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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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7 novembre 2013 4 07 /11 /novembre /2013 00:01

Portrait titreLes rois Borommakot (1733 – 1758) et Uthumphon. (13 avril 1758 – mai 1758)


La succession de Thaï Sa fut, faut-il nous en étonner, chaotique et sanglante.


Il commit en effet la même erreur que son père : Il avait lui-même plusieurs enfants « et la tendresse paternelle étouffa en lui les sentiments de générosité et de respect de la parole donnée qui avaient fait l’honneur de son jeune frère » nous dit Turpin (1). Il désigne alors son fils aîné comme successeur au mépris de la parole donnée à son jeune frère. Celui-ci est moine, il préfère (avec prudence) la simplicité de la vie monastique et le parjure de son père lui fait horreur.


Eclate alors une guerre civile.


Les annales nous en donnent tous les sanglants détails. Elle se termine par le triomphe de l’oncle, l’Uparat, héritier « légitime ». Celui-ci fait allégrement massacrer la famille de son jeune neveu mais si du sang a coulé, nous dit toujours Turpin « c’est moins dans les combats que sous le glaive des bourreaux ».  La poursuite fut longue avant que ses troupes ne les appréhendent, nous disent les annales. De rage, le roi voulut les faire périr par où ils avaient péché : amateurs de pèche à la ligne (tradition familiale ?), c’est-à-dire les accrocher par le menton avec un hameçon et les pendre à une branche jusqu’à ce que mort s’ensuive.

 

pendaison

 

Heureusement pour eux, les poursuivants se contentèrent de les massacrer de façon plus traditionnelle.

Si grand par ailleurs était le ressentiment du roi qu’il pensa même un moment refuser de faire procéder à la crémation rituelle de son défunt prédécesseur, et faire jeter son cadavre à la rivière, mais sa « bonne nature » finit par prendre le dessus, il considéra qu’il ne devait pas se venger sur un mort et fit procéder aux cérémonies funéraires avec le faste habituel.  


Après ce massacre, le nouveau monarque voulut-il marquer sa magnanimité et faire oublier la vengeance sanglante infligée à son neveu et à sa famille ? Il propose alors à l’aîné de ses neveux (le moine) de le désigner comme successeur. Celui-ci eut la sagesse (ou la prudence) de refuser et mourut d’ailleurs sous la robe safran peu de temps plus tard. Monsieur Pallegoix nous dit un peu hâtivement « à sa mort il s’éleva une guerre civile. Le vice-roi fit massacrer la famille royale et s’empara du trône … » (2).

 

Ainsi commença le règne de Borommakot.


Somdet Phrachaoyuhua Borommakot (สมเด็จพระเจ้าอยู่หัวบรมโกศ) ou encore Somdet Phra Boromaracha Dhiraj III (สมเด็จพระบรมราชาธิราชที่ 3) qui succéda, usurpateur ou pas, à son frère aîné.

Monsieur Pallegoix exécute cette fois ce règne en une ligne : « Ce fut sous le règne de cet usurpateur qu’on découvrit les mines d’or de Bang Thapan ».


Les difficultés de Borommakot vinrent de sa propre famille ; une grande famille, 15 enfants des trois reines ses épouses principales, et 108 de ses épouses secondaires. En 1746, il désigne son troisième fils, le Prince Dok Dua ou Dokmadua (ดอกเดื่อ - ดอกมะเดื่อ) ou Uthumphon (อุทุมพร) comme héritier. Cette année-là en effet, son fils aîné qui avait été désigné comme héritier quelques années auparavant, eut « une affaire » avec deux concubines de son père. Il fut dénoncé par un second fils,  Ekkathat, dont nous allons reparler.


Le fils incestueux fut naturellement battu à mort. Condamné à subir une peine de deux cent trente coups de fouet, il rendit l’âme au cent dix-huitième.

 

bastonade

 

Inutile de préciser que les concubines coupables subirent le même sort.


Toutefois, Borommakot, malgré les qualités d’héritier présomptif du délateur, ne voulut jamais lui attribuer le titre d’Uparat. Selon les annales, il était borgne et lépreux et surtout d’une totale incompétence, à tel point que son père le considérait comme un imbécile. Il lui préféra Uthumphon, intelligent, travailleur, pieux et aimé du peuple.


