Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
  • Contact

Compteur de visite

Rechercher Dans Ce Blog

Pourquoi ce blog ?

  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

(suite cliquez)   POURQUOI CE BLOG ?

Pour nous contacter

Merci d’être venu consulter ce blog. Si vous avez besoin de renseignements ou des informations à nous communiquer vous pouvez nous joindre sur blogthailande@yahoo.fr

23 janvier 2014 4 23 /01 /janvier /2014 00:02

 TitreEn guise de bilan. Suite et fin.


Le roi Naraï devient roi en 1656, après avoir aidé son oncle Phra Si Sutham Racha (frère de Phrasat Thong) à prendre le pouvoir en exécutant le roi Chao Fa Nai, et en l’exécutant deux mois et vingt jours plus tard. Les Chroniques royales vont consacrer 86 pages à son règne. (1656-1688). C’est le roi d’Ayutthaya le plus connu en France grâce aux deux ambassades dites de Louis XIV,

 

AMBASSADE 2

 

aux rapports et témoignages des missionnaires français, aux romans de Sportès et de Axel Aylwen, et à de nombreux auteurs français qui  ont étudié cette période. De plus, les Chroniques royales elles-mêmes relatent longuement l’ambassade siamoise de Kosapan à la cour de Louis XIV. Mais c’est un fait exceptionnel, car elles ne disent mot ou si peu sur les relations que le Siam entretient avec les étrangers, sur sa diplomatie, son commerce, même après l’arrivée des Portugais en 1511 à Malacca,

 

 

MALACCA 3-copie-1

 

et des autres nations européennes ensuite. Un événement qui allait pourtant bouleverser la géopolitique de la Région.


7/ Les relations internationales.


Nous avons consacré 18 articles à ces relations diplomatiques, militaires, commerciales, religieuses, et à l’aide apportée par les étrangers à l’administration du royaume et à son armée.


Dans notre « introduction aux  relations internationales du Siam jusqu’au XVII ème siècle » (74), nous précisions qu’avant l’arrivée des Européens au XVIème siècle, le commerce avait toujours existé  dans cette région « carrefour » entre deux grands océans, entre la Chine et l’Inde, entre l'Extrême-Orient et l'Asie du Sud, et cela même depuis l’Antiquité.

A la fondation d’Ayutthaya, l’océan indien est au centre de cet espace, dont les « cœurs » sont la Chine, l’Inde, l’Égypte et l’Asie occidentale, avec  ses réseaux d’échange, l’interconnexion des grands ports de la région. A la fin du XIV ème siècle, l’économie connait une nouvelle croissance avec la Chine, les grands Etats indiens  (sultanats du Gujarat, du Bengale, des Bahmanides, empire de Vijayanagar,

 

etats indiens 4

 

et celui de cités-États asiatiques (Malacca, Pasai, Calicut, Ormuz). Dans toute l’Asie du sud, les réseaux musulmans s’étendent, des comptoirs se forment ou se renforcent, et l’activité est intense.


Malacca deviendra avec les grandes cités maritimes chinoises, l’un des premiers ports du monde. Mais cette cité-Etat dirigée par un sultan, mais où les différentes communautés cohabitent, échappe à la suzeraineté de l’État thaï d’Ayutthaya et à celle de Majapahit (Java),

majahapit 5

 

 

pour devenir la plaque tournante du commerce entre l’océan indien et la mer de Chine.


L’arrivée des Européens, disons-nous, allait bouleverser la géopolitique de la Région. Nous avions alors dans notre article 75 donné les principaux repères historiques des relations du Siam avec les Européens aux XVI-XVIIème siècles, avant d’aborder article après article les relations spécifiques entretenues avec les Portugais, les Espagnols, les Hollandais, les Anglais, et les Français, sans oublier les Perses (Cf. 76) qui s’installèrent au début du XVIIème siècle à Ayutthaya et occupèrent d’importants postes dans le royaume.


 

PERSAN 6

 

(Naraï, dès son accession au trône eut un 1er ministre persan.)


Nous avons consacré trois articles aux relations entre Ayutthaya et les Portugais, bénéficiant de la lecture du livre de Michel Jacq-Hergoualc’h, « L’Europe et le Siam du XVIe au XVIIIe siècle, Apports culturels » et du master de Madame Rita Bernades de Carvalho 

 

Rita7

 

intitulé « La présence portugaise à Ayutthaya (Siam) aux XVIe et XVIIe siècles ». Ils nous ont nous permis de donner plusieurs réponses importantes à la chronologie de leur arrivée, le type de relations, les échanges, leurs rivalités, leurs conflits éventuels avec les rois du Siam, qui durent composer avec ses nouvelles puissances, tirer profit de leur alliance, les utiliser parfois pour leur propre diplomatie et « guerres » depuis le roi Ramathibodi II (1491- 1529) jusqu’ à Phetracha (1688-1703).


PETRACHA 8

 

Nous avons relaté l’ambassade de  1511 menée par Duarte Fernandès, l’ambassade d’Antonio de Miranda de Azevedo de 1512, la 3ème ambassade portugaise de 1518, l’ambassade de Francisco de Castro de 1540,

 

Francisco de castro 9

 

les efforts diplomatiques entre 1590-1610, la réaction diplomatique portugaise contre les Hollandais entre 1610-1616, les ambassades issues des incidents diplomatiques entre 1624 et 1630, l’éloignement et le rapprochement diplomatique entre 1630-1640, l’ambassade de Francisco Cutrim de Magalhaes en  1646, l’ambassade de Pero Vaz de Siquera de 1684-1686.


