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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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17 septembre 2020 4 17 /09 /septembre /2020 07:22

 

DEUXIÈME PARTIE.

 

Notre précédent article faisait état d’une intéressante analyse publiée sur le site Isaan record mettant en évidence l'ampleur du phénomène « mia farang » et son évolution chiffrée depuis le début du siècle montrant le glissement de la migration par mariage conduisant les femmes de l‘Isan en Occident vers une tendance plus récente des occidentaux à venir s'installer dans le Nord-Est avec leurs femmes.

 

Dans la publication suivante, Isaan record  fait état de la manière parfois négative dont ce phénomène est parfois perçu malgré son importance économique, utile remise en cause de stéréotypes appuyée sur le sentiment réel des principales intéressées (1). Nous en tirerons nos propres conclusions.

 

 

Le nombre de femmes Isan ayant émigré  pour vivre avec leurs maris en Occident et plus récemment le nombre toujours croissant d'occidentaux s'installant chez leurs épouse en Isan aurait interpellé les élites mais était-ce bien justifié ?

 

Ne peut-on penser que ces femmes, loin d’être des victimes ont fait preuve de liberté de choix dans leur propre vie et ont amélioré leur situation et celle de leur famille. C’est ce qu’elles disent toutes.

 

Nous reprenons naturellement les chiffres que nous donne le site toujours sous bénéfice d’inventaire. Ils mériteraient évidemment d’être mis à jour.

 

 

Entre 2000 et 2010, le nombre  d'occidentaux installés dans le Nord-Est avec et chez leurs épouses Isan est passé de moins de mille à près de 25.000 pendant que des milliers d’autres ont déménagé en Europe, en Australie ou aux États-Unis et envoient systématiquement de l’argent au village.

 

En termes purement économiques ces unions ont eu un effet concret sur toute la région. En 2004, il y aurait eu 15.000 femmes Isan  impliquées dans une relation avec un occidental qui auraient envoyé depuis l’étranger 1.464.000.000 bahts à leurs familles, un peu moins de 40 millions d’euros et une moyenne annuelle d'environ 97.600 bahts soit environ 2.500 euros par famille. C’est loin d’être dérisoire. Cette contribution serait égale au revenu moyen de 36.552 familles ! De même elles représenteraient plus de 6% de la production économique totale de l’Isan alors que pour ces mêmes années les envois depuis l’étranger pour le pays dans son ensemble n’étaient qu’environ 1%.

 

Dix ans plus tard, en 2014, ce chiffre aurait été multiplié presque par 7 passant à 8.670.000.000 bahts soit près de 280 millions d’euros. Le revenu annuel moyen des ménages thaïs aurait alors été de un peu plus de 100.500 bahts. Cette contribution aurait alors pu fournir le revenu annuel moyen à plus de 86.000 familles du nord-est. Un village de la province de Roi-et s’est signalé aux médias comme « le village suisse », plus de 18 pour cent des ménages avaient un gendre occidental bien que la plupart des femmes vivaient avec leur mari en Suisse.

 

 

 

Dans un autre ordre d’idée, une fillette d’un jardin d’enfant dans la province d’Udonthani aurait déclaré en 2008 à un journaliste de Khom Chat Luek (คมชัดลึก) « quand je serai grande, je veux être mia farang ». Ce n’était probablement qu’un  mot d’enfant mais il scandalisa les lecteurs et responsables administratifs et universitaires qui y virent un danger à venir, le déclin de l'institution familiale en Isan.  Pour les autorités, l’affirmation est suave dans un pays où l’institution de la mia noi (épouse secondaire) est érigée à la hauteur d’une institution.

 

 

 

L’article indigna également les lectrices mia farang : Pourquoi ne mentionnait-il pas le bien que ces farangs avaient pu faire à leurs familles ? Elles ajoutaient qu’elles avaient cherché à faire un mariage mixte en raison de crises familiales, de l'irresponsabilité des hommes locaux et de leur désir de prendre soin de leurs parents.

 

Mademoiselle Pacharin Lapanun dans sa thèse citée dans notre précédent article - l'une des études les sérieuses sur le phénomène des mia farang en Isan - nous apprend que les autorités centrales s'inquiétèrent de voir ces régions perdre leur âme thaïe et d'oublier les traditions locales et les valeurs familiales. Un chercheur universitaire s’est même inquiété que les hamburgers ne remplacent la nourriture Isan dans ces villages à risque !

 

 

 

 

Certains dans les administrations pensèrent qu’il y aurait un lien entre les mariages mixtes et l’exportation de la prostitution ? Le mariage avec un occidental aurait alors été en épousant une Isan et l’amenant de son pays, un moyen pour l’occidental de la livrer à la traite ! Ces propos relevaient d’un penchant nationaliste centré sur Bangkok, le phénomène mia farang suscitant un certain malaise. Tel avait été le cas de la colonne condescendante, sexiste et raciste publiée en décembre 2019 par le Matichon Weekly qui a provoqua un tollé parmi les femmes Isan. Nous en avons parlé dans notre précédent article.

