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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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27 mars 2014 4 27 /03 /mars /2014 00:02

iz screenMonseigneur Pallegoix, ami du roi Mongkut et du Siam. Une oeuvre monumentale sur le Siam, sa langue ... Un homme d'exception.  

 

Alors que pendant deux cent ans, les missionnaires français au Siam se sont battus pour leur survie afin de maintenir la présence catholique, leur situation et la relation du Siam avec la France vont soudain s’améliorer au XIXème siècle, grâce à la rencontre de deux hommes, le roi Rama IV et Mgr Pallegoix.

 

Rama IV

 

Le premier est le futur roi du Siam Rama IV né le 18 octobre 1804 sous le nom de มงกุฎ Mongkut.


A la mort de son père Rama II, en 1824, « il n’avait guère que 20 ans ; En sa qualité de fils aîné de la reine, le trône lui appartenait mais un de ses frères, fils d’une concubine, et plus âgé que lui  (né en 1788, le futur Rama III a alors 36 ans) s’empara du pouvoir en disant au prince «  tu es encore trop jeune, laisse moi régner quelques années et, plus tard, je te remettrai la couronne. Il se fit donc couronner roi sous le nom de Phra Chao Phrasat Thong. Une fois sur le trône, il paraît que l’usurpateur s’y trouvant bien, ne songea plus à remplir sa promesse. Cependant le prince, craignant que s’il acceptait quelque charge dans le gouvernement, tôt ou tard, et sous quelque spécieux prétexte, son frère ne vint attenter à sa vie, se réfugia prudemment dans une pagode et se fit talapoin » (1).


MONGKUT

 

Il avait revêtu la robe safran avant le décès de son père, par piété certainement pour respecter la tradition bouddhiste, il fut toujours un fervent bouddhiste, mais la conserva ensuite par sage précaution sous le règne de son demi-frère.


Nous reviendrons dans un prochain article sur la vie de ce grand roi monté sur le trône en 1851 après plus d’un quart de siècle passé dans son cloitre. Il y eut loisir de s’y cultiver tout en se livrant à l’étude du pali, du sanscrit, de l’histoire, de la religion, de la physique et de la chimie, de l’astronomie et enfin de la langue anglaise.


Monseigneur Pallegoix.


C’est le missionnaire dont  le rôle et celui de sa rencontre avec le roi va modifier de fond en comble le sort des missions. Il est né le « duodi 2 brumaire an 14 », soit le jeudi 24 octobre 1805.


acte de naissance

 

Il est le fils d’un modeste vigneron, Jean-Baptiste Pallegoix et de sa pieuse épouse Reine Bardin,  vivant à Combertault, petite commune de la Côte d’or (2). Dès sa tendre enfance, il se fait remarquer par sa piété, les gamins de son village l’auraient affublé du sobriquet  « le petit prêtre ».


Sa famille quitte son petit village pour s’installer à Beaune en 1812 et le gamin y fait ses études au collège des Oratoriens à partir de 1814.

 

ORATORIENS.jpg

 

Elève brillant, il est nommé répétiteur en 1817. En 1822, il entre au grand séminaire de Dijon pour étudier la théologie.

 

se;inaire

 

Il devient l’année suivante professeur de quatrième au petit séminaire de Plombières-les-Dijon.

 

petit seminaire

 

Il a la « vocation missionnaire », et il n’y avait à cette époque guère que deux issues, les Jésuites au recrutement (toujours) élitiste sinon aristocratique, et les « Missions étrangères ».

Fils de paysan, il entre au séminaire des Missions étrangères à 19 ans, en 1824. Il va alors poursuivre ses études de théologie au grand séminaire de Chambéry.

 

chambery5copie

 

Lors de ses congés de 1826, il trouve le temps de composer une « Vie abrégée de Saint François-Xavier » (3) qui connut au moins un succès d’estime. Il entre au séminaire des Missions étrangères le 17 février 1827, est incorporé le 27 décembre suivant au diocèse de Paris. Il est ordonné prêtre le 31 mai 1828, par Monseigneur Jean-Paul-Hilaire-Michel Courvezy coadjuteur-vicaire apostolique du Siam depuis 1832, et vicaire apostolique « à part entière » en 1834.