On apprit ainsi que le roi Chai Racha avait engagé en 1538, cent vingt Portugais pour sa garde personnelle et pour former ses soldats à l’usage de la mousqueterie.

 

Mercenaires 9 bis

 

Il put les utiliser avec succès contre le royaume birman  de Taungu, qui d’ailleurs en possédait aussi. Ils furent auprès de lui jusqu’à la fin de son règne puisque en 1545, ils étaient encore de l’expédition de Chiang Mai. De même sous le roi Chakkraphat (1548-1569)

 

CHAKRAPAT 10

 

durant la guerre menée par les Birmans  contre  Ayutthaya en 1549, « des canons, installés sur les forts autour d’Ayutthaya furent manœuvrés par soixante Portugais sous le commandement de Diego Pereira. Il y avait aussi des artilleurs portugais dans l’armée du roi birman. 

 

Au début du XVIIème siècle allait venir le temps des Hollandais et des Anglais au Siam, et de leurs rivalités. (Ce fut notre article 81)


Les rois d’Ayutthaya durent alors établir des contacts, des nouvelles relations diplomatiques, évaluer les forces en présence, jouer des rivalités, choisir ses « alliés » selon le contexte, faire de « la politique ».

 

Nous avions vu arriver les Portugais au Siam en 1511, noté leurs relations officielles avec Ayutthaya, sans pouvoir réellement évaluer le commerce échangé, tant les « privés » et les pirates sévissaient.

 

Pirates malais 11

 

Nous avions signalé un traité commercial en 1598 avec les Espagnols, à l’initiative du roi Naresuan, qui  leur accordait des privilèges fiscaux consécutif à des échanges commerciaux antérieurs avec les Philippines, bien que « le Siam n’avait intéressé ni les autorités de Manille ni celles de Madrid ».


On vit ensuite les deux premiers navires hollandais, arrivés à Pattani le 7 novembre 1601.

 

PATTANI12

En mai 1604, l’ambassadeur du roi Naresuan rencontrait les Hollandais à Pattani, et le 9 juin 1604, la 1ère ambassade hollandaise était envoyée à Ayutthaya, et en 1608  la 1ère ambassade siamoise arrivait en Hollande. (Cf. 82)


Le 23 juin 1612, le premier navire anglais, « Le Globe » arrivait à Pattani et  la 1ère audience royale avec les Anglais avait lieu  à Ayutthaya le 17 septembre 1612, avec le roi Songtham (1611-1628).


On avait vu les efforts du roi Naresuan pour établir des contacts avec l’Espagne  qui devait aboutir au traité d’amitié et de commerce avec le Siam, en 1598. Des contacts diplomatiques entamés par son successeur le roi Ekathotsarot en 1607-1608  avec les Hollandais, désireux de « contrebalancer l’influence  portugaise ». Il sera le 1er roi à envoyer une ambassade en Europe et en Hollande en 1608. (Ch. Notre article 82. La 1ère ambassade siamoise en Hollande en 1608.)

Les réactions diplomatiques portugaises contre les Hollandais. (1610-1616), envoyant en 1610 une ambassade au roi Ekathotsarot pour lui signifier que leur « amitié » implique que les Hollandais soient maintenus en dehors du Siam. Ou bien encore une ambassade siamoise à Goa en mars 1615

 

-Plan de Goa-,12-copie-1

 

envoyée par le roi Songtham  proposant aux Portugais de prendre le contrôle de la ville portuaire de Martaban (encore occupé par les Birmans).  

 

MARTABAN 13


Le roi Songtham essayant de ménager les Hollandais et les Portugais. Il savait que les Hollandais étaient à Pattani depuis 1602, qu’en 1604, ils avaient été reçus par Naresuan, que le roi Ekatthosarot avait envoyé une ambassade à la Haye en 1608. Il était très bien informé sur cette force montante et il leur avait accordé l’autorisation de fonder un comptoir à Ayutthaya en 1613 et il  signera d’ailleurs un traité avec eux en 1617. Il apprendra qu’en 1619, ils ont triomphé du sultan de Bentam, pourtant soutenu par les Anglais et qu’ils se sont installés à Jacatra (Batavia).


JACATRA 14 


Le roi Songtham a également reçu une ambassade anglaise le 17 septembre 1612 avec une lettre du roi James

 

Roi James 15

 

et leur a accordé l’autorisation de pouvoir fonder un comptoir à Ayutthaya et à Pattani. 

En décembre 1627, Manille décide une expédition punitive avec deux gallions commandés par Juan de Alcarz (ou Alcarazo). Ils attaquent dans le Chao Praya une jonque royale et une jonque japonaise et en avril 1628 deux autres bateaux près de Pulau Tioman,

Pulo tio;an 16

 

font des prisonniers siamois que l’expédition ramène à Manille. Au début 1629, une autre ambassade « explicative »  du  gouverneur Nino de Tavora   est envoyée au Siam avec les captifs siamois Mais elle arrive en pleine succession, le roi Songtham est mort en décembre 1628. Madame de  Carvalho affirme que cette mission n’apporta pas grand-chose du fait que le nouveau roi Phrasat Thong (1630-1656) avait choisi la carte hollandaise.


