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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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6 mars 2014 4 06 /03 /mars /2014 00:02

01Phra Bat Somdet Phra Chao Yu Nangklao Hua (พระบาทสมเด็จพระนั่งเกล้าเจ้าอยู่หัว ) ou Rama III (31 Mars 1787 - 2 Avril 1851) est le troisième monarque de la dynastie Chakri. Il règnera  27 ans, du 21 Juillet 1824 au 2 Avril 1851.


Son Altesse Royale le Prince Thap, (le Prince Chetsadabodin) accède au pouvoir royal le 21 juillet 1824. Il a alors 37 ans. Il désigne son oncle Sakdiphonlasep, comme vice-roi. La succession aurait pu revenir au Prince  Mongkut, alors âgé de 20 ans et fils légitime de Rama II et de la reine Srisuriyendra, alors que la mère du Prince Thap n’était qu’une concubine royale venant d’une famille noble musulmane du Sud du Siam. Mais le Prince était devenu un homme influent. Le Prince Mongkut eut la « sagesse » de se faire moine et d’attendre la mort de Rama III pour monter sur le trône.

 

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Le futur roi Rama III s’était distingué en 1809 en matant une révolte du prince Kshatriyanuchit, un des fils du roi Taksin. Son père, Rama II, lui avait attribué en 1813 le titre de Prince Chetsadabodin (สมเด็จ พระเจ้า ลูกเธอ กรม หมื่น เจษฎา บดินทร์) et reconnu sa compétence en l’élevant au rang de Kromma Muean et en lui confiant le poste de Kromma Tha, à savoir le ministère du commerce et des affaires étrangères. C’est donc un homme d’expérience qui arrive au pouvoir.


Il connait la nouvelle situation géopolitique du Siam au début de son  règne marquée par la mainmise anglaise sur une partie de la Malaisie et de l’Indonésie, avec la création de Singapour (1819),

 

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l’occupation de Malacca


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et le sud Sumatra.


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(Cf. le traité de Londres de 1824)


Une rivalité anglo-siamoise sur les Etats malais du sud ne pouvait que naitre, surtout après  que Rama II ait envahi  le Kedah en 1821 et créé le sultanat de Perlis

 

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en le détachant de celui de  Kedah. Le colonisateur britannique avait des vues sur les mines d’étain de l’état voisin du Perak.

 

perak

 

Nous verrons que   leurs différends seront réglés avec le traité dit de Burney en 1826.


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A l’ouest, un autre conflit, entre les Anglais et les Birmans ne pouvait que l’inquiéter, surtout après la déclaration de guerre du 5 mars 1824 qui débouchera sur la 1ère guerre anglo-birmane de 1826.


Au nord, le roi lao Anouvong, de Vientiane,

 

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crut alors que le moment était bien choisi pour attaquer le roi du Siam. Nous verrons que les conséquences seront terribles pour ce royaume, avec la capitale rasée

 

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et tous ses habitants déportés en « Isan ». (1826-1828)


Enfin, à l’Est, Rama III devra aussi, comme  ses prédécesseurs, défendre « ses » territoires cambodgiens vassalisées et affronter les Vietnamiens lors des guerres de 1833-1835 et de 1841-1845.


Autant dire que le roi Rama III eut fort à faire. Reprenons chacun de ses « conflits », en sachant que nous n’avons trouvé aucun article en français sur cette question. Il a fallu alors « recomposer » selon des sources wikipédia prises sur les portails des différents pays de la Région, croisant alors les informations. Autant dire que l’exercice est difficile et doit forcément comporter des erreurs.


1/ La rivalité anglo-siamoise.

(réalisé avec wikipédia)


La rivalité anglo-siamoise doit se comprendre dans le contexte des visées coloniales des Hollandais et de l’Empire britannique, et surtout par l’expansion anglaise avec la Compagnie des Indes orientales britannique dans les territoires malais, rencontrant le pouvoir siamois.

Le traité anglo-hollandais de 1814 était supposé résoudre les différentes questions soulevées par l'occupation britannique des possessions néerlandaises pendant les guerres napoléoniennes, ainsi que celles relatives aux droits commerciaux respectifs des deux nations dans les "îles aux épices".


Ce traité ne définissait pas les limites de l'expansion de chacune des parties dans le monde malais. La fondation de Singapour  en 1819 par Thomas Stamford Raffles exacerba les tensions.


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Thomas Stamford Raffles*, lieutenant-gouverneur de Bengkulu dans le sud de Sumatra , établit un comptoir commercial à la pointe sud de la péninsule. Raffles négocie avec le sultan de Johor et obtient la cession de l'île de Temasek, où il fonde Singapour  en 1819.

 

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Le développement de cette nouvelle colonie va très rapidement dépasser celui de Penang.


Mais les Hollandais prétendaient que le traité signé entre Raffles et le sultan de Johor 

 

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était invalide car ce dernier faisait partie de leur sphère d'influence. La question des droits commerciaux des Hollandais et de leurs anciennes possessions en Inde  était un autre sujet de discorde.


Des négociations commencèrent en 1820. Les Hollandais souhaitaient que les Anglais renoncent à Singapour. Les discussions reprirent en 1823. Entre temps, Singapour avait grandi en importance. Les Hollandais offrirent de renoncer à leurs prétentions au nord du détroit de Malacca  et à leurs colonies en Inde en échange d'une confirmation de leurs droits au sud du détroit ainsi que sur la colonie britannique de Bengkulu.

 

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Les Hollandais cédèrent donc finalement Malacca aux Anglais.


Le traité fut signé le 23 mars 1824, scellant le partage du monde malais en deux, entre ce qui deviendra plus tard la République d'Indonésie , et d'autre part, la Fédération de Malaisie.


Les différents territoires désormais sous l’administration de la Compagnie des Indes seront regroupés en 1826 en une seule colonie, désormais appelée « Les Etablissements des Détroits » dont le siège est à Calcutta dans les Indes britanniques.


