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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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27 février 2014 4 27 /02 /février /2014 00:02

01Roi, chef de guerre, défenseur de la foi, législateur et poète.


Thong Duang  ทองด้วง naquit le 20 mars 1736 et quitta sa vie terrestre le 7 septembre 1809.

Lors de sa montée sur le trône en 1782, la France a depuis longtemps abandonné le rêve siamois de Louis XIV (1). A sa mort en 1809, Napoléon a depuis longtemps abandonné son rêve asiatique et a dû sacrifier la Louisiane, dans le vain espoir de détruire l’Angleterre pour avoir l’Europe à ses pieds (2). Ceci explique que l’histoire de ce grand roi n’a pas intéressé les Français d’alors et que les sources françaises contemporaines sont inexistantes.


Son histoire et celle de la dynastie a été écrite par son lointain descendant, le prince Chula Chakrabongsee (3).

 

PrinceChulaChakrabongse11.jpg

 

Petit fils du grand Chulalongkorn, le prince fit de solides études historiques à Cambridge. Tout imprégné d’orgueil familial, il nous décrit la succession des souverains depuis son fondateur jusqu’à Rama VII en passant par Mongkut qu’il nomme « l’éclairé » et Chulalongkorn qu’il baptise « le révolutionnaire ». Ne nous étonnons pas qu’il flatte surtout ses vertus guerrières et la noblesse de ses origines. C’est la version « officielle » que nous retrouvons dans des ouvrages plus accessibles (4). En ce qui concerne les sources françaises tardives, pour certains, c’est « un Siamois de race pure » (5). Pour d’autres, il s’agit d’un métis chinois (6).


Monseigneur Pallegoix ne s’attarde pas sur son histoire, réservant son talent à décrire surtout les persécutions dont furent victimes les chrétiens sous le règne de Taksin et leur fin sous celui de Rama Ier. Adrien Launay, l’archiviste des « Missions étrangères » n’est pas plus prolixe (7).

Le récit occidental le plus complet (à notre connaissance tout au moins) est l’ouvrage de Wood, publié en 1924 (8).

***

Il est né le 20 mars 1736 (1737 selon Wikipédia.) d’un père nommé อักษรสุนทรศาสตร์ Akson Sunthon Sat ou ทองดี Thong Dee qui avait servi à la cour royale d’Ayutthaya et qui aurait été descendant de l’ambassadeur Kosapan. Sa mère nommée ดาว เรือง Dao ruang ou หยก Yok  (« jade ») aurait été en partie chinoise. Le couple a eu cinq enfants, une sœur aînée nommée สา Sa, un frère aîné nommé ขุมรามณรงค์ Khum Ram Narong mort dans un combat contre les Birmans, une seconde fille nommée Kaeo, lui-même et enfin un dernier fils appelé บุญมา Bun Ma, son jeune frère dont nous reparlerons.

Entré, après de solides études, comme jeune page à la cour du roi Uthumphon, il s’y serait lié d’amitié avec Taksin.

 

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En 1757, il devient moine temporaire pour respecter la coutume. Le roi Ekatat le nomme gouverneur de Ratchaburi en 1758. Il se marie en 1760 à นาค Nak, fille d'un noble de Samut Sakorn, เศษฐีทองกับสัม Set Thi Thong Kap Sam.


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« A la veille de la chute d'Ayutthaya, celui qui allait devenir le roi Taksin prévoyait que la chute de la ville était inéluctable. Il décida alors de briser le siège de la ville et d'établir une nouvelle base à l'extérieur avec l’aide du gouverneur de Ratchaburi. La catastrophe de 1767 ouvre la tombe du Siam » (6). Ayutthaya tombe donc aux mains des envahisseurs birmans. Des seigneurs de guerre locaux se sont levés pour établir leur suprématie locale en l'absence de toute autorité centrale. Mais Taksin et ses hommes réussissent à s’emparer de Chantaburi et de Trat.