Par contre en septembre 1636, Prasat Thong prend l’initiative d’une ambassade pour  renouer des relations commerciales avec Malacca, Macao et Manille,

 

Baie de Manille

 

pour limiter l’influence hollandaise. Il aurait libéré des Espagnols capturés à Ligor en 1634,

 

LIGOR 16

 

des Portugais capturés à Tenasserim en 1635.


myanmar-tenasserim 17


Bref, on l’aura compris, désormais la diplomatie des différents rois d’Ayutthaya ne peuvent que composer  avec les nations européennes portugaise, espagnole, et puis au début du XVIIème avec les Hollandais et les Anglais conquérants. Nous avons tenté d’en donner les principaux éléments en huit articles. (de 74 à 81)


Et puis arrivèrent les Français en 1662.(Cf. notre article 82 « Les Français arrivent enfin au Siam en 1662 »

 

arrivee 18


 C’est le règne du roi Naraï. (1656-1688)


« Arrivés bien après les Portugais (1511), les Hollandais (1601) et les Anglais (1612), les premiers Français, des missionnaires, arrivent au Siam en 1662.

 

lissionaires 19

Ils ne furent pas des conquérants porteurs de sabres, d’arquebuses et de goupillons, tels les espagnols aux Amériques, ce furent ni des mercenaires ni des épiciers mais de pacifiques missionnaires, tout simplement, porteurs souvent naïfs du message du Christ venant de la France, « fille aînée de l’église ».

 

Mission divine 18

 

Nous vous avons longuement conté leur installation (voir nos articles 1 : Les relations franco-thaïes :1660, arrivée des missionnaires français ;  2 : Les relations franco-thaïes : Premiers pas des missionnaires au Siam  et 3 : Premiers pas des missionnaires au Siam en 1664) rapidement suivie de celle des jésuites, les soldats du Pape,


J2suites 01

 

dont la mission première était l’évangélisation (voir notre article 5 : Les relations franco-thaïs, les jésuites au Siam) et leur évolution future (voir notre article 18 - Les relations franco-thaïes : Les missionnaires français au Siam après 1688). Leur vision du Siam et de sa « religion » dominante, le bouddhisme, est singulière (voir notre article 15 Les relations franco-thaïes : le bouddhisme vu par les missionnaires du XVIIème siècle), fruit d’une étude inédite du remarquable écrivain canadien Jean-Marcel Pasquette. »

Nous avons surtout profité de la thèse de Forest «  Les Missionnaires français au Tonkin et au Siam. XVIIe- XVIIIe siècles »

 

forest-notes 02

 

pour à la fois montrer l’attitude du pouvoir siamois face aux missionnaires français aux XVII et XVIII èmes siècles (Cf. 89), et de façon générale face  à ceux qui étaient au service des rois. Il explique comment le pouvoir siamois a mis en place à la fois une politique de neutralisation des étrangers (Cf. le système des villages étrangers à Ayutthaya) et une politique d’utilisation de leurs compétences (Cf. 89 et 90). Nous avions déjà maintes fois montré dans les articles précédents, comment les rois d’Ayutthaya avaient su utiliser les compétences commerciales des « mores », perses, chinois, les compétences guerrières des  Japonais et des  Portugais, et comment ils s’étaient « ouverts » aux Hollandais, Anglais et dernièrement aux Français, selon la géopolitique du moment, sans oublier la longue histoire et expérience d’intégrer les populations conquises lors des guerres passées.


En effet, les « mercenaires » étrangers sont omniprésents au Siam dès le XVIème siècle. Le Prince Damrong lui-même

 

Damrong 3

 

reconnaît que, dès leur arrivée au Siam, les Portugais apprirent trois choses aux Siamois, « l’art de faire des armes à feu, celui de s’en servir et celui d’édifier des fortifications contre ces armes à feu ». Il y eut plus tard la venue des Japonais, maître dans la science du combat et qui transmirent aussi leur technologie des armes blanches, leurs fameux katanas. (Souvenez-vous  de notre article sur Yamada). Et puis les militaires de Louis XIV nommés aux plus hauts postes de gouverneurs (Forbin, Beauregard,etc) (Forest cite les phra klang persans comme Abdur Razzaq (1657), Aqua Muhammad Astarabali (1660-1679), le grec Phaulkon … d’autres sont nommés gouverneurs (les gouvernements de Tenasserim et de Mergui seront confiés pendant de nombreuses années à des « Mores », puis on se souvient de l’épisode anglais avec Barnaby et White (1683-1685), du Portugais de Coehlo, gouverneur en 1675 de Phitsalunok, d’un turc gouverneur de Bangkok dans les années 1680-1685), des Français nommés par Phaulkon comme René Charboneau, gouverneur de Thientong en 1683, de Phuket en 1684 (?) Jean Rival à Bangary (Phangna)….. bref, la liste est longue. )


Et puis le fameux Constance Phaulkon au poste de 1er ministre du roi Naraï. (Cf. A89. Louis XIV a voulu coloniser le Siam ? InMorgan Sportès,  « Pour la plus grande gloire de Dieu » etCf. Aylwen, 99, 100, 101.) Un des rares étrangers  à bénéficier d’un portrait dans les Annales (Cf. notre article 98 qui lui est consacré.)

 


Phaulkon04


Nous avons également avec l’aide de Forest encore, en notre article 87 fait le point sur « le commerce du royaume de Siam au temps du roi Naraï ». Nous avons découvert qu’Ayutthaya présenté souvent comme un important centre commercial n’avait en fait qu’une activité commerciale limitée (Forest donne des exemples). D’ailleurs  les Anglais ferment leur comptoir en 1682, et déjà en 1680, François Martin qui avait créé le comptoir français de Pondichery (1673)

 

270px-Fer - Plan de Pondichery 05

 

avait jugé sans intérêt la création d’un comptoir français à Mergui et Tenasserim.  Le responsable de la Cie française, Deslandes- Boureau, constatant qu’il n’y a aucun commerce à faire au Siam, quitte le pays au début de 1684.

