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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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Pourquoi ce blog ?

  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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Merci d’être venu consulter ce blog. Si vous avez besoin de renseignements ou des informations à nous communiquer vous pouvez nous joindre sur alainbenardenthailande@gmail.com

14 septembre 2020 1 14 /09 /septembre /2020 22:34

 

 

PREMIÉRE PARTIE.

 

Nous avons déjà parlé des mariages mixtes en Thaïlande  (1), les deux derniers de nos trois articles n’étaient pas le fruit de notre imagination mais reposaient en particulier sur une thèse de Mademoiselle Patcharin Lapanun (นางสาว พัชรินทร์ ลาภานันท์) qui, datant de 2013, reste pour l’essentiel d’actualité, fondée tout à la fois sur de solides références bibliographiques et des enquêtes approfondies sur les lieux, (2).

 

 

On les appelle des « mia farang (occidental) » (เมียฝรั่ง). Elles vivent avec, et avec le soutien financier de leurs partenaires, qu'elles soient officiellement mariées ou non. Le terme plus recherché de « phanraya Farang » (ภรรยาฝรั่ง« épouse de Farang » est plus courtois mais rarement utilisé. Notons qu’en matière conjugale, la morale bouddhiste diffère quelque peu de la nôtre. La polygamie a été formellement interdite en 1932 seulement mais subsiste incontestablement dans une réalité qu’il faut avoir présente à l’esprit. Le vocabulaire en témoigne qui classifie ainsi les épouses :

 

 

La première est la mia luang (เมียหลวง) qui est l’épouse principale.

 

 

 

 

Si elle est « principale », c’est évidemment qu’il peut  y en avoir d’autres. Suit la (ou les) mia noï (เมีย น้อย), une épouse secondaire que les Thaïs qui en ont les moyens entretiennent ailleurs qu’au domicile conjugal, le plus souvent au vu et au su de la précédente qui ne s’en offusque pas tant que le mari remplit ses obligations à son égard. C’est une question de standing!

 

 

Si  ses moyens le lui permettent, le Thaï peut encore entretenir une mia lap  (เมีย ลับ) mais de préférence à l’insu des précédentes, mia lap  signifie épouse cachée. 

 

 

Citons encore les incursions épisodiques chez les mia tchaô (เมีย เช่า) ; une épouse de location, le nom définit assez la chose.  Les Thaïs ne s’en offusquent pas,  pas plus qu’ils ne s’offusquent de la vie privée de leur roi qui entretient effectivement un sérail. Son arrière-grand-père, le grand roi de la dynastie, Rama V, eut 77 enfants de quatre épouses. Le père de celui-ci, Rama IV, le bouddhiste mystique de la dynastie qui passa un quart de sa vie dans un temple bouddhiste astreint à la chasteté, en eut 86  d’autant d’épouses. Les libertés que les Thaïs prennent avec le lien conjugal expliquent probablement que peu d’européennes qui supportent mal l’adultère s’unissent à des Thaïs.

 

 

Le débat est revenu sur le tapis à la suite d’un article publié en décembre dernier sur le site (en thaï) du Matichon Weekly  (มติชนสุดสัปดาห์).

 

Le site Isaan record vient de se lancer dans ce qui est en quelque sorte un droit de réponse en plusieurs épisodes dont le premier a été mis en ligne le 23 août sous le titre « The Good Daughters of Isaan », traduisons le, faute de mieux, par « ces braves filles de l’Isan » (3).    

 

Nous préférons le titre choisi en thaï pour la série d’articles : « Série Amour, argent et devoir: Mia Farang en Isan - Le mariage avec des hommes occidentaux renforce-t-il le potentiel des femmes Isan » (ซีรีส์ชุด ความรัก เงินตรา และหน้าที่: เมียฝรั่งในอีสาน – การแต่งงานกับชายชาวตะวันตกเพิ่มศักยภาพให้ผู้หญิงอีสานหรือไม่?)

 

 

 

Préambule

 

La question concerne tout à la fois les filles qui ont rejoint le pays de leur mari et celles dont le mari vient vivre au village de son épouse. Notons que l’hypothèse d’une femme occidentale mariée à un Thaï et à plus forte raison un Isan ne se pose guère même s’il en existe mais ce ne sont que de rarissimes épiphénomènes.

