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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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26 janvier 2011 3 26 /01 /janvier /2011 00:05


Portrait de Constantin Phaulkon, Grec et premier ministre du roi Naraï (1647-1688)

 

Constantin PhaulkonUn personnage très controversé dans l’histoire de la Thaïlande, mais qui joua un rôle clé dans l’établissement des relations franco-thaïes au XVIIe siècle.

 

Les jeunes années 

Constantin Phaulkon est né en 1647 en Grèce (de père vénitien et de mère grecque) dans une famille noble mais désargentée. Très jeune, il a alors douze ans, il s’embarque comme  mousse sur un navire anglais pour quitter La Grèce. Il vivra en Angleterre jusqu’en 1670. Puis il partira sur des navires de la Compagnie anglaise des Indes orientales. On le retrouve en 1672 dans le commerce en Asie, avec la Chine et le Japon. Il se fixe à Bantam, où il apprend le malais. Deux naufrages à l’embouchure de la rivière de Siam et un troisième sur la côte de Malabar mettent fin à sa vocation maritime. Doué pour les langues il apprendra le siamois en peu de temps et cela lui fournira l’occasion d’aller au Siam avec l’anglais Richard Burnaby, un marchand de Java nommé à la direction du comptoir anglais d’Ayutthaya.


Ses débuts la cour du roi Narai

C’est ainsi qu’il s’introduisit à la cour du Siam auprès du roi Phra Narai. Il allait employer tous ses talents à gravir les échelons du pouvoir. Il va tout d’abord s’attacher au Barcalon (le premier ministre) de Siam comme interprète. Ce dernier lui trouvant de l’esprit et de la capacité pour les affaires le fit connaître au roi qui s’attacha à lui et à la justesse de ses propos et de ses conseils.

cour-des-audiences-ayutthayaQuand le Phra Klang (le Barcalon) mourut, c’est presque naturellement que sans en prendre le titre, Phaulkon prit sa place. Il refusa tous les titres que lui proposa le roi, car il savait qu’un titre officiel le mettrait infailliblement en butte à l’hostilité et à la jalousie des mandarins, qui n’avaient pour lui qu’un respect de façade. On décèle déjà son habileté.

 

Sa conversion au catholicisme

Néanmoins sa prospérité en cours sera interrompue par une grave maladie. Il en triompha et c’est à ce moment là qu’il va se convertir au catholicisme. La date de sa conversion nous est connue comme étant le 2 mai 1682, au moment de l’arrivée de la mission apostolique française. Il promit de se rendre utile à la religion dans le royaume du Siam : « j’emploierai dorénavant tous mes soins à réparer ce que j’ai passé de ma vie dans l’erreur et à amplifier l’Eglise catholique ». Il va s’employer à faciliter la vie des missionnaires qui cependant se méfieront toujours de lui.

Certains pensent que Phaulkon s’est converti au catholicisme par intérêt, afin d’entrer en faveur auprès de Louis XIV (ce qui lui aurait été impossible s’il était resté protestant. On se souvient que  la révocation de l’Edit de Nantes, mit les protestants à l’index du royaume de France).

 

Pour confirmer sa foi nouvelle, il se maria avec une jeune japonaise (de sang portugais) catholique, issue d’une famille de martyrs.

A l’époque les Anglais et les Hollandais sont en position de force à la cour du roi. Phaulkon va s’employer à diminuer leur pouvoir, en utilisant les missionnaires catholiques français et en incitant le roi Narai à établir des liens avec le roi Louis XIV, qu’ il estimait le prince chrétien le plus puissant. C’est le sens de l’envoi des ambassadeurs siamois envoyés en France.

Phaulkon-recoitC’est aussi de cette époque (1682) que viennent ses démêlés avec les Anglais. Les sources anglaises ne sont pas tendres : « Le grec Phaulkon n’a d’autre but que d’exclure et chasser l’Honorable compagnie du commerce (anglaise).(…) « Ce porc a l’ambition de se faire appeler Excellence (…) Ce monstre de la nature a eu l’impudence de diffamer notre roi en le qualifiant de roi des démons (…) il est train de mettre à exécution la menace qu’il a brandie de faire ramper les anglais comme des chiens devant lui ».