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Les établissements des détroits (sous-entendu de Malacca et de Singapour) , en anglais Straits Settlements, sont un ensemble de territoires administrés par la Compagnie anaglaise des Indes orientales , regroupés au sein d’une même colonie britannique en 1826. Initialement, les établissements des détroits étaient constitués de Penang; Dindings   (constitué de l'actuel district de Manjungavec l'île de Pangkor ;

 

Pqngkor.jpg

 

Malacca; Singapour (dont Labuan).

 

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Jusqu’à son abolition en 1858.


Mais si les Anglais par ce traité de 1824 avaient désormais réglé leur « différend » avec les Pays-Bas, et s’était partagé leur zone d’influence, il n’en était pas de même avec les Siamois.


La rivalité anglo-siamoise pour le sud malais.


Pour comprendre la situation en Malaisie. Il faut savoir qu’elle est constituée de 13 Etats dont 11 dans la péninsule malaise, à savoir : Sultanat de Johor (Johor Bahru) ; Sultanat de Kedah (Alor Star) ; Sultanat de Kelantan (Kota Bharu) ; Sultanat de Pahang (Kuantan) ; Sultanat de Perak (Ipoh) ; Sultanat de Selangor (Shah Alam) ; Sultanat de Terengganu (Kuala Terengganu) ; Monarchie élective de Negeri Sembilan(Seremban) ; Royaume de Perlis (Kangar) ; Malacca (Bandar Melaka) ; Penang (George Town).


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En 1786, le sultan de Kedah, qui cherchait de l'aide contre les Siamois, avait loué l'île de Penang à la Compagnie des Indes orientales britannique, qui en fit un port franc. En 1819, nous avons vu que sir Thomas Stamford Raffles, un agent de la Compagnie des Indes orientales, avait fondé Singapour, qui avait plus que des vues sur le port de Malacca.


Cela n’avait pas empêché Rama II d’envahir le Kedha en 1821, pourtant soumis aussi au sultanat d’Aceh,


 

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et de créer le sultanat de Perlis. Cela avait dû inquiéter le colonisateur britannique, en butte sur un autre front, aux velléités guerrières des Birmans. (Cf. ci-dessous la guerre siamo-birmane de 1824-1826). Il faudra attendre l’ambassade du capitaine Burney, pour déboucher sur un traité, le 20 juin 1826 ; Un traité de 14 articles, avec en annexe un accord commercial de 6 articles.


(Henry Burney deviendra le premier résident anglais à Ava en 1830 et ambassadeur auprès de la Cour du Siam.)


Le traité reconnaissait la souveraineté siamoise sur les quatre Etats malais septentrionaux de Kedah, Kelantan, Perlis, et Terengganu,

 

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et la souveraineté britannique sur l'île de Penang . Le traité garantissait par ailleurs la liberté du commerce britannique au Kelantan et Terengganu contre toute ingérence siamoise. Les États malais concernés n'étaient pas représentés dans cet accord.


Toutefois  en 1837, un neveu du sultan de Kedah profita du départ des gouverneurs et fonctionnaires siamois à Bangkok pour les funérailles de la mère de Rama III, pour se révolter. Rama III envoya Tat Bunnag pour soumettre la rébellion en 1838 et en 1839 le sultanat fut divisé en quatre territoires autonomes. Il fallut néanmoins attendre 1842  pour que le sultan vassal acceptât cette domination.


Il est vrai qu’auparavant Rama III avait décidé d’apporter son appui aux Anglais dans leur lutte contre les Birmans. Mais nous ne savons pas quel fut son importance, ni les formes qu’il a pu prendre.


Ce traité fut suivi en 1833 par un traité d’amitié et de commerce avec les Américains ou traité Roberts du nom du représentant du Président américain Andrew Jackson.


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(Ratifié le 30 Juin 1834, échangé le 14 Avril 1836 (seconde ambassade du Dr SW Ruschenberger)  et proclamé le  24 Juin 1837.


Le Traité en son article II prévoyait le libre–échange avec quelques limitations ; l'article III, un devoir de mesure au lieu des droits d'importation et d'exportation, le tonnage, licence pour le commerce ; accordait en son article IV (et X), le statut de nation la plus favorisée ; en son article V, le secours apporté aux citoyens américains en cas de naufrage ; et en son article VI des mesures en cas de faillite. L’article VIII prévoyait que les citoyens américains pris par des pirates et amenés dans le royaume, devaient être mis en liberté et leurs biens restaurés.


Les États-Unis, voulurent en 1850 rouvrir les négociations; mais leur représentant, M. Ballestier, ne fut même pas reçu à la cour. Par contre en 1856, le traité Harris modifiait le précédent traité.


De même sir James Brooke en 1850, le fameux rajah blanc de Sarawak****, se rendit à Bangkok en qualité de plénipotentiaire de la reine Victoria et revint sans traité.


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2/ L’expansion birmane, la première guerre anglo-birmane en 1826.

(Rappel. avec wikipédia)


En 1784, Bodawpaya

 

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conquiert le royaume d'Arakan, ce qui met ses États en contact direct avec les possessions de l'East India Company sur la côte orientale du golfe du Bengale. Ensuite de 1795 aux dernières années du XVIIIème siècle, furent émaillées de nombreux incidents transfrontaliers aux prétextes de contrebande, d'« opérations de police » birmanes – en fait des razzias à la recherche d'esclaves – et de litiges quant au tracé exact des frontières.


En 1817, les Birmans envahissent l'Assam


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au nord-est de l'Inde/nord-ouest de la Birmanie, les populations locales cherchant une nouvelle fois refuge en Inde britannique. En 1819, ils lancent une campagne contre la principauté indienne de Manipur

 

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sous prétexte que son souverain n'est pas venu assister au couronnement du roi Bagyidaw (1819-1837). Le pays est pillé et sa population déportée en esclavage en Birmanie. L'attaque de Manipur se poursuit avec celle de l’État voisin de Cachar, dont le prince se réfugie lui aussi en territoire britannique pour y chercher de l'aide. Les Birmans menacent de même d'autres états frontaliers de l'Inde britannique en 1823, comme  le territoire Shapuree, une île marécageuse située à l'embouchure d'un cours d'eau marquant la frontière litigieuse entre l'Inde britannique et le Royaume birman.