 

 

 

Autre opinion également répandue dans les années 80-90 dans les milieux universitaires et intellectuels de Bangkok : les épouses thaïes de farangs étaient des jeunes femmes naïves en proie à des prédateurs sexuels. Le stéréotype le plus répandu chez ces « bobos » était que la femme était une « prostituée » et l'homme un « sexpat» ! D’autres sources plus sérieuses en sus de Pacharin Lapanun soulignèrent que les femmes Isaan fuyaient une vie agricole pauvre dans le nord-est et étaient le plus souvent des mères célibataires délaissées par des hommes locaux peu fidèles. Ces femmes étaient marginalisées en raison de leur sexe, de leur appartenance ethnique et de leur classe sociale. Elles n’eurent gère d’autre option que de migrer vers les centres urbains ou dans les lieux de divertissement avec tout ce que cela comporte. Elles tentèrent ainsi de surmonter leur statut marginalisé et n’avaient guère d’autre occasion pour monter dans l’échelle sociale que d’épouser un  occidental. Et même si les bénéfices du tourisme tombaient entre les griffes des sociétés internationales, des compagnies aériennes et de chaînes hôtelières, elles purent en siphonner une part en direction de l’Isan. Ces « braves filles » sont actuellement perçues d’une façon moins négative : Épouser un occidental en Isan est accepté et porte moins de stigmatisations que dans les décennies précédentes. Citons un dirigeant local masculin : « Les femmes (mia farang) ne peuvent pas choisir le lieu et le milieu social où elles sont nées, mais elles peuvent choisir celui où elles veulent être physiquement et socialement), et tant que leur choix les rend heureuses et en sécurité, elles et leur famille, nous n’avons rien contre ».

 

La société de l’Isan est traditionnellement matrilinéaire : la terre et la richesse sont largement contrôlées par les femmes. Lorsqu'elles se marient, la famille du mari doit non seulement payer une dot, mais elle perd également son fils. En règle générale, les nouveaux gendres s’installent dans la famille de la femme, y apporte son travail et les ressources qui en sont la conséquence. Si dans une famille, la présence d’une fille est, toutes proportions gardées, plus appréciée que celle d’un garçon, la contrepartie en est que l’on attend plus d’elles pour prendre soin de la famille. La principale expression culturelle de cette matrilinéarité est le devoir des filles envers leurs parents. Elles sont – même travailleuses du sexe – des filles respectueuses imbues de leur rôle de soutien de famille. À mesure que les revenus agricoles diminuaient, les familles Isan devinrent de plus en plus dépendantes des envois de fonds des membres de la famille qui avaient migré vers les zones urbaines en Thaïlande ou à l'étranger, dans le cadre d'un schéma qui s'est étendu du rural-local, à l'urbain-national, au transnational. Dans une économie plus monétisée, l'accent mis sur le travail potentiel des gendres transformé en argent et autres ressources matérielles auxquels ils peuvent contribuer. Épouser un occidental devint tout à la fois une stratégie majeure pour les femmes dans l'accomplissement de leur devoir filial et un moyen de renforcer leur statut. Si au cours des décennies passées, les couples mixtes s’installèrent dans le pays d’origine du mari et envoyaient des fonds à la famille isan, il y a maintenant une prolifération de ces couples qui s'installent en Thaïlande et le plus souvent en Isan, ce qui, en quelque sorte, perpétue la tradition des gendres qui s’installent dans le village de leur femme. Cela est comme avoir gagné à la loterie.

 

 

 

Ces réflexions appellent quelques observations de notre part.

 

Qu’il existe un tourisme sexuel en Thaïlande est une réalité, comme il y en a ailleurs même dans la vieille Europe « eros centers ». Il est évident par contre que les étrangers qui ont conduit leur épouse dans leur pays natal ne sont pas des proxénètes et que ces épouses n’y deviennent pas des gourgandines. Il est non moins évident que l’immense majorité des Occidentaux installés en Isan ne sont pas des obsédés sexuels (même s’il y en a) et que leurs épouses ne sont pas des « putes ».

 

 

 

 

La question de la déculturation qui en résulterait existe-t-elle ? Elle est incontestablement le fruit non pas de notre présence mais de la mondialisation, qui est probablement beaucoup plus présente à Bangkok qu’en Isan.

 

Nos épouses continuent à fréquenter le temple du village,  et quelques occidentaux se disent à tort ou à raison bouddhiste. Elles continuent à mitonner leur somtan et le riz gluant assaisonné de plara et dans le village suisse, il serait étonnant qu’elle l’ait remplacé par une raclette.

