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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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3 mai 2014 6 03 /05 /mai /2014 23:02

medailleAprès la signature, le 15 août 1856,  du  traité franco-siamois d’amitié de commerce et de navigation, une ambassade siamoise envoyée par le roi Mongkut arrive en France le 2 juin 1861. Elle sera reçue le 27 juin par l’Empereur Napoléon III et l’Impératrice au château de Fontainebleau. La précédente –l’ambassade du roi Naraï reçue par le roi Louis XIV- datait  du 1er septembre 1686 ! 


Une excellente étude de Dominique Lebas intitulée « La venue de l'ambassade siamoise en France en 1861 » allait nous aider à comprendre le contexte historique, la réception des ambassadeurs par Napoléon III, les visites effectuées en France et à évaluer l’utilité de cette ambassade. (Cf. notes * et **) Son étude est d’autant plus précieuse qu’ auparavant, « seuls les présents offerts à Napoléon III et à l'impératrice conservés dans le Musée chinois du château de Fontainebleau, le tableau de la Réception des ambassadeurs de Siam par Napoléon III dans la salle de bal du Château de Fontainebleau peint par Jean-Léon Gérôme et conservé au musée National du château de Versailles et les photos de Nadar nous rappell(ai)ent cet événement exceptionnel. » (Jean Baffie confirme)***


tableau

 

 

Rappel du contexte.


Rama IV a choisi une politique d’ouverture diplomatique et commerciale envers les pays occidentaux, qui, nous l’avons vu, prendra tout d’abord la forme de traités avec les Anglais (traité Bowring en 1855), les Américains (Townsend Harris en 1856), les Français (Charles de Montigny en 1856), les Danois en 1858, les Portugais en 1859, les Hollandais en 1860.


Cette politique faisait entrer le Siam dans l’ère moderne, avec un roi n’hésitant pas à mettre fin à des monopoles et privilèges séculaires, pour développer le commerce au Siam et s’ouvrir aux progrès technologiques et à la science, mais conscient des dangers représentés par les forces colonisatrices anglaises et françaises, et des conflits au sein de sa propre Cour.


(Cf. La 2ème  guerre anglo-birmane de 1852 qui avait abouti à l’annexion de la basse-Birmanie, la seconde guerre de l’opium qui opposa la Chine à la France et au Royaume-Uni (1856-1860),  la prise de Saïgon par les Français le 9 juillet 1859, la chute de Pékin le 13 avril 1860,


chute-de-pekin.jpg

 

avec ensuite la reprise des combats franco-espagnols au Vietnam)


Cette politique n’était pas sans risque, ni bévues,  ni affronts.


On avait lu devant le roi le livre d’Etienne Gallois, « L’Expédition de Siam au XVII ème siècle », qui « démontrait l’ambition de la France de s’emparer du Siam  » ! Napoléon III n’avait pas répondu à la lettre des deux rois en août 1856 qui proposait d’envoyer une ambassade siamoise en France. On avait transmis le traité ratifié par Napoléon III par la poste et par l’intermédiaire d’un marchand portugais.


Par lettre en date du 24 août 1857 adressée au Quai d'Orsay, monsieur de Montigny -le négociateur du traité de 1856- le déplorait en ces termes :


Les intérêts français si bien établis au Siam sont à peu de choses près, ruinés à cette heure [...] Les deux souverains siamois et tous les ministres d'État blessés de recevoir par la poste et le simple intermédiaire d'un petit marchand portugais - notre agent - la nation portugaise est celle de toutes qui a le moins d'importance dans ce pays, les ratifications de Sa Majesté Impériale sans même recevoir une ligne de mon souverain ni de Votre Excellence, prétendent actuellement qu'on les méprise ou que la Nation française n'est pas une grande Nation et qu'on les a trompé.

 

Mais le quai d’Orsay fera peu de cas de la déception exprimée par monsieur de Montigny, puisque en décembre 1857, le premier consul de France, M. Heurtier se présentera à l’audience royale accompagné de Mgr Pallegoix, et de deux capitaines de la marine marchande, sans aucune lettre d’accréditation.

