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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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16 avril 2014 3 16 /04 /avril /2014 23:02

 titre2. Le règne d’un monarque « éclairé ».

Nous avons laissé Rama IV au lendemain de son avènement et de la constitution de son « gouvernement ».

 

L’ « opinion internationale ».

 

Il est singulier, et plus encore, de lire sous la plume de ses contemporains une avalanche d’éloges (et parfois même de flagornerie).

Monseigneur Pallegoix, son ami très cher, écrit en 1854 « …tout présage que son règne deviendra une époque remarquable dans l’histoire de la nation des thaï » (1). La vision qu’en a la presse catholique française est évidemment angélique à l’égard du grand ami de Monseigneur Pallegoix protecteur des chrétiens : « L’ère moderne du Siam commence avec le roi Mongkut qui régna de 1850 à 1868… » (2). Et dans le même sens, Monseigneur Albrand : « le plus érudit des Siamois » (3).

 

Pour le prince Prince Chula Chakrabongse, son petit fils, il est « l’éclairé »

 

chakrabongsee

 

(et son royal successeur, Rama V, sera qualifié de « révolutionnaire ») (4) ! Nous retrouvons ces éloges partout même dans la presse républicaine : « Le roi Mongkut fut l’instaurateur du Siam moderne » (5).  « Il fut l’un des souverains les plus populaires de son pays et lui a donné une impulsion très vivace encore dans la voie de la civilisation et du progrès » (6). Chez les diplomates : « Son règne est le commencement d’une ère nouvelle pour le développement du Siam » (7). Pour Aymonier plus serein et  le compliment se suffit à lui-même, c’est « un roi lettré » (8).

 

Les éloges sont parfois modulés : « La dynastie Chakri lança son pays, avec plus ou moins de bonheur, dans la voie de l’occidentalisation »…Il était lui-même un savant monarque oriental. Il éleva ses enfants dans les principes de la liberté, tout en leur donnant une instruction solide. » (9).

Et peut-être aussi plus réalistes :  « Et pourtant, ce monarque entré si franchement dans la voie du progrès, n’a pas touché à l’étiquette. Les formes antiques de servilité ont été conservées intactes, soit que le roi n’ait pas eu l’idée de les faire disparaître, soit qu’il eut trouvé imprudent ou prématuré d’en affranchir son peuple » (10).

 

 ***

Comment apprécier de façon sereine le réel apport du roi Mongkut au développement de son pays ?

 

La situation historique du Siam à son avènement est celle des monarchies asiatiques à la veille de la pénétration européenne ? Ne parlons pas comme les « classiques » de l’époque en invoquant des préjugés  racistes  plus ou moins avoués (à la Jules Ferry)

 

jules ferry

 

mais de paramètres bien réels, le despotisme du « maître de la vie », la persistance de l’esclavage, l’incapacité des marchands à constituer une classe « bourgeoise », la thésaurisation des religieux et des aristocrates, une justice corrompue sinon inexistante, des tyrannies locales pesantes.

 

Le Siam, une fois libéré de l’envahisseur Birman, vit replié sur lui-même, insensible sinon hostile à l’influence étrangère, laissant sa population exploitée par les Chinois qui ont depuis des siècles le monopole du commerce. Nous avons vu ce qu’il en fut sous Rama III (11).  

L’esclavage reste, jusqu’à son abolition, en 1905 seulement, la base, sur laquelle repose l’édifice national et dynastique. Madame Leonowens

 

anna

 

prétend pourtant l’avoir vu pleurer à la lecture du très célèbre ouvrage de Harriet Beecher Stowe, « La case de l’Oncle Tom » ?

 

Cham, la case de l'oncle Tom

 

Une légende ( ?) pieusement répandue dans les ouvrages scolaires à l’usage des enfants veut qu’il ait offert au Président Lincoln des éléphants de guerre pour participer lui aussi à la lutte contre le régime sudiste esclavagiste et que celui-ci aurait non moins pieusement décliné cette offre au motif que ces animaux ne supporteraient pas le climat. Légende ou pas, S. M. Rama IX, lors d’une visite aux États-Unis en 1960 se plut à la rappeler dans une adresse au congrès du 29 juin 1960.

