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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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16 février 2012 4 16 /02 /février /2012 00:06

Adam4Notre Histoire. Les origines mythiques de la Thaïlande ?


Devant la multiplicité des théories qui tentent de proposer une origine aux Thaïs, devant cette question des racines de la population thaïe que beaucoup jugent insoluble, nous avions proposé dans notre dernier article d’étudier ce que « la vérité «  des mythes pouvait nous apprendre.


Nous avions déjà cité  « Auguste Pavie (qui) nous raconte la légende qu’il a recueillie (mais toute légende ne repose-t-elle pas sur une réalité née d’une longue tradition orale ?) selon laquelle Thaïs, Laotiens et Khas (les habitants originaires du Laos) ont eu pour berceau une même courge à Muong-Thèng (Dien-Bien-Phu) laquelle, arrivée à maturité, a donné naissance aux différentes tribus. En attribuant déjà aux Thaïs et aux Laos une même origine, la légende semble d’accord avec la réalité. (Cf. notre article 11)


 et Dubus  qui reprenait aussi : « Bien que ces populations se soient éloignés les unes des autres, des mythes conservent le souvenir d’une origine commune avant tout fondée sur la langue; Ainsi, d’après le mythe de Khum Borom, tous les groupes de Thaïs seraient sortis des fruits d’un concombrier géant, qui aurait poussé après l’inondation du monde ».


Nous pensions alors naïvement qu’il nous aurait suffi de rappeler ce que peut représenter un mythe, dans un récit tenu pour vrai, dans un système de croyances déterminées, et ensuite d’en savoir un peu plus sur ce mythe de la courge, concombrier ou potiron ou aubergine ! (enfin, un légume appartenant à la famille des cucurbitacées !).


Hélas «  le voyageur » s’est perdu en route et revient, une fois de plus,  avec plus d’incertitudes que de révélations.

1/ Le mythe ?


Nous estimions fort de nos souvenirs de nos lectures anciennes de Mircéa Eliade, Mauss,  Girard, Lévi Strauss … que le mythe nous « révélait » une vérité, nous proposait un récit tenu pour « vrai », une compréhension de l’organisation (religieuse,sociale,culturelle) de la société étudiée.


Le mythe raconte une histoire sacrée, l'origine du Monde, des animaux, des plantes et de l'homme, et des « événements »  « primordiaux » de la tribu. Le mythe « révèle » comment le ou les Dieux  demandent aux hommes de  s’organiser, vivre, « prier », pour vivre en « harmonie ». Une histoire sacrée qui impose un calendrier, un rituel du quotidien et des étapes importantes de la vie des hommes (la naissance, l’ initiation, le mariage, et les funérailles…).


On sait que depuis la naissance des premières cités, la plupart (toutes ?) sont nées avec un mythe fondateur. (on pourrait citer Gilgamesh à Babylone,

 

gilgamesh-roi-d-Uruk-543po

 

le mythe de Romulus et Rémus à Rome,

 

 

louve

 

le mythe d'Érechthée à Athènes


 

erechytee

 

et le Kalevala ….)

 

kaleva8

 

On pourrait aussi rajouter les récits originels des religions …"Le mythe est au « sauvage » ce qu'est, à un chrétien croyant pleinement convaincu, le récit biblique de la création,


creation

 

de la Chute, de la rédemption par le sacrifice du Christ sur la croix" (Paul Gosselin).

L’homme du mythe  ne vit pas dans l’Histoire mais doit revivre le Temps sacré. Le mythe lui dit comment faire. Aussi est-il vital de se transmettre la Parole du ou des Dieux, afin de se conformer à l’Ordre « divin ».


Le mythe rattache le devenir présent de la communauté humaine à une Histoire primordiale, que la vie profane ne fera que répéter; il permet à chaque acte humain, à chaque geste, à chaque parole de s'inscrire dans un ordre symbolique qui leur donne sens; il double l'ordre laïque d'un ordre sacré qui le fonde et inscrit la société dans une continuité qui outrepasse chacun des moments particuliers de son existence.


Mais c’était oublié que chaque mythe fut-il intégralement transcrit, traduit, nécessitait une interprétation.


2/ L’interprétation des mythes ?

 

interprétation



Il est aisé de définir un mythe, mais il est plus difficile d’en proposer une interprétation. 


En effet, nous savons que l’interprétation d’un mythe n’est possible que dans la confrontation avec des mythes voisins.


 Seul, nous dit Lévi-Strauss, il ne signifierait rien ou si  peu car on ne pourrait rien vérifier. « Chaque mythe (est) incompréhensible sans être opposable à d’autres versions du même mythe ou à d’autres mythes de la Région en apparence différents. (Les Mythologiques analysent ainsi plus de huit cents mythes, qui, à partir d'un mythe de référence, sont introduits de proche en proche par le moyen de « transformations ». Larousse).


De plus, bien souvent,  l'étude des mythes propose des platitudes ou des sophismes, et des constatations contradictoires. (Cf. Elisabeth Benware* étudiant “La Structure des Mythes by Claude Lévi-Strauss).

 

Leviss


Alors que dire de notre mythe thaï de la courge ?


