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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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10 mai 2014 6 10 /05 /mai /2014 23:02

Portrait-copie-1.jpgDans un précédent article « Que savions-nous du Siam en 1855 ? », nous avons cité une « note » adressée en novembre 1855 à Monsieur de Montigny qui se dispose à partir au Siam –pour négocier ce qui deviendra le traité de 1856- établie par Edme-François Jomard qui semble, toutes proportions gardées, considérer le Siam comme terra incognita ?

 


Mais qui est donc Edme-François Jomard ?

Né à Versailles le 11 novembre 1777  (selon son dossier d’admission à la Légion d’honneur) (1) et mort à Paris le 23 septembre 1862,  il commence ses études au Collège Mazarin (2),

 

college mazarin

 

il les continue à l’école des Ponts-et-chaussées puis à l’école polytechnique, fondée en 1794, dont il fut élève de la première promotion.

X

 

Il participe alors à l'expédition d'Égypte, suivant ses professeurs Monge et Berthollet. Il y accomplit un immense travail de géographe, levant cartes et plans topographiques. De retour en France, il est nommé membre de la Commission chargée de publier les travaux de l'expédition, La Description de l'Égypte. Il en devient le président et consacre vingt-cinq ans de sa vie à ce travail gigantesque (3).

 

Description de l´Egypte 1

 

En 1821, en compagnie de Laplace, Cuvier, et Malte-Brun, il fonde la prestigieuse Société de géographie où nous allons le retrouver (4). 

 

société de géographie


Dans quel but adresse-t-il à Montigny cette note assez critique sur le travail de ses prédécesseurs alors qu’il a atteint un âge canonique ?


Montigny est un fin diplomate assurément, rompu aux méandres du commerce interne et international (5), il est chargé de négocier un traité « d’amitié et de commerce » et rien autre. La note de Jomard (il a alors 78 ans, un âge où l’on est en principe lucide mais où l’on peut avoir perdu la mémoire) consiste pourtant à ignorer ou critiquer ce qui a été écrit sur le Siam avant lui essentiellement par Monseigneur Pallegoix sans trop le citer et Crawfurd en le citant. Monseigneur Pallegoix est arrivé en 1830 au Siam. Il a provisoirement quitté le pays en 1852 pour revenir deux ans en France, préparer en particulier l’ambassade de Montigny et livrer à la publication le fruit des notes qu’il avait prises sur le pays pendant plus de 20 ans. Mais ces notes et ces observations, il ne les a pas conservées jalousement jusque là, au contraire. Il est lui aussi membre de la société de géographie de Paris et son correspondant pour le Siam. Le bulletin que celle-ci publie sous la responsabilité de Jomard tous les semestres est rempli de ses érudites communications, toujours publiées avec les commentaires les plus élogieux, sur tous les sujets qui, peu ou prou constitueront les deux volumes de son ouvrage et son œuvre linguistique immense, sa grammaire et son dictionnaire. Edme Jomard en a évidemment eu connaissance (6).


Il est aussi le « correspondant » régulier des « Annales de l’association de la propagation de la foi, recueil périodique des lettres des évêques et des missionnaires » On y trouve tout à la fois copie de la correspondance qu’il adresse régulièrement à sa famille et celle qu’il adresse à ses supérieurs hiérarchique. Il y fait part des progrès de sa mission, bien sûr, mais aussi nous y trouvons une foule de récits sur son pays d’adoption, que nous retrouverons également dans les deux volumes de son histoire du Siam. La publication est semestrielle : toute famille vertueuse et chrétienne se devait d’être abonnée, mais était-ce le cas de Jomard ? Son acte de naissance fait référence à son baptême à la paroisse Saint Louis de Versailles,

 

acte-de-naissance-copie-1.jpg

 

 

 

procédure obligée à l’époque, mais sa tombe au Père Lachaise bien que portant une croix n'est pas celle d'un pratiquant ?


tombeau

 

Nous avons relevé pendant la période de la présence au Siam de Monseigneur Pallegoix au moins 25 de ses communications que nous retrouverons, pour la partie religieuse, dans son « Mémoire sur la mission de Siam » publié en 1853 lors de son retour en France.


