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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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19 décembre 2013 4 19 /12 /décembre /2013 00:02

titreLa chute d’Ayutthaya vue par Monseigneur Brigot et racontée par M. Turpin.

Nous avons décrit dans nos articles précédents les dernières années du royaume d’Ayutthaya jusqu’à sa chute en 1767 selon les chroniques traduites par Cushman (1). Celles qu’il qualifie de B, C et D sont datées, le premier texte de 1795, le second de 1807 et le troisième ne l’est pas. Elles ont donc été écrites 30 ans après la chute, une génération, une tradition orale peut-être mais certainement pas un témoignage direct.

L’ouvrage de Turpin « Histoire de Siam – histoire civile et naturelle du royaume de Siam et des révolutions qui ont bouleversé cet empire jusqu’en 1770 » a été publié en 1771 en deux volumes. Le premier volume contient une description du pays qui ne contredit pas celles de ses prédécesseurs (La Loubère, Choisy, Forbin, Tachard) non plus que celle de Monseigneur Pallegoix quelques dizaines d’années plus tard.

Le second volume, celui qui nous intéresse, est consacré à l’histoire du Siam. En ce qui concerne la période antérieure et jusqu’à la chute d’Ayutthaya, voici ce que nous dit Turpin (assez cruellement) des sources :

« Mais comment écrire l’histoire d’un peuple qui méconnait lui-même son origine et ses accroissements, qui ne s’appuie que sur des traditions qui sont l’ouvrage ténébreux de prêtres imbéciles ou fripons ? … J’ai travaillé sur des mémoires qui m’ont été communiqués par un prélat qui a été le témoin et la victime des dernières tempêtes qui ont obscurci la splendeur de cet empire. J’ai encore emprunté le secours de M. Aumont, missionnaire zélé et observateur éclairé, qui a écrit avec candeur tout ce qu’il a vu dans ce royaume pendant une trentaine d’années qu’il a consacrées aux travaux de l’apostolat. »

Turpin n’a bien évidemment pas eu connaissance des annales. Bien que la référence à M. Aumont, prêtres des missions étrangères, soit intéressante, elle concerne beaucoup plus la description du pays que l’histoire des années précédant immédiatement la chute du royaume puisque cet ecclésiastique qui, en réalité, n’est resté que  20 ans dans le pays (2) l’a quitté 27 ans avant sa  chute.


« Le prélat qui a été le témoin et la victime des dernières tempêtes », c’est Monseigneur Brigot. Ce témoignage est essentiel, c’est le seul qui provienne d’un témoin direct des événements qu’il décrit. L’ouvrage de Turpin porte en sous-titre en effet la mention « publiée par M. Turpin sur des manuscrits qui lui ont été communiqués par M. l’Évêque de Tabraca, vicaire apostolique de Siam, et autres missionnaires de ce royaume ».

 

Dans quelles conditions ce pieux prélat (3) confia-t-il son manuscrit, à la fois ses notes de voyage et son journal, son « livre de raison » comme on disait à l’époque, à Turpin (4) auquel tout semble l’opposer, d’où le connaissait-il, c’est ce que nous ignorons ? Ils n’ont pas le même âge, ils n’ont pas la même origine, tout les oppose. L’Encyclopédie est en route depuis 20 ans et le prélat ne pouvait ignorer que Turpin, franc-maçon notoire (5)

 

Initiaion


en était l’un des collaborateurs les plus assidus. Collaboration singulière d’un prélat et d’un franc-maçon, alliance contre nature, mariage de « la carpe et du lapin ».

 

Mariage-de-la-carpe-et-du-lapin

 

***

Les deux volumes de son « Histoire de Siam – histoire civile et naturelle du royaume de Siam et des révolutions qui ont bouleversé cet empire jusqu’en 1770  - publiée par M. Turpin sur des manuscrits qui lui ont été communiqués par M. l’Évêque de Tabraca, vicaire apostolique de Siam, et autres missionnaires de ce royaume » sont datés à Paris de 1771.

Le « privilège royal » est reproduit à la fin du second volume, il est daté du 26 juillet 1770 au profit de « notre aimé Sieur Brigot, évêque de Tabraca ». L’ouvrage a été au moins deux fois traduit en anglais, et en thaï il y a quelques années mais uniquement le second volume, sur l’histoire du Siam (6) et n’a à ce jour - semble-t-il - jamais été réédité en français.

 

tome 2

Qu’en penser ?


Les opinions modernes sont contradictoires (7).

Toutefois, la publication de son ouvrage, qui est tout sauf « clérical » mais jamais « anti clérical » disconvint peut-être moins à Monseigneur Brigot qu’à à sa hiérarchie (8).