 

05

 

Notre « Phraya Ratchaburi » est devenu l'un des six ministres de Taksin et, avec Phraya Pichai,

 

PICHAI A VOIR

 

considérés par Taksin comme ses deux généraux les plus précieux. Taksin reprend Ayutthaya, se fait couronner roi et fonde le royaume de Thonburi, avec Thonburi pour capitale sur la rive ouest de la Chao Phraya. (Cf. nos articles précédents sur le roi Taksin.)


De gouverneur de Ratchaburi, Thong Duang devient « Chao Phraya Chakri Maha ». L’hommage est exceptionnel, c’est un titre de « prince royal » nous dirions en français « prince du sang » (9).


09


Chakri et son jeune frère Bun Ma devenu Phraya Surasi sont alors envoyés en 1774 libérer le Lanna des Birmans avec l’aide du Prince Kawila de Lampang.

 

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En 1776, ils s’emparent de Khmer Pa Dong (aujourd’hui Surin). Taksin leur assigne la tâche de conquérir les royaumes laotiens en 1778 et les trois royaumes (Vientiane, Luang-Prabang, Champassak) tombent dans les mains siamoises. En 1781, il est en campagne pour soumettre le Cambodge,

 

14

 

mais en revient prématurément en raison de l'instabilité qui règne à Thonburi. Taksin se signalait par ses « excentricités ». La rébellion avait éclaté et Taksin avait été déchu. Nous savons qu’il avait été consigné dans un monastère. A son arrivée à Thonburi en 1782, Chakri soumet les rebelles et raffermit le trône à son profit (10).

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La présence du roi Taksin restait toutefois embarrassante, il était incapable de gouverner, mais il avait encore de nombreux adeptes dans diverses parties du pays qui pouvaient saisir la première occasion de le replacer sur le trône. Sa mort fut une nécessité pour affermir le pouvoir de son successeur. « Un des grands officiers nommé Chakri leva l’étendard de la révolte contre le tyran et le mit à mort. Il y a à Siam une grande répugnance à verser le sang royal au sens propre du mot. En conséquence, quoique d’une origine vulgaire, on honora d’une mort de roi le monarque détrôné c’est-à-dire qu’on l’assomma avec un bâton en bois de santal puis on jeta son corps dans la rivière sans autre cérémonie. Chakri devint roi à sa place » (11). (Cf. une autre version dans nos articles précédents.)

 

Ainsi périt, à quarante-huit ans, l'un des hommes les plus remarquables qui ait jamais porté la couronne de Siam, « simple chef de bande »  (12) et « chien de guerre » en 1767 accompagné de seulement cinq cents guerriers. Quinze ans plus tard, ses états embrassaient l'ensemble de l'ancien royaume d’Ayutthaya, et il était suzerain de presque tous les états laos, y compris Luang-Prabang.  (A l'exception de Tavoy et de Tenasserim au sud)

 

Nous sommes le 6 avril 1782. Le peuple, rempli de joie par la perspective d'un gouvernement juste, afflue à la rencontre de son nouveau souverain qui entra dans la ville ​​au milieu de la liesse générale, tous les fonctionnaires se précipitant pour lui rendre hommage.


« A ce moment d’après le Ponsawadarn (sorte de résumé des annales officielles), les hauts dignitaires du royaume offrirent respectueusement la couronne au Chaophraya Chakri qui l’accepta et prit en montant sur le trône le nom de Ramathibodi IV » (13). 


Il prend donc d’abord le nom de règne de Ramathibodi IV puis plus tard le nom (complet) de พระบาทสมเด็จพระปรโมรุราชามหาจักรีบรมนารถ พระพุทธยอดฟ้าจุฬาโลก en résumé Phraphutthayotfa Chulalok qui deviendra beaucoup plus tard encore (sous le roi Mongkut) « Rama Ier ».

Son frère est immédiatement désigné comme vice-roi donc héritier présomptif bien que le roi eut lui-même plus de 40 enfants (14).

 

***

Pour des raisons stratégiques, il établit sa capitale sur la rive de la rivière appelée l'île de Rattanakosin, reconstruit les fortifications. Thonburi, située sur la rive ouest de la Menam était en effet trop ouverte à l'ennemi birman venu de l’ouest.