 

Mais de toutes ces relations diplomatiques, militaires, commerciales,  « Les chroniques royales d’Ayutthaya » ne disent rien. Cela n’intéresse pas les chroniqueurs siamois. 

 

9/ L’histoire selon les Siamois. Les centres d’intérêts des chroniqueurs siamois.


Après avoir consacré 18 articles aux relations internationales, commerciales et religieuses du royaume d’Ayutthaya, nous avons donc repris notre chronologie avec notre introduction au règne du roi Naraï (1656-1688) (91), qui après l’assassinat de son oncle-roi, doit légitimer son accession au trône en suivant un processus traditionnel qui ne peut se comprendre  que dans le cadre mythico-religieux du bouddhisme theravâda, (avec les divinités indiennes Brahma, Vishnu, Shiva),

 

shiva vishnu bramha 06

 

 

le divinatoire, les prophéties,  avec la cérémonie d’intronisation du nouveau roi et les funérailles solennelles du roi précédent.


De fait, nous pouvons dire que les Chroniques sont essentiellement là pour démontrer la légitimité du roi en place, religieuse et politique, sa gloire, sa puissance, sa magnificence, sa générosité …

 

Après l’introduction qui révélait les trois séquences des 86 pages consacrées au roi Naraï, à savoir  1e religieux, la divination, le symbolique, le rituel, le cérémonial ; Puis la géopolitique des mueang avec ses guerres (avec les Birmans, Chiang Maï) , ses révoltes, et les luttes de pouvoir avec entre autre Phaulkon, Phetracha et Sorasak, nous nous sommes arrêtés en trois articles sur ces processus de légitimations. (92, 93, 94) Louis Gabaude nous a aidés à les présenter.


Gabaude 07


Ainsi la date de couronnement est donnée par les brahmanes attachés à la Cour ;  elle exprime la volonté du nouveau pouvoir d’être intronisé le jour et à l’heure voulus par les dieux et les astres. Le titre du roi est attribué lors de cette cérémonie, montrant la lignée religieuse et prestigieuse, un dhammarâja, un roi selon la Loi bouddhique. Une cérémonie solennelle et grandiose avec toujours quelques « riches» descriptions, qui sera suivie par les funérailles du roi défunt. Le roi Phra Si Sutham Racha, n’est plus alors le roi assassiné par son successeur Naraï, mais le roi saint bouddhiste, le seigneur impérial, que l’on honore aussi dans une autre cérémonie tout aussi magnifique, et elle aussi décrite avec éloquence par les Chroniqueurs.

Nous avons poursuivi en présentant, dans  le fatras chronologique des Chroniques, d’autres formes de légitimation visant à renforcer la fonction royale, comme le rôle des brahmanes et de la divination, la commande de statues de Shiva, Brahma et Bouddha, pour honorer des cérémonies comme celle des cinq rites, le pèlerinage annuel à  « L’Empreinte du pied de Bouddha »,

 

Pied de biouyddha 08

 

la capture et le rôle  symbolique et politique d’un éléphant blanc (La chronique se terminait d’ailleurs en spécifiant que la paire d’éléphants blancs lui accordait davantage de mérites et de pouvoir sur ses vassaux et le faisait craindre davantage par ses ennemis), l’importance des audiences royales (allégeance),  l’attribution de cadeaux et de titres, les visites royales en Province et dans tous les cas, le respect du rituel, et le faste des processions royales… Bref, le roi dans l’exercice de son pouvoir. Un roi protecteur de la sangha et de ses sujets.


Toutefois, si les Chroniques royales n’oublient jamais l’hagiographie, de légitimer le roi en exercice, elles évoquent aussi un pouvoir menacé, devant faire face à ses ennemis, en proie aux complots, aux trahisons. Nous en avons rendu compte tels que présentés dans les Chroniques. (Cf. 95, 96)

Mais notre article 97, consacré à l’ambassade siamoise de Kosapan à la Cour de Louis XIV en 1686,

 

Kosapan 09

 

permettait plus que tout autre, de constater que ce qui intéressait les Siamois étaient les récits fabuleux, fantastiques, magiques, surnaturels, mais qui avaient une fonction : montrer un roi Naraï tout puissant, les nobles siamois aux qualités exceptionnelles, les talents littéraires des ambassadeurs, et les soldats siamois invulnérables. Et pourtant nous avons signalé de nombreux récits français de cette ambassade, qui permettent de la suivre en France, jour après jour.

Les Annales dressent par contre un portrait de Phaulkon, 1er ministre de Naraï ; Le seul portrait d’un farang dans les Annales ? Nous avons en tous cas évoqué l’hypothèse de sa nationalité française. (Cf. 98).  Nous avons bien sûr en notre article 99 traité « La fin du règne du roi Naraï et la « révolution » de 1688. », qui venaient après tant d’articles, comme nos relations des deux ambassades de Louis XIV, des romans « Pour la plus grande gloire de Dieu » de Sportès et Le Faucon du Siam d’Axel Aylwen, sans oublier La « Révolution » de 1688 au Siam, vue par Jean Vollant des Verquains, In Particularités de la révolution de Siam arrivées en l’année 1688 … multipliant les points de vue divergents avec, par exemple, ceux  des jésuites, des pères des Missions étrangères, des diplomates, des militaires, des romanciers, des chercheurs, des Siamois, … voire des documents militaires français de  Saint Vandrille, du Général Desfarges, de Beauchamp, et de La Touche par exemple.