Rien dans le volume II consacré à l’histoire du Siam ne nous a paru contraire à l’orthodoxie de l’église catholique (mais nous ne sommes pas théologiens), c’est un reportage et rien autre. Bien au contraire, Turpin s’y montre admiratif pour l’œuvre de Monsieur Brigot, de ses missionnaires et de ses ouailles et lorsqu’il parle des jésuites, la bête noire des encyclopédistes autant que des Missions étrangères et tout autant du pouvoir royal (ils ont été expulsés de France en 1763), c’est pour les égratigner, mettant par exemple le lecteur en garde contre les mémoires du Père Tachard qui ne sont que flagornerie à l’égard de Phaulkon, du roi siamois et du roi français.

 

jesuite

 

***

Après ces prolégomènes, revenons à notre reportage.


Nous avons constaté qu’il ne contredit pas mais bien plutôt complète la narration des chroniques. Commençons avec les souvenirs de Monseigneur Brigot transmis par Turpin en 1754, date à laquelle il est déjà à Ayutthaya :

Les Birmans (qu’il appelle les « Bramas ») cherchent un roi. Ils le trouvent en la personne d’un de leur compatriote « nommé Manlong, jardinier de sa profession qui, dans un corps condamné à des fonctions abjectes et pénibles, avait le courage et la fermeté d’un héros » (9). Après s’être emparé du royaume de Ava et mis les Pégouans à genoux, « étonné de la terreur qu’inspiraient son nom et ses armes, se persuada que la conquête de tout le royaume de Siam lui serait facile ». Il rassemble alors ses armées, le roi siamois fait alors demander l’aide des chrétiens à Monseigneur Brigot. Celui-ci rassemble son troupeau et lui rappelle que « le Dieu de paix est aussi le Dieu des batailles. Plus d’un cent prirent les armes pour la défense commune. Cette milice méprisable par le nombre était suffisante pour donner aux autres l’exemple du courage ».


Le roi – prêtre, Uthumphon,est provisoirement remonté sur le trône.

 

UTUPHON

« Il connaissait trop la pusillanimité de ses sujets pour mettre sa confiance entre eux. Ses magasins étaient remplis de canons, de bombes et d’autres armes mais il manquait de bras pour s’en servir ». Il a ordonné en quelque sorte une « levée en masse » mais cette milice prenait la fuite à l’annonce de l’arrivée des Birmans. Le roi confie aux chrétiens la garde de son palais et des bastions de la ville.


Les Birmans sont à trois jours de la ville.


Leur roi est victime d’un abcès mortel (10). Le roi Birman demande toutefois à ses conseillers européens en combien de temps ils pensaient pouvoir s’emparer de la ville. Ils ne demandent que trois jours. Le roi birman leur donne l’ordre de marche. Tous les bourgs et villages environnants et les faubourgs de la ville sont investis. Mais le quartier chrétien résiste. « Les Birmans, prévenus de leur valeur n’osent se mesurer avec des hommes trop détachés de la terre pour craindre de mourir. » Mais ils continuent leurs exactions, viols, pillage, tortures. « Un conquérant Birman marchant toujours le fer et la flamme à la main et ne se reposant que sur des ruines et des débris, offre des scènes d’atrocité qui révoltent les âmes sensibles ».

La ville pourtant résiste encore lorsque tombe la nouvelle de la mort du roi birman. « Le plus jeune de ses fils qui avait reçu ses derniers soupirs, se fit proclamer roi. Il avait besoin du soutien de l’armée pour affermir son autorité naissante. »


Les Siamois ne tirèrent toutefois pas de profit de cette première alerte. Refusant les offres des Hollandais établis à Ayutthaya qui proposèrent de faire venir des canonniers en nombre depuis Java, ils se refusent à recevoir des leçons d’une nation étrangère. Ils s’imaginent que les chrétiens siamois qui viennent de donner des témoignages de leur courage, seront dans l’avenir un rempart suffisant. On les couvre d’or, on les récompense, on les consulte aussi. Les chrétiens donnent alors un conseil de pure stratégie : Les Birmans avaient investis tous les temples et toutes les pagodes établies autour de la ville (probablement les seuls bâtiments construits en dur au milieu de cabanes en bambou) pour en faire des bastions, il faut donc les raser. Sacrilège ! Le monarque, avant de retourner dans son cloitre en 1762, s’y refuse « parce qu’il conservait toujours un penchant pour son premier état » et était excité d’une « basse jalousie » à l’égard de l’évêque de Tabraca.


Son frère reprend donc les rênes du gouvernement.


Par ailleurs, Naungdawgyi, fils  d’Alaungpaya, second roi de la nouvelle dynastie birmane est empêtré dans des querelles de palais. Il est aussi dans des dispositions pacifiques, « considérant le sang de son peuple comme plus précieux que les dépouilles des villes siamoises ». Tel n’est pas son successeur Hsinbyushin  qui va alors reprendre les velléités conquérantes de son père : « Dévoré d’ambition et trop resserré dans ses états, il fut le verge dont Dieu se servit pour frapper les Siamois ».

