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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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26 avril 2014 6 26 /04 /avril /2014 23:02

titre  Nous avons vu que si Rama III à la fin de son règne avait pratiqué une politique commerciale de fermeture du pays et refusé même de recevoir en 1850, M. Ballestier, l’ambassadeur américain, ainsi que sir James Brooke, le plénipotentiaire de la reine Victoria, son successeur, le roi Mongkut, va se voir contraint (ou aura la « sagesse ») de signer avec John Bowring le 18 avril 1855 (et ratifié le 5 avril 1856), un traité d’amitié, de commerce et de navigation,  avec la Grande Bretagne et le 29 mai 1856 avec l’émissaire américain Townsend Harris.

Harris 2

 

Le roi Mongkut avait pu mesurer la nouvelle puissance militaire des puissances occidentales et surtout celle des Anglais et des  Français. Il avait certainement appris comment les Anglais avait fait signer le traité de Nankin de 1842 par la Chine,

 

traité de Nankin 3

 

 

après la 1ère guerre de l’opium, ainsi que les conséquences pour les Birmans de la 2ème  guerre anglo-birmane de 1852 qui avait abouti à l’annexion de la basse-Birmanie.


Le traité Bowring accordait beaucoup de privilèges à l’empire britannique, mais avait aussi permis au Siam de rester indépendant.

 

bowring 4

 

Le roi Mongkut savait désormais qu’il fallait savoir composer avec ces nouvelles puissances.

La France ne pouvait rester indifférente.


Mme Pensri (Suvanij) Duke, dans son livre sur « les relations entre la France et la Thaïlande (Siam) au XIX ème siècle, d’après les archives des affaires étrangères. » nous dit que déjà en 1840, une missive diplomatique siamoise avait été envoyée à Guizot,

 

Guizot 5

 

qui n’avait pas répondu. Fin 1851 le gouvernement siamois avait renouvelé ses propositions, et le 14 juillet 1852 l’Amiral Laguerre avait reçu les pleins pouvoirs pour négocier ; mais la guerre de Crimée l’en avait empêché.


Mgr Pallegoix avait également transmis au consul français basé à Singapour, le souhait du Siam de renouer avec la France, et de retour en France en 1853, il ne put que contribuer à encourager cette relation qu’il jugeait nécessaire. Il publiera en 1854 sa « Description du Siam ». (Cf. article 124)


Il fallut attendre -après un « cafouillage » diplomatique nommant Bourboulon, ministre de France à Macao-, le retour en France de Charles de Montigny, consul à Shanghaï,

 

Montigny 6

 

pour qu’il reçoive les pleins pouvoirs le 10 octobre 1855, pour négocier avec le Siam (ainsi qu’avec les suzerains du Cambodge et de Cochinchine).


L’étude de Charles Maynard de 510 pages, intitulée : « Le second empire en Indochine, Siam, Cambodge, Annam. L’ouverture du Siam au commerce et la convention du Cambodge »* nous montre les différentes étapes de cette ambassade, les principaux éléments de cette négociation, et les résultats obtenus avec le traité signé le 15 août 1856.

 

MAYNARD 7

Les instructions.


La mission principale consistait bien sûr à établir un traité commercial qui devait, pour le moins, comporter les mêmes clauses que celui du traité anglais du 18 avril 1855, ainsi que la plupart des articles constituant les traités passés par la France avec la Chine et l'Imanat de Mascate.

 

Mascate 8

 

Elle devait aussi obtenir la création d’un établissement consulaire, qui ne serait pas conditionné par la venue, à Bangkok, d'un certain nombre de navires de commerce français. Le traité devait également comporter des clauses sur la protection des missionnaires.


Le voyage.


Il quitte Paris le 30 décembre 1855, pour Rome afin de recevoir les instructions papales. Il en repart en mars 1856, retardé par la maladie du pape. Il arrive à Singapour le 16 mai 1856.