 

11

La nouvelle capitale prend le nom usuel de Bangkok, en thaï บ้านมะกอก devenu Ban-kok, le district des « makok » , un fruit (spondia pinata) qui n’a rien à voir avec nos olives comme on le lit trop souvent, mais s’apparente plutôt à une espèce de prune (15).

 

Le 6 avril  est aujourd’hui วันจักรี  Wan Chakkri, le jour qui commémore l'établissement de la dynastie. La construction du palais Royal débuta le 6 mai suivant mais la date officielle de la création de la ville est le 21 Avril 1782.

 

21

 

Elle marquera officiellement le début de l'ère de Rattanakosin jusqu’à la réforme du calendrier officialisée par le roi Rama V en 1888. Il baptise la nouvelle ville « Krung Rattanakosin in Ayuthaya » (กรุงรัตนโกสินทร์อินท์อโยธยา). C’est le roi Mongkut (Rama IV) qui donnera à la ville son nom complet et cérémoniel, en résumé « Krungthepmahanakhon Amonrattanakosin Mahintha-ayutthaya » (16). Il fit aussi construire le palais royal et le temple du « Wat Phra Kaew » qui abrite le célèbre Bouddha d’émeraude dont nous vous conterons un jour l’histoire.

***

Mais les Birmans n’ont pas baissé les bras.


Le roi de la dynastie Konbaung, Bodawpaya, après avoir envahi l’Arakan, fait en 1785 converger ses forces vers le Siam. Ce fut le dernier grand assaut birman sur le Siam. Les Siamois connaissent cette guerre sous le nom de « guerre des neuf armées », les Birmans ayant envoyé neuf armées d’invasion par le Lanna et le nord. Les troupes de Kawila, prince de Lampang, arrêtent les Birmans et Rama Ier lui-même dirige ses forces et libère Lampang. Les Birmans contre-attaquent par Ranong, Nakhonsithammarat et Phuket (17). Ils réussissent à s’emparer de Songkhla et de Phatthalung  mais la résistance des habitants sous la direction d’un moine guerrier Phra Maha, réussissent à les mettre en fuite. Bodawpaya doit battre en retraite mais revient l’année suivante à la tête d’une armée unique. Il est à nouveau défait.

 

17


Les Birmans vont à nouveau provoquer d’autres difficultés, mais sans commune mesure avec la grande invasion de 1786. En 1787, encore maîtres de Chiengsen et Chiengrai, ils attaquent Lampang et Pasang mais seront défaits par une armée conduite par le prince héritier. La même année, les Siamois vont attaquer Tavoy, sans succès, mais le gouverneur de Tavoy se révolta contre le roi de Birmanie en 1791, et jeta son pays sous la main siamoise. Cela conduit à une autre guerre en 1793 au cours de laquelle les Siamois tentèrent en vain d'envahir la Birmanie, et Tavoy  fut alors repris par les Birmans.  (Vous suivez ?)

 

14 

En 1797, les Birmans lancent une attaque sur les provinces du Laos. Ils réussissent à atteindre Chiengmai, capitale du prince Kawila mais ils sont écrasés à  Chiengsen. En 1802, les Birmans seront définitivement chassés de Chiengsen, leur dernier bastion dans le nord du Siam. Conformément à leurs néfastes errements, Chiengsen a été dépeuplée et réduite à des ruines.

***

En 1786, au Sud, le sultan de Keddah,

 

sultan

 

sous suzeraineté plus ou moins formelle du Siam, craignant une attaque en force des Siamois, vend littéralement l’île de Penang aux Anglais ou plus précisément à la Compagnie anglaise des Indes Orientales représentée par le capitaine Francis Light qui y fonda la ville qui s’appelle toujours Georgestown.

 

Francis light

 

L’opération se fit sans entraîner de protestations siamoises (peur du loup ?). Il n’est pas certain qu’entre leur sultan, une hypothétique invasion siamoise ou les Anglais, les habitants de l’île aient gagné au change ?