 

roi birman

***

Le nouveau roi birman est un guerrier dans l’âme. « Il mit sa gloire à porter chez l’étranger les tempêtes qu’il avait dans son cœur… Il disait hautement qu’il avait promis à son père mourant d’achever la chute d’un peuple lâche et pusillanime qui n’attendait qu’un conquérant pour en recevoir des fers ». Il reprend Tavoy en 1761 que, sur les conseils prudents de l’évêque de Tabraca le roi siamois estime d’abord ne pas devoir secourir. Mais « les intrigues des favoris prévalurent … ». Ordre fut donné au gouverneur de Tenasserim de partir au secours du Tavoy. En vain.


Entretemps, les armées birmanes sont aux portes de Martaban. Le gouverneur de Tavoy, terrorisé s’enfuit et va chercher refuge à Mergui suivi de ses parents et de quelques fidèles. Il y fait acte d’allégeance au Siam.


Nous connaissons déjà la suite de l’histoire, la version de Turpin rejoignant mutatis mutandis celle des Annales (11) Les chrétiens reçoivent la proposition d’un capitaine de navire portugais de les embarquer vers les Indes. « Il n’y en eu pas un seul qui daignât profiter de cette offre officieuse ». Les Birmans ne rencontrent aucune résistance. Les chrétiens se réfugient dans leurs églises sous la protection des R.P. Andrien et Alary. La ville, les églises sont pillées, les ecclésiastiques, les habitants, chrétiens ou pas, torturés pour leur faire avouer où ils cachaient leurs richesses.

Restons-en là sur les horreurs que nous conte Turpin, rien de nouveau par rapport à l’invasion précédente, rien de nouveau non plus sous le soleil du XXIème siècle. Un détail toutefois, amusant (si l’on peut dire), il y a une légère amélioration depuis la dernière invasion, les Birmans ont des pudeurs de séminaristes : ils respectent la foi conjugale et ne violent que les vierges, les femmes mariées échappent à leurs appétits !


Tenasserim subira le même sort avec les mêmes horreurs.


C’est alors que « l’armée des Birmans, plus occupée à piller qu’à faire des conquêtes, dévorait dans la débauche l’héritage des vaincus. Lorsqu’ils eurent épuisé leur butin, ils cherchèrent une nouvelle proie. Le général, flatté de ses premiers succès, se promettait des triomphes faciles. Il marcha donc contre Ayutthaya, persuadé que la conquête de la capitale donnerait aux autres villes l’exemple de la soumission».


Les Birmans traversent forêts et montagnes, avalent les obstacles, ravagent tout le nord-ouest de la capitale. Les habitants terrorisés se réfugient dans les forêts « Le roi de Siam est renfermé dans son sérail et se consolait avec ses concubines du malheur de ses sujets. »


serail

 

 

Les Birmans sont aux portes de la ville, on en renforce enfin les fortifications. L’évêque de Tabraca avait prévu le danger, il pourrait fuir mais reste à son poste et ne veut trahir son devoir. Il réussit toutefois à faire évacuer les jeunes élèves des écoles chrétiennes vers le nord confiés, aux soins des R.P. Kcherve et Artaud.


seminaire


La ville est investie, tous les environs ont été ravagés, réduits en cendres. Bangkok est tombée.


Les Birmans veulent réduite la ville par la famine. Intervient l’épisode du capitaine de vaisseau anglais relaté par les annales (11). « Les Siamois, soupçonneux, craignaient de le rendre trop puissant et de se mettre dans la dépendance d’un étranger ». Avant de fuir, toutefois, anecdote savoureuse, l’Anglais avec un certain sens de l’humour (anglais), s’empare de vaisseaux chinois et paye leurs propriétaires … en tirant des traites sur le roi du Siam.

 

traite

 

Son départ enhardit les Birmans qui n’ont plus rien à craindre « à combattre que des hommes efféminés ».  

Pendant ce temps, le roi met toute sa confiance dans ses magiciens (11) mais ils ne donnent pas à ses troupes le pouvoir de se rendre invisibles ou invincibles. Il ne reste plus que les missionnaires chrétiens pour nourrir la population, chrétiens ou « gentils ». Il y a certes des denrées en abondance dans la ville, mais ce sont les dignitaires siamois qui s’en réservent l’usage. « Les officiers siamois avaient abusé de leur autorité pour faire de grands amas de grains qu’ils s’approprièrent pour se garantir de la famine dont ils étaient menacés ».