 

De plus, les réponses de Napoléon III aux lettres royales ne seront remises solennellement qu’en mars 1858 en présence encore de Mgr Pallegoix faisant fonction d’interprète. Elles seront encore une désillusion pour les deux rois ; car si elles proposaient, entre autre, « de mettre à la disposition du gouvernement siamois un navire deguerre pour amener l'ambassade en France et à Rome », la guerre d'Italie, l'expédition en Cochinchine, les événements de Chine empêcheront la France d'honorer sa promesse.


Il faudra attendre le 6 février 1861, pour que les Siamois puissent voir le transport à hélices Gironde commandé par le capitaine de vaisseau Thoyon, à l'embouchure du Chao Praya.


 Gironde.jpg

 

L’ambassade siamoise.


L’ambassade siamoise comprend vingt-sept personnes dont dix officiers attachés aux trois ambassadeurs, «  constitués en dignité, tous mandarins, issus d'aïeule paternelle, reine-épouse de notre grand-père paternel, premier souverain de Siam de la dynastie actuelle. »

 

photo de groupe 2

« Le premier ambassadeur s'appelle Rajikosa Thipusi (phra Siphiphat), sous-secrétaire d'Etat aux finances -,

 

premier ambassadeur

fils de l'un des premiers somdet du royaume et neveu des deux rois. Phra Siphiphat Rajikosa Thipusi est également gouverneur. Il est accompagné de son fils, Nai Samibin  et de son frère, Nai Sarb Vijisy.

 

Le second ambassadeur, phra Naraï, représente le Roi Mongkut qui détient les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire.

 

second ambassadeur

 

Chef du conseil formé des fils du roi, des ministres et des grands du royaume, il est le petit-fils du premier somdet du royaume et le fils aîné du ministre de la Guerre, également Premier ministre qui est le chef du parti opposé à la France. Il aura à ses côtés son fils de douze ans, pho Xai, qui étonnera les Français, avec ses cheveux en toupet.

 

Il emmène avec lui son premier maître charpentier et un maître mécanicien qui, durant la traversée à bord de la Gironde, vont participer au service de la machine. Toutes les machines à vapeur étant jusqu'à cette date fournies au Siam par l'industrie anglaise ou américaine. Phra Naraï a l'intention de commander en France une machine de soixante chevaux pour son père, le ministre de la Guerre, bien que les Américains l'aient assuré que l'industrie française était incapable de satisfaire cette demande.

 

Il se rendra au Havre pour visiter une fonderie, les chantiers maritimes de monsieur Normand - où les formes de l'aviso de première classe le Talisman, la scie mécanique et la chambre des gabarits retiennent toute son attention - et les docks flottants.


 port-le-havre.jpg

 

Le troisième ambassadeur, âgé de vingt-cinq ans, phra Narong est l'ambassadeur du deuxième roi ; Fils du premier somdet et frère selon notre consul à Bangkok du ministre de la Guerre et du ministre des Affaires étrangères, qui sont peu favorables à la France, il est l'un des chefs de la garde du second roi.

 

trosième ambassadeur

Ces trois ambassadeurs sont accompagnés de dix attachés d'ambassade parmi lesquels il faut distinguer deux officiers et deux sous-officiers chargés de la garde des présents destinés à l'empereur et à l'impératrice. Ils sont escortés de deux sous-officiers, khun Mahasit, âgé de quarante-deux ans, second secrétaire du roi Mongkut, et mun Chakohichit, trente-cinq ans, garde-trésorier des armes royales.


L'ambassade est accompagnée de l'abbé Larnaudie, interprète du gouvernement siamois.

 

L-Abbe_Larnaudie.jpg

 

C'est un familier de la cour où il est appelé par le roi Mongkut pour le photographier, seul ou en compagnie de la reine, comme le prouve la lettre qu'il adresse en 1856 à son supérieur :


« Demain, je vais au Palais pour tirer le portrait du Roi et de la Reine en cinq à six éditions, il veut les envoyer à la Reine d'Angleterre, à l'Empereur des Français, aux États-Unis etc. Il a envoyé une barque tout exprès pour me prendre à Yuthia. »

 

Les trois ambassadeurs sont chargés de nombreuses commissions (Lesquelles ?) et possèdent des crédits considérables. (Combien ?)

