Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Présentation

  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
  • Contact

Compteur de visite

Rechercher Dans Ce Blog

Pourquoi ce blog ?

  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

(suite cliquez)   POURQUOI CE BLOG ?

Pour nous contacter . alainbernardenthailande@gmail.com

Merci d’être venu consulter ce blog. Si vous avez besoin de renseignements ou des informations à nous communiquer vous pouvez nous joindre sur alainbenardenthailande@gmail.com

19 août 2020 3 19 /08 /août /2020 22:46

 

Nous avons appris précédemment, qu'à la mort de Rama II  le 21 juillet 1824, le trône devait revenir au Prince Mongkut, fils de la reine Srisuriyendra, mais que son demi-frère le  Prince Chetsadabodin (Tap) (fils de Rama II et de la princesse consort Sri Sulalai), devenu  Chao Yuhua, « ministre » du commerce et des Affaires étrangères, avait su le «convaincre» de lui laisser le pouvoir, ce qu'il fit avec «sagesse», en prenant l'habit de moine. (1)

 

 

Rama III va donc régner du 21 juillet 1824 au 2 avril 1851, et le Prince Mongkut va lui succéder. Il a alors 46 ans, et vient de passer 26 ans comme moine.  Le simple moine voué à la pauvreté et au célibat devient le roi à la vie fasteuse et luxeuse, qui,  épousera 32 femmes et aura 82 enfants. (Cf. Nos deux articles (2) )

 

 

1/ Durant ses 26 ans le moine Mongkut a acquis une grande culture religieuse et scientifique auprès de nombreux amis et professeurs occidentaux. Il organisera la réforme du Dhammayuttika Nikaya ou Thammayut Nikaya qui sera reconnue officiellement par la Sangha en 1902 comme l’une des deux branches du bouddhisme theravada au Siam.

 

 

Avant ses 20 ans, le futur Rama IV reçut l’éducation classique d’un petit prince (littérature, poésie, bouddhisme, pali et sanscrit, histoire de son pays, art de la guerre, géographie) mais son monde était limité au grand Palais et à l’enseignement de cette époque, mais durant ses 26 ans, sa curiosité, son ouverture d'esprit, son désir d'apprendre, vont lui permettre  d'acquérir une immense culture. Tout en se livrant à l’étude du pali, du sanscrit, de l’histoire, de la religion, il étudiera  la physique, la chimie, les mathématiques, l’astronomie et  la langue anglaise, dont il aura une parfaite maîtrise, grâce surtout au  médecin- missionnaire Bradley et au missionnaire anglican, le révérend Jess Caswell. Mgr Pallegoix lui enseignera le latin et d'autres matières et deviendra son ami durant 25 ans. (Cf. (3))  On lui attribuera plus tard le surnom de « Père de la science et de la technologie ».

 

 

Il a voyagé à travers le pays en tant que moine et fut choqué de constater que de nombreux moines ne respectaient plus de nombreuses règles du Canon pâli. Aussi  sa renconte en 1829 avec le moine Buddhawangso à Phetchaburi qui suivait strictement les règles de discipline monastique, le vinaya, fut déterminante.  Il  suivra ses leçons pour réformer le bouddhisme siamois. En 1836, il devient l'abbé du Wat Bowonniwet, où Il organisera la réforme du  Dhammayuttika Nikaya ou Thammayut Nikaya, cherchant à rendre le bouddhisme plus orthodoxe et moins tâché de superstitions. Elle  sera reconnue officiellement, nous l'avons dit,  par le Sangha en 1902 comme l’une des deux branches du bouddhisme theravada au Siam  (Vajiranana, le 47e enfant de Rama III deviendra le patriarche suprême du Siam de 1910 à 1921)

 

 

2/ L’exercice du pouvoir.

 

La première mesure qu’il prit, fut d’assurer sa succession et de nommer son frère, Pinklao, comme « second roi » ou  prince du second palais, qui donnait le droit à une armée privée et une flotte de guerre. Pinklao, maitrisant parfaitement la langue anglaise,  jouera  un grand rôle dans la négociation du traité Bowring de 1855, ainsi que dans la négociation ultérieure du traité Harris de 1856 et la mise à jour du traité Roberts de 1833. ( Il mourut deux ans avant son frère, le 7 janvier 1866)

 

Le roi Mongkut  va partager le pouvoir avec lui et la toute puissante famille Bunnak.  Ainsi Sri Suriyawongse occupe le  poste de Kalahom (1er ministre siamois)  et un autre, intendant des provinces du sud, est le maître de tout le sud du pays.

