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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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31 janvier 2011 1 31 /01 /janvier /2011 00:12

La « Révolution » de 1688 au Siam, vue par Jean Vollant des Verquains,

In Particularités de la révolution de Siam arrivée en l’année 1688


mgr-artus-de-lionneIl pouvait être intéressant d’en savoir un peu plus sur cette « Révolution de 1688 » au Siam, qui après les deux Ambassades de 1685 et 1687 envoyées par Louis XIV, allaient mettre fin soudainement à la « présence française » pendant 150 ans au Siam.

Justement Jean Vollant des Verquains, officier ingénieur sous les ordres du général Desfarges, « maréchal des camps et armées du Roi », va dans Particularités de la révolution de Siam arrivée en l’année 1688, (Les éditions Charlemnit à Bangkok, fac-similé, 1985), décrire, non pas une révolution, mais ce qu’on peut appeler le coup d’Etat, voire une révolution de palais, de Pitracha.


Il faut rappeler que Pitracha, dont le roi Naraï avait épousé la sœur, était fort considéré par les « autorités religieuses » et les princes. Des Verquains le signale : Pitracha « tenait le premier rang après la personne du Roi » et « était d'une très haute considération chez les talapoins ». Pitracha ne peut accepter la mainmise du Royaume entre les mains d’ « un étranger », ce M. Constance qui, pour se maintenir au pouvoir, introduit une religion « étrangère », installe des missionnaires « étrangers », confie aux militaires français les garnisons de Bangkok et de Mergui et qui de plus, « confisque » tout le commerce extérieur au profit du roi, en s’enrichissant au détriment de tous les grands mandarins ....


Des Verquains est conscient que la position française ne tient que par la « protection » de M. Constance :

« Ainsi ce grand édifice, dont le dessein avait eu des vues si nobles, qui avait été manié par de si habiles mains, ne reposant que sur la fortune d'un favori, et celle-ci sur la santé de son maître, disparut au moment qu'une maladie survint et qu'une nouvelle autorité s'éleva contre la légitime, qui ne fut pas soutenue »

Et malheureusement en cette année 1688, le roi est gravement malade.

Une fin de règne s’engage,  dont l’issue n’était pas écrite d’avance.

 

                                   Lopburimaison-phaulkonDes Verquains constate donc le rôle omniprésent de M. Constance « qui possédait entièrement la faveur de son maître, ayant été élevé au plus haut degré du ministère » : « Il ordonnait expressément dans les traités qu'il faisait avec eux de ménager leurs intérêts : et quant aux troupes qu'on lui avait amenées sous la conduite de M. Desfarges, maréchal des camps et armées du roi, il leur avait donné, avec sa confiance, la possession de ses forteresses et de ses postes les plus importants. Il avait permis aux missionnaires catholiques venus dans son royaume sous l'inspection de deux prélats français, M. l'évêque de Métellopolis et M. l'abbé de Lionne, nommé évêque de Rosalie, de s'y établir et d'y exercer leurs fonctions. Il leur avait fait bâtir des églises et des chapelles magnifiques ».


Le complot de Pitracha.

On peut comprendre les « inquiétudes » de Pitracha et son désir de renverser M. Constance et ses « nouveaux alliés » étrangers. Il sait que les courtisans siamois ne supportent plus les pouvoirs de M. Constance et les talapoins (les moines) l’influence croissante des jésuites et des missionnaires. On peut imaginer que les protestants hollandais et anglais et les catholiques portugais s’opposent à cette nouvelle présence française  Il est aisé pour Pitracha de dénoncer aux dignitaires des talapoins l’influence néfaste de cette nouvelle religion, aux grands du royaume le danger que représente cet étranger, « M. Constance [qui] n'avait appelé les Français que pour leur donner des tyrans, mais qu'il n'en voulait point d'autres preuves que la conduite de ce ministre, qui leur avait livré les deux plus importantes places du royaume ». Pitracha s’organise et attend son heure.   

             

Constance passe à l’action

Mais M. Constance est un homme informé qui ne manque pas  d’espions. Il décide d’agir et d’étouffer le complot. Il envoie une lettre au général Desfarges dénonçant la « conspiration » de Pitracha, « contraire aux intérêts du roi du Siam et de la famille royale » en précisant (le rusé !) : « (ainsi) qu'à l'établissement de la religion chrétienne et de la Compagnie de France ».

