Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
  • Contact

Compteur de visite

Rechercher Dans Ce Blog

Pourquoi ce blog ?

  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

(suite cliquez)   POURQUOI CE BLOG ?

Pour nous contacter

Merci d’être venu consulter ce blog. Si vous avez besoin de renseignements ou des informations à nous communiquer vous pouvez nous joindre sur blogthailande@yahoo.fr

26 décembre 2013 4 26 /12 /décembre /2013 00:03

titre « Les Chroniques royales d’Ayutthaya » n’évoquent jamais la situation des esclaves. Un séminaire de l’Ecole des hautes études en sciences sociales a été consacré à l’esclavage en Asie du Sud-Est et dans le monde insulindien. Il a pris la forme d’un livre intitulé «  Formes extrêmes de dépendance, Contributions à l’étude de l’esclavages en Asie du Sud-est », dans lequel 20 articles sont proposés sous la direction de Georges Condominas*.  L’un des articles écrit par Andrew Turton, est consacré exclusivement au Siam : « Thai institutions of slavery ».

 

Il reconnait au début sa dette au travail monumental de Lingat, qui a recensé entre autre, toutes les lois ayant trait à l’esclavage de 1805 (« L’esclavage privé dans le vieux droit siamois », publié en 1931), qu’il considère comme la source étrangère la plus importante.** Mais Lingat dit-il, a surtout considéré les esclaves achetés, en omettant les esclaves acquis par le commerce, la capture, la donation, la naissance, la décision judiciaire. Turton ensuite signale que de nombreux auteurs travaillant sur le XIX ème siècle ne considèrent pas comme esclaves ceux que l’on classe dans la catégorie des esclaves pour dette. Cette nécessaire distinction implique  d’examiner l’esclavage, non pas seulement en terme de légalité et de politique, mais davantage en terme économique, social et idéologique … et historique, pourrait-on rajouter.

 

Turton remarque que les Thaïs sont mentionnés comme esclaves dans des inscriptions épigraphiques cham au 11 ème siècle, et qu’ils apparaissent aussi comme tels dans les bas-reliefs d’Angkor Vat au 12 ème. Mais en fondant leurs propres royaumes, les Thais créeront également leurs propres institutions d’esclaves (Sukkhotai, Ayutthaya, Bangkok), ainsi que les Tai laos et shans aux royaumes du Lanna, de Lan Chang, de Vieng Chang, et de Luang Prabang. Ces institutions ont évidemment varié au fil des règnes, jusqu’à son abolition finale au début du XXème siècle

 

Ensuite Turton va évoquer rapidement le système du sakdina de la période d’Ayutthaya et de Bangkok, qui donnait titres, terre et offices, sans pour autant justifier le lien nécessaire pour la compréhension de l’esclavage. (Nous n’allons pas revenir sur l’explication de ce système que nous avons déjà présenté précédemment avec Suthavadee Nunbhakdi). Il précisera  (citant Chai-anan, 1976) que les sakdina de 400 rais à 100 000 rais étaient gérés directement par le roi, au temps d’Ayutthaya, et qu’il n’y avait peut-être que 2000 personnes qui possédaient des sakdina de 400 rais et plus, sur une population que l’on pouvait estimée à 2 millions d’habitants (quand ?), et que la majorité des hommes libres possédaient des sakdina de 25 rai alors que les adultes esclaves n’avaient droit qu’à 5 rais. (Combien d’esclaves ?). Et il va aborder sans transition les différentes catégories d’esclaves, à savoir les esclaves de guerre, du commerce, des temples, pour dettes, et judiciaires.

 

Les esclaves de guerre.


 esclaves de guerre

 

Turton rappelle, que contrairement à l’Occident, les Etats tai  faisaient surtout la guerre pour augmenter  leur population,  voire la remplacer, tant elle était plus décimée par la malaria, la variole, la famine, que par les exactions des autres Etats lors des guerres et raids. D’ailleurs, on parlait de combat pour les esclaves, et l’ennemi était vu comme un esclave potentiel. Les Chroniques relatent, dit-il,  qu’au 14 ème siècle par exemple plusieurs milliers de personnes étaient emmenées comme esclaves lors des guerres contre le Cambodge.  En 1462, le roi Tilok du Lanna, après sa conquête de plusieurs principautés shans aurait emmené 12 328 esclaves (sic) pour les réinstaller dans trois villes et des postes frontières ; on dit aussi que 6000 familles auraient été prises lors de la capture de Vientiane en 1826. (Nous avons déjà relaté de nombreux faits similaires dans notre lecture des Chroniques royales d’Ayutthaya).

 

Le « butin » humain était la propriété du roi (ou du prince vassal). La majorité devenait des esclaves « royaux », et les autres éraient distribués par le roi en récompense des services rendus, selon le rang des bénéficiaires. On peut parler d’une forme de « monnaie politique » établie et variable selon les périodes et les circonstances. Turton cite Bowring qui estimait par exemple que lors des campagnes contre Vientiane, le nombre de prisonniers esclaves avait augmenté et que lors du règne de Rama III (1824-1851), on pouvait estimer le nombre d’esclaves à 46.000, dont la majorité provenait de Vientiane. (C. Lavollée, confirme qu’en 1855, il y avait près de 50.000 prisonniers de guerre. ****). Ce qui représentait 4 à 5 % de la population.