 

 

Mais il ne faut pas oublier que le roi bien qu' « éclairé » continue de  jouir d’un pouvoir absolu, d'être le « maître de la vie » et le  « maître de la terre » et ses sujets doivent se jeter à plat ventre sur son passage en marmonnant la formule « Moi, ver de terre, moi poussière de vos pieds, moi, cheveu, je rends hommage au maître du monde ». La fortune et l’existence de ses sujets dépendent de son bon vouloir.

 

Les impôts sont versés dans le trésor royal dont il dispose à son gré, mais il doit payer  toutes les dépenses publiques, la solde des princes, des mandarins, de la reine et des dames du palais; des soldats, et des moines des pagodes royales, tous ceux qui dépendent de lui dans la hiérarchie royale.

 

 

 

Mgr Pallegoix, dans la « Description du royaume de Siam » présente  en son chapitre 9 un relevé des Finances du roi Rama IV, avec les 6 sources du revenu royal, et en détaillant tous les produits concernés. (Cf. Notre article (4) sur ce sujet) Le roi tire ses revenus des tributs que lui paient les petits rois soumis à son empire; des impôts sur les champs, les jardins et les plantations; des monopoles qu'il a établis; des douanes et des impôts sur les marchandises; de la taxe des jonques et des navires européens; des amendes et des confiscations.

 

 

 

Nous avions alors remarqué -entre autres- :

 

- que le roi avait établi  son  monopole sur l'àrak, le tabac,  les jeux, l'huile, les torches, les feuilles de palmier pour la toiture des maisons, le charbon, le bois à brûler, le kapi, le marché, la pêche, l'extraction des mines, etc., et les avait mis aux enchères, qui au fil des ans étaient revenues essentiellement aux Chinois.

 

- que la principale source des revenus de la couronne, n’est pas le travail gratuit effectué par les corvées qui rapportent, mais son exemption, ainsi que la taxe sur les Chinois.

- que les jardins rapportent 4 fois  plus que les rizières.

- que le commerce avec les bateaux étrangers rapporte peu  et ne représente que moins de la moitié des revenus de  la loterie, ou le 1/5 du monopole de l’opium.

- que les revenus des provinces du nord. (50,000 ticaux) et les revenus des provinces du midi (40,000 ticaux) représentent peu dans le trésor royal, car les agents de État doivent se « payer » au passage, sans oublier la corruption.

 

 

Un roi qui sut prendre quelques  mesures  « libérales », comme  par exemple d'autoriser les nobles qui se présentaient devant lui à porter une chemise, ce qui était auparavant interdit pour pouvoir cacher une arme.  Il assouplira  la condition féminine autorisant ses royales concubines à se marier à leur gré, interdisant les mariages forcés et interdisant aux maris de vendre leurs épouses pour rembourser leurs dettes. Il rappela à ses Juges par décrets leurs strictes obligations d’honnêteté et  de lutter contre leur corruption. Il édicta de très strictes règles d’hygiène, interdisant par exemple de jeter les cadavres d’animaux dans les canaux.

 

On lui doit aussi en 1852, la fondation de l’imprimerie nationale de Bangkok, qui sera chargée d’éditer les recueils des lois et divers ouvrages dont jusqu’alors, seuls quelques riches privilégiés avaient le privilège de bénéficier.

 

 

Le règne de Rama IV marque aussi un tournant fondamental dans l’histoire de la monnaie siamoise, puisque en 1862, il fit  frapper des pièces plates en or, en argent et de moindre valeur en étain (le pays en est riche) ou en cuivre sur une machine offerte par la Reine Victoria. Il avait déjà en 1853 fait imprimer la première monnaie de papier au Siam mais n’ayant pas cours forcé, son usage ne fut pas généralisé.

 

 

On lui doit bien d'autres « grands travaux ». Mais il est difficile d’avoir des précisions et des détails sur leur étendue. : « Mongkut a déjà fait d’importantes et utiles réformes, lettré et presque savant, il a creusé des canaux, tracé des routes, élevé des fortifications, il a introduit dans le royaume l’usage des bateaux à vapeur.» (Charles Bock (5))

 

 

 

 

 

 

Un roi d'une grande piété bouddhiste.