***

Parallèlement, Rama Ier a une politique étrangère très « interventionniste » à l’égard de ses voisins, avec le Cambodge d’abord, à cette époque en pleine déliquescence, « dark ages ». Les monarques en titre ne sont que des fantoches. Le roi Ream Reachea a été déposé en 1779 et le trône donné à son fils, le jeune Ang Eng . Rama Ier le fit déporter à Bangkok, où il en fit son fils adoptif en plaçant au poste de régent un féal, Chao Phraya Abhaya Bhubet qui gouverna le Cambodge comme un proconsul siamois. Le Cambodge ne sortit de ces « dark ages »  qu’en se décidant à se placer, beaucoup plus tard, sous la « protection » de la France sans avoir plus que les sujets du sultan de Keddah probablement gagné au change ?

***

Au Vietnam, en 1784-1785, le dernier des Nguyen sollicita l’aide de Rama Ier pour s’emparer du trône alors aux mains des frères Tay Son. Mais la flotte conjointe des Nguyen et des Siamois fut défaite dans la bataille de Rach Gam Xoai Mut le 20 janvier 1785 dans le delta du Mékong et les Nguyen trouvèrent refuge au Siam. La dynastie fut toutefois rétablie en 1802 et sa complaisance permit à Rama Ier et à ses successeurs d’exercer une influence politique considérable, au moins jusqu’à la colonisation française, sur la cour des Nguyen dont, faut-il le rappeler, le dernier descendant fut l’empereur Bao Daï qui régna pro forma de 1926 à 1945.

B-AO-DAI.jpg


***

L’œuvre de Rama Ier ne s’est toutefois pas limitée à générer une dynastie qui dure encore au XXIème siècle par son neuvième successeur lequel laissera (Que Dieu et Bouddha l’aient en leur sainte garde !) le souvenir du monarque dont le règne est le plus long de l’histoire du monde (18).


Si Wood (8) aborde de façon un peu sommaire son œuvre intérieure, c’est, encore, à un membre de la famille royale, que nous en devons la description scrupuleuse, le Prince Dhani Niwat Kromamum Bidyalabh (19). Celui-ci articule l’œuvre de son royal parent autour de trois thèmes. (20) 


Après la chute d’Ayuthaya, la reconquête du pays du se faire sur les champs de bataille sous la brillante direction de Taksin avec l’aide de Chakri et de son frère. Mais tout le substrat moral, intellectuel et religieux, force et soutien des dynasties antérieures, s’était effondré, l’église était corrompue et dépravée, l’administration, les arts et les lettres, avaient disparu. Le nouveau monarque comprit que l’œuvre de reconstitution de l’ancienne gloire passée ne se situait plus sur les champs de bataille. Le nouveau champ de bataille était en réalité triple, moral, légal et littéraire dans un ordre de priorité qu’il avait établi ainsi :

  • Révision du canon bouddhiste pour la morale.
  • Codification de 1805 pour la partie législative.
  • « Réveils » littéraires.

 

La révision du canon bouddhiste.


20


Elle fut le premier acte de son œuvre de reconstruction. Il commença par financer sur sa propre cassette une édition des canons bouddhistes du Tipitaka. Six ans après son accession au pouvoir, il réunit un concile comportant 250 moines ou hommes de loi qui travaillèrent pendant six mois à reconstituer les textes sacrés en langage sacré, le pali, un ensemble de 45 volumes in octavo de chacun 500 pages publié en 1788 dont le dernière réédition, celle de 1925, se trouve actuellement dans la bibliothèque du plus modeste des temples et les manuscrits originaux bibliothèque royale Vajiranana. Après avoir été surnommé par ses ennemis Birmans « le tigre », il reçût de ses sujets le titre de « défenseur de la religion » ou «  défenseur de la foi ». Ce qualificatif ne l’empêcha pas de manifester la plus grande tolérance à l’égard des chrétiens, des mahométans ou des hindouistes. Le Prince Dhani Niwat Kromamum Bidyalabh développe longuement l’aspect théologique de son œuvre, qui n’est pas facile d’accès pour nos esprits occidentaux (20)

 

La codification de 1805.


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Nous vous avons fort longuement contée l’histoire de cette codification dont la date coïncide, pur hasard, avec celle du « code Napoléon » de 1804. Contentons-nous de résumer ce que nous avons déjà écrit et fort (trop ?) longuement écrit (21).

