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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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26 octobre 2020 1 26 /10 /octobre /2020 22:56

 

Qu’est ce qui a conduit Heine, ce poète romantique dont Gérard de Nerval disait « C’est un poète français qui se prend pour un Allemand » à consacrer un poème à notre éléphant blanc quelques années avant sa mort survenue à Paris en 1856 ?

 

 

LA GÉNÉSE

 

Nous allons rencontrer Théophile Gautier : Heinrich Heine et lui se sont connus peu après l’arrivée de Heine à Paris en 1837 et se sont rencontrés régulièrement ayant de nombreux amis communs dont Gérard de Nerval.

 

 

En janvier 1849, Gautier publie dans la « Revue des deux mondes » un poème singulier baptisé « Symphonie en blanc majeur » inséré par la suite dans « Émaux et camées ». Le blanc en est au centre, blanc des cygnes, blanc des femmes-cygnes des légendes germaniques, blanc de la neige et des glaciers, blanc de la peau des belles, blanc des camélias, blanc du lis, blanc de l’écume de la mer, blanc du marbre, blanc de l’argent et de l’opale, blanc de l’ivoire et de l’hermine, blanc du vif-argent et de la dentelle, blanc de la fleur d’aubépine, blanc de l’albâtre et blanc de la colombe. Ces 18 quatrains sont dédiés à une femme au travers de l’évocation de la blancheur. Laissons les exégètes s’extasier devant cette bluette qui n’ajoute rien à la gloire du poète (1).

 

 

Théophile Gauthier devait beaucoup à Heinrich Heine, plus que des remerciements, certaines pièces de ses « Émaux et camées » relèveraient presque du plagiat, mais ce n’est pas notre propos.

 

Les vers de Gautier obtinrent un succès au moins d’estime ce qui a probablement mis de mauvaise humeur Heinrich Heine qui n'a pas craint d'ébaucher la caricature de celle dont Gautier décrivait la blancheur. 

 

 

 

Deux ans plus tard, en octobre 1851, la même revue publia une série de poèmes de Heinrich Heine (qui signe Henri Heine), fantasques et grinçants, sous le titre de « Romancero poésies inédites » incluant celui intitulé Un Éléphant blanc Der weiße Elephant ») dans une traduction de Taillandier et qui semble avoir été écrit pour les besoins de la cause ? Il est en effet consacré à une comtesse Bianca dont Heine nous dit «  Les poètes cherchent en vain des images pour représenter sa peau blanche; Même Gautier lui-même n'en est pas capable, cette blancheur est implacable! » (2).  Il s'agissait – semble-t-il – d'une « demi-mondaine » qui fréquentait les cercles littéraires.

 

 

L’HISTOIRE DE L’ÉLÉPHANT BLANC AMOUREUX MELANCOLIQUE CONTÉE PAR HEINE.

 

 

Le roi du Siam, Mahawasant, gouvernait la moitié de l'Inde et douze rois, même le grand moghol, étaient ses tributaires.

 

Tous les ans, au milieu des tambours, des trompettes et des drapeaux, les caravanes des redevances, des milliers de chameaux à la bosse orgueilleuse transportaient avec peine toutes les richesses de son empire.

 

A cette vue le monarque jouissait secrètement dans son âme mais se plaignait en public du peu d’espace dont il disposait dans la salle qui contenait ses trésors.

 

Cependant vaste, spacieuse et magnifique, la salle contenant ces trésors qui dépassairent en magnificence toutes les féeries des Mille et une nuits.

 

« Le château d'Indra », tel était le nom du palais oú tous les dieux étaient rangés, statues d’or  finement ciselées et incrusté de pierres précieuses.

 

Il y en avait au moins trente mille, trente mille figures bizarrement effroyables, mélange de l’homme et de la bête, chacune avec de nombreuses mains et de nombreuses têtes.

 

Dans la salle de pourpre, on voyait avec admiration treize cents arbres de corail aussi grands que des palmiers, immense forêt rouge aux branches tortillées et aux entrelacements étranges.