Les annales nous narrent les événements marquants de son règne.


Elles ne nous font grâce d’aucune des multiples événements que nous aurions tendance à considérer comme secondaires (chasses à l’éléphant, capture d’un éléphant aux défenses atrophiées, capture d’éléphants blancs, pèlerinages aux saintes empreintes, incendie accidentel au palais royal, mort de la princesse Yothathep et organisation de ses funérailles, etc …) mais il en est de plus significatifs.

 

La révolte des Chinois.

 

Elle survint selon toutes apparences en 1733, la première année de son règne. Les annales nous en disent peu de choses, et surtout pas les raisons : 300 chinois voulurent s’emparer du palais royal. Ils furent dispersés, et les meneurs exécutés. Nous restons donc sur notre faim.


La découverte de l’or.


pepite


Cet événement signalé par Mgr Pallegoix, se situe en 1747. Les annales font en effet état de la découverte d’une riche mine d’or, non pas à Bang Thapan (que nous n’avons pu situer) mais à Kuiburi (กุยบุรี) actuel amphœ de la province de Prachuapkhirikhan. L’événement ne présenterait en lui-même guère d’intérêt si les annales ne nous avaient raconté l’affectation que le roi donna à cet or de très fine qualité, que lui envoya le Prince de Kuiburi, il l’affecta tous simplement à ses aumônes et ses œuvres charitables. Voilà pourtant qui aurait dû émouvoir le prélat qui ne nous parle pas de cet acte de charité bouddhiste.

 

 

L’envoi des moines à Ceylan.


 envoi moines


En 1753, le roi de Ceylan envoya une ambassade à Ayutthaya : Il demandait l’envoi de moines bouddhistes siamois pour l’aider à remettre de l’ordre dans son propre clergé, décadent, perverti et corrompu. Cette requête, hommage rendu à la pureté de la foi bouddhiste au Siam, flatta l’orgueil de Borommakot. Il reçut l’ambassade en grands pompes et envoya un aréopage de 15 moines bouddhistes à Ceylan commandée par les moines Ubali et Aryia Muni. Ils en revinrent mission accomplie.

Le bouddhisme au Sri Lanka devint ainsi « fils spirituel » du bouddhisme thaï ; ce qu’il est toujours.

 

Intervention au Cambodge.

 

En 1750 le roi Borommakot fut appelé à intervenir au Cambodge : Le roi Khmer Ramathibodi, monté sur le trône en 1748 en fut expulsé moins d'un an plus tard par un rival, le Prince Satha,  soutenu par une armée Cochinchinoise. Borommakot envoya une armée pour rétablir l’ordre, mais le prince Ong Ing,  frère de Satha, fit acte d’allégeance au Siam et Satha pu conserver son trône. Mais il mourut quelques mois plus tard et Ramathibodi remonta sur le trône. Il semblerait qu'à cette époque le droit du Siam à régler la succession au trône cambodgien n’était contesté dans ce pays par personne !

 

Les événements dans le royaume de Pegu et le royaume de Ava.


A cette époque se produisirent en Birmanie des événements qui auront des conséquences dramatiques sur l’avenir du Siam.


En 1734 probablement, la capitale de la Birmanie fut déplacée à Ava « la ville des pierres précieuses », l’actuelle Innwa, située dans la région de Mandalay. Ce changement suscita le mécontentement des Pégouans sur le territoire desquels se trouvait la capitale, à Pegu (aujourd’hui Bago à 80 km au nord-ouest de Rangoon).

Il y avait une longue tradition guerrière entre le royaume de Pegu et le royaume birman de Ava (guerre de 40 ans en particulier, de 1385 à 1424 entre le royaume de Ava en haute-birmanie où l’on parlait birman et celui de basse-Birmanie où l’on parlait môn). Ce changement disconvint donc aux Pégouans et suscita une sourde rancœur. Les gouverneurs birmans y étaient  par ailleurs cordialement détestés pour leurs excès fiscaux et leur corruption.