 

Même si notre présence est « massive », tout est relatif. Quelques centaines de milliers d’occidentaux au milieu de plus de 20 millions de locaux, sur 160.000 kilomètres carrés, cela représente  au maximum 2 pour cent de la population et nous sommes deux ou trois au kilomètre carré alors qu’il y a plus de 5000 habitants au kilomètre carré à Bangkok. Il n’y a pas risque de « libanisation » de l’Isan.

 

Il est enfin une  question qui nous interpelle : que devient au milieu de ces explications chiffrées la part du sentiment ? Les intervenants sur le site en parlent dans l’article suivant (2), sous la signature de David Streckfuss, un universitaire américain qui vit en Thaïlande depuis 20 ans. Opposition binaire ? Mariages fondés sur l’argent ou sur un amour romantique ? Il n’y a pas incompatibilité, c’est un sujet que nous avons longuement traité, n’y revenons pas (3), au vu d’une thèse remarquable signée de Mademoiselle Patcharin Lapanun (4). Streckfuss, la cite d’ailleurs d’abondance et adopte ses conclusions : L'affirmation courante selon laquelle les femmes se marient en raison d'avantages matériels et que les hommes se marient pour l'amour romantique est donc une simplification excessive qui ne saisit pas les motivations diverses et complexes qui alimentent la logique du désir qui façonne les choix de mariage et les décisions des femmes et des hommes concernés ». C’est, toutes proportions gardées, la position qu’adopte  Pintong Lekan, une universitaire isan qui défend avec ardeur la dignité des mia farang  et qui a engagé une procédure en diffamation contre l’auteur de l’article du Matichon dont nous avons parlé, il est actuellement en cours devant la Cour d’appel de Khonkaen, et nous en attendons la suite bien évidemment !

 

Une observation de Streckfuss nous a semblé particulièrement pertinente, pour conclure,  lorsqu’il parle d’ « amour comme résultat » : Si la relation débute par d’incontestables convergences d’intérêts (pas seulement matériels) entre les conjoints, elle se poursuit à l’usage par un véritable amour même s’il ne fut pas celui du coup de foudre. Sans coup de foudre et sans passion, certes, mais d’une part un occidental d’un certain âge qui n’arrive pas innocent, fort le plus souvent d’échecs dans son pays natal, avec divorce en général, et de l’autre des femmes qui ont le plus souvent subi le même échec, marquées également. Elles ne sont plus des oies blanches mais refaire leur vie avec un Thaï ne leur est pas concevable. Le nouveau conjoint acceptera sans difficultés la présence des enfants d’un autre. Ils ont tous deux atteint l’âge de raison.

Ce ne sont pas des mariages prédestinés, que nous connaissions dans tous les milieux de notre société, dans la noblesse, un prince n’épouse pas une bergère, dans la bonne bourgeoisie qui y fut le plus astreinte, pour sceller des intérêts le plus souvent pécuniaires, dans le monde paysan parfois enfin, un  bon mariage pour réunir des terres ou supprimer des servitudes de passage bien que les populations rurales aient été moins frappées ! Molière s’en est légitimement gaussé, ils faisaient souvent des cocus magnifiques. Une étude serait également à faire : Si en France 52 pour cent des mariages se terminent par un divorce (chiffres INSEE 2013) qu’en est–il ici de la rupture de ces unions ? Nous en sommes probablement fort éloignés même si nous en connaissons de façon épisodique.

 

Nous conclurons avec François Coppée

 

« Dans cette vie ou nous ne sommes que pour un temps si tôt fini, l’instinct des oiseaux et des hommes sera toujours de faire son nid ».

 

 

NOTES

 

(1) « The Good Daughters of Isaan (2) – Challenging the “victim” narrative of mia farang », article du 24 août :

https://isaanrecord.com/2020/08/24/the-good-daughters-of-isaan-2/

 

(2) « The Good Daughters of Isaan (3) – Marriage to a Western man, an act of empowerment for Isaan women? », article du 25 août : https://isaanrecord.com/2020/08/25/the-good-daughters-of-isaan-3/

 

(3) Voir notre article ISAN 43 – LES MARIAGES MIXTES DES FEMMES DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE.

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/04/isan-43-les-mariages-mixtes-des-femmes-du-nord-est-de-la-thailande.html

 

(4) « Logics of Desire and Transnational Marriage Practices in a Northeastern Thai Village », thèse soutenue à l’Université d’Amsterdam en 2013 et numérisée sur le site de l’Université

https://research.vu.nl/en/publications/logics-of-desire-and-transnational-marriage-practices-in-a-northe.

 

(5) « The Good Daughters of Isaan (4) – Stop stigmatizing us, we Isaan women determine our own fate » :

https://isaanrecord.com/2020/08/27/the-good-daughters-of-isaan-4/

 

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