En attendant l’arrivée du navire qui devait l’emmener à Bangkok, il se met en rapport avec Mgr Pallegoix,  évêque de Mallos et vicaire apostolique de Siam, « dont il était autorisé à réclamer le concours officieux et qui, par son influence à la cour de Bangkok, ainsi que par sa connaissance approfondie de la langue, des hommes et des institutions du pays, était en position, croyait-on, de contribuer efficacement à la réussite de ses démarches. » Il l’informa de sa mission, des pouvoirs qui étaient les siens, de son entrevue avec le pape, de l’aide qu’il espérait. Il lui demanda aussi son appui pour obtenir du roi du Siam une lettre de recommandation auprès de l’empereur de Hué.

 

empereur de Hué 9

 

Il reçut la réponse le 19 juin 1856. Mgr Pallegoix y expliquait l’impossibilité de satisfaire une telle demande, car les relations entre les deux pays avaient cessé depuis bien des années et les deux souverains se considéraient comme des « ennemis ». Il répondit le jour même, insistant de nouveau, mais en vain.**

 

Il arrive au Siam le 9 juillet 1856, devant la barre de Siam.


Charles de Montigny est convaincu que le succès de sa mission dépend de la considération qui lui sera attribué par le roi. Il sait que Sir John Bowring avait exigé d’être reçu comme l’avait été le chevalier de Chaumont en 1685 lors de l’ambassade envoyée par Louis XIV.

audience chau;ont

 

Dès le 12 juillet, il fut accueilli par le ministre de la marine, qui lui annonça la venue du premier ministre, le Kalahom. Dès le lendemain, après avoir reçu les hommages dus à la mission, il eut un entretien amical avec le Kalahom, qui le rassura sur la réception qu’on lui préparait, et sur les désirs  du Siam  d’établir une nouvelle alliance sous la protection d’un empereur des Français aussi puissant et capable de les protéger « contre les empiètements éventuels d'un voisin ambitieux et envahissant, visant évidemment, par-là, les Anglais. » Il le sonda sur l’étendue de ses pouvoirs et sur les modifications qu’il comptait apporter au traité anglais. Sans se prononcer, Charles de Montigny lui indiqua que cela devait se faire de toute façon par un traité et qu’il était prêt à se mettre le plus rapidement possible à la table des négociations.

Charles de Montigny invita  à bord du Marceau le soir même le Kalahom, avec son frère et le ministre de la marine, et fit saluer son départ de 17 coups de canon.

Malgré les 25 barques royales qui devaient le conduire à Bangkok,

 

barges-royales- 14

 

Charles de Montigny tint à y parvenir avec le Marceau. Ce qui n’avait jamais été accordé. Il reçut même une lettre écrite de la main du second roi qui lui souhaitait la bienvenue.


Le 16 juillet, au matin, le pavillon tricolore fut hissé dans la cour du palais.


 pavillon tricolore 12

 

« Dès lors, commença pour M. de Montigny l'existence la plus accidentée et la plus laborieuse. Depuis le matin jusqu'à une heure assez avancée de la nuit, c'était un va-et-vient incessant de pages, porteurs de messages royaux, et de dignitaires de toutes sortes. Sa correspondance avec les deux rois et les ministres devint si considérable qu'elle eût exigé le concours de plusieurs secrétaires. » Il recevait de nombreuses marques d’attention, de présents et de fleurs à son intention et à celle de sa famille par les dames de la cour des deux rois et du Kalahom et celles des ministres, qui  manifestaient  le désir de plaire.

 

L’audience royale. 

 

Ce fut le 21 juillet que le roi donna à M.de Montigny sa première audience particulière.

 

Bien que privé, cette audience se fit avec le cérémonial et l’étiquette convenus, avec le faste réservé aux  grands ambassadeurs. (Chaises à porteur luxueuses, haie d’honneur de soldats, illuminations). Charles de Montigny était accompagné de Mgr Pallegoix et de M. l'abbé Larnaudie, son interprète.


