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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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16 mars 2014 7 16 /03 /mars /2014 00:02

titreNous venons de voir que la politique extérieure du roi Rama III (nommé aussi le roi Nangklao) a été riche en événements ; qu’il a pu, non sans guerres et conflits, assurer ses frontières, mieux, négocier et se voir reconnu au sud par les Anglais, en 1826 avec le traité Burney,  les quatre Etats malais septentrionaux de Kedah, Kelantan, Perlis et Terengganu ; au nord, écraser la révolte du roi lao Anouvong, raser sa capitale Vientiane en 1827, déporter tous ses habitants pour « coloniser » le plateau de Korat (l’Isan) ; à l’ouest en 1848, obtenir un accord avec le Vietnam pour exercer une hégémonie conjointe sur l'État khmer ;

Birmans 02

se rassurer à  l’est de voir ses « ennemis héréditaires», les  Birmans, affronter les Anglais.


Mais nous allons voir qu’il n’est pas aisé  de caractériser les principaux événements de son règne au niveau de son action gouvernementale, dans les domaines aussi essentiels que sont l’administration de son royaume, l’économie, les finances, la culture, la religion, etc, tant les sources en français sont très limitées et les études générales inexistantes. Même Stéphane Dovert,

 

Dovert 03

 

pourtant si informé sur le Siam, ne signale, dans « Thaïlande contemporaine »,  que des ouvrages en anglais comme  le livre de Walter F. Vella intitulé « Siam under Rama III » ( Locust Valley, N.Y., Published by J. J. Augustin, 1957.),

 

livre 04

The Royal Chronicle of the Third Reign of the Bangkok Dynasty,”de Chaopraya Thiphakarawong, Khuru Sapha, (Bangkok, 1961). *


1/ Le commerce avec les étrangers.


Nous avons évoqué le traité Burney de 1826 avec les Anglais,

 

Burney 05

 

le traité  Roberts

 

Roberts 06

en 1833 avec les Américains.

On peut certes en rappeler les clauses, mais que savons-nous de ce commerce  des produits et des articles achetés, vendus, et surtout du volume, du tonnage,  de ce que cela aurait pu représenter pour Rama III et son pays ?


On sait par contre que lors de la fin du règne de Rama II, en 1818,  un bateau américain commandé par le capitaine Hale, s’était engagé et avait ensuite livré des armes, et obtenu le titre de Luang, pour services rendus, que le gouvernement américain avait pu établir un petit comptoir, motivé par le succès de Hale. (Rapporté par Burney). En 1823, Crawfurd

 

crawfurd 07

 

envoyait une lettre (9/9/23) de Singapour aux autorités siamoises, pour les informer qu’il n’y avait plus d’objection à l’envoi d’armes, et qu’un cargo commandé par M. Gillies allait leur en fournir prochainement. En 1824, on peut savoir que le brigk Shannon  a livré armes et munitions, que John Morgan, un marchand d’armes britannique, a aussi livré à plusieurs reprises des armes et a été satisfait de son commerce avec les Siamois. (Papiers de Crawfurd).


Il était donc aisé pour Rama III en 1824 de faire jouer la concurrence entre les Anglais et les Américains pour obtenir des armes. Quelques marchands firent fortune. Mais combien cela a représenté ensuite comme échanges commerciaux ?


Stéphane Dovert, qui  a lu les ouvrages en anglais sur la question, en est réduit à reprendre des généralités comme :


« Ces gens-là, leur a-t-il dit (parlant de Rama III), nous apportent ce que ce que nous sommes le plus désireux d’obtenir : plein d’armes à feu et des espèces. Ils acheminent en outre de pleins de cargos de sucre et d’autres produits vers leur pays » ; reprenant ce que le Phra klang aurait dit à un ambassadeur britannique à propos des Américains. (Tiré en fait du rapport Crawfurd).


Ou bien prenant l’information dans le livre de W. F. Fella (p. 127-130) : « Sous l’effet d’une crise conjoncturelle, l’administration de Rama III qui avait donc par le Traité de 1826, laissé augurer aux Anglais des réformes favorables à leur négoce, a  bien renoncé à ses monopoles. Mais ce fut pour la remplacer par de très lourdes taxes sur le commerce qui participaient d’une politique générale de fermeture du pays ».