A la suite d’une banale affaire judiciaire dont le roi avait été saisi en dernier ressort, il s’aperçut que sa justice avait rendu une décision inique mais fondée sur des textes anciens bien réels. Le roi confia à un haut fonctionnaire le soin de collationner le passage invoqué dans les motifs du jugement  sur des manuscrits, l’un conservé à la bibliothèque royale, les autres dans ses appartements. Cette collation donna raison à la juridiction, en ce sens que les trois textes contenaient une disposition identique mais injuste. Pour faire triompher l’équité, le monarque ne vit pas d’autre solution qu’une réforme législative. Mais au lieu de se borner à un replâtrage ponctuel, il décida de faire procéder à une révision générale du corpus législatif. Les manuscrits contenant les textes législatifs étaient remplis de fautes et de contradictions en sorte que l’administration de la justice était devenue difficile. Probable mauvaise foi des hommes qui « égarés par la passion et n’ayant plus honte de leurs péchés » ne craignirent pas d’altérer les textes dont ils étaient dépositaires pour faire triompher leurs intérêts.


En clair, ce sont des manuscrits falsifiés qui étaient utilisés par des magistrats peu scrupuleux. Il importait donc de procéder à une totale révision des collections législatives. Un « concile » fut donc convoqué pour procéder à la révision du corpus législatif. Son travail a commencé le 31 janvier 1805 et se termina le 16 décembre. Moins d’une année pour une œuvre de titan ? On ignore combien de scribes le concile avait à sa disposition. Le résultat, ce sont 41 volumes (étudiés par Monseigneur Pallegoix, admiratif pour leur sagesse) copiés en triple exemplaire par les scribes royaux et dispersés entre différents ministères puis ultérieurement rassemblés par le Prince Damrong à la bibliothèque royale Vajiranana. Ces volumes rassemblent donc avec certitude les textes ayant été en vigueur à Ayutthaya jusqu’à sa chute.

Il est probable que le roi y introduisit lorsqu’il le jugeait bon des dispositions qu’il considérait comme conformes à l’équité. L’article de Robert Lingat, grand juriste devant l’éternel, fait le point sur ce sujet (22).

 12

 

Les « réveils » littéraires.


La troisième de ses priorités, toujours selon son arrière petit neveu (20), fut de faire revivre la « littérature nationale » dont l’essentiel avait été détruit par les Birmans lors du sac d’Ayutthaya. Il n’y avait pas d’imprimerie au Siam en 1767, faut-il le rappeler ? Il fit effectuer par ses lettrés un immense travail de recension de la littérature de l’époque d’Ayutthaya fondée soit sur la tradition orale soit sur les manuscrits qui pouvaient subsister, dormant dans les bibliothèques des temples.

 

Mais, chef de guerre,  théologien, législateur, il fut aussi un grand écrivain.


ecrivain.jpg

L’essentiel de son œuvre écrite est une version du « Ramakian » (รามเกียรติ์) publiée en 1798. «  Gloire de Rama », c’est l’épopée nationale de la Thaïlande, un dérivé de l'épopée hindoue du « Ramayana » (23).

Un certain nombre de versions de cette épopée ont été perdues lors de la destruction d'Ayutthaya en 1767. Il en existe actuellement trois versions, dont l'une a été préparée en 1797 sous la supervision du (et en partie écrite par)  roi Rama Ier Son fils, Rama II réécrira quelques parties de la version de son père pour le théâtre.


Cette œuvre a une influence importante sur la littérature thaïe actuelle. Tous les petits thaïs connaissent le Ramakian dont il existe une foule d’éditions à l’usage des enfants, souvent sous forme de bandes dessinées.


 

RAMAKIAN

 

Ne revenons pas sur ce texte sacré des Hindous qui narre l’intervention des dieux dans la vie des hommes. À la fin du premier millénaire, cette épopée a (ou aurait) été adopté par les Siamois et des textes du XIIIème siècle en feraient état.