LARNAUDIE 13 

 

M. de Montigny apprécia l’accueil du roi qui le fit même asseoir à côté de lui. La conversation se fit tantôt en anglais, tantôt en siamois (avec l’aide de Mgr Pallegoix). M. de Montigny eut bien du mal  à justifier le fait que l’empereur français n’avait pas envoyé de lettre au roi Mongkut. « L'absence d'un document de cette nature lui paraissait constituer une lacune très regrettable dont le cabinet des Tuileries n'avait pas, selon lui, mesuré suffisamment la sérieuse portée. » Le roi voulut aussi savoir pourquoi le gouvernement français avait attendu la signature du traité anglais. M. de Montigny répondit que  l'amiral Laguerre avait reçu des pleins pouvoirs il y a 4 ans pour négocier, mais que la guerre avec les Russes, dans le nord de la Chine, avait empêché l'amiral de se rendre au Siam. « Le roi parut comprendre ces explications. Cela ne l'empêcha pas, néanmoins, lors de l'audience solennelle, de renouveler sa question à M. de Montigny, devant toute sa cour. »

 

Le 24 juillet, jour que les astrologues avaient déclaré être d'un bon augure, fut le jour fixé pour la réception officielle chez le roi.

 

« Le 24 juillet donc, aux premières clartés du jour, le fleuve prit un air de fête.» « Le défilé commença par les grands balons royaux

 

Barge

 

montés par un détachement de marins français avec leurs officiers, tambours et clairons en tête, et formant l'avant-garde d'une grande barque royale aux extrémités dorées, conduite par soixante rameurs vêtus de rouge. Au centre du balon, sous un dais (chirolle) recouvert d'écarlate avec bordure dorée et rideaux parsemés d'or, apparaissaient sous un voile blanc, reposant sur une estrade en forme de trône, les portraits de l'Empereur et de l'Impératrice, soutenus par huit marins français. »

 

Charles Maynard va décrire avec force détails  un spectacle qu’il juge féérique, avec  les mats flamboyants des pavillons, la beauté des pirogues officielles, la liesse avec toutes les barques de toute forme … « Tout cela composait une scène fastueuse et d'un grand effet solennel. » L’arrivée au palais fit comme toujours son effet avec tous les princes et les dignitaires du royaume et l’arrivée du roi.

On remarqua le fait exceptionnel que malgré l’étiquette stricte, M. de Montigny avait eu l’autorisation de garder son épée auprès du roi.

 

épée montigny

 

L’abbé Larnaudie lut en français, une adresse au roi, qui répondit en souhaitant la bienvenue, et en formant « des vœux pour l'heureuse issue de sa négociation en vue de laquelle il allait s'empresser, de concert avec son Conseil, de nommer ses fondés de pouvoir. » L’accueil de la Cour fut chaleureux.

 

Le 28 juillet, M. de Montigny eut même l’honneur de venir présenter sa famille  au roi et à la reine,


ra;q IV et epouse 14

 

qu’il salua à l’anglaise avec une belle poignée de main. Le roi fit envoyer une série de présents pour chacun, dont des spécimens des produits de l'industrie siamoise, ayant figuré à l'Exposition universelle de Paris de 1855, qu’il avait, en effet, envoyés par l'intermédiaire de son vieil ami, le major-général W-J. Butterworth.


 william-john-butterworth

 

« Le lendemain 29 juillet, à quatre heures du soir, M. de Montigny fut reçu en audience solennelle par le second roi. Les préparatifs faits en vue de cette cérémonie présentèrent, dans leur ensemble, une grande analogie avec ceux ordonnés pour l'audience du premier roi. C'était le même faste, mais avec plus de raffinement peut-être et avec l'intention visible de se rapprocher le plus possible des usages européens. Le roi adressa ensuite à M. de Montigny diverses questions touchant la famille impériale, la santé des souverains, leur âge, etc., car le nom de Napoléon était très populaire à Siam. Il fit un gracieux accueil aux membres de la mission, dont chacun lui fut présenté en particulier, et s'informa de la santé des équipages. Le second roi ne portait aucune coiffure, en cette circonstance, et ses vêtements étaient loin d'égaler la splendeur de ceux du premier roi. De là, la mission fut conduite dans une grande salle du palais, ordinairement affectée à la réception des talapoins. Elle y trouva un lunch admirablement servi à la mode européenne, avec des confitures et des fruits du pays. » Le 31 juillet, M. de Montigny présenta sa famille au second roi.