 

Le Siam avait besoin d’un sursaut tel celui qui avait ébranlé l’Inde du Rajah Ram Moan Roy, le « père de l’Inde moderne »

 

RAJAH

mort en 1833 (dont le roi, dans son encyclopédique savoir avait probablement entendu parler) ou celui que connaître le Japon lors de l’ère Meiji l’année même de la mort de Mongkut en 1868.

 

ERE3 ;EIJI

 

Le règne de Mongkut marquera – jusqu’à un certain point seulement - le début et seulement le début - de ce sursaut.

 

L’organisation du pouvoir.

 

C’est un roi « nouveau » qui détient la totalité du pouvoir souverain (même s’il a des idées « libérales »). Nous avons vu (12) la manière dont le pays va être gouverné sans changement tout au long de son règne, pouvoir partagé entre lui, son frère le second roi et la toute puissante famille Bunnak. L’un d’entre eux est un véritable « maire du palais » et un autre, intendant des provinces du sud, est maître de tout le sud du pays.

 

BUNNAG

 

Son second roi est également un homme d’une grande culture, porté sur les sciences exactes, qui parle et écrit l’anglais « avec une élégance peu commune et on le considère avec raison comme l’un des hommes les plus éclairés du pays ».

 

Mais c’est le premier roi, cet esprit éclairé continue à avoir le privilège exclusif de ratifier les arrêts de mort, il est « maître de la vie », « maître de la terre », il jouit d’un pouvoir absolu, il peut chasser les habitants de son royaume, qu’il possède en toute propriété. La fortune et l’existence de ses sujets dépendant de son bon vouloir. Les impôts sont versés dans le trésor royal dont il dispose à son gré. La royauté siamoise est double, mais le premier roi est LE souverain, l’étendue de ses titres a de quoi faire pâlir de jalousie les grands d’Espagne de première classe les plus titrés,

GRAND D'ESPAGNE

 

le second une sorte de coadjuteur.

 

N’oublions pas que sous son règne (et encore celui de son fils), le menu peuple devait se jeter à plat ventre sur son passage en marmonnant la formule « Moi, ver de terre, moi poussière de vos pieds, moi, cheveu, je rends hommage au maître du monde ».

L’hebdomadaire satirique « Ric-Rac » s’amuse : « A peine civilisé, Mongkut s’était fait faire des cartes de visite avec une mention en latin  « Somdech Phra Paramendr Maha Mongkut Major Rex siamensium ».

 

CARTE DE VISITE

 

C’était une faveur insigne d’obtenir de lui un de ces cartons, don précieux, qu’il ne daignait accorder qu’aux étrangers de marque » (13).  Le comte Ludovic de Beauvoir

 

BEAUVOIR

 

fut l’heureux bénéficiaire de l’un de ces cartes parcheminée, qu’il reçut cum grano salis, mais il était beaucoup trop noble pour le prendre autrement qu’avec le sourire ! (14). On peut le comparer à Jacques Ier d’Angleterre,

 

JQCAUES PRE;IER

 

auteur d’un traité sur le droit divin à la fin du XVIème, bien avant Bossuet (Rama V les avait-il lus ?) selon lequel les rois sont placés au-dessus des autres hommes par droit divin. Il a fallu une imagination féconde à Amédée Gréhan, consul de Siam à Paris pour écrire en 1871 « Plus tard, il rêva de l’établissement au Siam d’une monarchie constitutionnelle basée sur la pondération des pouvoirs et quoique cette idée n’a pu encore être réalisée au Siam, les institutions de ce pays n’en ont pas moins fait un  grand pas vers une amélioration sensible. » (15).

Notons toutefois que Seni Pramoj,

 

Senipramoj Cropped

 

petit neveu du roi, dans une conférence prononcée en 1949 devant la très docte assemblée générale de la Siam society  indique avoir dépouillé ses archives privées et pouvoir en déduire que ce caractère hautement autocratique n’était qu’une façade derrière laquelle se cachait le « premier démocrate de notre pays ».