En mars, l’armée birmane est proche de la ville mais son général meurt d’une forte angine. Cela ne retarde pas les Birmans (on a caché à la troupe la mort de son chef) qui détruisent après les avoir pillées toutes les pagodes. Les églises chrétiennes, faites de planches, sont trop pauvres pour exciter leur convoitise.


eglise


Le 7 mars, les Birmans sont à 500 mètres de la ville et dressent une batterie de canons sur des collines élevées qui les rend maîtres de la rivière. Le dernier espoir de la population est entre les mains des chrétiens « dont on avait éprouvé la valeur héroïque lors de la dernière révolution ». Ils sont chargés de la défense des bastions, on leur confie 30 canons et des munitions. Les chrétiens sont 80 aux côtés de 6.000 Chinois, ils sont inexpérimentés mais ils sont l’élite de l’armée siamoise. Le 8 mars, on apprend que les Birmans se disposent à donner l’assaut final. Les chrétiens et les Chinois font une sortie et un carnage de Birmans. Une attaque birmane est par ailleurs repoussée par les Portugais. Les Birmans réussissent à s’emparer du quartier français. Ils s’attaquent alors au quartier hollandais où s’étaient réfugiés Portugais et Chinois. Le quartier tombe. Les Siamois ne peuvent compter sur aucun secours de l’extérieur (12). L’évêque de Tabraca, escomptant alors que les Birmans avaient le sens de l’honneur, fait sa reddition au bénéfice de vagues promesses. Aucune ne sera tenue, le quartier chrétien est réduit en cendres, l’église et le séminaire sont pillés, les prêtres enchainés. Ils ont juste le temps de marier en catastrophe les jeunes vierges à de jeunes ouailles pour leur éviter d’avoir à subir les derniers outrages, d’ « échapper aux caresses brutales ».


L’assaut final est donné le 28 avril 1767.


Plan


C’est l’apocalypse. Nous connaissons la suite (13). Dans sa description de la catastrophe finale, Turpin trouve une explication à la chute du royaume dans le caractère même du régime despotique qui règne sur la population par la terreur :

« Une armée de citoyens est invincible : un troupeau d'esclaves se donne à celui qui le paye et le nourrit ».

 

fin

 

 

Ce sont des hommes libres et non des esclaves, 300 spartiates et 700 thébains, qui ont pu résister aux 200.000 Perses de Xerxès lors de la bataille des Thermopyles.


thermopyle

 

Ces très encyclopédistes considérations ne sont peut-être pas étrangères à la décision du Conseil d’état du roi ? « Assertions hasardée et maximes dangereuses » dit l’arrêt du Conseil (8).


 

arret du conseil


S’il y a eu des actes de résistance isolés quoique désespérés, et il y en eut probablement, légendaires ou pas, Banrachan en est un exemple, ils furent évidemment ignorés de Monsieur Brigot depuis sa galère

 

Les Birmans quittent le pays après l’avoir ravagé, Hsinbyushin n’est pas un conquérant mais un pillard, « plus occupée à piller qu’à faire des conquêtes », Alaric peut-être, Alexandre certainement pas.

 

ALARIC

 

Dans cette période noire de l’histoire d’Ayutthaya, surgit alors un homme providentiel, Pahya Thaé (Taksin) « également politique et guerrier ». Nous vous raconterons bientôt son histoire.

 

 

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Notes


(1) Voir nos articles 103 et 105 sur les derniers rois d’Ayuthaya.

(2) Le R.P. Paul Aumont est présent à Mergui en 1720, à Ayutthaya en 1721 puis de nouveau à Mergui en 1723 et quitte le Siam après être passé par Pondichéry en 1740. Il finit sa carrière comme directeur du séminaire des missions étrangères à Paris jusqu’en 1773 (selon Alain Forest «  Les missionnaires français au Tonkin et au Siam », livre I). Il a écrit effectivement ses « Mémoires » qui ne semblent pas avoir été publiées et dont le manuscrit de trouve aux archives des missions étrangères, épisodiquement citées par Adrien Launay (« Histoire de la mission de Siam -  1662 – 1811 » volume II). C’est très vraisemblablement ce manuscrit qu’a consulté Turpin.


(3) Qui est Monseigneur Brigot auquel nous devons ce témoignage de première main ?

Sa vie nous est bien connue, tant par le site des Missions étrangères de Paris (http://archives.mepasie.org/notices/notices-biographiques/brigot) que par un article de Jean Burnay (« Notes biographiques sur Monseigneur Brigot », in « Journal de la Siam society » 1941, volume I, pages 67 – 74)  qui a eu libre accès aux monumentales archives de la MEP. La littérature le concernant est par ailleurs surabondante :

Monseigneur Pallegoix « Description du royaume thaï ou Siam » volume II, pages 102 s. sur l’histoire de la mission de Siam.