 

Le phénomène « mia farang » est récent. Les études anciennes sur les travailleurs du sexe ne les mentionnent pas, à une époque où la prostitution était ou aurait été le deuxième secteur d'emploi des femmes thaïlandaises derrière l'agriculture, statut temporaire avant que ces femmes aient économisé assez pour retourner dans leurs provinces d'origine pour s’y marier et assumer le rôle de mère de famille.

 

Jusque dans les années 50 ces unions mixtes concernaient surtout des femmes des classes supérieures telle la princesse Ubonratana, sœur aînée du roi de Thaïlande, qui fut un temps mariée à un américain dont il est permis de penser qu’il ne venait pas du Bronx. Plus tard arrivèrent les américains pour lesquels les filles de l’Isan étaient considérées avec condescendance comme « mia chao » (เมีย เช่า),  inutile d'en dire plus.

 

 

Quarante ans plus tard, le mariage entre les femmes thaïes et les occidentaux est devenu un phénomène si répandu qu'il a suscité une surabondante littérature, la thèse susvisée de Mademoiselle Patcharin Lapanun n’en est qu’un exemple, et avec souvent  la réprobation des classes privilégiées.

 

 

 

Le scandale

 

L’un de ces articles venimeux a conduit le site Internet Isaanrecord à se pencher sur cette question dans une série d’articles faisant référence d’ailleurs à la thèse susdite et ce pour remettre en question à juste titre des hypothèses sous-jacentes alors même que ce phénomène est de plus en plus important en Isan.

 

Une colonne du Matichon Weekly  (มติชนสุดสัปดาห์) le 22 décembre dernier sous la signature d’un certain Phensri Phaoluangthong attaquait ouvertement ces filles de choisir le salut avant leur dignité et de ne pas savoir profiter de la chance qu’elles avaient de profiter d’un système éducatif qui donne leur chance à tous et à toutes. Il ajoute d’ailleurs que la meilleure des preuves en est qu’aucune n’est capable de réciter ses tables de multiplication. Il est difficile de trouver plus stupide et facile de rétorquer :

 

1) que l’égalité des chances dans le système éducatif laisse quelque peu à désirer. Le coût des études dans le très célèbre collège de l’Assomption à Bangkok -  toute la bonne société thaïe y passe - est de plusieurs centaines de milliers de bahts par année. Il en est de même pour les Universités, le coût annuel y est au minimum de 150.000 bahts compte non tenu des dépenses annexes (nourriture, logement, déplacements), 8 mois du revenu  moyen d’un habitant de l’Isan  qui est d'environ 20.000 baths !

 

 

2) Qu’à cette heure, il n’y a probablement plus un bachelier en France qui soit capable de réciter par cœur nos tables de multiplication comme nous avions dû les apprendre dans le primaire jusqu’à celle de 12 et 15 dans le secondaire. Les calculettes y suppléent d’ailleurs avantageusement ! Si l’on en croit les statistiques de l’UNESCO, le taux d’alphabétisation des femmes de plus de 15 ans serait passé de 83,89 pour cent en 1980 à 92,43 pour cent en 2018. Il subsiste bien évidemment des illettré(e)s. Ce qu’a pu constater l’un d’entre nous assistant à des scrutins dans son village de l’Isan est que quelques très rares vieillards, femmes essentiellement,  devaient signer en apposant leur pouce sur la listes d’émargement, en sachant que les femmes qui le faisaient ne sont pas de celles dont un farang peut tomber amoureux.

 

 

3) Que si ces femmes n’ont pas fréquenté le monde universitaire, cela ne signifie donc pas qu’elles soient illettrées et surtout qu’elles soient dépourvues de bon sens et comme disait Piron en citant Molière :

« Le bon sens du maraud quelquefois m'épouvante. Molièreavec raisonconsultait sa servante... ».

 

Certains universitaires ont parfois une permanente et orgueilleuse prétention à l’omniscience oubliant qu’il peut y avoir plus de « culture » chez un paysan illettré que chez un agrégé de philosophie.


Cet article sexiste et ouvertement raciste a suscité de véhémentes protestations chez les habitants du nord-est, en particulier de la part des femmes. La chronique a été supprimée et Matichon a présenté des excuses en interdisant désormais ses colonnes à l’auteur.

 

C’est en réponse à cet article que The Isaan Record a pris la décision de publier une série d’articles sur ces « mia farang ».  Nous les suivons avec intérêt. Ils sont assortis de références bibliographies et les éléments chiffrés – même s’ils peuvent paraître sujets à caution – relèvent de sources officielles.

