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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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1 novembre 2020 7 01 /11 /novembre /2020 22:57

 ภาษาไทยเป็นภาษาของใจ

 

 

Nous sommes parfois déconcertés par les rapports des Thaïs avec les sentiments, sentiments amoureux, sentiments amicaux  ou sentiments familiaux. Les sentiments y sont aussi nombreux et variés qu’ailleurs, mais ils se passent dans le cœur et souvent ils y restent. La langue thaïe a un mot pour chacun de ces sentiments ressentis dans le fonds de son cœur. C’est au cœur que l’on donne le plus de qualificatifs. En Thaïlande, même si on ne les montre pas, les sentiments du cœur sont nombreux, et dirigent la vie, plus peut-être la raison et la réflexion.

 

 

 

La langue est tout en expressions imagées particulièrement dans le domaine des sentiments. Elle utilise tout simplement à cette fin des mots composés (คำประสม - khamprasom). Ne revenons pas sur la grammaire thaïe, si elle est plus franche que la nôtre, elle est beaucoup plus complexe que ce que l’on lit trop souvent, notamment dans sa syntaxe.

 

 

Composée pour l’essentiel de mots monosyllabiques représentant un concept, l’adjonction au premier d’un autre mot en préfixe ou en suffixe représentant lui même un autre concept forme un troisième mot représentant un troisième concept au sens différent avec souvent beaucoup de subtilités : A et B peuvent donc donner AB ou BA  qui donnent C avec un sens différent de ses deux composants.

 

 

Ainsi nous avons eu de la peine à quantifier le  mot cœur (chaï – ใจ) qui est tout à la fois le cœur, centre des sentiments et des émotions et l’organe qui bat dans notre poitrine et nous donne la vie. Le cœur-organe vital est plus volontiers hua-chaï  (หัวใจ  Littéralement  - tête-cœur).  N’entrons pas dans des cours d’anatomie, mais remarquons la construction de trois mots concernant l’organe : 

 

 

 

หัวใจห้องล่าง (huachai hong lang), Littéralement Coeur chambre basse, c’est le  ventricule qui très logiquement va devenir หัวใจห้องล่างขวา (huachai hong lang khwa) qui est le ventricule droit et หัวใจห้องล่างซ้าย (huachai hong lang sai) le ventricule gauche. La construction de ces mots est d’une logique implacable.

 

 

Mais quittons l’anatomie pour entrer dans les sentiments.

 

 

Vous entendrez souvent เข้าใจ (khao chaientrer – cœur), c’est comprendre mais comprendre quelqu’un n’est-ce pas un peu entrer dans son cœur ?

 

 

Deux autres mots du langage courant dans lesquels le positionnement du cœur en change le sens :

ดีใจ (di chai – bien- cœur) être bien dans son cœur, c’est évidement content 

 

 

Si nous mettons le cœur en préfixe, nous avons ใจดี (chai di – cœur – bien) qui devient généreux, bon.

 

 

สนใจ (son chai – intéressé – cœur), être attentif : être attentif aux propos de votre interlocuteur, n’est-ce pas faire preuve de cœur ?

 

 

Vous entendrez aussi souvent ใจเย็น souvent d’ailleurs doublé en ใจเย็นๆ  (chai yen – cœur – froid – froid), une façon pittoresque de dire « du calme ! ».

 

 

Si nous mettons chai en suffixe, nous aurons เย็นใจ (yen chai – froid – cœur) dont être calme et détendu.

 

 

A l’inverse bien sûr, ใจร้อน (chai ron – cœur – chaud), voilà un  impétueux !

 

 

Nous เสียpouvons d’ailleurs compléter ใจร้อนใจเร็ว  (chai ron chai reo – cœur – chaud – cœur vite) ce qui est tout simplement un superlatif du précédent !

 

 

Et si chai vient en suffixe nous aurons ร้อนใจ (ron chai – chaud - cœur), c’est de façon moins logique anxieux.

 

 

Continuons notre promenade avec le mot เสีย (sia – détérioré) : เสียใจ (sia chai – détérioré – cœur) devient désolé

 

et si le préfixe devient suffixe, ใจเสีย (chai sia - cœur - détérioré) devient découragé.