 

Pour le Cambodge, Forest estime qu’en 1898, le nombre d’esclaves pour la couronne était aux environs de 6.000 à 7.000 personnes, soit moins de 1% de la population du royaume ; ce qui lui fait dire « Cette faiblesse numérique nous confirme que, dans la seconde moitié du XIX ème siècle, l’esclavage à vie joue un rôle certainement plus important au niveau des mentalités que sur le plan  de la réalité. » (op. cit, p. 349).

 

Turton ensuite évoque leur répartition, en se  contentant de signaler que certains étaient donnés aux temples, d’autres pour couper l’herbe pour les éléphants royaux, d’autres encore pour l’agriculture, les travaux publics, les employés de maison, l’armée et gardes du corps royaux … Beaucoup rajoute-t-il, formaient des communautés distinctes dans les fermes près de Bangkok, qui perdurent jusqu’à nos jours. (Mais là encore sans donner d’exemples)

 

Le commerce d’esclaves. 

 

commerce

 

Turton commence en distinguant le commerce des esclaves par terre et par mer.

 

Mais il ne dit rien sur les esclavagistes des mers qui sévissait dans l’Insulinde, à la fois pêcheur et  pirate. Denys Lombard, dans son étude « Regard nouveau sur les "pirates malais" (1ère moitié du XIXème siècle), nous donne une idée de l’ampleur de ce trafic :

 

« Les pirates les plus dangereux se groupaient à proximité de l'île de Lingga ; un rapport de 1818 évalue leurs forces à 1.600 hommes et 66 navires ; à Retéh, situé à l'embouchure d'un des bras de l'Indragiri, se regroupaient 1.000 hommes et 12 navires ; plus au nord, à Siak, on comptait jusqu'à 80 bâtiments. On pouvait encore signaler quelques forces dans les parages de l'île de Belitung. Les pirates de Lingga étaient de loin les mieux organisés et les plus terribles. » ***** Et il y avait d’autres foyers, d’autres zones comme à Mindanao par exemple.

 

LES-PIRATES-DE-MALAISIE--1964-.jpg

 

On comprend pourquoi Ivanoff dans son étude sur les esclaves moken, dans le même livre, est conscient que cette histoire est encore à écrire.  (op. cit. pp. 45-100). Par contre, il rappelle également que les sultanats du sud de la Thaïlande n’ont cessé d’être en conflit entre eux et contre le Siam. « Et la mémoire collective locale est  pleine d’histoires de déplacements de populations, de captures de masses, de fuites, de razzias, de prises d’esclaves ».

 

Turton quant à lui, signale que  les sources portugaises disaient, qu’ au XVI ème siècle, Ayutthaya était un des plus grands importateurs d’esclaves avec Malacca,  Brunei, et Pasai, mais il passe de suite, au commerce qui sévissait chez les minorités « montagnardes »  birmanes, laotiennes et cambodgiennes.

 

Ces minorités sans Etat étaient considérées comme des « sauvages », par les Etats constitués comme ceux du Siam ou du Laos par exemple. D’ailleurs ils les désignaient comme les peuples kha, les signifant ainsi comme des peuples inférieurs. Il rappelle le mythe de la courge qui légitimait la supériorité des Tais sur les kha et les destinait à les servir. (Cf. nos articles 11. Notre Histoire : Origines des Thaïs, une courge de Dien-Bien-Phu ? et 13. Notre Histoire. Les origines mythiques de la Thaïlande ?******)

 

Ensuite Turton reste dans des généralités du type : les vendeurs d’esclaves étaient soit des indépendants soit provenaient d’autorités politiques ; qu’ils effectuaient des razzias dans  des villages qu’ils brûlaient en tuant des hommes et des vieilles femmes, ou bien effectuaient des embuscades, ou procédaient par ruse, en annonçant des fausses rumeurs de raids imminents ; que certains de ses esclavagistes provenaient de ces mêmes villages, ou à l’inverse étaient inter-ethniques ; que des villages échappaient aux raids en payant un tribut aux chefs Tais ; qu’au nord, les Shans de  Chiang Maï préféraient acheter les enfants car ceux-ci étaient moins chers ; que le commerce d’esclaves a continué jusqu’à la fin du XIX ème siècle, etc.  Turton reconnait d’ailleurs que son analyse devrait traiter d’autres aspects dans l’acquisition des esclaves, mais qu’il ne peut le faire ici. Sauf que : Turton ne propose aucune analyse.

 

Turton poursuit en reconnaissant que si l’échelle des prix a varié selon les circonstances, au XIX ème siècle, le commerce des esclaves déclinant a vu une augmentation des prix des esclaves des montagnes (de 2.5 à 10-12 roupies !) ; constatant que ces esclaves des tribus coûtaient plus chers que les autres esclaves. Il donne l’exemple de Phnom Penh, où à la fin du XIX ème siècle,  un esclave des tribus se vendait 800 francs, alors qu’un Cambodgien se vendait 500 et un Annamite 200. (Il cite Colquhon, 1885).