Notons (au passage) une lettre de 1831 sur la langue siamoise (7) qui établit qu’à cette date, il possédait déjà toutes les finesses et les subtilités de la langue et d’autres où il raconte les difficultés des voyages lors de pérégrinations dans son diocèse, parfois sur des centaines de lieux. Mais à cette occasion, il en profite pour détailler le déroulement de son voyage et  donner en particulier les distances entre les villes (ou plutôt villages) qu’il visite après les avoir longuement décrites (8).


Jusqu’au siècle suivant, n’en citons aucun pour ne pas devoir les citer tous, il n’est point d’auteurs d’ouvrages sur le Siam ou de récits de voyage, qui n’aient utilisé son œuvre d’abondance.


Nous avons cité l’introduction du premier volume de son ouvrage (9) :


 «  Il serait bien que chaque missionnaire entreprit un ouvrage de ce genre. En effet un missionnaire qui a séjourné longtemps dans une région lointaine dont il a fait sa seconde patrie, qui a étudié à fond la langue, la littérature, l’histoire, les mœurs et la religion du pays, qui en a parcouru les principaux endroits, qui a été en rapport continuels avec les grands, les bonzes et toutes les classes de la société est sans contredit plus à même qu’aucun autre de faire connaître à la France et à l’Europe tout ce qu’il y a de curieux et d’intéressant dans la vaste étendue de pays où il exerce son ministère apostolique (…) ».


Nous avions terminé notre article 125 par une question : Nous essayerons de vérifier si le livre de Mgr Pallegoix, « Description du royaume thaï ou Siam » publié à Paris en 1854, ne répond pas à plusieurs de ces questions.

Tout est dit et c’est bien à la lumière de cette introduction que nous allons feuilleter les deux volumes de son ouvrage.


***


Il commence par une description géographique qui n’était pas encore obsolète à son époque situant le pays entre le 4° degré de latitude nord (actuellement les sultanats malais tombés sous l’emprise des Anglais) et le 22° degré qui inclut évidemment l’actuel Laos et entre 96 et 102° de longitude, ce qui ne correspond bien évidemment plus à la situation politique actuelle. La carte jointe à son ouvrage est évidemment à petite échelle, évidemment incomplète,

 

carte Pallegoix

 

mais elle nous parait toutefois présenter de bien singulières similitudes avec celle (publiée deux ans plus tard) du géographe Malte-Brun, l’ami de Jomard

carteMalte Brun

 

lequel s’empresse de critiquer la cartographie ecclésiastique (10). Monseigneur Pallegoix reconnait d’ailleurs que les relevés côtiers sont les plus précis, ils sont évidemment plus faciles à établir que ceux qui nécessitent un plongeon dans une jungle peuplée de tigres et d’éléphants. Sa description des ports, des cotes et des golfes est effectivement d’une grande précision. Cette description géographique comporte deux chapitres, le Siam proprement dit et les états tributaires.


Monseigneur nous parle ensuite de la population qu’il estime à environ 6 millions d’habitants ventilés entre Siamois, Chinois, Laos, Khmers, Pégouans, Kariengs … Ce n’est évidemment qu’une estimation. Jomard s’empresse sans évidemment le moindre élément, de critiquer ces estimations et de regretter l’absence d’information sur les caractéristiques des populations, ce que Monseigneur Pallegoix pourtant fait d’abondance.


