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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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23 septembre 2020 3 23 /09 /septembre /2020 22:16

 

Le roman de Jane de la Vaudère dont nous avons parlé dans un précédent article  évoque l'existence des amazones à la cour  du roi Taksin  (1767-1782), mais c’est un roman ! (1) Aussi on peut se demander si un corps des amazones attachées à la personne du roi, vierges et lui devant le service armé jusqu’à 25 ans  a vraiment existé ?

 

 

Leur existence est relevée en 1829 sous le règne de Rama III : Monseigneur Barthélémy Bruguière en effet  dans sa description du Siam datée de 1829 écrit  

 

« ... Le palais que le prince occupe est composé de plusieurs bâtiments particuliers qui n'ont guère plus d'apparence qu'une maison bourgeoise. L'architecture en est très simple. Ce palais est enfermé dans trois enceintes de murailles. Les enceintes extérieures et les portes qu'on y a construites sont confiées à des hommes. L'enceinte intérieure est confiée à la garde des femmes. Elles sont au nombre d'environ 4000, et font un corps d'armée qui a son commandant et ses officiers. Celles qui n'ont que le rang de simple soldat montent la garde à la porte principale, armées d'un bâton en forme de mousquet. Ces femmes ne sont pas comptées parmi les épouses du roi, elles reçoivent leur solde et leur étape comme les militaires en Europe. Dans la troisième enceinte, qui est confiée à la garde de ces femmes, on trouve un jardin curieux... » (2).

 

 

Nous les retrouvons toujours sous le règne du roi Mongkut avec certitude : Le 24 juillet 1856, Charles de Montigny, plénipotentiaire français, fut, en compagnie de sa famille, reçu dans le palais du roi Mongkut. Nous voyons apparaître ces amazones  lors de l’audience solennelle : « ....Il y avait là des soldats siamois, laotiens, cambodgiens, malais, birmans, annamites, aux vêtements et aux armes plus bizarres les unes que les autres. Çà et là, au milieu des troupes, apparaissaient magnifiquement harnachés et avec leurs cornacs sur la tête, les éléphants de guerre du roi, dont quelques -uns atteignaient près de quinze pieds de hauteur, tous peints et bariolés avec de l'ocre de couleurs diverses, et qui semblaient, par leurs cris sauvages, saluer le passage du plénipotentiaire et de son escorte. Puis, venaient des parcs d'artillerie de tous les âges, les troupes du harem, femmes armées de fusils à baïonnette et de sabres de cavalerie anglaise, appelées les amazones du roi... » ... «  ... A trois  heures, Mme de Montigny et sa famille se retirèrent, toujours accompagnées du même guide, la dame d'honneur, suivie elle -même de ses amazones » (3).

 

 

Nous avons dans notre article consacré à Jane de la Vaudère cité deux témoignages de poids et en dehors d’épisodes burlesques ou romanesques, celui du comte Ludovic de Beauvoir qui les a rencontrées à la  cour du roi Rama IV et nous en donne une belle gravure d’après une photographie : « Shako rouge sur l’oreille, un court yatagan en sautoir, le fusil à baïonnette au port d’armes. J’allais dire le petit doigt sur la couture de la culotte, mais non, c’est un langouti bouffant, demi jupon demi caleçon de bain descendant jusqu’à mi cuisses.... manœuvrant à merveille leurs longs fusils, affichant des postures martiales, ce corps militaire... de ballets, nous faire rire de bon cœur... » (4).

 

 

Ces amazones existaient si bien qu’elles n’avaient pas échappé à l’œil observateur d’Henri Mouhot quelques années auparavant « Quant aux sentinelles qui veillent le plus fréquemment autour du palais, elles appartiennent au bataillon des amazones qu’à l’exemple de ses collègues, le Nizam d’Hyderabad et le roi du Dahomey, Phra Somdetch Mongkut a recruté parmi les plus belles filles de son royaume. Les femmes-hommes comme on les appelle ici forment incontestablement le corps militaire le mieux tenu de l’armée siamoise mais à les voir évoluer fièrement avec leur béret écossais, leur jupe de tartan, le sabre au côté, le pistolet à la ceinture, arc et carquois sur l’épaule, on les prendrait volontiers pour des échappées du corps des ballets de l’Académie impériale de musique ! ».