 

Le pavé, fait du cristal le plus pur, reflétait tous ces arbres et des faisans  au plumage brillant et bariolé s’y prélassaient majestueusement.

 

Le singe préféré de Mahawasant portait un ruban de soie autour cou, y était attachée la clef qui ouvrait les salles appelées salles du sommeil.

 

Les gemmes d’une valeur inestimable étaient amoncelées à terre comme des petits poids. On y trouvait aussi des diamants de la taille d'un œuf de poule.

 

C’est là que sur des sacs énormes emplis de perles que le roi aimait à s’étendre. Le singe se couchait sur le monarque et tous deux s’endormaient en ronflant.

 

Mais le plus précieux de tous les trésors du roi, son bonheur, le ravissement de son âme, sa joie et son orgueil, c’était son éléphant blanc.

 

Pour servir de demeure à cet hôte auguste, le roi lui avait fait construire le plus beau des palais. Le toit couvert de feuilles d’or, était soutenu par des colonnes à chapiteaux en forme de fleurs de lotus.

 

Trois cents gardes, sa garde d’honneur, étaient debout à la porte, et à genoux le dos courbé, il était servi par cent eunuques noirs.

 

Un bol d’or contenait les mets les plus savoureux pour qu’il y plonge sa trompe. On lui servait dans des seaux d’argent du vin assaisonné des plus fines épices.

 

Il était parfumé d'essences d'ambre gris et de rose, sa tête était ornée de couronnes de fleurs, pour tapis de pieds, il avait les foulards les plus précieux de Cachemire.

 

La vie la plus douce lui était faite, mais personne sur terre n'est satisfait de son sort. Le noble animal, on ne sait comment, s’était enfoncé dans une profonde mélancolie.

 

C’était la mélancolie blanche au milieu de l'abondance. On voulait le consoler, lui remonter le moral, le distraire, mais les tentatives les plus ingénieuses échouèrent.

 

En vain, les bayadères virent chanter et danser devant, en vain retentirent les instruments des musiciennes ; rien ne pouvait l’égayer.

 

Comme son état empirait de jour en jour, le cœur de Mahawasant fut troublé; Il fit appeler aux marches du trône le plus savant de ses astrologues appelé Sterngucker, le familier des étoiles.

 

Il lui dit d’une voix impérieuse « Familier des étoiles, je te ferai couper la tête si tu ne peux me dire ce qui manque à mon éléphant et pourquoi son âme est si sombre ».

 

L’astrologue se jeta trois fois à terre et dit d’un air pénétré « Ô, Roi, je vais te révéler la vérité et tu agiras ensuite selon ton bon plaisir ».

 

 

Le récit de l’astrologue :

 

Il y a dans les pays du nord une très belle femme de grande taille et au corps blanc. Ton éléphant est superbe, mais on ne saurait le comparer à elle.

 

Comparé à elle, il semble en effet n’être qu’une petite souris blanche. La statue de cette femme rappelle Bimha, la géante du Ramayana et la grande Diane d’Éphèse.

 

 

Comme ses membres se cambrent en un édifice splendide ! L’édifice est supporté gracieusement et fièrement par deux pilastres d’albâtre d’un blanc éclatant.

 

Elle est la basilique colossale du Dieu Cupidon, la cathédrale du fils de Vénus. La lampe qui brule joyeusement dans son tabernacle est un cœur  sans défauts et sans tâches.

 

 

Les poètes cherchent en vain des images pour représenter sa peau blanche; Même Gautier lui-même n'en est pas capable, cette blancheur est implacable !  (3)  

 

La neige du sommet de l'Himalaya foulée par ses pieds nus prendrait une couleur de cendre grisâtre. Les lys que saisit sa main jaunissent de jalousie.

 

 

 

Cette grande dame blanche s’appelle la Comtesse Bianca. Elle vit à Paris dans le pays des Francs et l’éléphant est amoureux d’elle.

 

Par une merveilleuse affinité sélective, il a fait sa connaissance dans un rêve, oui, c’est dans un rêve qu’elle s’est glissée dans son cœur.