 

Lorsque Lord Amherst,

 

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nouveau gouverneur des Indes, tenta une ouverture diplomatique, Bagyidaw menaça d'envahir le Bengale  mais lorsqu'il se ravisa et proposa de neutraliser l'île, ce fut au tour des Anglais de lui opposer une fin de non-recevoir. Finalement, le 5 mars 1824, Lord Amherst franchit le pas en signifiant une déclaration de guerre à la cour d'Ava.


Ce fut la première guerre anglo-birmane (1824-1826).


La guerre fut rude. (Cf. les principales étapes en note **) Elle aboutit au traité de Yandabo signé le 24 février 1826 : la Birmanie cédait aux Britanniques Manipur  et les provinces de l'Assam, de l'Arakan, et du Tenasserim et se voyait contrainte d'accepter la présence permanente d'un ambassadeur à la cour d'Ava et de procéder au versement fractionné d'une indemnité de guerre d'un million de livres sterling en or et en argent. Les Britanniques maintinrent en fait leur occupation militaire jusqu'en 1827, lorsque le roi Bagyidaw procéda au versement d'une seconde tranche de l'indemnité. En 1830, Henry Burney vint s'installer à Ava – alors la capitale du royaume – en tant qu'ambassadeur résident permanent, Mais les conflits étaient incessants et débouchèrent en 1852 sur une deuxième guerre anglo-birmane.


3/ La révolte du roi lao de Vietiane, Anouvong, sa défaite, et la fin de Vientiane. (1826-1828). La déportation de ses habitants et les débuts de «  l’Isan ».


Si Rama III avait réglé la question de la souveraineté sur les états malais septentrionaux, avec les Anglais (traité dit de Burney), il dut faire face à une invasion lao du roi Anouvong de Vientiane en 1826.


Le Laos et le roi Anouvong. (1805-1828) 


Nous avons déjà dans un  article intitulé « 11. L’Isan  était lao au XIX ème siècle. » cité Larousse qui  expliquait dans quelles circonstances historiques  le royaume de Vientiane devient une province siamoise : «  La mort de Souligna Vongsa (1694)

 

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entraîne entre ses descendants une querelle qui va mettre fin à l'unité et à l'indépendance du Laos pour plus de deux siècles. Ainsi voient le jour au début du XVIIIe s. les royaumes de Vientiane, de Luang Prabang et de Champassak. Ce dernier passera vite sous la suzeraineté siamoise. Celui de Luang Prabang, affaibli par ses rivalités avec Vientiane, est envahi par les Birmans (1753) au cours de leur campagne contre le Siam, puis mis à sac une seconde fois (1771). Le royaume signe un traité d'alliance avec le Siam trois ans plus tard »


Dans notre article sur le roi Taksin, nous avions relaté comment une révolte de la principauté lao de Champassak avait entraîné en 1778, la prise de Luang Prabang et de Vientiane. (Cf. article 115.2)


Anouvong, le fils du roi de Vientiane, avait été ramené comme captif à Bangkok. En récompense pour service rendu pour sa participation à des combats contre les Birmans, il avait été placé par les Siamois sur le trône de Vientiane en 1805 et même obtenu de Bangkok le trône de Champassak pour son fils, après avoir écrasé une révolte des tribus khas en 1819.


En 1825, le roi Anouvong vient à Bangkok assister aux funérailles de  Phutthaloetla Naphalai. Il y apprend à cette occasion les conflits du Siam avec l’Angleterre au Sud. En 1826, estimant que le Siam était menacé par les Anglais et par la guerre anglo-birmane, il décide d’attaquer le Siam.


(« En 1826, le 3ème mandarin de Vientiane va porter tribut à Rama III. Il a à sa suite, un certain nombre d’hommes  que Vientiane « prête » à Bangkok pour accomplir divers travaux, qui ne sont rien d’autres que des corvées.

Rama III trouve le cadeau indigne de sa grandeur et le signifie vertement au « Latsavong », qui en plus, lui aurait répondu avec impertinence.

Très vite les hostilités vont enchaîner à l’incident diplomatique, d’autant que Bangkok semble maille à partir avec les Occidentaux. C’est le début de la colonisation du Sud-Est et les Français comme les Britanniques ont des appétits territoriaux encore plus féroces que ceux du Siam.

Pour Chao Anouvong, c’est le moment rêvé pour attaquer le Siam. » Cf. notre blog ami : http://www.merveilleusechiang-mai.com/bouddha-daemeraude-le-33 )

 

 

Il s'empara de  Korat (Nakhon Ratchasima) , le principal bastion de la défense du Siam et de fait sa frontière, dans le nord-est, et parvint à un jour de marche de Bangkok, mais son armée dut battre en retraite.


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Le général Bodin (Chao Phraya Bodindecha) contre-attaqua et s'emparera de Vientiane en 1826, après une bataille de trois jours. La ville sera pillée.

 

Anouvong s'enfuit au Vietnam à Hué, d'où il revint avec un contingent vietnamien. Mais il fut vaincu une seconde fois et fait prisonnier alors qu'il tentait de passer en Chine. (Anouvong mourut prisonnier à Bangkok en 1829, dans une cage de fer.)


Rama III ordonna en 1827 la destruction de Vientiane. Seul le Vat Sisaket fut épargné. Ses habitants furent déportés en « Isan » et contraint de s’y installer. On dit un peu vite que cette province devint une province siamoise. 


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La lecture des  « NOTES SUR LE LAOS », d’Etienne Aymonier (Saïgon, Imprimerie du Gouverneur, 1885) nous montre en fait que cette province s’est organisée comme un pays lao, (Cf. notre article 11. L’Isan  était lao au XIX ème siècle.)


Nous y avions appris que cette région occupée à l’origine  principalement par les anciens prisonniers de Vientiane se vit comme un pays lao, mais sans pouvoir central, sous l’autorité des différents mueangs de différentes tailles (districts, villages) qui vont se constituer, mais dans la reconnaissance de leur vassalité au pouvoir du roi du Siam, sous la forme de capitation/tribut, de reconnaissance des chefs laos qui se fait selon le cérémonial siamois. Le pouvoir siamois n’intervenant que pour les conflits majeurs, mais n’imposant pas ses mœurs, ses coutumes, ses valeurs. (Evidemment, nous verrons ultérieurement que  l’arrivée des Français changera l’attitude des rois du Siam sur cette province).