 (Il dit également, citant Sao Saimong (1965), que près  de 300 personnes étaient vendus annuellement au Siam. (sic) Ce qui fait étrangement peu, non ? )

 

Dans un autre article du livre, Daniel Léger, plus sérieux,  dit l’inverse, que « vers 1820, invasion siamoise en territoire khmer, laotien, et vietnamien. Recrudescence du trafic d’esclaves : Sambor et Kratié entre Stieng et Siamois et Chinois ; acheminement des esclaves çop, lat, et pnong vers Phnom Penh ; exode des Lao et Laotiens d’Atoppeu et repli en zone kontumoise. A cette époque, sont en place les centres de relais suivants : Tchépone, Muong Phine, La Tiang, Kon Tong, Kon Klong, Polei Jodrap, Voeune Sia, Siempang, Khône ; les centres de traite : Saravane, Paksé, Bassac, Attopeu, Kontrang, Khong , Stung treng,  Sambor, Kratié ; les grands marchés : Phnom Penh et Bangkok ».(p. 104, in « L’esclavage en pays bahnar-lao (Centre Vietnam »)

Il s’agit ici de montrer qu’une véritable organisation existait, avec ses relais, ses « nombreux lieux de commerce (qui) s’activaient pour alimenter les marchés de Bangkok ». Une autre façon plus concrète d’aborder ce marché d’esclaves.

 

Daniel Léger indique aussi que la vente des esclaves fluctuait non seulement d’une tribu à une autre, d’une zone à une autre, et en fonction des connaissances qu’avaient les démarcheurs sur les cours, qui s’effectuaient en « monnaie multiple » (Condominas), en vêtements, marmites, jarres,  en bétail (buffles, porcs), jeux de gong, etc. Mais Léger, comme Turton, ne donne pas une idée du nombre d’esclaves vendus !

 

Les esclaves des temples. 


 esclqves des temples


L’institution des esclaves servant dans les temples, poursuit Turton, existe depuis les premiers royaumes. Cette catégorie figure d’ailleurs dans la liste hindoue des lois de Manu qui en donnait 7. (Turton ne donne pas cette liste ; par contre, vous pouvez voir en note que cette liste ne comporte pas d’esclaves du temple.)*******.

 

Lois de Manou-10

 

Ces  esclaves provenaient soit des prisonniers de guerre soit des grands criminels. Ils étaient normalement exempts de la corvée royale. Leur statut et leurs droits étaient particuliers ; par exemple, on ne mentionnait pas le nom du propriétaire qui les avait vendus, ou certains s’offraient comme esclaves, par pauvreté ou pour échapper à la loi. (Turton aurait pu nous donner plus précisément les grandes lignes de ce statut). Il existe, dit-il,  de nombreuses  références de leur existence dans les chroniques et les sources épigraphiques.


Cette institution a été une priorité politique et économique pour les Etats. Il aurait dû dire pour les rois ; d’autant plus qu’il cite le roi Trailok (1488-1488) qui avait fait beaucoup pour obtenir l’appui de la sangha. (Là encore, pourquoi citer un seul roi, alors que le bouddhisme et l’appui de la sangha a été la principale légitimité de tous les rois.) (Cf. notre article 93. Les légitimations du pouvoir du roi Naraï, in « Les chroniques royales d’Ayutthaya ».

Ces esclaves défrichaient les forêts pour en faire des rizières, étaient obligés de donner leur production au temple, étaient requis pour la construction et la rénovation des temples ; ils devaient également défendre le temple en cas de guerre. Certains étaient employés aussi  pour certains commerces à l’étranger.

Leur sort était même enviable puisque certains hommes libres préféraient embrasser ce statut, et des parents « donner » leurs enfants espérant une meilleure éducation pour eux et obtenir des « mérites ».

 

Mais là encore Turton n’a pas essayé d’évaluer leur nombre, de donner une idée de leur mode de vie, d’évaluer la richesse des temples, de proposer une analyse.

 

Les esclaves « judiciaires ». 

 

La personne qui devient un esclave par décision judiciaire obtient le statut  de rachetable ou non. Il est clair que la décision le condamne à des durs travaux et peut inclure ses descendants. Ainsi en va-t-il pour les moines qui ont commis l’adultère ou la fornication et qui sont condamnés ainsi que leurs descendants à couper l’herbe pour les  éléphants royaux. On peut également être condamné à l’esclavage en cas de dettes, ou si on ne peut pas payer une amende. Par contre, il est possible de se faire remplacer par une autre personne, jusqu’à ce que le condamné ait payé l’amende ou la compensation. Ainsi par exemple, dans les cas d’adultère, la femme fautive sera esclave, le temps que le coupable ait payé  la compensation.

 

femme 

 

Les esclaves pour dettes. 

 

Tous les auteurs ayant traité de l’esclavage pour dette,  tiennent à préciser que cette catégorie n’a d’esclave que le nom, et qu’elle n’a rien à voir avec ce que l’Occident considère comme esclave, à savoir une personne privée de sa liberté, considérée comme un bien matériel, qui devient la propriété d’un maître, et est soumis à un travail forcé, non rémunéré, et qui peut être acheté , loué ou vendu comme un objet.

 

La confusion provient des termes employés. Turton en donne quelque exemples comme that, that thai, khai, su, su that, chuai thai, kha, qu’il explicite, pour conclure que le terme d’esclave est un terme inapproprié pour représenter cette institution des « esclaves » pour dettes, surtout dit-il que ces personnes le sont de leur plein gré. Ils se vendent eux-mêmes. Ce mot d’esclave, that, ne peut se comprendre que dans le contexte de l’organisation sociale thaïe.

