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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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23 mars 2014 7 23 /03 /mars /2014 00:02

123 01 Nous avions évoqué l’ambassade britannique de John Crawfurd de 1822 et son échec dans notre article consacré à Rama II.* George Finlayson, médecin et naturaliste de cette ambassade, rédigera un ouvrage intitulé « The Mission to Siam and Hué (1821-1822) » qui sera publié en 1826 et traduit en français en 2006 par George Cousin sous le titre « Mission au Siam et en Cochinchine, 1821-1822 ».** Nous avions là l’occasion d’en savoir un peu plus sur cette mission et peut-être de connaître les raisons de cet échec, en lisant les 110 pages consacrées au Siam proprement dit. (4 chapitres sur 10***)


La mission envoyée par le Gouverneur Général de l’Inde, M. le marquis d’Hastings,

 

Hqstings 04

 

arrive le 25 mars 1822 au Siam, en face de la ville de Paknam, elle en repassera la barre le 24 juillet 1822. Elle avait reçu de nombreuses instructions mais les deux principaux objectifs visaient avant tout à « poser les fondations d’une relation amicale pouvant déboucher sur des rapports commerciaux », en promouvant le libre-échange (donc moins de monopoles souverains, d’interdictions d’exportation de produits locaux, de taxes exorbitantes, de tracasseries administratives, etc.), et avec George Finlayson,

 

250px-John Harvey Finlayson 1860 B6354

 

docteur de l'ambassade et naturaliste, d’acquérir des connaissances qualifiées concernant le « caractère du gouvernement, des moeurs du peuple, et des ressources du pays ».


Finlayson va donc raconter les différentes étapes de cette ambassade, en y ajoutant ses analyses, sentiments et jugements, de même qu’il rapportera ce qu’il a pu apprendre sur le Siam en 4 mois, ne pouvant éviter les préjugés de sa « caste ».


L’ambassade.


Le 26 mars donc, un interprète, « connu en Inde sous la dénomination générale de Portugais », « parlant le portugais avec aisance mais l’anglais imparfaitement »

 

Interpr7te

 

prend contact avec l’ambassade, et informe M. Crawfurd qu’il est invité par le chef de Paknam à diner à  terre. La délégation y rencontre l’envoyé des autorités, un Malais, avec qui ils peuvent discuter librement.


Le 27 mars, Finlayson est étonné que seul M. Crawfurd soit autorisé à se rendre à Bangkok dans un bateau du roi. Finlayson en profite avec le second, M. Rutherford, pour faire un tour à terre et se promener dans le village, passant de maison en maison sur pilotis,  pour découvrir des gens à l’aise, bien nourris, robustes, obligeants, souriants, et des femmes peu farouches et riantes. Finlayson décrira alors, leur physique, parure, vêtement, et ensuite le marché, peu fourni, et le temple, bien entretenu, dont les statues de Bouddha lui rappellent celles de Ceylan. Il sera intéressé par un ouvrage destiné à contenir un bûcher funéraire.


Du 28 mars au 7 avril.


Le 28 mars, le « Malais » leur apprend que le John Adam, pouvait remonter le fleuve, sans délai, ni restriction. L’occasion pour Finlayson de décrire les berges, offrant, dit-il, « diverses scènes d’un grand intérêt ».

 

desdsin finlyasson

 

 

Ils arrivent le 29 mars au centre de la ville. Il y voit beaucoup de vie, d’activités, une population vivant sur l’eau, avec des maisons flottantes exposants divers produits, un marché flottant avec de nombreuses barques, un secteur d’artisans tels que cordonniers, tailleurs, etc… tenus presque exclusivement par les Chinois, des bateaux passant et repassant.

 

desdsin finlyasson 02


 

Dans la soirée, ils reçoivent la visite du second du ministre des affaires étrangères, Suri-Wong-Tree, qui après une conversation aimable, leur révèle qu’il est venu chercher la lettre du Gouverneur Général.


gouverneur generql

30 mars. Un message du ministre Suri-Wong-Tree les informe qu’une maison est mise à la disposition de la mission. Celle-ci les déçoit fortement. De plus, ils sont étonnés que personne de rang n’ait « encore cherché à rencontrer l’Envoyé du Gouverneur Général, et que toutes les communications avec le ministre se fassent par l’intermédiaire du « Malais », « homme  de rang inférieur selon toute apparence, fourbe, soupçonneux et rusé au plus haut degré ».


