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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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29 novembre 2020 7 29 /11 /novembre /2020 22:09

 

Nous savons que les peuples d’ethnie thaïe dont les descendants constituent aujourd'hui la grande majorité de la population du pays sont les descendants de populations venues probablement de Chine, qui étaient essentiellement animistes, Ils ont commencé à s'installer dans le pays actuel vers le XIe siècle, Ils y ont rencontré les Môns et peut-être des populations apparentées qui étaient déjà adeptes du bouddhisme, vers le XIIIe siècle, ils sont devenus bouddhistes suivant probablement leurs chefs qui établissaient des royaumes indépendants tout comme les Francs de Clovis devinrent chrétiens pour suivre leur chef ce qui ne fut pas marque d'une christianisation en profondeur,

 

 

Les croyances animistes subsistèrent et subsistent encore dans le pays profond faisant vaille que vaille bon ménage avec le bouddhisme orthodoxe malgré les réformes « protestantes » du roi Rama IV qui voulut rendre au bouddhisme sa pureté d'origine,

 

 

Il est une croyance primitive qui a survécu selon laquelle dans chaque personne, il y a un khwan (ขวัญ) que nous traduisons, faute de mieux, c’est la traduction qu’en donne le dictionnaire de Monseigneur Pallegoix, par « génie tutélaire » ou « génie protecteur » (1).

 

 

Ce concept n’a pas disparu de la mémoire collective des populations de la Thaïlande profonde. De nombreux sites Internet lui sont toujours consacrés. Peut-on le définir  C'est une chose immatérielle, sans substance, censée résider dans le corps physique d'une personne. Quand il est là, la personne jouit d'une bonne santé et du bonheur. S'il quitte le corps, la personne sera malade ou subira des effets indésirables. Un bébé qui a facilement peur, aura un khwan avec les mêmes effets : Si son khwan prend peur, il s'envolera dans une région sauvage et ne reviendra pas tant qu'il n'aura pas retrouvé sa nature normale.  S’il ne revient pas, le corps devient celui d’un Phi (2). À mesure que le bébé grandit, le khwan deviendra également plus fort. Il sera plus solide et plus ferme de tempérament comme la personne dans le corps de laquelle il demeure.

 

 

Cette croyance ne se limite pas aux Thaïs de Thaïlande, Nous la retrouvons chez les Shans de Haute-Birmanie, les Laos et d'autres groupes minoritaires thaïs, Elle semble avoir été généralisée dans toute l'Asie du Sud-Est, enracinée dans un passé antérieur au bouddhisme, elle a survécu  et donne lieu à un vocabulaire abondant.

 

 

Le khwan ne se limite pas aux êtres humains.

 

Nous le retrouvons dans les arbres,  les animaux et les objets inanimés utiles à l’homme, qui ont des khwans individuels. Par exemple: un éléphant, un cheval, un buffle ou un bœuf, le poteau d'une maison, une charrette à bœufs, une rizière et même une ville, ont chacun un khwan. Nous sommes loin de la conception pyramidale, occidentale et traditionnelle du monde : les roches qui sont, les plantes qui sont et qui vivent, les animaux qui sont, qui vivent et qui ont des sentiments, et les êtres humains qui sont, qui vivent, qui ont des sentiments et qui possèdent l'intelligence.

 

 

La construction d'une maison traditionnelle était en bois. La partie considérée comme la plus importante était le premier pilier (เสาเอก) appelé « pilier-khwan » (เสา ขวัญ). Les villageois observaient tout un rituel relatif à la sélection de l'arbre et à son implantation. Les piliers sont maintenant en béton mais le rituel demeure.