Rama Ier a aussi entrepris la construction du Grand Palais à Bangkok et celle du Wat Phra Kaew, le temple du Bouddha d'émeraude dont les murs sont décorés de peintures représentant les épisodes du Ramakian. Le Ramakian est partie intégrante de la culture thaïe ; la version de Rama Ier est toujours  considérée comme l'un des chefs-d'œuvre de la littérature thaïe, et elle est encore et toujours lue et est enseigné dans les écoles du pays.


Le monarque fut aussi rédacteur ou traducteur, jusqu’à sa mort, de nombreuses œuvres littéraires, théâtrales ou poétiques dont le prince son lointain petit neveu nous donne le détail (24) et dont malheureusement aucune ne fut traduite.

***

Le roi mourut d’une brève maladie le 7 décembre 1809 à l’âge de soixante-douze ans.


La dynastie Chakri, pour les trois premiers règnes tout au moins, va enfin organiser la transmission du trône de père en fils. La succession n’avait pas été jusque-là strictement réglementée. La raison en était évidente, le roi, maître de la vie était aussi maître de modifier l'ordre de succession à sa guise. Nous connaissons l’histoire des querelles sanglantes à l’époque d’Ayutthaya. Une pratique (mais une pratique seulement) était de nommer un jeune frère Maha Uparat pour le préparer à remplir les fonctions régaliennes, ce qui n’empêchait pas aussi de nommer un fils comme son successeur. Il est clair que la primogéniture n'était pas encore considérée comme une règle définitive. Le roi Rama 1er avait nommé son jeune frère comme Maha Uparat. Mais celui-ci, fidèle compagnon d’arme et de combats, successeur potentiel, était mort en 1803. Leurs relations avaient toutefois été ombrageuses.


En 1796 le roi du faire face à une révolte de son frère mais leurs deux sœurs ainées réussirent à négocier une réconciliation familiale. A la mort de l’Uparat en 1803, deux de ses fils tentèrent à leur tour – avec l’assistance de nobles du palais - de renverser Rama I, mais ils furent découverts et décapités.

 

 

Le roi pu vivre sa vie et transmettre la couronne sans incident à son fils aîné, qui lui succéda sans difficultés sanglantes bien qu’aucune règle de succession n’ait été encore alors établie. (25)

Un autre règne commençait.

 

 

___________________________________________________________________________

 

(1) La politique étrangère tortueuse et secrète de Louis XV se désintéresse de la péninsule indochinoise. Louis XVI qui règne à cette date vient de se lancer dans la guerre américaine en 1781 avant d’avoir de plus graves soucis : Voir Gilles Perrault « Le secret du roi » en 3 volumes chez Fayard 1992.


(2) … Pour autant que ce rêve asiatique ait été une réalité. L’affirmation prophétique « Quand la Chine s'éveillera, le monde tremblera » qui lui est attribuée – sans certitude – aurait été prononcée à Sainte-Hélène. Elle est probablement apocryphe.


(3) « Lords of the lifem the paternal monarchy of Bangkok, 1782 – 1932 with the earlier and more recent history of Thailand » Londres, Alwin Redman, 1960.


(4) « พระบาทสมเด็จพระปรโมรุราชามหาจักรีบรมนารถ พระพุทธยอดฟ้าจุฬาโลก » premier d’une série remarquablement illustrée consacrée aux neuf monarques de la dynastie (ISBN 978-974-07-2038-6)

 

LIVRE.jpg

 

ou encore « พระราชประวัติ ๙ รัชกาล »(« monographie des rois de la dynastie Chakri », non daté et sans références ISBN.


(5) « Le Siam, notice historique, économique et statistique », ouvrage anonyme publié à l’occasion de l’exposition universelle de Paris en 1900.


(6) Citons cette phrase que l’on pourrait considérer aujourd’hui comme « politiquement incorrecte », surtout sous la plume d’un jésuite : « …un autre métis chinois, vainqueur des Cambodgiens, ceignit à son tour la couronne et fonda l’actuelle dynastie. L’élément sino-siamois affirmait son énergie supérieure et ses capacités directrices » in « Le nouveau Siam et ses tendances » in « Les études », tome 224, juillet – août 1935).


(7) Monseigneur Pallegoix s’emploie surtout à flagorner le roi Mongkut, son ami, alors régnant : « Description du royaume thaï ou Siam », 1854, notamment Volume I page 98 s. et  volume II page 277 s.