 

Il cite effectivement des circulaires publiées dans la « Gazette royale » desquelles il résulte que le monarque a quelque peu dépoussiéré le rituel de 1359 datant du roi Ramathibodi (16) : Il a par exemple autorisé les nobles qui se présentaient devant lui à porter une chemise ce qui était auparavant interdit pour pouvoir cacher une arme. Il rappelle à ses Juges leurs strictes obligations d’honnêteté et lutta contre leur corruption (17). Il est également responsable de l’assouplissement de la condition féminine autorisant ses royales concubines à se marier à leur gré, interdisant les mariages forcés et interdisant aux maris de vendre leurs épouses pour rembourser leurs dettes. Il s’efforce aussi d’épurer la langue interdisant l’utilisation de mots palis prétentieux lorsqu’il y avait un équivalent thaï allant jusqu’à indiquer la prononciation du mot correct, il édicte de très strictes règles d’hygiène, interdisant par exemple de jeter les cadavres d’animaux dans les canaux. (18).

 

Ces mesures royales nous semblent peut-être aujourd’hui dérisoires avec nos esprits d’occidentaux du XXIème siècle mais eurent de toute évidence une importance capitale à cette époque sans que l’on soit conduit à penser qu’elles relevaient d’une conception démocratique du pouvoir.

 

Sa vie religieuse.

 

Nous avons longuement parlé dans notre article précédent sur l’influence prépondérante qu’il eut dans l’évolution du Bouddhisme thaï. Une fois monté sur le trône, son activité et ses réformes allaient porter sur un autre domaine. En matière religieuse, en effet, l’un de ses premiers actes fut de proclamer qu'il n'interviendrait pas dans les controverses purement religieuses et, en fait, il accorda sa protection aux deux sectes de l’Eglise et manifesta une complète tolérance à l’égard des autres religions, chrétiennes notamment (19).

 

Il se considérait (quoique « démocrate ») comme la réincarnation du roi Lithai de Sukhothai

 

LITHAI

 

avec lequel il possédait de nombreux points communs et se considéraient comme le pilier de la religion.

 

Il faut aussi mettre à son actif la restauration de nombreux  temples bouddhistes, notamment dans la partie siamoise du Cambodge et en particulier le พระปฐมเจดีย์ Phrapathomchedi, la plus haute (127 m) stèle bouddhiste  au monde qui était en ruines lorsqu’il l’avait visitée, et dont la restauration nécessité 17 années de travaux.

chedi haut

 

Pour lui, la découverte et la restauration du Phra Pathom Chedi, centre probable du royaume de Dvaravati, constituaient l'un des événements majeurs de son règne.

 

Sa vie personnelle

 

Il y a d’abord  l’image qu’il entend donner de lui-même.  Il est le premier à avoir autorisé qu’on le photographie pour montrer sa « modernité ». De nombreux portraits sur lesquels il apparait toujours compassé, ont été exécutés. Il montre ainsi qu'il est partout et démontre son charisme. Nous le savons, c’est une pratique qui perdure.

 

 

Par ailleurs il continue après sa montée sur le trône à s’intéresser aux sciences venues de l’ouest et à en suivre les progrès par la lecture de nombreux ouvrages européens. Il parle et lit l’anglais, ce qui lui facilite évidemment les choses (20). Il continuera tout au long de son règne à étudier l’astronomie et les mathématiques essentiellement sur des ouvrages anglais. Il fut ainsi capable de déterminer avec précision l’éclipse du 18 août 1868 dans la région de Prachuapkirikhan (21).

 

Solar eclipse 1868Aug18-Bullock

***

L’intérieur de son palais était une « cité de femmes » puisque, en sus de ses trois épouses principales, on y trouvait 29 épouses secondaires et environ 3.000 autres personnes du sexe, à la fois servantes, amazones armées constituant sa garde rapprochée ou destinées à un usage que l’on devine. Il en aurait même fait profiter avec une courtoisie toute siamoise le Duc de Penthièvre lors de son périple autour du monde (22).