Les Chroniques royales évoquaient essentiellement les rôles joués par Petracha et son « fils » Sorasak dans leur prise du pouvoir, leur complot, leurs exécutions de Phaulkon et des prétendants au trône, lors de ce que les Français ont appelé «  la révolution de 1688 ».


Bien que nous en avions déjà parlé d’abondance, il a bien fallu rappeler l’arrivée de l’escadre française en septembre 1687 avec l’ambassade de La Loubère et Céberet, et reparti le 3 janvier 1688, avec le bilan que l’on connait. Nous avions quand même rappelé la version de Forest s’inspirant largement des travaux de Jacq.Hergoualc’h. (Cf. 99).


10/ Les rois Petracha  (1688-1703) (100) ; Luang Sorasak. (1703-1709) (101) ;Thaï Sa (1709 – 1733) (102) ; Borommakot (1733 – 1758) et Uthumphon. (13 avril 1758 – mai 1758)(103). 

Le roi Petracha  (1688-1703) (100) 


PETRACHA 10


Petracha, aidé par son « fils » Sorasak,   a donc  exécuté les prétendants, les deux frères du roi, son fils « adoptif », et le fameux Phaulkon. Il se fait roi le 1er août, après le décès du roi Naraï le 10 juillet, chasse les troupes françaises en novembre, et épouse la fille et la sœur du roi, légitimant ainsi son pouvoir. Une nouvelle dynastie était née, la dynastie Ban Phlu Luang, la cinquième et dernière d'Ayutthaya. Nous avons présenté les points de vue de Forest, des Chroniques et du père Braud, qui écrit « la révolte de Korat » sur place, un an après les faits, certes différente des annales, mais qui signale que le coup d’état effectué à la capitale en 1688, n’a pas été suivi dans l’ensemble du royaume, et que deux provinces se sont soulevées (Nakhon Ratchasima (Korat) et de  Nakhon Si Thammarat (Ligor)), et que Petracha a dû procéder à une terrible répression, non seulement parmi les hauts gradés qui ne parvenaient pas à prendre Korat, mais aussi parmi les plus hautes personnalités du royaume, quelques « grands Malais », les deux premiers chefs des Japonais, et le fameux phra klang Kosapan, qui avait été le chef de l’ambassade siamoise en France.


« Les Chroniques royales d’Ayutthaya », quant à elles consacreront 58 pages au roi Petracha (chapitre 8), mais dans la confusion la plus totale. (Additionnant les versions B1, puis B2, et E, et CDF, pour « re-mélanger » B1, B2 et E1, et E et finir sur CDF, après être revenu par exemple sur 10 pages (pp.369-378), aux sources B1, B2, E pour évoquer des événements divers en désordre, comme par exemple l’incendie d’un palace, un pèlerinage à l’Empreinte du pied de Bouddha , un éléphant blanc capturé, l’exécution de Trat Noi, le refus du prince Phichai Surin de prendre le pouvoir  et même l’accession au pouvoir de Thai Sa qui a eu lieu en 1709) !!! Ceci pour vous montrer les difficultés de la « reconstitution » et la nécessité de choisir un certain ordre de compréhension.


On retrouvera la thématique de la « légitimation » avec les constructions de temple, le pèlerinage à l’Empreinte du  pied de Bouddha (2 pages quand même), l’offre d’un éléphant blanc du roi du Cambodge (en 2 pages et demie), ou bien la demande de protection du roi de Sattanakhanahut (Vientiane) pour repousser une attaque de Luang Prabang, en échange de sa vassalité  et de l’offre de sa fille Phra Koe Fa de 15 ans pour sceller cette alliance. (là aussi en 2 pages et demie).


Par contre, plus curieusement, les Chroniques nous offriront les démêlés amoureux de Petracha éconduit par ses deux principales épouses ! Curieux dans des Chroniques royales, non ? Une vengeance des Chroniqueurs ? inspirée par les historiens thaïlandais traditionnels qui ont considéré Petracha comme un traître rebelle à son roi et évité de le mentionner. (Cf. wikipédia).

Les Chroniques se termineront sur les intrigues de Sorasak, avec une fois de plus, une succession sanglante. Elles ne diront rien sur la sénilité du roi évoquée dans les courriers les missionnaires.


Le roi Luang Sorasak. (1703-1709) (Cf. 101)