 

C’est en fait, un moyen pour un homme libre de sortir de ses difficultés financières, dues essentiellement aux taxes qu’il ne peut pas payer et surtout aux dettes de jeux. D’ailleurs il négocie lui-même le contrat avec l’acheteur de sa dette, dans lequel une personne garante figure en cas de défaut de paiement. Il peut même proposer de mettre une autre personne à sa place ; la loi précisant ceux qui peuvent ou non remplir ce rôle. Ainsi par exemple une vieille épouse ne le peut pas, mais des enfants non mariés ou des jeunes frères et soeurs le peuvent. Ou bien encore certains sont là pour garantir les dettes. Ils ne travaillent pas pour le maître et peuvent même rester chez eux à la condition de payer les intérêts de la dette.

 

dettes

 

La loi formalise d’ailleurs tous les cas de figure, donc les types de contrat, comme nous l’avions vu avec Suthawadee dans l’article précédent, entre les esclaves rachetables ou non rachetables, avec les moyens de sortir de sa dette, de la transférer,  sur les devoirs et les droits des maîtres et des « esclaves « pour dettes. Il ne peut pas par exemple le battre violemment, le fouetter avec une lanière de pluie. Selon les sévices reçus, il peut même voir sa dette remis en partie. Bref, il a la possibilité juridique de faire condamner son maître. (Dans les faits ?) Par contre, il a la possibilité par exemple,  de  l’envoyer purger une peine à sa place. Bref tout un ensemble de lois, dont certaines ne peuvent que nous étonner, et certifier que nous sommes bien dans une autre culture, une culture thaïe.


Une culture, un modèle social,  où les hommes libres et les esclaves sont  au même niveau.  «Ils  ne forment pas une classe distincte  », même s’ils sont au bas de la hiérarchie, plus par leur pauvreté que par leur condition servile. « Leur servitude est moins un état qu’un lien établi, d’autorité privé, entre leurs maîtres et eux, un lien plus fort,  mais de même nature que celui qui unit le débiteur au créancier ». (Turton citant Lingat) D’ailleurs, certains phrai (pauvres) choisissent de devenir esclaves.  Leur situation sociale dépendant du rang de leur prince ou de leur chef fonctionnaire.

 

Nous laisserons la partie juridique (déjà évoquée), où Turton revient largement sur les esclaves rachetables et non-rachetables, s’appuyant dit-il  sur le travail de Lingat. Elle démontre que les statuts des différents  esclaves étaient bien encadrés par des lois précises. Et poursuivons avec la parenté et le mariage, le nombre et la valeur des esclaves, la répartition économique, leur traitement et l’idéologie.

 

Parenté et mariage. 

 

 Un homme libre marié avait le droit de vendre sa femme ou de « l’hypothéquer », ainsi que sa famille proche. Mais en 1805, les enfants, neveux et nièces ont été déclarés indépendants.et en 1808 une femme libre ne pouvait être vendu sans son consentement. Le roi Mongkut désapprouvait les vieilles lois qui considéraient les femmes comme des buffalos. La coutume également  n’acceptait pas le mariage entre les personnes libres et les esclaves. Une femme esclave devait redevenir libre avant d’épouser un homme libre.

 

femmes esclaves


Si un homme libre achetait sa femme, les enfants du mariage devenaient la propriété du « propriétaire ». Après 1805, un homme libre qui se mariait avec une esclave pouvait racheter ses enfants pour la moitié de leur valeur ou avoir deux enfants pour le prix d’un. Théoriquement, si un esclave se mariait avec une femme libre, leur progéniture obtenait le statut de la femme. Si des esclaves de différents propriétaires se mariaient, leurs enfants appartenaient au propriétaire de la mère. Mais si le propriétaire du marié avait contribué aux frais du mariage, il recevait un enfant sur trois. En cas de divorce, les enfants devaient suivre la mère. Mais le propriétaire du marié avait droit à un enfant mâle ou femelle s’il n’y avait pas de mâle. Tous les enfants de parents esclaves, ou d’une mère esclave, sont luuk that,  enfants esclaves, et à la période d’Ayutthaya ne pouvaient pas être rachetés. L’institution autorisait la séparation des hommes et des femmes, des enfants de leur père, ou des deux par le contrat initial d’asservissement.

 

Nombre et valeur des esclaves. 

 

Turton ne peut que reconnaître que nous ne disposons pas de chiffre pour le nombre des esclaves quelle que soit la période. Nous pouvons lire, selon les auteurs,  que la population d’esclaves était substantielle, qu’elle constituait une part importante de la population.  Turton comme beaucoup se repose sur Mgr Pallegoix, qui estimait, qu’au milieu du XIX ème siècle, qu’un quart ou un tiers d’une population d’environ 6 millions  d’habitants (dont 2 millions de Siamois), étaient esclaves, dont la majorité était des esclaves pour dettes. La proportion était évidemment plus grande dans la capitale. Un certain Alabaster aurait même dit au roi que 9/10 des habitants de Bangkok, hors communauté chinoise étaient esclaves. (qui était à cette époque de 45 à 60 % de la population de Bangkok. (Skinner) ) Autant dire qu’on est vraiment dans l’imprécis !