4/ Les guerres siamoises-vietnamiennes-camboggiennes de 1833-1835 et de 1841-1845. (Chapitre réalisé à partir de wikipédia)


Comme ses prédécesseurs, Rama III s’est vu contraint d’intervenir dans l’histoire du Cambodge et de ses territoires cambodgiens vassalisés, à cause des discordes internes et des prétendants au pouvoir  à chercher un appui auprès des Siamois ou des Vietnamiens, à partir de 1623. (quand Chey Chettha II, Roi du Cambodge, qui avait épousé une princesse vietnamienne, essaya de se libérer de la suzeraineté siamoise grâce à l’aide des Empereurs vietnamiens Nguyên.)


Depuis, les interventions vietnamiennes dans les affaires cambodgiennes furent nombreuses, et ceci d’autant plus que des colons vietnamiens commencèrent à s’installer au Cambodge.


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Sans refaire tout l’historique depuis le XVII ème siècle, nous pouvons  rappeler ce que nous avions dit à propos de Rama 1er (Cf. notre article 116. Rama 1er. (1782-1809) :


« Parallèlement, Rama Ier a une politique étrangère très « interventionniste » à l’égard de ses voisins, avec le Cambodge d’abord, à cette époque en pleine déliquescence, « dark ages ». Les monarques en titre ne sont que des fantoches. Le roi Ream Reachea a été déposé en 1779 et le trône donné à son fils, le jeune Ang Eng. Rama Ier le fit déporter à Bangkok, où il en fit son fils adoptif en plaçant au poste de régent un féal, Chao Phraya Abhaya Bhubet qui gouverna le Cambodge comme un proconsul siamois »


« Au Vietnam, en 1784-1785, le dernier des Nguyen sollicita l’aide de Rama Ier pour s’emparer du trône alors aux mains des frères Tay Son. Mais la flotte conjointe des Nguyen et des Siamois fut défaite dans la bataille de Rach Gam Xoai Mut le 20 janvier 1785 dans le delta du Mékong et les Nguyen trouvèrent refuge au Siam. La dynastie fut toutefois rétablie en 1802 et sa complaisance permit à Rama Ier et à ses successeurs d’exercer une influence politique considérable, au moins jusqu’à la colonisation française »

 

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Le Cambodge repasse donc sous la coupe des Siamois, mais depuis 1802 , sous le règne de l'empereur Gia Long , le Viêt Nam retrouve sa force et son unité et Ang Chan II, roi du Cambodge le reconnaît comme suzerain, ce qui provoque l'occupation du Cambodge par le roi du Siam Rama II. Ang Chan II reprend Oudong  avec l'appui des Vietnamiens, mais doit céder des provinces du nord du royaume au Siam en même temps qu'il accepte l'autorité militaire du gouverneur de Saïgon.


La révolte de Le Van Khôi (1833-1835) au Vietnam, va entraîner Rama III dans une guerre contre l’empereur Minh Mang.

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Qui est Minh Mang ?


Minh Mạng est le fils de l'empereur Gia Long . Il  est le deuxième empereur de la dynastie des Nguyên du Vietnam .(14 février 1820-20 janvier 1841)

À la mort de Gia Long en 1820, il devient empereur sous le nom de Minh Mang. Cette année coïncide aussi avec la reprise de l'action missionnaire des Missions étrangères de Paris  dans tout l'Empire qui avait dû cesser il y a presque trente ans à cause de l'état de guerre permanent entre Gia Long et la dynastie concurrente des Tây Son. 


La première difficulté que le nouvel empereur doit affronter est l'opposition de Lê Van Duyêt  (1763-1832).

 

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Ce fidèle lieutenant de son père, avait reçu de l'empereur défunt le titre de vice-roi de Cochinchine (Gia Định, ainsi que la suzeraineté sur le roi du Cambodge) en 1812  avec le droit de la gouverner à sa guise et de traiter avec les émissaires étrangers. Or Duyệt refuse au début de reconnaître le titre impérial de Minh Mang. Il est également favorable à l'action des missionnaires.


Minh Mang va s’en prendre à ses factions du Sud, opposées à son régime et  soutenu  par les missionnaires catholiques et les Vietnamiens catholiques ; et ceci d’autant plus qu’elles sont favorables à la restauration des Canh, en la personne de  An-hoa.


Une révolte dirigée par Le Van Khôi,

 

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le fils adoptif de général Le Van Duyet, mort en 1832, va s’organiser.


Le 18 mai 1833, les rebelles, composés de vietnamiens chrétiens et les colons chinois ont réussi à prendre la citadelle de Saigon (Thanh Phien-un).  En outre, Le Van Khôi a pu conquérir six provinces de Gia Dinh  dans l'espace d'un mois. 


Minh Mang leva une armée pour mater la rébellion, Le Van Khôi a demandé l'aide de Rama III , qui accepte et envoie des troupes pour attaquer les Vietnamiens des provinces de Ha-tien et An-Giang.  


Phraya Ratchasuphawadi, qui vient d’être promu  Chao Phraya Bodindecha, s'est vu confier la mission de la prise de Saïgon,


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pendant que Dis Bunnag, le ministre de Kromma Tha commande la flotte et doit le rejoindre à Saigon. Les deux princes cambodgiens, Ang Im et Ang Duong, participent à l'expédition. Chao Phraya Bodindecha prend Udong mais  la flotte est repoussée à Saïgon.

 

Les troupes siamoises ont été accompagnés par 2.000 soldats catholiques vietnamiens sous le commandement du Père Nguyen Van Tam. Ces forces Siamo-vietnamiens ont été repoussés en été 1834 par le général Truong Minh Giang.  Le Van Khôi meurt en 1834 pendant le siège.

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La forteresse de Saïgon a été investi en septembre 1835 ;  1831 personnes seront exécutées et enterrées dans des fosses communes. Seuls 6 survivants seront temporairement épargnés, parmi lesquels Le Van Cu, mais aussi le missionnaire français Père Joseph Marchand de la Société des missions étrangères de Paris.