SORASAK 11


Nous l’avons déjà rencontré, fils probable de Naraï et de la princesse laotienne Phranang Kousaodi, fils adoptif de Petracha, nous devrions plutôt écrire « fils spirituel » et à l’occasion, complice du chef des éléphants royaux devenu roi. Il règle en effet allégrement aux côtés de son « père spirituel » la question de son accession au trône, souillé du sang de la famille royale. Nous savons en effet qu’il aurait ou avait organisé l’assassinat des frères de Naraï battus à mort enfermés dans des sacs de soie, qu’il haïssait Phauklon et qu’il eut la satisfaction d’être l’ordonnateur de son exécution dans des conditions d’atroce cruauté. Il ne laissera à personne le soin d’éliminer la concurrence pour monter sur le trône. Son règne est considéré comme « le plus sombre dans l'histoire d’Ayutthaya », lit-on fréquemment (Wikipédia). Il est resté dans l’histoire sous le nom de Phrachaosua, « le Roi tigre ». Les annales ne l’épargneront pas. « D’esprit vulgaire et incivil, égoïste et tyrannique, sauvage et cruel, il n’avait jamais le moindre geste charitable contrairement à la tradition royale. Il était coutumier de l’abus d’alcool. ». Elles le montrent ivrogne, assassin, sodomite, pédophile, adultère. « Peu soucieux de respecter les cinq préceptes, il avait des relations sexuelles avec les femmes de ses fonctionnaires. Tous les jours des cercueils quittaient le palais royal en passant par ce que peuple appelait « la porte des fantômes ». C’est à partir de là qu’il fut surnommé « le roi tigre ». Au moins, c’est clair.


Son règne n’a duré que cinq ans, il disparut en 1709 de tuberculose probablement, dont les annales nous apprennent  qu’elle existait à l’état endémique dans sa famille. Il ne fut marqué par aucun de ces événements dont les annales sont pourtant friandes, interminables cérémonies religieuses, guerres de conquête ou guerres de défense.


Mais  elles consacreront de nombreuses pages à son courage. Ces exploits cynégétiques sont racontés d’abondance et démontrent assurément une force et un courage physique incontestable, mieux utilisés assurément qu’en massacrant des petites filles à coup de bottes.


C’est la « boxe thaïe », muay-thaï qui le fit entrer dans la légende. Il aimait incognito participer aux combats. Et on dit que s’il tombait sur un adversaire qu’il ne pouvait vaincre, il le couvrait de richesses et le faisait entrer à son service dans des fonctions de confiance.


Egalement une autre légende, lourde de symbole, illumine l’histoire de son règne, celle de Phanthaïnarasing.

 

PHANTAINARASING 12

 

Elle est émouvante et tous les petits thaïs la connaissent. Lisez notre article si vous désirez la connaître, mais sachez que de nombreuses écoles portent son nom, qu’il a même depuis peu sa page sur « facebook »,  qu’.un film à grand spectacle a été tourné en 1982, que d’innombrables BD content cette symbolique histoire, rappelant au roi, qu’il est nécessaire de respecter les traditions, même s’il faut le payer de sa vie. Et Sorasak dut le décapiter sur sa demande.


Bref, il n’est en tous cas, disions-nous, dans l’histoire du Siam aucun monarque négligé comme lui des historiens occidentaux qui fasse  – et son timonier avec  – l’objet d’une telle littérature « populaire » exaltant leurs vertus.


Le roi Thaï Sa (1709 – 1733). (Cf. 102)


THAISA 13


A la mort du « roi tigre » succède son fils, Sanphet 9 ou encore Thaï Sa.

Monseigneur Pallegoix nous dit pour décrire son règne : «Chao Dua étant mort, son fils (qu’on ne nomme pas) lui succéda. Il ne fit rien de remarquable si ce n’est qu’il chassa les Annamites du Cambodge qu’il rendit tributaire ». Voilà donc notre prélat qui exécute en deux lignes le règne du fils comme il a exécuté celui du père en trois.


Les Annales vont raconter cette campagne au Cambodge en 1717, en proie à d’incessantes luttes intestines. L’un des princes appellera le Siam à son secours, alors que son rival  appellera les armées annamites. La guerre sera terrible, mais finalement le Siam chassera les Annamites et « vassalisera » les Cambodge.


Après cette campagne victorieuse, le règne de Thaï Sa fut paisible, il eut une carrière de bâtisseur, terminant la construction du canal entreprise par son père et se signala, nous disent les annales en construisant ou restaurant de nombreux temples. La dynastie quoique sanguinaire, fut aussi une dynastie de bâtisseurs.

Il meurt à 44 ans ; ce qui lui vaut des annales cette méchante oraison funèbre digne d’une homélie de Monseigneur Pallegoix : « Ceux qui pratiquent la charité et détestent tuer vivent longtemps, la vie de ceux qui ne pratiquent pas la charité et qui aiment tuer sera courte ».

 

Les rois Borommakot (1733 – 1758) et Uthumphon. (13 avril 1758 – mai 1758) (103)


La succession de Thaï Sa fut, faut-il nous en étonner, chaotique et sanglante.

Les annales nous en donnent tous les sanglants détails. Elle se termine par le triomphe de l’oncle, l’Uparat, héritier « légitime ». Celui-ci fait allégrement massacrer la famille de son jeune neveu. Il les fit accrocher par le menton avec un hameçon et  pendre à une branche jusqu’à ce que mort s’ensuive. Ainsi commença le règne de Borommakot, qui succéda, usurpateur ou pas, à son frère aîné.


BOROMAKOT


Les annales vont nous narrer les événements marquants de son règne, et n’échapperont pas aux chasses et capture d’éléphants, aux pèlerinages aux saintes empreintes, à l’incendie accidentel au palais royal, à la mort de la princesse Yothathep et à l’organisation de ses funérailles, etc. Mais on en relèvera de plus significatifs.


La révolte des Chinois probablement en 1733, dont les annales disent peu, et la découverte de l’or en 1747. Il y eut également en 1753, une ambassade du roi de Ceylan demandant l’envoi de moines bouddhistes siamois pour l’aider à remettre de l’ordre dans son propre clergé, décadent, perverti et corrompu. Cette requête, hommage rendu à la pureté de la foi bouddhiste au Siam, flatta l’orgueil de Borommakot.