 

 

Le choix des arbres était essentiel puisque chacun des arbres abattus était la résidence d'un « esprit de l'arbre ». Le choix était essentiel car il y a des esprits féminins et des esprits masculins. Les arbres utiles, par exemple pour construire une maison, un char ou un bateau, ont un esprit féminin appelé « la nymphe des bois » (nang-mai – นางไม้)

 

 

....et les arbres sans intérêt utilitaire et sans valeur économique, comme le pipal ou le banyan, même s'ils sont par ailleurs sacrés, ont un esprit masculin appelé « ange (masculin) de l'arbre » (rukha thewada – รุกขเทวดา) (3).

 

 

La croyance généralisée est que l'esprit demeure dans l'arbre même une fois abattu. Il n'est donc pas souhaitable d'utiliser des arbres provenant de différentes forêts comme poteaux de la maison, car les esprits féminins qui y résident, venant de différentes localités, se querelleraient naturellement entre eux et il n'y aurait pas de paix pour les occupants. Il en est de même pour un char à bœufs ou une pirogue qui ont un esprit comme les poteaux de maison.

 

Une rizière a une « mère du riz » (mae khao – แม่ข้าว) ou encore maekhwankhao (แม่ขวัญข้าว) qui est un khwan. Il faut lui demander  pardon avant de moissonner la récolte (4).

 

 

De même une ville a son esprit tutélaire qui est aussi un khwan  (khwan mueqng - ขวัญเมือง).

 

 

Naturellement, tout ce qui a un esprit a aussi un khwan.

 

Nous savons que les bouddhistes ne croient pas comme les  chrétiens (en particulier) à l'existence d'une âme pérenne et immortelle dans un corps périssable. Ce que les Thaïs appellent « cheta » (เจต) peut se traduire par « esprit » mais ce n'est pas l'âme. Mais on peut suivre Rajadhon lorsqu’il nous dit que le khwan était  l’âme dans son sens premier. Le mot thaï moderne pour l'âme est vinyan (วิญญาณ) qui vient du pali et qui signifie simplement « conscience », Il est donc très probable que les Thaïs ont appréhendé ce mot lorsqu'ils ont élu domicile au Siam après avoir adopté le bouddhisme de l'école du Sud. Les Laos, les Shans, les Birmans et les Mons de Basse-Birmanie et les Cambodgiens ont le même mot « vinyan » pour désigner l'âme dans leurs langues modernes. La négation par le bouddhisme d'une âme individuelle permanente a brisé la vieille croyance animiste des peuples de cette partie de l'Asie qui ont donc adopté le mot vinyan comme un compromis avec la vieille croyance encore apparente chez de pourtant pieux bouddhistes.

 

 

Quelques expressions significatives

 

Néanmoins, le khwan, privé de son âme signifiante d'origine, existe toujours avec des significations décalées, comme on peut le voir dans de nombreuses expressions toujours vivantes.

 

Lorsqu'un bébé naît, son khwan inhérent est dans un état de fragilité et de faiblesse, On l'appelle « tendre khwan » (khwan on - ขวัญอ่อน) qui peut prendre par extension le sens de « soins tendre et affectueux » comme celui d'une mère pour son bébé.

 

 

Un jeune homme peut dire affectueusement à une jeune femme qui est facilement timide « tendre khwan». Lorsqu'un enfant est frappé par une peur soudaine et se mer brusquement à pleurer, on pense que c'est le khwan de l'enfant a pris son envol. On parle alors de « khwan effrayé » (khwan hai - ขวัญหาย), « khwan enfui » (khwan ni – ขวัญหนี) ou de « khwan envolé » (khwan bin - ขวัญ บิน), ces trois expressions exprimant un état d'alarme, de peur ou de surprise. Lorsqu'un homme éprouve une grande peur qui pourrait le tuer, on dit de façon imagée « le kwan fuit, la bile (vésicule biliaire) se fane » (khwan ni di fo - ขวัญหนีดีฝ่อ).

 

 

Une peur soudaine devient « khwan suspendu » (khwan – ขวัญแขวน). « Détruire le khwan »  (thamlai khwan – ทำลาย), c'est causer une grande frayeur. Khwan est parfois utilisé comme qualificatif pour caractériser l’ affection. Par exemple mia khwan (เมีย ขวัญ), luk khwan (ลูกขวัญ), suan khwan (สวน ขวัญ) qui signifient respectivement une femme précieuse, un enfant précieux, un jardin précieux.