 

 

 LE TRAITÉ DU 15 AOUT 1856


Le 29 juillet, les deux rois avaient donné les pleins pouvoirs aux plénipotentiaires siamois S. A. le Krom Hlouang qui représente tous les princes du sang, S. E. le Somdet Ong-noï, S. E. le Phraya Kalahom, S. E. le Phraya P'ra-Khlang et S. E. le Phraya Yomarat, qui avaient déjà  eu à négocier les deux traités précédents, afin  « de déterminer les limites du royaume, (…) promettant d'approuver tout ce qu'ils auront arrêté et conclu d'un commun accord, sans qu'ils aient à craindre d'encourir aucune peine attendu qu'ils ont toujours été et seront toujours l'appui du royaume. »

 

« Les conférences furent ouvertes, le 30 juillet, chez le Krom Hlouang qui les présidait. Les conférences se continuèrent les jours suivants, mêlées de réceptions continuelles chez notre plénipotentiaire constamment assailli de visiteurs qui ne se retiraient jamais sans emporter un souvenir de sa générosité.

Ses accablants travaux ne lui faisaient pas négliger les visites qu'il devait aux deux rois, ainsi qu'aux grands dignitaires du royaume, et il sut toujours concilier les graves préoccupations de sa charge avec la pratique des obligations de convenance qui s'y rattachaient. Son temps se partageait ainsi entre les conférences, les visites, les réceptions ouvertes, les dîners, etc., et les études commerciales nécessitées par le traité en préparation. »

 

Il est à noter qu’à l'une des dernières audiences qui lui fut accordée par le roi, il insista encore pour que celui-ci puisse envoyer un courrier officiel, annonçant au roi de Hué la venue d’ambassadeurs français et anglais.

 

 Mais le roi répondit que l'état d'hostilité existant alors entre l'Annam et son royaume ne lui permettait pas d'intervenir dans une affaire de cette nature :

« La nation cochinchinoise étant notre ennemie, nous ne désirons pas avoir avec elle de nouveaux rapports d'amitié, car nous jouissons d'une bien meilleure félicité aujourd'hui qu'au temps où de tels rapports existaient. Nous désirons maintenir nos coutumes orientales telles que la polygamie, par exemple, et rester étrangers à celles de l'Occident. » (Le roi Mongkut.)

 

Enfin, le 15 août, à trois heures, les forts de la ville annoncèrent par une salve de 21 coups de canon, rendue par le Marceau, la signature du traité.


MARCEAU 11


Il comportait 24 articles, les 4 points du règlement auquel le commerce français serait soumis dans le royaume de Siam, ainsi que le tarif des droits à percevoir à l’intérieur du pays ou à la sortie sur 66 articles nommément désignés, et des modalités spécifiques sur les armes et munitions ne pouvant être vendus qu’aux autorités.


Les extraits  des 24 articles  montrent bien l’importance du traité pour le commerce français, la création d’un consulat, la protection des Français résidant au Siam, et des savants, et  la liberté religieuse accordée aux missionnaires.

 

 

ARTICLE PREMIER

 

Les sujets de chacun des deux pays jouiront, dans l'autre, d'une pleine et entière protection

pour leurs personnes et leurs propriétés, conformément aux lois qui sont établies, et auront réciproquement droit à tous les privilèges et avantages qui sont ou pourront être accordés aux sujets des nations étrangères les plus favorisées.

 

ARTICLE 2

Les Hautes Parties contractantes se reconnaissent réciproquement le droit de nommer des consuls et agents consulaires pour résider dans leurs États respectifs. Ces agents protègeront les intérêts et le commerce de leurs nationaux, les obligeront de se conformer aux dispositions du présent traité, serviront d'intermédiaires entre eux et les autorités du pays et veilleront à la stricte exécution des règlements stipulés. (…) Il pourra être établi un consul de France à Bangkok, aussitôt après l'échange des ratifications du présent Traité.