 

Penthievre

 

Nous savons que sa postérité avait été assurée par une série d’unions légitimes bénies par une floraison d’enfants. Il voulut leur assurer une éducation sinon « à l’occidentale » du moins moderne.

 

compass2s

 

On ne parle en général à ce sujet que d’Anna Lenowens, et jamais malheureusement d’un autre personnage, américain celui là, qu’il  chargea aussi de l’éducation militaire de ses fils et plus particulièrement du futur Rama V, le capitaine John Busch,

 

busch

 

par ailleurs capitaine du port de Bangkok, qui finit ses jours au Siam plus siamois que les siamois. Il ne nous a malheureusement pas laissé de mémoires, romancées ou pas (23).

Le rôle de l’institutrice anglaise de ses enfants a été clairement défini dans un courrier du 26 février 1882  qu’il lui adresse pour lui confirmer son engagement (24).

 

 

Sa politique de « réformes » n’a été due ni à une influence alléguée par celle-ci et encore moins à une opinion publique évidemment inexistante à cette époque mais uniquement à son influence personnelle et peut-être à celle de ses proches.

 

Indépendamment de Missis Lenowens et du capitaine Busch, le monarque fit par ailleurs également appel à des missionnaires (qui n’ont pas laissé de traces dans l’histoire) pour enseigner à sa royale progéniture l’astronomie, les mathématiques et la géographie. Ils resteront des obscurs et des sans grade.

 

***

 

Il était évidemment plein de bonnes intentions (mais l’enfer en est pavé) et « il a voulu féconder un champ resté des siècles en jachères, de quoi fatiguer un plus rude laboureur que lui ».On peut aussi se poser la question,  restée sans réponse, du partage des responsabilités et des initiatives dans ces réformes qui sont effectivement à l’actif de son règne : « Aussi se contente-t-il d’ordonner et passe-t-il son temps à étudier le pali et les vieux livres canoniques et laisse généralement les rênes de l’état et l’exécution de ses ordres à des mains plus habiles, plus fortes que les siennes mais souvent aussi moins honnêtes ». Nous vous livrons cette affirmation avec un point d’interrogation (25).

 

Les réformes.

 

Il connait son pays, à la différence de ses prédécesseurs qui ne quittaient jamais leur palais dans la capitale autrement que pour en visiter les temples ou partir en guerre. Il a comme moine sillonné tout le pays dont il connait les difficultés de communication (26).

 

Les voies de communication.

 

Les routes sont nécessaires pour faciliter le commerce intérieur. Mais il est difficile d’avoir des précisions et des détails sur l’étendue de ces « grands travaux » : « Mongkut a déjà fait d’importantes et utiles réformes, lettré et presque savant, il a creusé des canaux, tracé des routes, élevé des fortifications, il a introduit dans le royaume l’usage des bateaux à vapeur et il aurait sans doute construit des chemins de fer s’il en eût reconnu l’utilité » (27).

 

che;in de fer

La troisième enceinte de Bangkok pour servir de limite orientale à la ville est son œuvre, ainsi que le Klong Padung qu’il fit creuser entre 1851 et 1854.

 

klong

 

Il n’y a effectivement pas eu de chemins de fer construits au Siam avant 1893. Quoiqu’en dise Bock, le roi, toujours au fait de l’actualité était parfaitement avisé de ce qui se passait à l’extérieur de son pays : La France en 1859 expédie par voies ferrées ses armées en Italie, la guerre de sécession américaine à partir de 1861 a démontré définitivement le caractère irremplaçable du chemin de fer à des fins militaires. Mais peut-être une raison de bons sens ? Des chemins de fer pour faciliter les exportations vers les pays voisins c’est aussi faciliter les invasions venues des pays voisins. Cette hypothèse démontre au contraire probablement la clairvoyance du monarque.

 

La marine.

 

Il a effectivement construit un embryon de marine de guerre, essentiellement des navires à vapeur remplaçant ses flottilles de jonques à rames sur les conseils du capitaine John Busch (28) et sur celui du tout puissant Bunnag.