Et puis, il y eut une intervention au Cambodge en 1750,  pour régler une rivalité successorale. Il ne pouvait prévoir  que les conséquences de la lutte entre les royaumes môns de Pegu et birman de Ava auraient des conséquences dramatiques sur l’avenir du Siam.


Pour faire un court rappel.


Après une révolte de Pegu en 1737 contre le roi de Birmanie et après l’assassinat de  2 rois successifs, Saming Tho devint roi du royaume indépendant de Pegu en 1742.

Les gouverneurs birmans des deux provinces du sud, Martaban et de Tavoy, restés fidèles au royaume de Ava, durent fuir avec quelques centaines de féaux  et allèrent à Ayutthaya demander et reçurent aide, protection et asile par Borommakot. Ce qui fut apprécié par le roi de Birmanie qui envoya de son côté une ambassade à Ayutthaya en 1744, la première depuis plus de cent ans et, en 1746 une ambassade siamoise reçut également un chaleureux accueil à Ava.

Borommakot avait choisi son allié. Il avait refusé l’alliance proposée par Saming Tho, qui avait alors épousé une princesse de Chiang Maï. Mais en 1746, une des épouses de Saming Tho et fille du Phraya Dala, jalouse, incita son père à prendre le pouvoir.

Saming Tho, après une vaine tentative pour reprendre son royaume avec l’aide d’une armée de Chiang Maï dut s’humilier en allant mendier, en 1750, l’aide de Borommakot ; qui le mit en prison.

 

Ce sachant, le Phraya Dala envoya un ambassadeur pour demander que Saming Tho lui soit livré. Borommakot, avec un incontestable sens de l’honneur, refusa de livrer un homme pour l’envoyer à une mort certaine.

 

En mars 1752, l’Uparacha de Pegu, frère du Praya Dala, s’empare d’Ava. Voilà le Praya Dala maître de la Birmanie dont la puissance semblait détruite pour toujours. Mais en décembre 1753 Alaungpaya, un modeste chef de village reprend Ava, capture le Phraya Dala, rétablit la suprématie birmane et met fin à l'éphémère royaume « Peguan-uni ».

 

Borommakot meurt en mai 1758. Il avait 77 ans et avait régné 26 ans. Il  fut un administrateur efficace. Les Annales louent d’abondance ses qualités et sa piété.

Il y eut encore une guerre de succession. Le roi Borommakot avait jugé qu’Ekkhata n’était pas digne de régner et avait désigné son 3ème fils, Uthumphon.


Uthumphon fut effectivement le 32ème et avant-dernier roi de la dynastie. Mais son règne dura moins de deux mois. (13 avril 1758 – mai 1758).


UTUPHOM


Son frère aîné,  devenu moine, bénéficiait de nombreux soutiens. Il jeta son froc aux orties, fit exécuter ceux de ses demi-frères qui avaient soutenu Uthumphon. Celui-ci eut alors la sagesse de ne pas s’accrocher à son trône, s’effaça  et abdiqua en faveur de son frère Ekkatat, pour se retirer dans un monastère.


11/ La fin du royaume d’Ayutthaya.


Mais avant de relater le règne du dernier roi d’Ayutthaya, Ekkathat (mai 1758-7 avril 1767), nous avions cru nécessaire de faire le point sur ce qui se passait en Birmanie pour comprendre la suite des événements fatals. (Cf. 104).On y apprenait, entre autre, qu’Alaungpaya avait chassé les Pegouans qui venaient de prendre la capitale birmane d’Ava et prit le pouvoir  en février 1752. On y expliquera l’enchaînement des faits qui aboutirent le 6 mai 1757, à la prise de Pegu. Mais en 1758, les Môns vont  de nouveau se révolter contre le nouveau gouverneur Konbaung de Pégou. Le roi Alaungpaya réprimera la révolte, mais la résistance demeurera dans le nord de Tenasserim. On apprendra alors pourquoi Alaungpaya va décider d’envahir le Siam.


ALUNGPAYA

Alaungpaya avait cherché à obtenir du roi Ekkathat, l'assurance qu'il n'interviendrait pas dans les affaires birmanes et qu'il lui remettrait les chefs rebelles qui s’étaient réfugiés au Siam. Mais celui-ci refusa.


Alaungpaya, décida alors en décembre 1759, après la saison des pluies, d’envahir le Siam par Tenasserim. Il quitte Martaban avec une armée de 40 000 hommes, secondé par son fils Hsinbyushi ; occupe Tanintharyi, traverse la chaîne de Tenasserim et remonte vers le Nord en prenant les villes côtières de Kuwi, Pranburi, et Phetchaburi ; pour atteindre, après une forte résistance, Ayutthaya en avril 1760. Il est dit qu’après seulement cinq jours de siège, Alaungpaya tomba soudain gravement malade, ce qui entraîna la retraite des troupes birmanes le « 17 » avril 1760.


Son successeur, Naungdawgyi (1760-1763), le fils ainé, dut faire face à de sévères rebellions. Naungdawgyi meurt à 29 ans en novembre 1763. Son frère cadet Hsinbyushin  lui succède. Le royaume birman était « apaisé».

Dès 1764, il se lance à la conquête du Nord et pille Chiangmai et Vientiane. En 1765, les Birmans de Hsinbyushin lancent une attaque d’envergure par le nord et le sud-ouest. Ils occupent le bassin du Chao Phraya et, en février 1766, mettent une fois encore le siège devant Ayutthaya … On pouvait reprendre le fil de notre histoire. 