 

ARTICLE 3

Les sujets français jouiront, dans toute l'étendue du Royaume de Siam, de la faculté de pratiquer leur religion ouvertement et en toute liberté, et de bâtir des églises dans les endroits que l'autorité locale,

 

ARTICLE 4

Tous les Français qui voudront résider dans le royaume de Siam devront se faire immatriculer dans la chancellerie du consulat de France, à Bangkok. Toutes les fois qu'un Français aura à recourir à l'autorité siamoise, sa demande ou réclamation devra d'abord être soumise au consul de France,

 

ARTICLE 5

Les sujets français sont autorisés à se transporter dans le royaume de Siam, à s'y livrer au commerce en toute sécurité, à acheter et à vendre des marchandises à qui bon leur semblera, sans que cette liberté puisse être entravée par aucun monopole ou privilège exclusif de vente ou d'achat.

 

ARTICLE 6

Les Français pourront, dans le royaume de Siam, choisir librement et prendre à leur service, comme interprètes, ouvriers, bateliers, domestiques, ou à tout autre titre, des Siamois non corvéables et libres de tout engagement antérieur.

 

ARTICLE 7

Les Français ne pourront être retenus, contre leur volonté, dans le royaume de Siam, à moins que les autorités siamoises ne prouvent au consul de France qu'il existe des motifs légitimes de s'opposer à leur départ.

 

ARTICLE 8

Lorsqu'un Français, résidant ou de passage dans le Royaume de Siam, aura quelque sujet de plainte ou quelque réclamation à formuler contre un Siamois, il devra d'abord exposer ses griefs au consulat de France, qui, après avoir examiné l'affaire, s'efforcera de l'arranger amiablement. De même, quand un Siamois aura à se plaindre d'un Français, le consul écoutera sa réclamation avec intérêt et cherchera à ménager un arrangement amiable ;

 

ARTICLE 9

Les Français seront également régis par la loi française pour la répression de tous les crimes et délits commis par eux dans le royaume de Siam. Les coupables seront recherchés et arrêtés par les autorités siamoises à la diligence du consul de France, auquel ils devront être remis, et qui se chargera de les faire punir conformément aux lois françaises.

 

ARTICLE 10

Dans le cas où des navires de commerce français seraient attaqués ou pillés par des pirates, dans des parages dépendant du royaume de Siam, l'autorité civile et militaire du lieu le plus rapproché, dès qu'elle aura connaissance du fait, en poursuivra activement les auteurs, et ne négligera rien pour qu'ils soient arrêtés et punis conformément aux lois.

 

ARTICLE 11

S'il arrive que des matelots ou autres individus désertent des bâtiments de guerre, ou s'évadent des navires de commerce français, l'autorité siamoise, sur la réquisition du consul de France, ou, à son défaut, du capitaine, fera tous ses efforts pour découvrir et restituer sur le champ.

 

ARTICLE 12

Si un Français fait faillite dans le royaume de Siam, le consul de France prendra possession de tous les biens du failli et les remettra à ses créanciers, pour être partagés entre eux. Cela fait-, le failli aura droit à une décharge complète de ses créanciers.

 

ARTICLE 13

Si un Siamois refuse ou élude le payement d'une dette envers un Français, les autorités siamoises donneront au créancier toute aide et facilité pour recouvrer ce qui lui est dû.

 

ARTICLE 14

Les biens d'un Français décédé dans le royaume de Siam, ou d'un Siamois décédé en France, seront remis aux héritiers où exécuteurs testamentaires, ou, à leur défaut, au consul ou agent consulaire de la nation à laquelle appartenait le décédé.

 

ARTICLE 15

Les bâtiments de guerre français pourront pénétrer dans le fleuve et jeter l'ancre à Paknam ; mais ils devront avertir l'autorité siamoise pour remonter jusqu'à Bangkok, et s'entendre avec elle relativement à l'endroit où ils pourront mouiller.