 

mgr-jean-paul-courvezy

Il s’embarque depuis Le Havre pour le Siam le 31 août 1828 suivant son évêque à Macao, puis à Singapour puis enfin à Bangkok en 1830.


Il a la sagesse de consacrer ses premiers mois au Siam à en apprendre la langue. Doué pour les langues ? Il connaitra le siamois mieux que la plupart des Siamois comme nous allons le voir, et cela facilitera très probablement ses contacts avec le monarque, lui-même francophone.


Il s’occupe alors de réorganiser la communauté chrétienne d’Ayutthaya qui était dans une situation attristante. Il se préoccupe immédiatement de faire construire une église sur les ruines de celles qui avaient été élevées par les premiers vicaires apostoliques du Siam. En 1834, malade, il doit partir se faire soigner à Singapour. De retour en 1835, il est nommé provicaire de la mission du Siam.  En 1836, sa hiérarchie parisienne souhaite l’en faire l’un des directeurs de son séminaire parisien, mais Monseigneur Courvezy le juge trop précieux au Siam. Il le charge des communautés chrétiennes de Bangkok, cathédrale de l'assomption,

 

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paroisse de l’Immaculée conception paroisse de la Sainte-Croix, paroisse du Calvaire et l’envoie en outre visiter son diocèse de fonds en comble, parfois au péril de sa vie puisque les potentats locaux n’avaient pas forcément l’attitude amicale du lointain souverain de Bangkok.

C’est lorsqu’il est chargé de la paroisse de l’Immaculée conception que le prince bonze, réfugié dans une pagode toute proche, apprenant qu’un prêtre « farang » parlait parfaitement le siamois,  le prie de venir lui apprendre le latin. Ce fut le début de leur longue amitié.


Par bref pontifical du 3 juin 1836, il est ensuite désigné comme coadjuteur de Monseigneur Courvezy et sacré le même jour par le pape Grégoire XVI


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comme Evêque « in partibus infidelium » du diocèse de Mallos (en Turquie). Le 10 septembre 1841, le Siam est divisé en deux vicariats apostoliques, celui du « Siam oriental » qui lui est confié et celui du « Siam occidental » (partie sud du pays et presqu’île de Malacca) confié à Monseigneur Courvezy. Il restera vicaire apostolique du Siam, jusqu’à sa mort le 18 juin 1862.


Sous son apostolat, la mission connut une exceptionnelle expansion, renouveau correspondant au début de l’expansion coloniale des puissances européennes en Asie, l’Europe se croyant chargée d’une mission civilisatrice dont on n’avait pas conscience au XVIIe siècle. Mais Monseigneur Pallegoix, à l’inverse de la plupart des missionnaires de cette époque, n’était pas influencé par l’idée de la supériorité de la civilisation européenne, ne prêtant guère attention aux coutumes et aux religions des autochtones. A l’inverse des jésuites, notamment du temps de Louis XIV, il ne montra pas d’ardeur inconsidérée au prosélytisme, rien qui puisse choquer les Siamois accessibles aux cultes étrangers mais fidèle au leur. Ce trait de caractère facilitera certainement la profondeur de ses liens d’amitié avec le roi (4).

Il avait un constant souci de l'évangélisation n'hésitant pas à traverser le pays pour y rencontrer ses chrétiens et administrer les sacrements.

 

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(Il n’y a qu’un évêque, rappelons-le, qui puisse administrer les sacrements de la confirmation et de l’ordination). Il enseignait lui-même la langue siamoise aux nouveaux arrivants et chercha aussi à rénover le collège-séminaire pour mieux former les prêtres indigènes, et ce, plus d’un siècle avant que le Concile Vatican II ne favorise la promotion des prêtres autochtones plutôt que celle des missionnaires étrangers (5).


La relation privilégiée qu'il sut nouer avec le prince-bonze continua lorsque celui-ci monta sur le trône. Il partagea avec lui ses connaissances encyclopédiques, le roi lui-même étant curieux de tout : photographie, science, optique, astronomie, linguistique, les richesses de notre pays, mais contre partie, il voulut tout apprendre de ce pays où il avait charge d’âmes : langue, religion, coutumes, etc.