Adrien Launay  « Siam et les missionnaires français » publié à Paris en 1896, suivi de deux épais volumes de documents historiques « Histoire de la mission de Siam – 1662 – 1811 – documents historiques » publiés en 1920.


(8) « A history of Siam » publié à Chiangmaï en 1924.


(9) La collation d’un titre princier à toute personne non liée par le sang au roi régnant était exceptionnelle : Le seul précédent est celui du futur roi Thammaracha, qui en 1549 avait été élevé au rang de prince par le roi Maha Chakraphat, et qui était de beaucoup plus haute noblesse que Thong Duang pour être descendant des rois de Sukhothai. Un principe que connaissait le vieux droit nobiliaire français selon lequel « les rois ne peuvent faire de princes qu’avec les reines leurs épouses ».

 

(10) Voir Paul Le Boulanger « Histoire du Laos français » 1930.

 

(11) Voir Octave Sachot « Pays d’extrême orient, Siam, Indochine centrale, Chine, Corée » Paris 1874.


(12) Ce qualificatif fort peu diplomatique compte tenu du rang de Taksin est pourtant utilisé dans « La revue diplomatique », n° 2077 de janvier 1930.


(13) Extrait d’un très bel article de E. Grassi dans le « Le correspondant » du 10 juillet 1907 pages 491 s.


(14) Dix de la reine sa première épouse et les autres de différentes concubines ou épouses secondaires, abondante généalogie descendante que nous trouvons détaillée dans les ouvrages visés dans la note 4.


(15) Essayez donc de faire pousser un olivier (olea europea) en Thaïlande.

 

(16) กรุงเทพมหานคร อมรรัตนโกสินทร์ มหินทรายุธยามหาดิลกภพนพรัตน์ ราชธานีบุรีรมย์ อุดมราชนิเวศน์ มหาสถาน อมรพิมาน อวตารสถิต สักกะทัตติยะ วิษณุกรรมประสิทธิ์ - Krung Thep Mahanakhon Amon Rattanakosin Mahinthara Ayutthaya Mahadilok Phop Noppharat Ratchathani Burirom Udomratchaniwet Mahasathan Amon Piman Awatan Sathit Sakkathattiya Witsanukam Prasit.


(17) La ville fut défendue par les deux héroïnes, Chan et Mook, femme et sœur du gouverneur qui venait de mourir, toujours vénérées à l’image de Jeanne d’Arc.


PHUKET.jpg


(18) La dynastie a fêté son 150ème anniversaire en 1932. Ce fut l’année de la « révolution ». A cette occasion, la très sérieuse « Revue diplomatique » dans son numéro du 30 juin 1932 affirme sous la plume de Alfred Silbert « Il est curieux de rappeler qu’une vieille prophétie annonçait que la dynastie Chakkri ne durerait qu’un siècle et demi » … 1782-1832, la fin de la monarchie absolue ne fut pourtant pas la fin de la dynastie. Nous n’avons trouvé nulle part ailleurs trace de cette prophétie, probable invention d’un journaliste pourtant talentueux ? En torturant les élucubrations de Nostradamus, nous trouverions peut-être de quoi alimenter ces facéties. Quant à affirmer que la constitution de 1932 marque la naissance d’un « régime démocratique » (au sens occidental du terme) au Siam, c’est une vue de l’esprit trop répandue. La constitution du 12 décembre 1932, nous vous en parlerons un jour, confère au souverain des prérogatives qui feraient pâlir de jalousie les monarques d’opérette qui règnent encore en Europe à l’heure où nous écrivons. Elle a été traduite, finement et scrupuleusement analysée dans un article de R. de Lapomarède (ancien attaché à la légation de France au Siam) dans la « Revue du Pacifique », numéro du 15 janvier 1933, pp 329 s.


(19) L’éloge funèbre de ce prince érudit et fin lettré a été fait par B. Sivaraksa le 29 octobre 1985 à la « Siam society » (« Journal of the Siam society », numéro 74 de 1986).