 

La Lettre et les présents du roi Mongkut.


On sait toute l’importance attachée par l’étiquette royale siamoise à la lettre du roi à un autre roi et toute l’attention apportée aux présents offerts qui dépendent du prestige accordé à ce roi « étranger ». La lettre (gravée sur or) est l’émanation du roi ; elle sera comme telle, honorée et respectée tout au long du voyage et sera présentée, avec les honneurs, par le premier ambassadeur à l’empereur Napoléon III. (Cf. Le tableau peint par Jean-Léon Gérôme de la réception au château de Fontainebleau le 27 juin 1861****)

Les présents du roi Mongkut seront aussi à la hauteur du respect qu’il veut témoigner à Napoléon III, « l’Empereur d’une grande nation ».


Siam (1)

 

Ils sont de grande valeur et choisis par les deux rois. Ainsi par exemple, le roi Mongkut  avait reçu monsieur de Castelnau et le capitaine Thoyon, pour leur monter qu’il était heureux d'envoyer à Sa Majesté impériale de France, ses bijoux, ses ornements royaux, ses plus belles armes et la propre couronne de son père (en forme de tour à étages en or émaillé, rubis, émeraudes, soie, fil d’or) et un anneau aux 9 joyaux (en or, diamants, rubis, émeraude, saphir jaune, grenat, saphir bleu, pierre de lune, topaze, œil de tigre et écrin en or émaillé.) 

 

Bague-diamant


Ces présents marquèrent d’autant plus les esprits que les pièces de joaillerie, d’orfèvrerie et de textile témoignaient certes du savoir-faire des artisans siamois, mais représentaient aussi le souverain lui-même. Parmi les nombreuses répliques de « regalia »- objets symboliques du pouvoir -, on remarque principalement la couronne royale, ornée de 2298 rubis, 233 roses, 46 émeraudes et 9 perles. On peut aussi admirer des instruments de culte en or émaillé de pierres précieuses.

On pense également à l’éléphant blanc si important pour le prestige du pouvoir royal, qui malheureusement était décédé. (Cf. par exemple notre article 55. Ayutthaya en guerre pour deux éléphants blancs.)

 

 

Mme Lebas cite une lettre du Consul de France du 23 mars 1861 qui mentionne « que les présents offerts à Napoléon III se composait de 34 articles garnis d'une grande profusion de diamants, de rubis et d'émeraude, avec les répliques des regalia des rois de Siam (trône, palanquin, parasols, pièces d'orfèvrerie et couronne royaleornée de pierreries, une peinture sur coton représentant le Phra Kèo Morakot dit Bouddha d'émeraude,

 

phra.jpg

 

palladium national), des bracelets et des bagues de travail siamois à l'impératrice, un kriss indonésien au prince impérial, des bagues et des bracelets à la princesse Mathilde.


bonaparte_mathilde_princesse-portrait_de_femme_de_profil-OM.jpg

 

Les présents du deuxième Roi, d'une valeur moindre, sont à peu près semblables. Le prince Krom Luang Wongsa, troisième frère du roi et ministre des Affaires étrangères offre à son homologue, le comte Thouvenel,

Edouard_Thouvenel.jpg

 

un sabre siamois.

 

sabre.jpg

 

Le roi avait voulu « également que l'on joigne à ces présents une collection complète des produits du royaume conditionnés dans 82 caisses, mais le capitaine Thoyon signale n'en avoir reçu que 48 adressées au ministre des Affaires étrangères. »


La splendeur des cadeaux offerts à l’empereur et l’impératrice marquèrent les esprits.