***


Nous bénéficions ensuite d’une très longue description de la capitale, des provinces et des villes de province, Monseigneur les a visitées dans le cadre de sa mission, il y en trois bonnes douzaines, ce qui n’empêche pas Jomard d’écrire « Les villes, dans un pays aussi peuplé, doivent être assez nombreuses : les descriptions n'en font connaître qu'un petit nombre, trois ou quatre ; il faut s'informer à cet égard et déterminer la population de chacune des cités ou grosses bourgades ». Notre évêque est également allé à Ayutthaya,

 

plan ayutahay

 

il a visité longuement, longuement décrit, déplorant les fouilles anarchiques qui sont pratiquées par des chercheurs de trésor, ce qui n’empêche pas notre égyptologue d’écrire « La ville appelée aujourd'hui par les Européens, Siain, a succédé à une antique ville florissante, entièrement ruinée : ce lieu s'appelait Si-yo-thy-ya. Y a-t-il des vestiges de son ancienne grandeur ?

 

***

Notre évêque nous renseigne ensuite sur la géologie du pays et sur les productions de minéraux et dans le chapitre suivant dans une très longue description des productions végétales puis animales dans un très long autre chapitre. Nous avons relevé avec amusement un commentaire fort positif d’une revue d’amateurs de chasse et de pèche sur la description du poisson-chat par Mgr Pallegoix (11).


***

Monseigneur nous décrit d’abondance les mœurs et coutumes des thaïs : nous pourrions lui reprocher de placer les hommes après les animaux et d’avoir de la cuisine locale une vision assez optimiste, mais ce n’est pas dans les séminaires, grands ou petits, que l’on se forme à la gastronomie.

 

***

Suivent de longs chapitres sur les structures administratives, financières et militaires du pays.

 

***


Le chapitre suivant, consacré au commerce et notamment à celui qu’exercent les européens et surtout des difficultés qu’ils rencontrent, n’a pas attiré l’attention de Jomard alors que c’est celui sur lequel il devait alerter en priorité l’attention de Montigny ! Nous apprendrons ensuite tout sur les « arts et industries » (astronomie, mathématiques, histoire, géographie, médecine, musique (12), chansons, poésies, littérature, navigation, chasse et pêche, architecture, sculpture, verrerie, orfèvrerie).

Le prélat explique ensuite d’abondance le contenu de la législation et le fonctionnement du système judiciaire.


***

 

Ce chapitre est suivi d’un autre sur la langue et la littérature, un domaine ou Monseigneur est évidemment parfaitement à son aise.


***

 

Le dernier chapitre de ce premier volume est consacré à l’ « analyse du système bouddhiste tiré des livres sacrés du Siam ». C’est le chapitre le plus consistant, peut-être trop, de ce premier volume. L’auteur a consulté les soixante volumes des livres sacrés (il lit le Pali) et tiré probablement profit de ses contacts amicaux avec le futur Rama IV (13). N’en retenons que la conclusion, elle était percutante pour l’époque : « On peut donc conclure que la religion bouddhiste est une religions d’athées et quoique cette religion cherche à réprimer les vices par la crainte des châtiments, elle n’offre cependant aucune récompense aux vertus, sinon des plaisirs passagers, et à la fin, l’abîme épouvantable de l’anéantissement ! ».


Il est singulier qu’avec un siècle et demi d’avance, avec une étonnante lucidité, Monseigneur Pallegoix ait eu le courage d'anticiper les déclarations du Pape Jean-Paul II sur le bouddhisme qu’il considérait « en grande partie comme un système athée », déclarations qui ont tant fait hurler les bouddhistes de comptoir (14).


***


Le second volume de son histoire nous fait entrer dans des sujets plus difficiles d’accès, il commence par un très (trop) long chapitre, suite du chapitre précédent, sur les 550 générations du Bouddha actuel et son histoire « très touchante » considère-t-il.


Suit ensuite une longue description des พระ phra, que l’on peut traduire par « grands » généralement appelés à cette époque talapoins, probablement du nom de l’éventail qu’ils tiennent à la main, appelé ตาลปัตร talapat. Il estime (mais estime seulement) qu’ils seraient 10.000 à Bangkok et 100.000 dans le pays ? Nous y trouvons les plus saillants des 227 articles de leurs règles. Rien ne semble avoir beaucoup changé au XXIème siècle.