 

On  sait par contre que le nombre d’esclave et d’éléphants représentaient la force et le prestige que chacun devait avoir selon son rang. Les gardes et les suites des princes et des nobles étaient composées presque entièrement d’esclaves. Ils étaient également les rameurs  des longs bateaux lors des processions, dont le nombre dépendait, là aussi, du rang social. On pouvait voir parfois des processions de 400 bateaux avec 16 ou 120 rameurs pour les plus longs. Bref Turton aura beau donner de nombreux exemples de leur emploi, dans les gardes, les servants, les rameurs, les voyages à dos d’éléphant, etc, il n’en donnera pas une estimation globale.


 rameur

 

Quant à la question de la valeur et du prix des esclaves, il ne peut que reconnaître que le sujet est complexe et qu’il ne peut proposer qu’une tentative sommaire. De plus, comme au temps d’Ayutthaya, les esclaves étaient achetés en cauris, il n’est pas sûr qu’apprendre qu’à la fin de cette  période, un esclave était acheté 1,4 millions de cauris et une esclave 1,2 million, (en sachant en plus que le prix dépendait du sexe, de l’âge, s’il était rachetable ou non), soit réellement « informatif ».

 

monnaies


Certes, au XIX ème siècle, les esprits les plus éclairés (dont nous ne faisons pas parti sur ce point) pourront se faire une idée plus précise étant donné qu’un prix légal était fixé. Mais évidemment ce prix a varié et a diminué pendant la période d’abolition. Mais si vous voulez connaître le prix d’un esclave, poursuivons.

 

Le prix d’un esclave ? Un casse-tête chinois. 

 

Le prix légal n’était pas forcément le prix du marché. En plus, il faut ajouter la compréhension nécessaire d’une table de conversion de cauris en baths. Citant Terwiel (1983) il est dit que 1,4 millions de cauris équivalait à 218 bath 3 salung (1 salung = ¼ de bath). (Ce qui ferait un taux de change au début du XIX ème à 6400 cauris pour un bath). Oui, d’accord, et de quelle valeur du bath il s’agit ?

Alors plus loin, on nous dit que jusqu’en 1869, 100 000 cauris = 1 tamlung = 4 bath, ce qui fait alors 56 et 48 bath pour les esclaves mâles et femelles. Ah bon !

Ensuite, on nous donne la valeur du bath par rapport à l’argent, rappelant que le cours a beaucoup varié, mais qu’il est stabilisé à 15 grammes pour 1 bath, ce qui nous fait désormais vers 1850, 120 bath pour un esclave adulte (60-100 pour une esclave) !!!


thailande 1 baht 1913 1918


Et puis, comme ce n’était pas assez compliqué, sans transition, on nous dit qu’un peu plus tard Mgr Pallegoix estimait lui que les esclaves de 12 à 16 ans valaient 40-60 ticals, et les adultes de 80 à 100 ticals. Des ticals désormais ! (Cf. l’explication du tical en note)********

Bref, on n peut pas dire que Turton nous a aidé à résoudre le casse-tête chinois sur les prix et nous a éclairé sur le nombre de esclaves au fil des règnes et des périodes. Il est vrai qu’il nous avait prévenus.

 

vente

 

Distribution socio-économique des esclaves. 

 

On retrouve les esclaves  dans presque toutes les branches de la production, exceptés dans les offices gouvernementales qui leur étaient interdits. Il n’y avait donc pas, comme nous l’avons déjà dit, un travail qui leur était réservé même si on peut comprendre qu’ils devaient être en grand nombre dans l’agriculture, et dans  les travaux de construction des canaux d’irrigation.

Leur travail dans l’agriculture pouvait prendre différentes formes. Ainsi, ils pouvaient être employés pour le roi,  pour l’aristocratie, ou pour les monastères ; à qui ils devaient livrer toute leur production ou une dime. Ils pouvaient travailler pour le propriétaire ou sur leur propre terre en donnant alors un loyer en argent ou équivalent. Certains propriétaires  réclamaient d’autres services en extra. Par contre certains esclaves possédaient leur propre instrument de production, ainsi que leur liberté de production, et pouvaient passer « théoriquement » pour des hommes libres, mais restaient de fait des esclaves, comme un capital immobilisé.

Turton  sans donner le moindre chiffre, signale que les esclaves étaient aussi employés  comme artisans travaillant le bois, le métal, la pierre, la fabrication de briques, etc.


Et il continue en repartant sur la guerre,  la principale occupation de l’Etat, qui servait à la fois à augmenter les ressources et les esclaves pour la reproduction du système politique. Les dits esclaves ne servaient pas seulement comme soldats ou comme gardes, mais également à la construction des fortifications, des canaux et des routes « stratégiques », ou aux transports divers. Certains étaient même employés dans des opérations commerciales.

D’autres étaient donnés aux monastères par leur  propriétaire pour obtenir des mérites. D’autres encore étaient employés comme domestiques, et pouvaient être substitut légal pour la corvée royale.

Les femmes esclaves domestiques pouvaient servir comme esclaves sexuelles, et pour la reproduction ; augmentant ainsi la force domestique de la maisonnée. De nombreux observateurs indiquent que toutes les prostituées étaient des esclaves. Certaines étaient vendues par leurs parents ou se vendaient elles-mêmes.