 

La traversée de Bangkok à Toulon

 

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« Le capitaine Thoyon part de Bangkok avec la compagnie de débarquement de la Gironde le 18 février. Les ambassadeurs conduits par le ministre de la Guerre arrivent le 22 avec la lettre royale écrite sur une feuille d'or comme l'exige l'étiquette royale et une partie des cadeaux. » «  Le 23 au matin, deux vapeurs du roi viennent apporter le reliquat des présents et des bagages. »

 

L’Ambassade siamoise arrive en France à Toulon le 2 juin 1861, et repartira en septembre pour effectuer une visite de courtoisie au saint Père à Rome, et être de retour à Bangkok, le 11 décembre.

 

D. Lebas indique que la France a voulu « impressionner » l’ambassade siamoise, et montrer sa puissance, et décrit l’éclat et le cérémonial de cette arrivée à Toulon avec la flotte française toute pavoisée, les grandes tenues, les lettres royales saluées de 21 coups de canon, et l’accueil  fait par Charles-Louis de Montigny, chargé par le gouvernement français de l'accompagner pendant tout son séjour et qui sera encore salué par 17 coups de canon tirés par le vaisseau Alexandre.

 

« La presse régionale, comme La Gazette du midi, la presse officielle, comme Le Moniteur universel et Le Monde illustré ainsi que des écrits privés, comme la correspondance de Mérimée, vont témoigner de l'intérêt, de la curiosité et de l'émerveillement ressentis par les contemporains. »

 

Les visites.

 

L’ambassade aura un programme chargé pendant leur séjour de deux mois et demi, un véritable marathon touristique « où se succèdent visites d'établissements culturels et visites de manufactures parisiennes et provinciales ». « L'abbé Larnaudie se plaindra dans une lettre du 20 juillet d'être fatigué par toutes ces visites. »

 

Jugez plutôt.

 

Ainsi après la visite de l'arsenal de Toulon,

 

ARSENAL-DE-TOULON.jpg

 

ils seront à Lyon le vendredi 14 juin, où ils pourront visiter les curiosités artistiques et industrielles,

 

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les magasins de nouveautés, avec le soir une réception au grand théâtre,

 

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arboré du drapeau siamois. Et les visites se poursuivront.

 

Ils pourront visiter les « curiosités », ce qui se fait de mieux en France au niveau militaire, artistique, industriel et artisanal, etc, comme par exemple :

Versailles et les grandes eaux,

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le jardin zoologique, les musées (Versailles, Louvre, de Cluny, Gobelins, d’ethnographie, de l’ artillerie), la bibliothèque impériale ; l’imprimerie impériale et ses ateliers, ses fonderies, les presses à bras et les presses mécaniques ; le puits artésien de Grenelle ;

 

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les halles centrales et les marchés principaux, une fabrique d'orgues, le dépôt des tapis d' Aubusson, des fabriques d'armes, les ateliers de M. Christofle, le magasin d'un ingénieur hydraulicien, la fabrique d'équipements militaires de M. Prevel, les ateliers de photographie de M. Nadar 

 

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et ceux de MM. Mayer et Pierson, le dépôt des cristaux de Baccarat ; une usine électro-métallurgique à Auteuil où s'achève la transformation par le cuivrage galvanique des fontaines de la place de la Concorde, à La Chapelle les ateliers de la compagnie générale des omnibus, les machines électromotrices et des télégraphes électriques de systèmes variés, la puissance d'un télescope à miroir parabolique en verre argenté, une fabrique d'instruments de chirurgie, une filature de laine, la manufacture impériale de porcelaine de Sèvres, un fabricant de glaces …

Sans oublier la visite des ambassadeurs au camp de Châlon où ils vont passer deux jours, pour visiter ses installations, les ouvrages réalisés par les soldats et assister au défilé des troupes qui se termine par une charge en bataille de la cavalerie et aux grandes manoeuvres.

 CAMP-DE-CHALON.jpg

 

Certes, cette énumération peut paraître fastidieuse, mais elle indique l’essor de l’industrie française et de son commerce, la fierté de pouvoir « émerveiller » les ambassadeurs étrangers.