 

 

Les origines du phénomène

 

Dans les années 1960 et 1970, des dizaines de milliers d’américains étaient stationnés en Isan, attirant par là même les femmes issues des milieux défavorisés. Certains GI les épousèrent et les ramenèrent aux États-Unis. D’autres furent laissées pour compte souvent avec des enfants mi- américains, mi-Isan et furent de toute évidence victimes de stigmatisation sociale. Les coloniaux d’Indochine firent de même avec leurs congaïs.

 

 

Pendant les années, de nombreux hommes de l’Isan migrèrent vers le proche orient ou Taiwan et les femmes vers les centres urbains et les sites touristiques. Certaines purent émigrer vers les pays occidentaux en tant qu'épouses et purent envoyer des fonds à leurs familles. Les occidentaux, même issus de classes modestes étaient à la fois économiquement supérieurs et souvent assez âgés. À l'époque, les grandes maisons de style occidental, financées par cette migration internationale, sont devenues plus courantes même dans les villages les plus reculés de l'Isan. Au tout début du siècle, plus de 17.000 femmes isan se seraient trouvées mariées à l’étranger. Au début du siècle aussi, de plus en plus de jeunes femmes d'Isan choisissaient de se marier avec des occidentaux en général plus âgés.  En 1960, les Occidentaux présentes en Thaïlande représentaient 0,2 pour cent de l'ensemble de la population et 0,3 pour cent en 1970. En 2000, ils auraient été 445.000 soit 0,73 pour cent de l’ensemble de la population. Les occidentaux vivant en Isan à l'époque étaient rares, probablement tout au plus un millier. À partir de 2000, la situation va changer radicalement. Le pays devenu une destination plus attrayante pour les retraités et les lois sur l'immigration ont permis aux étrangers suffisamment aisés (mais tout est relatif) d'obtenir un visa. En 2004 plus de 17.000 femmes Isan auraient étaient mariées à des Occidentaux. En 2010, le nombre d'Occidentaux résidant en Thaïlande a été multiplié par treize et représentait 0,41% de l'ensemble de la population, passant d'un peu moins de 20.000 en 2000 à environ 271.000 en 2010.

 

Entre 2000 et 2010, la population thaïe a augmenté d'environ 5% tandis que le nombre d'étrangers résidents a augmenté de 670%. Le rapport entre les hommes et les femmes a considérablement changé. En 1970, 55% des Occidentaux résidant en Thaïlande étaient des hommes. En 2010, les hommes représentaient 74%.  Les hommes représentaient 62% des Occidentaux à Bangkok, 80% dans le Nord, et 90% en Isan. Presque tous en Isan seraient mariés à des thaïes.

 

En 2010 il y aurait eu dans la province de Khon Kaen 3.470 Occidentaux. Il y aurait toujours rien qu'à Khon Kaen 7.447 mariages mixtes enregistrés.

 

Il est probable que le nombre de couples est beaucoup plus élevé puisque 44% de’ ces mariages ne sont pas enregistrés. L’occidental peut vivre en simple concubinage, il peut adopter la cérémonie du mariage traditionnel auquel les Thaïes attachent plus d’importance qu’au mariage officiel à l’amphoe et suivre avec le mariage sur papier. Cela signifierait que, toujours dans la province de  Khon Kaen, il pourrait y avoir plus de 10.000 couples, mariés d’une façon ou d’une autre ou pas mariés.

 

Devons-nous cet afflux à la présence de troupes américaines d’abord et au fait que la Thaïlande soit la principale destination du tourisme sexuel, « qualité » qu’elle partage avec les Philippines bien que les Occidentaux s’y installent moins volontiers qu’en Thaïlande ? La thèse de Mademoiselle Patcharin Lapanun y a répondu (2).

 

 

Le profil des épouses isan.

 

80 pour cent auraient des enfants issus de relations antérieures avec des Isan ou des Thaïs. Elles se situent dans une tranche d'âge de 20 à 70 ans mais l’âge moyen est de 39,5 ans. Elles ont bénéficié des 6 ans d’éducation primaire à 66 pour cent, 20 pour cent pour les 9 ans, 6 pour cent pour le second degré et 3 pour cent au-delà. Elles ne sont en tous cas pas analphabètes (même si elles ne récitent pas la table de 12).

 

 

Le profil des maris.