 

Mais Turton ne propose jamais une estimation de la distribution des esclaves dans ces différents secteurs. Nous n’avons droit qu’à des généralités du type :

Il n’est pas évident que  la population des esclaves se composait en majorité d’hommes. Il n’est pas sûr que la population d’esclaves était plus petite que les hommes libres. Il assure toutefois que les esclaves étaient concentrés géographiquement dans  les centres urbains, en proportion du rang social des « propriétaires ». (Mais de justificatifs, nous n’avons pas.)

 

Ensuite Turton rappelle que l’esclave n’était pas qu’une force économique et jouait un rôle politique majeur et symbolique pour le propriétaire. Leur nombre représentait son rang, sa force, son prestige.

 

Mais au début du XIX ème siècle, les rois vont légiférer, prendre progressivement des dispositions  qui aboutiront à l’abolition finale en 1905. (Nous passons ce passage qui mériterait un article à lui tout seul, avec  la taxation  des propriétaires (5 baths par an par adulte au lieu de la corvée), la réforme de 1874, la résistance, les lois de 1900, 1905 et l’abolition.)

 

Le traitement des esclaves et l’idéologie. 

 

Turton termine son article de 47 pages en examinant différents arguments généralement avancés pour comparer les hommes libres des esclaves siamois, comme ceux qui considèrent que les esclaves n’étaient pas plus maltraités que les hommes libres, que les lois et les décrets assuraient la protection et le bien-être des esclaves (Turton rappelant que si les lois étaient nécessaires sur les mauvais traitements et les abus sexuels par exemple, c’est qu’ils existaient.  De plus, des exécutions massives d’esclaves ont été signalées lors de certains règnes. Turton cite le roi Naresuan (1590-1605) qui aurait fait exécuter 1600 rameurs royaux pour une erreur d’un bateau. ).

 Nqresuqn

 

En fait on tombe ici dans l’idéologique, où chacun peut donner son point de vue, selon sa philosophie,  la période retenue, le témoin, la référence d’autorité choisie, la comparaison avec d’autres « travailleurs », d’autres pays. On peut en juger par exemple avec deux témoins français que nous citons souvent. Pour La Loubère,


La Loubere

 

le maître a tous les pouvoirs sur son esclave à l’exception de le tuer et pour Mgr Pallegoix,

 

Jean-Baptiste Pallegoix avec enfants

 

les esclaves au XIXème siècle étaient traités avec humanité et bien mieux que les domestiques en France.

 

Do;estiaues

 

En tout cas, nous dit Turton, les esclaves ne pouvaient pas être ordonnés moine ou novice. Cela en dit long sur un pays où le bouddhisme avait une importance majeure sur les consciences et les valeurs. Il est vrai que les maîtres avaient la possibilité auparavant de les affranchir.

De même dans  une société hiérarchique où le terme même de  kha (that) qui désigne les esclaves est en totale opposition avec le mot thai, comme les peuples Tai et les peuples kha sont opposés entre peuples dit libres et peuples serviles, on aura du mal à croire à l’humanité des thaïs envers les esclaves. Surtout quand on connait ensuite l’histoire du nationalisme, fondé sur le rejet des autres peuples du Siam.

 

On se doutera avec Turton que ces oppositions font débat et sont soumis à de nombreuses interprétations politiques.

 

Conclusion. 

 

On peut, dit Turton, distinguer l’institution de l’esclavage en considérant l’origine des esclaves, selon qu’ils viennent de l’extérieur ou de l’intérieur du royaume. Les esclaves de l’extérieur proviennent d’autres pays et des peuples des « montagnes »  par le trafic, les raids ou la guerre.  Les esclaves de l’intérieur le sont pour dettes ou décision judiciaire. Leur origine n’a que peu d’influence sur le travail qu’ils auront à accomplir. Les possibilités d’affranchissement seront évidemment plus faciles pour les esclaves pour dettes, le système thaï étant un système relativement ouvert (formule de Watson).


Les esclaves bénéficient de droits considérables qui varient selon leur statut (héréditaire, rachetable, non-rachetable). Les esclaves rachetables  ont en plus une personne garante qui peut veiller à la protection de leurs droits contre les abus des propriétaires. Les esclaves ne peuvent pas, par contre,  être ordonnés  moines. Mais certains peuvent se trouver satisfaits de leur situation vu que les hommes libres sont aussi dépendants et subordonnés.

 

Les esclaves forment la principale base de la production, mais n’ont pas un travail spécifique en tant qu’esclaves. Ils  sont engagés dans toutes  les formes de la production et des services, à l’exception de l’administration qui leur sont interdits. L’institution de l’esclavage mobilise davantage le travail des femmes et des enfants que le système légal patron-client.

 

On peut observer de nombreuses similitudes entre le travail des esclaves et des hommes libres, et même dans leurs droits, sauf que le temps et les modalités  du travail des hommes libres  sont fixés avec le patron, à l’inverse des esclaves. Les kha et that sont légalement et idéologiquement considérés comme inférieurs. Ils constituent paradoxalement une forme de propriété privée (protégés par tout un arsenal de lois), dans un pays où tout appartient au roi.