R.P Launay, l’archiviste de la MEP : « Histoire de la mission de Siam – 1662 – 1811 », notamment tout au long du volume II.

Abbé Similien Chevillard « Siam et les Siamois » 1889.

 « Lettres édifiantes des missions de la Chine et des Indes orientales », tome V, 1820.

 « Les Français dans l’Inde – extraits du journal d’Anandarangappoullé – courtier de la Compagnie française des Indes » traduit du Tamoul, Paris, 1894.

 « Notes sur la mission catholique du Siam » in « Eveil économique de l’Indochine » numéro du 17 juin 1923.

 « Les missions d’extrême Orient » par un missionnaire, 1914.

Pierre Crépin in « Revue de l’histoire des colonies françaises » 1922, premier trimestre, pages 322 s.

 « Précis chronologique de l’histoire de l’Inde française » par H. de Closets d’Errey, à Pondichéry, 1934.

Il n’est pas totalement oublié de ses compatriotes puisqu’une association culturelle de Sully sur Loire (http://terresdeloire.com/) a célébré le centenaire de sa naissance.

Et jusque dans la littérature enfantine : « Héros trop oubliés de notre épopée coloniale » par Valérien Groffier, 1908.

 

heros

***

Il naquit à Sully dans le val de Loire (Loiret) le 1er septembre 1713. Entré au Séminaire des Missions étrangères, il fut envoyé en 1741 dans la mission du Siam, d'abord à Mergui avec de 1742 à 1750, le titre et les pouvoirs de pro-vicaire pour le Ténassérim. A l’occasion de divers incidents avec les autorités siamoises locales de Mergui, il fit déjà preuve de ténacité dans la défense de « ses » chrétiens et d’un immense courage physique.

Il vint ensuite à Bangkok puis à Ayutthaya, et le 22 janvier 1755, fut nommé évêque in partibus infidelium de Tabraca (en Numidie) et coadjuteur au Siam. Il fut consacré le 24 août 1757. Il fut témoin de l'invasion birmane en 1758, et, « grâce à ses exhortations, les chrétiens défendirent Ayutthaya avec le plus grand courage. Lors de la seconde invasion, en 1767, les Birmans furent vainqueurs, et emmenèrent captifs l'évêque et un certain nombre de catholiques. Pendant le voyage, voyant ses chrétiens dans la misère, Brigot leur donna tout ce qu'il possédait, et, pour leur procurer quelques soulagements, il vendit même son anneau pastoral ». De Tavoy, il fut conduit à Rangoon. Il put quitter le pays en mars 1768 pour Pondichéry, expulsé par les Birmans, et gagna la France en 1769 ou 1770, il y apporta un manuscrit que François Turpin publia en 1770 « avec des changements contre lesquels l'évêque s'éleva, et qui furent partiellement, sinon totalement, rectifiés » (MEP).

Nous reviendrons sur ces « modifications ». Refusant tout retour au Siam, il retourna à Pondichéry comme supérieur de la mission Malabare, et y mourut le 8 novembre 1791 (H. Fisquet « La France pontificale – Gallica christiania » volume II, 1883, et « Catalogue des manuscrits des anciennes archives de l’Inde française » tome I – « Pondichéry 1690 – 1789 », Pondichéry, 1922.

Monsieur Brigot n’a assurément rien de ces ecclésiastiques impies dont cette fin de siècle fut riche. L’histoire retient le nom de l’abbé Bassinet d’Augard qui réussit à se fait connaître (l’année de la chute d’Ayutthaya) en prononçant le panégyrique de Saint-Louis dans la chapelle du Louvre en supprimant jusqu’au signe de croix et sans citer une seule fois ni Dieu ni ses Saints « nouvel attentat du parti encyclopédiste contre la religion ».

 

***


(4) Qui est François-Henri Turpin ?


Il est né en 1709 à Caen (« Biographie universelle ancienne et moderne » Tome XLVII, TS-VAT, rédigé par « une société de gens de lettres et de savants », 1843). Amoureux des lettres, il obtient le 8 décembre 1732 un prix aux Palinods de l’Université de Caen pour une « Ode en l’honneur de l’Immaculée conception de la Vierge – sujet : le cœur de la pucelle d’Orléans fut trouvé entier au milieu du feu après sa mort » qui eut les honneurs du « Mercure de France » en juillet 1733. Signée « l’abbé Turpin », qui n’ajoute rien à sa gloire.