Son œuvre linguistique est immense, nous en avons longuement parlé (6), rien de moins que la première grammaire de la langue siamoise (en latin)

 

Grammatica_linguae_Thai-5-copie-1.jpg

 

et le premier dictionnaire multilingue (siamois-français-anglais-latin) qu’il réussit à faire imprimer par l’Imprimerie impériale lors de son voyage en France.

 

dico.jpg

 

C’est à lui aussi que l’on doit probablement l’introduction des premières imprimeries au Siam (7).


Son œuvre d’évangélisation et son œuvre de linguiste se doublent d’un remarquable travail d’érudit,  des recherches minutieuses sur la société du Siam où il va vivre un tiers de siècle. Il fut l’observateur des moindres détails de la vie au Siam et publiera au terme de 24 ans d’observations ce qu’il appelle un « petit livre » :

 

« Description du royaume thaï ou de siam » publié en 1854 à Paris, ouvrage en deux tomes de près de 800 pages, dont il nous donne les motivations dans sa préface :


«  Il serait bien que chaque missionnaire entreprit un ouvrage de ce genre. En effet un missionnaire qui a séjourné longtemps dans une région lointaine dont il a fait sa seconde patrie, qui a étudié à fond la langue, la littérature, l’histoire, les mœurs et la religion du pays, qui en a parcouru les principaux endroits, qui a été en rapport continuels avec les grands, les bonzes et toutes les classes de la société est sans contredit plus à même qu’aucun autre de faire connaître à la France et à l’Europe tout ce qu’il y a de curieux et d’intéressant dans la vaste étendue de pays où il exerce son ministère apostolique (…) »


La partie historique est fondée pour l’essentiel sur la lecture des anciennes annales que sa connaissance de la langue lui permit de lire dans le texte. Pour le reste, rien ne lui échappe : description géographique, description des états tributaires, description de la capitale et des provinces, observations géologiques et minéralogiques, la flore et la faune, les mœurs et les coutumes des populations, le gouvernement (finances, marine, armée), le commerce, les arts et industries, la législation), la langue et la littérature, le bouddhisme et ses livres religieux (qu’il a lus), pour le premier volume, l’histoire de Bouddha, le clergé, les superstitions, l’histoire du Siam, l’histoire de la mission et l’état de la mission pour le second.


Nous connaissons la vie du pays d’une façon différente de celle des témoignages antérieurs (La Loubère par exemple) plus volontiers focalisés sur la Cour. En un mot, c’est tout simplement un farang qui s’intéresse aux Siamois. L’ouvrage est toujours d’actualités, a été réédité et traduit, notamment en thaï.


Le monarque par ailleurs partage le goût de Monseigneur pour la linguistique, l’histoire et les sciences. Les leçons d’astronomie données par Monseigneur Pallegoix  lui permettront de déterminer et annoncer avec précision une éclipse totale du soleil le 8 Aout 1868…


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Le monarque est resté 27 ans dans un couvent pour s’y livrer à l’étude, le prélat est dans la vie religieuse depuis plus de 20 ans, ils ont évidemment des affinités spirituelles (8). Le roi a par ailleurs une évidente attirance pour la civilisation européenne, il se lie également d’amitié avec un autre farang, John Bowring gouverneur de Hong Kong et grand érudit devant l’éternel (9). L’évêque et le diplomate représentent alors les deux nations qui comptent dans le monde : l’Angleterre et la France. Monseigneur Pallegoix lui a enseigné le latin (le monarque avait souvent la coquetterie de se qualifier de rex siamensium)


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et l’astronomie, mais Il fera venir de nombreux professeurs occidentaux pour enseigner l’anglais à ses enfants et aux membres de la Cour.


Citons pour mémoire, elle ne mérite pas plus, la fameuse « gouvernante anglaise » Anna Leonowens


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qui restera à la cour du Siam de 1862 à 1867 et qui sera l’héroïne de plusieurs films (cinq ou six) tous aussi lamentables les uns que les autres sous le titre « Anna et le roi » ou « Le roi et moi » (10).