En 1737, l’un d’entre eux, Maung Tha Aung, se révolta contre le roi de Birmanie, Maha Thammaracha Dhiphati, et proclama l’indépendance du royaume et s’en déclara roi en 1740. Cela ne satisfit pas les Pégouans qui le massacrèrent.


 Maha Thammaracha Dhiphati installa alors un de ses oncles pour le remplacer ; ce qui ne calma pas non plus les Pégouans qui lui firent subir le même sort que Maung Tha Aung. Un prêtre shan se prétendant de sang royal birman devint roi du royaume indépendant de Pegu en 1742 sous le nom de Saming Tho.


pegou


Les gouverneurs birmans des deux provinces du sud, Martaban (aujourd’hui Mottana)


 

martaban

 

et Tavoy (aujourd’hui Dawéï),

 

tavoy

 

restés fidèles au royaume de Ava, se trouvèrent géographiquement coupés de toute communication (donc de toute possibilité de secours) avec Ava. Ils durent fuir avec quelques centaines de féaux  et allèrent à Ayutthaya demander aide, protection et asile à Borommakot. Ils reçurent le meilleur accueil de Borommakot, indigné de ce qu’il considérait comme l’usurpation « d’un personnage vil et de basse extraction », et qui leur procura des logements dignes de leur rang.


A partir de là, Borrommakot tendit à avoir une politique favorable à la Birmanie, considérant que si sa puissance était en déclin, il ne lui fallait pas non plus par trop favoriser les Pégouans – Môns, susceptible de devenir trop puissants à ses frontières.


En outre, et surtout, le nouveau roi de Pegu l’avait gravement offensé non tant en lui proposant une alliance entre son pays et le Siam qu’en demandant une princesse siamoise en mariage, ce que Borommakot refusa avec indignation se demandant jusqu’où iraient ses prétentions.

Saming Tho eut plus de chance dans ses prétentions conjugales en obtenant la main de la fille du prince de Chiangmaï.


En 1744, le roi de Birmanie envoya de son côté une ambassade à Ayutthaya, la première depuis plus de cent ans, pour remercier le roi Borommakot du traitement généreux qu’il avait réservé à ses gouverneurs fugitifs et obtenir, sinon l'aide siamoise pour soumettre les Pégouans, du moins la promesse d’une « bienveillante neutralité ». Les ambassadeurs birmans reçurent un excellent accueil et, en 1746 une ambassade siamoise reçut également un chaleureux accueil à Ava.

Lorsque les envoyés siamois arrivèrent à Ava les Pegouans avaient attaqué le royaume, s’était emparé de la ville de Prome (aujourd’hui Pyay) et marchaient sur Ava.

Les Pegouans crurent alors que l’arrivée des plénipotentiaires siamois était le signe avant coureur de l’envoi d’une armée siamoise se portant au secours des Birmans. Ils battirent en retraite et furent défaits dans leur déroute par les Birmans.

Par ailleurs, le mariage de Saming Tho avec la princesse de Chiangmaï fut en réalité sa perte. Il avait en effet une autre épouse, fille du Phraya Dala qu’il « négligea » au profit de la nouvelle. Elle alla se plaindre à son père en l’incitant à comploter contre son mari.

 

En 1746,  le Phraya Dala profita d’une absence de Saming Tho parti pour une battue à l’éléphant, s’empara du pouvoir et devint roi de Pegu pendant que le monarque déchu se réfugiait à Chiangmaï.

 

Le dit roi déchu, après une vaine tentative pour reprendre son royaume avec l’aide d’une armée de Chiangmaï dut s’humilier en allant mendier, en 1750, l’aide de Borommakot.

 

Ce dernier n’avait pas digéré la demande en mariage ! Il reçut un accueil d’abord courtois mais fut jeté en prison.

 

Ce sachant, le Phraya Dala envoya un ambassadeur pour demander que Saming Tho lui soit livré. Borommakot, avec un incontestable sens de l’honneur, refusa de livrer un homme pour l’envoyer à une mort certaine. Mais comme sa présence était à tout le moins encombrante, il fut embarqué d’office sur une jonque à destination de la Chine. Celle-ci fit toutefois naufrage sur les côtes de l’Annam et Saming Tho put rejoindre Chiangmaï.

