pose dès lors de permettre aux partis politiques de s'organiser. Le parti y est hostile, Phibun en particulier.

 

 

Mais quid de la concurrence ? La position officielle du parti précisait que si la constitution siamoise n'interdisait pas la formation de partis politiques, il était préférable d'attendre la fin des dispositions provisoires de la constitution avant que les membres de l'Assemblée nationale ne réglementent l'organisation de partis politiques. Ce n’est donc pas renvoyé aux calendres grecques mais à 10 ans !

 

L’un des promoteurs du multipartisme était Luang Wichit qui critiquait ouvertement la mainmise du parti sur tous les rouages du pouvoir dans un système clanique et lança son intention de former un parti national par une campagne de presse rappelant que le roi était favorable au multipartisme. Ce n’était pas un militaire. Après des études à l’école des Sciences politiques de Paris où il avait connu Pridi et Phibun, il débute une carrière diplomatique et ne participa pas au coup d’état de juin 1932.  Luang Wichit demanda l’enregistrement de son parti comme une association puisque la constitution autorisait en principe  la liberté d’association.

 

 

Il fut l’objet d’une campagne de presse virulente des journaux qui soutenaient le parti du peuple. Un argument répété à suffisance consistait à citer l’exemple de l’Espagne dans laquelle le système des parties conduisit au chaos et à la guerre civile. Ce n’était peut-être pas l’exemple rêvé ?

 

Cependant, au cours des treize années de 1932 à 1945 où le Parti populaire détint le pouvoir, il n’a jamais reconnu cet élément principal de la démocratie « à l’européenne », à savoir le multipartisme.

 

Le Prince Boworadet, en désaccord avec le gouvernement qui n’a organisé que le chaos, se révolte alors en octobre 1933, mais propose aux dirigeants d'accepter six recommandations, afin qu'il puisse retirer ses troupes, pour maintenir la paix et parvenir à  un gouvernement véritablement démocratique, à savoir : 

 

1) Un engagement ferme en faveur de l'instauration d'une monarchie constitutionnelle.

2) La garantie que le gouvernement sera fondé sur le principe constitutionnel de la règle de la majorité et non sur le recours à la force militaire ...

3) L’interdiction aux fonctionnaires civils et militaires ordinaires de participer à la vie politique...

4) La nomination des fonctionnaires devait se faire sur la base des capacités et non sur des relations politiques.

5) La nomination des membres de la deuxième catégorie devait être la véritable prérogative du roi, et

6) L'armée ne devait pas concentrer ses forces en un seul endroit, mais les disperser en provinces.

 

Ces six revendications appelaient à un gouvernement majoritaire, à la liberté d'organiser des partis politiques et à la non-ingérence des militaires dans la politique.

 

Le gouvernement pour réprimer l’insurrection accusa alors Boworadet de vouloir revenir à l'ancienne monarchie absolue.

 

On croit rêver !

 

Tout compromis était impossible, la rébellion fut écrasée fin octobre et le gouvernement et ses successeurs ressuscitèrent une législation de 1927 réprimant « le crime de parole et d'actions causant la haine du gouvernement ».

 

Le multipartisme n’était plus pour longtemps  à l’ordre du jour !

 

Le roi quitta le pays au motif de rechercher un traitement pour une maladie oculaire chromique.

 

Lorsque il annonça sa décision d’abdiquer, le gouvernement envoya une délégation pour tenter de trouver une entente mutuelle. Le roi lui remit ses neuf demandes qui, si elles étaient acceptées, pourraient, selon lui, jeter les bases d'une relation de travail.

 

Dans la première de ses demandes, le roi soulignait que lorsque le Parti du peuple avait mené son coup d'État et exigé une constitution, il avait compris qu’il voulait mettre en place une forme de démocratie similaire à celle de l’Angleterre et non imposer sa domination sur le Siam pendant 10 ans !