 

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(Le père Marchand avait apparemment soutenu la cause de Le Van Khôi, et avait demandé l'aide de l'armée siamoise, grâce à des communications avec son homologue au Siam, le Père Taberd.)

 

Il a fallu trois ans à l’empereur Minh Mang pour mater la rébellion et l'offensive siamoise. L'échec de la révolte a eu un effet désastreux sur les missionnaires et  communautés chrétiennes du Vietnam, accusés de trahison. Une période de persécution sanglante s'ensuivra.


A la mort du roi Minh Mang, son fils aîné Nguyễn Phúc Mien Tông (Thieu Tri) devient le 3 ème empereur de la dynastie Nguyên. (14 février 1841-4 novembre 1847)

 

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À partir de 1841, une grande partie du Cambodge fut incorporée au Viêt Nam pour devenir l’Ouest cochinchinois (cf. An Giang ). Le Viêtnam met en place une politique d'annexion totale du Cambodge, avec imposition de la langue vietnamienne dans l'administration. L’État khmer, alors sur son déclin, fut divisé en trois “résidences” vietnamiennes sous le contrôle d’un “Résident Général” vietnamien auprès de la Cour cambodgienne à Oudong.


Les Vietnamiens entreprirent alors de détruire les vestiges de la civilisation khmère, au point que dans la province frontalière d'Ang Giang à Chau Doc, cette opération devint (comme pour les Chams ) un véritable génocide par assimilation culturelle dans le remplacement d’une organisation sociale et culturelle par une autre. C’est ainsi que les temples (pagodons) et autels bouddhiques furent détruits, le port des vêtements vietnamiens et de la coiffure vietnamienne devint obligatoire, la toponymie des lieux, villages et provinces fut vietnamisée et finalement le titre de Roi fut aboli pour les souverains du Cambodge.


Mais l’empereur Thieu Tri,

 

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confucianiste, mènera la même politique isolationniste et antichrétienne, en commençant à emprisonner les missionnaires catholiques. Il provoquera alors une réaction immédiate de la France, qui en 1843, enverra une expédition militaire en Indochine avec ordre de protéger et de défendre les intérêts français, et de libérer les missionnaires.


Thieu Tri ne cédera pas dans sa volonté d’éliminer tous les catholiques missionnaires du pays. Le 23 mars 1847, les Français exigeront la sécurité des ressortissants français et la fin des persécutions des missionnaires. Devant le refus de l’empereur, les combats éclateront et l’escadre française détruira tous les forts côtiers. Heureusement, les mandarins n’exécuteront pas l’ordre de l’empereur de tuer tous les chrétiens.


Engagé contre les Français, faisant face à l’invasion des troupes françaises l’empereur Thieu Tri dut aussi combattre les Siamois.

 

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Ang Duong, le frère cadet d'Ang Chan II, avec l’aide des troupes siamoises commandées par Bodindecha est proclamé roi du Cambodge à Oudong le 14 décembre 1843 , mais il n’y sera couronné que le 7 mars 1848 .

(Ang Duong,  frère cadet du roi d'Ang Chan II, est envoyé à Bangkok  à l’âge de 16 ans et y restera jusqu’en 1839 . Sa nièce Ang Mey , avait été nommée reine du Cambodge  par les Vietnamiens et exilée à Hué en 1841 )

Pourquoi ?

De 1841 à 1847, le Siam et le Vietnam s'affrontent au Cambodge, alternant conflits et trêves agitées.

Entre temps, Bodindeccha avait pu prendre Phnom Penh en 1842, qui sera repris par les Vietnamiens en 1845. En 1845, une révolte éclate, qui se traduit par le massacre de Vietnamiens dans tout le pays. Des émissaires khmers sollicitent une intervention siamoise qui est accueillie avec joie par les Khmers. L'armée siamoise pénètre à Oudong.

Incapables de remporter une victoire décisive, ils s'accordent pour exercer une hégémonie conjointe sur l'État khmer. Ils décident de couronner Ang Duong dans la nouvelle capitale, Oudong, en 1848. Finalement, Siamois et Vietnamiens se mettent d'accord, chacun conservant les provinces annexées.


(C'est dans ce contexte que le roi Ang Duong, convaincu du prochain partage définitif de son pays au profit de ses puissants voisins sollicite en 1853 l'intervention de la France sur les conseils de Mgr Miche, vicaire apostolique au Cambodge. Napoléon III donne son accord mais les Siamois, mis au courant, font échouer le traité d'alliance en gestation. (Cf. notre prochain  article sur Rama IV (1851-1868))


En guise de conclusion.


La politique étrangère de Rama III a donc été riche en « événements ».

Il avait pu par le traité dit de Burney du 20 juin 1826


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négocier directement avec les Anglais, pour obtenir la souveraineté siamoise sur les quatre Etats malais  septentrionaux de Kedah, Kelantan, Perlis, et Terengganu, et reconnaître celle des Britanniques sur l'île de Penang, et signer un traité de commerce.


Il avait défait le roi lao Anouvong, rasé Vientiane en 1827 et déporté tous ses habitants pour « coloniser » ce qui deviendra l’Isan.


Il avait dû faire face au renouveau vietnamien des empereurs de la dynastie Nguyen qui lui contestèrent la vassalité du Cambodge. La liste des conflits, des combats et des trêves est longue et complexe, même si on peut distinguer la guerre de 1833-1835 contre l’empereur Minh Mang ; Rama III était venu soutenir la révolte de Le Van Khôi qui échoua et fut sévèrement réprimée. La rivalité reprendra en 1841 avec le nouvel empereur vietnamien Thieu Tri (1841-1847)

 

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qui après avoir incorporé au Vietnam une partie de l’est cambodgien voulut annexer tout le Cambodge.


Rama III, de son côté, fit proclamer Ang Duong, le frère cadet du dernier roi Ang Chan II, comme le nouveau roi du Cambodge à Oudong le 14 décembte 1843. (Sa nièce Ang Mey,avait été nommée reine du Cambodge par les Vietnamiens et exilée à Hué en 1841). Il fallut encore bien des batailles et l’arrivée du  nouvel empereur vietnamien Tu Duc (1847-1883), pour que Ang Duong soit couronné le 7 mars 1848 , et que Rama III et Tu Duc s’accordent pour exercer une hégémonie conjointe sur l'État khmer.