 

 

Ces expressions sont en nombre important. Rajadhon en donne une longue liste qui n’est probablement pas exhaustive. Nous avons dit que la langue thaïe était la langue du cœur, elle est aussi celle de l’âme (5) !

 

 

 

Les khwans de l’être humain

 

Les yeux, les oreilles, la bouche, le nez et les mains ont leur kwan particulier; ce sont khwan ta (ขวัญ), khwan hou (ขวัญ หู), khwan pak (ขวัญ ปาก), khwan chamuk (ขวัญ จมูก) et khwan mu ขวัญ มือ).

 

Traditionnellement, une personne a 32 khwan. Cette tradition perdure au moins encore dans le Nord et le Nord-Est et chez les Laos. En dehors des quatre donc nous venons de parler, il y a celui du cœur, des intestins, des reins, etc…

 

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La croyance en la pluralité des âmes se retrouve chez de nombreux peuples primitifs : Chez les Mongols en particulier, les hommes en ont trois. Mais jusqu'à présent, nulle croyance n’atteint ce nombre. Il s’agit probablement d’une influence ultérieure du bouddhisme qui énumère trente-deux parties d'un corps humain ?

 

 

Bien que le khwan ne soit jamais décrit avec une forme physique, l'expression  khwan bin, le khwan s'envole de peur, laisse à penser qu’il doit avoir des ailes ?

 

Ce serait le plus souvent sous la forme d’un papillon ? Nous retrouvons curieusement les vieux mythes européens, le mythe grec de Psyché.

 

 

Chez Homère, les âmes des prétendants tués par Ulysse s’envolent sous forme de chauve-souris.

 

 

Quand le papillon s’envole, il le fait par une ouverture sur le sommet de la tête,  lequel s’appelle d’ailleurs khwan en thaï. C’est la raison d’une coutume dont on parle  beaucoup sans en expliquer l’origine. Un Thaï moyen ne tolérera pas que quiconque touche sa tête. Malheur à la personne qui tapote une tête thaïe, plus encore si cette personne est une femme. Pire encore si la main qui la touche est une main gauche, car cette main est impure, en particulier celle d'une femme. Aucun homme, s'il le peut, ne passera sous une corde à linge, ni ne laissera le vêtement inférieur d'une femme toucher sa tête. En passant ou en se tenant près d'un supérieur ou d'un ancien, il faut baisser la tête afin de ne pas être au-dessus ou à égalité avec la tête de ce personnage. Si ce personnage est assis sur une chaise ou sur une plate-forme surélevée, il faut baisser la tête en passant près de la personne. S'il s'accroupit sur un tapis ou sur le sol, il faut s'agenouiller ou ramper. Ces habitudes sociales sont devenues si conventionnelles qu'elles font maintenant partie de l'étiquette thaïe des bonnes manières et du décorum.

 

 

Le bouddhisme thaï contemporain ne manque pas de nous étonner. Religion sans dieu créateur mais les représentations des dieux du panthéon indouistes sont omni présentes dans tous ses temples. Religion sans créatures célestes, mais nagas,

 

 

garudas,

 

 

kinaris

 

 

...se retrouvent en permanence dans l’art religieux. Pays dans lequel le monarque doit constitutionnellement être bouddhiste mais où ses rites de son ordination sont brahmanistes. 

 

 

Religion sans thaumaturge, Bouddha s’est toujours refusé à accomplir des miracles mais on vient en permanence lui demander d’en accomplir, réussite à un  examen, exemption de service militaire ou gain à la loterie.

 

Nous avons consacré plusieurs articles à la persistance toujours au XXIe siècle de croyances et rituels animistes venus de la nuit des temps sinon de la préhistoire (6).