Le chapitre suivant nous décrit avec force détails l’ensemble des superstitions qui ne font pas partie de la religion car interdites par Bouddha, mais que les Siamois continuent à pratiquer, le roi le premier avec ses astrologues, le peuple avec ses devins, le port des amulettes, les cérémonies rituelles pour choisir l’emplacement d’une maison, le jour d’un mariage ou celui de l’ouverture d’un commerce. Il cite une cérémonie barbare dont l’historicité est difficilement contestable, elle fit l’objet de bien d’autres relations : lorsqu’on construit les portes d’une ville, il faut immoler trois innocents qui sont tout simplement enterrés vifs dans les fondations, ils deviennent alors des créatures célestes. Cet usage barbare semble toutefois avoir été abandonné depuis fort longtemps.


Monseigneur Pallegoix consacre ensuite un chapitre à l’histoire du pays. Nous y avons souvent fait référence, il a le mérite d’avoir lu ces fameuses annales dont nous avons longuement parlé, n’y revenons pas.


Suit ensuite un chapitre relatant l’histoire de la mission du Siam. Son « Mémoire sur la mission de Siam » publié en 1853 dont nous avons parlé plus haut en est une synthèse, suivi d’un autre relatant l’état actuel de sa mission. Tous ces renseignements sont repris de ses correspondances publiées dans les « Annales de l’association de la propagation de la foi, recueil périodique des lettres des évêques et des missionnaires ». Ses conclusions sont toutefois intéressantes pour nous expliquer les raisons du peu de succès relatif de son apostolat au Siam (15) :


La première, nous dit-il, est la polygamie, le roi, les ministres, les mandarins, les gouverneurs, les grands officiers de la couronne, et tous les riches, bref, la partie la influente et la plus fortunée de la population, « ne peut s’accommoder de la religion chrétienne qui réprouve une licence de mœurs aussi effrénée » (16).


La seconde tient à l’éducation des jeunes enfants qui se fait exclusivement dans les temples, dont nul, riche ou pauvre, n’est exempt.


La troisième est tout simplement la peur d’une invasion européenne, sous le soupçon que les « talapoins farangs », qu’ils soient missionnaires catholiques français ou missionnaires évangélistes hollandais ou anglais ne soient des espions de leurs gouvernements (17).


La dernière, mais le remède sera bientôt apporté, est l’absence de relations diplomatiques et consulaires entre la France et le Siam. La signature du traité de 1856 et la création du statut de « protégés » vont permettre à toutes les ouailles de Monseigneur Pallegoix (essentiellement d’origine indochinoise, chinoise et khmère) de se retrouver protégées avec le bénéfice d’un statut exorbitant sous l’aile tutélaire et protectrice de la France !


***

 

Monseigneur Pallegoix termine ensuite son ouvrage de façon assez illogique en reprenant un résumé de la relation de Monsieur Chaumont de 1687 et un autre sur l’histoire de Falcon reprenant l’essentiel de la relation du père d’Orléans, jésuite, d’une historicité chancelante.


Monseigneur Pallegoix n’a pas eu l’intention de faire œuvre littéraire, mais force est de constater que la construction des deux tomes de son ouvrage est un peu fantaisiste et son style parfois négligé ! Nous n’avons pas la forfanterie de nous ériger en critiques littéraires mais le reproche lui a été fort courtoisement fait à plusieurs reprises par le grand orientaliste Léon de Rosny.