 

Phaulkon vu par De Choisy

Constantin Phaulkon va donc recevoir le premier ambassadeur, le chevalier de Chaumont en 1685 (à Louvo) et sa suite parmi laquelle il se fera un interlocuteur privilégié en la personne du père Tachard, jésuite et un allié de circonstance en la personne de l’abbé de Choisy. Nous sommes renseignés sur sa personnalité par l’abbé de Choisy qui dans son « journal » tombe sous son charme et en parle sans arrêt dans les termes les plus élogieux : « Vous voyez que M constance sert bien la religion, il mérite que le pape et le roi lui en témoignent leur reconnaissance. Il ne lui faut que des honneurs, il se soucie peu d’argent ».

 

Dans le même temps, Phaulkon qui a très bien saisi à qui il avait affaire va couvrir de cadeaux l’abbé de Choisy qui nous donne de nouveaux aspects de sa personnalité : « M Constance vient de donner deux cents cinquante écus au collège Masprend et tous les ans il en donnera autant et traitera tous les écoliers trois fois l’année. En vérité cet homme là a du grand (…) et plus loin (…) M Constance a répondu au mémoire de M Véret et lui a accordé quelques articles et lui en a refusé d’autres. Il est bien difficile de contenter tout le monde ; pour moi je suis peut être prévenu en faveur de M Constance mais il me parait fort honnête, homme fort et raisonnable ; et jusqu’à ce qu’il m’ait trompé, je ne changerai point de sentiments (…)

 

Lopburimaison-phaulkonDiviser, opposer pour mieux régner

Pendant que  Phaulkon négocie avec les Français (surtout avec Tachard quant à la conversion du roi qu’il croit possible), discute un traité avec les uns (Véret), couvre d’honneurs les autres (l’ambassadeur De Chaumont et de Choisy), il n’en continue pas moins à flatter les Portugais : « M Constance est venu prier M  l’ambassadeur d’aller demain chez lui. Il fait une grande fête pour l’exaltation du roi du Portugal ; mais il n’a prié que les Portugais qui sont venus voir M l’ambassadeur ».  Habile subterfuge d’autant que de Choisy dit quelques semaines plus tard : « M Constanc , qui ne nous a point quittés de toute la journée, a fait tirer ce soir un feu devant sa maison pour l’exaltation du roi d’Angleterre ». On peut voir par ces exemples que Constance se saisit de toutes les opportunités. Les Français sont prévenus qu’ une place de choix leur est réservée à la cour du roi, mais il y a de la concurrence. Par le témoignage de Tachard il est sûr que Constance croit, sans doute sincèrement à la conversion possible du roi Narai, qui lui donnerait alors plus de pouvoir contre les mandarins et les talapoins. Le pèreTachard en usera et en abusera à son retour en France.

 

Ruse de Phaulkon

La ruse apparaitra dans le traité du 10 décembre 1685, durement discuté sur le plan commercial par Phaulkon (signé à Louvo). Contrairement à celui de 1680 qui était exclusivement commercial (le traité du poivre) celui-çi sera purement religieux. Le traité ne comprend que cinq articles, ils sont tous relatifs au libre exercice de la religion chrétienne et à la protection des missionnaires et de leurs ouailles. Aucune clause politique ou commerciale. « beaucoup de bruit pour peu de choses » nous dit le père Gerbillon qui en fait la narration en 1686. Le traité de 1680 est simplement, reconduit et Constance n’a rien lâché.

le-roi-Narai-le-grandAu moment de son départ le roi Phra Narai avait demandé au chevalier de Chaumont de garder le chevalier De Forbin au Siam. Cet officier avait appris très consciencieusement la langue siamoise. Ses manières de vivre et sa conduite sans reproche, son intégrité furent telles que le roi Phra Narai le prit en estime. On pense avec ce qui va suivre que Phaulkon en ressenti une grande jalousie et vit là un danger pour son pouvoir. Les évènements à venir allaient le prouver.