Elle fut manifeste à la fin de son règne. En 1850, M. Ballestier, l’ambassadeur américain, ne fut pas reçu à la Cour alors qu’il voulait renégocier le traité Roberts de 1833, ainsi que sir James Brooke,

 

Rajah blanc

 

le fameux rajah blanc de Sarawak qui se rendit à Bangkok en qualité de plénipotentiaire de la reine Victoria et qui revint sans nouveau traité.


Mais par contre wikipédia n’hésitera pas à affirmer que Rama III développa le commerce avec la Chine et qu’il fut prospère. Bien entendu, on se gardera bien de donner la moindre information sur cette prospérité. Certes on peut supposer qu’un certain commerce a dû se pratiquer, tant les Chinois étaient relativement nombreux dans le royaume et à Bangkok. Dovert cite Bowring qui estimait la population du royaume d’origine chinoise à 25% de la population ; et Dean qui « estimait qu’en 1835, vivaient dans la seule Bangkok, 270 000 Teochiu,

 

teochew12

 

70 000 Hokkien,

 

Hokien 13

 

30 000 Hainanais

 

hainan 14

 

et 30 000 Kakha ». (en note 68, p. 218)*


Mais de là à considérer Rama III comme le père du commerce thaïlandais, si l’on en juge un timbre commémoratif qui lui a été consacré en 2010 ! (Cf. article 122 sur cette « nomination »)

 

timbre 08

 

2/ Les revenus du royaume ?


Certes. Comment savoir ? Il n’y avait pas de compte de la Nation à cette époque, mais il y avait un registre royal. Mais qui a pu le consulter ?

Il y avait bien des ministres, des organismes gouvernementaux pour recueillir diverses formes de taxes et droits à l'importation, une flotte marchande siamoise, (combien de bateaux sous Rama I, II III ?), un Trésor royal, des impôts et taxes pour les sujets du royaume.

tresor royal 15

 

Mais sous le règne du roi Rama III, la collecte des recettes était si faible que le roi décida de  vendre  des charges de collecteurs d’impôts auprès des entreprises de monopole royal. Mais là encore aucun chiffre, aucune estimation.


Nous avions déjà dit que le sakdina, était un des moyens qui permet au chef du mueang d’assurer son pouvoir en gérant  son territoire (son foncier), son « pouvoir économique », « ses subordonnées », et de répondre aux « exigences royales» (impôts et corvées) du mueang supérieur. Mais Nguyen Thé Anh nous avait appris que l’autonomie des mueang s’accroissait naturellement avec la distance par rapport au centre, et  que les mueang majeurs étaient quasi autonomes et gouvernés par des familles princières héréditaires. (Cf. nos articles 15 et 48 et 110) Mais là aussi, rien de bien concret.

 

Les tributs et capitations.


Il ne faut pas oublier que nous sommes toujours dans une société esclavagiste. Andrew Turton nous avait rappelé  que le nombre d’esclaves fluctuait considérablement en fonction des guerres gagnées et perdues. Après le règne relativement paisible de Rama II, le nombre d’esclaves augmenta de façon spectaculaire sous Rama III, surtout après avoir déporté tous les habitants de Vientiane en 1827. Turton cite Bowring qui estimait que les esclaves de guerre étaient alors au nombre de 46 000, incluant 20 000 Laos de Vientiane. (**p.415) Nous avions avec Turton évoqué leur distribution : Cour, récompense aux officiers supérieurs, temples, supplétifs de guerre, sans oublier les terres de  « colonisation », en « Isan » par exemple. Ces nouveaux sujets devaient payés un tribut ou une capitation dont Aymonier nous donne de multiples exemples. « NOTES SUR LE LAOS », (Saïgon, Imprimerie du Gouverneur, 1885) (Cf. notre article 11. L’Isan  était lao au XIX ème siècle.)


Mais comment chiffrer cet apport ?


De même pour les taxes exemptant des corvées.


Elles étaient encore en vigueur par le décret royal de 1785 qui stipulait que seuls les thât :t étaient dispensés de corvée, et le décret royal de 1810 de Rama II, qui avait réduit les corvées à trois mois par an. Rama III avait par contre accordé à tous les phrâj luang un document qui les exemptait de certains impôts (par exemple, marché ou pêche). Par contre, on peut penser que la taxe que devaient payer les Chinois sous Rama II a perduré. Il s’agissait d’une taxe à payer tous les 3 ans qui les exemptait de la corvée royale. Suthavadee nous dit qu’elle était de 4 ticaux par mois ( !). (pp.472-473***)


Mais combien cela représentait-il pour le Trésor royal ?