 

Leon-de-Rosny.jpg


***


Ne cherchons donc pas querelle à notre auteur sur des questions formelles,  il a voulu décrire et il a bien décrit. Ces descriptions ne sont pas le fruit d’un bref séjour à Bangkok, mais d’un quart de siècle d’observations et de notes prises au cours des milliers de lieux de parcours dans le Siam profond, de ses lectures d’ouvrages historiques et religieux, de ses contacts permanents avec la population et le moine devenu roi (18). C’est évidement à la lumière de ces observations qu’il nous faut examiner les questions posées du fond depuis son confortable manoir de Palaiseau par un égyptologue vieillissant :


Sur la population, tout a été dit,

Sur la capitale, tout a été dit, plans à l’appui,

 

plqn de Bkk

 

Sur les mœurs, usages et institution, tout a été dit,

Sur l’architecture, tout a été dit,

Sur les cérémonies, tout a été dit,

Sur la législation et le système administratif et commercial, tout a été dit,

Sur les armes, les instruments, les poids et mesures, etc, tout a été dit,

Sur la computation du temps, tout a été dit,

Sur la religion dominante, tout a été dit (et bien plus encore),

Sur les arts, les sciences, la littérature et l’architecture, tout a été dit,

Sur les monuments anciens, tout a été dit, 

Recueillir aussi les instruments de musique, les airs notés, etc, ça a été fait et bien fait,

 

chansoninstrument de musiaue

 

Des observations météorologiques … ont été faites …

Les montagnes n'ayant pas été décrites par les voyageurs … Elles l’ont été par ceux qui les ont traversées parfois au péril de leur vie !

La géologie de Siam est tout entière à créer … C’est d’une fausseté absolue !

Quelles sont les mines exploitées … Nous le savons déjà !

Passant sous silence tout ce qui regarde les végétaux… C’est plus sage puisque cela a été fait, bien f            ait et longuement fait, apparemment Monsieur Pallegoix n’ignore rien de la flore !


Deux questions essentielles (!!!) : l’éléphant blanc est-il blanc ou albinos ? Le rhinocéros a bel et bien existé, souventes fois décrit, mais il semble ce jour avoir totalement disparu de Thaïlande ? Voilà bien qui était déterminant dans l’avenir des relations franco-siamoises !


La note de Jomard est proprement ahurissante, elle donne tout simplement l’impression d’avoir utilisé la table des matières de l’œuvre de Monseigneur Pallegoix en transformant l’intitulé des chapitres en questions qu’il affirme sans réponses alors qu’il ne pouvaient ignorer qu’elles existaient .


Il laisse évidemment de côté les mémoires consécutifs aux ambassades de Louis XIV, les écrits du père Tachard, ceux de l’abbé de Choisy, ceux de Forbin qui a traversé le Siam pour se rendre à Mergui, affrontant lui aussi les tigres, les crocodiles, les moustiques, les fourmis et les cafards…pour ne parler que des Français.


Plus précisément, une connaissance du Siam ancien passe aussi par la lecture de l’incontournable Chevalier de La Loubère dont les observations précises sont précieuses, dans la mesure où le Siam de son époque (il écrit en 1690) ne change guère de ce qu’il était devenu en 1830 à l’arrivée de notre missionnaire. Mettons à son actif que ses connaissances en matière scientifiques (mathématiques notamment mais pas seulement) sont plus assurées que celles de l’Evêque

 

cosinus

 

(plus à l’aise dans les sciences naturelles) ce qui lui permet d’étudier avec plus de précision l’astronomie, divers problèmes mathématiques et le calendrier (ce qu’il fit avec l’aide d’un ami, l’un des Cassini) et que ses constatations en matière de sciences naturelles (flore, faune, géologie, climatologie) sont souvent plus précises que celles de son successeur.