 

La révolte des Macassars

A ce moment là les « Macassars » issus des Célèbes (actuelle Indonésie) et musulmans de religion s’étaient réfugiés au Siam. Phaulkon qui avait de nombreux espions partout appris que ces Macassars préparaient une conspiration pour renverser le roi. C’était une menace à prendre au sérieux, car les Maures et les Persans musulmans étaient déjà très implantés au Siam et concurrents directs des Français, des Portugais et des Hollandais. Mr constance décida donc d’attaquer le camp des Macassars (le sieur Véret chef du comptoir français s’y joignit avec une quinzaine de français et ainsi que des Anglais). Cette troupe hétéroclite  fut mise en déroute face à la résistance de farouches combattants. Des morts en nombre. Mr Constance tirant les enseignements de cet échec réattaqua cette fois avec une meilleure préparation et une troupe plus conséquente. Le prince des Macassars fut tué, deux de ses fils furent faits prisonniers. Pour s’en débarrasser et éviter d’autres problèmes avec eux, Phaulkon les enverra en France. Une partie des Macassars s’enfuirent comme ils le purent, dont une cinquantaine par bateaux.

 

Les fuyards devaient passer devant la forteresse de Bangkok commandée par le gouverneur, le comte de Forbin. Constance lui demanda d’arrêter les conjurés en épargnant le sang (probablement avait -il une arrière pensée, connaissant les Macassars). Mais ce qui aurait pu être une simple interception allait tourner au carnage du fait de l’attitude guerrière des Macassars et à l’avantage de Forbin qui en sortit vainqueur.

 

 

Phaulkon contre De Forbin

Constance se plaignit beaucoup de l’attitude « guerrière » du chevalier de Forbin, qui injustement mis en cause décida de quitter le Siam. Probablement était-ce une attitude feinte de Phaulkon pour éliminer quelqu’un qui le gênait. Il alla même jusqu’à écrire une lettre au ministre de la marine français, le marquis de Seignelay le 1er novembre 1686 dans laquelle il cherchait à expliquer le brusque départ de Forbin. Il y disait que (…) » le chevalier n’avait pu s’accorder avec personne à Bangkok , et que pour des bruits particuliers qu’il devait mépriser, il  lui a demandé son congé ce dont Sa majesté siamoise, qui l’avait en affection s’était trouvée offensée (…).Une belle attitude de sa mauvaise foi !

La réussite de M Constance lui avait aussi attiré l’animosité de beaucoup de mandarins, les Anglais et les Hollandais n’étaient pas satisfaits non plus de tous ces avantages accordés à la France. Quant au clergé bouddhiste il ne voyait pas favorablement l’arrivée des catholiques « étrangers – les Falangsei) Phaulkon savait cela bien entendu. Il attendait donc la seconde ambassade française avec impatience car il avait obtenu que le roi Louis XIV lui envoie des bataillons (500 soldats) qui dans son esprit devait renforcer son pouvoir militaire. Il avait su aussi convaincre Tachard (la conversion du roi oblige) de permettre au roi de France de lui envoyer douze savants jésuites qui renforceraient son pouvoir sur le roi, « car ils avaient l’habilité d’introduire l’évangile au moyen des sciences »…

42-ramakienPhaulkon, comte de France

C’est l’époque où Phaulkon fut nommé comte de France et chevalier de l’ordre de Saint Michel avec l’autorisation de mettre trois fleurs de lys dans ses armes. Une belle reconnaissance qu’il devait autant au père Tachard qu’au père de Lachaise confesseur jésuite de Louis XIV.

 

Le début des problèmes

L’étoile du favori grec devenait pâlissante au Siam et son protecteur, le roi Narai, était tombé malade. Il fut lâché par les uns et les autres. Mais comme les intérêts français dépendaient en grande partie de son sort, sa chute allait prendre les allures d’une révolution nationaliste anti- française.