Il lui obtient  une audience auprès du roi « pour lui montrer qu’  il en a encore le soutien ».

De retour à Bangkok, Desfarges met en alerte la forteresse et retourne sur Louvo, avec 80 hommes et 10 officiers.


La manœuvre de Véret, chef du comptoir français

forteresseThonburiMais  dans la ville Siam il rencontre le sieur Véret, qui avait intérêt de brouiller et de souhaiter la perte de M. Constance, en haine de ce qu'il connaissait sa mauvaise foi dans la direction des effets de la compagnie. Il employa toutes les inventions dont il était capable pour persuader ce qu'il voulut au général des Français, lui disant d'un air effrayé que c'était fait de sa personne et de ses troupes s'il prétendait les transporter à Louvo, que le roi n'était plus et que son ministre était déchu de sa fortune et perdu sans ressource; ne pouvant y avoir de chute médiocre pour lui, d'autant plus qu'il était étranger, et que descendant du poste où il avait été élevé, il tombait entre les mains de ses ennemis.

Le voyant irrésolu, il lui proposa de voir Messieurs les prélats supérieurs des missionnaires apostoliques ou l'évêque de Rosalie, prévenu de bonne foi de la mort du roi de Siam et croyant effectivement qu'il y avait grand nombre de troupes postées sur les avenues de Louvo, qui attendaient que les Français donnassent dans l'embuscade pour les tailler en pièces, confirma l'avis de Véret sur ce qu'il avait appris de Véret même ou de la renommée, ce qui fit une telle impression sur le commandant, qu'il déclara qu'il était prêt de désister de son entreprise.

L'évèque de Mételopolis temporise et recommande « d'écrire à M. Constance pour lui donner avis de la cause du retardement et en attendant des nouvelles. M. Desfarges retira son détachement de la ville et s'alla poster à deux lieues au-dessous ».

L'officier, chargé de la lettre, fut surpris à Louvo de voir « le roi y était aussi absolu que jamais, prenant alors le divertissement d'observer dans son palais une éclipse de lune avec les pères jésuites à qui il faisait l'honneur de demander l'explication de diverses questions d'astronomie, enfin tout était calme dans la situation ordinaire, mais particulièrement chez M. Constance qui se reposait sur la parole qu'on lui avait donnée et qui se flattait de se voir bientôt délivré d'un redoutable ennemi.

On peut imaginer la surprise et le désarroi de M. Constance de cette soudaine et inattendue volte face du général Desfarges.

Il  répondit sur-le-champ; priant instamment M. le général d'être moins facile à croire des faussetés qu'il devait assez bien connaître pour ne s'en pas alarmer, de se souvenir de l'état auquel il avait vu lui-même la cour, et de croire qu'il n'était pas arrivé de changement depuis ce temps .


Coup de théâtre incompréhensible :

Malgré la lettre de M. Constance et le témoignage d‘un de ses officiers qu’il avait envoyé en mission  incognito et qu’il lui avait confirmé les propos de M. Constance, Desfarges décide de revenir sur Bangkok et envoie une dépêche « pour M. Constance où il s'excusait de ce qu'il ne l'allait pas trouver, sur le risque qu'il aurait couru de perdre sa tête en France s'il sortait de son poste, et en tirait ses meilleures troupes pour les employer ailleurs [...]  qu'au reste Messieurs les évêques, dont le mérite et la prudence étaient connus de la cour et de qui il avait ordre de suivre les avis, s'étaient bien voulus charger de le disculper »  

Cette grave faute politique allait précipiter les événements. 


Contraint, M. Constance change de stratégie : Il   juge qu'il  n’est que  temps d’informer le Roi de la conspiration et du refus de Desfarges d’intervenir.

Il  lui conseille de choisir un successeur. Or, le Roi avait deux frères qu’il gardait déjà sous bonne garde, une fille et un fils adoptif. Il propose de désigner la princesse et à elle de choisir comme époux l'un des deux frères. Le roi convoque l’Assemblée des grands du Royaume, leur rappelle leur devoir et dénonce le complot.


Coup d Etat de Pitracha

SiegeBangkok1688Le soir même Pitracha, le 18 mai, avec ses milices prend le contrôle du Palais et de la personne du Roi, en promettant au fils adoptif Monpi la succession. Mais celui-ci se sent menacé par Pitracha, et se réfugie auprès du roi . Deux jours après, il fut enlevé de force et massacré dans l’antichambre et son corps exposé à la grande porte du palais.