On préfère rester dans l’anecdote et évoquer la fameuse bourse rouge que le roi conservait auprès de son lit, comme fonds d’urgence de l’Etat pour l’avenir, disait-il (sic). Il est colporté qu’une partie de ce fonds servit le roi Chulalongkorn à payer la réparation due à la France lors de « l’incident » de Paknam en 1893. (wikipédia)


Paknam 16


Nous étions dans l’incertitude jusqu’à ce que nous consultions la « Description du royaume de Siam » de Mgr Pallegoix, pour trouver enfin en son chapitre 9 un relevé des Finances du roi Rama IV, présentant les 6 sources du revenu royal, détaillant tous les produits concernés.

 

Pqllegoix.jpg

 

Certes, Mgr Pallegoix traitait les finances de Rama IV, mais le tableau pouvait aussi donner de nombreuses informations pertinentes pour les finances de Rama III. Vous pouvez d’ailleurs vérifier par vous-même. ( Cf. ce chapitre 9 en note****)


Que pouvons-nous relever ?


Le roi de Siam tire ses revenus des tributs que lui paient les petits rois soumis à son empire; des impôts sur les champs, les jardins et les plantations; des monopoles qu'il a établis; des douanes et des impôts sur les marchandises; de la taxe des jonques et des navires européens; des amendes et des confiscations.


Mgr Pallegoix va ensuite expliquer chacune de ces 6 sources de revenus en donnant quelques caractéristiques, et puis il proposera un tableau des revenus au Siam qui identifie tous les « articles » avec le montant qu’ils rapportent.  Leur lecture comparative permet de dégager des « réalités » économiques importantes, loin des standards européens.


Voici quelques extraits des explications données par Mgr Pallegoix.


Tributs. (Cf. en note)


Impôts. « Toutes les fois qu'un nouveau roi monte sur le trône, on fait un nouveau cadastre des jardins; on compte tous les arbres fruitiers de chaque espèce, et on règle l'impôt d'après le nombre et la qualité des arbres.  (…) L'impôt une fois fixé, on paie tous les ans la même somme, sans avoir égard aux mauvaises années ni au dépérissement des arbres mais aussi le propriétaire est libre de planter de nouveaux arbres autant qu'il voudra, sans que l'impôt subisse d'augmentation. »


Bourseoulavie 09


Monopoles. « On raconte qu'il y a une quarantaine d'années, le monopole était inconnu à Siam. (soit sous Rama II ?) (…) Il (le roi) établit donc le monopole sur l'àrak, puis sur le tabac, ensuite sur tes jeux, l'huile, les torches, les feuilles de palmier pour la toiture des maisons, le charbon, le bois à brûler, le kapi, le marché, la pêche, l'extraction des mines, etc., etc. Depuis lors, les monopoles n'ont fait qu'accroître tous les ans. Les Siamois et les Chinois se sont disputés quelque temps la possession de ces monopoles en les mettant à l'enchère; mais les Chinois ont fini par remporter et en sont restés les maîtres.


On ne peut s'imaginer combien d'abus, que de maux et d'oppression en résultent pour le pauvre peuple, vu les pouvoirs sans bornes que le roi accorde aux monopoleurs. »

 

DOUANES.

 

DOUANES

 « Quand une barque est venue, s'amarrer au pont, deux ou trois douaniers vont en faire la visite, après quoi ils prennent sans façon quelque chose qui leur plaît, en paiement de la peine qu'ils ont prise, ce qui n'est pas très étonnant quand on sait que ces pauvres diables ne sont pas payés par le gouvernement et n'ont pour vivre que ce qu'ils peuvent attraper.

 

D'autres fois le maître de la barque, s'il peut passer quelques marchandises sans payer, leur glisse quelques pièces de monnaie avant la visite et on le laisse passer sans autre formalité. »

 

 

TAXES DES JONQUES ET DES NAVIRES EUROPÉENS.