Ensuite Finlayson va exprimer une série de déceptions, de déconvenues, de désappointements, d’impolitesses, qui soulignent le peu de cas et le désintérêt de la  Cour pour cette mission, et témoignant « d’un degré de bassesse et d’avidité à la fois révoltant et déshonorant ».


Il pense au « Malais » apportant un message réclamant les présents destinés au roi, dont un cheval anglais qui était destiné au roi du Vietnam. (Une liste des présents avait été réclamée et donnée dès l’entrée de l’embouchure du fleuve.) et qui n’aura de cesse, jour après jour de tout prendre, « sans la moindre cérémonie ». Ils n’ont en outre, pas l’autorisation de se promener sur le fleuve, et d’avoir des relations avec la population, tant que « nous n’aurions pas été reçus au palais. » Ils n’obtiennent pas les ouvriers demandés pour aménager la résidence proposée.


Toutefois Finlayson sait que « Le comportement de la Cour était de désintérêt marqué, ce qui, chez un peuple notoirement attaché au cérémonial et à l’étiquette, ne peuvent être que de propos délibéré et non relever de l’ignorance ».


Ensuite Finlayson ne donne pas de date et signale que M. Crawfurd est reçu avec le capitaine Danguerfield, par le ministre Suri-Wong-Tree. L’entretien est cordial et formel.


Mais ils sont révoltés par l’attitude qu’ils jugent « servile », « dégradante pour l’espèce humaine » (sic) des serviteurs devant leur ministre. Finlayson décrit alors la posture que nous connaissons aujourd’hui sous une forme atténuée qui vise à être toujours en dessous, de s’incliner devant une personne de rang supérieur. A l’époque, il fallait être assis, « les yeux toujours dirigés sur le sol », sortir à reculons. (Encore en usage pour les personnes royales). Et pourtant, et il le dira, ils verront le même ministre avoir la même posture devant Chroma-Chit, le futur Rama III.


On peut être étonné ici par la violence des propos de Finlayson, qui avait pourtant lu de Chaumont, Choisy, La Loubère – il le di t- des missions de Louis XIV. Il ne voit là qu’une posture « bestiale », dégradant l’homme « à la condition de bêtes brutes », qu’il attribue au pouvoir despotique du roi, « qui assimile un frêle et débile mortel à la Divinité ». (sic)


ambassADE


Bref, quelques jours plus tard (toujours aussi imprécis), M. Crawfurd et le lieutenant Rutherfurd,


RUTHERFURT

 

 

sont enfin reçus par Chroma Chit, l’un des fils illégitimes du roi régnant, précise-t-il. « C’est un usage permanent de la Cour de Siam que l’on rende visite au prince avant de voir le roi ». Finlayson en fait un portrait physique « charmant »  (bouffi de graisse, lourd, grossier),


obese

 

mais reconnait son importance (il a en charge toutes les affaires du gouvernement), et son génie et talent « en rapport avec toutes les charges qui lui sont confiées ».


L’entretien est classique et porte sur des sujets habituels des visites publiques, confie-t-il, tels que la longueur du périple, l’âge des visiteurs, leurs activités professionnelles, l’état de santé du Gouverneur Général des Indes,

 

gouvernement des indes

 

la situation en Angleterre, etc. Il les informe que Suri-Wong-Tree est habilité à recevoir les objectifs de la mission.

 

Ensuite Finlayson avoue ne pas connaître les tractations qui ont eu lieu pendant plusieurs jours concernant le cérémonial du Palais « auquel nous aurions à nous conformer lors de notre présentation à la Cour ».


On peut s’étonner comme pour les ambassades de Louis XIV que les Européens ont du mal à accepter le cérémonial, comme celui des chaussures à enlever, d’ôter les chapeaux, s’asseoir les jambes repliés vers l’arrière, d’effectuer trois saluts les maintes jointes devant le visage, etc.


Le 8 avril. L’audience royale.