Mais cet équilibre géopolitique, nous le verrons, sera remis en question par les visées colonisatrices de la France.

 

Nota. Il faut remarquer que le bras armé de cette politique étrangère fut mené par un combattant exceptionnel, Chao Phraya Bodindecha. (1777–1849). Il méritait bien un portrait que nous lui consacrerons dans un prochain article, avant d’aborder ce que nous avons pu apprendre sur la personnalité de Rama III et sur sa politique intérieure.


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Les dessins gouachés illustrant cet article sont extraits de :

 

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NOTES.

 

*Sir Thomas Stamford Bingley Raffles FRS est un militaire et un naturaliste britannique, né le 6 juillet 1781 au large des côtes de la Jamaïque et mort à Londres le 5 juillet 1826, célèbre pour avoir fondé la ville de Singapour.

 

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« En 1811, Lord Minto, gouverneur-général des Indes britanniques, le nomme lieutenant-gouverneur de Java, dans ce qui était alors les Indes néerlandaises puis, peu de temps après, gouverneur de Bengkulu à Sumatra. C’est l’époque où la Grande-Bretagne prend le contrôle de certaines parties de l’archipel aux Pays-Bas alors aux prises avec la France de Napoléon.


Raffles apporte à Java de nombreuses réformes : abolition de l'esclavage et du travail forcé, restauration du temple de Borobudur

 

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et d’autres monuments anciens, gouvernement semi-autonome ainsi que la conduite à gauche. Il s’intéresse aussi à l’histoire de l’île et publie une histoire de Java (History of Java).


Les guerres napoléoniennes terminées et les Pays-Bas reprenant le contrôle de l’île, Raffles revient en Angleterre en 1815. Il participe à la fondation de la Zoological Society of London et en est le premier président.

 

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Il fait également partie du comité qui fonda le zoo de Londres. Il est anobli en 1817.


Il ne retourne en Asie du Sud-Est que trois ans plus tard, toujours pour le compte de la Compagnie Britannique des Indes Orientales. Il signe un traité avec le sultan de Johor pour fonder le 29 janvier 1819, dans l'île de Temasek à l'extrémité de la péninsule Malaise, un poste de commerce qui deviendra Singapour. Il déclare officiellement la fondation de la ville le 6 février de la même année. L'île se développe rapidement passant de 1 000 à 10 000 habitants entre 1919 et 1923. » (wikipédia)


**Rappel. Contexte et 1ère guerre anglo-birmane de 1826. (wikipédia)


En 1784, Bodawpaya conquiert le royaume d'Arakan, ce qui met ses États en contact direct avec les possessions de l'East India Company sur la côte orientale du Golfe du Bengale. En 1795, 5 000 Birmans pénétrèrent en territoire indo-britannique à la poursuite de « rebelles » arakans qui s'y sont réfugiés. Soucieux de désamorcer l'escalade, le Gouverneur général Sir John Shore

 

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n'hésita pas à encercler les fugitifs et à les livrer à leurs poursuivants mais en dépit des tentatives de négociations ultérieures, les dernières années du XVIIIe siècle furent émaillées de nombreux incidents transfrontaliers aux prétextes de contrebande, d'« opérations de police » birmanes – en fait des razzias à la recherche d'esclaves – et de litiges quant au tracé exact des frontières.


En 1817, les Birmans envahissent l’Assam au nord-est de l'Inde/nord-ouest de la Birmanie, les populations locales cherchant une nouvelle fois refuge en Inde britannique. En 1819, ils lancent une campagne contre la principauté indienne de Manipur sous prétexte que son souverain n'est pas venu assister au couronnement du roi Bagyidaw (1819-1837). Le pays est pillé et sa population déportée en esclavage en Birmanie. L'attaque de Manipur se poursuit avec celle de l’État voisin de Cachar, dont le prince se réfugie lui aussi en territoire britannique pour y chercher de l'aide. Les Birmans menacent de même d'autres états frontaliers de l'Inde britannique en 1823.

Shapuree, une île marécageuse située à l'embouchure d'un cours d'eau marquant la frontière litigieuse entre l'Inde britannique et le Royaume birman deviendra finalement le casus belli irrémédiable. En septembre 1823, Bagyidaw proclama la souveraineté millénaire de la couronne birmane sur le territoire et expédia une force d'un millier de combattants pour en déloger la douzaine de cipayes de la compagnie des Indes qui y tenaient garnison, les Birmans se retirant inexplicablement quelques jours après l'annexion. Les Britanniques réoccupèrent immédiatement les lieux... pour s'en retirer suite à une épidémie de maladie du sommeil causée par le climat malsain de ce territoire au demeurant sans grand intérêt militaire ou économique. Lorsque Lord Amherst, nouveau gouverneur des Indes, tenta une ouverture diplomatique, Bagyidaw menaça d'envahir le Bengale mais lorsqu'il se ravisa et proposa de neutraliser l'île, ce fut au tour des Anglais de lui opposer une fin de non-recevoir. Finalement, le 5 mars 1824, Lord Amherst franchit le pas en signifiant une déclaration de guerre à la cour d'Ava.

Première guerre anglo-birmane (1824-1826) (wikipédia)

Maîtres des mers, les Britanniques, enthousiastes et déterminés, bénéficiaient d'un armement moderne supérieur à celui de leurs adversaires, de contingents métropolitains professionnels et aguerris et de troupes indigènes formées à l'européenne mais leurs opérations, mal préparées, furent laborieuses, et leurs effectifs subirent des pertes importantes à cause des privations provoquées par de graves lacunes logistiques et les maladies tropicales épidémiques (on estime qu'ils perdirent 15 000 des 40 000 hommes engagés). Cependant les Birmans, sous le commandement de l'excellent général Maha Bandula,

 

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ne purent remporter aucun succès décisif et furent progressivement expulsés de toutes leurs places fortes, sa mort au combat en avril 1825 sanctionnant définitivement la déconfiture de ses troupes.