 

Nous nous souvenons que devenu en 1836, l'abbé du Wat Bowonniwet, Il organisera la réforme du  Dhammayuttika Nikaya ou Thammayut Nikaya. Mais une fois monté sur le trône, il proclama qu'il n'interviendrait pas dans les controverses purement religieuses et de  fait, il accorda sa protection aux deux ordres et manifesta une complète tolérance à l’égard des autres religions, chrétiennes notamment.

 

 

Il se considérait néanmoins comme le pilier de la religion et comme la réincarnation du roi Lithai de Sukhothai. (Cf. Notre article A 384 sur la cosmogonie bouddhiste du roi Lithai (1347-1368)) 

 

 

Comme ses prédécesseurs, on lui doit de nombreuses restaurations de temples  bouddhistes, notamment dans la partie siamoise du Cambodge et en particulier la stèle  du Phrapathomchedi, la plus haute  stèle bouddhiste  au monde (127 m) qui était en ruines lorsqu’il l’avait visitée, et dont la restauration nécessita 17 années de travaux. Il estima que cette restauration, centre probable du royaume de Dvaravati, constituait l'un des événements majeurs de son règne.

 

 

3/ La politique extérieure avec  l'ouverture du royaume au commerce international.

 

 

Certes il y eut bien deux expéditions  guerrières en 1852 et 1855 pour soutenir, à leur demande, le royaume de Chiang Hung contre l'État Shan de Kentung, mais après un siège de Kentung pendant 21 jours en 1855, les troupes siamoises durent renoncer.

 

Mais la politique extérieure du roi Mongkut fut essentiellemnt marquée par l'ouverture du royaume au commerce international.

 

Ainsi, « dés sa montée sur le trône, le 2 juin 1851, le roi Mongkut est conscient que le développement du commerce extérieur de son royaume pourrait stimuler la production agricole de son pays, augmentant ainsi la prospérité de ses sujets et par là les recettes de son trésor.

 

Dès les premiers jours de l’année 1852, un décret diminue déjà d’un tiers la taxe sur les navires étrangers tout en annulant l’interdiction d’exporter le riz, donnant toute liberté aux agriculteurs siamois de vendre aussi leur sucre et autorisant à nouveau sous condition la production d’opium (« drogue pernicieuse ») à la seule condition qu’il soit vendu aux Chinois. Cette proclamation est faite sous la signature des deux rois « souverains réunis » du royaume et le « premier ministre et ministre des affaires étrangères », le prince Si Suriyawongse, de la famille des Bunnag. » (In notre article (6))

 

Rama IV donc, a choisi une politique d’ouverture diplomatique et commerciale envers les pays occidentaux, qui prendra tout d’abord la forme de traités avec les Anglais (traité Bowring en 1855), les Américains (Townsend Harris en 1856), les Français (Charles de Montigny en 1856 et 1867), dont nous vous donnons ci-dessous le contenu. Il y eut également des traités ou accords avec les Danois en 1858, les Portugais en 1859, les Hollandais en 1860.

 

 

Le texte du traité «Bowring» de 1855 comporte douze articles, il est bref mais lourd de conséquences économiques. (6)

 

Après les sempiternelles promesses d’amitié éternelle, il affirme le droit pour les sujets anglais de résider et de commercer librement au Siam. La liberté religieuse était déjà acquise.

 

Il prévoit l’installation d’un consul d’Angleterre qui aura juridiction sur les sujets anglais et sur les litiges entre les Anglais et les Siamois. C’est l’instauration du privilège d’exterritorialité dont nous avons longuement parlé (13). C’est la première fois que le Siam accorde ce privilège à des étrangers.

 

Les sujets britanniques ont obtenu le droit de commercer librement dans tous les ports maritimes, et à séjourner de façon permanente dans Bangkok. Ils sont autorisés à acheter ou à louer des biens dans les environs de Bangkok  et autorisés à se déplacer librement à l'intérieur du pays avec des laissez-passer délivrés… par le consul.

Le traité fixe (à la baisse !) les taxes d’importation et d’exportation à 3%, lesquelles importations et exportations sont libres.