Finlayson va donc décrire cette journée, avec au matin, le transport au palais de la garde des 30 Cipayes de l’ambassade, et ensuite avec deux bateaux (longues pirogues en fait), un grand pour l’Envoyé du Gouverneur général et sa suite et l’autre pour les auxiliaires et les domestiques. Ils étaient accompagnés par le Maure Kochai-Sahac, et de deux Portugais nés dans le pays qui devaient servir d’interprètes. Si on se souvient du faste de cette étape racontée par l’abbé de Choisy, on peut mesurer ici la déception de Finlayson qui est surpris par le peu d’attention des habitants des rives et des maisons flottantes porté à leur modeste cortège, ainsi que par la saleté et l’encombrement du point de débarquement.  Il n’est pas rassuré ensuite quand il voit que les palanquins qui doivent les transporter au palais ne sont que des hamacs suspendus à une perche. Le même sentiment se poursuit quand il arrive au premier bâtiment « de piètre aspect et pas particulièrement propre », pour se diriger après vers la salle d’audience, où il constate à la première porte que la centaine de gardes est composée surtout d’adolescents malingres incapables de se tenir en armes, pour arriver enfin à une autre porte, où se tenaient deux rangs de musiciens, puis un grand groupe d’hommes armés sur plusieurs rangs, armés de boucliers noirs et à genoux, avec derrière quelques éléphants, qui se tenaient devant la salle d’audience.


palais

 

Là, enfin, Finlayson, entrant, contournant un paravent, se trouve plein d’admiration en voyant « Sa Majesté » et d’émerveillement devant « le goût, l’élégance et la richesse du décor ». Il la décrira ; ainsi que la disposition hiérarchisé de « la multitude présente (…) prosternée à terre », avec les ministres « disposés en trois rangs sur les trois côtés », 

 

MQNDQRIN

 

au pied du trône, et surélevé le roi, « dans sa dignité royale »,  « immobile comme une statue », «  une image de Bouddha ».


Après le cérémonial des salutations convenues, une voix s’éleva qui lisait « sur un ton vigoureux la liste des présents envoyés par le Gouverneur général ».


« Puis le roi posa quelques questions à l’envoyé du Gouverneur Général » via les interprètes, dans un silence solennel. Finlayson n’en dira rien sinon ce commentaire « De la teneur de ces questions (…) on peut juger qu’elles sont d’une nature très générale et pas particulièrement intéressantes ». L’audience durera une vingtaine de minutes.


Ici, Finlayson est un peu léger et aurait pu pour le moins indiquer l’amabilité du roi et surtout sa demande exprimée :


Le roi conclut l’entretien par la déclaration suivante : 


«  Je suis satisfait de voir ici un Envoyé du Gouverneur Général des Indes. Tout ce que nous voulons principalement de vous sont des armes à feu ». (Cf. en note les questions ****)


ARMES

 

Nous avons vu dans notre article 121 que l’Envoyé Crawfurd donnera d’ailleurs suite à cette demande royale. « En 1823, Crawfurd envoyait une lettre (9/9/23) de Singapour aux autorités siamoises, pour les informer qu’il n’y avait plus d’objection à l’envoi d’armes, et qu’un cargo commandé par M. Gillies allait leur en fournir prochainement. En 1824, on peut savoir que le brigk Shannon  a livré armes et munitions, que John Morgan, un marchand d’armes britannique, a aussi livré à plusieurs reprises des armes et a été satisfait de son commerce avec les Siamois. »


Curieusement, Finlayson terminera ce chapitre III sur cette audience royale sans proposer d’analyse, et commencera le chapitre suivant par la description en huit pages, de la visite « ennuyeuse », dit-il, des « curiosités » du palais qui avait suivi, (Ecurie des éléphants blancs et considération sur leur importance, visite du temple et digressions sur la forme, la représentation des animaux, le Bouddha d’émeraude,

 

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les murs couverts de peintures tirées du Ramayana,


 

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la mèche de cheveux et sa coupe, et la visite rendue par le ministre Suri-Wong dont l’attitude est jugée « grossière et discourtoise »), pour enfin lâcher sur la rencontre du jour :


« en la rapprochant de la conduite générale des représentants du gouvernement de Siam à l’égard de la mission depuis l’époque de notre arrivée dans le pays, nous n’avions, semblait-il, que peu de raisons de nous réjouir du résultat ou d’être fiers de la façon dont nous avions été reçus à la Cour ». (p.121)


Il  en donnera dans les pages suivantes les exemples, à savoir :

la façon que les présents ont été quémandés, pris et exposés; l’indifférence voulue au niveau de l’hospitalité ; le fait qu’aucune personne de rang à l’exception de Suri-Wong-Tree n’ait voulu contacter la mission ; le manque de faste et de pompe  déployés ; la mission vue (confirmée par le Maure Kocahi, dit-il) comme la députation d’un gouvernement provincial ; la lettre du Gouverneur Général qui n’a même pas été mentionnée.