 

D’ailleurs les ambassadeurs siamois seront  « étonnés », « admiratifs »,  mais aussi « intéressés », et vont suivre avec attention les « explications » pour les machines-outils comme par exemple  celles du ferrage des roues à l'aide d'une puissante machine, toutes les étapes de traitement de la laine jusqu'à la sortie en bobines propres au tissage, la fonte des caractères jusqu'à la confection des ouvrages  Ils n’hésitent pas à se faire  répéter plusieurs fois les explications pour le puits artésien de Grenelle, par exemple la transformation par le cuivrage galvanique des fontaines de la place de la Concorde.

 

Place-de-la-Concorde.jpg

 

On précise que « très intéressé par cette technique, l'un d'entre eux souhaite qu'une pièce d'ornement en fonte soit traitée en leur présence. Ils repartent de l'usine avec différents spécimens »

 

Ils écoutent attentivement les techniques, savent qu’ils devront rendre compte aux deux rois, et comme on vient de le voir, achètent. Ils vont visiter un fabricant de glaces et ils décident de ramener dans leur pays des spécimens de cette fabrication ainsi que deux glaces de Venise.

 

Malheureusement, nous n’aurons pas un inventaire des machines-outils, objets et spécimens achetés. Nous ne saurons pas quelles sont les techniques qui ont été ensuite mis en œuvre au Siam.

 

Est-ce que le document thaï n°30 des prachum phongsawadan (collections de chroniques) publiées à partir de 1914, écrit par le troisième ambassadeur phra Narongwichit (Chon Bunnag) répond à quelques-unes de nos interrogations ? (***)

 

 

La réception impériale au château de Fontainebleau le 27 juin 1861, avec son cérémonial, son protocole, la remise des présents. 

 

« Le tableau Réception des ambassadeurs siamois par l'Empereur au palais de Fontainebleau le 27 juin 1861, peint par Jean-Léon Gérôme, permet à chacun de se rendre compte du faste voulu par Napoléon III auprès de l’ambassade siamoise. Il représente la cour de l'Empire ressuscité, pour une audience en grande pompe magnifiant la cour française tout en respectant un cérémonial asiatique.


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« S'inspirant directement du tableau du Sacre de Napoléon Ier par David, Gérôme a ici réalisé une impressionnante galerie de portrait peints d'après nature ou d'après des photos de Nadar. 80 personnalités sont identifiables dont le comte Walewski, le duc de Bassano, le duc de Cambacérès ou Mérimée. Le recul, nécessaire pour rendre compte de l'ensemble de la scène, permet de découvrir toute la salle de bal avec son magnifique décor Renaissance et les fresques de Nicolo del l'Abate d'après Primatice. L'exactitude du dessin et l'exécution minutieuse et léchée tendent à figer la réalité de la cérémonie. C'est avec une précision photographique que Gérôme a immortalisé cette étrange rencontre de l'Orient et de l'Occident. »  Karine Huguenaud****

 

 

Le Moniteur Universel (du 28 juin) décrit de nombreux détails du cérémonial de la réception :

 

« En entrant dans la salle, les ambassadeurs et leur entourage se mirent à genoux, puis poursuivirent leur avancée ainsi et les coudes jusqu'à la balustrade derrière laquelle était assise la cour impériale. Cette marche était difficile, en particulier pour le premier ambassadeur qui portait un chapeau peu commode, de forme conique à larges bords, et tenait dans ses mains un grand calice d'or au support troué, dans lequel avaient été placés deux récipients et dans chacun une lettre des rois codirigeants du Siam. Arrivé à destination, le premier ambassadeur, visiblement ému, plaça devant lui son précieux fardeau et se prosterna trois fois, [à chaque fois] levant les mains au-dessus de sa tête. Tandis qu'il s'exécutait, les autres membres de sa délégation firent les mêmes gestes. »

 D. Lebas n’est pas en reste : 

 

Le protocole et le cérémonial.