 

« Autrefois la taxe était de mille piastres ou dix-sept cents ticaux par toise, d'où il arrivait qu'aucun navire européen ne pouvait faire un commerce avantageux avec Siam du reste, le gouvernement le faisait exprès pour empêcher les Européens, et surtout les Anglais, de venir commercer à Siam. Mais, depuis quatre ans, le nouveau roi a réduit la taxe, dans l'intention de renouer des relations commerciales avec les Européens. »


AMENDES ET CONFISCATIONS. (Cf. en note).

 

 

Mgr Pallegoix recense ensuite  55 sources de revenus dans son tableau des impôts, monopoles et taxes diverses.

 

Les plus importantes sont, en sachant que les chiffres sont donnés ici comme des ordres de grandeur en ticaux:

 

Exemption de corvées et clients 12 000 000  Jardins. 8,848,000

Capitation ou taxe des Chinois. 2 000 000  Rizières. 2 000,000

Huile de noix de coco. 800,000. Ferme des jeux. 800,000

Arak 500,000 Plantations 500,000.

 

 

  • On remarque que la principale source des revenus de la couronne, n’est pas le travail gratuit effectué par les corvées qui rapportent, mais son exemption, ainsi que la taxe sur les Chinois.
  • Les jardins rapportent 4 fois de plus que les rizières.

 

Les plus surprenantes : Monopole de l'opium.

 

opium

400,000 Taxes des navires européens ou arabes 80 000  Riz exporté. 100,000. Impôt sur les femmes publiques. 50 000

 

 

  • Dans les études sur le Siam, on évoque beaucoup le commerce avec les bateaux étrangers, pour constater ici, qu’il ne représente que moins de la moitié des revenus de  la loterie, ou le 1/5 du monopole de l’opium.
  • On avait appris que le général Bodindecha avait combattu les vendeurs d’opium, et on constate ici, que même sous Rama IV, le monopole existe encore et rapporte gros au Trésor royal.

 

Produit   des mines d’or  de Bang-Taphan 40 000 


mines d'or

 

Impôts sur les femmes publiques 50 000. Loterie 200 000

 

loto02.jpg

 

Revenus du tribunal royal et de l'administration de la justice. 15 000 Revenus des provinces du nord. 50,000 Revenus des provinces du midi. 40,000

  • On peut être étonné que les revenus des provinces du nord. (50,000) et les revenus des provinces du midi (40,000) représentent peu dans le trésor royal. On peut deviner pourquoi.

 

Mgr Pallegoix nous informe que des mandarins, chacun dans leur département, sont chargés de recueillir les taxes et les impôts, mais on peut imaginer que ceux chargés des Provinces reçoivent peu, les autorités provinciales devant se payer au passage pour faire face à leurs obligations (et à leur économies ?) Il est vrai qu’il est signalé souvent qu’ils ne reçoivent rien de la Capitale ou si peu, que même la douane par exemple n’est pas payé par le gouvernement « et n'ont pour vivre que ce qu'ils peuvent attraper. » Et la corruption !

 corruption.jpg

Le roi, lui, paye donc toutes les dépenses publiques, la solde des princes, des mandarins, de la reine et des dames du palais; des soldats, et des talapoins des pagodes royales, tous ceux qui dépendent de lui dans la hiérarchie royale.

 

En guise de conclusion. 

 

Avec Mgr Pallegoix, on avait au moins appris qu’elles pouvaient être les sources de revenus de l’Etat royal, constaté que les revenus provenant du commerce international étaient faibles, et même que le gouvernement taxait lourdement les bateaux européens et surtout anglais pour le limiter. Nous n’avons pas pu savoir ce qu’a pu représenter le commerce entre Rama III et la Chine.

 

Par contre Rama III et plus tard Rama IV ont bien compris que les monopoles accordés apportaient beaucoup de ressources au trésor royal. Les Chinois le comprendront aussi pour leur propre compte. On apprendra que Rama III était économe et avait pu conserver un magot qui servira, a-t-on dit,  au roi Chulalongkorn en 1893, pour payer une rançon aux Français. Qu’il fut en 2010, à l’occasion d’un timbre commémoratif, déclaré, « Père du commerce Thaïlandais » ! 