Le dernier roi d’Ayutthaya. Ekkathat (mai 1758-7 avril 1767) (Cf. 105)

Il fut le 34ème et dernier roi de la dynastie d’Ayutthaya. 


Il passe pour avoir été borgne et lépreux (d’où son surnom populaire de Khun Luang Khirüan, tout simplement « le roi lépreux ».

LEPREUX

 

C’étaient toutefois les moindres de ses défauts. Son père l’avait écarté du trône le considérant comme « stupide et ne méritant pas d'être roi ».  « Sans intelligence et sans caractère, imbécile » continuent les annales, et qui plus est « débauché » tout autant que son grand-père, l’illustre « roi tigre ». Velléitaire et pusillanime, alors que les événements allaient démontrer que le Siam avait besoin d’un « grand roi ».


Les débuts de son règne furent pourtant digne d’un roi ; il poursuivit la tradition de bâtisseurs de ses prédécesseurs en construisant ou rénovant de nombreux temples et pagodes, et introduisit diverses mesures administratives pour unifier le cours des monnaies et les poids et mesures. Il rénova encore les ports de Mergui et Tenasserim pour relancer le commerce avec l’étranger.


Entièrement occupé à réprimer les intrigues internes, le roi Ekkathat ne fut pas conscient des dangers qui allaient venir de sa frontière occidentale. Nous avons alors raconté les différentes étapes qui aboutirent non seulement à la chute d’Ayutthaya en 1767, mais à la fin du royaume.


Le mardi 7 avril 1767, l’assaut final fut lancé par les assaillants, allumant des incendies au pied des murailles et faisant donner les canons de toutes parts. Une brèche fut ouverte et la ville tomba après un siège de quatorze mois.

Le roi réussit à s’échapper sur un petit bateau, mais, nous apprennent les annales, mourut de faim quelques jours plus tard. La ville fut brûlée, rasée, pillée. 20 ou 30 000 de ses habitants furent déportés, avec Uthumphon et  tous les membres de la famille royale. Tous les documents, toute la mémoire du Siam furent également brûlés.


Nous avons ensuite en notre article 109, donné un autre point de vue avec « La chute d’Ayutthaya vue par Monseigneur Brigot et racontée par M. Turpin ».


PILLAGE


Nous avions terminé « notre » histoire du royaume d’Ayutthaya. Une autre histoire du Siam allait commencer.

 

12/ En guide de conclusion.


Nous étions arrivés à la fin de « notre histoire » d’Ayutthaya. Une fin provisoire sans doute. Nous avions eu le fol projet de savoir ce qui avait bien pu se passer tout au long des règnes des 34 rois de 1351 à 1767, au royaume d’Ayutthaya, au Siam.


Nous savions dès le début que la pertinence de nos articles aurait dépendu de la fiabilité des sources trouvées. Nous avons également constaté nos limites quand, pour chaque période, les « experts » eux-mêmes déclaraient qu’ils disposaient que de peu d’éléments, que ceux-ci étaient bien souvent contradictoires, se mêlaient aux légendes et aux mythes. Pour certaines, ils avouaient même qu’on ne savait rien ou si peu. Certes avec l’arrivée des Européens aux XVI et XVII èmes siècles, l’histoire du Siam disposait de plus d’informations, de faits, mais aussi d’interprétations parfois divergentes selon les intérêts en jeu.


Nous avions crû en « découvrant » le travail monumental de Richard D. Cushman, The Royal Chronicles of Ayutthaya, qui prétendait contenir toutes les Chroniques disponibles,  que  nous avions trouvé enfin NOTRE REFERENCE pour écrire « l’Histoire » du royaume d’Ayutthaya.


L’espoir fut de courte durée, et nous nous sommes trouvés devant un travail fastidieux, tant ces chroniques étaient malaisées à lire, parfois incohérentes, discontinues, divergentes, et de plus omettaient des événements importants de l’histoire de la Région. Leur lecture n’en était que plus difficile. Nous savions que certains articles avaient alors peu de chance  de susciter le plaisir du lecteur.


Mais nous avions là une base qui nous a déjà permis de prendre déjà en défaut des affirmations de wikipédia par exemple, ou de certains auteurs qui justifiaient leurs articles avec des « Les Annales disent que … », comme si elles constituaient une autorité.


Il fallait courage et/ou inconscience pour se lancer dans  une telle entreprise. Vous en connaissez beaucoup d’autres ? Nous ne demandons qu’à les connaître.


Une base, disions-nous, que nous complèterons, corrigerons, au fil d’autres ouvrages, d’autres rencontres. Ainsi, nous avons bien vu que les Chroniques royales d’Ayutthaya  s’étaient construites sur l’absence du peuple, et n’évoquaient jamais les conditions de vie des Siamois et des esclaves. Des études dirigées par Georges Condominas à l’Ecole des Hautes Etudes en Science sociales par exemple nous ont permis, en nos articles 110 et 111, de faire le point sur ces réalités fondamentales. Il y en aura d’autres.


Une base, disions-nous,  qui nous permettra plus tard de vous proposer notre « récit historique »,  où la qualité « littéraire » sera un enjeu. Enfin, nous l’espérons.

 

En attendant, poursuivons « notre » histoire avec le roi Taksin. 

 

 

 happy_end_sujet.jpg

 

 

 

 

 

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b - dans "Notre" Histoire de la Thaïlande
commenter cet article

commentaires