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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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8 octobre 2020 4 08 /10 /octobre /2020 11:41

Cet animal sacré au Siam, en Birmanie et au Cambodge a naturellement suscité l’imagination des romanciers ou romancières. Nous avons rencontré le burlesque avec Robida (1), une histoire d’amour à l'eau de rose avec Judith Gauther (2), un feuilleton avec Armand Dubarry (3) et un conte pour enfants avec Georges Sand (4).

 

 

La version que nous donne Villiers est singulière. Elle est assurément la plus insolite, la plus fantastique et aussi la plus farfelue sortie de l’imagination débridée de l’écrivain. A l'exception peut-être des Contes cruels, qui ont bénéficié de multiples rééditions, son œuvre reste partiellement méconnue. Tel est le cas de cette Légende de l'Éléphant blanc oú il rassemble le meilleur de ses qualités, un style magistral et un humour à tout le moins particulier. Publiée une première fois dans la « Revue Illustrée » de 1886, illustrée par Eugène Courboin,

 

la même année la légende est insérée dans le recueil intitulé « l’amour suprème », illustrée par Auguste Gorguet. 

 

 

 

Le texte intervint dans un contexte géopolitique  qui n’est plus guère d’actualité.  Villiers aurait eu l’intention initiale de l’intituler « Les ruines d’Angkor », le situant au Cambodge alors tributaire du Siam, non encore protectorat mais chasse gardée des Français. La mainmise de l’Angleterre sur la Birmanie en 1885 modifia son intention première, Angkor devint Mandalay et les rives de l’Irrawaddy remplacèrent celles du Mékong (5).

 

 

Résumons-le en quelques lignes en tentant sans le trahir de n’être ni simplificateur ni imparfait. 

 

LE CONTRAT

 

Lord  W*** avait résolu de doter le Zoological garden de Londres d’un véritable éléphant blanc, fantaisie de grand seigneur, orgueil national aidant.

 

 

Un « grand touriste » de ses amis lui en avait donné l’idée, ayant lui-même rencontré l’animal à une hauteur de 22° de latitude en un endroit situé sur une carte. L’Anglais n’ignorait pas l’importance de cet animal pour les populations locales ni la guerre sanglante entre le Siam et la Birmanie qui fut déclarée pour la possession d'un de ces fantastiques animaux sacrés que le roi de Siam se refusait à céder aux Birmans. Le richissime gentilhomme offrit cent mille livres (deux millions cinq cent mille francs de l’époque) à l'illustre dompteur Mayëris pour qu'il procède au rapt d'un de ces animaux et le lui livre à quai à Londres non sans l’avoir avisé des risques encourus : La tradition bouddhiste promettait la ruine de l’empire du jour où un de ses éléphants disparaissait et mieux valait pour les chasseurs ne pas tomber entre les mains des autochtones ! Mayëris accepta le marché. Il s’adjoint les services d’une douzaine d’aventuriers chevronnés que Villiers appelle des bas-de-cuirs (référence à Fenimore Cooper ?).

 

 

Lui et ses hommes se jurèrent de se faire mutuellement, l'aumône d'une mort rapide, au cas où ils se verraient découverts et cernés, afin de ne pas tomber vivants entre les mains cruelles et échapper aux tortures des « talapoins de la Sacrificature » dont le gentilhomme leur avait fait une description terrifiante.

 

Notre bestiaire avait l’esprit pratique et s’était dit que pour enlever l’animal au travers des menaces et des dangers, il était d'abord indispensable de le teindre. Il chercha quelle teinture provisoire pourrait le mieux résister aux intempéries éventuelles, et finit par s'approvisionner, tout bonnement, de quelques barils de l'Eau pour barbe et cheveux  la plus en vogue chez la gentry !

 

 

L’EXPÉDITION

 

Le petit équipage gagne l'Asie et remonte en radeau un grand fleuve birman, jusqu'à la ville sainte où avait été signalée la présence de l’animal sacré sur la carte. Ils gagnèrent l’amitié des habitants en se présentant comme chasseurs de fourrures et détruisant un couple de tigres qui terrorisait la région. Ils s’étaient également attirés l’amitié du mahout de l’éléphant blanc par le respect simulé qu’ils manifestaient devant l’animal. Ils préparèrent leur embuscade. Pendant que Mayëris détournait l’attention du cornac, l'un des chasseurs, se dressant dans les hautes herbes, lui ajusta, pour l'assoupir, avec la rapidité de l'éclair et avec l’aide de ressorts d’acier le contenu d’une bonbonne de chloroforme à t'extrémité de la trompe. La bête s’engourdit. Mayëris et ses hommes s’emparèrent du cornac, le ligotèrent et le bâillonnèrent. On transporta le malheureux et l’animal à demi comateux sur  le radeau embusqué sur les rives du fleuve.

 

 

On enleva de ses défenses tous les ornements d'or et  les bracelets de pierreries dont les femmes de la ville les avaient surchargées. On ouvrit les barils de teinture et toute l’équipe se mit à le  badigeonner, de la queue à ses larges oreilles, imbibant d'une double couche de la puissante liqueur jusqu'aux derniers replis de la trompe. Dix minutes après, l'éléphant  sacré, complètement travesti à l'exception des ivoires, était devenu nègre.