lettre 01

lettre 02

lettre 03

Finlayson est convaincu « que des personnes biens informées dans la sphère gouvernementale n’ignoraient pas le grand pouvoir, le vaste empire et l’incomparable valeur de ce gouvernement ». D’ailleurs après quelques considérations sur le commerce chinois et siamois et l’éloge du libre-échange (p.124-132),

 

libre echqnge bon

 

il sera encore plus explicite, sinon plus méprisant :


« Que le gouvernement fou, incohérent et chétif de Siam affecte de traiter le gouvernement du Bengale comme inférieur, et qu’il ose considérer avec impudence un agent mandaté de ce gouvernement comme le messager d’une administration provinciale, voilà qui ne peut que nous inspirer surprise et indignation. »


Sa conception du commerce. (p.124-132)


Finlayson procède à une critique virulente de la conception siamoise du commerce au nom de celle de la libre-entreprise et du libre-échange, pouvant seule apporter richesse et avantages mutuels aux deux parties, même si leur commerce avec les Chinois, dit-il, leur a donné quelques connaissances.

Toutefois, poursuit-il, les Siamois commencent « à s’apercevoir des erreurs causées par leur cupidité dans l’imposition de droits innombrables et vexatoires », même s’ils n’ont pas encore compris que les monopoles royaux et ministériels nuisent à leurs intérêts.


Heureusement, en s’ouvrant aux immigrants chinois, avec « leur habilité, leur intelligence supérieure et leur connaissance  des arts », en leur accordant des privilèges ou des avantages (50 % du taux douanier pour le sucre par ex.), ils ont « semé l’esprit d’entreprise », « créé le commerce là où il n’en existait pas ». Finlayson donne l’exemple de la canne à sucre, plantée il y a à peine  20 ans, et qui est maintenant le produit commercial le plus important du royaume  géré par les seuls Chinois.  Le roi voudrait l’accroître, dit Finlayson, mais ses sujets sont ignorants dans l’art maritime, et il se trouve contraint d’employer des étrangers. (Il note que le roi envoie 10 à 12 jonques de tonnage moyen vers divers ports de Chine, « chargées de sucre, de poivre, de sapan et de bois de fer ». )


Finlayson ne croit pas que le gouvernement actuel puisse abandonner son système monopolistique et s’ouvrir au libre-échange. Il donne l’exemple du brick de commerce Phoenix appartenant à M. Storm, qui voulait profiter de la mission et avait chargé son navire à Calcutta d’articles adaptés au marché siamois, et qui dut subir « la politique ordinaire », à savoir : le roi et les ministres ont la priorité ; il faut envoyer des échantillons de tous les produits pour que ceux-ci puissent choisir ce qu’ils veulent acheter ; cela prend trois semaines, sans qu’aucun commerçant ne puisse monter sur le navire. Ensuite après  bien des tracasseries, sans la possibilité pour le commerçant de pouvoir négocier les prix, il doit accepter les propositions, et aucun sujet ne pourra proposer un prix supérieur.  M. Storm dut attendre un  mois, et il ne put récupérer les échantillons, et il dut même subir une baisse de 20 % sur sa cargaison car des jonques  étaient arrivées de Singapour.


Finlayson ne peut que regretter que l’Envoyé du Gouverneur Général Crawfurd n’ait obtenu que 2 % de réduction et encore valable dans 2 ans et à la condition que les Anglais envoyassent 5 navires par an vers le Siam.


Ensuite Finlayson va tenter d’analyser le comportement siamois, qu’il juge incohérent, voire contradictoire. Il se demande pourquoi les Siamois mettent tant d’obstacles à leur volonté exprimée de commercer avec les Européens.


 Il estime que ce qui les pousse à agir ainsi, est dû à la fois à leur « orgueil national », à leur « cupidité »,

 

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leur volonté de soumettre,  mais aussi à l’attitude du commerçant européen, qui se laisse insulter, humilier, « pour obtenir des avantages misérables ». Finlayson reproche aux commerçants européens de n’avoir vu que leurs petits intérêts personnels, « sans aucun égard pour l’honneur et le caractère de la nation dont ils sont membres ».