 

40 pour cent seraient des travailleurs qualifiés ou hautement qualifiés employés dans des entreprises étrangères, 25 pour cent sont étudiants ou patron de leur propre entreprise, 13 pour cent sont pensionnés. Les trois-quarts ont été antérieurement mariés et pratiquement tous ont des enfants de cette précédente union. Leur âge varie de 28 à 80 ans, la moyenne étant de 60. Les trois-quarts ont plus de 50 ans. La moitié tire leurs revenus d’une activité professionnelle et l’autre de pensions ou retraites.

 

 

La répartition géographique

 

Les provinces comportant plus de 2.000 couples mixtes sont Buriram, Nakhon Ratchasima, Khon Kaen, Sisaket et Udonthani. Par contre, il n’y en a que 49 à Amnat Charoen.

 

Les provinces avec la plus forte densité de maris occidentaux vivant en Isan (au moins 154 pour 100.000 habitants sont Buriram, Sisaket, Khon Kaen, Maha Sarakham, Udonthani et Surin. Celle qui en a le moins est Bueng Kan (17 pour  100.0000 habitants).

 

En moyenne 54 pour cent vivent en zone rurale et plus de 70% dans les provinces de Maha Sarakham, Sakon Nakhon, Surin, Yasothon et Loei.

 

Les nationalités les plus fortement représentées seraient les russes, les norvégiens, les italiens et les suisses.

 

Nous citons naturellement ces chiffres sous bénéfice d’inventaire.

 

 

Nous avons par ailleurs d’autres chiffres concernant en particulier nos compatriotes mais il reste difficile d’évaluer leur chiffre réel. D’après l’Immigration thaïe en 2018, 72.969 étrangers toutes nations confondues (89.000 selon d’autres sources ?) bénéficiaient d’un visa ou d’une extension  « retirement » et 16.276 d’un visa « thaï wife ». Les Français titulaires d’un permis de travail sur l’ensemble du pays étaient 5.136. Pour les Français, un chiffre est certain mais non significatif : il y a 13.321 inscrits au registre dans tout le pays dont en Isan la majorité se situe dans les grands centres de Korat, Ubon, Udonthani et Khonkaen. Un chiffre est plus précis pour l’Isan, aux élections présidentielles de 2017, le bureau de vote de Khonkaen qui concernait les 20 provinces de l’Isan et curieusement celle de Phetchabun qui n’est pas en Isan enregistrait 443 électeurs inscrits et 445 aux élections législatives suivant mais on peut être inscrit consulaire sans être inscrit sur les listes électorales. Ceci dit, même si la  carte de résident porte la superbe mention « le titulaire de la présente carte est placé sous la protection consulaire de la France » on se demande toujours quel en est l’intérêt au quotidien notamment dans nos rapports avec les autorités locales.
 

 

Il est donc certain que de nombreux résidents permanents ne s’inscrivent pas et ce pour diverses raisons :

 

L’absence d’intérêt concret tout d’abord.

 

D’autres perçoivent en France des prestations sociales qu’ils n’auraient le droit de percevoir que s’ils résidaient sur le territoire national. Ils ne souhaitent donc pas se manifester auprès de l’Ambassade et retournent brièvement en France pour y refaire leur passeport en tant que de besoin.

 

Citons pour mémoire tout simplement ceux qui sont en « en cavale » ou en « overstay » depuis des années et qui n’ont guère intérêt à bouger une oreille. Leur nombre est évidemment impossible à déterminer.

 

Il y a enfin ceux qui ont accompli une mission temporaire de plusieurs années et sont repartis sans se faire radier.

 

Cependant le consulat ne craint pas d’annoncer un nombre  d’ « environ 40.000 français » résidant en Thaïlande. C’est une évaluation fantaisiste puisque les ressources des Consulats sont allouées en fonction du nombre de résidents, et non du nombre de résidents inscrits ce qui explique le « forcing » que fait le dit consulat pour promouvoir ces inscriptions !

 

L’intérêt de l’étude du site est de mettre en exergue de façon chiffrée l'ampleur du phénomène mia farang et par ailleurs de donner au vu d’éléments chiffrés le glissement depuis essentiellement le début du siècle entre la migration par mariage conduisant les femmes de l’Isan en Occident et une tendance plus récente mais massive des hommes occidentaux à venir s'installer dans le Nord-Est avec leurs femmes.

 

A suivre ......

 

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