 

ARTICLE 16

Si un navire de guerre ou de commerce français en détresse entre dans un port siamois, les autorités locales lui donneront toute facilité pour se réparer, se ravitailler ou continuer son voyage. Si un bâtiment sous pavillon français fait naufrage sur les côtes.

 

ARTICLE 17

Moyennant l'acquittement des droits d'importation et d'exportation, mentionnés ci-après, les navires français et leurs cargaisons seront affranchis, dans les ports siamois, de toutes taxes de tonnage, de licence, de pilotage, d'ancrage et de toute autre taxe quelconque, soit à l'entrée, soit à la sortie. Les navires français jouiront de tous les privilèges et immunités qui sont ou seront accordés aux jonques et navires siamois eux-mêmes, ainsi qu'aux navires des nations étrangères les plus favorisées.

 

ARTICLE 18

Le droit à percevoir sur les marchandises importées par navires français dans le royaume de Siam n'excédera point trois pour cent de la valeur.

 

ARTICLE 19

Les droits à percevoir sur les marchandises d'origine siamoise, soit avant leur exportation sur les navires français, soit au moment de cette exportation, seront réglés conformément au tarif annexé au présent traité sous le sceau et la signature des plénipotentiaires respectifs.

 

ARTICLE  20

Moyennant l'acquittement des droits ci-dessus mentionnés, et dont il est expressément interdit d'augmenter le montant à l'avenir, les Français seront libres d'importer, dans le Royaume de Siam, des ports français et étrangers et d'exporter également, pour toute destination, toutes les marchandises qui ne seront pas, au jour de la signature du présent traité, l'objet d'une prohibition formelle ou d'un monopole spécial. Toutefois, le Gouvernement siamois se réserve la faculté d'interdire la sortie du sel, du riz et du poisson, pour le cas où il y aurait lieu d'appréhender une disette dans le royaume de Siam

 

ARTICLE  21

Le consul de France devra veiller à ce que les capitaines et négociants français se conforment aux dispositions du règlement annexé au présent traité.

 

ARTICLE 22

Après un intervalle de douze années révolues, à partir de l'échange des ratifications, et si, douze mois avant l'expiration de ce terme, l'une ou l'autre des Hautes Parties contractantes annonce, par une déclaration officielle, son désir de réviser le présent traité, ainsi que le règlement et le tarif qui y sont annexés,

 

ARTICLE 23

Le présent traité ayant été rédigé en français et en siamois, et les deux versions ayant la même portée et le même sens, le texte français sera officiel et fera foi sous tous les rapports, aussi bien que le texte siamois.

 

ARTICLE 24

Les ratifications du présent traité d'amitié, de commerce et de navigation, seront échangées dans l'intervalle d'un an, à partir du jour de la signature, ou plus tôt si faire se peut, et le présent traité sera en vigueur aussitôt que cet échange aura eu lieu.

 

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 Les commentaires. 

 

Déjà Maynard dans son étude estime que « l'article 5, relatif à l'établissement de nos nationaux à Siam, était, certainement, le plus important. Venait, ensuite, l'article 15 ayant rapport au droit pour les navires de guerre de pénétrer dans le fleuve jusqu'à Paknam

 

Paknam

 

et, même, de remonter jusqu'à Bangkok. La discussion de l'article 16 avait, à son tour, fait naître de nouvelles contestations à propos de la manière d'opérer le sauvetage des navires en détresse dans un port siamois et des moyens à employer pour sauver les débris du navire et de la cargaison, en cas de naufrage, contestations qui se renouvelèrent au sujet de l'article 17, relatif à la taxe du pilotage, et sur l'article 18 concernant la durée du traité.