Il montre que ce comportement lâche et méprisable n’a fait que renforcer le sentiment de supériorité des Siamois, un sentiment  tout aussi indigne car arraché par des disputes mesquines, des marchandages malhonnêtes pour obtenir des misérables avantages sur des êtres seuls, « sans soutien des autorités de leurs propres gouvernements, et dénués de tout moyen d’obtenir justice ».


Finlayson va avancer un autre argument. Outre le fait que toute négociation soit aussi un moyen  de monter sa supériorité, sa force, elle est conçue par les Siamois comme une lutte symbolique contre l’Etat que celui-ci est censé représenter, incapables qu’ils sont, dit-il, de concevoir que des grands vaisseaux puissent appartenir à des sujets privés.


navire 05


Nota. On se souvient de notre article 89 où Forest disait que : « Les souverains et autorités siamoises voient d’abord, dans nos missionnaires, des Français et des représentants de la nation française, susceptibles d’ouvrir la voie à des relations commerciales ou d’amitié entre les Français et le Siam. »


Finlayson s’est senti en fait humilié, et il ne peut supporter qu’une grande nation telle que la Grande-Bretagne « puisse être exposée à voir son honneur national blessé, voire terni, par toute autre nation sous le soleil, pis encore par un peuple à demi-barbare ».

 

humiliation

 

Et cela est d’autant plus inadmissible, remarque-t-il, que contrairement à notre commerce avec la Chine, le commerce avec le Siam « même entièrement libéré de toute entrave et fonctionnant à plein, ne serait après tout que très modeste »,  avec 5 ou 6 navires de tonnage moyen annuel tout au plus, estime-t-il.


Tout est là. Finlayson voit la Grande-Bretagne, là où le roi siamois  et ses ministres ont « l’impudence » de ne voir qu’un messager d’une administration provinciale. Finlayson, pourtant bien informé des ambassades envoyées par les rois européens, aura même l’occasion de le constater, lors d’une ambassade vietnamienne qui arrivera le 6 mai, semblable à « La description qu’en donne La Loubère dans son Histoire de Siam (qui) s’applique presque sans modification à celles qui sont aujourd’hui en usage ». (p. 134)


Malgré tout en ce 6 mai, Finlayson ne verra dansl’arrivée d’un ambassadeur du roi du Vietnam, que l’occasion de comparer sa situation avec celle des Vietnamiens. (« Nous étions naturellement désireux de comparer notre propre situation avec celle des Vietnamiens »). Il constatera évidemment le faste et la pompe, la rapidité avec laquelle l’ambassadeur vietnamien sera reçu par le roi.


Finlayson nous donne pourtant tous les éléments qui peuvent distinguer cette ambassade. Le nouveau roi du Vietnam

 

MING MANG

 

(en fait Minh Mạng, le fils de l'empereur Gia Long, de la dynastie des Nguyên était monté sur le trône le 14 février 1820) envoyait cette ambassade pour « assurer le roi du Siam de ses bonnes et pacifiques intentions et de son désir de confirmer les liens de l’amitié », et le rassurer par rapport à l’ambassade qu’il avait envoyé chez les Birmans (L’ennemi « héréditaire »). L’ambassadeur vietnamien portera la lettre de son roi au roi siamois.


Mais Finlayson n’est pas en mesure de faire la différence entre un roi et un gouverneur, fut-il gouverneur général des Indes britanniques ; il ne voit pas que Rama II en recevant la lettre du roi vietnamien, reçoit le roi lui-même. Lui, et il le dit, ne voit là qu’ « un simple messager d’un Etat relativement peu important ». Finlayson ne fait pas la différence entre la proposition d’un traité de commerce et un voisin qui a des vues sur ses territoires « cambodgiens » et qui ici, lui propose la paix.


Ensuite au chapitre V, Finlayson évoquera une  deuxième entrevue avec Chroma-chit, où celui-ci s’informa sur le gouvernement des possessions anglaises en Inde et à Ceylan ; posa de nombreuses questions sur le bouddhisme ceylanais ; sur l’état de la médecine en Europe, sur la possibilité d’envoyer un praticien pour vacciner, pour conclure que le Prince était « un homme de plus de curiosité que de talent ». Finlayson reviendra plus loin sur Chroma-chit, pour regretter que l’Envoyé britannique ne pût jamais discuter de la mission directement avec lui. Il le critiquera aussi en affirmant que le prince était plus craint qu’aimé ou respecté par le peuple, ouvert au commerce pour s’enrichir, mais trop ignorant pour le faire sur des bases saines. Il signalera qu’il avait face à lui un autre parti composé des princes Chroma-lecong, ministre de la justice, Chroma-khun, ministre de l’Intérieur et Chau-Chroma-sac, commandant en chef des forces armées,  peu ouvert au commerce.