« les ennemis mêmes de M. Constance conviennent tous qu’il était un très habile homme, d’un esprit étendu, capable de grandes choses, ferme, libéral, mais son ambition, une vanité insupportable portée à vouloir que tout ployât sous lui, ternissaient beaucoup toutes ces belles qualités… »

 

Le 3 Janvier 1688, après une dernière audience du roi Narai, Claude Céberet qui avait dirigé la deuxième ambassade française (avec de la Loubère) quittait le Siam malgré l’opposition de Phaulkon qui avait tout fait pour le retenir. Céberet repartait avec un traité qui ne faisait que renouveler les précédents mais qui était favorable à la Compagnie des Indes Orientales. Avant son départ M Constance jugea à propos de donner encore une marque exceptionnelle de confiance à la France en souscrivant pour une somme de 300 000 livres de ses actions. Cette mesure qui semblait favorable à la CIO fut interprétée comme un habile moyen pour Phaulkon de s’immiscer plus directement dans les affaires de l’administration de la compagnie. Car contrairement à ce qu’en dit De Choisy, Phaulkon qui menait grand train avait besoin de beaucoup d’argent et sa villa de Louvo était en fêtes permanentes.

 

La fin de M. Constance (Phaulkon )

On est au début de 1688, M. Constance est à Louvo (Lop Buri). Il est conscient de ce qui se trame (il est étonnant qu’il n’est pas songé à fuir, sa fidélité  au roi peut-être). C’est alors qu’il demande au commandant des forces françaises établi à Bangkok, le général Desfarges, de venir protéger Louvo de soit disant pillages. Desfarges (un personnage timoré dont nous publions les non-faits d’armes) veut s’exécuter mais le sieur Véret chef du comptoir français, et surtout les évêques et l’abbé de Lionne en tête arrivent à le  disuader. Il ne se le fera pas dire deux fois.

les-balons-de-NaraiPhaulkon seul sera saisi par les hommes de main de Pitracha, mis à mort et coupé en morceaux !!! Petracha se proclama roi après la mort le 11 Juillet 1688 du roi Narai avec le soutien des mandarins, du clergé bouddhiste, et de toute la cour qui s’était opposée au pouvoir de Constance.

 

Une plaidoirie anti Constance

On a vu qu’il avait trouvé en l’abbé de Choisy, et avec du père Tachard des thuriféraires convaincus. Mais ce n’était pas le cas de tous les religieux français en particulier des apostoliques. Qu’on en juge plutôt par ces lignes de l’abbé de Lionne qui rééquilbre le jugement sur le personnage :

« Un esprit qui veut dominer sur tout, hardi, entreprenant, généreux à dépenser pour paraître, fier, emporté, inégal, sur qui on ne peut faire aucun fond ; inventant mille choses et les donnant comme véritables avec mille circonstances superbes ; vindicatif, vain, promettant tout et ne tenant rien, qui ne se soucie que de lui, éclairé pour connaître le faible des gens et les prendre par là ; d’une humeur hautaine et insupportable à tout le monde et par là ne s’étant  pas pu conserver un ami; qui a été souple quand il était peu de choses mais qui présentement prend un air de hauteur qui révolte tout le monde contre lui ; détesté de toutes les nations qui sont au Siam (…)

qui est détesté de tout le peuple de Siam pour les impositions qu’il fait mettre sur les habitants ;  qui si le roy venait à mourir serait déchiré en mille pièces par les siamois, avec qui on ne gagnera jamais rien par amitié mais selon qu’il espérera ou craindra, si on lui remet les choses ; qui fera échouer le voyage à venir comme les autres et trouvera moyen de se conserver toute l’autorité (…) »

 

faucon-du-siam-livreIl faut mettre ce jugement en perspective de la querelle (voire de la concurrence) entre les missionnaires (comme l’abbé de Lionne) et les jésuites (comme le père Tachard) qui vont s’opposer notamment sur les relations et la politique de Constantin Phaulkon. Les deux avaient en commun de maitriser la langue siamoise et d’avoir souvent servi d’interprètes aux principales étapes de ces premières relations franco-thaïes.

Constantin Phaulkon restera dans l’histoire comme  un aventurier au destin exceptionnel, qui aura écrit un bout de l’histoire du Siam et participé à la gloire du grand roi Narai. Il aura également été mêlé à un épisode important de l’histoire de France et du règne du roi soleil.

Malgré une fin tragique, il est devenu pour les Européens une figure de légende, et sous le nom du « faucon siamois » le romancier Axel Aylen lui consacra trois gros livres.

En 1689 (après sa mort donc), la France lui signait des lettres de naturalité et octroyait à sa famille 3000 livres de rente !

 

 

           

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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