Il est permis de se demander ce que notre égyptologue avait en tête en péchant aussi effrontément par omision ? Ce n’est pas critiquer ses immenses travaux géographiques et égyptologiques antérieurs que de poser la question. Espérait-il à 80 ans se voir mis à la tête, en marge de la mission diplomatique, d’une mission scientifique telle celle d’Egypte dont il fit partie ?


portrqit vieux

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Notes


(1) source :

http://www.culture.gouv.fr/LH/LH093/PG/FRDAFAN83_OL1373008v001.htm

Le site de l’Institut français d’éducation

(http://www.inrp.fr/edition-electronique/lodel/dictionnaire-ferdinand-buisson/document.php?id=2960) dont il fut le fondateur le fait naître deux ans plus tard à Lyon.


(2) « Le collège Mazarin » ou « collège des quatre nations » a été fondé par le Cardinal en 1681, ouvert en 1688, pour qu’il y soit procédé destiné à l'instruction gratuite de soixante gentilshommes des quatre nations réunies à la France par le traité de Westphalie (1648) et celui des Pyrénées (1659) (Artois, Alsace, Pignerol et Roussillon) et des jeunes Comtadins alors sous juridiction pontificale. Voir Benoit de Faucompret « Les pensionnaires du collège Mazarin ou des quatre nations, 1688-1794 », 1992. Fils d’un marchand de laine selon son acte de naissance, Jomard n’était certainement pas gentilhomme mais Faucompret nous apprend que cette égratignure au statut n’était pas exceptionelle.


(3) Voir : Jacques Macé, biographie publiée in Revue du Souvenir napoléonien, n° 493. Sur ses qualités d’égyptologue, voir Patrice Bret « L'Égypte de Jomard : la construction d'un mythe orientaliste, de Bonaparte à Méhémet-Ali » In: Romantisme, 2003, n°120. pp. 5-14. N’ayant ni l’un ni l’autre de compétences en matière d’égyptologie, il nous est difficile d’apprécier. Sa nomination dans l’ordre de la Légion d’honneur laisse apparaître trois serments de fidélité successifs, le premier au Roi Louis XVIII (chevalier en 1814),

 

ser;ent louis XVIII-copie-1

 

le second au Roi Louis-Philippe (officier en 1838) et le dernier à l’Empereur Napoléon III (commandeur en 1862).


serment-napoleon-III-copie-1.jpg

source http://www.culture.gouv.fr/LH/LH093/PG/FRDAFAN83_OL1373008v001.htm


(4) Il est à l’origine de la création du prix annuel de la Société et évidemment président du Jury. En 1855, le prix est attribué à un dénommé Decaisne, auteur de travaux dont l’importance pour l’avenir de l’humanité ne nous ont pas échappé, le remplacement de notre bonne vieille pomme de terre, dont il prône l’éradication pure et simple – pas moins - par la Dioscorea batatas alias igname de Chine.

patates.jpg

 

La multiplication dans le bulletin de la société d’articles signés Jomard relatif à cette patate de Chine nous paraît être à la limite d’une idée fixe ? Signalons sans nous y attarder (il a été blanchi) que certains de ses estimables collègues ont accusé Jomard de favoritisme dans l’attribution du prix.


(5) Il est l’auteur d’un « Manuel du négociant français en Chine » publié en 1846.

manuel maynard

 

(6) Notamment numéros de juillet 1834, janvier 1836, juillet 1836, juillet 1838, juillet 1839, janvier 1848, janvier 1851, juillet 1851, juillet 1852, juillet 1853, janvier 1854, janvier 1856, juillet 1856, janvier 1860 dont nous avons extraits quelques citations :


 « L'ouvrage de l'évêque Pallegoix peut et doit néanmoins, être recommandé comme la plus précieuse introduction à la langue et à la littérature siamoises qui ait été encore mise, sous les yeux du public, et nous sommes heureux d'apprendre que l'auteur se propose de commencer bientôt la publication d'un dictionnaire siamois … »

« Nous avons reçu de M. Pallegoix d'intéressants détails sur le Laos, devenus plus intéressants encore par les annotations qu'y a jointes M. Langlois … »