M. Constance, dans un ultime acte de courage essaya avec quatre soldats français d’enlever le roi. Mais il fut arrêté et « chargé de chaînes et resserré étroitement dans une prison faite de pieux où on lui brûla d'abord la plante des pieds, selon la coutume de ces barbares, pour empêcher les prisonniers de se sauver et exécuté. »

Mais Pitracha devait résoudre le « problème » de la force française. Il convoqua alors via M. Véret le général Desfarges au Palais ainsi que les évèques. Il fit tout pour les rassurer et demanda l’aide de Desfarges pour une expédition au Laos ! Le piège était trop visible.


Sans entrer dans les péripéties, Desfarges ne fut pas dupe et se prépara à la « guerre ».

Pitracha trouvait encore d'autres affaires à démêler ; voyant que la maladie du roi, qui était dégénérée en hydropisie, augmentait tous les jours, il songea à s'assurer de ses deux frères légitimes successeurs de la couronne et les fit étouffer « selon la coutume de ces nations, qui ne répandent jamais le sang de leurs princes et estiment ce genre de mort le plus honorable ».


Le Roi Naraï mourut peu après (le 11 juillet). Il avait  gouverné pendant près de trente-deux ans.

Pitracha se fit proclamer roi, et toujours en fin stratège épousa la princesse héritière du royaume afin de rendre son règne plus assuré.


Il ne restait plus à régler que la présence de la garnison française. Pitracha fut «expéditif». Il déclara à Desfarges, que contrairement à son prédécesseur, qu’il ne voulait plus entretenir commerce avec les étrangers et leur donner sa protection dans ses terres et que néanmoins, en considération de l'alliance du feu roi avec le roi de France, il ne refuserait pas de procurer aux Français toutes les commodités qui leur pourraient apporter du soulagement, si de leur part ils voulaient lui remettre ses forteresses et sortir de son royaume.


Après négociations un traité fut signé. Il aménageait le  départ des Français, la remise de la forteresse de Bangkok entre les mains du Roi et assurait le libre exercice des Missionnaires et Jésuites et leur liberté de circuler et le commerce de la Compagnie royale des Indes. C’était évidemment un traité de dupes.

Mais Pitracha pouvait savourer sa victoire et assister au départ des Français le 22 novembre 1688.

 


Siege-BangkokEt des Verquains de conclure : « et on s'éloigna d'une terre où l'on avait couru tant de fortunes en moins d'une année, au commencement de laquelle on s'était vu élevé au point de la plus glorieuse prospérité, et ensuite presque anéanti dans la plus humiliante disgrâce ; c'est ce que l'avenir aura peine à croire, s'il juge de cet événement selon les lois »

Le fils de Petratcha, Sorasak - ou Sarasak - devint en 1703, à la mort de son père, le 33ème roi d’Ayutthaya, connu sous le surnom de Phra Chao Süa (le roi Tigre). Il tenta de renouer des relations avec la France. Mais Louis XIV en guerre avec l’Europe n’y répondit pas.

Nul n’aurait pu penser que la décision du général Desfarges de ne pas soutenir M. Constance allait  entrainer le départ des Français du royaume de Siam… pour 150 ans, pour ne reprendre officiellement que  sous le roi Mongkut (Rama IV, 1851-1868).

 

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En 1854, Monseigneur Pallegoix, dans un Extrait de l'Histoire de la mission de Siam, nous raconte ce que subirent les chrétiens, avant de pouvoir reprendre leur action limitée à Ayutthaya  :

 « On ne se contenta pas de faire souffrir les missionnaires, les séminaristes et les Français, plusieurs chrétiens de différentes nations, furent mis en prison, exposés à des traitements barbares, et plusieurs payèrent de leur vie leur fidélité à la religion chrétienne. Un volume entier ne suffirait pas pour faire le détail des maux que souffrirent, dans toutes les provinces, tant de chrétiens français, siamois, portugais, chinois, cafres, malabres, tonkinois et cochinchinois. L’avarice des mandarins leur enleva tous leurs biens et leur fit souffrir mille tourments pour les contraindre à donner ce qu’ils n’avaient pas. Il y en eut qui se rachetèrent jusqu’à cinq fois, et furent ensuite réduits à l’esclavage ».

 

Source : un site remarquable : Mémoires du Siam

 

 

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