Sous le règne de son fils, en 1886, elle comprend bien modestement deux corvettes à hélices de 1000 tonneaux, un brick de 180 tonneaux, 3 canonnières de  1250 tonneaux, 4 canonnières de 780 tonneaux, 2 yachts de 750 tonneaux et 2 navires à vapeur à roues de 530 tonneaux (29).

 

L’armée de terre.

 

On met également à son actif une « réorganisation » de l’armée ?

Mais comment ? Il met à la tête de ses troupes le Général Lamache qu’il tenait « en grande estime ». Qui est donc ce Lamarche qui nous semble le fruit d’une erreur de diagnostic aussi royale qu’évidente ? Il était un cuisinier français illettré qui se rendit au Siam par goût de l’aventure en 1850. Après voir monté un petit négoce, il rencontra le roi pour lui proposer quelques pacotilles. Le roi fut frappé de son intelligence, et apprenant qu’il avait été sous-officier dans l’armée française, lui offrit un grade dans son armée. C’est ainsi qu’il devint général en chef des armées royales sans que ses exploits aient à ce jour laissé la moindre trace dans l’histoire (30) ?

Mais cette nouvelle organisation militaire, ni les talents guerrier du chef de cuisine, ni ceux, probablement plus sérieux, du capitaine John Busch n’eurent à faire leurs preuves puisque le règne de Rama IV, c’est à son honneur, fut pacifique à une réserve près : En 1849, les États Shan de Kengtung et de Chiang Hung, profitant de l’affaiblissement de la Birmanie, voulurent s’en affranchir et sollicitèrent l’appui siamois. Rama III y avait vu l’occasion d’en prendre le contrôle mais mourut avant d’avoir pu prendre une décision, En 1852, Chiang Hung présenta la même requête et soumis à nouveau la demande. Mongkut envoya ses troupes qui durent très rapidement battre en retraite.

Il n’a d’ailleurs pas la tripe guerrière, bien au contraire, c’est ainsi qu’il renvoya par gain de paix au Laos diverses reliques fruit du pillage de 1828 par le général Bodindécha (31).

Mais si le roi Mongkut fit une erreur de diagnostic dans le choix du chef de ses armées de terre, que dire de celui de son successeur pour ses armées de terre et de mer (32) ?

 

La fondation de l’imprimerie nationale.

 

Le roi a découvert, comme prince-bonze, les possibilités offertes par l’imprimerie et il avait déjà installé une imprimerie dans son temple pour diffuser les canons bouddhistes avec des fontes dessinées par lui, fontes thaïes et fontes pali, et une modeste presse en bois à bras.

 

impri;erie

En 1852, Il fonde, sur un projet avorté de son prédécesseur en 1839, l’imprimerie nationale de Bangkok qui sera chargée d’éditer les recueils des lois et divers ouvrages dont jusqu’alors, seuls quelques riches privilégiés avaient le privilège de bénéficier de manuscrits. Cette imprimerie officielle installée au Palais était dirigée par un de ses proches. Elle fut surtout utilisée pour la publication de ses décrets, tirés en général à 2000 exemplaires dans la « Gazette royale », sorte de journal officiel, communication du roi aux nobles et au peuple sur les affaires du gouvernement (33).

 

gawette

 

Les services postaux.

 

Un oubli ? Pas de poste avant 1883 (34). Les étrangers utilisent les services du consulat d’Angleterre pour expédier leurs missives à l’étranger. Pour les Thaïs ou tout au moins ceux qui savent écrire, pas d’autre solution que des estafettes à dos d’éléphant.

 

ti;bre

 

La création d’une monnaie frappée.

 

Pour favoriser le commerce, que ce soit entre les Thaïs ou les Thaïs et les étrangers,  il faut qu’il existe des moyens de payement autres que le troc donc une monnaie… tout simplement.

Le règne de Rama IV marque un tournant fondamental dans l’histoire de la monnaie siamoise. Avant lui, le tical se présente sous forme de morceau de métal à peu près sphérique, éventuellement de lingots et les cauris (modestes coquillages) circulaient encore comme menue monnaie du temps de Monseigneur Pallegoix (qui avait grand mal à les utiliser) et peut-être jusqu’à la fin du siècle.