Historien de vocation, il abandonne une chaire de professeur d’histoire à l’université de Caen et va chercher fortune à Paris. Il s’attire l’amitié des encyclopédistes et gagnera péniblement sa vie en mettant sa plume à leur service, fournissant plus de 300 articles pour l’œuvre de Diderot et d’Alembert. On trouve son nom dans tous les volumes de l’ouvrage. Il mourut dans la misère à Paris en septembre 1799 après avoir toutefois reçu une modeste pension du Directoire. Dans un ouvrage publié « sous le manteau » et sous un anonymat prudent, l’ouvrage est à la fois leste et impie, à Amsterdam en 1780 « Les philosophes aventuriers » tome I, il se dit fils d’un militaire, ancien officier réduit à la misère mais ayant des prétentions à la noblesse. Les débuts valent d’être cités sans que nous ayons l’idée d’en faire application au XXIème siècle : « Je suis né dans un petit village de basse-Bretagne qui n’a pu fournir un article aux descriptions historiques de la Bretagne : on n’y parle point français, les habitants, ignorés du reste de la terre, pensent que l’univers ne s’étend point au-delà de leur domaine, sobres par habitude et par nécessité, ils se nourrissent de millet, ressemblent assez aux habitants de la Cafrerie. La plupart termineraient peut-être leur carrière sans savoir sous quel gouvernement ils ont vécu si des exacteurs impitoyables ne venaient leur arracher le fruit tardif de leur sueur … »

(5) Il fut initié  à la prestigieuse « loge des neuf sœurs » 

 

Neuf Soeurs - Jeton 01

 

dont le vénérable était l’astronome Lalande, celle de Voltaire et de Condorcet (voir l’article de José Ferrer-Bellineli et Françoise Dougnac « Diderot entre les jésuites et les francs-maçons » in : « Recherches sur Diderot et sur l'Encyclopédie », numéro 4, 1988. pp. 60-80). Rappelons que la première condamnation de la franc-maçonnerie par l'Église catholique date de l’apparition de la maçonnerie en France (1738)  avec la bulle du pape Clément XII In eminenti apostolatus specula

 

clement XII

 

qui déclare explicitement que l'appartenance à une loge maçonnique entraîne l'excommunication automatique.

(6) Traduction de John Pinkerton à Londres en 1811, traduction de Cartwright publiée à Bangkok en 1908. En thaï : « Prawattisat Thai samai Krung Si Ayutthaya » chabap Turapaeng, Krom Sinlapakon, 1979.

(7) Nous lisons sur Wikipedia

(http://fr.wikipedia.org/wiki/Fran%C3%A7ois-Henri_Turpin) qui n’est certes pas une référence infaillible « Son Histoire civile et naturelle du royaume de Siam est une adaptation intéressante mais approximative des observations d’un ecclésiastique apostolique ayant vécu pendant longtemps dans ce pays mais qui a accusé Turpin d’avoir mal rendu ses idées ».

Cependant Georges Fioris, que nous avons souventes fois cité (« Phauklon, The Greek First Conunsellor at the Court of Siam : An appraisial » publié sous patronage de la Siam society à Bangkok en 1998) considère pour sa part l’ouvrage comme « correct et objectif »… Son jugement est sans faille.

Nous partageons aussi l’opinion du « Grand Larousse du XIXème » : « …  Ce qu’il y a de certain, c’est que Turpin avait de l’imagination, de la chaleur, de l’abondance, un style parfait, brillant et animé, des idées souvent justes et neuves, et qu’il se livrait avant d’écrire, à des recherches sérieuses ». Par exemple et en ouvrant un volume au hasard, sa contribution V° « Celtes (Histoire ancienne) » nous a semblé en tous points remarquables concernant tout à la fois l’histoire et la philosophie des Celtes (Troisième édition, tome VI, V° CAM-CHALET, 1778). Ses contributions sont signées T.N. Il aurait ainsi rédigé 310 articles selon Kathleen Hardesty Doig (« Notices sur les auteurs des quatre volumes de « Discours » du Supplément à l'Encyclopédie » in « Recherches sur Diderot et sur l'Encyclopédie » numéro 9, 1990. pp. 157-170. Regrettons qu’il n’ait pas été chargé de la rubrique « Siam », il aurait épargné à la prestigieuse Encyclopédie les fariboles qu’a écrit le chevalier de Jaucourt (voir notre article A 43 du  Lundi 26 septembre 2011 « L'Encyclopédie,Voltaire et le Siam »).  Une constatation que nous aurions pu probablement effectuer 309 autre fois.