Napoléon III « entre dans la salle en tenant par la main le prince Impérial. Il est accompagné du ministre d'État, le comte Walewski,

 

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et de celui des Affaires étrangères, le comte Thouvenel,

 

thouvenel

 

du grand maréchal du Palais Vaillant,

 

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du maréchal Magnan

 

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et des officiers de sa maison. Ensuite apparaît l'impératrice qui s'est parée des diamants et joyaux de la Couronne pour impressionner les Siamois.

 

eugenie.jpg

 

Puis les ambassadeurs, introduits par le grand maître des cérémonies et accompagnés de monsieur de Montigny et de l'abbé Larnaudie, font leur entrée selon un ordre précis - les trois ambassadeurs, puis le fils du second ambassadeur, enfin les attachés et secrétaires de la légation - et conforme au cérémonial royal des salutations en vigueur au Siam. Cet usage, qui consiste à se coucher à plat ventre dès la porte de la salle de réception et à marcher sur les genoux et les coudes jusqu'au trône, est devenu le sujet à la mode de certains courtisans. Prosper Mérimée rapporte que c'est le comte de Thouvenel qui aurait exigé que les ambassadeurs rampent. Mais dès février 1861, notre représentant à Bangkok subodore cette réaction de Paris à l'usage siamois et préconise son respect, soulignant qu'y déroger serait considéré dans l'Indochine comme une preuve d'infériorité du souverain. Le protocole ira, le 4 avril 1 861 jusqu'à demander confirmation auprès de la cour d'Angleterre du suivi de ce cérémonial lors de la réception de l'ambassade siamoise de 1 857.

La marche s'avère difficile pour le premier ambassadeur…


Les présents sont disposés sur des tables dans les embrasures des fenêtres de la galerie. Le consul de France mentionne, dans une lettre du 23 mars 1 861,34 articles garnis d'une grande profusion de diamants, de rubis et d'émeraudes. Les ambassadeurs sont chargés de présenter les répliques des regalia des rois de Siam (trône, palanquin, parasols, pièces d'orfèvrerie et couronne royale ornée de pierreries, une peinture sur coton représentant le Phra Kèo Morokotdit Bouddha d'émeraude, palladium national) à Napoléon III, des bracelets et des bagues de travail siamois à l'impératrice, un kriss indonésien au prince impérial, des bagues et des bracelets à la princesse Mathilde. Les présents du deuxième Roi, d'une valeur moindre, sont à peu près semblables. Le prince Kromluang Wongsa, troisième frère du roi et ministre des Affaires étrangères offre à son homologue, le comte Thouvenel, un sabre siamois

 

Il y aura le cérémonial de la remise des deux lettres des rois du Siam. Ensuite l’empereur et l’impératrice relèveront les ambassadeurs pour s’entretenir en anglais avec eux. Ils auront droit à une collation avant de regagner la gare, avec tous les honneurs dus à leur rang.

 

Nota. Il est étonnant que D. Lebas n’est pas eu accès aux sentiments de l’abbé Larnaudie -interprète de l’ambassade- sur cette entrevue. Ensuite, on peut imaginer que l’ambassade poursuivit ses visites. Puis D. Lebas passe directement sur le retour à Bangkok, sans nous donner la date exacte du départ de France.

 

Le retour à Bangkok.

 

Malgré leur désir, l’ambassade ne pourra pas rencontrer la reine Victoria ; celle-ci étant en Province. « L'ambassade quitte Paris pour Marseille, en septembre, emportant avec elle les lettres et les présents destinés aux rois de Siam et aux principaux personnages de cette cour. » Elle se rendra auprès du pape et quittera Suez le 26 octobre pour arriver à Bangkok le 11 décembre 1861.

 

Une ambassade inutile ?


Au niveau politique ? Nous avions déjà dit :


« Cette ambassade qui s'est rendue uniquement en France et à Rome n'aura été en fait qu'une simple visite de courtoisie.

Les relations franco-siamoises resteront dans un état d'indifférence réciproque et de stagnation jusqu'à l'établissement du protectorat français sur le Cambodge en 1863.

 

Une ambassade siamoise accompagnée de l'abbé Larnaudie se rendra en 1867 à Paris pour régler ce contentieux.