Mais la clause qui provoqua le plus de résistance de la part des négociateurs siamois fut l'article 13, dans lequel il est dit que: « si un Siamois refuse ou élude le paiement d'une dette envers un Français, les autorités siamoises donneront au créancier toute aide et facilité pour recouvrer ce qui lui est dû » M. de Montigny dut les ramener à l'article 10, pour leur prouver que les autorités ne sauraient être rendues pécuniairement responsables. La loi siamoise donnait, en effet, au créancier le droit de se saisir de la personne de son débiteur, de ses femmes et enfants, et de les vendre comme esclaves. »

 

Il y aurait bien sûr d’autres commentaires à faire, pour un traité de cette importance qui avait redéfini les règles d’échanges et supprimé les monopoles détenus par les princes et les nobles. On peut voir là une véritable « révolution »  économique et culturelle, encouragé par un roi exceptionnel, parlant en autre anglais et ouvert aux idées « occidentales » et à la science.

Certes les Français avaient obtenu des avantages commerciaux importants, la protection des Français résidant au Siam, l’accès des navires de guerre français à Bangkok, l’installation d’un consul aux pouvoirs très importants, la liberté religieuse pour les missionnaires, et cette clause originale protégeant les scientifiques français. (Révélateur aussi de l‘intérêt manifesté par Rama IV pour la science).

 

Les conséquences du traité.

 

Mais Maynard relève aussi qu’en moins d’un an, les conséquences du traité seront visibles :

 

« Avant l'arrivée de M. de Montigny à Bangkok, on y recevait environ trente navires de commerce anglais et américains, par an; à la suite de la signature du traité, il en vint, en moins d'un an, plus de deux cents de toutes les nations, dont vingt-cinq français, c'est-à-dire, pour ne parler que de ces derniers, plus qu'il n'en venait auparavant dans toute la Chine en l'espace de trois ou quatre ans. Cette extraordinaire expansion du commerce de Siam était due, on ne saurait le nier, à une modification que M. de Montigny avait apportée à l'article 8 des traités anglais et américain. »

 

Ce traité allait aussi soulever certaines difficultés, dont nous vous  donnerons un exemple dans l’article suivant à propos de l’article 12.

 

Napoléon III et la diplomatie française  vont ensuite accumuler les « bévues ».


 Napoleon-III-karikatur 15

  • Déjà on n’avait pas apprécié que le Traité signé fut remis, sans cérémonial, à un navire marchand.
  • Après la signature du Traité, Rama IV avait offert des présents et proposé une Ambassade thaïe à Napoléon III. Celui-ci ne répondit pas à la demande d’Ambassade et ne remercia pas Rama IV pour ses présents.
  • Ensuite, le Consul français de Bangkok, s’installa sans avoir présenté ses lettres d’accréditation. Il y avait là crime de lèse-majesté.

 

Cela ne pouvait que renforcer les rivalités à la Cour.

 En effet, on pouvait distinguer trois partis à la Cour qui tentaient d’influencer la politique extérieure du Siam. Il y avait les pro-européens défendus par Rama IV et le 3ème frère du Roi,  les anti avec à leur tête le barcalon (1er ministre) et le second Roi, et enfin le parti nationaliste des mandarins jaloux de leurs prérogatives et qui voyaient d’un mauvais œil les nouveaux droits des Anglais et des Français.

Toutefois, face à une présence occidentale accrue dans la région, Rama IV poursuivit sa politique d’ouverture et d’équilibre diplomatique en signant d’autres traités : avec le Danemark (1858), le Portugal (1859), les Pays-Bas (1860) et les États allemands (1862).

 

Mais la prise de Saïgon le 9 juillet 1859, par l’ amiral de Genouilly, ainsi que l’arrivée des Français en  Cochinchine allait bouleverser tout « l’ équilibre » de l’Asie du sud-est.


 prise de sqigon

 

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*« Le second empire en Indochine, Siam, Cambodge, Annam. L’ouverture du Siam au commerce et la convention du Cambodge » de Charles Maynard, Paris, 1891.


**Voir également Simona Somsri Bunarunraksa, Monseigneur Jean Baptiste Pallegoix, Ami du roi du Siam imprimeur et écrivain, (1805-1862), L’Harmatttan.

 

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