Les liens d’amitié entre le roi et le prélat vont évidemment avoir des conséquences politiques.


Lorsque Monseigneur Pallegoix envisagea un retour en France (11), il en avise le roi son ami afin que celui-ci puisse par son intermédiaire entrer en relation avec l'Empereur des Français pour envisager des relations plus étroites que celles ayant existé sous Louis XIV et interrompues comme nous le savons (12). Monseigneur fut aussi l'intermédiaire entre le roi Rama IV et le Pape Pie IX.


Pendant son séjour en France qui dura trois ans, le prélat fut reçu personnellement par l'Empereur et l'Impératrice et en profita pour bien sûr essayer de mettre en route les relations diplomatiques. Ce qui ne l’empêcha pas,  allant partout en France de garder son esprit d’évangélisation, et de voir des communautés religieuses. Il alla aussi rencontrer le Pape Pie IX à Rome, à qui il remit une lettre du roi Rama IV « Qu’il sache que dans le principe lorsque l’onction sacrée du roi n’avait pas encore coulé sur moi, j’avais lié connaissance, amitié et bons rapports avec le prêtre Jean-Baptiste » (13).

lettre au pape

 

Pendant ces trois ans passés en France, avec l’aide financière probable de son ami de roi, il travaillera à la rédaction de son dictionnaire. L’imprimerie nationale ira jusqu’à faire fondre des caractères spéciaux sur ses dessins pour les signes siamois (14).


Napoléon III n’a pas comme son oncle, de la politique mondiale une vision limitée à l’Europe et commence à avoir une vision asiatique. Par ailleurs l’Impératrice Eugénie, sa très vertueuse et très chrétienne épouse espagnole a sur son impérial mari une influence certaine. L’ouverture du Siam à la liberté religieuse pour les chrétiens n’a probablement pas manqué de l’émouvoir. L’empereur  désigne alors Louis-Charles de Montigny,

 

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un vieux royaliste légitimiste (à l’instigation de son épouse ?) comme ambassadeur chargé de rétablir les relations diplomatiques interrompues depuis Louis XIV  

 

Il reste au Siam de juin 1856 à janvier 1857 et un traité fut signé le 15 août 1856 qui facilite le commerce, garantit non seulement la liberté religieuse, pour la première fois de façon explicite en Asie du sud-est mais aussi celle d’évangélisation. Un immense succès pour la pieuse Impératrice et le prélat (15). Le traité permet aussi  l’accès des navires de guerre français à Bangkok. L’ami de Rama IV maitrisant parfaitement la langue, fut présent tout au long des discussions (qui furent difficiles) pour conseiller peut-être plus le roi que l’ambassadeur français (16).


***

Il mourut à Bangkok le 18 juin 1862. Sa santé était chancelante depuis plusieurs années. Il a 57 ans et probablement usé à la tâche.


Les rares hommages qu’il reçut de la presse française (oublié même de « la Croix », le grand quotidien catholique !) vinrent des « Annales pour la propagation de la foi » (17) de quelques revus savantes (18), deux malheureuses lignes dans « la Presse » (19), un article signé « Léo de Bernard » dans « Le monde illustré » (20) et une nécrologie élogieuse de Léon de Rosny dans « le Temps » (21).


Le Roi Mongkut rendit à « son vieil ami » un solennel et grandiose hommage, le seul probablement qu’un Français ait jamais reçu et recevra jamais en Thaïlande. Nous en trouvons la description détaillée sur le site des Missions étrangères (22).


Ainsi cet homme de religion, avait su rétablir avec modestie la confiance entre le Siam et la France. Sa rencontre avec Rama IV, souverain tout  aussi exceptionnel permettra cette reprise des relations franco-thaïes.

 

Quand Mgr Pallegoix meurt, il y a près de dix mille chrétiens au Siam et les échanges commerciaux entre les deux pays sont en pleine croissance. Voilà sa véritable œuvre au Siam.


 

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Notes 

 

 

1 – Monseigneur Pallegoix  « Description du royaume thaï ou Siam » volume II, pages 111 s.