 

monnqies

Il fit dès 1862 frapper des pièces plates en or, en argent et de moindre valeur en étain (le pays en est riche) ou en cuivre sur une machine offerte par la Reine Victoria.  Il n’a, remarquons le, pas l’orgueil de les faire frapper à son effigie, d’un côté le sceau royal et de l’autre l’éléphant blanc ou la Chakra, symbole de la dynastie.

 

piece

 

L’avantage des pièces d’or notamment est d’avoir une parité avec les monnaies occidentales dans le même métal. Mongkut exigea (un désir populaire) que ses pièces en or soient en or pur et non à 22 carats comme par exemple les « souverains » anglais (35).

La monnaie la plus couramment utilisée dans le négoce (important) sera donc la pièce de 1 tical représentant 15 grammes d’argent fin, soit à l’époque, 3 francs 25.

Le roi Mongkut a également fait imprimer en 1853 la première monnaie de papier au Siam mais n’ayant pas cours forcé (elle ne l’aura que sous le règne de son successeur) son usage ne fut pas généralisé (36) et le bon peuple préféra longtemps les espèces sonnantes et trébuchantes.

 

billet

 

Cette réforme essentielle fit probablement un grand sujet de satisfaction pour le monarque puisque, lors de l’exposition universelle de Paris en 1867, le pavillon du Siam exposait la série des monnaies siamoises (37).

 

pavillon du siam

***

Réaliste aussi, et premier de sa dynastie, il n’enverra pas d’hommage même formel et symbolique, à l’empereur chinois de la dynastie Qing alors en totale déliquescence.

 

Il va en tous cas donner des espoirs aux diplomates occidentaux. Dès sa montée sur le trône, il manifeste son intention de favoriser le commerce et l’industrie indigène au delà des étroites limites dans lesquelles ses prédécesseurs les avaient enserrées (ouverture des voies de communication pour faciliter lies liaisons de Bangkok avec les provinces, création d’une véritable monnaie). Il s’empresse de satisfaire les revendications des commerçants étrangers par quelques mesures ponctuelles, en diminuant la « taxe de tonnage », autorisant l’exportation du riz ce qui permit à son pays de devenir le premier exportateur mondial et déclarant la vente de l’opium monopole d’état (38).

 

Il fut, de 1851 à 1868, un grand monarque qui pendant dix-sept ans, a su diriger son pays à travers les conflits, les pressions et les ambitions territoriales de la France et  de l’Angleterre et se fixer une ligne directrice, préserver l'indépendance de son pays envers et contre tout.

 

Sa politique étrangère face à la France, l’Angleterre et les Etats-Unis, fut habile dans la négociation des traités qui feront l’objet de nos articles suivants.

 

***

Sa passion pour l'astronomie fut la cause directe de sa mort. Il mourut, en effet, d'une fièvre paludéenne ou fièvre des jungles contractée sur les hauteurs de สามร้อยยอด Sam Roi Yot

 

samroi

 

où il était allé observer avec un certain nombre de savants européens l’éclipse de soleil de 1868.

 

 

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Notes.

 

(1) « Description du royaume thaï ou Siam » volume II page 101.

 

(2)  « La Croix » du 2 septembre 1940.

 

(3) cité in « Vie de Monseigneur Albrand, évêque de Sura » par J. Dourif, 1865.

 

albrand

 

(4) « Lords of life, the paternal monarchy of Bangkok, 1782 -1932, with the earlier and or recent history of Thailand », à Londres, 1960.

 

(5) Texte d’une conférence de Paul-Louis Rivière, ancien conseiller juridique du gouvernement siamois, reproduite dans le « Journal officiel » du 21 février 1913.

 

(6) Article anonyme, « La diplomatie » numéro du 20 juin 1897.

 

(7) Charles Bock, consul général de Suède et de Norvège à Shangaï « Le royaume de l’éléphant blanc – 14 mois au pays et à la cour du roi de Siam », traduction française, 1889.

 

(8) « La Cambodge – III – le groupe d’Angkor et l’histoire »1904.

 

(9) « Bulletin de la société d’histoire moderne », numéro 2, 1964.