 

 timbre-2.jpg

 

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NOTES

 

*« La Thaïlande prête pour le monde » de Stéphane Dovert, in Thaïlande contemporaine, Sous la direction de Stéphane Dovert et Jacques Ivanoff, IRASEC, Les Indes Savantes, 2011.


D’autres sources possibles :

C. Lavollée, Le Royaume de Siam et une Ambassade anglaise à Bangkok Revue des Deux Mondes, 2e période, tome 12, 1857 (pp. 335-366).

Journal of The Siam Society, SUPER POWER AND REGIONAL CONFLICTS,The Triangular Game Of Great Britain With Bangkok And The Lao During The Embassies Of  John Crawfurd (1821-1822) And Of Henry Burney (1825-1826) Dr. Mayoury and Dr. PheuiphanhNgaosyvathn Article de 13 pages;

 

The Burney Papers, et The Crawfurd Papers.

Hero of King Rama III, Sunthō̜nrathibēt Banthưk Sayām, 2001 - 224 pages

Historical analysis towards politics and government in the reign of King Rama III, 1824-1851 de Nanthā Kapinlakān


Odian Sato, Historical analysis towards politics and government in the reign of King Rama III, 1824-1851, 1999, Université du Michigan.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-110-la-place-du-peuple-et-des-esclaves-au-siam-121390588.html


*** Article de Suthawdee Nunbhakdi, » Etude sur le système de Sakdina en Thaïlande », in Formes extrêmes de dépendance, Ed EHESS

 

****  Mgr, Pallegoix, "Descrition du royaume de Siam", Chapitre 9. Finances.


Le roi de Siam tire ses revenus

1° des tributs que lui paient les petits rois soumis à son empire;

2° des impôts sur les champs, les jardins et les plantations;

3° des monopoles qu'il a établis;

4° des douanes et des impôts sur les marchandises;

5° de la taxe des jonques et des navires européens;

6° des amendes et des confiscations


Tributs.


Parmi les petits rois qui dépendent de Siam, les uns, comme les rajah malais, ne sont tenus qu'à offrir tous les trois ans des arbres pu des fleurs d'or et d’ argent avec une certaine quantité de poudre d'or; tous les autres paient chaque année un tribut considérable en ivoire, bois de tek, benjoin, gomme-gutte, laque, cardamome et autres marchandises qui sont pour le roi un objet de commerce important car/selon les Indiens, ce n'est pas un déshonneur pour le roi de faire le commerce, et le roi de Siam possède une douzaine de grandes jonques qui vont trafiquer en Chine, sans compter les navires à l'européenne qu'il expédie continuellement à Singapore ou à l'île de Java.

 

Impôts

 

L’impôt sur les champs est fixé à un tical par arpent; il se paie au moment de la récolte du riz. Alors, le roi envoie des officiers qui, très-souvent, ne perçoivent pas l'impôt en argent, mais obligent les laboureurs à le payer en nature et à un prix qu’ils fixent eux-mêmes, toujours plus bas que le prix courant. Toutes les fois qu'un nouveau roi monte sur le trône, on fait un nouveau cadastre des jardins; on compte tous les arbres fruitiers de chaque espèce, et on règle l'impôt d'après le nombre et la qualité des arbres. Chaque durionpaie un tical; le manguier, le mangoustan, le jacca, etc., paient un salung; une touffe de bambous, un fùang, et ainsi des autres arbres à proportion de la valeur des différents fruits. L'impôt une fois fixé, on paie tous les ans la même somme, sans avoir égard aux mauvaises années ni au dépérissement des arbres mais aussi le propriétaire est libre de planter de nouveaux arbres autant qu'il voudra, sans que l'impôt subisse d'augmentation. Les plantations de cannes à sucre, de poivre, de tabac, etc., sont sujettes à des impôts fort onéreux ce qui fait que souvent le maitre abandonne sa plantation, faute de pouvoir continuer avec profit.

 

Monopoles.