2 – Le site Internet de la commune, fort bien ficelé, n’oublie pas de lui consacrer un paragraphe :

http://www.combertault.com/histoire.htm. D’après les registres d’état civil de la commune, son père est né le 9 mai 1765 à Combertault et est mort en ? Le mariage avec Marie Bardin, elle-même née en 1783, a été célébré le 10 janvier 1805 à Levernois (autre petite commune de la Côte d’or). Il semble avoir été leur seul enfant mais son père à plusieurs frères et sœurs, il apparait de nombreux Pallegoix sur les registres d’état civil de Combertault et dans tout le département de la Côte d’or encore actuellement. Monseigneur Pallegoix a probablement toujours  une vaste parentèle.


3 – … que nous avons cherchée vainement. Ce grand saint jésuite est, rappelons-le, l’évangélisateur des Indes et le patron des missions.

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4 – Ses prédécesseurs n’ont pas tous eu cette attitude comme le concède à demi-mots le site des Missions étrangères : http://www.mepasie.org/

« L’attitude missionnaire commence toujours par un sentiment de profonde estime face à ce qu’il y a en tout hommepour ce que lui-même, au fond de son esprit, a élaboré au sujet des problèmes les plus profonds et les plus importants ; il s’agit du respect pour tout ce que l’esprit, qui souffle où il veuta opéré en lui » a écrit SS le Pape Jean-Paul II dans sa première encyclique «Redemptor hominis» du 4 mars 1979.


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5 – Sur son œuvre missionnaire, voir « Siam et les missionnaires français » par Adrien Launay (archiviste des Missions étrangères) à Paris 1896.


6 – http://www.mepasie.org/rubriques/haut/pays-de-mission/la-thailande-et-le-laos/


7 – Voir notre article  A.58 « Les premières grammaires de la langue thaïe (2ème Partie) »


8 « La transmission de l'imprimerie en Thaïlande : du catéchisme de 1796 aux impressions bouddhiques sur feuilles de latanier » par Gérald Duverdier In: « Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient » Tome 68, 1980. pp. 209.

 

9 – Dans son ouvrage « The Kingdom and people of Siam » publié à Londres en 1857, Sir John Browring manifeste dans sa préface sa gratitude à l’égard de Monseigneur Pallegoix dans la lecture duquel il a puisé tous les renseignements qu’il donne sur la population siamoise.

 

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10 – « Noces spirituelles de l’occident et de l’orient » selon l’heureuse expression du bénédiction Bede Griffiths,

 

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«  Expérience chrétienne et mystique hindoue », Albin Michel, 1985, un moine chrétien désintoxiqué d’un intellectualisme desséchant.

 

11 – Père de 82 enfants, toutes épouses ou concubines confondues et voulant leur donner une éducation élaborée, le roi dut faire appel à de nombreux professeurs étrangers. Anna Leonowens ne fut que l’une d’entre elles (ou eux). On ne s’étonne qu’à moitié que la version 1956 (il y a eu d’autres avant et après) soit (parait-i) interdite de diffusion en Thaïlande. Elle ne vaut que par la prestation de Yul Brynner dont le sang mongol fait un remarquable potentat oriental d’opérette mais certainement pas le roi du Siam.

 

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Dans ses mémoires publiés en 1870, cette personne s’attribue un rôle qu’elle n’a jamais eu, celle de « gouvernante des enfants royaux » et « mère spirituelle » du futur Rama V. Elle était professeur d’anglais d’une partie de la marmaille royale et rien d’autre. Ses mémoires et les films qui en ont été tirés sont à peu près à l’histoire ce que la peinture du douanier Rousseau est à celle de Fragonard.

 

12 – La raison en est simple, de tous temps les ordres missionnaires font en sorte que leurs ressortissants viennent se « ressourcer » dans leur pays natal, chercher les instructions de leurs hiérarchie et conserver un lien avec leur famille.


13 – Simona Somsri Bunarunraka « Monseigneur Jean-Baptiste Pallegoix, ami du roi du Siam, imprimeur et écrivain 1805-1862 » 2013 Edition l’Harmattan. Thaïe d’abord religieuse au couvent de l’assomption à Bangkok présentement carmélite à Poitiers, son ouvrage évidemment très hagiographique est un mémoire de thèse présenté en 2001.