(20) « The reconstruction of Rama I of the Chakri dynasty » in « Journal of the Siam society », volume 43 de 1955.


(21) Notre article 44 : « Avez-vous trouvé le code de Ramathibodi 1er, fondateur du royaume D'Ayutthaya ? ».


(22) « Notes sur la révision des lois siamoises en 1805 » in « Journal of the Siam society », volume 23 de 1929. Il s’agit beaucoup plus que de simples notes comme le dit trop modestement Lingat.


(23) Il y avait au paradis une trinité divine, le dieu Naraï (Vishnou), le dieu Isawan (Shiva) et le dieu Phrom (Brama) ainsi que des « créatures célestes » bonnes et mauvaises.

 

trinite-divine-copie-1.jpg

 

L’une d’entre elle, méchante parmi les méchantes fut envoyée sur terre par Isawan pour la punir de ses méfaits et Naraï fut lui-même envoyé par Isawan sur terre, dieu fait homme sous le nom de Rama pour punir le méchant ce qu’il fit au terme d’une épopée qui dura quatorze ans. Trois dieux (ou un Dieu en trois personnes ?), des anges et des démons, un dieu qui descend sur terre en se faisant homme, une tradition fondamentale née probablement quelques milliers d’années avant que ne soit écrite la Bible ?


(24) Citons, sans que cette liste soit exhaustive :


Le กลอนบทละครเรือง อุณรุธ klonbotlakruang Unarut écrit en 1783 est l’histoire d’Unaruth, petit fils de Krisna.

le กลอนนิราศท่าดินแดง klonniratthadindaeng écrit en 1786 après que le monarque eut aux côtés de son frère repoussé l’invasion birmane venue du col des trois pagodes. C’est une version poétique de leurs exploits guerriers. D’après P. Schweisguth (« Etude sur la littérature siamoise » Imprimerie nationale, 1951) le style en est « grandiloquent » et il ne contient « pas de détails intéressants ». Il reproche enfin au monarque de ne pas avoir d’ « émotion amoureuse  ». Laissons lui la responsabilité de ses affirmations et n’entrons pas dans des querelles d’érudits d’autant que son ouvrage a fait l’objet d’une critique courtoise mais assez féroce de Georges Coedès (« Bulletin de l’école française d’extrême orient », 1954, volume 46, n° 46-2). Vous en trouverez le texte (en thaï évidemment) sur Internet :


http://www.oknation.net/blog/print.php?id=397017


Nous lui connaissons encore

กลอนบทละครเรืองอิเหนา klonbotlakonruanginao, l’histoire d’Inao, un épisode du Ramakian. Vous en trouverez le texte aussi sur Internet :

http://www.reurnthai.com/wiki/บทละครเรื่องอิเหนา_พระราชนิพนธ์พระบาทสมเด็จพระพุทธเลิศหล้านภาลัย


Ces textes sont d’accès difficile (les dernières éditions imprimées datent des années 20), écrits en vers siamois dans une langue qui n’est pas celle de notre siècle (au moins ceux que l’on peut consulter sur Internet).

(25) Il y eu certes au début de son règne une conspiration ourdie par un fils du roi Taksin mais elle fut rapidement découverte et les auteurs arrêtés et exécutés. Lui aussi fut un grand roi. Passionné de littérature comme son père, une tradition familiale qui perdure.


Le roi Rama IX est lui-même l’auteur d’un très difficile ouvrage publié en 1999 à l’occasion de son « sixième cycle » (72ème anniversaire) « เรืองพระมหาชนก – The story of Mahajanaka », en thaï et en anglais, sur la cité mythique de Mithila.


RAMA 9 livre

 

En 2002, il raconte dans un ouvrage beaucoup plus accessible l’émouvante histoire de son chien familier en compagnie duquel il se plait à être photographié « เรืองทองแดง – The story of Tongdaeng » (Biography of a pet dog).

 

histoitre du chien

Ce fut un remarquable succès de librairie qui connut de multiples rééditions pour 450.000 exemplaires… 50 fois plus que les ouvrages romanesques à succès.

 

 

 

 

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Published by grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b - dans "Notre" Histoire de la Thaïlande
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