LE RETOUR

 

Le voyage de retour jusqu’à la mer s’effectua sans incident majeur à un détail près, le malheureux mahout toutefois était mort d’émotion. Ce fut la simple affaire d’une pierre au cou. Nous retrouvons le cynisme des Contes cruels : « Pascal nous dit qu’au point de vue des faits, le Bien et le Mal sont une question de « latitude ». La traversée fut donc paisible.

 

L’ÉLÉPHANT CAMÉLÉON

 

Arrivée à Londres, l’heure fut venue de faire les comptes mais le directeur du zoo et notre gentilhomme s’écrièrent «  Mais il est noir votre éléphant blanc » ! Il fallut donc le déteindre car on ne peut proclamer blanc ce qui est noir. Le lendemain, Mayëris revint avec les chimistes nécessaires pour procéder, sans délais à l'opération. Ceux-ci s'acharnèrent donc à « relotionner » aussitôt de réactifs puissants  le malheureux pachyderme. Mais les acides de la teinture initiale avaient pénétré profondément l'épais tissu cutané du proboscidien de sorte qu'en se combinant avec ces acides, les réactifs, appliqués à t'étourdie, produisirent un résultat inattendu. Loin de reprendre sa teinte natale, l'éléphant devenait vert, orange, bleu roi, violet, cramoisi, gorge de pigeon, chatoyait et passait par toutes les nuances de l'arc-en-ciel. Sa trompe, pareille au pavillon bariolé d'une nation inconnue, durant une accalmie, pendait, immobile, contre le mât peinturluré d'une de ses jambes immenses, si bien que, dans un saisissement, le directeur émerveillé s'écria « mais c’est l’éléphant caméléon » !

 

 

L’ÉLÉPHANT MEURT D’AMOUR

 

Le lord refusa cet épouvantable versicolore qui n’avait aucune valeur morale, coiffa son chapeau et s’en alla. Mayëris dont la cupidité était inlassable ne perdit toutefois pas le nord et demanda au directeur s’il existait une éléphante dans son établissement. Il en était une seule. Le dompteur se proposa alors de croiser les animaux et, au bout des deux ans de gestation, de produire l’éléphanteau mulâtre devant les tribunaux pour faire foi de la blancheur du père. L’idée était séduisante mais le directeur lui affirma que les éléphants captifs ne se livrent pas aux jeux de l’amour. Qu’à cela ne tienne répondit le bestiaire, lui il est blanc et je vais saupoudrer sa nourriture des aphrodisiaques les plus violents !

 

 

Mais le lendemain, on trouva le malheureux pachyderme inanimé. Les doses de chin-sing (Ginseng) avaient été trop fortes, l’éléphant blanc était mort d’amour !

 

 

Mayëris s’empressa à nouveau auprès de Lord W*** qui lui répondit qu’il ne voulait pas d’un mulâtre ! Il proposa toutefois au dompteur 5000 livres d’indemnité pour le défrayer, lui et ses hommes et lui conseilla de retourner se procurer un autre animal blanc. Mayëris médita de donner des suites judiciaires à l’affaire et voulut alors plaider mais les hommes de loi l’assurèrent qu’il perdrait sa cause ! Il accepta la somme avec ses hommes et quitta Londres. Il conclut alors très philosophiquement  « ... hélas, au lieu de me prémunir, à la légère, de cette Eau fatale pour teindre et ravir l’éléphant sacré de Bouddha, que n’ai-je songé à remplir, tout simplement et comme un symbole, mes lourds barils de fer d’un peu de noir de fumée ? ».

 

 

NOTES

 

(1)  A 262 - VOYAGES TRÈS EXTRAORDINAIRES DE SATURNIN FARANDOUL À LA RECHERCHE L'ÉLÉPHANT BLANC

 http://www.alainbernardenthailande.com/2018/06/a-262-voyages-tres-extraordinaires-de-saturnin-farandoul-a-la-recherche-l-elephant-blanc.html

(2) A 355 - «MÉMOIRES D’UN ÉLÉPHANT BLANC» - L’HISTOIRE DE L’AMITIÉ ENTRE UNE PRINCESSE SIAMOISE ET UN ÉLÉPHANT BLANC. http://www.alainbernardenthailande.com/2020/02/a-355-memoire-d-un-elephant-blanc-l-histoire-de-l-amitie-entre-une-princesse-siamoise-et-un-elephant-blanc.html

(3) A 356 - « L’ÉLÉPHANT BLANC DE SIAM » - UN FEUILLETON D’ARMAND DUBARRY (1893)

http://www.alainbernardenthailande.com/2020/03/l-elephant-blanc-de-siam-un-feuilleton-d-armand-dubarry-1893.html

(4) A 357- L’ÉLÉPHANT BLANC DE GEORGES SAND

http://www.alainbernardenthailande.com/2020/03/a-357-l-elephant-blanc-de-georges-sand.html

(5) Ce  contexte a été analysée de façon remarquable par Daniel Mont dans un article intitulé « GENÈSE ET SOURCES D'UN CONTE DE VILLIERS DE L'ISLE-ADAM : « La Légende de l'Éléphant blanc » in Revue d’histoire littéraire de la France, 1974, pp.  627-643.

 

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