 

Il fallut attendre le milieu du XIXe siècle pour que les premiers textes sanskrits soient traduits et commencent à livrer un aperçu de cette singulière doctrine religieuse sans Dieu.

 

 

NOTES

 

 

(1) Une étude circonstanciée en a été faire par Anuman Rajadhon « THE KHWAN AND lTS CEREMONIES » in Journal of the siam society, volume 50-II de 1962, pp.119-164.

 

(2) Voir notre article « A151. EN THAILANDE, NOUS VIVONS AU MILIEU DES "PHi" » :

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a150-nous-vivons-au-milieu-des-phi-en-thailande-123529919.html

 

(3) Le banyan (ต้นกร่าง   tonkrang)  est le  ficus bengalensis qui passe pour avoir des vertus médicinales.

 

 

Le pipal  (โพ – pho)  est le  Ficus religiosa .   C’est l’arbre sacré de la Bhodi sous le feuillage duquel Bouddha a atteint l’éveil.

 

 

(4) Voir l’étude d’Anuman Rajadhon « Me Posop – The rice mother » in Journal of the siam society volume 43 de 1955.

 

 

(5) Voir notre article A 397- LA LANGUE THAÏE EST LA LANGUE DU CŒUR

http://www.alainbernardenthailande.com/2020/10/a-397-la-langue-thaie-est-la-langue-du-coeur.html

 

(6) Voir nos articles, la liste n’étant pas limitative :

 

Bouddhisme, animisme, brahmanisme

 

21. Le Bouddhisme thaïlandais et d'Isan ?

http://www.alainbernardenthailande.com/article-20-le-bouddhisme-thailandais-et-d-isan-78694128.html

 

22. Notre Isan, bouddhiste ou Animiste ?

http://www.alainbernardenthailande.com/article-22-notre-isan-bouddhiste-ou-animiste-78694708.html

 

INSOLITE 4. THAÏLANDE : BOUDDHISME, HINDOUISME ET … ANIMISME AVEC LE CULTE DES ESPRITS ET AUTRES CROYANCES MYTHIQUES ET LÉGENDAIRES …

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/12/insolite-4-thailande-bouddhisme-hindouisme-et-animisme-avec-le-culte-des-esprits-et-autres-croyances-mythiques-et-legendaires.html

 

 

A134. Les "Esprits" Thaïlandais Sont Toujours Vivants.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a134-les-esprits-thailandais-sont-toujours-vivants-120943911.html

 

 

A 331- LE CHAMANISME TOUJOURS PRÉSENT DANS LE BOUDDHISME DE L’ISAN.

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/09/a-331-le-chamanisme-toujours-present-dans-le-bouddhime-de-l-isan.html

 

 

Des rites venus de la préhistoire

 

A93. Une Chasse Au Buffle Dans La Région De Kalasin En Thaïlande.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a9-une-chasse-au-buffle-dans-la-region-de-kalasin-en-thailande-114713457.html

 

 

A154. La Divination Dans Les Entrailles De Poulet En Isan. Une Vieille Tradition Perdue ?

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a154-la-divination-dans-les-entrailles-de-poulet-en-isan-une-vieille-tradition-perdue-123941685.html

 

 

A 216- LES « YEUX DU BONHEUR » EN BAMBOU TRESSÉ.

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/06/a-216-les-yeux-du-bonheur-en-bambou-tresse.html

 

 

A 208 - LE RITUEL DE LA PÊCHE AU PLABUK, « LE GÉANT DU MEKONG » DANS LE NORD – EST DE LA THAÏLANDE.

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/01/a-208-le-rituel-de-la-peche-au-plabuk-le-geant-du-mekong-dans-le-nord-est-de-la-thailande.html

 

 

A 299- LES RITES D’OBTENTION DE LA PLUIE EN ISAN (NORD-EST DE LA THAÏLANDE)

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/01/a-299-les-rites-d-obtention-de-la-pluie-en-isan-nord-est-de-la-thailande.html

 

 

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