 

 

Il nous en donne également une gravure d’après photographie en précisant que « ces portraits ont été exécutés sous les yeux du roi quand ils ne l’ont pas été de sa propre main : car sa majesté qui ne doit rien ignorer, prétend que l’art de Niépce et de Daguerre n’a point de secret pour lui » (5).

 

 

 

Horace Geoffrey Quaritch Wales qui fut conseiller de Rama VI et de Rama  VII en parle longuement dans la partie de son ouvrage consacrée à Rama IV mais sans avoir l’humour de nos deux prédécesseurs (6)

 

 

Ces amazones existaient donc très probablement sous le règne de Rama III et celui de Rama IV. Nous n’en trouvons pas trace dans les narrations des ambassades au temps de Louis XIV. Peut-être n’avaient elle pas été créées à cette époque ? Peut-être aussi que ces témoins étaient les adeptes de l’ordre moral chrétien et répugnaient à aborder certains sujets, comme ce fut le cas de Monseigneur Pallegoix qui était pourtant très proche du monarque.

 

Rappelons ce qu’écrivait l’Abbé Chevillard en 1889 « Par respect pour le lecteur, nous devons omettre une foule de détails sur la polygamie et les harems ... »  (7).

 

Ce sont des pudeurs que n’avait évidemment pas Jane de la  Vaudère.

 

Ce que d’ailleurs  l’Abbé Chevillard se refusait à décrire, c’est tout simplement ce qui se passe dans un sérail ou un harem interdit aux hommes, c’est une loi de la nature (8).

 

 

Leur disparition ?

 

Elles sont de toute évidence la conséquence des réformes entreprises par Rama IV d’abord et ensuite son successeur. Peut-être Rama V « le grand » eut-il conscience que l’existence de ce « corps de ballet » pouvait prêter à sourire plutôt qu’à frémir.

 

 

 

Le roi Rama IV a régné de 1851 à 1868 après avoir passé 27 ans sous l’habit de moine. S’il dut sous la pression de l'expansionnisme occidental  adopter les innovations occidentales et entamer la modernisation de son pays, ce fut essentiellement dans le domaine de la technologie et de la culture. Les réformes fondamentales de l’organisation militaire furent l’œuvre de son successeur au tout début du XXe siècle à l’aide de conseillers recrutés en dehors des puissances coloniales, France et Angleterre. Dans le domaine militaire, après avoir aboli le système des Phrai qui devaient des corvées et composaient l’essentiel de l’armée en temps de guerre, il créa l’autre partie de cette armée composée de régiments d’élite en principe organisés sur une base ethnique, canonniers vietnamiens ou portugais, marins vietnamiens ou malais et détachements de reconnaissance môns…Rama IV s’était contenté d’engager des instructeurs européens. Ce n’est qu’en 1894 que fut véritablement créée une administration du type ministère de la Défense et le modèle de conscription à l’européenne fut même institué. En 1911 le système des grades fut institué sur le modèle des armées européennes. La marine siamoise fit un recours important à l’expertise européenne, les conseillers étant essentiellement danois ou anglais.

 

 

 

On peut noter que ces amazones existèrent depuis l’antiquité dans les sociétés essentiellement matriarcales d’Asie. Hérodote leur consacre des pages, Alexandre le grand aurait rencontré leur reine ?

 

 

Elles ne furent donc pas un mythe comme l’ont prétendu de nombreux historiens dès l’antiquité. Les Espagnols rencontrèrent des peuplades de farouches guerrières en Amérique. On les rencontra ensuite en Afrique, au Dahomey et au Sénégal.

 

 

On relève même leur présence dans les symboles de notre république.

 

Qui s’en aperçoit alors qu’elle est aussi quotidienne que pesante ! Regardez donc la couverture de votre passeport.