 

(10) « Le correspondant » du 10 juillet 1902, « Les difficultés franco-siamoises », pages 863 s.

 

(11) Voir nos articles 121, 122 et 123 sur Rama III.

 

(12) Voir notre article précédent.

 

(13) Numéro du 3 novembre 1934. Cet hebdomadaire a disparu en 1944.

 

(14) Comte de Beauvoir, « Java, Siam, Canton, Voyage autour du monde » 1870.

 

(15) Article du docteur Alex Boggs sur le mémoire de Gréhans dans le pourtant très sérieux « Bulletin de la société d’anthropologie de Paris », tome VI et note 18 de notre précédent article.

 

(16) Voir notre article 44 « Avez-vous trouvé le code de Ramathibodi 1er, fondateur du royaume d’Ayutthaya » ?

 

(17) C’est de toute évidence ces décrets royaux qui sont toujours en vigueur (et appliqués) dans la Justice thaïe du XXIème siècle.

 

(18) « King Mongkut as a legislator » texte publié dans le journal de la Siam Society, volume 38, 1950, pages 32s. Seni Pramoj, descendant à la fois de la famille Bunnag et de Rama II, mais sans avoir le titre de Prince, participa activement au mouvement des « Thaïs libres », mouvement de résistance contre les japonais, premier ministre en 1945, il abandonne rapidement la vie politique, probablement disgracié, pour finir sa carrière comme modeste avocat jusqu’à sa mort en 1997.

 

(19) « La vie religieuse du roi Mongkut », article de Robert Lingat dans le journal de la Siam Society, 1926, volume 20 et du même « History of Wat Paravaniveça » in journal de la Siam Society, 1933.

 

 

(20) Pour le comte de Beauvoir (souvent d’une ironie féroce) qui a eu le privilège de le rencontrer « Il se pique de parler anglais et nous comprenons à peu près un mot sur dix » (Comte de Beauvoir, déjà cité note 14).

 

(21) Les calculs conduisant à déterminer le jour et l’heure d’une éclipse de soleil et sa localisation précise (longitude et latitude) nécessitent des connaissances approfondies en mécanique céleste et en mathématiques.

 

eclipse cqlculs

 

Le roi y parvint avec les moyens dont il disposait. Ce fut probablement le fruit d’un travail de bénédictin. Aucun des scientifiques invités par lui ne crurent un mot de ses prévisions, il conduisit dans son palais et l’éclipse dura exactement 6 minutes et 46 secondes comme il l’avait calculé.

 

(22) Le Duc de Penthièvre, petit fils de Louis-Philippe, grand amateur de bagatelle,  « vilain petit canard » de la famille d’Orléans et comme tel déshérité de ses droits dynastiques, était accompagné lors de son tour du monde de son ami, le comte de Beauvoir (note 14).

 

(23) Quelques mots sur lui dans « Voyage d’une Suissesse autour du monde » par Cécile de Rodt (1904). « Homme d’esprit et de cœur, il fut chargé de l’éducation du futur roi. Il employa son influence bienfaisante à former le caractère du jeune homme »  nous dit Charles Bock qui l’avait rencontré, précisant qu’il ne fut confié à Anna Lenowens que « dans sa première enfance ». (Charles Bock, déjà cité, note 7).

 

(24) « ….Nous espérons qu’en donnant votre éducation à nous et à nos enfants (que les anglais appellent les habitants d’une terre de ténèbres) vous ferez de votre mieux pour enseigner la langue anglaise, et non la conversion au christianisme, car les disciples de Bouddha comprennent en général la puissance de la vérité et de la vertu aussi bien que les disciples du Christ et désirent apprendre à parler facilement votre langue et connaître votre littérature, plus qu’une nouvelle religion ». Une espèce de cahier des charges. Cette lettre est reproduire ans « Les grandes voyageuses » par Marie Dronsart, 1909, dans le « Figaro – supplément littéraire du dimanche » du 22 juillet 1893 et dans « La Croix » du lendemain.

 

(25) Excellente analyse dans un article anonyme du journal « Le voleur » du 16 septembre 1881 « le royaume de Siam ».