 

L’histoire des rapports tumultueux des deux royaumes, celui des Birmans et celui des Môns, le nord contre le sud, va continuer.

 

En mars 1752, l’Uparacha de Pegu, frère du Praya Dala, s’empare d’Ava dont il fit le roi captif. On ne sait trop s’il fut exécuté en 1754 sur ordre du Phraya Dala ou s’il mourut en 1757.

 

Voilà le Praya Dala maître de la Birmanie dont la puissance semblait détruite pour toujours.

 

Surgit alors un homme exceptionnel, il est chef d’un petit village, Shwebo  (à une centaine de kilomètres au nord-ouest de Madalay), il soulève l’étendard de la révolte. Il est connu sous le nom d’Alaungpaya.


alaungpaya

 

Il réussit à réunir et armer une troupe de 5000 hommes.

 

En décembre 1753, il  reprend Ava, capture le Phraya Dala, rétablit la suprématie birmane et met fin à l'éphémère royaume « Peguan-uni ». Modeste chef de village, parti de rien, il est le fondateur de la dynastie Konbaung.


 Ava carte

 

« Quand on combat pour son pays, il importe peu qu'on soit rares ou nombreux, ce qui compte est que vos camarades aient un cœur sincère et des bras forts » aurait-il dit.

 

Nous allons retrouver Saming Tho, volant au secours de la victoire, apprenant les succès d’Alaungpaya, il quitte Chiangmaï avec plusieurs centaines de partisans et va lui offrir ses services. Alaungpaya, méfiant, le fait incarcérer et le fit mourir dans les geôles royales en 1758.

 

L’arrivée sur le trône birman d’Alaungpaya causera, nous le verrons bientôt, le malheur du royaume d’Ayutthaya.

 

***

Le règne de Borommakot fut celui des dernières années fastes d'Ayutthaya avant que le royaume ne tombe neuf ans après sa mort.

 

 

 

 

 

 

 

Il fut un administrateur efficace, confiant des postes de responsabilité administrative à ses nombreux fils pour contrebalancer la puissance des féodaux. Il aurait également été responsable d’une œuvre législative actuellement presque totalement perdue (3). Nous savons toutefois qu’il était fort sévère sur les vols d’éléphant et de bétail, la première infraction était punie par un tatouage sur la main et sur le front et la suivante de mutilation d’un membre.

 

mutilation

 

Avec un certain humour, Wood (il écrit en 1924) nous dit «  Les vols de bétail étant très répands aujourd’hui au Siam, la réintroduction de la législation du roi Borommakot serait une bonne chose » (4).


Les annales louent d’abondance ses qualités, sa piété.


Il fit, il est vrai,  construire ou reconstruire de nombreux temples et envoya une ambassade monastique à Ceylan ; elles notent son honnêteté, ses actions charitables et son respect de la vie (en dépit de l'effusion de sang qui avait accompagné son accession au pouvoir !), et son respect de la hiérarchie religieuse.


Amoureux de la paix, il réussit tout au long de son long règne à ne pas s'impliquer dans un conflit sérieux. La population était prospère, heureuse et satisfaite, il y avait très peu de voleurs et de malfaiteurs, il était inutile de clôturer sa maison. Même si, offensé, il pouvait se montrer d’une grande sévérité, il était par nature miséricordieux, d’humeur affable, friand d’amusements simples et populaires. Ainsi, chaque année, à la saison de battage, il avait coutume de partir avec toute sa cour, vivre dans les rizières, s’y détendre en admirant les spectacles de danses, écoutant les chants et assistant aux courses de poney ou aux combats de boxe.

 

La mort du roi.


Elle survint en mai 1758. Il avait 77 ans et avait régné 26 ans. Les annales résument superbement sa vie : « Le pays était prospère, le peuple était satisfait, la sécurité régnait, pas de voleurs, il était inutile de clôturer les propriétés, charitable par nature même s’il fallait si besoin était, faire preuve de sévérité. »

« Après lui » nous dit brièvement Monseigneur Pallegoix « son fils Chao Dok Madua ne régna qu’un an, remit la couronne à son frère et se fit talapoin. En ce temps-là, le roi d’Ava vint assiéger Juthia, mais, étant tombé malade, il leva le siège et mourut en route. Son successeur, à la tête d’une armée nombreuse de Birmans, vint ravager toute la plaine de Siam, il tint Juthia assiégée pendant deux ans et finit par s’emparer de cette capitale qu’il réduisit en cendres … ».