 

On raconte qu'il y a une quarantaine d'années, le monopole était inconnu à Siam. Un ambassadeur anglais ayant fait entendre au roi qu'il était indigne de Sa Majesté de faire le commerce et qu'il valait mieux se créer des revenus fixes en donnant à ses sujets le monopole de certaines marchandises, son avis fut très-goûté du monarque, qui le mit de suite à exécution. Il établit donc le monopole sur l'àrak, puis sur le tabac, ensuite sur tes jeux, l'huile, les torches, les feuilles de palmier pour la toiture des maisons, le charbon, le bois à brûler, le kapi, le marché, la pêche, l'extraction des mines, etc., etc. Depuis lors, les monopoles n'ont fait qu'accroître tous les ans. Les Siamois et les Chinois se sont disputés quelque temps la possession de ces monopoles en les mettant à l'enchère; mais les Chinois ont fini par remporter et en sont restés les maîtres.

On ne peut s'imaginer combien d'abus, que de maux et d'oppression en résultent pour le pauvre peuple, vu les pouvoirs sans bornes que le roi accorde aux monopoleurs. Prenons, pour exemple, la fabrication de l'arak,  si quelqu'un distille un peu d'arak  de contrebande, et qu'on aille l'accuser aux Chinois, ceux-ci viennent en foule faire irruption chez le délinquant, enchaînent impitoyablement hommes, femmes et enfants, confisquent le mobilier, la maison, le jardin, et, non contents de cela, ils exercent les mêmes ravages dans les maisons voisines de sorte que d'un seul coup ils font esclaves trois ou quatre familles entières, au lieu de s'attaquer au seul coupable. Ils trouvent moyen d'extorquer de l'argent et d’opprimer le pauvre peuple en obligeant de payer très-souvent le double de ce qu'ils auraient le droit d'exiger. Établis dans leurs bureaux aux embouchures et confluents des rivières, ils frappent la cymbale gonggong, appellent impérieusement toutes les barques dont ils visitent tous les coins et recoins, et s'ils découvrent la plus petite fraude, ils confisquent tout ou rançonnent impitoyablement.

 

DOUANES.

 

À Siam, les douanes sont de petits édifices carrés dont le toit, aussi carré, se termine en pointe. C'est dans cette espèce de salle, ouverte de tous côtés, que sont assis une dizaine de douaniers appelant par le son de la cymbale toutes les barques qui montent ou descendent. Leur chef se tient ordinairement dans une maison voisine. Quand une barque est venue, s'amarrer au pont, deux ou trois douaniers vont en faire la visite, après quoi ils prennent sans façon quelque chose qui leur plaît, en paiement de la peine qu'ils ont prise, ce qui n'est pas très étonnant quand on sait que ces pauvres diables ne sont pas payés par le gouvernement et n'ont pour vivre que ce qu'ils peuvent attraper.

D'autres fois le maître de la barque, s'il peut passer quelques marchandises sans payer, leur glisse quelques pièces de monnaie avant la visite et on le laisse passer sans autre formalité. Si quelque barque cherche à esquiver la douane et ne s'y rend au son de la cymbale, les employés la laissent aller un' peu plus loin mais bientôt ils se jettent dans une nacelle et vont à la poursuite à force de rames.  Malheur à cette pauvre barque, le maître est mis aux fers et il ne pourra se tirer de leurs-mains qu’en payant une grosse somme. Les mandarins et en générale ceux qui montent des barques élégantes ne sont point appelés aux douanes, parce qu’ils ne sont pas censés faire le commerce.

Il y a une infinité de marchandises qui paient le droit de douane; mais ordinairement le paiement se fait dans la capitale à un mandarin qui délivre un passeport et une quittance qu’il suffit de présenter au chef de  douanes.

 

TAXES DES JONQUES ET DES NAVIRES EUROPÉENS.

 

Les barques à voile et, qui peuvent tenir la mer sont taxés  de huit à quarante ticaux; les petites jonques de quarante à soixante ticaux, et les grandes jonques de quatre-vingts à deux cents ticaux.

Mais toutes ces jonques doivent, en outre, payer le droit de douane qui affecte les diverses marchandises dont elles sont chargées. Il n'en est pas ainsi des navires européens ni de ceux des Arabes qui portent le pavillon anglais on mesure leur largeur ou capacité et ils paient mille ticaux par toise de largeur, de sorte qu'un navire d'une largeur de huit toises est taxé à huit mille ticaux, de quelque genre que soient les marchandises dont il est chargé.