Il  nous apparait bien seul pour être significatif. Et pourtant il est cité par de nombreux auteurs. Nul ne semble être étonné qu’il ne soit pas (plus ?) revendiqué par les Thaïs. Nul ne semble être étonné que Mgr Pallegoix (30 ans de présence, une œuvre monumentale), n'est entendu de son royal ami, le grand roi Mongkut, l'origine" chinoise" du peuple thaï et le fasse provenir du Bengale  !!!


3/ Revenons à notre mythe thaï de la courge.


Après cette mise au point, nous ne pouvions plus penser qu’UN  mythe rapporté par nos « experts » « coloniaux » Pavie, Aymonier, Picanon … et beaucoup d’auteurs contemporains, puisse nous révéler une quelconque vérité, surtout sur l’origine mythique des Thaïs.


Mais un livre récent d’un ethnologue, Olivier Evrard** (chercheur à l’IRD au sein de l’UR) revenait encore sur ce mythe fondateur du Nithan Khoum Boulom.


On apprend que son étude concerne  les Lao et les Khou du Laos du Nord, mais que la structure générale du mythe est commune à de nombreuses populations d’Asie du Sud-Est (on retrouve, dit-il, le thème des humains sortis d’une courge dans la tradition indienne-Mahabarata, Ramayana).
Cette étude s’appuie surtout sur deux textes principaux traduits et commentés par Charles Archaimbault (1972, 1973) ***, le Nitham Khoum Boulom (L’histoire du chef suprême) (le mythe que nous avions cité), et les Annales du Royaume de Luangphrabang.


Mais en fait, ce mythe n’a pas pour objet de raconter l’origine de ces populations, mais de justifier par la  hiérarchie des divinités, la hiérarchie terrestre, le statut particulier du souverain et de ses descendants, de légitimer « le caractère hiérarchisé typique de l’organisation sociale Taï (les fondateurs de la chefferie, d’extraction divine et la foule de leurs administrés, issus des courges originelles et répartis en deux groupes sociaux : les hommes libres et les esclaves ».


Mais, nous dit Evrard, les Kmou, spoliés par les Lao, n’ont pas du tout le même récit de la courge. Ils ont bien vu  que le récit Tai voulait les intégrer mais en les plaçant en bas de l’échelle sociale.


•    On peut remarquer ici l’orthographe du mot « Tai » différent de Thaï.
Au Laos, le nom de "Lao" sert à désigner officiellement les quelque 68 groupes ethniques répertoriés, classés en 3 groupes principaux : les Lao Loum (60%), les Lao Theung (22%), les Lao Sung (9%).


Parmi les Lao Loum, on classe  différents groupes tai ( Tai Daeng (Tai rouge), Tai Dam (Tai noirs), Tai Dón, Tai Loi, Tai Mène, Tai Nüa, Tai Pao), organisés en seigneuries, forment de petits groupes distincts.


•    « Pour marquer la différence entre les Thaï siamois et les autres groupes austro-thaï, quelques spécialistes lao anglophones utilisent l'orthographe "Tai" qui les recouvre tous. » (wikipédia).

 

Mais on peut aussi citer les Thaï Isan, les Thaï du Nord (Lanna ou Thaïs Yuan), les Shan de Birmanie ou Thaï Yai, les Zhuang du Yunnan en Chine, les Tai Lue du Laos et de Chine (Dai), les Nung du Laos, de Thaïlande,du Viêtnam et de Chine et les Tai krao (Tai blancs)...

 

•    Nos Thaïs seraient donc différents (ou devenus différents, c’est ce qu’il nous faudra raconter ultérieurement dans un autre article).


•    Nous pouvons aussi proposer une autre différence de taille (si je peux dire) : Nos Thaïs (enfin les élites urbaines "siamoises") ne sont plus dans le temps mythique, mais dans l’ Histoire.


Ainsi, pour revenir au sujet de cet article, nous pouvons comprendre que les Rois siamois du XIX ème siècle, s’ouvrant au monde moderne, affrontant d’autres puissances, ne pouvaient utiliser le mythe de la courge (s' ils l’avaient d’ailleurs utilisé ; Ce qui reste à prouver), pour convaincre leurs nouveaux adversaires du bien fondé de « leurs possessions ».


Il leur fallait désormais une Histoire. Un autre « récit mythique » ?



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*l’article “La Structure des Mythes by Claude Lévi-Strauss » de Elizabeth Benware »(
http://litgloss.buffalo.edu/levistrauss/text.shtml

**Chroniques des Cendres, Anthropologie des sociétés khmou et dynamiques interethniques du Nord-Laos, IRD Editions, 2006.


***Charles Archaimbault (Thouars, 1921 – Créteil, 2001) est un ethnologue français, spécialiste de la culture lao.
•    « La naissance du monde selon les traditions lao : le mythe de Khun Bulom », dans La naissance du monde, Paris, Seuil (Sources orientales), 1959, 383-416.
•    La course de pirogues au Laos : un complexe culturel, Ascona, Artibus Asiae, 1972.

 

pirogues

•    Structures religieuses Lao (rites et mythes), Vientiane, Vithagna, 1973.

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