« Mgr Pallegoix, évêque de Mallos, qui réunit au dévouement du missionnaire la science du géographe vous a adressé la relation de son voyage a Chantaburi… »

« L'empereur Napoléon III, suivant ce noble exemple, vient d'ordonner l'impression en latin, en anglais, en français, d'un vaste Dictionnaire siamois, composé par un de nos doctes évêques missionnaires… » 

(7) Ne parlons pas de son œuvre linguistique, elle se situe dans la lignée de l’œuvre de ces missionnaires linguistes tels le Père Alexandre de Rhodes, jésuite avignonnais, auteur de la romanisation de la langue, toujours en vigueur et d’un dictionnaire vietnamien-latin, du dictionnaire Français-latin-chinois du père Paul Perny, des missions étrangères lui aussi, du dictionnaire tibétain-latin-français du père Auguste Desgodins, toujours des Missions étrangères, du dictionnaire coréen-français anonyme mais publié par les Missions étrangères de Corée, du dictionnaire Laotien-français du père Cuaz, aussi des missions étrangères, pour ne parler que des langues d’Asie du sud-est. Beaucoup de ses traductions du français ou du latin au siamois (catéchisme) dorment probablement encore dans les archives des Missions étrangères.  Voir « Missions étrangères & langues orientales: contribution de la Société des Missions Etrangères à la connaissance de 60 langues d'Asie » : bibliographie l'Harmattan, 1 ม.ค. 2540 (1997). Mais il ne craint pas de temps à autre de livrer à la presse une traduction profane d’un écrit siamois, ainsi dans la« Revue pour tous du 3 mai 1868 », nous trouvons la traduction de cet apologue siamois :

poeme

(8) Après avoir longuement visité Ayutthaya et ses ruines, il se rend, il fut probablement le premier missionnaire sinon le premier français à visiter la ville, à Phitsanulok, depuis Bangkok, un trajet de plus de 300 kilomètres à vol d’oiseau, mais il n’est pas un oiseau, char à buffle ou dos d’éléphants sur d’épouvantables chemins de latérite impraticables en saison des pluies, les rivières ou les canaux, sur terre, tigres et crocodiles, sur l’eau, les crocodiles et en permanence, les moustiques, les scorpions, les fourmis et les scolopendres. Ce périple de plusieurs semaines le conduira à passer et à décrire les villes de Nakhonpathom, Nonthaburi, Pathumthani, Ayuthaya, Angthong, Lopburi, SIngburi, Chainat, Uthaithani, Nakhonsawan, Phichit et enfin Phitsanulok (lettre à ses parents du 24 juin 1831).


(9) Voir notre article 124 « Monseigneur Pallegoix ».


(10) Il fait référence à une cartographie anglaise (Crawfurd en particulier) mais elle-même faisant référence au méridien de Greenwich qui n’est pas celui de Paris utilisé à cette époque en France. Bref, Jomard, qui n’est pourtant pas un néophyte, souhaite que soit établie une exacte carte du Siam. Il est permis de se demander s’il est bien sérieux dans la mesure où la réalisation de la première carte de France détaillée, celle de Cassini a duré plus de dix ans nécessitant une multitude de levées topographiques dans un pays où il y a surabondance de moyens de communication, celle de la célèbre carte d’état major au 80.000ème commencée sous Louis-Philippe s’est terminée sous la IIIème république. N’oublions pas enfin que les premiers visiteurs français du fameux temple de Preah Vihar, muni de procédés techniques modernes, se sont égarés à le situant géographiquement avec une erreur de quelques dizaines de kilomètres ! Martigny n’avais pas besoin de plus de cartes pour aller à Bangkok qu’Alexandre n’en a eu pour aller aux Indes, Hannibal pour traverser l’Espagne et le sud de la Gaule pour aller en Italie et Bonaparte pour franchir les Alpes.


(11) « Le chenil » numéro du 16 mars 1911.