Le roi  a effectivement le contrôle sur l’ensemble du territoire et il distribue les esclaves, ainsi que les prisonniers de guerre, selon les besoins politiques et économiques. Il possède lui-même de nombreux esclaves qu’il peut mobiliser pour la guerre, et la corvée. Il faut distinguer bien sûr les esclaves obtenus par la violence de ceux qui ont subi  peu de contraintes, voire ont décidé de le devenir. Ils ont été en tous cas  pour le roi un  moyen politique de gérer l’aristocratie et les nobles,  un moyen d’augmenter sa production de richesse et son prestige.

 

Les réformes du  XIX ème siècle ont modifié les vieilles stratégies, les rapports du pouvoir royal et du privé,  et ont abouti à son abolition en 1905.

  

___________________________________________________________ 

 

* Andrew Turton, Thai institutions of slavery, pp. 411-458, in

 « Formes extrêmes de dépendance », Contributions à l’étude de l’esclavages en Asie du Sud-est », sous la direction de Georges Condominas, Editions de l’Ecole des Hautes Etudes en Science sociales, (EHESS), Paris 1998.

 

Livre

**Malheureusement, nous n’avons pas pu avoir accès à cette source fondamentale, que Turton considère comme la source la plus importante non-thaïe.

 

Lingat

 

*** Un article intéressant de C. Lavollée, in Le Royaume de Siam et une Ambassade anglaise à Bangkok,  Revue des Deux Mondes, 2e période, tome 12, 1857 (pp. 335-366).


Mgr Pallegoix distingue dans la population cinq classes : les soldats, les gens de corvée, ceux qui paient un tribut, les clients et les esclaves. On peut ajouter à cette classification les talapoins ou prêtres de Bouddha. Les gens de corvée doivent trois mois de service par an ; on les emploie aux travaux publics. Il leur est loisible de s’exempter de la corvée en payant une somme de 16 ticaux (48 francs), qui est destinée au trésor royal, mais que les mandarins arrêtent généralement au passage. Les tributaires fournissent chaque année, au lieu de la corvée, un tribut en nature dont la valeur varie de 8 à 16 ticaux (24 à 48 francs). Les clients sont placés, ainsi que leurs familles, sous la dépendance directe des princes ou des mandarins, à l’égard desquels ils sont tenus à certains services personnels. Il y a des princes qui se trouvent ainsi les patrons ou les suzerains de plusieurs centaines de familles. Les esclaves forment, d’après Mgr Pallegoix, le tiers de la population ; sir John Bowring estime que la proportion est beaucoup plus considérable, si on ne l’établit que sur le chiffre de la population indigène, en laissant les Chinois en dehors du calcul.


L’esclavage tient une grande place dans la société siamoise ; c’est une institution qui a ses lois, ses traditions, ses usages particuliers. Le code de l’esclavage forme une législation complète dans laquelle sont prévus les plus minutieux détails. Il doit en être ainsi, puisque ce code s’applique à la majeure partie de la population. On peut remarquer d’ailleurs que nulle part les lois ne sont aussi nombreuses ni les règlements aussi stricts que dans les états où règne l’absolutisme. Ce n’est point seulement l’intérêt de l’ordre public qui exige une définition très nette des devoirs imposés à chacun, il y a là surtout une garantie de conservation pour le despotisme, et une garantie si essentielle, que le législateur s’est toujours efforcé de confondre avec les préceptes de la religion les lois qui commandent l’obéissance envers le souverain et la déférence des classes inférieures à l’égard des classes aristocratiques. Toutes les royautés orientales reposent ainsi sur le respect. À Siam comme au Japon et en Chine, le respect est un dogme politique, il se traduit à l’extérieur par les formules les plus hyperboliques de l’adulation et de la soumission ; il inspire, même dans les relations privées, cette politesse extrême que tous les voyageurs ont observée, et qui n’est, à vrai dire, qu’une sorte de politesse légale, dont les termes et jusqu’aux moindres gestes sont dictés et mesurés par le code. Parmi tant de lois siamoises qui fixent le rang et la condition des personnes, le règlement sur l’esclavage est assurément l’un des plus curieux à étudier. On distingue plusieurs catégories d’esclaves : les prisonniers de guerre, les esclaves achetés, les esclaves de naissance.


Les prisonniers de guerre sont la propriété des deux rois, qui les incorporent généralement dans l’armée. On évaluait leur nombre, en 1855, à près de 50,000 (habitants de Laos ou du Pégu, Cochinchinois, Birmans et Malais). En leur qualité de gens du roi, les prisonniers de guerre s’attribuent une grande supériorité sur les autres esclaves.

Les esclaves achetés forment la classe la plus nombreuse : ce sont, ou des enfants qui ont été vendus par leurs parents, ou des adultes qui se sont vendus eux-mêmes.


Les prix ordinaires sont de 80 à 120 ticaux (280 à 420 francs) pour les hommes, et de 60 à 100 ticaux (200 à 300 francs) pour les femmes. La majeure partie des esclaves se compose de débiteurs qui se mettent en condition chez leurs créanciers jusqu’à ce qu’ils soient en mesure d’acquitter leur dette. Leurs services représentent l’intérêt du capital, et comme à Siam l’intérêt de l’argent est de 30 pour 100 par an, il y a beaucoup d’individus qui préfèrent aliéner momentanément leur liberté plutôt que d’acquitter un impôt aussi lourd. Lorsqu’ils ne sont pas satisfaits de leur maître, ils en cherchent un autre qui consente à rembourser au premier le capital de leur dette, et qui les prenne à son service. L’esclavage se trouve ainsi tempéré par le droit réservé à l’esclave de changer de maître.