 

Le négoce entre les Britanniques et les Siamois est entièrement libre. Le gouvernement siamois se réserve toutefois la possibilité d’interdire l'exportation de sel, de riz et de poisson en cas de disette.

 

 

Le traité Harris de 1856 entre  le Siam et les États-Unis est « Remodelé en « Traité d'amitié, de commerce et de navigation ». Ces modifications accordent aux Américains des droits extra territoriaux en plus de ceux accordés dans le Traité Roberts. Stephen Matoon, missionnaire américain qui est intervenu en tant que traducteur, est nommé premier consul américain au Siam. » (Wikipédia) (7)

 

 

 Le traité de 1856 entre la France et le Siam de Rama IV fut signé le 15 août.

 

« Il comportait 24 articles, les 4 points du règlement auquel le commerce français serait soumis dans le royaume de Siam, ainsi que le tarif des droits à percevoir à l’intérieur du pays ou à la sortie sur 66 articles nommément désignés, et des modalités spécifiques sur les armes et munitions ne pouvant être vendus qu’aux autorités.

 

Les extraits  des 24 articles  montrent bien l’importance du traité pour le commerce français, la création d’un consulat, la protection des Français résidant au Siam, et des savants, et  la liberté religieuse accordée aux missionnaires. » (Cf. Notre article (8))

 

Le bâtiment du premier consulat :

 

 

L’ambassade  siamoise de 1861 en France. ((9) et (10))

 

Après la signature, le 15 août 1856,  du  traité franco-siamois d’amitié de commerce et de navigation, une ambassade siamoise envoyée par le roi Mongkut arrive en France le 2 juin 1861 et  sera reçue avec faste le 27 juin par l’Empereur Napoléon III et l’Impératrice au château de Fontainebleau. L'étude de Dominique Lebas intitulée « La venue de l'ambassade siamoise en France en 1861 » décrit  le contexte historique, la composition de l'ambassade siamoise, la réception des ambassadeurs par Napoléon III, la remise des deux lettres royales, et les multiples présents précieux offerts par le  roi Mongkut et le second roi (34 articles garnis d'une grande profusion de diamants, de rubis et d'émeraudes), les visites effectuées en France durant plus de deux mois pour montrer l’essor de l’industrie française et de son commerce aux ambassadeurs étrangers, qui achèteront de multiples produits.

 

 

 Mais qu'elle fut l’utilité de cette ambassade ? Au niveau politique ?

 

Cette ambassade qui s'est rendue uniquement en France et à Rome n'aura été en fait qu'une simple visite de courtoisie. Les relations franco-siamoises resteront dans un état d'indifférence réciproque et de stagnation jusqu'à l'établissement du protectorat français sur le Cambodge en 1863. Une ambassade siamoise accompagnée de l'abbé Larnaudie se rendra en 1867 à Paris pour régler ce contentieux, pour aboutir au traité du 15 juillet 1867.

 

Par contre, l'ambassade  prendra conscience de la révolution industrielle et de la nécessité d’importer ces nouvelles technologies au Siam.

 

Le 1er ambassadeur avait emmené son fils Nai Samibin  et son frère, Nai Sarb Vijisy, le second ambassadeur, son fils de douze ans. Il avait également emmené  son premier maître charpentier et un maître mécanicien et était parti avec  l'intention de commander en France une machine de soixante chevaux pour son père, le ministre de la Guerre.

 

L’ambassade acheta une grande quantité de machines-outils, et revint avec de nombreux spécimens des différentes réalisations françaises. Nul doute que les trois ambassadeurs contribuèrent à ouvrir leur pays à la modernité et au progrès technologique.

 

 

Le Traité du 15 juillet 1867 entre le Siam et la France. (Reprise en partie de notre article (11) )

 

Le contexte géopolitique.

 

Le Royaume-Uni était installé au sud de son pays, avait défait une seconde fois les Birmans et avait annexé la basse-Birmanie  en 1852. Ce même  Royaume-Uni s’était mis aux côtés de la France pour attaquer la Chine en 1856 et avaient pris Pékin le 13 octobre 1860, ce qui signifiait la fin de la puissance de l’Empire chinois.

Rama IV ne pouvait qu’être inquiet de l’attitude de la France, qui après le traité du 15 août 1856, n’avait pas répondu à sa demande d’envoi d’ambassade et ne l’avait pas remercié pour les présents envoyés. Surtout que le 9 juillet 1859 la France prenait Saïgon.