Mais de cela nous allons en reparler.  (Cf. notre article suivant)

                                _______________________

 

 

Uthumphon (13 avril 1758 – mai 1758)


UTUPHON


Somdet Phrachao Uthumphon (สมเด็จพระเจ้าอุทุมพร) ou Phra Bat Somdet Phra Chao Uthumphon Mahaphon Phinit (พระบาทสมเด็จพระอุทุมพรมหาพรพินิต) fut le 32ème et avant-dernier roi de la dynastie. Son règne dura peu de temps, moins de deux mois probablement.

Il fut sacré officiellement avec la bénédiction des « autorités civiles et religieuses » après s’être assuré du soutien d’au moins trois de ses nombreux demi-frères et put organiser les funérailles de son auguste père.

Son frère aîné, entretemps devenu moine, bénéficiait de nombreux soutiens. Il jeta son froc aux orties, fit exécuter ceux de ses demi-frères qui avaient soutenu Uthumphon.

Celui-ci eut alors la sagesse de ne pas s’accrocher à son trône, s’effaça  et abdiqua en faveur de son frère pour se retirer dans un monastère qu’il avait tout de même eu le temps de faire construire. Sagesse certainement, puisque si l’on admettait alors volontiers que l’on fasse assassiner tous les membres de sa famille, la personne des moines était sacrée. « Il n’était propre qu’à des fonctions pacifiques » nous dit Turpin. Bien lui en prit puisqu’il mourut en 1796, non pas dans son temple, hélas, mais captif des Birmans, capturé lors de la chute d’Ayuthaya. Il écrivit de nombreux poèmes, et, à la demande des Birmans eux-mêmes, leurs chroniques historiques.

 En fait, la captivité ne devait pas être bien pesante.

Il avait été installé avec ses compagnons nobles siamois dans un village construit pour eux aux environs de Mandalay. Ce village, Mégntasu (เมงตาสึ) existe toujours et ses habitants prétendent être les descendants de ces nobles exilés. Son nom signifierait en birman « le village princier ». Ses cendres sont présumées se trouver dans un chedi près de là, qui est en tous cas toujours un lieu de pèlerinage (5). Il était familièrement « dok madua » (ดอกมะเดื่อ) « fleur de figuier » (tout simplement parce que อุทุมพร Uthumphon c’est un figuier en thaï archaïque).


figue

 

Il mérité aussi le beau surnom de Khunluanghawat (ขุนหลวงหาวัด)  «le roi qui préfère le temple » (6).

 

 

Mais cette abdication causa le malheur du Siam.

 

 

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(1) Turpin « Histoire du royaume de Siam », 1771, volume 2.

 

(2) Monseigneur Pallegoix « Description du royaume thaï ou Siam » volume II.

 

(3) Voir la thèse de Sopich Nouthong « การเมืองสมัยสมเด็จพระเจ้าบรมโกศ » « Politics in the age of King Borommakot » 1996 Université Chulalongkorn.

 

(4) Wood « A history of Siam from the earliest time to the year A.D. 1781 with a supplement dealing with more recent events » Chiangmaï en 1924.

 

(5) http://www.irrawaddy.org/z_thailand/thais-to-investigate-kings-tomb-in-mandalay.html 

Les autorités thaïes obtinrent en 2012 des Birmans qu’il ne soit pas rasé pour un sordide projet immobilier. Il est présentement fouillé par des archéologues thaïs.


 Thai-tomb

 

(6) L’aventure d’un monarque qui abandonne volontairement le trône et le pouvoir absolu pour se retirer dans un couvent qu’il fit construire est un phénomène rarissime dans l’histoire du monde, connaît-on d’autres exemples que le sien sauf celui, bien sûr, de Charles Quint ?

 

 

 220px-Abdication de charles quint Louis Gallait

 

 

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