14 – Lors de son retour, il eut l’occasion  de faire une « visite éclair » à sa famille et rapporta « des objets chinois qu'il offrit au musée de la ville » nous dit le site de sa commune natale, note 2. L’église contient une épitaphe commémorative.


15 – article 3 du traité : « Les sujets français jouiront, dans toute l'étendue du royaume de Siam, de la faculté de pratiquer leur religion ouvertement et en toute liberté, et de bâtir des églises dans les endroits que l'autorité locale, après s'être concertée avec le consul de France, aura désignés comme pouvant être affectes a ces constructions. Les missionnaires français auront la faculté de prêcher et d'enseigner, de construire des églises, des séminaires ou écoles, des hôpitaux et autres édifices pieux sur un point quelconque du royaume de Siam, en se conformant aux Lois du pays….


16 – Voir « Le second empire en Indochine, Siam, Cambodge, Annam. L’ouverture du Siam au commerce et la convention du Cambodge » de Charles Maynard, Paris, 1891.


17 – « Annales de la propagation de la foi - recueil périodique des lettres des évêques et des missionnaires des deux mondes » tome 34 de 1862 et tome 35 de 1863. Cette revue lyonnaise, organe plus ou moins officiel des Missions étrangères publiait régulièrement les correspondances de Monsieur Pallegoix sur l’évolution et les progrès de sa mission.


18 – « Mémoire de la société d’histoire, d’archéologie et de littérature de l’arrondissement de Beaune » année 1892 (hommage tardif !)


19 – Numéro du 11 septembre 1862.


20 – Numéro du 20 décembre 1862.


21 – Numéro du 12 septembre 1862.


22 – http://archives.mepasie.org/annales-des-missions-etrangeres/a-bangkok-en-1862-les-funa-c-railles-de-mgr-jean. C’est en réalité la reproduction de l’article des « Annales de la propagation de la foi » susvisé :

« Les funérailles de S. G. Mgr Jean-Baptiste PALLEGOIX, évêque de Mallos et vicaire apostolique du Siam, décédé le 18 juin 1862, furent un véritable triomphe pour la religion dans ce pays de pagodes, de bonzeries et de talapoins. Une vieille photographie retrouvée, représentant le cercueil de l'évêque et une relation de l'époque décrivant la pompe funèbre intéresseront, croyons-nous, nos lecteurs ». 
« Mgr Pallegoix était estimé et aimé de tous. Le lendemain de son décès, tous les consulats des nations étrangères établis à Bangkok mirent leurs pavillons à mi mât, en signe de deuil, et envoyèrent des lettres de condoléance à M. le consul de France. Mais aucun n'a témoigné autant de regrets que Sa Majesté Mongkout, roi de Siam. Aussitôt que Sa Grandeur eut rendu le dernier soupir; nous écrivîmes à ce monarque pour l'informer de la grande perte que nous venions de faire. Il nous répondit par une lettre des plus honorables pour la mémoire du prélat, témoignant le désir que ses obsèques se fissent avec le plus de solennité possible, voulant y contribuer largement lui-même, autant que la religion chrétienne pourrait le permettre. Sa Majesté donnait pour raison de son bon vouloir l'amitié intime qui avait toujours régné entre elle et Mgr de Mallos, depuis qu'ils s'étaient connus pour la première fois, et surtout parce que Monseigneur avait été l'intermédiaire au moyen duquel Sa Majesté avait pu entrer en rapport avec Sa Sainteté le pape Pie IX, la première majesté de ce monde : ce sont les paroles du roi. Les princes et les grands mandarins nous témoignèrent également leurs regrets, et offrirent aussi de contribuer aux funérailles de Sa Grandeur. Pour répondre aux désirs de Sa Majesté et des autres grands personnages amis de Mgr Pallegoix, les missionnaires et les chrétiens se mirent aussitôt à l'œuvre pour préparer les funérailles de leur vénéré vicaire apostolique. On forma d'abord une chapelle ardente dans les appartements du défunt ; le corps fut déposé dans un double cercueil, et placé, avec les insignes épiscopaux, au milieu de celle chapelle, où les chrétiens vinrent à l'envi prier pour le repos de l'âme de leur premier pasteur. La grande cérémonie funèbre fut fixée au premier juillet ; elle devait durer trois jours. Quatre-vingts chrétiens annamites furent choisis pour porter le cercueil, élevé sur une estrade portative.