 

Certes, les relations vont tenter de s’apaiser quelque peu au niveau « symbolique », avec  l’envoi de l’ambassade siamoise le 23 novembre 1860 et sa réception par Napoléon III le 27 juin 1861. Mais Rama IV ne peut ignorer ce qui se passe au Vietnam, qui aboutira au traité du 5 juillet 1862, par lequel l’Annam cédait ses droits sur le Cambodge à la France qui devenait ainsi partie prenante dans le conflit séculaire entre le Siam et l’Annam.

 

 

Ce que le roi Mongkut ne pouvait que contester.

 

Après la mort du roi de Cambodge en 1860 et la « guerre » de succession entre les trois fils, l’armée royale siamoise rétablit l’ordre et installe le roi désigné Norodom, signifiant bien sa volonté de maintenir sa suzeraineté sur ce pays.

 

Mais le  Contre-Amiral de la Grandière  conclut un traité le 11 août 1863 avec le roi du Cambodge,  dans lequel les Français exigent du roi du Cambodge qu'il ne reçoive aucun ambassadeur ou consul étranger sans l'avis des autorités protectrices qui lui accordent en contrepartie assistance dans le maintien de l'ordre intérieur et face aux agressions extérieures. La présence française demeure discrète, un représentant français est nommé à Udong, alors capitale du royaume, pour veiller au respect des clauses de l'accord, quelques garnisons françaises sont disséminées le long du Mékong, artère vitale du pays tant du point de vue économique que politique. 

 

Le roi Mongkut n’accepte pas ce traité et fait signer à Norodom un traité secret le 1er décembre 1863 qui infirmait le traité franco-cambodgien. La France bien sûr le déclare nul et non avenu. Rama IV invite le roi Norodom à se faire couronner à Bangkok le 3 mars 1864. Les Français occupent alors le palais royal d’ Udong et font hisser le drapeau français. Le roi du Cambodge craignant une occupation de son pays revient alors dans sa capitale le 17 mars 1864 et s’y fait couronner le 3 juin 1864.

 

Le 14 avril 1865, Aubaret, Consul de France à Bangkok, alors qu’une canonnière française est dans les  eaux du Ménam, arrive à conclure un «arrangement» avec le Kalahom (1er ministre siamois) qui est censé régler la « question » du Cambodge. Mais le ministre français de la marine et des colonies conteste l’article 4 qui reconnait une suzeraineté siamoise sur le Laos.

 

Rama IV, fort de l’appui anglais, tente de résister aux revendications françaises, mais l’annexion proche de la Birmanie  par les Anglais, l’obligeait à reprendre les pourparlers avec Paris.

 

Mais les négociations n’évoluent pas et le 1er ministre siamois refuse même officiellement, le 13 décembre 1866, la modification de l’article 4, concernant le Laos et la délimitation de ses frontières par rapport au Mékong. Rama IV envoie  une ambassade à Paris, qui arrive en avril 1867 et remet directement une supplique à Napoléon III. Les pourparlers pouvaient recommencer. Ils durèrent 4 mois.

 

Malgré  les révoltes de l'achar Sua (1864-1866) et de Poukombo (1865-1867) contre les occidentaux et contre le souverain qui les avait accueillis, le traité du 15 juillet 1867 sera signé et ratifié le 24 octobre, dans lequel la France conservait le Protectorat sur le Cambodge et le Siam obtenait la propriété des deux provinces cambodgiennes de Battambong et de Siem Reap/Angkor. Le traité comprenait  aussi un accord commercial et prévoyait des modalités de libre circulation. (L’article 6 autorisait les bâtiments sous pavillon français à naviguer librement sur le Mékong et le grand lac Tonlé-Sap).

 

 

Le  roi Rama IV conscient des forces en présence et essayant d’agir dans un difficile équilibre entre l’Angleterre et la France, avait quand même réussi à sauver sa suzeraineté sur le Laos et   gardait  les provinces de Battambang, Siem Reap et Sisophon.