 

Le désir le consume depuis lors. Et lui, qui était si heureux et en bonne santé avant est devenu un Werther à quatre pattes et rêve d'une Lotte dans le nord (4).

 

 

 

Mystérieuse sympathie ! Il ne l'a jamais vue et pense à elle. Il piétine souvent au clair de lune et soupire: « Si j'étais un oiseau ! »

 

Au Siam il n'y a que son corps, ses pensées sont avec Bianca au pays des Francs;  Mais cette séparation du corps et de l'âme affaiblit son estomac et assèche sa gorge.

 

Les rôtis les friands lui répugnent. Il n'aime plus que les nouilles cuites à la vapeur et Ossian; Il tousse, il maigrit et creuse sa tombe avant l’âge (5).

 

 

 

Voulez-vous le sauver, sauver sa vie, le rendre au monde des mammifères, Ô roi, envoyez le grand malade directement à Paris, la capitale des Francs.

 

Là s’il voit en réalité la belle femme qui est l’idéal de ses rêves, il sera guéri de sa noble tristesse.

 

L’éclat des yeux de sa belle dissiperont les tourments de son âme. Son sourire dissipera les dernières ombres nichées dans son cœur.

 

Et sa voix comme une chanson magique en chassera la discorde qui règne dans son esprit. Il soulèvera joyeusement les lobes de ses oreilles et se sentira rajeuni et régénéré.

 

La vie est si belle, si douce sur les rives de la Seine  dans la ville de Paris ! Comme votre éléphant dans ce pays-là va se civiliser et se divertir !

 

Mais par-dessus tout, ô roi, faites remplir richement sa cassette de voyage et donnez-lui une lettre de crédit chez Rothschild frères, rue Lafitte (6).

 

Oui, une lettre de crédit d’environ un million de ducats. Le baron de Rothschild dira alors de lui  « C’est un brave  homme d’éléphant ».

 

 

Ainsi parla l'astrologue qui se prosterna encore trois fois au sol.  Le roi le congédia avec de riches présents et s’allongea pour réfléchir.

 

Il pensa ceci, il pensa cela, la pensée pèse lourdement aux rois. Le singe s’étendit à ses côtés et tous deux finirent par s’endormir.

 

Ce qu'il décida, je ne puis le dire, je le raconterai plus tard, la malle de l’Inde n’est pas arrivée et la dernière avait pris la route de Suez.

 

 

***

Mais pourquoi Heine inventa-t-il un éléphant blanc qui se meurt d’amour au Siam et doit aller à Paris pour trouver là une grande dame blanche ? Heinrich Heine n'a pas craint d'ébaucher la caricature de celle dont Théophile Gautier avait voulu tracer le portrait. Mais cette caricature-là est terriblement longue et apprêtée. Nous n’avons pas les compétences requises dans la langue de Goethe pour en apprécier les qualités poétiques et nous ne disposons que de la traduction en prose de Taillandier. Pour les germanophones, nous leur donnons le texte d’origine en note (7).

 

Il faut toutefois avoir l'esprit un peu obtus pour ne pas trouver tout cela autrement que bien peu spirituel. Ce poème n’ajoute rien à la gloire de Heine !  Il faut toutefois le prendre pour ce qu’il est, une longue tirade parodique sans autre but que de se moquer courtoisement de l’un de ses collègues en mal de métaphores.

 

 

NOTES

 

 

(1) Voir « SUR LA SYMPHONIE EN BLANC MAJEUR DE THEOPHILE GAUTIER » par Luciana Alloco Bianco

 

(2) « Die Dichter jagen vergebens nach Bildern, Um ihre weiße Haut zu schildern ; Selbst Gautier ist dessen nicht kapabel, O diese Weiße ist implacable ! »

 

(3)  Le mot « implacable » est en français dans le texte allemand.