Autrefois la taxe était de mille piastres ou dix-sept cents ticaux par toise, d'où il arrivait qu'aucun navire européen ne pouvait faire un commerce avantageux avec Siam du reste, le gouvernement le faisait exprès pour empêcher les Européens, et surtout les Anglais, de venir commercer à Siam. Mais, depuis quatre ans, le nouveau roi a réduit la taxe, dans l'intention de renouer des relations commerciales avec les Européens. La taxe dont je viens de parler semble encore très élevée mais quand on considère qu'il n'y a plus rien à payer de tous les impôts sur les marchandises, il est évident que cette taxe, tout élevée paraisse, est très-raisonnable et même avantageuse.

 

AMENDES ET CONFISCATIONS.

 

Les amendes et les confiscations sont une autre source de revenus pour le trésor. Les procès, à Siam sont nombreux et presque interminables, et, d'après leur code de lois, au moins la moitié des amendes infligées doit être versée au trésor. Quant aux confiscations, elles sont assez rares, mais très considérables, car, ordinairement, on confisque, non pas une seule maison, mais bien les maisons et toute la fortune de toute une grande famille.

 

Pour donner une idée des revenus au Siam, je vais faire le tableau des impôts, monopoles et taxes diverses.

 

 

IMPÔTS PERÇUS SUR LES ARTICLES suivants

 

Rizières. 2000,000 Jardins. 8,848,000 Plantations 500,000. Bois de tek. 80,000 Bois de sapan 200,000 Huile de noix de coco. 800,000.

 

A reporter. 8,828,000

 

Sucre 250 000 Sucre de palmier. ·10,000  Riz exporté. 100,000 Sel. 80,000 Poivre. 400,000 Cardamome. 10,000 Cardamome bâtard. 20,000 Laque. 13,000 Étain. 60,000 Fer 60,000 Ivoire. 48,000 Gomme-gutte. 24,000 Cornes de rhinocéros. 2,000 Cornes do cerf. · 4,000 Cornes de buffle. 500 Peaux de buffles ou de vaches. 2,600 Benjoin. 4,000 Nids d'oiseaux ou hirondelles de mer. 100,000 Poisson sec · 30,000 Crevettes sèches. · 6,000 Balachang ou kapi. 10,000 Huile de bois 8,000 Résine. 7,000 Bois de rose · 40,000 Torches ou damar. · 20,000 Rotins. 12,000 Écorces pour tanner. 10,000 Colonnes de bois 9,000 Bambous. 90,000 Feuilles de palmier pour toiture. 18,000 Bois à brûler. 45,000 Monopole de l'opium. 400,000 Arak 500,000 Ferme des jeux. 800,000 Ferme de la pêche. 70,000 Ferme du marché. 100,000

 

 A reporter. 11,818,100

 

Boutiques flottantes : 150 000  Monopole du tabac. 200 000 Bois d’aigle 45 000 Oeufs de tortue  6000  Douanes . 300,000. Exemption de corvées et clients 12 000 000  Capitation ou taxe des Chinois. 2 000 000 Taxes des navires européens ou arabes 80 000  Produit   des mines d’or  de Bang-Taphan 40 000  Impôt sur les femmes publiques. 50 000

Revenus du tribunal royal et de l'administration de la justice. 15 000

Revenus des provinces du nord. 50,000

Revenus des provinces du midi. 40,000

Loterie 200 000

 

Total  26,964, 1OO

Ou bien. 80,892,300 fr.

 

Il y a plusieurs mandarins qui, chacun dans son département, sont chargés de recueillir les taxes et les impôts. A certaines époques, ils livrent les sommes recueillies entre les mains d'un chef des pages, appelé prah-xajot, lequel les offre au roi, les inscrit au registre, et les dépose dans le trésor.

Tous les revenus du royaume sont donc remis au roi, mais aussi toutes les dépenses publiques sont à sa charge il tire du trésor royal la solde des princes, des mandarins, de la reine et des dames du palais; des soldats, et même des talapoins mais il faut remarquer qu'il ne paie que les talapoins des pagodes royales, dont le nombre est d'environ huit mille. C'est aussi le trésor royal qui fournit toutes les dépenses nécessaires pour les armes, les habillements militaires, la construction et l'entretien des barques et des navires de guerre, pour creuser des canaux, bâtir des forteresses et, en général, pour tous les travaux publics, tant dans la capitale que dans les provinces.

 

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Published by grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b - dans "Notre" Histoire de la Thaïlande
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