 

Le traité du 15 juillet 1867 précisera que le roi de Siam renonce "à tout tribut, présent et autre marque de vassalité de la part du Cambodge et autre marque de vassalité de la part du Cambodge ». (Cf. A.54)

 

Mais au niveau technologique, du savoir-faire ?

 

L’ambassade siamoise avait pu prendre conscience de la révolution industrielle et de la nécessité d’importer ces nouvelles technologies au Siam. Le 1er ambassadeur avait emmené son fils Nai Samibin  et son frère, Nai Sarb Vijisy, le second ambassadeur, son fils de douze ans. Il avait également emmené –vous vous en souvenez- son premier maître charpentier et un maître mécanicien et était parti avec  l'intention de commander en France une machine de soixante chevaux pour son père, le ministre de la Guerre.

 

L’ambassade acheta une grande quantité de machines-outils, et revint avec de nombreux spécimens des différentes réalisations françaises. Nul doute que les trois ambassadeurs contribuèrent à ouvrir leur pays à la modernité et au progrès technologique.


machines.jpg 

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NOTES.

 

*Citer ce document / Cite this document :

Le Bas Dominique. La venue de l'ambassade siamoise en France en 1861. In: Aséanie 3, 1999. pp. 91-112.doi : 10.3406/asean.1999.1621

http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/asean_0859-9009_1999_num_3_1_1621

 

Dominique Le Bas a été Conservateur en chef du CREOPS.

Elle a aussi écrit une thèse de doctorat « Les armoires et les coffres à manuscrits de Thaïlande,

 

coffre.jpg

 

Université Sorbonne Nouvelle Paris III , Université de Lille III, 1988. Et en 1983, un DEA en Études Indiennes, option Art et Archéologie : " Les porte-luminaires de Thaïlande ", Université Sorbonne Nouvelle Paris III. Dir. M. Giteau.


** Nous avons déjà proposé un article (A.54) à l’occasion de l’exposition du 5 novembre au 27 février 2012 intitulée : « Le Siam à Fontainebleau – l’ambassade du 27 juin 1861 », à  l’occasion du 150e anniversaire de l’ambassade de Siam reçue par Napoléon III dans la salle de Bal du château de Fontainebleau,


exposition.jpg

 

« L’exposition réunit une centaine d’oeuvres pour replacer l’ambassade de Rama IV Mongkut dans son contexte (sa dimension politique, sa portée scientifique et son importance artistique). Elle s’appuie sur les présents eux-mêmes, toujours exposés dans le musée Chinois de l’impératrice Eugénie, le monumental tableau commandé pour les galeries historiques du château de Versailles au peintre Jean-Léon Gérôme qui mit trois ans à le réaliser, et sur les campagnes photographiques menées à l’époque pour étudier la morphologie des habitants du Siam. »


***Jean Baffie dans « Note sur l’ambassade siamoise de 1861 en France » in Aséanie 3, 1999, pp. 113-119 (http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/asean_0859-9009_1999_num_3_1_1622)

Confirme que l’ambassade siamoise de 1861 n’a pas fait l’objet de travaux de recherches par les historiens français et thaïlandais et que l’étude détaillée de Dominique Lebas fondée sur les sources de langue française est la plus complète sur le sujet.

Il nous donne néanmoins la source thaïe principale qui a été écrite par le troisième ambassadeur phra Narongwichit (Chon Bunnag). « Ce texte est devenu un classique puisqu’il constitue le document n°30 des prachum phongsawadan (collections de chroniques) publiées à partir de 1914 pour faire connaître l’histoire du pays. »


Baffie poursuit en donnant une petite biographie des trois ambassadeurs qui appartenaient tous à la famille des Bunnag alors au faîte de sa puissance et qui avait largement contribué à l’arrivée au pouvoir du roi Mongkut.

Pho Bunnag et fils copie

****Pour le tableau de Gérôme :

http://www.histoire-image.org/site/oeuvre/analyse.php?i=303

http://www.napoleon.org/fr/salle_lecture/articles/files/@482015.asp


 

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