 

(4) Souvenirs en général mauvais  pour tous ceux qui ont étudié l’allemand et qui ont été condamnés à traduire des pages de Goethe, le plus souvent des extraits du très classique « Les Souffrances du jeune Werther » (Die Leiden des jungen Werther). Bien que comportant une centaines de pages, les états d'âme de Werther – romantisme oblige – peuvent se résuler en quelques lignes : Le jeune Werther installé à Wetzlar en Hesse y tombe amoureux de Charlotte, déjà fiancée à un  autre homme. Il prend la fuite et se console à la lecture d’Ossian. Il déclare qu’Ossian a remplacé Homère dans son cœur et qu’il découvre avec délices les promenades sur la lande balayée par le vent de tempête qui conduit dans les brumes et sous la lueur obscure de la lune les esprits des ancêtres. Charlotte s'est mariée. Comprenant que cet amour est impossible, après une dernière visite  pendant laquelle il lui lit une traduction qu'il a faite du poème d'Ossian Les Chants de Selma, Werther se suicide. La maison de Charlotte à Wetzlar est présentement un musée.

 

 

(5) Cette association entre un plat de nouilles et Ossian est singulière. Ossian fut un pseudo Homère alors fort à la mode. Il aurait été un barde écossais du troisième siècle, aveugle comme Homère et auteur d’une série de poèmes dits « gaéliques » traduits et publiés en anglais entre 1760 et 1763 par le poète James Macpherson, qui eurent un énorme retentissement dans toute l'Europe. Il disait avoir traduit du gaélique cette épopée, retrouvée à partir de collectes de chants populaires dans les Highlands et les îles écossaises. Une vague d’ « ossianophilie » déferla sur toute l’Europe, en particulier chez les prés romantiques. À travers la référence à Ossian s’effectue le passage de l’histoire et de la mythologie gréco-latine à des références celtiques et la découverte d’un autre patrimoine culturel, hérité des ancêtres « barbares » des Européens, les Celtes, Germains et Vikings. L’un des plus grands ossianophiles fut Bonaparte mais il est difficile de le considérer comme l’arbitre du bon goût en matière de littérature. Ossian a été traduit à de multiples reprises au dix-neuvième siècle mais ne semble pas l’avoir été depuis lors ? Sa diffusion aujourd’hui est confidentielle et plus encore et pour avoir feuilleté un exemplaire en prose et une autre péniblement mis en vers français par un académicien, le barde nous a semblé aussi indigeste qu’un plat de nouille.

 

(6) La référence au banquier israélite est-elle la suite des origines juives de Heine qui lui valurent bien des désagréments de son vivant et post mortem puisque ses œuvres furent comprises dans le gigantesque autodafé de 1933.

 

 

(7)                                            Der weiße Elefant

 

Der König von Siam, Mahawasant,

Beherrscht das halbe Indienland,

Zwölf Kön'ge, der große Mogul sogar,

Sind seinem Zepter tributar.

 

Alljährlich mit Trommeln, Posaunen und Fahnen

Ziehen nach Siam die Zinskarawanen;

Viel tausend Kamele, hochberuckte,

Schleppen die kostbarsten Landesprodukte.

 

Sieht er die schwerbepackten Kamele,

So schmunzelt heimlich des Königs Seele;

Öffentlich freilich pflegt er zu jammern,

Es fehle an Raum in seinen Schatzkammern.

 

Doch diese Schatzkammern sind so weit,

So groß und voller Herrlichkeit;

Hier überflügelt der Wirklichkeit Pracht

Die Märchen von Tausendundeine Nacht.

 

« Die Burg des Indra » heißt die Halle,

Wo aufgestellt die Götter alle,

Bildsäulen von Gold, fein ziselieret,

Mit Edelsteinen inkrustieret.

 

Sind an der Zahl wohl dreißigtausend,

Figuren abenteuerlich grausend,

Mischlinge von Menschen- und Tiergeschöpfen,

Mit vielen Händen und vielen Köpfen.

 

Im « Purpursaale » sieht man verwundert

Korallenbäume dreizehnhundert,

Wie Palmen groß, seltsamer Gestalt,

Geschnörkelt die Äste, ein roter Wald.

 

Das Estrich ist vom reinsten Kristalle

Und widerspiegelt die Bäume alle.