Enfin les esclaves à Siam sont traités avec une grande douceur ; ce sont les familiers, les clients de la maison. Les mœurs, ainsi que la loi, les protègent contre toute rigueur inutile.

Le règlement sur l’esclavage remonte à près d’un siècle. Les principales lois et les coutumes en vigueur à Siam ne sont pas moins anciennes. Mgr Pallegoix a tenté d’écrire, à l’aide des annales indigènes, un résumé de l’histoire siamoise ; mais il n’a recueilli que des documents très confus. On a peine à se reconnaître au milieu des récits fabuleux qui précèdent la fondation de la capitale, Ayuthia, en 1350 de l’ère chrétienne. L’histoire moderne elle-même n’est pas beaucoup plus claire : ce ne sont que révolutions de palais, luttes intestines ou guerres terribles soutenues contre les habitants du Laos, les Birmans, et surtout contre le Pégu. En 1543, le roi de Pégu vint attaquer les Siamois à la tête de 300.000 hommes et de 700 éléphants. En 1547, il revint mettre le siège devant Ayuthia avec une armée de 900.000 hommes, 7.000 éléphants et 15.000 chevaux. Il était jaloux de la prospérité du royaume de Siam, qui possédait alors sept éléphants blancs ! En 1555, il attaqua de nouveau la ville avec une armée encore plus nombreuse, il s’en rendit maître, et emmena en captivité toute la population. Faut-il ajouter foi à ces chiffres prodigieux, à ces immenses mouvements d’armées, à ces luttes gigantesques ? Il est permis d’hésiter, et pourtant, quand on visite les ruines d’Ayuthia, on est tenté de ne point trouver trop invraisemblables ces étranges récits. Les vastes palais qui jonchent le sol de leurs débris, les dômes élevés des pagodes sous lesquelles se dressent encore dans leur immobilité séculaire les colossales statues de Bouddha ; plus loin, une pyramide de 400 pieds de haut, dont la flèche d’or va percer la nue, tous ces monuments, muets témoins du passé, attestent que le royaume de Siam a eu ses jours de grandeur et de richesse presque inouïe.

 Quel contraste présente l’époque actuelle ! Les innombrables armées d’autrefois sont réduites à quelques milliers d’hommes ; les escadrons d’éléphants qui repoussaient les charges des éléphants du Pégu sont licenciés. La dynastie régnante, qui occupe le trône depuis la fin du dernier siècle (1782), et qui en est à son troisième souverain, n’a eu à soutenir que de petites guerres contre les Birmans et les Cochinchinois, et semble avoir oublié les traditions guerrières des anciennes dynasties.


*****In: Archipel. Volume 18, 1979. Commerces et navires dans les mers du Sud. pp. 231-250.

http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/arch_00448613_1979_um_18_1_1513

 

« Ce qui rendait la lutte contre ces pirates difficile, c'étaient surtout les complicités dont ils pouvaient profiter pour ainsi dire dans tous les ports qui ne relevaient pas directement de l'autorité d'une puissance occidentale. Les nombreuses sympathies sur lesquelles ils pouvaient compter montrent assez qu'il s'agissait d'un véritable système économique et non pas seulement d'un trafic interlope et marginal. La plupart des princes musulmans de l'Archipel participaient d'une façon ou d'une autre à ce genre de commerce, sinon directement en finançant les expéditions ou en commercialisant les butins, du moins en touchant une commission pour fermer les yeux. »

 

******

http://www.alainbernardenthailande.com/article-11-origines-des-thais-une-courge-de-dien-bien-phu-97767868.html 

http://www.alainbernardenthailande.com/article-13-les-origines-mythiques-de-la-thailande-98283503.html 

 

*******In « Les  lois de Manou » concernant les catégories de l'esclavage :

 

Il  y a sept espèces d'esclaves : celui qui a été fait prisonnier sous les drapeaux, celui qui entre au service pour la nourriture, celui qui est né dans la maison, celui qui est acheté et celui qui est donné, celui qui est transmis de père en fils (par héritage), et celui qui est devenu esclave par suite d'une amende (non payée).


********L'actuel système décimal, subdivisant le baht en 100 satangs (สตางค์), fut introduit en 1897 par le roi Rama V, Chulalongkorn, mais peu utilisée. En 1902, le système monétaire était encore constitué de :

  • Monnaies d'argent :
    • 1 tical (1 baht, soit 100 satangs) : 15,244 g
    • 1 salung (1/4 tical, soit 25 satangs) : 3,8 g
    • 1 fuang (1/2 salung, soit 12,5 satangs) : 1,9 g
  • Monnaies de cuivre :
    • 1 song phai (2 phai, soit 6,25 satangs) : 18,9 g
    • 1 phai (1/4 fuang, soit 3,125 satangs) : 11,3 g
    • 1 att (1/2 phai, soit 1,5625 satangs) : 5,6 g
    • 1 solot (1/2 att, soit 0,78125 satangs) : 2,8 g

Au cours des années, comme les monnaies européennes, le baht se dévalua et la pièce fut frappée en nickel, et le nom tical fut définitivement remplacé par le nom baht dans les années 1940.

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b - dans "Notre" Histoire de la Thaïlande
commenter cet article

commentaires