 

 

Nous ne prétendons pas vous donner des leçons d’apprentissage de la langue mais simplement citer quelques expressions courantes qui démontrent la complexité des sentiments du cœur et la diversité du langage pour les exprimer. Il est difficile d'imaginer une seule phrase en thaï sans rencontrer le mot chai traduisant, en dehors au concret, de l’organe, l’émotionnel, le mental, le spirituel, une condition ou un état physique et fait référence à l’abstrait, les sentiments.

 

Si nous cherchons à les inventorier, le Dictionnaire de l’Académie royale donne une centaine d’entrées mais ne concernant que les mots où il se trouve en préfixe.

 

 

Si nous poursuivons la recherche, le mot intervient 1997 fois dans un mot composé bi ou trisyllabique dans ce qui nous parait l’un des meilleurs sites sur la langue thaïe, malheureusement anglophone : http://www.thai-language.com/. En dehors de plus de 20.000 clips audio, son dictionnaire comprend 76.542 entrées, beaucoup plus que dans le Petit Larousse qui n’en contient que 63.000, 1997 entrées incluant le mot chai !

 

 

Le dictionnaire thaï-français de Charles Degnau qui en contient un peu plus de 19.000 entrées intègre environ 900 mots composés de bi ou pluri-syllabiques contenant le mot chaï.

 

 

A titre simplement indicatif, le Dictionnaire de Monseigneur Pallegoix qui est toujours un instrument utile même s’il faut parfois le dépoussiérer, comprend environ 30.000 entrées.

 

 

Remercions-les donc avec un « merci » spécifiquement isan : khopchai (ขอบใจ – remercier – cœur) qui est plus parlant que le classique khopkhun (ขอบคุณ – remercier – vous) même si en thaï de Bangkok il est considéré comme familier !

 

 

Sans aller plus avant un Français « moyen » utilise environ 5 000 mots pour se faire comprendre mais ce ne serait qu’une moyenne qui cache des distinctions importantes : Le vocabulaire quotidien et pratique varierait de 300 à 3 000 mots, selon le milieu dans lequel on évolue. Le vocabulaire actif compte de 800 à 1 600 mots pour les élèves du secondaire et 3 000 mots pour l'adulte moyen. Le vocabulaire de « culture générale » - soit les mots dont on connaît la signification, mais que l'on utilise moins fréquemment au quotidien - varierait entre 2 500 et 6 000 mots pour les élèves du secondaire, et entre 20 000 à 30 000 mots pour les personnes cultivées. Nous donnons ces chiffres sous bénéfice d’inventaire.

 

 

Quelques sites Internet, rares, parlent de cette utilisation systématique du mot chai en la qualifiant d’utilisation « métaphorique ». C’est à notre avis une erreur grammaticale majeure puisque cette forme de construction des mots n’est en rien une métaphore. Nous avons tous appris ou aurions-nous dû, au niveau tout au plus du Certificat d’études ou de l’examen d’entrée en sixième, ce qu’est une métaphore. Le plus bel exemple que citent tous les manuels est tiré de Victor Hugo : La métaphore, est une figure de style fondée sur l'analogie. Elle désigne une chose par une autre qui lui ressemble ou partage avec elle une qualité essentielle. La métaphore est différente d'une comparaison ; la comparaison affirmant une similitude : « La lune ressemble à une faucille » ; tandis que la métaphore la laisse deviner, comme quand Victor Hugo écrit « cette faucille d’or dans le champ des étoiles. ».

 

 

Bref, la langue thaïe sait ce qu’est une métaphore (อุปมา upama) (1).

 

 

Quel que soit le nom que l’on donne à cette forme de rhétorique, elle n’est l’apanage ni des écrivains ni des poètes. Comprendre et utiliser ce mot, c’est sans doute une façon de comprendre la mentalité thaïe, et l’identité thaïe alias « thainess ». Dans l’exemple que nous venons de citer « Comprendre » (เข้าใจ - khao chai), un mot simple du langage courant qui veut parfois dire bien davantage que « J’ai compris ce que  vous m’avez dit » mais «  ce que vous m’avez dit est entré dans mon cœur » (2).

 

 

NOTES

 


(1) Il semblerait que nous soyons en présence d’une hypallage, figure de style qui rapproche deux termes logiquement incompatibles dans une relation inédite. L’étude approfondie des tropes et de la rhétorique n’est toutefois pas de nos spécialités et elle est aujourd’hui largement méconnue !

 

 

(2)  Notons  que dans la même rhétorique, les Thaïs font un surabondant usage du mot (หน้า na),qui est le visage

 

 

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