Ce furent les Birmans qui prirent l'initiative des opérations, 60 000 combattants sous les ordres de Bandula franchissant la frontière nord et mettant en déroute un détachement avancé britannique à Ramu en mai. La panique s'installa à Calcutta où commerçants et autorités civiles craignaient que la grande métropole ne soit la prochaine cible.


Mais le 10 mai, les troupes britanniques – 11 000 hommes, principalement des cipayes indiens, sous les ordres de Sir Archibald Campbell

 

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– se présentèrent en vue de Rangoon, embarqués à bord d'une imposante armada. Dès le lendemain, un premier contingent de 6 000 hommes débarquait avec pour objectif de remonter le cours de l'Irrawaddy jusqu'au cœur de la Birmanie et occupaient Rangoon, abandonnée, sans coup férir, incendiant la ville et bivouaquant dans la pagode Shwedagon de Rangoon, le site religieux le plus sacré des Birmans.


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Le débarquement anglais contraignit Bandula à abandonner son avance au Bengale et à se rabattre vers le sud tandis que les Birmans construisaient hâtivement une série de retranchements en bambou pour contenir l'envahisseur. La position de Zwegyon fut la première de ces redoutes à être attaquée à la baïonnette, des pluies aussi soudaines que diluviennes ayant rendu la poudre de l'artillerie anglaise inutilisable. Le 3 juin, le fort de Kemmendine, occupé par 20 000 Birmans fut à son tour pris d'assaut

 

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mais l'attaque, appuyée par les navires de guerre, tourna court de manière tragico-burlesque, les assaillants ayant oublié d'emporter les échelles nécessaires à l'abordage des palissades. Faisant demi-tour pour récupérer leur équipement d'assaut, ceux-ci furent pris sous le feu croisé des navires et de leur propre artillerie croyant à une sortie en force des Birmans. Le fort tomba finalement le 11.


La saison des pluies ayant transformé le bassin de l'Irrawaddy en zone de marais impraticable, le corps expéditionnaire revint dans le delta pour occuper la côte et les ports. Pendant ce temps, les troupes de Bandula tentaient de revenir vers le sud à marches forcées au travers de la région de collines couvertes de jungle de l'Arakan. En novembre, elles vinrent menacer les positions de l'envahisseur dont les effectifs – blancs et Indiens confondus – avaient été décimés par les maladies. Dans la nuit du 30 novembre, Maha Bandula lança une flottille de brûlots contre l'escadre fluviale anglaise mouillant dans l'Irrawaddy en prélude à une attaque amphibie massive sur le fleuve et ses berges en direction du fort de Kemmendine, remis en état et occupé par les Britanniques. Bien qu'inférieurs en nombre, ceux-ci réussirent à repousser l'assaut. Le 3 décembre, une nouvelle attaque contre Kemmendine fut à nouveau défaite et le 5, ce fut Campbell qui reprit l'initiative en attaquant l'aile gauche du dispositif birman qui couronnait Rangoon en demi-cercle. Quelque cinq mille Birmans furent m

is hors de combat, leurs camarades refluant en désordre vers le Nord.


Bandula rallia ses troupes sur la position puissamment fortifiée de Kokine, plus en amont, mais les 20 000 hommes qui s'y étaient regroupés furent à leur tour délogés par 1 300 Britanniques appuyés par une importante artillerie.

Bandula se vit dès lors contraint de battre une nouvelle fois en retraite, toujours poursuivi, tant sur terre que sur le fleuve, par les troupes de Campbell. Les Birmans marquèrent un nouveau temps d'arrêt sur la position de Danubyu où le Brigadier-général Cotton tenta vainement d'obtenir pacifiquement leur reddition.

L'assaut débuta donc le 1er avril 1825, appuyé par les vaisseaux de la Navy et par un imposant arsenal de canons, de mortiers et de roquettes Congreve.

 

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Par un funeste coup du sort, Bandula fut tué par un obus de mortier dès les premiers tirs, ce qui brisa irrémédiablement le moral de ses troupes qui évacuèrent la place sans plus songer à la défendre, malgré les exhortations de Maha Nemyo, le frère de Bandula qui avait repris le commandement. La poursuite des Birmans par les Britanniques reprit donc vers l'intérieur du pays mais fut une nouvelle fois arrêtée par l'arrivée de la saison des pluies.

Sur les autres fronts, le vent avait aussi tourné en défaveur des combattants du royaume d'Ava : au nord, l'Assam avait été libéré en janvier 1825 puis Manipur et la province côtière de l'Arakan ainsi que celle du Tenasserim – cette dernière marquant au sud-est la limite avec le royaume du Siam. À la fin du mois d'avril, privés de leur chef mort au combat, refoulés tant au nord qu'au sud, les Birmans se retrouvèrent donc dans une situation critique et se hâtèrent d'accepter un armistice d'un mois, censé permettre la négociation d'un traité de paix. En réalité, ils profitèrent de la trêve pour reconstituer leurs forces et à l'issue de celle-ci rejetèrent en bloc les termes soumis par les Britanniques, dont le corps expéditionnaire avait entre-temps souffert à nouveau des épidémies provoquées par la saison humide. Les opérations militaires reprirent donc leur cours dès la fin de la mousson, les Birmans semblant pouvoir quelque peu se reprendre. Mais la victoire de Watigaon,

 

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remportée par Maha Nemyo le 15 novembre 1825, ne put toutefois révoquer le cours inexorable de la défaite et rendre aux Birmans la fortune des armes et en décembre, ils se virent une nouvelle fois contraints de demander la fin des hostilités à Lord Campbell.

Un projet de traité particulièrement dur leur fut donc présenté le 3 janvier 1826, assorti d'un ultimatum d'y répondre avant le 18. Les Birmans ne s'étant point exécutés à la date fixée, Lord Campbell reprit sa marche vers Ava, la capitale du royaume, mais arrivé à Yandabo, il vit venir vers lui deux missionnaires européens qui, prisonniers des Birmans, étaient délégués par leurs geôliers pour signifier leur acceptation – tardive – du traité.