 

 

 

 

Elle porte le pelta, le bouclier des amazones recouvrant le faisceau du licteur. Il est l’un des éléments décoratifs que l’on retrouve le plus fréquemment au sein des palais de justice. Il est tout simplement le symbole de la protection que garantit au peuple le maintien de l’ordre social. Le faisceau du licteur qui lui est souvent associé est celui de la république une et indivisible ajouté tantôt à d’autres symboles toujours pour rappeler que l’institution judiciaire doit protéger les faibles et les innocents.

 

 

 

NOTES

 

(1) « L’AMAZONE DU ROI DE SIAM » : UN ROMAN DE JANE DE LA VAUDÈRE »

 

(2) Voir « DESCRIPTION OF SIAM IN 1829 - Barthélemy Bruguière » Translated and edited by Kennon Breazeale and Michael Smithies in Journal de la Siam society volume 96 de 2008. Datée du 19 mai 1829, la description du royaume et de son peuple fut achevée après deux ans passés au Siam par Mgr Bruguière et a été envoyée sous forme d’une très longue lettre au vicaire général du diocèse de sa région d’origine depuis Bangkok. Nous utilisons évidemment le texte original en français publié sous le titre « LETTRE  SUR LE ROYAUME DE SIAM » PAR M. BRUGUERES, ÉVÊQUE DE CAPSE » dans les « Annales de l’Association de la Propagation de la Foi », 1831, tome 5 puis republiée dans les « Annales de l’Association de la Propagation de la Foi », 1835, tome 34 et 35. Elle le fut également quoiqu’en  version abrégée en 1832-1833 dans la très érudite revue « Nouvelles annales des voyages, de la géographie et de l'histoire : ou Recueil des relations originales inédite 

 

 

Ce chiffre est peut-être exagéré ? Un article du Otago Witness 24 février 1888 parle de ce régiment d'amazones : « composé de 400 femmes choisies parmi les plus belles et les plus robustes du pays. Elles reçoivent une excellente paie, et sont parfaitement disciplinées. Elles sont admises dès l'âge de 13 ans, et versées dans l'armée de réserve à 25 ans, âge à partir de partir elles ne sont plus au service de la personne du roi, mais sont employées pour garder les palais royaux et les propriétés de la Couronne. En entrant dans le régiment, les amazones font un vœu de chasteté qui ne peut souffrir aucune exception, à moins que l'une d'entre elles n'attire l'attention du roi et soit admise parmi ses femmes. Le choix du roi tombe rarement sur la plus belle, mais plus souvent sur la plus habile dans les exercices militaires ».

Nous avons consacré un article à ce prélat : A 319 - LES SOUVENIRS DE MONSEIGNEUR BRUGUIÈRE, MISSIONNAIRE FRANÇAIS AU SIAM EN 1829 :

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/06/a-319-les-souvenirs-de-monseigneur-bruguiere-missionnaire-francais-au-siam-en-1829.html

 

(3) Voir de Charles Meyniard : « Le second empire en Indochine (Siam –Cambodge-Annam) » publié en 1891.

 

 

(4) Comte Ludovic de Beauvoir « Voyage autour du monde » publié en 1873, pp.515-516

 

(5)  «Voyages dans les royaumes de Siam, de Cambodge et de Laos » (entre 1858 et 1861) récit publié post mortem dans « Le tour du monde » en 1868, page 238.

 

(6) « SIAMESE STATE CEREMONIES THEIR HISTORY AND FUNCTION » par H. G. QUARITCH WALES, 1931, pp. 47 et 109.

 

(7) Abbé Chevillard « Siam et les Siamois » publié en 1889. Page 154.

 

(8) Dans son ouvrage purement technique « Mœurs laotiennes » qui date de 1913, Georges Maupetit qui fut médecin colonial donne quelques détails sur les pratiques féminines de saphisme et de « manualisation ». L’ouvrage n’est pas limité au seul Laos mais concerne aussi les populations thaïes.

 

 

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