 

Le gouvernement les rejeta et  l'abdication du roi était scellée. Le 2 mars 1935, le roi Prajadhipok remit sa lettre d'abdication aux représentants du gouvernement et dit: «Je n'ai jamais eu d'objection à céder à tout le peuple le pouvoir souverain que j'ai détenu. Mais je n'ai jamais eu l'intention de céder cette souveraineté à un individu ou à un parti qui n'a pas écouté la vraie voix du peuple et qui a tenté d'exercer un pouvoir absolu. »

 

Les gouvernements successifs profitèrent en tous cas de cette victoire pour   renforcer davantage leur emprise sur le pouvoir ce qui éloigna de plus fort le Siam du régime démocratique que les auteurs du coup d’état de 1932 avaient prétendu instaurer d’abord puis ensuite  sauvé en écrasant la rébellion !

 

 

Le roi lui-même réfugié en Angleterre où il mourut en 1941 put constater ce que furent en Europe les effets pervers de tous ces régimes autoritaires issus des régimes parlementaires.

 

Il est permis de se demander si le monument de la démocratie à la décoration très mussolinienne mérite bien son nom ? (8)

A 383  - H 58 - LA RÉBELLION DU PRINCE BOWORADET D'OCTOBRE 1933 DANS SON   CONTEXTE GÉOPOLITIQUE  EUROPÉEN  ET  SIAMOIS

NOTES

 

(1) Voir notre article 187  « Le coup d’état du 24 juin 1932 au Siam » :

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/06/187-le-coup-d-etat-du-24-juin-1932-au-siam.html

 

(2) Voir notre article 214 – COMBIEN DE COUPS D’ÉTAT, DE RÉBELLIONS, DE RÉVOLTES ET DE SOULÈVEMENTS EN THAÏLANDE DEPUIS LE DÉBUT DU SIÈCLE DERNIER ? :

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/01/214-combien-de-coups-d-etat-de-rebellions-de-revoltes-et-de-souevements-en-thailande-depuis-le-debut-du-siecle-dernier.html :

 

(3) L’expression est de Robert Brasillach et lui valut son exécution.

 

(4) Voir notre article H 25 - UN ATTENTAT MANQUÉ CONTRE LE ROI ANANDA EN ESCALE À COLOMBO EN NOVEMBRE 1938 FUT-IL LE PRÉLUDE À SON ASSASSINAT LE 9 JUIN 1946 ? :

http://www.alainbernardenthailande.com/2018/11/h-25-un-attentat-manque-contre-le-roi-ananda-en-escale-a-colombo-en-novembre-1938-fut-il-le-prelude-a-son-assassinat-le-9-juin-1946

 

(5) Voir notre article 211 - LA VIE « CACHEÉ » DE PRIDI … VUE PAR PRIDI :  http://www.alainbernardenthailande.com/2015/11/211-la-vie-cachee-de-pridi-vue-par-pridi.html

 

(6) Voir notre article 175. La « Loi du palais » pour la succession royale en 1924 : http://www.alainbernardenthailande.com/2015/03/175-la-loi-du-palais-pour-la-succession-royale-en-1924.html.

 

(7) L’article de l’universitaire Nattapoll Chaiching « THE BOWORADET REBELLION, 1933 » est de 2018 et donne plusieurs références en ce sens Il ne s’agit pas d’un article polémique puisque l’auteur est professeur à la faculté des sciences humaines de l’Université Suan Sunandha Rajabha. Il a été publié dans « International Journal of Management and Applied Science » Volume-4, Issue-4, Avril 2018.

Voir aussi « Revolution versus Counter-Revolution: The People’s Party and the Royalist(s) in Visual Dialogue » par Thanavi Chotpradit, thèse pour un doctorat de philosophie soutenue à Londres au collège Birkbeck en février 2016.

Voir enfin un article plus ancien « Democracy and the Development of Political  parties in Thailand - 1932-1945 » par un universitaire japonais, Eiji Murashima, publié à Tokyo en 1991.

 

(8) Voir notre article A 205 - LE MONUMENT DE LA DÉMOCRATIE … LE MAL NOMMÉ : http://www.alainbernardenthailande.com/2015/12/a-205-le-monument-de-la-democratie-le-mal-nomme.html .

 


 

 

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