 

Il fut important pour lui de justifier la légitimité du royaume du Siam auprès de ses interlocuteurs étrangers. On peut se rappeler, au-delà des polémiques et des contreverses qu’elle a suscitée, que le Prince Mongkut avait découvert en 1833 la  stèle dite de Ramkhamhaeng datée de 1292 qui sera considérée comme  l'acte fondateur de la nation thaïe.   Elle prouvait pour lui et ses successeurs que la nation thaïe est une vieille nation, née avec le royaume de Sukhotai en 1238, qui avait une Histoire, un idéal avec un royaume abondant, un roi bienveillant, une religion bouddhiste observée par tous, une société bien organisée, une écriture, etc. (Cf Nos articles (11) ) Le roi Mongkut ne manquera jamais de le faire savoir à ses interlocuteurs occidentaux, comme en 1855 en présentant une copie lithographique de l'inscription, et une lettre expliquant sa signification, à l'envoyé britannique john Bowring, et une autre copie  à  l'envoyé français Charles de Montigny  en 1856.

 

 

 

Sa vie et son œuvre ont eu une importance majeure dans l'histoire de la Thaïlande. Sa passion pour l'astronomie fut d'ailleurs la cause directe de sa mort. Il mourut le 1er octobre 1868, d'une fièvre paludéenne ou fièvre des jungles contractée sur les hauteurs de Sam Roi Yot où il était allé observer avec un certain nombre de savants européens l’éclipse de soleil de 1868, une  éclipse du soleil qu’il avait prévue.

 

 

Son fils ainé, Chulalongkorn a alors 15 ans, un Conseil de régence présidé par Sri Suriyawongse, l’ancien premier ministre du roi Rama IV, le fait roi  le 11 novembre 1868.  Il va régner pendant 42 ans pendant lesquels il va réformer et moderniser le royaume, comme aucun roi avant lui. Mais cela est une autre histoire que nous vous raconterons dans le prochain article. 

 

 

NOTES ET REFERENCES.

 

 

(1) RH 57. 2   INTRODUCTION À L'HISTOIRE DE LA DYNASTIE CHAKRI ACTUELLEMENT RÉGNANTE EN THAÏLANDE DEPUIS 1782.

Rama III (21 juillet 1824-2 avril 1851).

 

 

(2) 126. Le roi Mongkut. (Rama IV). (1851-1868)

1ère partie. « major rex siamensium », « le plus grand des rois du Siam  » (?)

http://www.alainbernardenthailande.com/article-126-le-roi-mongkut-rama-iv-1851-1868-123224741.html

 

127.  Le roi Mongkut. ( Rama IV). (1851-1868)

  1. Le règne d’un monarque « éclairé ».

http://www.alainbernardenthailande.com/article-127-le-roi-mongkut-rama-iv-1851-1868-123269822.html

 

(3) 124. Monseigneur Pallegoix. (1805-1862)

http://www.alainbernardenthailande.com/article-124-monseigneur-pallegoix-1805-1862-123022921.html

 

La relation privilégiée qu'il sut nouer avec le prince-moine continua lorsque celui-ci monta sur le trône. Il partagea avec lui ses connaissances encyclopédiques, le roi lui-même étant curieux de tout : photographie, science, optique, astronomie, linguistique, les richesses de notre pays, mais en contre partie, il voulut tout apprendre de ce pays où il avait charge d’âmes : langue, religion, coutumes, etc.

Le monarque par ailleurs partage le goût de Monseigneur pour la linguistique, l’histoire et les sciences. Les leçons d’astronomie données par Monseigneur Pallegoix  lui permettront de déterminer et annoncer avec précision une éclipse totale du soleil le 8 Aout 1868 [...]

Le roi a par ailleurs une évidente attirance pour la civilisation européenne, il se lie également d’amitié avec un autre farang, John Bowring gouverneur de Hong Kong et grand érudit devant l’éternel. L’évêque et le diplomate représentent alors les deux nations qui comptent dans le monde : l’Angleterre et la France. Monseigneur Pallegoix lui a enseigné le latin (le monarque avait souvent la coquetterie de se qualifier de rex siamensium) et l’astronomie, mais Il fera venir de nombreux professeurs occidentaux pour enseigner l’anglais à ses enfants et aux membres de la Cour.

 

 

[…] Ainsi cet homme de religion, avait su rétablir avec modestie la confiance entre le Siam et la France. Sa rencontre avec Rama IV, souverain tout  aussi exceptionnel permettra cette reprise des relations franco-thaïes.