(8) Les archives des missions étrangères contiennent une lettre écrite le 4 janvier 1772 par le directeur du séminaire des missions étrangères à tous ses vicaires apostoliques et à tous ses missionnaires, dont il faut peser les termes en la citant intégralement (Lettre reproduite dans le volume II de l’ouvrage de Launay, page 272, elle est référencée dans les archives de la MEP volume 62 p. 55) : « Nous ne devons pas vous laisser ignorer ce qui est arrivé à l’occasion d’un livre qui a paru il y a quelques mois sous le titre « Histoire civile et naturelle du royaume de Siam » par M. Turpin sur les mémoires fournis par M. l’Evêque de Tabraca, vicaire apostolique de Siam et autres missionnaires de ce royaume. Dès que nous l’eûmes lu, nous fumes effrayés des suites que pouvait avoir ce livre. M. L’Evêque de Paris, l’ayant fait examiner, l’a trouvé répréhensible dans beaucoup d’endroits. L’auteur, au lieu de se borner aux mémoires de M. de Tabraca et de M. Aumont, a suivi ses propres idées. Il y a eu des ordres pour empêcher la diffusion de ce livre jusqu’à ce qu’on eut mis des cartons dans les endroits les plus frappants. Monsieur de Tabraca vous témoignera lui-même combien il a été surpris et affligé de cet événement et vous dira les mesures qu’il compte prendre pour faire un désaveu public de ce livre (note). Nous croyons qu’il est de la dernière conséquence que l’on sache dans les missions combien tous nos messieurs, ainsi que nous, sommes éloignés des principes et des vues d’intérêt que le rédacteur suggère dans ce livre à l’occasion de la prédication de l’Evangile et du ministère apostolique ».

Une note de l’ouvrage de Launay mentionne « Un certain nombre de passages déjà imprimés furent changés ». Rien dans la suite dans l’ouvrage ne fait référence à un quelconque témoignage de l’affliction de l’Évêque de Tabraca et rien non plus à un désaveu public et rien non plus à quelques récriminations que ce soit du R.P. Aumont ?

Il semble donc résulter de cette circulaire que le reproche fait par le prélat à l’historien encyclopédiste concernerait le dogme et nullement la vérité historique contrairement à ce qu’on trouve écrit bien hâtivement dans Wikipédia.

Coïncidence de date ? Interviendra en effet le lendemain 5 janvier 1772 un arrêt du Conseil d’Etat du roi ordonnant la suppression de l’ouvrage pour les raisons suivantes : « L’Evêque de Tabraca ayant obtenu un privilège du 16 juillet 1770 pour publier sa « Description du royaume de Siam et de la religion de Siam » avait chargé M. Turpin de rédiger ses manuscrits et d’en épurer la diction. Le rédacteur s’en étant approprié le fonds, en avait, contre l’intention de l’évêque, changé la forme, le fonds et le titre. Le prélat en a porté ses plaintes et est intervenu l’arrêt en question qui, continuant à traiter favorablement le dit évêque, et vu son mémoire, lui, conserve son privilège et supprime l’ouvrage de M. Turpin. D’ailleurs, le dit Sieur Turpin, s’abandonnant aux écarts de son imagination, s’est visiblement et mal à propos, écarté du plan et des intentions du dit évêque, et par suite de cette licence, il lui est échappé dans le cours de l’ouvrage des assertions hasardées et des maximes dangereuses » (Le « Dictionnaire critique, littéraire et bibliographique des principaux livres condamnés au feu, supprimés ou censurés » par G. Peignot, volume II, 1806 date l’arrêt du Conseil du roi du 5 janvier 1771, plus d’un an avant la publication de l’ouvrage).

Sommes-nous dans le domaine du dogme ? Assertions hasardées ? Maximes dangereuses ?

Que s’est-il exactement passé ? L’arrêt du Conseil est du 5 janvier 1772. L’ouvrage est daté de 1771 sans autre précision. Postérieurement au privilège de juillet 1770, l’ouvrage a été approuvé par le censeur royal le 1er juillet 1771 : « Je n’ai rien trouvé qui puisse en empêcher l’impression » (Le texte en est reproduit à la fin du second volume de Turpin).

 

censure

 

Turpin enfin dédicace son ouvrage au Marquis de Boynes, ministre de la marine et son protecteur (« de Boine »), ministère auquel celui-ci fut nommé le 9 avril 1771.

L’ouvrage a néanmoins été diffusé et largement diffusé si l’on en juge par la facilité avec lequel on le trouve sur les sites des marchands de livres anciens. Nous avons constaté avec amusement que certains marchands, pour valoriser l’ouvrage le disent « échappé au feu ». Le prix des deux volumes ne dépasse jamais 200 ou 300 euros (2013).

Pour connaître les motifs profonds de la décision du Conseil, il faudrait que nous puissions avoir connaissance du mémoire exposant les griefs du prélat, nous ne l’avons pas trouvé. Sans doute dort-il encore aux archives des Missions étrangères aux côtés du manuscrit du Père Aumont ? L’ouvrage imprimé en 1771 a donc probablement bien été expurgé de ce qui faisait grief à l’évêque de Tabraca : « avec des changements contre lesquels l'évêque s'éleva, et qui furent partiellement, sinon totalement, rectifiés » comme nous dit le site des Missions étrangères. La circulaire incendiaire du Directeur des Missions étrangères semble donc être arrivée aussi tard que les carabiniers d’Offenbach :

« Nous sommes les carabiniers

La sécurité des foyers

Mais par un malheureux hasard

Au secours des particuliers

Nous arrivons toujours trop tard ».