Fasanen vom buntesten Glanzgefieder

Gehn gravitätisch dort auf und nieder.

 

Der Lieblingsaffe des Mahawasant

Trägt an dem Hals ein seidenes Band,

Dran hängt der Schlüssel, welcher erschleußt

Die Halle, die man den Schlafsaal heißt.

 

Die Edelsteine vom höchsten Wert,

Die liegen wie Erbsen hier auf der Erd'

Hochaufgeschüttet; man findet dabei

Diamanten so groß wie ein Hühnerei.

 

Auf grauen, mit Perlen gefüllten Säcken

Pflegt hier der König sich hinzustrecken;

Der Affe legt sich zum Monarchen,

Und beide schlafen ein und schnarchen.

 

Das Kostbarste aber von allen Schätzen

Des Königs, sein Glück, sein Seelenergötzen,

Die Lust und der Stolz von Mahawasant,

Das ist sein weißer Elefant.

 

Als Wohnung für diesen erhabenen Gast

Ließ bauen der König den schönsten Palast;

Es wird das Dach, mit Goldblech beschlagen,

Von lotosknäufigen Säulen getragen.

 

Am Tore stehen dreihundert Trabanten

Als Ehrenwache des Elefanten,

Und kniend, mit gekrümmtem Rucken,

Bedienen ihn hundert schwarze Eunucken.

 

Man bringe auf einer güldnen Schüssel

Die leckersten Bissen für seinen Rüssel;

Er schlürft aus silbernen Eimern den Wein,

Gewürzt mit den süßesten Spezerein.

 

Man salbt ihn mir Ambra und Rosenessenzen,

Man schmückt sein Haupt mit Blumenkränzen;

Als Fußdecke dienen dem edlen Tier

Die kostbarsten Schals aus Kaschimir.

 

Das glücklichste Leben ist ihm beschieden,

Doch niemand auf Erden ist zufrieden.

Das edle Tier, man weiß nicht wie,

Versinkt in tiefe Melancholie.

 

Der weiße Melancholikus

Steht traurig mitten im Überfluß.

Man will ihn ermuntern, man will ihn erheitern,

Jedoch die klügsten Versuche scheitern.

 

Vergebens kommen mit Springen und Singen

Die Bajaderen; vergebens erklingen

Die Zinken und Pauken der Musikanten,

Doch nichts erlustigt den Elefanten.

 

Da täglich sich der Zustand verschlimmert,

Wird Mahawasantes Herz bekümmert;

Er läßt vor seines Thrones Stufen

Den klügsten Astrologen rufen.

 

« Sterngucker, ich laß dir das Haupt abschlagen«,

Herrscht er ihn an, »kannst du mir nicht sagen,

Was meinem Elefanten fehle,

Warum so verdüstert seine Seele? »

Doch jener wirft sich dreimal zur Erde,

Und endlich spricht er mit ernster Gebärde:

« O König, ich will dir die Wahrheit verkünden,

Du kannst dann handeln nach Gutbefinden.

 

Es lebt im Norden ein schönes Weib

Von hohem Wuchs und weißem Leib,

Dein Elefant ist herrlich, unleugbar,

Doch ist er nicht mit ihr vergleichbar.

 

Mit ihr verglichen, erscheint er nur

Ein weißes Mäuschen. Es mahnt die Statur

An Bimha, die Riesin, im 'Ramayana',

Und an der Epheser große Diana.

 

Wie sich die Gliedermassen wölben

Zum schönsten Bau! Es tragen dieselben

Anmutig und stolz zwei hohe Pilaster

Von blendend weißem Alabaster.

 

Das ist Gott Amors kolossale

Domkirche, der Liebe Kathedrale;

Als Lampe brennt im Tabernakel

Ein Herz, das ohne Falsch und Makel.

 

Die Dichter jagen vergebens nach Bildern,

Um ihre weiße Haut zu schildern;

Selbst Gautier ist dessen nicht kapabel -

O diese Weiße ist implacable!