(4) 121. Les revenus du roi Rama III ? (1824-1851).

http://www.alainbernardenthailande.com/article-121-les-revenus-du-roi-rama-iii-1824-1851-122846466.html

 

(5) Charles Bock, consul général de Suède et de Norvège à Shangaï « Le royaume de l’éléphant blanc – 14 mois au pays et à la cour du roi de Siam », traduction française, 1889.

 

(6)128. Le traité « Bowring » de 1855 entre le Siam et la Grande-Bretagne.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-28-le-traite-bowring-de-1855-entre-le-siam-et-la-grande-bretagne-123310343.html

 

(7) Wikipédia :Traité Harris de 1856 avec le Siam.

 

Harris, bien que désireux de se rendre à son nouveau poste au Japon, passe d'abord à Bangkok pour mettre à jour le Traité Roberts (en) de 1833. Dans son audience formelle avec le second roi, Phra Pin Klao, anglophone et ouvert à l'Occident, Harris indique la position de l'Amérique :

« Les États-Unis ne détiennent pas de possessions en Orient, ni n'en désirent. La forme de gouvernement interdit la possession de colonies. Les États-Unis ne peuvent donc pas être un objet de jalousie vis-à-vis d'une quelconque puissance orientale. Les relations commerciales pacifiques, qui donnent autant qu'elles bénéficient, est ce que le président souhaite établir avec le Siam, et tel est l'objet de ma mission. »

La finalisation du Traité Bowring (en) de 1855 de l'empire britannique retarde Harris d'un mois mais il a seulement à négocier des points mineurs pour en faire le traité Harris de 1856. Remodelé en « Traité d'amitié, de commerce et de navigation », ces modifications accordent aux Américains des droits extra territoriaux en plus de ceux accordés dans le Traité Roberts. Stephen Matoon, missionnaire américain qui est intervenu en tant que traducteur, est nommé premier consul américain au Siam.

 

(8)129. Le traité de 1856 entre la France et le Siam de Rama IV. (1851-1868)

http://www.alainbernardenthailande.com/article-129-le-traite-de-1856-entre-la-france-et-le-siam-de-rama-iv-1851-1868-123342762.html

 

L’étude de Charles Maynard de 510 pages, intitulée : « Le second empire en Indochine, Siam, Cambodge, Annam. L’ouverture du Siam au commerce et la convention du Cambodge » nous montre les différentes étapes de cette ambassade, les principaux éléments de cette négociation, et les résultats obtenus avec le traité signé le 15 août 1856.

 

 

(9) 131. L’ambassade  siamoise de 1861 en France.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-131-l-ambassade-du-siam-de-1861-en-france-123390953.html

D' après l'excellente étude de Dominique Lebas intitulée « La venue de l'ambassade siamoise en France en 1861 » In: Aséanie 3, 1999. pp. 91-112.doi : 10.3406/asean.1999.1621 http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/asean_0859-9009_1999_num_3_1_1621

 

(10) A.54 Le Siam au château de Fontainebleau, l’ambassade du 27 juin 1861.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a54-le-siam-au-chateau-de-fontainebleau-l-ambassade-siamoise-du-27-juin-1861-97695442.html

 

(10) 132. Le Traité de 1867 entre le Siam et la France.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-132-le-traite-de-1867-entre-le-siam-et-la-france-123423031.html

 

(11)   La stèle de Ramakhamhèng de 1292 ;

2 articles :

http://www.alainbernardenthailande.com/article-19-notre-histoire-la-stele-de-ramakhamheng-101595328.html

 

Et 20. Notre Histoire : Le roi  de Sukkhotaï  Ramkhamhaeng, selon la stèle de 1292

http://www.alainbernardenthailande.com/article-20-notre-histoire-le-roi-de-sukkhotai-ramkhamhaeng-selon-la-stele-de-1292-101594410.html

 

Pour en savoir plus :

125. Que savions-nous du Siam en 1855 ?

http://www.alainbernardenthailande.com/article-125-que-savions-nous-du-siam-en-1855-123162026.html

 

A218 - LA THAÏLANDE N’A JAMAIS ÉTÉ COLONISÉE ? (SUITE)

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/07/a-218-la-thailande-n-a-jamais-ete-colonisee-suite.html

 

 

Partager cet article

Repost0

commentaires