Finalement Finlayson constata que l’ambassadeur du Vietnam avait déjà obtenu son audience royale de départ le 11 juin, et que la mission n’avait encore la réponse du roi. Ce fut même plus humiliant car la mission n’obtint nul avantage ; et la réponse fut adressée à M. Prinsep (une note suggère qu’il devait être le secrétaire du Gouverneur Général), avec une copie adressée à l’Envoyé Crawfurd.


La Cour ne s’enquérit pas de la date de leur départ ; Suri-Wong et le prince Chroma-chit invitèrent quand même M. Crawfurd peu avant leur embarquement dans la soirée du 14 juillet.


Ils passèrent la barre de Paknam le 24 juillet 1822.


Ainsi s’achevait la mission de M.  Crawfurd, l’Envoyé du Gouverneur Général de l’Inde.


 

Nota. Et pourtant celui que Finlayson appelait le prince Chroma-Chit, allait devenir deux ans plus tard le roi Rama III et, nous l’avons vu, signera le 20 juin 1926, avec l’ambassade britannique du capitaine Burney, un traité politique important de 14 articles, avec en annexe un accord commercial de 6 articles. (Cf. article 118)


 

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NOTES

 

*Cf. 117. Rama II. (1809-1824)


Le premier contact formel du Siam avec l’occident sera l’envoi d’une ambassade du gouverneur de Macao en 1818 : Carlos Manuel da Silveira reçut un accueil princier et conclut avec le roi un accord commercial en 23 articles. Aux termes de cet accord, Carlos da Silveira fut nommé consul en 1820, le premier consul occidental au Siam, avec droit de hisser son drapeau national sur les locaux du consulat.

Il n’en fut pas de même pour l’ambassade britannique Crawfurd, envoyée par le Gouverneur Général de l’Inde, M. le marquis d’Hastings, basé à Calcutta.  M. Crawfurd fut certes reçu par le roi en avril 1822, mais il ne fut pas entendu. Ce sera un échec retentissant que nous vous raconterons. Elle repartira mi-juillet 1822 pour  la Cour de Hué, où elle subira l’affront de n’être même pas reçue par le roi.


** Editions Olizane, Collection Objectif Terre, Genève, 2006.

123 03

 

***L’ouvrage comporte 273 pages en 10 chapitres.


La partie concernant le Siam commence au chapitre III (p.81) pour se terminer à la page 192 du chapitre VII, soit 110 pages.( Ch. III. (pp.81-111) Ch.  IV. (pp. 113-142) Ch. V. (pp. 143- 161) Ch. VI. (pp. 163- 189) Et 2 pages du ch. VII. (pp.191-192).)

La mission restera 4 mois au Siam. Arrivée du John Adam, le 21 mars 1822 au port du Siam, et le 25 mars, ancrage en face de la ville de Paknam. La mission partira de Bangkok le 16 juillet et passe la barre après Paknam le 24 juillet 1822.


 **** Journal of an embassy from the governor-general of India to the courts of Siam and Cochin China » par Crawfurd, publié à Londres en 1830.

 

CRAWFURD-10

Les questions rapportées par Crawfurd (note 143 de Cousin p.295) :


- Dans quel but le Gouverneur Général vous-a-t-il envoyé ?

- Le roi d’Angleterre est-il au courant de cette mission ?

- Le gouverneur Général est-il le frère du roi d’Angleterre ?

- Quelle est la différence d’âge entre le roi et le Gouverneur Général ?

-  Le Gouverneur Général était-il en bonne santé quand vous avez quitté le Bengale ?

-   Où avez-vous l’intention de vous rendre en quittant le Siam ?

-  La paix est-elle votre objectif dans tous les pays dans lesquels vous avez l’intention de vous rendre ?

- Avez-vous l’intention d’aller de Saïgon à Turon (Danang) par terre ou par mer ?

-  Avez-vous l’intention de vous rendre à Hué, la capitale du Vietnam ?

Le roi conclut l’entretien par la déclaration suivante : » Je suis satisfait de voir ici un Envoyé du Gouverneur Général des Indes. Tout ce que nous voulons principalement de vous sont des armes à feu ».


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