 

PO1E3

 

Leur costume ne consistait qu'en un pantalon blanc et un turban de même couleur ; ainsi le veut l'usage de leur pays dans les grands deuils. Un chef habillé comme eux, mais plus complètement vêtu, préside à tous leurs mouvements, et règle la marche funèbre, en frappant l'un contre l'autre deux petits bâtonnets qu'il tient à chaque main. Les insignes épiscopaux étaient confiés aux élèves du collège de la mission, en uniforme d'étudiants indigènes. Deux magnifiques catafalques furent préparés : l'un dans l'église de l'Assomption, près de laquelle Mgr Pallegoix avait sa résidence et qui lui servait de cathédrale; l'autre dans l'église de la Conception, que Monseigneur avait fait construire avant d'être évêque, et où il devait être inhumé.  L'église de l'Assomption étant située au sud de Bangkok, et celle de la Conception au nord, la distance entre ces deux sanctuaires mesure environ deux lieues par rivière, qui est comme la grande rue de la capitale. Il fallut donc se procurer un certain nombre débarque, pour la procession funèbre sur le fleuve. Pour cela le roi fit préparer trois jonques du palais, de cinquante rameurs chacune. La plus grande était destinée à recevoir le cercueil de l'évêque placé sur une estrade et surmonté d'un dais à double étage. Les deux autres barques devaient faire cortège à la première. De son côté, le premier ministre se chargea de fournir deux grandes galères de quarante rameurs pour ouvrir la marche du convoi. Des mandarins nous offrirent les autres embarcations nécessaires. Tous les rameurs devaient être uniformément habillés. Ceux des jonques royales se tenaient assis, les autres manœuvraient debout. Par ordre du roi, deux pièces de canon furent placées devant l'église de la Conception, Sa Majesté voulant qu'au moment où l'on descendrait le cercueil de Mgr Pallegoix dans la fosse, un dernier salut de quinze coups fût tiré en l'honneur de son ancien ami. Ce prince daigna encore prendre une part plus active aux funérailles de Sa Grandeur. Le convoi funèbre, remontant le fleuve pour se rendre de l'église de l'Assomption à celle de la Conception, devait passer devant la résidence royale : Sa Majesté demanda que le cortège fît en sorte de n'arriver en face du palais que vers midi, voulant, disait-elle, se rendre à son débarcadère au moment du passage, afin de pouvoir jeter une dernière fois les yeux sur les restes mortels de son intime ami. 

 

 

Enterrement de Mgr Pallegoix (1)