 

(26) N’oublions pas que c’est au cours de l’un de ses nombreux voyages qu’il découvrit à Sukhothaï, avant qu’il ne monte sur le trône, la fameuse stèle du Roi Rama Kamheng qui constitue le document écrit et daté le plus ancien que nous connaissons jusqu'a présent sur l'histoire du Siam. Sans entrer dans les querelles érudites relatives à l’authenticité de cette découverte, il est certain que si le roi en fut l’auteur, et c’est loin d’être démontré, son génie résida alors dans l’immense érudition qui fut nécessaire pour rédiger ce « faux » et la démonstration d’une grande maitrise politique face aux impérialismes coloniaux, la preuve d’une indépendance  et de frontières assurées depuis plusieurs siècles.

 

stele

 

(27) Charles Bock déjà cité, note 7.

 

(28) Le prince Damrong a écrit l’histoire de la marine de guerre siamoise (« Arts asiatiques », tome 34, 1978).

 

(29) « Carnets de l’officier de marine », édition 1886.

 

(30) Impossible de trouver quelque renseignement que ce soit sur ce chef de cuisine devenu chef de guerre. Nous tirons ces renseignements d’un article signé Francis Mury dans « Le correspondant » du 10 juillet 1902, « Les difficultés franco-siamoises », pages 863 s.

 

(31) « Histoire du Laos français » par Paul Le Boulanger, 1930.

 

(32) Voir nos articles « Paul Ganier, un voyou de Montmartre, commandant en chef des armées du roi du Siam  en 1869 » et « Monsieur Duplessis de Richelieu, commandant en chef de la marine siamoise en 1893. »

 

(33) « La transmission de l’imprimerie en Thaïlande : du catéchisme de 1796 aux impressions bouddhiques sur feuilles de latanier », article de Gérald Duverdier dans le Bulletin de l’école française d’Extrême-Orient, 1980, tome 68.

 

(34) Voir notre article A47 «  Les premiers timbres-poste siamois ».

 

(35) « The coinage of Siam », article de Le May, dans le journal de la Siam Society, 1924 volume III.

 

(36)  Voir le site du Musée du billet de banque siamois :

http://www.siambanknote.com/thai-paper-money.htm

Pour les collectionneurs, pas moyen de trouver après une recherche rapide sur les sites de ventes aux enchères l’un des premiers exemplaires de ce papier-monnaie à moins de 1 million de baths.

 

(37) « Histoire générale de l’exposition de 1867 » par P. Aymar-Bression, Paris, 1868.

 

(38) Voir larticle de Léon de Rosny « Etudes sur le royaume de Siam » in « Nouvelles annales des voyages, de la géographie et de l’histoire ou recueil »  1860 tome IV, pages 208-229 et du même « Variétés orientales » publié en 1868 et « Une mission à Bangkok, souvenirs personnels », article d’ Albert de Chenclos dans « Le correspondant » de 1882

 

 

 

 

 

 

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Published by grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b - dans "Notre" Histoire de la Thaïlande
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Pierre 18/04/2014 10:25


J'oubliais ! Merci de NE PAS publier mon dernier message dans les commentaires.


Quand vous aurez chargé la vidéo, transmettez la à qui vous voulez mais je ne préfère pas avoir moult connections sur mon serveur.


Merci et bonne visu


Pierre

grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b 18/04/2014 10:49



Merci . C'est fait.



Pierre 17/04/2014 09:10


Bjr,


Je ne sais si vous accédez au replay mais hier sur FR3 il y avait un docu intéresant :


Mercredi 16 avril de 20h45 à 22h40 sur France 3


Culture


Le grand tour  


Thèmes de l'émission : Du royaume de Siam aux temples d'Angkor Réalisateur : Patrick de Carolis, Jean-Luc Orabona ...

Sur les pas de Rama IV, roi de Siam au XIXe siècle, voyage dans la ville mythique de Bangkok, où s'élèvent le somptueux Palais
Royal et le temple .


 


Bonne continuation

grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b 18/04/2014 09:25



Merci .... ;qis qppqre;;ent inaccessible depuis l'étranger mais je persiste