(9) Alaungpaya : Tout à son apostolat, Monsieur Brigot n’a jamais eu le temps d’apprendre le siamois. Sa transcription des noms propres transmise par Turpin, est souvent de la plus totale fantaisie.

(10) Nous retrouvons ici une version de la mort du roi Birman, un furoncle ou un antrax, moins glorieuse que sa présence au combat derrière un canon.

(11) Notre article 105 « Le dernier roi d’Ayutthaya ».

(12) Il est une constante dans l’histoire militaire qu’une ville ou une place forte investie doit irrémédiablement tomber si elle n’est pas secourue de l’extérieur, quelle que soit sa puissance : Château-Gaillard, forteresse imprenable, est tombée en 1204 faute de recevoir le moindre secours de Jean-sans-terre,

 

Chateau-Gaillard

 

ou l’héroïsme de ses défenseurs : Fort-Alamo est tombé en 1836 faute de recevoir à temps les secours du général Houston : « Pero no son hombres, son demonios. »

 

Alamo


(13)« Les grands officiers du royaume et les premiers favoris du monarque, furent  chargés de fers et condamnés à ramer sur les galères. Le roi, témoin du malheur de ses courtisans, tenta de se soustraire à l'horreur de leur destinée, mais il fut reconnu  et massacré à la porte de son palais.

Le roi bonze arraché au silence de sa retraite, fut emmené captif  avec les princes et les princesses de son fang ; et tous, par la crainte de mourir, déclarèrent avoir caché des trésors. Lorsque la cupidité ne trouva plus rien pour s'assouvir, et que le pays n'offrit plus qu'un spectacle de morts et d’expirants, l'armée victorieuse se mit en marche pour le Pégu. Elle traînait à sa fuite le Roi de Siam (le bonze) qui, au  lieu de courtisans fortunés, n'avait  que les compagnons de sa captivité, moins malheureux que lui, parce qu'ils n'avoient point été précipités de si haut. L'Evêque de Tabraca enveloppé dans la disgrâce commune, fut transporté sur une  galère. Le détachement qui veillait à sa garde, était commandé par  un homme qui n'avait rien de barbare. Sa valeur et ses services lui avaient mérité le gouvernement de Tavoy, poste de confiance qui justifiait le discernement du maître dans le choix d'un sujet. Les  campagnes ravagées, les  maisons détruites, les rois et les princes de leur sang tombés dans la captivité, les peuples transférés  en d'autres régions, les maris séparés de leurs épouses, et les mères  de leurs enfants, sont des fléaux qui  font frémir des Européens accoutumés à ne voir dans leurs Rois que des conducteurs attentifs à leurs  besoins. Mais les Siamois toujours tremblants sous la verge du despotisme, sans cesse arrosant la terre de leurs sueurs, pour assouvir l’avidité des exacteurs impitoyables, se flattent qu'en changeant de maître, ils trouveront un libérateur. .. Comme ils n'ont jamais joui des douceurs de la liberté, ils sont moins sensibles aux humiliations de l’esclavage. Mauvais sujets et mauvais citoyens, ils se consolent aisément de leur dégradation par la  vue de leur despote insolent, qui, après leur avoir commandé en tyran, et, forcé d'obéir en esclave.  Les Chrétiens bien différents font  accoutumés à vivre dans leur patrie sous la protection de la loi. Le  fléau de la guerre ne change jamais  leur destinée, et le vainqueur le plus jamais il n'attente à la liberté des particuliers ; de guerrier il deviendrait brigand,  s’il s'appropriait leurs possessions. Les Chrétiens durent être beaucoup plus sensibles que les Siamois aux outrages d'un vainqueur devenu l'arbitre de leur fort.

C’est dans cette silencieuse retraite, habitée par dix mille hommes, qu'un Monarque invisible sommeille sur le sein des voluptés ou de la débauche. Ses sujets, dont il est ignoré, ne s'aperçoivent qu'ils ont un maître que par la terreur qu'il leur inspire, ou par les vexations qu’il commande. Ce serait profaner la majesté de ce tyran, que de prononcer son nom, ou de s’informer de l'état de sa santé. Le soin qu'on prend d'entretenir le respect, détruit l'attachement; et l'amour des Siamois pour leur Roi est un sentiment flétri et desséché : aussi lorsqu'il s'élève un rebelle, ils attendent avec indifférence l’événement. Tout peuple destiné à porter des fers, n'est jamais disposé à courir aux dangers pour celui qui l’en accable. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Published by grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b - dans "Notre" Histoire de la Thaïlande
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