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Le traité de Yandabo fut donc signé le 24 février 1826 : la Birmanie cédait aux Britanniques Manipur et les provinces de l'Assam, de l'Arakan et du Tenasserim et se voyait contrainte d'accepter la présence permanente d'un ambassadeur à la cour d'Ava et de procéder au versement fractionné d'une indemnité de guerre d'un million de livres sterling en or et en argent.

Les Britanniques maintinrent en fait leur occupation militaire jusqu'en 1827, lorsque le roi Bagyidaw procéda au versement d'une seconde tranche de l'indemnité. En 1830, Henry Burney vint s'installer à Ava – alors la capitale du royaume – en tant qu'ambassadeur résident permanent, et il s'aperçut rapidement que Bagyidaw se montrait de plus en plus réticent à honorer ses obligations et qu'il présentait par ailleurs des signes de plus en plus évidents de dérangement mental.


En 1837, Bagyidaw devenu fou fut renversé par son frère Tharrawaddy Min qui ne se montra pas mieux disposé que son prédécesseur, refusant notamment de discuter avec Burney au motif qu'un roi ne s'abaissait pas à négocier avec le représentant d'un « simple » gouverneur général. Burney quitta donc la cour d'Ava en recommandant à ses mandants de la Compagnie des Indes de déclarer la guerre à la Birmanie.


En 1846, Tharrawaddy Min fut à son tour renversé par son fils Pagan Min,

 

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mais les relations anglo-birmanes ne s'améliorèrent guère pour autant. Avec l'approbation tacite du souverain, le gouverneur de la cité de Rangoon, du nom de Maung Ok, se livra à un véritable racket au préjudice des commerçants et résidents britanniques séjournant dans « sa » ville. À l'été 1851, il tenta de soutirer de l'argent aux capitaines de deux navires anglais en les accusant de meurtre. Les plaintes des deux marins auprès de Lord Dalhousie, le Gouverneur-général des Indes à cette époque, décidèrent celui-ci à agir de manière prompte et énergique, sans toutefois envisager d'emblée la manière forte. Le zèle intransigeant de son délégué sera à l'origine de la deuxième guerre anglo-birmane.


La deuxième guerre anglo-birmaneaura lieu en 1852.


*** Nous avons déjà raconté comment le roi Taksin par Bunma et le général Duang (le futur Rama I) avait déjà en 1778 mâté la révolte de la principauté de Champassak et pris Vientiane et Luang Prabang. In 115.2  La représentation romanesque du règne du roi Taksin  (1768-1782). Selon le roman « Le roi des rizières » de Claire Keefe-Fox.* (Suite.)


«Une révolte de la principauté lao de Champassak.  Taksin déclara à son état-major qu’il fallait réprimer impitoyablement cette province, indispensable, comme les autres provinces laos, pour faire tampon entre le Siam et le Vietnam. Il reçut à temps une cargaison de 926 fusils commandés à la East India Company.

La victoire n’avait pas été aisée et le siège de Vieng Chan avait été sanglant. Bunma avait même fait décapiter tous les prisonniers laos puis avait fait empiler les têtes dans une barque sur le Mékong afin qu’elles soient vendues devant la ville. (p.353). Duang quant à lui, avait vaincu Luang Prabang. 

Il avait reçu l’ordre de Taksin, d’apporter  à Thonburi, le Phra Bang, la statue d’or très vénérée de Luang Prabang, ainsi que le Bouddha d’émeraude  de Vieng Chan. Le jeune Chakri rappela qu’il fallait enlever « toute velléité de résistance », et Bunnak que le Bouddha d’émeraude avait appartenu jadis au Lanna et avait été emmené là par un roi de Chiang Maï. On ne se souvenait plus de son origine, mais on lui attribuait de grands pouvoirs. Mais Bunnak craignait la légende qui disait que les esprits des deux statues se haïssaient et ne devaient pas être sous le même toit sous peine de catastrophes à prévoir. Mais il fallait obéir aux ordres avait rappelé le jeune général Duang. »


****Sir James Brooke, dit le Rajah de Sarawak, né le 29 avril 1803 à Bénarès en Inde, et mort le 11 juin 1868 à Burrator dans le Devon au Royaume-Uni, est un aventurier britannique premier rajah blanc du Royaume de Sarawak.

 

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Biographie. (wikipédia)

Il est né d'un père anglais, fonctionnaire de la Compagnie anglaise des Indes orientales et d'une mère écossaise. Quand il a 12 ans, ses parents l'envoient dans une grammar school (lycée) en Angleterre. À 16 ans, il s'engage dans l'armée du Bengale. La première guerre anglo-birmane éclate en 1824. Le jeune Brooke lève un corps de cavalerie formé de volontaires. Il est blessé à sa première charge et rapatrié en Angleterre. En 1830, il repart pour Madras mais arrive trop tard pour rejoindre l'armée. Il essaie alors de se lancer dans le commerce en Extrême-Orient, sans succès.

En 1835, son père meurt, lui léguant 30 000 livres, avec lesquelles il achète un bateau. Il met le cap sur Bornéo en 1839. Il arrive à Kuching en plein soulèvement des Dayak contre le sultan du Brunei. Il offre ses services au sultan et parvient à un règlement pacifique de l'affaire. Le sultan lui confère le titre de raja (vice-roi) de Sarawak après qu'il eut menacé militairement ce dernier.

Le Royaume de Sarawak

Brooke entreprend alors de réformer l'administration du territoire, promulgue des lois et lutte contre la piraterie, un problème persistant tout le long de son gouvernement. Brooke rentre temporairement en Angleterre en 1847, où on le nomme gouverneur et commandant en chef de Labuan et consul général britannique à Bornéo. En 1851, Brooke est l'objet d'accusations de malversations. Une commission royale d'enquête est nommée à Singapour, qui conclut à l'absence de preuves. Brooke gouverne le Royaume de Sarawak jusqu'à sa mort en 1868. Son neveu, Charles Anthony Johnson Brooke, lui succède comme rajah. Charles Brooke doit faire face aux menées de chefs rebelles comme Syarif Masahor et Rentap, mais parvient à régler ces problèmes.

James Brooke a servi de modèle pour Lord Jim de Joseph Conrad.


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