 

Des Himalaja Gipfelschnee

Erscheint aschgrau in ihrer Näh';

Die Lilie' die ihre Hand erfaßt,

Vergilbt durch Eifersucht oder Kontrast.

Gräfin Bianka ist der Name

Von dieser großen weißen Dame;

Sie wohnt zu Paris im Frankenland,

Und diese liebt der Elefant.

 

Durch wunderbare Wahlverwandtschaft

Im Traume machte er ihre Bekanntschaft,

Und träumend in sein Herze stahl

Sich dieses hohe Ideal.

 

Sehnsucht verzehrt ihn seit jener Stund',

Und er, der vormals so froh und gesund,

Er ist ein vierfüßiger Werther geworden,

Und träumt von einer Lotte im Norden.

 

Geheimnisvolle Sympathie!

Er sah sie nie und denkt an sie.

Er trampelt oft im Mondschein umher

Und seufzet: 'Wenn ich ein Vöglein wär!'

 

In Siam ist nur der Leib, die Gedanken

Sind bei Bianka im Lande der Franken;

Doch diese Trennung von Leib und Seele

Schwächt sehr den Magen, vertrocknet die Kehle.

 

Die leckersten Braten widern ihn an,

Er liebt nur Dampfnudeln und Ossian;

Er hüstelt schon, er magert ab,

Die Sehnsucht schaufelt sein frühes Grab.

 

Willst du ihn retten, erhalten sein Leben,

Der Säugetierwelt ihn wiedergeben,

O König, so schicke den hohen Kranken

Direkt nach Paris, der Hauptstadt der Franken.

 

Wenn ihn alldort in der Wirklichkeit

Der Anblick der schönen Frau erfreut,

Die seiner Träume Urbild gewesen,

Dann wird er von seinem Trübsinn genesen.

 

Wo seiner Schönen Augen strahlen,

Da schwinden seiner Seele Qualen;

Ihr Lächeln verscheucht die letzten Schatten,

Die hier sich eingenistet hatten;

 

Und ihre Stimme, wie 'n Zauberlied,

Löst sie den Zwiespalt in seinem Gemüt;

Froh hebt er wieder die Lappen der Ohren,

Er fühlt sich verjüngt, wie neugeboren.

 

Es lebt sich so lieblich es lebt sich so süß

Am Seinestrand, in der Stadt Paris!

Wie wird sich dorten zivilisieren

Dein Elefant und amüsieren!

 

Vor allem aber, o König, lasse

Ihm reichlich füllen die Reisekasse,

Und gib ihm einen Kreditbrief mit

Auf Rothschild frères in der Rue Lafitte.

 

Ja, einen Kreditbrief von einer Million

Dukaten etwa; - der Herr Baron

Von Rothschild sagt von ihm alsdann:

'Der Elefant ist ein braver Mann!'«

 

So sprach der Astrolog, und wieder

Warf er sich dreimal zur Erde nieder.

Der König entließ ihn mit reichen Geschenken,

Und streckte sich aus, um nachzudenken.

 

Er dachte hin, er dachte her;

Das Denken wird den Königen schwer.

Sein Affe sich zu ihm niedersetzt,

Und beide schlafen ein zuletzt.

 

Was er beschlossen, das kann ich erzählen

Erst später; die indischen Mall'posten fehlen.

Die letzte, welche uns zugekommen,

Die hat den Weg über Suez genommen.

 

 

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commentaires

Fernand Dorgler 27/10/2020 06:25

Guken en allemand signifie regarder.
Sternguker signifie ' regardeur d'étoiles ' donc astronome.
Mais là nous sommes dans la poésie...

grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b 27/10/2020 06:43

Mes souvenirs de la langue de Goethe sont très ancien et ne me permettaient pas de me plonger dans la poésie.Dans une lanngue t langue que je maniais mieux, la divergence entre les traductions de Virgile en particilier - celle de Pagnol et d'autres plus classiques comme Dacier m'ont toujours déconcerté.Si j'ai mis le texte original c'est que je n'osais espérer avoir l'opinion d'un germanophone ! Soyez en remercié !