(12) Ses observations musicales font l’objet d’un commentaire très flatteur de la part d’un spécialiste : « La musique, les musiciens et les instruments de musique chez les différents peuples du monde » par Oscar Cometant, à Paris, 1869.


(13) Dans une lettre à l’un de ses amis, le directeur de l’hôtel Dieu de Beaune, du 21 décembre 1842  au directeur de l’hôtel Dieu de Beaune il relate longuement l’un de ses entretiens avec le prince-moine et futur roi.

(14) Voir notre article  A.35 « Le Bouddhisme est-il athée ? » ce qu’a écrit le Pape :


« ……. L'illumination expérimentée par le Bouddha peut se résumer dans cette conviction que le monde est mauvais, qu'il est une source de malheurs et de souffrances pour l'homme. Pour se délivrer de ces maux, il convient donc de se livrer au monde ; il faut couper nos liens avec la réalité extérieure, donc les liens que nous impose notre constitution humaine, psychique et corporelle. Au fur et à mesure de cette libération, nous devenons de plus en plus indifférents à tout ce qu'il y a dans le monde et nous nous libérons de la souffrance, c'est à dire du mal qui provient du monde. Nous rapprochons-nous de Dieu de cette façon ? Il n'en est même pas question dans l'illumination proposé par le Bouddha. Le bouddhisme est en grande partie un système athée. Nous ne nous délivrons pas du mal à travers le bien qui vient de Dieu; nous nous en libérons seulement en nous éloignant d'un monde qui est mauvais. La plénitude de ce détachement n'est pas l'union avec Dieu, mais ce qu'on appelle le nirvâna, c'est-à-dire une indifférence totale envers le monde. Le salut est avant tout une libération du mal, obtenue grâce à un parfait détachement du monde, ou réside la source du mal. Voila le sommet de la démarche spirituelle du bouddhisme... Saint Jean de la Croix préconise de se libérer du monde, mais afin de s'unir à ce qui est distinct du monde; et ce qui est distinct du monde n'est pas le nirvâna, mais c'est une personne, c'est Dieu, car celle-ci ne peut s'accomplir que dans et par l'amour.... ».

 

(15) Toujours infatigable, Monseigneur Pallegoix,  correspondant aussi de la Société de l’Orient envoie une très intéressante note qui sera publiée dans la « Revue de l’Orient, de l’Algérie et des colonies » dans sa livraison de 1853.

 

(16) Si le roi actuel a rompu avec cette « tradition » et donne l’exemple d’une vie conjugale exemplaire, la pratique des เมียน้อย mianoï (épouse secondaire), signe extérieur de richesse et de réussite sociale nous semble bien perdurer !

 

(17) Ce n’est pas un vain mot, n’oublions pas l’exécution comme « espions français » à la fin de l’année 1940 de sept thaïs catholiques sur les rives du Mékong, béatifiés le 22 octobre 1989 par le Pape Jean-Paul II comme « martyrs de la foi ».

 

Thai-Female-martyrs

 

(18) Notons que l’ouvrage de Monseigneur Pallegoix, imprimé une première fois à Paris en 1854, a été très rapidement traduit  en Anglais « Description of the Kingdom Thai Or Siam: Containing an Account of Its Topography, Natural History, Manners & Customs, Legislature, Industry, Language, Literature, Religion, the Annals of Thai, and a Historical Resume of the Roman Catholic Mission », éditions « Celestial Empire Office », 1877. Il a fait l’objet en 2000 d’une traduction en Chinois, d’une autre en 2007 en thaï (เล่าเรื่องกรุงสยาม), de réimpressions en français en 1923, en 1969 et la dernière en 2012 (« Description du Royaume Thai ou Siam; comprenant la topographie, histoire naturelle, moeurs et coutumes, legislation, commerce, industrie, langue » General Books LLC, 2012). Cette liste n’est évidemment pas limitative.

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Published by grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b - dans "Notre" Histoire de la Thaïlande
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