« Tout étant disposé pour la célébration des funérailles, le premier juillet, sur les trois heures du soir, le clergé catholique, M. le consul de France, avec plusieurs de nos compatriotes et autres étrangers résidant à Siam, ainsi qu'un grand nombre de fidèles se réunirent à l'église de l'Assomption, pour faire la levée du corps. De là on se rendit en procession à l'évêché. Après les cérémonies et prières prescrites par le rituel, on reprit dans un ordre imposant le chemin de la cathédrale. Une troupe de soldats indigènes escortait de chaque côté le catafalque, tambours et clairons en tête, faisant entendre une marche funèbre. Quand le convoi fut arrivé à l'église, nous chantâmes aussi solennellement que possible l'office des morts. On s'en tint là pour les cérémonies funèbres de la première journée. Le 2 juillet, jour de la grande procession sur le fleuve, le clergé de la mission, MM. les consuls et autres étrangers résidant à Bangkok, plusieurs grands mandarins siamois et les chrétiens de la capitale et des environs, s'étaient rendus au quartier de l'Assomption dès le matin. Après l'absoute, la procession s'organisa comme la veille, pour porter le cercueil au débarcadère, où étaient déjà rangées toutes les barques et nacelles qui devaient faire partie du cortège. Quand on fut arrivé au rivage, pendant que les porteurs descendaient le cercueil sur la barque royale destinée à le recevoir, le clergé et tous ceux qui accompagnaient le convoi s'installèrent sur les embarcations qui leur avaient été préparées; puis la flottille se rangea, pour remonter la rivière, ainsi qu'il suit : D'abord, une grande barque conduite à la rame par vingt-quatre Annamites en uniforme, et ouvrant la marche ; elle était montée par des tambours et autres musiciens jouant des airs funèbres. Ensuite deux autres barques magnifiques de quarante rames chacune, allant de pair, et dirigeant les deux lignes de canots qui formaient la procession. Après ces deux barques, venaient celles des différentes confréries religieuses de Bangkok, celles des catéchistes de la mission, toutes deux à deux ; celles-ci étaient suivies des barques du clergé, également deux à deux, chaque prêtre ayant la sienne; venaient ensuite les deux jonques royales, allant de pair, et enfin la barque portant le cercueil, placé sur une estrade surmontée d'une espèce de dais à double étage. En tête de ces trois dernières barques flottait un pavillon noir, sur le fond duquel étaient peints en blanc les insignes épiscopaux. Ces trois barques étaient ramées par des Siamois en habits de deuil. Elles étaient suivies par les canots de MM. les consuls, celui de France en tête, et d'une foule d'autres canots montés par des étrangers marquants et des mandarins siamois. La procession était terminée par une quantité considérable de bateaux de chrétiens. Les barques étant rangées comme je viens de le dire, toutes les rames se mirent en mouvement, chaque pilote ayant soin de tenir le rang et la place assignés à son canot, Sur tout le parcours de la flottille, les deux bords du fleuve étaient couverts par la foule, avide de jouir d'un spectacle si nouveau. Le coup d'oeil de cette procession sur la rivière de Bangkoh était, en effet, des plus imposants. Jamais chose pareille ne s'était encore vue au sein de la capitale. Tous les consulats et les navires avaient mis leur pavillon à mi-mât ; l'étendard royal, ceux des princes et des grands mandarins s'abaissaient aussi à l'approche du cercueil.  Le cortège arriva en face du palais sur le midi, comme il avait été convenu : le roi et la famille royale étaient descendus sur un vapeur, pour être plus rapprochés du convoi au moment du passage. La vue de cette Majesté encore païenne, voulant honorer de sa présence les funérailles d'un pauvre évêque, a été un des épisodes les plus touchants de cette cérémonie, déjà si émouvante par elle-même. A mesure que les barques montées par les missionnaires défilaient devant le vapeur royal, nos rameurs tiraient leur chapeau, et se mettaient en devoir de s'agenouiller suivant la coutume du pays; mais le prince les en empêchait d'un signe de main, et rendait aux missionnaires le salut de la manière la plus gracieuse. Après le passage de la barque chargée du cercueil, Sa Majesté remit à un mandarin chrétien une bourse d'argent en petite monnaie, pour être distribuée aux pauvres en mémoire de son ami défunt. La procession continua ensuite sa marche, et arriva sur les deux heures de l'après-midi à l'église de la Conception,

 

eglise

 

où les cérémonies se terminèrent aussi par l'office des morts. Le 3 juillet, jour de l'enterrement, le concours fut encore plus nombreux que la veille. MM. les consuls ou leurs représentants, tous les étrangers européens ou américains, sans distinction de culte, venaient s'unir à nous pour rendre les derniers devoirs religieux à notre bien vénéré vicaire apostolique. L'imposante cérémonie des cinq absoutes, prescrites en l'honneur des évêques, émut vivement l'assistance. Les protestants surtout, pour qui ces pompes du culte catholique étaient toutes nouvelles, en furent très impressionnés. Au moment où l'on descendait le cercueil dans le petit caveau qui lui était préparé au milieu du sanctuaire, quinze coups de canon tirés devant l'église annonçaient à la capitale de Siam comment son souverain avait voulu honorer »

 

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Published by grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b - dans "Notre" Histoire de la Thaïlande
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